‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 2)Chapitre 14 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

418 CÀNTO TRENTBSIUOPRIMO.

** Cosi cantando cominciaro ; e poi Al petto del grifon seco menarmi , Ove Béatrice volta stava a noi.

*• Disser : Fa che le viste non risparmi ; Posto f aveiD dinanzi agli smeraldi , Ond'Amor già ti trasse le sue armi.

^^ Mille disiri più che fiamma caldi

Strinsermi gli occhi agli occhi rilucenti , Che pur sovra il grifone stavan saldi.

** Corne in lo specchio il Sol , non altrimenti La doppia fiera dentro vi raggiava.

Or con uni , or con altri reggimenti.

** Pensa, lettor, sMo mi maravigHava , (Juando vedea la cosa in se star quêta , E neiridolo suo si trasmutava.

** Mentre che , picna di stupore e liela , L'anima mia gustava di quel cibo, Che, saziando di se , di se asseta ;

** Se dimortrando del più alto tribo Negli atti, Paître tre si fero avanti, Danzando al loro angelico caribo.

*^ Volgi , Béatrice , volgi gli occhi santi , Era la sua canzone, al tuo fedele, Chp, pprvpderti, ha mossi passi tanti.

CHANT TRENTE-DNIÈME. M

Ainsi chantant elles commencèrent : ptdd avec elles elles me menèrent à la poitrine du Griffon, où Béatrice debout était tournée vers nous.

Elles dirent : t N'épargne point leà regards ; nous t'avons placé devant les émeraudes, dorit jadis TAmour tira les traits qui te blessèrent. »

Mille désirs plus ardents que la flamme, lièrent mes yeux à ses yeux brillants, qui demeuraient fixés sur le Griffon *•.

Comme le soleil dans le miroir, ainsi l'animal double rayonnait dedans, offrant tantôt un aspect et tantôt un autre 20.

Pense, lecteur, si je m'étomiais, voyant l'objet demeurer le même, et son image changer.

Tandis que, pleine de stupeur et de joie, mon âme goûtait de cet aliment, qui, rassasiant de soi, de soi renouvelle la faim ;

Par leur démarche se montrant de la plus haute tribu 2^, les trois autres s'avancèrent en chantant leur angélique carole.

«Tourne, Béatrice, » chantaient-elles, «tourne tes yeux saints sur ton fidèle, qui pour te voir a fait tant de pasi

iiO CANTO TRENTESIMOPRIMO.

46 per grazia fa noi grazia che disvele A lui la bocca tua , si che discerna La seconda bellezza che tu celé.

*^ O isplendor di viva luce eterna, Çhi pallido si fece sotto T ombra SI di Parnaso , o bevve in sua cisterna ,

^ Che non paresse aver la mente ingombra , Tentando a render te quai tu paresti Là dove armonizzando il ciel fadombra»

Quando nell'aere aperto ti solvesti ?

CHANT TRENTK.UNIÈME. 424

• De grâce, accorde-nous de lui dévoiler ta face, pour qu'il contemple la seconde beauté " que tu cèles. »

O splendeur de la vive lumière étemelle ! Qui , tant eût -il pâli sous les ombres du Parnasse, ou bu à ses fontaines ,

Ne paraîtrait impuissant d'esprit, s'il tentait de te peindre telle que tu apparus là où le ciel t'enveloppe d'harmonie et de fleurs.

Lorsqu'au grand jour tu te découvris?

CANTO TRENTESIMOSECONDO

Tanto eran gli occhi miei fissi ed attenti

A disbramarsi la decenne sete ,

Che gli altri sensi m' eran tutti spenti ;

Ed essi quinci e quindi avén parete Di non caler, cosl lo santo riso A se traéli con l'antica rete ;

* Quando pcr forza mi fu volto il viso Ver la sinistra inia da quelle Dee , Perch' io udia da loro un : Troppo fiso.

* E la disposizion che a veder ee Negli occhi pur testé dal Sol percossi , Sanza la vista alquanto esser mi fce ;

5 Ma poichè al poco il viso riformossi (lo dico al poco per rispetto al molto Sensibile, onde a forza mi riniossi).

Tant étaient mes yeux fixes et attentifs pour étancher une 3oif de dix ans ^, qu'éteints étaient tous mes autres sens ;

Et ne se souciaient d'aucun autre objet ^ les yeux absorbés dans la splendeur sainte , qui les attirait avec l'antique rets:

Lorsque par force me firent tourner le visage vers ma gauche ces Déesses, qui me dirent que je regardais trop fixement.

Et cet éblouiflsement qu'éprouvent les yeux que le soleil vient de frapper, roe priva quelque temps de la vue:

Mais après qu^elIe se fut un peu raffermie, je dis un peu par rapport à l'abondante lumière dont je m'étais par force éloigné.

i%i CâNTO trentësimosecondo.

* Vidi in sul braccio destro esser rivolto Lo glorioso esercito, e tornarsi Col Sole e con le sette flamme al volto.

Corne sotto gli scudi per salvarsi Volgesi schiera , e se gira col segno , Prima che possa tutta in se mutarsi ;

8 Quella milizia del céleste regno, Che precedeva, tutta trapassonne Pria che piegasse il carro il primo legno.

• Indi aile rote si tornar le donne , E il grifon mosse il benedetto carco SI che perô nulla penna croUonne.

*® La bella donna che mi trasse al varco , E Stazio ed io seguitavam la rota Che fe r orbita sua con minor arco.

*^ Si passeggiando Talta selva vota , Colpa di quella ch'al serpente crese, Temprava i passi un'angelicanota.

*2 Forse in tre voli tanto spazio prese Disfrenata saetta , quanto eràmo Rimossi, quando Béatrice scese.

^^ lo senti' mormorare a tutti : Adamo ! Poi cerchiaro una pianta dispogliata Di fiori e d'altra fronda in ciascun ramo.

CHANT TRENTE-DEUXIÈME. 4t5

Je vis qu'à droite la glorieuse armée s'était retournée , et s'en allait ayant en face les sept flammes * et le soleil.

Comme sous les boucliers pour se sauver une bande tourne le dos, et sur soi volte avec l'étendard, avant que tout ordre ait pu se changer ;

Cette milice du céleste royaume, qui précédait, défila toute, avant que le timon ployât le char *.

Puis, près des roues se replacèrent les Dames, et le Griffon mut le char béni , de manière cependant que pas une penne ne s'agita.

La belle Dame qui m'avait tiré au passage^, et Stace et moi, nous suivions la roue qui trace son ornière dans un arc plus étroit.

Ainsi traversant la haute forêt, vide par la faute de celle qui crut le serpent, un chant angélique réglait le pas.

Peut-être avions-nous parcouru trois fois l'espace d'un trait de flèche , lorsque Béatrice descendit.

Je les ouïs tous murmurer: « Adam! » puis ils entourèrent un arbre dépouillé de fleurs et de feuillage en tous ses rameaux.

426 CANTO TRENTBSIMOSBGONDO.

^^ La chioma sua, che tanto si dilata Più, quanto piii è su, fora dagl* Indi Ne' boschi lor per aitezza ammirata.

^^ Beato se% grifon, che non discindi Col becco d'esto legno dolce al gusto , Posciachè mal si torse il ventre quindi.

^* Cosi d'intorno air arbore robusto Gridaron gli altri ; e l'animal binato : SI si conserva il semé d' ogni giusto.

*7 E volto al temo ch'egli avea tirato, Trasselo a piè délia vedova frasca ; E quel di lei a lei lasciô legato.

*8 Corne le nostre piante, quando casca Giù la gran luce mischiata con* quelle Che raggia dietro alla céleste lasca ,

AS Turgide fansi, e poi si rinnovella Di suo color ciascuna, pria che '1 Sole Giunga li suoi corsier sotC altra Stella ;

î^ Men che di rose , e più che di viole , Colore aprendo, s' innové la pianta, Che prima avea le ramora si sole.

2i lo non lo intesi, ne quaggiù si canta L' inno che quella gente allor cantaro.

Ne la nota soffcrsi tuttaquanta.

Sa chevelure, qui s'étend d'autant plus que plus elle s'élève, serait par sa hauteur admirée des Indiens dans leurs forêts.

« Heureux es-tu, Griffon, que point de cet arbre ton bec ne détache le fruit doux au goût; car ensuite tristement se tord le ventre, »

Ainsi autour de l'arbre robuste crièrent tous les autres ; et l'animal biforme : t Par là se conserve la semence de tout juste *• »

Et se tournant vers le timon qu'il avait tiré ^, il amena le char au pied de l'arbre veuf, et l'y laissa lié avec un de ses rameaux. **

Comme nos plantes, lorsque dessus tombe la grande lumière ® mêlée à celle qui rayonne derrière la céleste lasca *^,

Se gonflent, et chacune d'elles ensuite se revêt de nouvelles couleurs, avant que le Soleil ait conduit ses coursiers sous un autre Signe ;

Ainsi s' ouvrant, l'arbre dont les branches étaient nues auparavaot, se revêtit de nouveau d'une couleur moins semblable à celle des rosea qu'à celle des violettes.

Je n'entendis point, et ici-bas ne se chante l'hymne que cette troupe alors chanta; et je n'en soutins pas jusqu'au bout l'harmonie.

428 GANTO XRENTESIMOSECONDO.

*2 S'io potessi ritrar conie assonnaro Gli occhi spietali, udcndo di Siringa , Gli occhi a cui più vcgghiar costô si caro ;

2* Corne pîntor che con esemplo pinga , Disegnerei com'io m'addormentai; Ma quai vuoi sia che l'assonnar ben finga.

24 Perô trascorro a quando mi svegliai , E dico ch'un splendor mi squarciô il vélo Del sonno, ed un chiamar : Surgi, che fai?

*^ Quale a veder de'fioretti del melo, Che del suo pomo gli angeli fa ghiotti, E perpétue nozze fa nel cielo,

2« Pietro e Giovanni e lacopo condotti, E vinti ritornaro alla parola, Dalla quai furon maggior sonni rolti,

27 E videro scemata loro scuola , Cosi di Moisè come d'Elia,

E al maestro suo cangiata stola ;

28 Tal toma'io, e vîdi quella Fia Sovra me starsi , che conducitrice Fu de' miei passi lungo il fiume pria ;

2« E tutto in dubbio dissi : Ov'è Béatrice? Ed ella : Vedi lei sotto la fronda Nuova a sinlorsi in su la sua radico.

Si je pouvais retracer comment, à l'ouïr de Syrjnx^^, s'assoupirent les yeux impitoyables, les yeux auxquels le plus veiller coûta si cher ^^^

Comme un peintre qui dessine d'après un modèle, je peindrais comment je m'endormis ; mais le fasse qui bien saura représenter le sommeiller.

Je passe donc au moment où je me réveillai , et je dis que pour moi déchira le voile du sommeil une vive splendeur et une voix qui m'appela : t Lève- toi, que fais-tu?t

Tels que, conduits pour voir les fleurs du pommier, qui de son fruit rend les anges avides, et entretient dans le ciel un festin perpétuel ,

Pierre et Jean et Jacques ^*, assoupis , se réveillèrent à la parole par laquelle furent rompus des sommeils plus profonds*^.

Et virent leur troupe diminuée de Moïse et d'Élie, et de leur maître la robe changée ;

Tel me réveillai- je, et je vis, debout au-dessus de moi, cette Dame pieuse, qui auparavant le long du fleuve avait guidé mes pas ;

Et plein de trouble, je dis: — Où est Béatrice? Et elle: «Vois-la, sous le feuillage nouveau, assise sur sa racine ^^.

430 GANTO TRENTESIMOSBCONDO.

^ Vedi la compagnia che la circonda ; Gli altri dopo il grifon sen vanno suso, Con piii dolce canKone e piii profonda.

^* E se fu più lo suc parlai diffuso

Non se, perocchè già negli occhi m'era Quella ch*ad altro intender m'avea chiuso.

*5 Sola sedeasi in su la terra vera , Corne guardia lasciata li del plaustro, Che legar vidi alla biforme fiera.

** In cerchio le facevan di se claustro Le sette ninfe, con que' lumi in mano Che son sicuri d'Aquilone e d'Austro.

*^ Qui sarai tu poco tempo silvano, E sarai meco senza fine cive Di quella Roma onde Cristo è Romano;

*& Perô, in pro del mondo che mal vive. Al carro tieni or gli occhi, e, quel che vedi, Ritornato di là, fa che tu scrive.

*^ Cosi Béatrice ; ed io che tutto a' piedi De' suoi comandamenti era devoto, La mente c gli occhi, ov'ella voile, diedi.

*7 Non scesc mai con si veloce moto Fuoco di spessa nube , quando piove Da quel confine che piii (> remoto.

CHANT TRENTE-DBUXIËMB. 434

t Vois la compagnie qui l'entoure*^ : à la suite du Griflon les autres s'en vont en haut, chantant un hymne plus doux et d'un sens plus profond. »

Si son parler fut plus étendu, je ne sais; parce que dans mes yeux déjà était celle qui m'empêchait d'être attentif à autre chose.

Elle était seule assise sur la vraie terre ^^ , comme une garde laissée près du char, que j'avais vu lier par l'animal biforme.

Un cercle autour d'elle formaient les sept nymphes, ayant en main ces lumières qui sont à l'abri de l'Auster^s et de l'Aquilon.

t Tu séjourneras ici un peu de temps dans la forêt, puis sans fin tu seras avec moi citoyen de cette Rome dont le Christ est Romain ^^.

a Cependant pour le bien du monde, qui vit mal , tiens maintenant les yeux fixés sur le char; et ce que tu verras, de retour là, écris-le. >

Ainsi Béatrice, et moi qui devant ses commandements étais prosterné, où elle voulait j'attachai l'attention et les yeux.

Jamais d'un mouvement si rapide, lorsqu'il pleut, d'une nuée épaisse ne descendit le feu, du point le plus éloigné ,

\n GANTO TRBNTESIMOSECONDO.

^ Com'io vidi calar Tuccel di Giove Per l'arbor giii, rompendo délia scorza , Non che de' fiori e délie foglie Duove ;

^^ E ferio '1 carro di tulta sua forza , Ond'ei piegô, corne nave in fortuna, Vinta daU'ondc, or da poggia or da orza.

^^ Poscia vidi avventarsi nella cuna Del trionfal veiculo una volpe , Che d'ogni pasto buon parea digiuna.

^^ Ma riprendendo lei di laide colpe , La Domia raia la volse in tanta futa , Quanto sofferson l'ossa senza polpe.

^2 Poscia, per indi ond'era pria venuta, L'aquila vidi scender giii nelParca Del carro, e lasciar lei di se pennuta.

^^ E, quai esce di cuor che si rammarca, Tal voce usci del cielo, e cotai disse : O navicella mia, com' mal se' carca!

^* Poi parve a me che la terra s'aprisse Tr'ambo le/ipte, e vidi uscime un drago, Che per lo carro su la coda fisse :

^^ E, come vespa che ritragge l'ago, A se traendo la coda maligna, Trasse del fondo, e gissen vago vago.

CHANT TRENTR-DEUXIÈMB. 433

Que je vis descendre l'oiseau de Jupiter 20, à travers l'arbre, brisant non-seulement les fleurs et les feuilles, mais récorce même ;

Et de toute sa force il frappa le char, qui ploya comme un navire en fortune battu par les flots tantôt à bâbord, tantôt à tribord.

Ensuite je vis s'élancer vers l'intérieur du véhicule triomphal un renard *^ qui paraissait à jeun de toute bonne pâture.

Mais en lui reprochant ses laides coulpes, ma Dame le fit fuir aussi vite que le permirent ses os décharnés.

Puis, par où d'abord il était venu, je vis l'aigle descendre dans l'arche du char, et la laisser jonchée de SCS plumes 22.

Et telle qu'elle sort d'un cœur affligé, j'ouïs une voix du ciel , qui disait : « 0 ma nacelle, combien mal elle se charge**! »

Puis il me sembla qu'entre les roues du cHar la terre s'ouvrait, et j'en vis sortir un dragon**, qui dans le char enfonça sa queue.

Et, comme la guêpe qui retire l'aiguillon, ramenant à soi la queue maligne, la retira, et s'en alla joyeux.

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