‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 2)Chapitre 15 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

i3i CANTO TRENTESIMOSECONDO.

*• Quel che rimase, corne dî gramigna Vivace terra, délia piuma, offerta Forse con intenzion casta e benigna,

^^ Si ricoperse , e fimne ricoperta

E r una e F altra rota e il temo in tanto, Che più tiene un sospir la bocca aperta.

^ Trasfonnato cosi^ aificio santo Mise fuor teste per le parti sue, Tre sovra il temo, ed una in ciascuQ canto.

^® Le prime eran cornute come bue;

Ma le quattro un âol corno avean per fronte : Simile mostro visto mai non fue.

*o Sicura, quasi rocca in alto monte, Seder sovr'esso una puttana sciolta M'apparve con le ciglia intorno pronte.

*^ E , come perché non gli fosse tolta , Vidî di Costa a lei dritto un gigante, E bacîavansi insieme alcuna vol ta :

" Ma perché Tocchio cupido e vagante A me rivolse, quel féroce drudo La flagella dal capo insin le piante.

5* Poi, di sospetto pieno e d'ira crudo, Disciolse il mostro, e trassel per la selva Tanto, che sol di lei mi fece scudo

Alla puttana ed alla nuova belva.

CHANT TRENTE-DBUXIÈMB. 435

Ce qui resta d'intact, comme de gazon se recouvre une terre vivace, peut-être à bonne et pure intention, de la plume offerte

Se recouvrit, et en furent couverts Tune et l'autre roue et le timon, en moins de temps qu'uq, soupir ne tient la bouche ouverte.

La machine sainte ainsi transformée, de ses parties sortirent des têtes, trois sur le timon, et une à chaque coinça.

Les premières avaient des cornes comme les bœufs; mais les quatre autres avaient une seule corne au front; jamais on ne vit monstre semblable.

Pleine de sécurité, comme une forteresse sur une haute montagne, assise dessus m*apparut une courtisane éhontée^®, promenant autour ses yeux hardis.

Et comme pour qu'elle ne lui fût point enlevée, je vis à côté d'elle un géant ^^ debout; et quelquefois ils se baisaient.

Mais ayant vers moi tourné son regard errant et convoiteux, ce féroce amant la flagella de la tête jusqu'aux pieds.

Puis, plein de soupçon et transporté de colère, il délia le monstre ^^, et le traîna dans la forêt, s^ avant qu'à ma vue elle déroba *•

La courtisane et la nouvelle bête.

CANTO TRENTESIMOTERZO

Deus^ venerunt génies^ alternando.

Or tre or quattro, doice salmodia Le donne incominciaro, lagrimando

E Béatrice sospirosa e pia Quelle ascoltava si fatta, che poco Più alla croce si cambiô Maria.

Ma poichè F altre vergini dier loco A lei di dir, levata dritta in piè , Rispose, colorata corne fuoco :

^ Modicum, et nonvidebitis me y Et ilerum, sorelle mie dilette, Modicum , et vos videbilis me.

^ Poi le si mise innanzi tutte e sette , E dopo se, solo accennando, mosse Me e la Donna , e il Savio che ristette.

DeuSj venerunt gentes ^ , chantant à deux chœurs» ores trois, ores quatre, les dames en pleurant corn-mencërent une douce psalmodie.

Et avec de pieux soupirs Béatrice les écoutait, si défaite, que près de la croix peu plus ne Tétait Marie.

Mais, lorsque les autres vierges ayant cessé, elle put parler, se levant droite en pieds, rouge comme le feu, elle répondit :

Modicum^ et non videbiiiê me; et, iterum, mes sœurs bien aimées, modicum, et vos videbitis me^.

Puis elle les fit toutes sept passer devant elle ; et après elle, seulement d'un signe, elle mut moi, et la Dame^, et le Sage^ qui s'était arrêté.

438 CANTO TRENTESIMOTERZO.

• Cosl sen giva , e non credo che fosse Lo decimo suo passo in terra posto , Quando con gli occhi gli occhi mi percosse ;

7 E con tranquillo aspetto : Vien più tosto , Mi disse ^ tante che s'io parlo teco.

Ad ascoltarmi tu sie ben disposto.

• SI com' i' fui , com' io doveva , seco , Dissemi : Frate , perché non t' attenti A dîmandare ornai venendo meco ?

• Corne a color, che troppo reverenti , Dinanzi a suoi maggior parlando sono , Che non traggon la voce viva a' denti ,

*^ Avvenne a me, che senza intero suono Incominciai : Madonna, mia bisogna Voi conoscete, e ciô ch'ad cssa è buono.

*^ Ed elia a me : Da tema e da vergogna Voglio che tu ornai ti disviluppe, SI che non parli più com' uom che sogna.

*2 Sappi che il vaso , che il serpente ruppe , Fu , e non è ; ma chi n' ha colpa creda Che vendetta di Dio non terne suppe.

^* Non sarà tutto tempo senza reda L'aquila che lascio le penne al carro , Perché diveime mostro e poscia preda ;

Ainsi allait-elle; et je ne crois pas qu'elle eût achevé le dixiënote pas, lorsque ses yeux frappèrent mes yeux;

Et d'un visage tranquille : c Viens plus près , me dit-elle , c assez pour cpie, si je le parle, tu sois bien à portée de m'entendre. »

Lorsque je fus à la distance où je devais -être d'elle, elle me dit : « Pourquoi désonnais, venant avec moi, n'oses-tu me faire de demande? »

Comme à ceux dont la voix, lorsqu'ils parlent devant de plus grands qu'eux, vient, par trop de respect, mourir près des dents,

Il m'advint; et d'un son k demi formé, je commençai : — Madoona, v^ous connaiâaez won besoin, et ce qui lui est bon.

Et elle à moi : c Je veux que désoiinais, dégagé de crainte et de honte , tu ne parles plus comme un homme qui rêve,

c Sache que Je vaisseau, que le serpent a brisé, fut et n'est point ^ ; mais que celui à qui en est le ciîme, croie bien que la vengeance de Dieu ne craint pas les soupes ®.

< Ne sera pas toujours sans héritier lliâgle qui laissa ses plumes dans le char^, lequel par là devint monstre, et proie ensuite ;

iiO CANTO TKENTESIMOTERZO.

** Ch'io veggio certamentc, e perô'l narro, A darne tempo già stelle propinque, Sicuro d'ogni intoppo e d'ogni sbarro ;

** Nel quale un cinquecento dieci e cinque, Messo di Dio, anciderà la fuia, E quel gigante che con lei delinque.

*• E forse che la mia narrazion buia , Quai Temi e Sfinge , men ti persuade, Perch'a lor modo lo intelletto attuia :

*7 Ma tosto fien H fatti le Naiade , Che solveranno questo enigma forte , Senza danno di pécore e di biade.

*® Tu nota; e, si corne da me son porte Queste parole, si le insegna a' vivi Del viver ch' è un correre alla morte ;

*^ Ed aggi a mente, quando tu le scrivi , Di non cclar quai hai vista la pianta , Ch' è or due voile dirubata quivi.

'® Qualunque ruba quella o quella schianta , Con bestemmia di fatto offende Dio , Che solo all'uso suo la creô santa.

'* Per morder ({uella , in pena ed in disio Cinquemiranni e più, l'anima prima Bramo colui che il niorso in se punio.

CHANT TRENTE-TROISIËME. 444

« Car je vois certainement, et pour cela je l'annonce, des étoiles déjà proches, dont rien ne peut arrêter ni retarder le cours, amener le temps

«Où un cinq cent dix et cinq® envoyé de Dieu, tuera la perverse, et ce géant qui avec elle a forniqué.

« Et peut-être que ma prédiction, obscure comme le langage de Thémis et du Sphinx , moins te persuade, parce qu'à leur manière elle offusque l'entendement ;

« Mais bientôt les faits seront les Naïades qui dénoueront cette énigme embrouillée, sans perte de brebis ni de blé ^.

« Toi, note : et telles que je les ai dites, redis ces paroles aux vivants pour qui vivre n'est que courir à la mort;

« Et lorsque tu les écriras, aie soin de ne pas celer ce que tu as vu de l'arbre, qui vient d'être ici dépouillé deux fois.

«Quiconque le dépouille ou le brise, par un blasphème de fait offense Dieu, qui pour son seul usage le créa saint *^.

« Pour l'avoir mordu, dans la peine et dans le désir, cinq mille ans et plus, la première âme** a aspiré à celui qui punit en soi la morsure *'.

44S GANTO THENTESIMOTERZO.

'< Dorme lo ingegno tuo, se non istima Per singular cagione essere eccelsa Lei tanto , e si travolla nella cima.

'^ E , se stati non fossero acqua d* Eisa Li pensier vani intorno alla tua mente , E il placer loro un Piramo alla gelsa ;

'* Per tante circostanze solamente La giustizia di Dio nello interdetto CoDOsceresti alFalber moralmente.

*^ Ma , perch' io veggio te nello intelletto Fatto di pietra ed in petrato tinto , SI che t'abbaglia il lume del mio detto ,

2® Yoglio anche, e se non scritto, almen dipinto, Che M te ne porti dentro a te per quello Che si reca il bordon di palma cinto.

*7 Ed io : SI come cera da suggello . Che la figura impressa non trasiuuta , Segnato è or da voi lo mio cervelle.

*® Ma perché tanto sovra mia veduta Vostra parola disiata vola, Che più la perde quanto piû s' aîuta ?

*® Perché conoschi, disse, quella scuola C hai seguitata, e vcggi sua dottrina Come pu6 seguitar la mia parola :

CHàNT TRENTE-TROISIKMB. 443

t Bien endomiie est ton intelligence, si tu ne comprends pas que par une raison singulière il est si élevé, et si ravagé dans sa cime,

« Et si autour de ton esprit n'eussent point été Teau d'Eisa ** les pensers vains, et leur plaisir oe que fut Pyrame au mûrier *^,

f Seulement par tant de circonstances^^, tu reconnaîtrais , selon le sens moral , la justice de Dieu dans cette défense *^.

« Mais parce que je vois que ton entendement est devenu pierre , et que dans le péché il s'est teint , de sorte que de mes paroles la lumière t' éblouit,

« Je veux aussi que, sinon écrites, au moins peintes ^^ au dedans de toi tu les rapportes, pour le même mo> tif qu'on rapporte le bourdon ceint de palmes. »

Et moi : — Comme empreinte par le sceau est la cire qui ne change point la figure imprimée, ainsi mon cerveau par vous vient d'être empreint I

Mais pourquoi votre parole désirée élève-t-elle son vol tant au-deesus de ma vue, qu'elle la perd d'autant plus, que plus elle s'efforce?

« Afin, » dit-elle, « que tu connaisses l'école que tu as suivie , et que tu voies comment sa doctrine peut suivre ma parole;

iU CANTO TRBNTESmOTBRZO.

^ E veggi vostra via dalladivina Distar cotanto, quanto si discorda Da terra il ciel che piii alto festina.

** OndMo risposi lei : Non mi ricorda ChMo straniassi me giammai da voi , Ne bonne coscienzia che rimorda.

*' E , se tu ricordar non te ne puoi, Sorridendo rispose, or ti rammenta Si corne di Letè beesti ancoi ;

** E , se dal fumo fuoco s'argomenta , Cotesta oblivion chiaro conchiude Coipa nella tua voglia altrove attenta.

** Veramente oramai saranno nude I^ mie parole, quanto converrassi Quelle scovrîre alla tua vista rude.

** E più corrusco , e con più lenti passi , Teneva il Sole il cerchio di merigge, Che qua e là , come gli aspetti , fassi ,

*• Quando s'alBsser, si come s'affigge Chi va dinanzi a-schiera per iscorta , Se truova novitate in sue vestigge,

*7 Le sette donne al fin d'un' ombra sraorta. Quai sotto foglie verdi e rami nigri Sovra suoi freddi rivi T Alpe porta.

« Et qu'aussi éloignée de la voie divine est votre voie , que la terre l'est du ciel qui le plus haut se hâte 48. •

Sur quoi , je lui répondis : — Je ne me souviens pas de m' être jamais détourné de vous, et ma conscience ne me le reproche point.

t Si tu ne peux t'en souvenir, » en souriant répondit-elle, «rappelle -toi comment aujourd'hui tu as bu du Léthé.

cEt si la fumée prouve le feu, cet oubli prouve clairement que coupable était ton désir de s'attacher ailleurs *^

cMais nues désormais seront mes paroles, autant qu'il conviendra de les découvrir à ta vue grossière. 9

Et le soleil plus lent^® brillait dans le cercle du midi , qui d'ici et delà se déplace selon les aspects.

Lorsque , comme celui qui pour la guider va devant une troupe, s'arrête, s'il rencontre quelque chose nouvelle, s'arrêtèrent

Les sept Dames à l'extrémité d'une ombre pâle, telle que, sous des feuilles vertes et noires, en offrent les Alpes, près de leurs froids ruisseaux.

416 GANTO TRENTfiSIMOTERZO.

*® Dinanzi ad esse Eufrates e Tigri Veder mi parve uscir d'una fontana, E quasi amici dipartirsi pigri.

•• 0 iuce, 0 gloria délia gente umana , Che acqua è questa che qui si dispiega Da un principio, e se da se lontana?

*^ Per cotai prego dette mi fu : Prega Mat4lda che il ti dica. E qui rispose , Corne fa chi da colpa si dislega ,

^* La bclla Donna : Questo, ed altre cose Dette li son per me ; e son sicura Che r acqua di Letè non gliel nascose.

*2 E Béatrice : Forse maggior cura , Che spesse yolte la memoria priva, Tatto ha la mente sua negli occhi oscura.

** Ma vedi Eunoè che là dériva :

Menalo ad esso, e, come tu se' usa, La tramortita sua virtii ravviva.

** Corne anima gentil che non fa scusa , Ma fa sua voglia della voglia altrui, Tosto conV è per segno fuor dischiusa ;

*^ Cosl , poi che da essa preso fui , La bel la Donna mossesi, od a Stazio Donnescament^ disse : Vien con lui.

Devant elles, il me parut voir l'Euphrate et le Tigre 2* sortir d'une fontaine, et comme des amis lentement se séparer.

— O lumière, ô gloire de la race humaine, quelle est cette eau qui s'épand d'une même source , et se divise en s'éloignant?

A cette prière , il me fut dit : t Prie Mathilde de te le dire ; » et alors, conune qui se disculpe d'une faute ,

« La belle Dame répondit : t Cela et d'autres choses lui ai -je dites, et je suis sûre que l'eau du Léthé ne les a pas effacées en lui.»

Et Béatrice : « Peut-être un souci plus grand, qui souvent trouble la mémoire, a obscurci les yeux de son esprit.

«Mais vois Eunoé 2^, qui coule là: mène-l'y, et comme tu l'as accoutumé, ranime sa force défaillante. »

Comme une noble àme qui point ne s'excuse, mais du vouloir d'autrui fait son propre vouloir, dès qu'un signe au dehors l'a manifesté,

Sitôt qu'elle m'eut pris, la belle Dame se mut, et à Stace gracieusement elle dit : « Viens avec lui. »

U8 CANTO TRENTESIMOTBRZa

*• S'io avessi, lettor, più lungo spazio Da scrivere, io pur cantere'in parte Lo dolce ber che mai non m'avria sazio;

*^ Ma perché piene son tutte le carte Ordite a questa Cantica seconda , Non mi lascia più ir lo fren deU'arte.

^ lo ritomai dalla santissim*onda Rifatto si, corne piante novelle Rinnovellate di novella fronda,

Puro e disposto a salire aile stelle.

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