‹ La divination et la science des présages chez les ChaldéensChapitre 26 sur 38 · livre de Daniel. Comment, en effet, n'être pas · texte numérisé non relu

livre de Daniel. Comment, en effet, n'être pas

de la concordance singulière qui s'établit entre

ces visions de rois, sur lesquelles, d'après leurs an-

jfficielles, ils règlent leurs actes les plus essentiels

ivoir consulté les interprètes autorisés des rêves, et

iges de Nabuchodorossor, Timportance qu'il y at-

la manière dont il interroge ses devins pour savoir

î ces visions veulent dire, les honneurs dont il

comble le jeune Hébreu introduit dans les rangs des docteurs chaldéens, quand il lui en explique le sens après que les autres sont restés muets? Tout ceci donne au livre de Daniel, au moins aux six premiers chapitres, une vérité de couleur babylonienne et une convenance au cadre historique de l'époque, qui en grandit beaucoup la valeur. Cependant il n'y a pas de livre qui ait été plus unanimement condamné par Texégèse rationaliste, même par une exégèse modérée, que celui de Daniel. Les critiques de cette école sent d'accord pour lui refuser une origine ancienne et pour y voir une composition apocalyptique écrite au temps d'Antiochus Épiphane et de ses persécutions ; quelques-uns vont même jusqu'à y fixer la date d'une année précise, i67 avant Jésus-Christ. La défense des écrivains orthodoxes a été jusqu'ici très-faible, à mes •yeux du moins. Aussi je dois avouer qu'une partie des arguments invoqués par Corrodi, Eichhorn, Bertholdt, Jahn, Gesenius, de Wette, Lengerke, Ewald et Hitzig m'ont paru longtemps irréfutés. J'acceptais leur opinion, et je l'ai même imprimé. Mes convictions chrétiennes ne me paraissaient pas avoir à s'en effrayer, car je ne suis pas de ceux qui condamnent à l'avance les hardiesses de l'exégèse, tout en cherchant autant que je le puis à me défendre de ses excès. Je ne crois pas que la valeur religieuse des livres de l'Ancien Testament dépende de questions de dates et de noms d'auteurs qui sont souvent douteuses. En particulier, pour le livre de Daniel, il me semblait que l'opinion des cxégètes rationalistes y laissait

intacte la chose véritablement essentielle pour la foi du chrétien. La prophétie messianique des soixante-dix semaines d'années restait aussi merveilleuse, aussi inexplicable humainement dans un écrit du temps d'Antiochus Épiphane que dans un livre de peu postérieur à Nabuchodorossor. Pour en annihiler la valeur, il eût fallu prouver que les prophéties de Daniel étaient l'œuvre d'un chrétien, et c'est ce que personne ne pouvait même tenter.

Ce sont des raisons uniquement et exclusivement scientifiques qui m'ont amené à changer d'opinion sur le livre de -Daniel et à en revenir aux données de la tradition, surtout aux données talmudiques qui attribuent cet écrit à l'époque de la Grande-Synagogue (1). Ma conviction nouvelle s'est formée sur l'étude des textes cunéiformes, dont le contrôle avait manqué pour le jugement, qu'il y a maintenant, je crois, nécessité de réviser. Le témoignage de ces textes est, en effet, un élément indispensable du débat, et seul il permet de prononcer en dernier ressort à la fois sur le livre de Daniel pris en lui-même et sur l'opinion de l'école exégétique.

Je ne m'occuperai ici que des chapitres I à VI, des chapitres,qui présentent un récit historique, en laissant de côté les visions prophétiques et apocalyptiques des chapitres VII à XII. Ce sont, en effet, deux parties originairement bien distinctes, non par l'esprit, mais par la nature et par le plan, bien qu'elles aient ensuite été réu-

(J) Bava bathra, fol. 146.

nies en un même corps, où Ton n'a pourtant pas fait entièrement disparaître entre elles certaines divergences de rédaction (1). Sous ce rapport, je me sens tout à fait de l'avis d'Eichhorn et de Bertholdt ; l'unité des deux parties, supposant nécessairemeutun même auteur, ne me paraît pas aussi manifeste que l'admettent deWette et M. Hitzig. Je vois seulement une communauté d'esprit, qui semble supposer, quand la deuxième partie a été écrite, l'existence antérieure et peut-être même la connaissance de la première, et aussi quelques traces d*un travail de révision, fait lors de la réunion des deux morceaux en un seul tout.

Si je borne mes observations à une partie seulement du livre, ce n'est pas, du reste, que je veuille, pour me servir d'une expression vulgaire, « jeter à l'eau » les visions de la fin. Je ne fais pas la part du feu pour me rendre la tâche plus facile. Je crois que la seconde moitié du Daniel peut être aussi bien défendue et justifiée que la première. Mais le caractère distinct des deux parties de ce livre ne permet pas de les examiner au même point de vue. L'ancienneté des six premiers chapitres est une question de pure science et de critique historique, qui ne. demande dans la discussion que des arguments d'érudition, qox peut se trancher dans un sens ou dans l'autre en dehors de toute préoccupation religieuse, d'apologie comme d'a'fc'' taque; or, c'est sur ce terrain exclusivement scientifique

(1) Comparez, par exemple, i, 21, à x, 1.

DE DANIEL il'i

que je tiens à me placer. Les visions prophétiques des six derniers chapitres obligent à aborder de front la grande question du surnaturel et de la réalité de l'inspiration prophétique, qui est du domaine de la philosophie et de la foi. La manière de juger ces visions et leur date dépend avant tout de la question de savoir si un prophète peut, inspiré de Dieu, prédire Tavenir : ce n'est donc plus matière d'érudition et de critique pure, mais de polémique religieuse, .et il est impossible qu'ici l'opinion embrassée par un écrivain ne soit pas le reflet de ses croyances.

Eemarquons d'abord que le livre de Daniel est peutêtre de tout TAncien Testament celui qui nous est arrivé dans le plus triste état. L'examen de la version des Septante montre que les traducteurs alexandrins du temps des Ptolémées avaient sous les yeux un texte en bien des endroits difierent de celui que nous possédons dans les Bibles hébraïques. Ce dernier lui-même est fait de pièces et de morceaux. Une partie (les chapitres 1 et VIII à XII) est dans un hébreu qui rappelle celui des derniers prophètes et surtout des écrits immédiatement postérieurs à

17 i LES SIX PREMIERS CHAPITRES

la captivité, avec une certaine teinte d*aramaïsme cependant, qui peut « s'expliquer chez un écrivain ancien vivant au milieu des Araméens (1) ; » ce sont là, sans doute, les débris du texte original. Mais dans les chapitres lU VII on a suppléé à sa perte par une version araméennc, qui semble par sa langue d'origine palestinienne et doit être postérieure à Alexandre et à la conquête des Maoé* doniens, puisqu'elle emploie des mots grecs, xi9apis, cafr

êuxyj, ^xlvnpiov^ erviJKpwvia (2) •

(1) Th. Nœldeke, Histoire littéraire de T Ancien Testament^ traduclion n. Derenbourg et J. Soury, p. 333.

(2) III, 5 et 29.

On pourrait essayer, il est vrai, de justiGer l'introduction de ces mots

grecs, en relevant, dans les textes cunéiformes et ailleurs, une série d*indications sur des rapports entre les Hellènes et l'Assyrie ou Babylone dans les viii'' et vu' siècles. Sars:on appelle la partie de la Méditerranée voisine de Cypro a la mer de Yavan » ou des Ioniens. Sennachérib se heurta aux Grecs en Cilicie et éleva dans ce pays ub monument commémoratif de sa victoire sur eux. (Beros. ap. Easeb. Chron. Armen. p. 20. éd. Mai.) Assarahaddon et Assourbanipal énuroèrent plusieurs rois grers de l'île de Cypre parmi leurs tributaires. 11 est probable que c'est un de ces rois, nommé Pythagoras, qui commandait déjà, sous Sennachérib, un corps de troupes grecques à la solde du monarque ninivite et que l'on confondit plus tard avec Pytliagore le philosophe. (Beros. Fragm. 12, éd. C. Millier ; Abyden. Frag». 7, éd. C. Millier.) Le frère du poëte Alcée, au temps de Nabuchodorossor ou de ses successeurs immédiats, s'était illustré c aux plus lointains confins de la terre, en portant aide aux Babyloniens. » (Aie. Fragm. 33, éd. Bergk.) Un camée de travail grec de l'Asie Mineure, conservé au Musée de Berlin (voy. la gravure dans Schenkel, Bihd- Lexicon, t. III, p. 511), a reçu une inscription cunéiforme contenant une dédicace au dieu Mardouk par un roi Nabuchodorossor ; mais, d'après le style de la pierre, c'est le compétiteur de Darius, fils d'Hystaspe, plutôt que le vainqueur de Jérusalem.

Malgré cet ensemble de faits, les relations ne me paraissent pas avoir

. On ne saurait trouver une autre explication raîson-

i^ble au fait, sur lequel passent beaucoup trop facilement

f la plupart des commentateurs, du brusque changement

:> 4^ langue qui s'observe à deux reprises dans le livre,

f M. Merx a supposé que l'auteur aurait choisi à dessein

^ )a langue araméenne comme langue populaire pour les l parties de son livre écrites en vue du peuple, tandis ^ que les morceaux apocalyptiques, destinés seulement aux hommes d'une culture plus élevée, auraient été composés en hébreu, comme dans la langue savante. Mais ceci est : absolument contredit par ce fait que le premier chapitre, L indispensable à l'intelligence de l'ensemble et tout à fait ; populaire, est en hébreu, tandis que le septième, entièrement apocalyptique, est en araméen. Il y a également des alternances d'emploi de l'hébreu et de l'araméen dans le livre d'Esdras; mais tous les critiques, même les plus orthodoxes, y reconnaissent précisément la preuve de la compilation dans ce livre de documents d'origine diflfé-

été asçez considérables et assez suivies pour introduire des mots grecs dans Tusage à Babylone. On ne voit apparaître quelques expressions grecques, comme celle de (rraT^ip, dans les textes cunéiformes, que sous la domination des Séleucides^ dans quelques contrats privés qui portent des dates de ces rois.

Au reste, ce n'est pas seulement sur la présence de mots grecs, qui pourraient au besoin s'expliquer par une interpolation, que Ton doit se fonder pour reporter à une date relativement basse la rédaction des parties a.raméennes du livre de Daniel, telle que nous la possédons et qu'elle me paraît une version postérieure d'un premier texte écrit en hébreu ; c'est aussi sur l'ensemble des caractères philologiques de la langue.

rente, conserves dans leur langue originale. On ne saurait admettre raisonnablement un écrivain qui se serait plu, sans motif aucun et uniquement par caprice, à changer tout à coup de langue et à passer de Thébreu à Taraméen au beau milieu d'un verset. Tout s'explique, au contraire, si' Ton admet la substitution de la version aux parties perdues du texte primitif, précisément là où s'arrêtait la partie qui en avait été conservée. Et cette manière de voir est confirmée d'une manière qui me semble décisive par la glose marginale, actuellement incorporée au texte (1), qui introduit la partie empruntée à la version araméenne dans le verset 4 du chapitre II. Il faut en effet, de toute nécessité, traduire ainsi :

Et les Chaldéens parlèrent au roi ; Araméen : « Que le roi vive éternellement ! Dis le songe à tes serviteurs, et nous donnefons Texplication. »

En effet, tout ce qui suit à partir de là, jusqu'au commencement du chapitre VIII, appartient au texte araméen. De cette façon disparaît la notion absurde, contredite par tous les monuments, et qui a si longtemps égaré les érudits, des Chaldéens parlant en araméen (2). Dans le livre d'Esdras, le grand morceau araméen qui va de

(1) Cette incorporation est antérieure à la version des Septante.

(2) M. Joseph Halévy a dernièrement prétendu renouveler cette op^" nion. A cela soûl on peut juger le degré de sa compétence sur les qii^Sr tiens assypiennes dont il veut paj-Ier sans les avoir apprises, et oCm. ^ se pose en censeur des assyriologues.

W, à VI, 18, est introduit par la même glose, passée également dans le texte, qu'elle rend inintelligible. Le verset 7 du chapîti-e IV porte en efîet dans l'état actuel :

Et durant les jours d'Artliakhschaschtha, Bischlam, Mithradath, Tobel et ses eonchoyens écrivirent Ji Arthakhschaschtha, roi de Perse, et l'écrilure de la lettre était en araméen et interprétée en araméen.

C'est un pur non-sens, et il est manifeste qu'il faut traduire ce verset, avec le 8', de la manière qui suit :

Et durant les jours d' Arthakhschaschtha, Bischlam, Mithradath, Tobel et ses concitoyens écrivirent à Arthakhschaschtha, roi de Perse, et l'écriture de la lettre était en araméen, accompagnée d'une traduction.

Araméen :

Rehhoum, le conseiller, et Schimschaï. le scribe, écrivirent une lettre contre Jérusalem au roi Arthakhschaschlha, comme il suit.

Constitué comme je viens de le dire, le texte de Daniel parvenu jusqu'à nous est, de plus, criblé de fautes de copistes, qui se reconnaissent et se corrigent aisément dans TiTi certain nombre de noms propres. Ainsi nous avons ■non-seulement la faute de Nabucadnétzar pour Nabueadrétaar (Nabuchodorossor) , qui s'est introduite aussi dans les Rois et dans les Chroniques, tandis que Jérémie (1) et

(5) xui, :

Esdras (1) gardaient seuls la vraie leçon, mais encore Abad-Négo pour Abad-Nébo, Belschatzar pour Belscharatzar (Belsarossor). Le nom de Mischach, donDÔ à un des jeunes compagnons de Daniel, est évidfimment aussi l'altératioD, sous la main des copistes, d'une forme originaire où le dernier clément de son nom juif de Mischaël avait été remplacé par l'appellation de quelque dieu babylonien, peut-être Mischa[marda]ch (2) (assyrien Ma-sa- Mnruduk). Je suis tenté d'attribuer la même origine à l'impossible Schadrach, qu'on pourrait peut-être, en y introduisant une correction, ramener sans trop de difficulté à nn nom babylonien réel (3). Enfin, il y a certainement une faute de copie dans l'un des nombres contradictoires de I, 5, et il, 1 ; il est probable que dans le second endroit le teste portait d'abord : u Dans la seconde année o (après que Daniel fut sorti de l'école des Chaldéens} , et qu'on en a fait ensuite par erreur : « Dans la seconde année du règne de Nabucbodoroïsor. »

En outre, dans ce texte déjà si corrompu, des mains ignorantes et maladroites ont essayé d'introduire des cor-

(2) Voir dans -[ïïjin une altéralion de ■][Tro]Uî'n paraîtra peul~MM au premier abord bien hardi ; mais nous constatons un exemple asatogue de ]a chuLe d'une partie des lettres intérieures d'un nom propre assyrien dans un passage d'Esdras (iv, 10) que l'on peut aujourd'hui corriger avec certitude. Le nom du roi Assourbanipal y est devenu Asnapar : igjDN de [S]3;[3i]DH.

(3) Il est cependant possible que ce soit le nom élamito SouLrouk ou Soudrouk, dont ^ITiir stirail uno transcription très -exacte et qui paraiL.! i^ cette époijuQ, s'Stro naturalisa à Babylone.

reptions plus fâcheuses encore. Ainsi, l'erreur grossière du premier verset du chapitre I, mettant ea l'an 3 de Joïakiin la première prise de Jérusalem par Natuchodorossor, qui n'était monté sur le trône que l'an i de ce roi de Juda (1), est manifestement le fait d'un individu qui aura voulu corriger un nombre altéré d'après II Rois, xsiv, 1 , mal compris. Je suis disposé à penser que c'est une tentative malheureuse du même genre qui aura introduit dans IX, 1 Akhaschvérosch, transcription hébraïque habituelle du nom de Xerxès, tandis que le texte primitif devait avoir probablement une transcription correspondant au perse Ouvakhsatara, forme originale du nom de Cyaxare (2).

Toutes ces altérations du texte doivent être admises, à moins de fermer volontairement les yeux à la lumière. Il faudrait un esprit singulièrement étroit pour supposer que Dfeu, par un miracle perpétuel, a mis à l'abri des corruptions de ce genre tous les mots du livre sacré. II sufiSt, d'ailleui-s, d'un coup d'œil sur une Bible hébraïque avec ses geri et chelhib pour vi'ir que le miracle n'a pas été fait. C'est dans les fautes que je viens d'indiquer que l'école exégétique puise presque toutes celles de ses objections contre l'ancienneté du livre de Daniel qui ne se rattachent pas à des idées préconçues sur l'impossibilité

(1) II Reg. Kw, 8; Jerein. xxv, 1.

(2) "infflmN serait ainsi devenu unilOns, en passant pout-élre par une première altération ITlCmN", trôs-admissible paléographiqueraenl, et qu'une main maladroite aurait essayé de corriger.

des prophéties et des miracles. Mais, de bonne foi, en est-il une seule qui dépasse les chances habituelles d'altération d^un texte excellent en lui-même sous la main des copistes? Il y a bien des écrivains grecs dont le texte a beaucoup plus soiiffert encore, sans qu'on en conteste pour cela Tauthenticité ; on cherche seulement à le corriger et à le ramener à sa pureté première. C'est le fond du livre qu'il faut examiner avec rigueur après avoir fait la part de ces corruptions. Et c'est dans un tel examen qu'il me paraît reprendre toute sa valeur, maintenant qu'on peut le confronter avec les documents cunéiformes.

Le livre de Daniel contient des données historiques absentes de tout autre écrit sacré ou profane, et confirmées par le témoignage des monuments. Tel est le personnage de Belsarossor, fils de Nabonahid (1), et associé au trône par ce dernier monarque indigène et indépen-

(i) II esl vrai qu'il est question de c 9on père Nabuchodorossor ». (v/ 2, 11 et 18.) Mais des exemples du mot de < père «, dans un sens vague, pour désigner seulement un ancêtre et un prédécesseur, se trouvent dans les textes assyriens. Cest ainsi que les inscriptions de robélisque de Nimroud qualifient Jéhu de « fils d'Omri •.

liant de Babylone, dont l'existence réelle a été mise en lumière par le prisme découvert à. Moiigheir (l'ancienne Our), et maintenant conservé ù Londres (1). Quand je lia dans UD fraj^ment d'Abydènc, l'abrévîateiir de Bérose, l'étrange récit de la fin de Niibuchodorossor, et quand j'y vois une allusion au rôle que joua dans la prise de Babylone par les Perses a un Mède dont se glorifiait jusqu'alors l'Assyrie w (2) , je ne puis m'empêcber de penser qu'il en est de même du fameux Darius le Mède, sur lequel on a fait tant de conjectures. Supposer, avec les hypercritiques, que le rédacteur du livre a confondu, par ignorance, Darius fils d'Hystaspe avec Cyrus, est tout simplement impossible. L'écrivain mentionne plusieurs fois, et trèsexactement, Cyrus; il sait la distinction des Mèdos et des Perses; par conséquent, lorsqu'il dit que son Darius était Mède, c'est dans un sens précis. Mais rien de plus facile que d'admettre que Cyrus aura investi pour quelque temps d'une royauté vassale à Babylone, comme prix de sa trahison, le grand personnage d'origine médîque qui avait contribué à lui livrer la ville (3). J'en trouve

(2) Abyden. Fragm. 9, éd. C. ilullur.

(3J Si l'on admettait la correction que j'ai proposée loul i'i l'Iieiiro pour IX, 1, ce Darius le MÈdo aurait été le fils d'un Cyaxare, sans doute du même Cyaxare dont lo prétendant mède qui se révolta contre Darius lits d'Hystaspe se disait fils. Tout lo monde connaîc le récit de Xénophon qui fait succéder à Astyage , sur le trône de Médie, un Cyaxare II, tandis qu'Hérodole fait cesser absolument la royauté mède après la défaite d'Astyage par Cyrus, Il est certain que toui ce que dit liption des rapports euîro Cyrus et ce nouveau Cyaxaro est impos-

LES SIX PREMIERS CnAFlTRES

mûmc un iudiee dans ce fait significatif, que, sur les contrats babyloniens et clialdéens en écriture cunéiforme, Cyrus n'est qualifié de a roi de Babylone, roi des nations, » qu'à partir de l'an 3, compté depuis la prise de la cité; dans les contrats de l'an 1 et de l'an 2, il est appelé seulement « roi des nations » .

Tous les noms propres, quand les fautes de copiatee ne les ont pas trop altérés, sont parfaitement babyloniens, et tels qu'on n'eût pas pu les inventer en Palestine au second siècle avant notre ère, comme Balatsu-usur (1) (protège sa vie ! ), nom donné à Daniel, ou Abad-Nabu (2), nom donné à l'un de ses compagnons. Pour celui du chef des eunuques, que le texte hébreu écrit TJElï?tf , il n'y a guère moyen de douter qu'un r final n'en soit tombé, car les Septante l'écrivent, en conservant cet r, mais en laissant tomber une autre lettre, ÀBieaSp't, ou dans quelques manuscrits, Aèviaâpi, c'est-à-dire î~iTJ3N. Nous avons donc, comme altérations divergentes de lu forme que portait le texte originaire ; | "j^wN^ (.^ qui impose de restituer cette forme en ITJS'iyN ou ITJSII^N (3), transcription rigoureusement exacte d'un

sible; mais, d'un autre colé, ce que l'inscriplion de BebistouD rapporta du Médien Pliraorte, qui se fit passer pour Xalhrilès, Gis de Cyasare, rend bien difficile (Je considérer comme une pure fable l'existence d'un personnage do ce nom, postérieur à Aalyage, qui aura peut-être porlé quelque temps la couronne comme vassal de Cyrus.

(i) Voy, Scbrader, Die Keitinschriflen nnd (las AlU Testament, p. 278.

(2) W. A. I.iii, ifi, col. 1,1.83.

(3) L'échange dep et de h dans la prononciatioD et dans i'tirlhoij

nom dont on a plusieurs exemples {l),Assa-ibni'Zir (2), ce la Dame^(Istar de Ninive) a formé le germe ». Quelques autres sont plus corrompus, il est vrai ; mais du moins on ne remarque dans le livre aucun de ces noms propres d'autres temps et d'autres pays que les auteurs de compositions de basse époque s'en vont chercher maladroitement dans des écrits connus, et qui révèlent tout de suite la fraude. Un seul pourrait paraître dans ce cas, celui d'Arioch, mais nous l'examinerons plus loin.

La topographie n'est pas moins remarquable par son exactitude. Les indications du chapitre IV sur le palais royal bâti par Nabuchodorossor sont irréprochables. « La plaine de Doura, dans la province de Babylone, » où Nabuchodorossor fait élever Tidole qu'il commande d'adorer, est une localité immédiatement suburbaine qui garde encore aujourd'hui son nom.

Il est intéressant de comparer, sous ces divers points de vue, au livre de Daniel celui de Judith, auquel on ne

est fréquent; l'exemple le plus frappant en est fourni par le mot abalj a 6ls «, qui devient bal, puis pal, S13 dans les transcriptions bibliques. Cette permutation s'observe précisément pour la racine nJl dans les deux formes parallèles du nom d'une même déesse, Zir-hanit et ZarpaniU

(\) Écrit dans les. exemples que je connais d'une .manière idéographique, par les signes : AN. XV. KAK. %ir,

(2) Pour la lecture Assa du nom de déesse AN. XV et sa transcription dans l'alphabet sémitique 127N et môme "^V, voy. W. A. I. m, 46, 3 et^. — Le verbe est très-souvent au masculin après les noms de déesses.

iSli LES SIX PREMIERS CHAPITRES

peut plus, depnis les études assyriennes, attribuer un caractère historique {\), et qu'il faut de toute nécessité regarder comme une composition allégorique du temps des Macchabées. Qu'y voyons-nous? Un roi d'Assyrie qui n'a jamais existé, un Nabuchodonosor niiiivite, défait, dans la douzième année de son règne, sur le territoire d'un roî des Élivmites non moins inconnu, Arioch (2), et à une époque où Elam venait de cesser d'avoir une existence indépendante, dans une plaine qui se trouve à la foia voisine de TEuphrate, du Tigre et de l'Hydaspe, — fleuve de l'Inde, soit dit en passant (3), — un roi des Mèdes affuhlé du nom sémitique d'Arphaxad, emprunté à la deâcendance de Sem dans le chapitre X de la Genèse. Après avoir vaincu les Mèdes, le roi d'Assyrie veut conquérir le monde. Son général, qui porte un nom perse, Holopherne (Oui'oufranâ), soumet toute la Syrie au travers d'une géographie fantastique, et vient enfin dans le pays de Juda, sous un roi qu'on ne nomme même pas, mettre le siège devant une ville qu'on ne sait où placer, et dont il n'est fait mention nulle autre part, mais dont le nom, Betheloah, a la maison de Dieu, >< est tout à fait allégorique. C'est cette ville que délivre une femme dont le nom n'est

(1) Voy. Oppert, dans ['Annuaire de la Sociélé d'Elknograpkie po\XT

(2) Pris dans Gènes, xi, 1 et 9.

(3) Saint Jérôme y substitue un Ûeuve incoDou, le ludasos. Justifier ceci, comme l'oiil fait quelques personnes, parce que Quiolc-Curce appelle Hyda,=po le Choaspès, est jusliDer l'erreur par l'erreur.

pas moins significatif, car. elle s'appelle Yehouditli, « la Juive, a Devant cette accumulation d'impossibilités, de noms pris au hasard, et qui jurent de se trouver ensemble, on sent tout de suite que l'on est dans le domaine de la fiction, et que l'auteur a inventé de toutes pièces un cadre aux admirables leçons morales qui donnent tant de valeur au livre de Judith (1 ) pour l'âme et la conscience.

(I) Il y a plus d'un siècle que noire grand Frérot, avec l'esprit supérieur de critique qui caractérisait tous ses jugements, a dît que le livre de Judith ne pouvait pas tHre compté au nombre des monuments qui Eervent de base solide à l'histoire. L'auteur de ce livre s'est peut-être souvenu de ta défaite de Fhraorte, roi dos Médes, par les Assyriens, qui parait, en effet, d'après les données d'Hérodote, roïncider avec l'ao ISdn Chiniladan du Canon de Ptolémée, c'e.it-à-dire l'an 12 du règno d'Asaourbanipal à Babylone, après ia mort de son frèreSamoulsoumoukin. Hais ceci tnéme est encore douteux, car la coïncidence de cette défaite de Ftaraorle avec une 1!2> année du Canon de Ptolémée résulte d'un calcul assez artificiel de raccordement entre la chronologie diHérodoto et celle do rastronome d'Alexandrie ; d'autant plus qu'en réalité cette IS* année de rjigne à Babylone était la 3Î' du règne tota! d'Assourbanipul en Assyrie. En admettant, comme l'ont fait plusieurs savants d'un grand mérite, que la défaite d'Arphaïad soit celle do Phraorte, on tomberait dans un abime de nouvelles impossibilités, car les événemenla seraient contemporains de Joeias, sous lequel il n'y a pas moyen de placer uno invasion assyrienne inconnue ax)x livres des Rois et des Chroniques. Et d'ailleurs le grand-prëtre du temps de Josias ne s'appelait aucunement Joïachim, nom que nous lisons dans le livre de Judith et qui manque à la série sacerdotale authentique. Le verset ofi l'on décrit ce grand-prStre Joïachim venant de Jérusalem voir Judith • avec le conseil des fils d'Israël i (xv, 8 du texte grec; cf. xv, 9 de celui de saint Jérôme) se rapporte à l'état de choses politique postérieur au retour de la Captivité, non à celui du temps des rois (la même mention dans IV, 8, encore plus formello, puisque le seul gouvernement du pays s'y compose du grand-prétre et du Conseil). Enfin la coïncidence historique résultant de la victoire de l'an 12 disparaît jiresque entièrement MIS lisons le texte grec du chapitre l", beaucoup plus complet que

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s'il n'en a pas pour l'iiistoire. Quelle difFérence avec !e

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