livre (le Daniel ! Ici, tous les personnages sont aussi Iiisto
la version latine, car i) y a deux dfrailes d'Arphaxad, l'une en l'an 12 et l'aulre on l'an 17, el ceci n'a plus de rapport avec aucun événement connu.
Josèplje n'a. pas donné place dans son histoire aux événements racontés dans le livre du luditU, et pourtant il avait àès lors une popularité qu'atteste l'épitre do saint Clément le Romain ; le eilence de l'écriviria juif ne peut donc pas être attribué à un défaut de connaissance da livre, mais à ce qu'il ne le regardait pas comme historique Les Juifs, comme le remarquait déjà Origène, no comptent pas c«t écrit dans lear Canon, parce qu'il n'en existe de teste ni hébraïque ni araméen. Mais ils connaissent parfailemenl l'histoire de Judith, qui est même Lrèspopuldire chez eui; ov, leur tradition constante et remontant jusqu'aux époques talmudiques dit que celle histoire se passa du temps des Macchabées et que les ennemis auxquels Judith eut atTaïre furent les Grecs ; on peut le voir dans l^s récits réunis par Jellioek dans la collection qu'il a intitulée Beth ha-Mtdrasch et traduits en allemand par M. Lipsius dans le tome X de la Zeitschrift fiir wùsenschaftlicke Thtotogie de Hilgeofeld. Ceci est confirmé par cette circonstance que ta fèie qui aurait été fondée en mémoire de l'exploit de Judith (xvi, 11 dans le Feul texte de saint Jérôme) correspond eitactement à la fête du 13 udar, qui fut établie en réalité pour rappeler le souvenir de ta défaite et de la mort de Nicanor, géni'ral de Démétrius Sotor (I Macchab. vu, 49 ; 11 Macchab. xv, 37]. D'ailleurs, toute discussion à ce sujet est Irancliée par ie livre lui-môme et le récit qui y est rais dans la bouche d'Achior sur l'histoire du peuple juif; l'exil et la captivité, puis !e retour, la destruction, enfin la reconstruction du temple y sont racontés en termes formels et qui ne prêtent à aucune équivoque (v, ^S et 19 du grec ; V. 22 et 23 de la Vu 1 gâte).
Je remarque en outre de frappantes ressemblances entre le Kabuchodonosor assyrien du livre de Judith et Anlioohus Épipbane, et pour déguiser la figure d'un roi de Syrie, la première idée qui devait se présenter d'abord était d'en faire un roi ù'A^syrie :
1» Ce Nabuchodotiosor veut qu'on 4'bonore comme un dieu, et Anliocbus s'intitule sur ses monnaies ©eoî 'Eniçav^;; c'est la forme complète du titre abrégé en Épipliane:
2" Il s'acharne surtout sur les temples de tous les peuples, qu'il livre AU pillage ; Anliocbus Épipliane, pour se procurer dos fonds, va piller
rîques dans leur physionomie que ceux de la cour de Xerxès dans le livre d'Esthér (1).
le temple de Nansea dans rËIam comme il avait pillé le temple de Jérusalem ;
3^ Il étend ses prétentions de domination au delà de la Syrie, sur rÉgypte ; on connaît les entreprises d'Antiochus Épiphane sur TÉgyple, arrêtées par Popilius.au nom du Sénat romain, entreprises auxquelles se rattachent les débuts de ses persécutions contre les Juifs ;
4<> Il défait et fait prisonnier Arphaxad, roi des Mèdes, fondateur de cette monarchie et d'Ëcbatane, sa capitale; Anliochus Épiphane défait et fait prisonnier Artaxias, roi d'Arménie, fondateur de cette royauté etd'Artaxatd, sa capitale ; Tassonance très-voisine des deux noms a été certainement cherchée par Fauteur du livre de Judith.
Mais, en môme temps, il est impossible d'admettre Topinion de ceux qui, comme Volkmar, M. Hitzig et M. Oppert, ont fait descendre cet écrit jusqu'aux temps romains. La citation qu'en fait saint Clément s'y oppose, et d'ailleurs la mention des Ëdomiles parmi les ennemis des Jûife prouve que le livre est antérieure Jean Hyrcan.
La question de savoir si le livre de Judith est positivement et directement historique ne porte aucune atteinte à la canonicité de ce livre, telle qu'elle a été proclamée par l'Église. Les déguisements intentionnels de noms, comme ceux que nous y reconnaissons, sont loin d'être sans exemples dans la Bible. Il suffit de citer la substitution du nom de Babylone à celui de Rome dans la date de la première Épître de saint Pierre,
(i) Sur le livre d'Esther, voy. Oppert, dans les Annales de philosophie chrélienne de janvier 1864.
Plus je lis et je relis le livre de Daniel, en le comparant aux données des textes cunéiformes, plus je suis frappé de la vérité du tableau que les six premiers chapitres tracent de la cour de Babylone, et des idées spéciales au temps de Nabuchodorossor ; plus je suis pénétré de la conviction qu'ils ont été écrits à Babylone même^ et dans un temps encore rapproché des événements ; plus je rencontre enfin d'impossibilités à en faire descendre la rédaction première jusqu'à l'époque d'Antiochus Épiphane.
Est-il admissible qu'un écrivain vivant en Palestine vers 167 avant Jésus-Christ fût aussi bien au courant de la place que les songes tenaient dans les préoccupations des Chaldéens et des Babyloniens, et de leur influence sur la conduite des rois, précisément à l'époque où il a placé son récit? 11 faudrait pour cela qu'il eût possédé une connaissance du passé et un instinct de couleur locale qui fait défaut à toutes les compositions factices de l'antiquité.
Où eût-il pris ce sentiment si vrai du caractère particulier de la royauté de Babylone, aussi sacerdotale que politique, même au temps de ses conquêtes, et où le pre-
mier titre des monarques était celui de ce vicaire (sak^ kanakku) des dieux •, véritable souverain pontife, comme Hincks Ta très-bien vu? Une étude spéciale et approfondie de Fhistoire, qui suffirait, quelle que fût sa date, à donner à tout ce qu'il dît une importance hors ligne, lui eût seule appris que ce caractère était encore plus marqué que dans toute autre chez la dynastie fondée par Nabopolassar, et sortie de la caste sacerdotale des Chaldéens, puisque Nabuchodorossor, dans la tradition locale de Babylone, acceptée par les historiens qui travaillaient sur les documents originaux, comme Bérose, avait personnellement la renommée d'un voyant ^t d'un prophète (1).
L'écrivain du temps d'Antiochus Épiphane eût-il pu connaître ou inventer les détails que le livre donne sur l'organisation de la caste sacerdotale et savante, ces cinq classes de docteurs qui correspondent exactement aux cinq grandes divisions que nous avons constatées dans les débris subsistants des livres sacrés, astrologiques, divinatoires et magiques?
Ce fait d'une langue spéciale aux sciences sacrées, l'accadien, enseignée dans les écoles palatines, et méritant, en réalité, le nom de ce langue des Chaldéens (2) y> ?
Celui de l'éducation dans le palais de jeunes gens, en général choisis parmi les otages des nations vaincues, et
(1) Abyden. Fragm. 9, éd. G. Millier.
LES SIX PKEMIEUS CHAPITRES ï à servir devant le roi » 7 Une c
destinés a à servir devant le roi » 7 Une des inscriptions de Sennachérib donne des indications, bien précieuses à comparer avec le premier chapitre de Daniel, sur ces enfants élevés dans le palais m comme des petits chiens », kima tnirani, dit-elle, en parlant du jeune Bel-iboiis, qui avait été du nombre de ceux-ci et dont le monarc[ue niilivite fit un roi vassal à Babylone (1).
Les noms des instrumenta de musique sont grecs dans le chapitre III, sauf ceux du cor, de la flûte, et pcut^tre aussi de la sambuque (2), et c'est, je l'ai déjà dit, un indice de la date de la version araméenne, qui seule en est restée, suivant moi. Mais un auteur séparé des événements par quatre siècles eût éié un véritable érudlt, comme il n'y en avait guère de son temps, s'il avait conmi cette circonstance, attestée par les textes et par les monuments figurés, que la musique instrumentale, fort pen employée par les premiers rois assyriens, était devenue, précisément à partir du septième siècle, un élément capital de toutes les cérémouies religieuses et publiques en Assyrie et à Babylone. Sous Assournazirpal, les musiciens tiennent encore fort peu de place dans les représentations de fêtes, et ils ne sont en possession que de trois instruments, une sorte de hîirpe tenue horizontalement et jouée avec un plectrum, une lyre jouée avec la main et la cym-
(1) Layard, Inscriptions, pi. tiU, 1. ii. ^
[!2J Ce Dom semble venir de la racine ~2D. Ce âoraicint ainsi les Grecs ^
ijui l'auraient reçu des Si^miles et non l'autaiir du texte araméen i]ui
l*aurail pris nu grec.
baie (1). Sous les Sargonides, au contraire, les troupes de musiciens figurent à chaque instant dans les bas-reliefs, comme leur présence est souvent mentionnée dans les inscriptions. Ces musiciens se servent alors d'une dizaine d'instruments différents, dont beaucoup sont positivement d'origine étrangère, comme le kinnor (2) de Syrie, la double flûte (3) d'Asie Mineure (4) et la cithare à sept cordes (5), qui est positivement d'invention grecque (6). L'introduction d'instruments étrangers s'explique par l'usage, qu'attestent les monuments (7), de contraindre les captifs à faire de la musique pour leurs vainqueurs, comme il est dit des Juifs à Babylone dans le psaume cxxxvii.
Pour inventer le récit du même chapitre III, il lui eût fallu, de plus, savoir que la peine de mort, avec des tortures horribles et raffinées, était le châtiment légal des blasphémateurs qui refusaient de s'incliner devant la majesté des. dieux. La science le constate aujourd'hui, grâce
(1) G. Rawlinson, The fivegreal monarchies, 2e édit. 1. 1, p. 5^.
(2) Ibid. p. 530.
(3) Ibid. p. 534.
(4) Alhen. IV, p. 484; Plutarch. De mvsic. p. 1135.
(5) G. Rawlinson, ouvr. cit. t. I,.p. 533.
(6) Euclid. Introd. harmon. p. 19; Strab. Xm, p.. 618; Clem. Alex. Stromat.Yl,p. 814.
On rapporte cette invention à Terpandre, vers 650 av. J.-C, et dans les monuments assyriens la cithare à sept cordes n'apparaît exclusivement que du temps d'Assourbanipal (668-625) ; la coïncidence de ces dates est frappante.
(7) G. Rawlinson, ouvr. cit. t. I, p. 540.
au soin qu' Assourbanipal a eu de faire représenter sur les murailles de son palais de Koyoundjik, avec une inscription explicative (1), le châtiment de deux blasphémateurs qu'on écorche vivants après leur avoir arraché la langue.
La fosse aux lions (chapitre VI) devient à son tour pour nous un détail d'une exactitude et d'une précision topiques, en présence des admirables bas-reliefs de chasses du même Assourbanîpal, transportés à Londres, où nous voyons amener sur le terrain dans des cages les lions gardés pour les plaisirs du roi.
Sans doute il y a une exagération manifeste dans les proportions (60 coudées de haut sur 6 de large) de la statue divine d'or que Nabuchodorossor élève dans la plaine de Doura et propose à l'adoration de son peuple (2). Ici, l'auteur s'est fait l'écho des dires populaires (3), à moins qu'il n'y ait eu sous le calame des copistes une altération dans les nombres, comme il est arrivé en tant d'endroits de la Bible. Mais ces statues colossales d*or étaient tout à fait dans les usages babyloniens . Diodore de Sicile (4) décrit, avec des détails d'une précision
(2) Sans compter qu'au point de vue de l'art, la hauteur des proportions de hauteur et de largeur, prise au pied de la lettre, serait monstrueuse.
(3) Il est même assez probable^ étant donné le système de la numération sexagésimale des Babyloniens, qu'il a employé le chiffre de soixante comme un nombre indéterminé. C'est ce qui m'empêche de voir ici une simple faute de copiste.
qui ne peut s'expliquer que provenant d'un document réel^ et en conformité parfaite avec les règles de la représentation des divinités chaldéo-babyloniennes, les trois statues qui, jusqu'au pillage de Xerxès, couronnaient la pyramide de Babylone, Ê-saggadhou, et qui, avec les autels placés devant et les autres accessoires, formaient une masse d'or de 5,850 talents, l/i3,559 kilogrammes, c'est-à-dire, en poids^ 430 millions 677,000 francs de notre monnaie (1). Dans le sanctuaire intérieur de la pyramide à étages de Borsippa, toujours jusqu'à Xerxès, il y avait, au rapport d'Hérodote (2), qui visita Babylone peu après, une statue d'or massif de 12 coudées de haut. A côté de ces proportions, bien mesquines sont les données que fournit une tablette originale du Musée Britannique (3) contenant une plainte au roi contre deux grands officiers accusés d'avoir détourné l'or destiné à faire une statue. Elle est pourtant extrêmement précieuse comme prouvant, par un témoignage direct et incontestable, l'usage des statues d'or de grande dimension :
Au roi, monseigneur, ton serviteur Abad-Nébo (4).
(1) Pestime ici le poids d'après le talent spécial de Tor et d'après son étaloa faible ; avec l'étalon fort, il faudrait doubler les chiffres. Si l'on employait le talent pondéral ordinaire, son étalon faible donnerait ici 174,270 kilogr. 800 gr., et son étalon fort le double. Pour traduire ces poids en monnaie, je compte le gramme d'or à 3 francs.
(3) K. 538. Encore inédite. Elle sera comprise dans le fascicule 4 de mon Choix de textes,
(4) Ou Arad-Nébo .
Paix au roi, mon seigneur! Qu'Assour, Samas, Bel, Zarpanit, Nébo, Tasmit, ïstar de Ninive, Istar d'Arbèles, les dieux puissants et grands, protecteurs de la royauté, accordent cent ans (de vie) au roi, et multiplient les esclaves et les enfants du roi mon seianeur!
L'or que, dans le mois detasrit, le conseiller intime {tukuUuv) et le préfet du palais [aba hikal (1)] m'ont fait verser, trois talents d'or pur et quatre talents d'or pur, entre les mains du rab daninu (2). . ., l'or pour la statue du roi (et) pour la statue de la mère du roi n'a pas été donné (aux ouvriers) .
Que le roi, mon seigneur, donne ordre au conseiller intime et au préfet du palais de rendre l'or, de le donner d'ici à un mois aux soldats, et qu'ils le fassent exactement.
11 s'agit seulement ici de 212 kilog. 100 gr. d'or (3) ou 636,300 francs en poids. C'était cependant déjà de quoi faire une jolie statue, surtout en métal repoussé au marteau.
La plainte, trouvée dans les archives du palais d'Assourbanipal à Ninive, paraît être du règne de ce prince, qui, nous l'apprenons par un autre document de son temps (4), avait fait appliquer aux grandes images de Mardouk et de Zarpanit, dans la pyramide de Babylone, des vêtements d'or pesant quatre talents (121 kilog.
(1) Appelé dans d'autres cas nir hikal,
(2) Titre de fonction encore indéterminé.
(3) Le talent employé ici est le talent pondéral assyrien ordinaire; je compte d'après l'étalon faible; l'étalon fort donnerait 424 kilogr. 200 gr.
200 gr. ou 363,600 francs) (1) et enrichis de pierres précieuses.
Sous Nabuchodorossor, la masse de métaux précieux que le pillage d'une grande partie de l'Asie antérieure avMt fait affluer à Babylone et que le roi, d'après le témoignage de Bérose (2), employa pour la décoration des édifices sacrés, dépasse l'imagination d'après les documents les plus authentiques. Prenons, par exemple, la grande inscription dite de la Compagnie des Indes, où ce monarque a raconté une partie de ses travaux dans sa capitale (3). Nous y voyons qu'il a fait plaquer n en or pur d'un poids immense » un autel monumental transporté par ses soins devant la pyramide de babylone, et revêtir intérieurement a d'or battu au marteau, brillant comme le levant et le couchant, atout le sanctuaire supérieur de la pyramide de Borsippa. Dans cette dernière, Hérodote {k) vit encore de ses yeux, même après le passage de Xerxès, une table, un trône et un escabeau d'or pesant ensemble 800 talents. Quand il s'agit de l'Asie, Hérodote compte toujours l'or sur le pied du talent euboïque, comme on le faisait officiellement de son temps dans l'empire des Achéménides ; ceci étant, ses 800 talents doivent correspondre h 20,î96 kilogrammes, c'est-
à-dire, toujours en poids, à 60,588,000 francs. Et ici le témoignage d'Hérodote est d'autant plus capital qu'il parle de visu; il n'y a donc pas à y chercher, comme on pourrait le faire dans ce que dit Diodore, sans doute d'après Ctésias, une fable forgée après coup sur des objets disparus. L'érection de la statue d'or, au chapitre III de Daniel, devient un fait parfaitement vraisemblable au milieu de tous ces autres faits*. Il a pleinement le cachet de l'époque.
Les deux fonctionnaires du palais mentionnés dans le texte hébreu du chapitre T', le chef des eunuques et le amil ussur ou trésorier, sont deux personnages bien connus par les documents assyriens originaux, et le texte les met très-exactement en scène dans leurs attributions réelles. Pour le second, il emploie la forme même de son titre dans la langue assyrienne (1) ; l'hébreu le corrompt en *|sSd; mais, d'après une autre leçon plus exacte, les Septante portent ÀpsXo-àcî ou Aiielaip^ c'est-à-dire nsSûK. Pour le premier, ^'expression employée, rab hasarisim ou sar ha-sarisim^ est conforme à celle de rah sariSf qui correspond déjà dans d'autres livres de la Bible (2) à la qualification assyrienne rabbi nar ou rab nar,(i chef des serviteurs», indiquant la surintendance
(1) Écrit par le signe « homme » et u-su-ur phonétiquement. J'ai d'autres preuves de ce que le signe « homme » précédant un titre de fonction, quand il est à prononcer dans ce titre, doit se lire amil et non nisuy comme on le fait d'ordinaire.
(2) U Reg. XX, 18; Is. xxxix, 7.
du chef des eunuques sur tout le service intérieur du palais. <c Le chef des exécuteurs », dont il est question dans le chapitre II, est un officier qui a toujours eu une place considérable auprès des monarques orientaux; son titre assyrien était rab datki^ « chef des tueurs »,et une brique émaillée découverte à Nimroud par M. Smith (1) nous montre auprès du char du roi Fun des daiki ou exécuteurs auxquels il présidait, désigné par une légende explicative. Le second livre des Koîs, dans son chapitre XXV, et le chapitre LU de Jérémie, au récit de la prise de Jérusalem et des transportations qui suivirent, mentionnent le « chef des exécuteurs » de Nabuchodorossor. Mais à celui que ces deux livres montrent en fonction jusqu'en l'an 23 du roi de Babylone ils donnent le nom parfaitement assyrien de Nabu-^zir-iddin, tandis que dans Daniel le « chef des exécuteurs » est appelé Arioch^ nom à physionomie suspecte, le seul qui soit dans ce cas dans les chapitres que nous étudions, car il semble avoir été pris h la Genèse (2). Il est vrai que si la date de ii, 1, est manifestement altérée par une faute de copiste, comme celle de T, 1, elle se rétablit facilement par la simple réflexion ; au lieu de « dans la deuxième année du roi Naboucadnétzar », le texte portait simplement d'abord « dans la deuxième année »^ c'est-à-dire dans la deuxième à partir des derniers événements racontés
(1) Smilh, Assyrian discovcrieSy pi. à la p. 80.
(2) XI, 1 et 9.
dans le chapitre P% à partir de la sortie de Daniel et de ses compagnons de Técole des Chaldéens (l); et ceci reporte, par conséquent, à une époque antérieure à Tan 19 du roi, où nous voyons entrer en scène N ahu-zir^iddin . Il pourrait donc parfaitement être ici question d'un personnage qui l'aurait précédé dans son office. Et quant au nom à!Ariochj tout suspect qu'il soit, il peut avoir eu pour point de départ un nom babylonien réel. En efiet, plusieurs documents privés nous montrent Ariku^ « le long », employé comme nom propre; la transcription hébraïque en aurait été "]1K? et il n'y aurait rien de forcé dans la conjecture qui supposerait que l'appellation du chef des exécuteurs aurait été d'abord écrite ainsi, puis altérée en ^IHK par quelque copiste maladroit qui aura cru intelligent de la rapprocher du nom qu'il lisait dans la Genèse (2).
Dans le chapitre III, nous avons une longue énumératîon de fonctionnaires administratifs, politiques et judiciaires. Il n'est pas un des titres de cette énumération qui ne corresponde à un titre véritablement assyrien, mentionné dans les documents des roîs de Ninive et de Babylone ; la correspondance en serait facile à donner et
(1) La conjecture de Josèphe {Ant, Jud. X, 10, 3) qu'il s'agit de deux ans après l'invasion de l'Egypte par Nabuchodorossor, Tan 23 de son règne, n'est pas un seul instant admissible. Au reste, cette invasion elle-même est fort sujette au doute.
(2) C'est ainsi que Josèphe (Ant, Jud, X, 10, 3) a fait du nom du chef des eunuques îJStt^N, 'A(rxàvyiç, en le confondant avec le îJDtt^K du chapitre X de la Genèse.
certaine. Mais il est à remarquer que pour deux de ces titres seulement, pakhat et sakan, répondant assez exactement à ce que sont dans la hiérarchie actuelle de Tem* pire ottoman pacha et kihaya, la forme assyrienne a été conservée ; pour tous les autres, le texte araméen donne des équivalents. Et, circonstance trèS' digne de remarque, ces équivalents sont empruntés à la langue perse et à l'administration des Achéménides, comme aussi la qualification du héraut qui proclame les ordres royaux. Ceci me paraît dater d'une manière précise l'époque de la composition des premiers chapitres de Daniel, Si ce livre avait été inventé au temps d' Antiochus Épiphane, nous aurions là quelques mots grecs, comme les noms des instruments de musique dans le même chapitre; nous aurions au moins le titre de azpotTrjybç, qui fut tout de suite adopté dans les langues sémitiques, ainsi que nous le voyons par les inscriptions araméennes. La même raison s'oppose à ce que ces équivalents aient été substitués aux titres réellement assyriens par l'auteur de la version araméenne, seule subsistante pour le chapitre III, puisque celui-ci écrivait du temps des successeurs d'Alexandre. Il faut de toute nécessité admettre qu'ils existaient déjà dans le premier texte hébraïque. Et en efiet le chapitre I, pour lequel nous avons ce texte hébraïque, nous y ofire encore deux mots perses, tandis qu'il n'en a pas un seul grec. Ces deux mots perses sont celui qui désigne les principaux de la noblesse de Jérusalem (Q^mS), dans le verset 3, et celui qui s'applique aux portions en-
voyées journellement de la table du roi pour les jeunes gens élevés dans le palais (a^nS) , aux versets 5 et suivants. Mais, dès lors, l'emploi de toutes ces expressions perses prouve que le livre, sous sa forme primitive^ a été composé non sous les Séleucides, mais sous les Achéménides, quand, h Babylone même, les qualifications perses des fonctions administratives supplantaient dans l'usage les anciennes dénominations assyriennes, et avant que la conquête grecque eût encore introduit d'autres noms, cette fois empruntés au grec.
Parmi les chapitres de la première partie de Daniel, un des plus importants et des plus curieux est le IV% qui contient le récit, placé dans la bouche de Nabuchodorossor et donné comme une sorte de proclamation officielle émanée de lui, de la démence du grand roi de Babylone, de la vision qui l'avait annoncée et de l'explication que le prophète hébreu avait fournie de ce songe. J'ai placé sous les yeux du lecteur un récit de rêve prophétique tiré des annales officielles d'un roi d'Assyrie.
Il est curieux d'y comparer le récit analogue que le livre, biblique attribue au monarque de Babylone :
Moi, Nabuchodorossor, j'étais tranquille dans ma demeure et florissant dans mon palais : je fis un songe qui m'épouvanta, et les pensées sur mon lit et les visions autour de ma tête me troublèrent d'effroi. Et je rendis un ordre pour introduire en ma présence tous les docteurs de Babylone afin qu'ils m'exposassent l'interprétation de mon songe.
Alors vinrent en ma présence les conjurateurs, les théosophes, les Cbaldéens (astrologues) et les devins, et je leur dis mon songe, mais ils ne purent m'en faire connaître l'interprétation.
Enfin vint en ma présence Daniel, dont le nom est Balatsoussour, d'après le nom de mon dieu(l), et qui a en lui l'esprit des dieux saints, et je lui dis mon songe :
« Balatsoussour, chef des conjurateurs, puisque je sais que l'esprit des dieux saints est en toi et qu'aucun mystère n'est impénétrable pour toi, dis-moi les visions du songe que j'ai vu et leur interprétation. Les visions de ma tête sur ma couche étaient que je vis (2), et voici un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était considérable. L'arbre crût et devint fort; sa hauteur atteignait le ciel, et on le voyait des extrémités de toute la terre. Son feuillage était beau et ses fruits abondants; il y avait en lui de la nourriture pour tous; sous lui les animaux des champs s'abritaient; dans ses branches habitaient les oiseaux du ciel; et de lui se nourrissait toute chair. Je voyais dans les visions de ma tête sur mon lit, et voilà qu'un éveillé et saint descendit du ciel. Il cria avec force et dit ainsi : « Abattez l'arbre et cou-
Ci) C'est donc le nom de Bel-Mardouk, le dieu principal de Babylone, qui est sous-entendu dans la prière qui constitue ce nom de Balatsououssour, a Protège sa vie I »
(2) L'exemplaire sur lequel a été faite la version des Septante omettait tout ce qui est compris depuis les mots « et je rendis un ordre » jusqu'ici. , ^
LES SIX FREMlERa CHAPITRES
" pez-en les branches; faites tomber 1e feuillage et dispersez « lesfruits;et que fuient les animaux qui sont par-dessousetlea H oiseaux de ses branches. Mais laissez dans la terre la souche « à laquelle tiennent les racines, qu'elle soit dans des liens de u fer et d'airain dans l'herbe de la campagne, qu'elle soit trema pée de la rosée du ciel, et qu'elle partage avec les animaui (I l'herbe de la terre; que son cœur d'homme soit changé el « qu'il lui soit donné un cœur de béte, el que sept temps passent u sur lui. Celte sentence est par le décret de ceux qui veillent, a cette demande la résolutioo des saints, jusqu'à ce que les ri- (( vanis sachent qu'il y a un Très-Haut qui gouverne l'empire « des hommes, qu'il le donne à qui il lui plaît et qu'il y institue (( le plus humble des hommes. » Voilà le songe que j'ai vu, moi le roi Nabuchodorossor;quant àtoi, Balatsoussour, dis-en l'explication, puisque tous les docteurs de mon royaume ne peuvent m'en révéler l'interprétation; loi, tu le peux, car l'espnt des dieux saints est en toi. »
Alors Daniel, dont le nom est Balatsoussour, demeura stupéfait quelque temps, et ses pensées le troublaient. Le roi reprit et dit :
" Balatsoussour, que le songe et l'explication ne te troublail pas. »
Alors Balatsoussour répondit et dit :
11 Seigneur, que ton songe soit pour tes ennemis et la signification pour tes adversaires! L'arbre que tuas vu, qui croissait et devenait fort, qui croissait el alteignait le ciel et qu'on voyait de toute la terre, dont le feuillage était beau et les Iruits abondants, en qui il y avait de la nourriture pour tous, sous lequel s'abritaient les animaux des champs, el dans les branches duquel demeuraient les oiseaux du ciel, c'est toi! ô roi, qui t'es élevé et accru, et ta grandeur est montée et a atteint jusqu'au ciel, et ta domination jusqu'à l'extrémité de la terre. De ce que le roi a vu un éveillé et saint descendre du ciel disant : Abattez l'arbre et mettez-le en pièces, mais laissez dans la u terre la seuclie où sont les racines, daqs des liens
« d'airain, dans Therbe du champ; qu'elle soit trempée de la « rosée du ciel; que sa part soit avec les animaux des champs, « jusqu'à ce que sept temps aient passé sur elle I » en voici Texplication, ô roi, et c'est la sentence du Très-Haut qui arrive à mon maître, le roi.
« On te repoussera du milieu des hommes, ta demeure sera en compagnie des animaux des champs, tu mangeras de l'herbe comme les bœufs, la rosée du ciel te trempera, et sept temps passeront sur toi, jusqu'à ce que tu saches que le Très-Haut gouverne l'empire des hommes et qu'il le donne à qui il veut. Mais puisqu'on a dit de laisser la souche des racines de l'arbre^ ton royaume te restera, dès que tu reconnaîtras que le ciel gouverne. C'est pourquoi, ô roil puisse mon conseil te plaire! Rachète tes péchés par la justice et tes transgressions par la miséricorde envers les malheureux; peut-être y aurait-il ainsi un remède à tes fautes. »
Tout cela arriva au roi Nabuchodorossor. Au bout de douze mois, comme il se promenait sur (les terrasses du) palais royal de Babylone (i), le roi commença et dit : « N'est-ce pas là cette grande Babylone que j'ai bâtie pour la demeure de ma royauté dans ma grande force, et pour la gloire de ma magnificence?))
La parole était encore dans la bouche du roi qu'une voix tomba du ciel :
« Il t'est dit, roi Nabuchodorossor, ta royauté te sera enlevée ; on te repoussera du milieu des hommes, ta demeure sera en compagnie des animaux des champs , tu mangeras de l'herbe comme les bœufs, et sept temps passeront sur toi, jusqu'à ce que tu saches que le Très-Haut gouverne l'empire des hommes et qu'il le donne à qui il veut. »
Au même moment la parole s'accomplit sur Nabuchodorossor ;
(1) C'est également du haut des terrasses de son palais que Nabuchodorossor prophétise au peuple dans la légende conservée par Abydène : Fragm. 9, éd. C. Muller. *
il J'ul iqioussii du milieu des hommes, il mangea de l'iitrk comme les bœufs, son coq>s fut trempé de la rosée du ciel, jtiï> qu*à ce que ses cheveux crûrent comme les plumes aux si^ et ses ongles comme ceux des oiseaux.
Et, après lo terme des jouis, moi, Nahuchodorossor, jelerai mes yeux vers le ciel, et ma raison me revint ; je bénis le Très- Haut, je louai el glorifiai Celui qui rit éternellement. Celui dont la domination est une domination éternetle et dont l'empire dure de génération en génération. Tous les habitants de la terre ne. comptent pour rien; il agit suivant sa volonté avec l'année d» ciel et les habitants de la terre ; il n'y a personne pour résisteFï sa main et lui dire : " Que fais-tu? i>
En ce temps ma raison me revint ; la dignité de ma royauté, ma magnificence, ma splendeur, me revinrent; mes conseillers et mes grands me recherchèrent ; je fus rétabli dans ma royauté, et une puissance plus grande me fut accord*». Maintenant, moi, Nabucliodorossor, je loue, j'exalte et je glorifie le roi du cH dont toutes les œuvres sont \Taies, dont les voies sont la justice, el qui peut humilier ceux qui marchent avec orgueil.
C'est là. ce que, dans les vieilles Bibles en images et malheureusement encore dans bien des petites Histoires saintes de nos jours, on appelle « Nabuchodonosor changé
en bête a ! car mi zèle ignorant n'fi pas épargné les travestissements ridicules aux récits bibliques. Dans la réalité, il s'agit très-clairement, avec quelques expressions un peu poétiques, d'un cas de la forme de démence bien connue des aliénistes sous le nom de, lycanlhropie. Que Niibuchodorossor, qui était du reste un fort grand roi, ait subi dans les dernières années de son règne un accès de ce mal, aucune autre autorité, sans doute, nCj
rapprend; mais le fait n'a rien en luimên^f d'absolument inadmissible. Nos renseignements sur les événements du règne de ce prince sont encore très-incomplets, d'autant plus qu'une mauvaise chance a fait que jusqu'à présent aucune inscription proprement historique de lui n'a encore été retrouvée, xiinsi nous n'avons pas une ligne épigraphîque sur ses conquêtes (1); les quelques inscriptions que l'on possède sont exclusivement relatives à ses constructions. Les trois quarts de ce que nous savons des guerres de Nabuchodorossor reposent sur des narrations de la Bible qu'on ne peut pas plus contrôler que le fait de sa folie momentanée, relaté dans le livre de Daniel. Celui-ci devra donc être aussi bien accepté que les autres, si Tautorité du livre, et spécialement du chapitre dans lequel il se trouve, n'est pas viciée par quelque circonstance diflFérente.
Il y a même plus, et, suivant une judicieuse remarque de M. Oppert (2), la folie temporaire de. Nabuchodorossor fournit la seule solution acceptable pour un problème historique que nous offrent les inscriptions cunéiformes. Nergalsarossor , le gendre du destructeur de Jérusalem, qui détrôna au bout de deux ans, pour s'emparer de la couronne, son beàu-frère Amil-Mardouk (E vilmérodach) , seul fils de Nabuchodorossor, — Ner-
(i) Rien du moins qu'une liste de huit pays vaincus, et parfaitement inconnus d'ailleurs, dans l'inscription dite du Baril de Phillips. (2) Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 186.
gRlsarossor, dans ses inscriptions officielles, doune & son propre père Bel-zikir-iskoun (1 ) le titre de « roi de Babylone». Mais dans la liste royale, que nous avons complète pour cette époque, il n'y a pas place pour ce nom. Force est donc d'admettre qu'en attribuant le titre de roi à. son père, Nergalsarossor, une fois parvenu au trône, a voulu donner un caractère légitime à une tentative passagère d'usurpation de celui-ci, survenue pendant le règne de Nabuchodorossor et trop courte pour avoir trouvé place dans le Canon de Ptolémée, lequel omet systématiquement les personnages qui n'ont exercé le pouvoir que quelques mois. Un essai d'usurpation n'était pas chose facile sous un règue aussi puissant que celui de Nabuchodorossor ; il n'a guère pu se produire qu'à la faveur d'une circonstance telle que l'accès de démence du monarque.
Le roi Nergalsarossor paraît avoir été le petit-fils d'un autre Nergalsarossor qui apparaît dans Jérémie (2) comme revêtu, à l'époque de la prise de Jérusalem, du titre de rubu-emga (3), « chef glorieux » (transcrit dans
(1) Ou Bel-soum-iskoun ; !eij deux lectures sonlègalemeot possibles.