II. t
^ Ma damA poÊO; t qori àcn lenat a rira Cou mi ira^eib «eirtto e kggiero, Tanio die rao^u mila ne ingbiottha.
^ Da poppa itara il cdestial nocdikfD, Tal^ cbe parea bealo per iscr^plo; E p«ù di cento s{Mrti entro sediero.
^^ io fapî/tf Uracl de JBffUpio
Ganta vaa talti insieme ad ona voce, Con qaanto di quel salmo è posda scripto.
^^ Poi fece il segno lojr di sauta croce; Ond'ei si gittar tutti ia sulla piaggia» Ed ei sen gl, corne venne^ veloce.
4s La turha che rimase li, selvaggia Parea del loco^ rimirando intorno, Ck)me colui che nuove cose assaggia.
^* Da tuUe p^U saettava il giotmo Ix) Sol, cb'avea colle saette conte Di mezzo M ciel cacciato il capncorno,;
^^ Quaado la nova gente alzô la ironte Ver noi^ dicendo a noi : Se voi sapete, Mostratene la via di gire al montef
** ^ Yirgilio rispose : Voi credete Forsc che siamo $perti d'e3to looo; Mn noi sem pcregrin, come voi sete.
S'abaissa; et lui vint au rivage avec un batelet si sveite et si léger, qu'il ne plongeait aucunement dans l'eau.
A la poupe se tenait le céleste nocher, rayonnant de béatitude; et dedans étaient assis plus de cent esprits.
In eœitu Israël de JEgypto ^, tous ensemble ils chantaient d'une seule voix , et le reste du psaume.
Puis sur eux il ût le signe de la sainte eroix, et tous se jetèrent sur la plage, et lui s'en alU, rapide comme il était venu.
La troupe qui demeura là paraissait étrangère à ce lieu , regardant autour conune celui qui examine des choses neuves.
Le soleil, dont les flèches brillantes avaient du milieu du ciel chassé le Capricorne ^, de toutes parts dardait le jour.
Lorsque la gent nouvelle vers nous éleva le front , disant : «Si vous le savez, montrez-nous le chemin pour aller au mont. »
Et Virgile répondit : — Vou$ croyez peut-être que de ce lieu nous sommes experts, mais nous sommes pèlerins coomie vous.
iO CANTO SKCONDO.
22 Dianzi venimmo, innanzi a voi un poco, Per altra via, che fu si aspra e foi-te, Che lo salire ornai ne parrà gioco.
2* L'anime che si fur di me accorte, Per lo spirar, che io era ancor vivo, Maravigliando diventaro smorte ;
2* E come a messaggier, che porta olivo, Tragge la gente per udir novelle, E di calcar nessun si mostra schivo ;
25 Cosl al viso mio s' affisar quelle Anime fortunate lutte quanle , Quasi obbliando d' ire a farsi belle.
2« lo vidi una di lor trarresi avante Per abbracciarmi con si grande affetta, Che mosse me a far lo somigliante.
27 0 ombre vane, fuor che nell'aspetto I Tre volte dietro a lei le mani avvinsi, E tante mi tornai con esse al petto.
2® Di maraviglia, credo, mi dipinsi; Perché l'ombra sorrise e si ritrasse, Ed io, seguendo lei, oltre mi pinsi.
2* Soavemente disse, ch'io posasse :
Aller conobbi chi era, e pregai Che per parlarmi un poco s' arrestasse.
Un peu avant vous , nous sommes venus par une autre route si ftpre et si rude , que monter désormais nous paraîtra un jeu.
Les âmes, s'apercevant à ma respiration que j'étais encore vivant, devinrent pâles d'étonnement ;
Et conune un messager qui porte l'olivier attire à soi la foule avide de nouvelles , et que nul ne craint de presser autrui ,
Ainsi toutes ces âmes fortunées sur mon visage fixèrent les yeux, oubliant presque d'aller se faire belles ^
Je vis l'une d'elles s'avancer pour m' embrasser avec tant d'affection , qu'elle me mut à faire la même chose.
Hélas! ombres vaines , excepté d'aspect! Trois fois autour d'elle j'étendis les bras , et trois fois je les ramenai sur ma poitrine.
L'étonnennent , je crois , se peignit en moi ; sur quoi l'ombre soirit et se retira , et moi , la suivant , au delà d'elle je passai.
Souèvement elle me dit de cesser : alors je la reconnus, et la priai que pour me parler elle s'arrêtât un peu.
n CANTO SBCONDO.
^ Risposemi : Cosl com'io t'amai Nél m6rtal corpo, cosl i'amo sdolta; Perô m' arresto : ma tu perché vai ?
** Gasella tnîô, per toriiàre altra volta Laddove io son, fo io qtiesto viaggfo^ Diss' io ; ma a te corne tant' ora è tolta ?
^< Ed ègli à me i Nésanm m'è fatto oltraggia^ Se qaiii cbe lova e ^ando e cul gti placà^ Più volte m'ha negato esto passaggid;
^^ Ghè di giusto voler Io suo si face* Yeraitaetate da tre mesi egli ha tolto Chi ha voluto entrar con tutta pace.
** Ond'io ohe er'ora alla marina volto, Dove r acc|aa di Terére g' insala , Benignamente fui da lui ricolto
w A iiùèlla foce hâ egli or dritta l'ala^; Perôochè sémpre quivi isi ràccdglie ; Quai verso d' Acherontenon iA cala.
}^ Bd ïo : Se n«ova tegge non ti toglie Meinoria o tlso ail' amoroso canto , Che mi solea quetar tutte mie vogliei
»7 W dô ti Jïiaccf A con*>làife alqtianto L'di^iû* ftiia, c&e, Con la sutt pértotti Venendo qui, èaffannata tanto.
Elle me répondit : « Comme je. t'aimai dans le corps mortel , dégagée de lui je t'aime ; à cause de cela je m'arrête. Mais toi , pourquoi vas-tu? »
— Mon Casella^, pour retourner de nouveau là d'où je suis, je fais ce voyage. Mais toi, pourquoi cette terre si désirable t'était-elle déniée»?
Et lui à moi : « Aucune offense ne m*a été faite , si celui qui emporte qui et quand il lui plalt m'a plusieurs fois refusé ce passage ;
• Du juste vouloir il fait le éien ; et vraiment, depuis trois mois, il a reçu en toute paix qui a voulu entrer*.
c Aussi , mdi qui étais alors tourné vers la plage où l'eau du Tibre devient salée *^, bénîgnement de lui je fus accueilli
c A cette rive où se dirige son aile, et où pour cela toujours se rassemblent ceux qui vers l'Achéron ne descendent point. »
Et moi : — Si une loi nouvelle ne t'ôte point la mémoire ou l'usage dô l'atnoureux chant qui apaisait tous mes soucis ,
Qu'il te plaise d'en consoler un peu mon âme , qui , venant ici avec le corps, est si affaissée.
Corrç:^ au monte a spc^gîîarvi k- soc^iîo. O/esser non laiscia a toî Dk» manifesta
^ Come qoaiido, coglieodo biada o loglio, GH colombi adonati alla pastura.
Qoetî . senza mostrar F osato orgcçlio,
^ Se cosa appare ond'eUi abbian paura.
Subitaroeote la^ciano star Pesca, Perché ai^alitî son da maggior cura;
^ Cosi \id* io quella maaiada fresca Lasciar il canto, e fuggir ver la cosla, Coin'uom che va, ne sa dove riesca :
Ni la nostra partita fu men tosta.
« Amour qui discours en mon àme **, » commença-t-il alors si suavement, que la douce mélodie encore en moi résonne.
Le Maître et moi, et la troupe qui l'accompagnait, étions si ravis , que chacun paraissait avoir toute autre pensée en oubli.
Attentifs à ses chants et absorbés en eux nous allions, quand tout à coup le vieillard vénérable : « Qu'est-ce que cela , esprits lents?
«Quelle négligence, quel tarder est-ce là? Courez au mont pour vous dépouiller de l'écorce ^^ qui empêche que de vous Dieu ne soit vu. »
Comme les colombes lorsque, cueillant le blé ou l'ivraie, elles prennent ensemble leur pâture, tranquilles et sans montrer l'orgueil ordinaire ;
Si quelque chose apparaît qui les effraie, soudain laissent là la nourriture , parce qu'un plus grand souci les assaille :
Ainsi vis-je cette troupe nouvelle laisser le chant, et aller vers la côte , comme un homme qui va, et ne sait où :
Et notre départ ne fut pas moins prompt.
* Avvegnachè la subitana fuga Dispergesse color per la campagna , Rivolti al monte^ ove ragion ne fruga ;
> lo uri ridtrinsi alla Ma Gompagna :
E oome sarë' iô senza lui corso ?
Chi in' avria tratto su per la montagoa ?
^ Ei mi parea dà se âteaso rimorsô :
O dignitosalcôsoienza e netta, Corne t' è picciol fallo amaro morso l
^ Quatîdô H pîedi suai la^dar la fretta, Chô r onéstâdè àd ogni atto dîsmaga ^ La mente mia, che prima era ristretta,
5 Lo intento Mllargô , si côme vaga, E diedi il viso mio incontro al poggio, Che inverso il ciel più alto si dislaga.
Quoique la fuite soudaine eût dispersé ceux-là dans la campagne, vers le mont où la raison^ nous châtie,
Je m'attachai à mon fidèle compagnon. Et conmient sans lui serais- je allé? Qui m'eût aidé à gravir la montagne?
Il me paraissait s'accuser lui-même. 0 conscience délicate et nette, combien d'une légère faute amère t'est la morsure t
Lorsque ses pieds eurent suspendu la hflte qui de tout acte bannit la dignité , mon esprit , resserré auparavant *,
Élargit la vue au gré de ses désirs , et je dirigeai mes regards sur le sommet qui , au-dessus des eaux *, le plus s'élève.
28 CANTO TEKZO.
^ Lo Sol , che dietro fiammeggiava roggio , Rotto m'era dinanzi, alla figura Ch' aveva in me de' suoi raggi V appoggio.
7 lo mi volsi da lato con paura
D'essere abbandonato, quaiido i'vidi Solo dinanzi a me la terra oscura :
® E '1 mio Conforto : Perché pur diffldi , A dir mi cominciô tutto rivolto ; Non credi tu me teco, e ch'io ti guidi?
^ Vespero è già cola , dov' è sepolto
Lo corpo, dentro al quale io facev' ombra : Napoli r ha, e da Brandizio è tolto.
^^ Ora, se innanzi a me nulla s'adombra. Non ti maravigliar piii che de'cieli, Che r uno all'altro raggio non ingombra.
*^ A sofferir tormenti e caldi e gieli Simili corpi la Virtii dispone , Che come fa non vuol ch' a noi si sveli.
** Matto è chi spera che nostra ragione Possa trascorrer la infinita via, Che tiene una sustanzia in tre persone.
** State contenti, umana gente, al quia; Chè se potuto avcste veder tutto, Mestier non era partorir Maria;
CHANT TROISIÈME. i9
Le soleil dardait derrière moi des flammes rouges , qui devant le visage se rompaient , mon corps arrêtant ses rayons.
Je me tournai de côté , dans la peur d'être abandonné , voyant la terre devant moi seul obscure.
Et mon Reconfort : — Pourquoi cette défiance? dit-il, quand je me fus tout à fait retourné. Ne saistu pas que je suis avec toi , et te guide.
11 est le soir déjà là où est enseveli le corps dans lequel je projetais de l'ombre : enlevé de Brindes, Naples le possède.
Que si par moi rien maintenant ne s'adombre , ne t'en étonne pas plus que des cieux , où aucun rayon n'arrête un autre rayon.
A souffrir les tourments du feu et du gel , dispose de semblables corps une puissance qui ne veut pas que le conmient nous soit révélé.
Insensé qui espère que notre raison puisse parcourir la voie infinie que tient une substance en trois personnes !
Humains, contentez -vous du pourquoi. Si vous aviez pu tout voir, il n'était pas besoin que Marie enfantât.
30 CANTO TBRZO.
*^ E disiar vedeste senza frutto Tai, che sarebbe lor disio quetato, Ch'eternalmente è dato lor per lutto,
*^ lo dico d'Aristotile e di PlatQ,
E di inolti altri. E qui chinô la frpntp ; E più non disse , e rimase turbato.
*^ Noi divçnimmo intanto appiè del monte î Quivi trovamino Ja roccia si erta, Che indarno vi sarien le gambe pronte.
^^ Tra Lerici e Turbfa, la più diserte, La più rotta ruina è una scala.
Verso di quella, agevole ed aperta»
^^ Or chi sa da quai man la costa cala, Disse *1 Maestro mio fermando il pasçp. Si che possa salir chi va senz' ala ?
*• E raentre che, tenendo iJ viso basço, Esaminava del cammin la mente, Ed io mirava suso intorno al saasp^
^^ Da man sinistra m'appari una gente.
D'animé, che movieno i piè ver qoi, E non pareva, si venivan lente.
2^ Leva, dissi al Maestro, gli occbi tuoi :, Ecco di qua chi ne darà consiglio.
Se tu da te medesmo aver nol puoi.
Et tels avez-vous vu désirer sans fruit, à qui, pour leur être à tristesse éternelle , a été donné le désir qui là -haut serait apaisé :
Je parle d'Aristote et de Platgn, et de beaucoup d' autres fe Et ici il baissa le front, et $ç tut, et demeura troublé*
Cependant ppus p^irvînmes au pied du mont : là nous trouvantes le rocher si raide, qu'en vain les jambes eussent été agiles.
Entre Lerici et Turbia ^T la route la plus déserte, la plus solitaire, ^6t, près de celle-ci, un escalier facile et large.
— Maintenant, dit le Maître en s' arrêtant, qui sait par où la côte s'abaissa , de sorte qu'on puisse monter sans ailes?
Et tandis qu'il tenait la tête inclinée , examinant en esprit le chemin, et que moi en haut je regardais autour du r<^cher,
A main gauche nji'apparut une troupe d'âmes qui s'avançaient ver3 nous , et il ne le paraissait , tant elles venaient lentenj^eot.
— Maître, dis-je, lève les yeux : voilà là-bas qui nous donnera conseil, si tu ne le peux de toimême*
32 CANTO TKRZO.
22 Guardommi allora, e con libero pîglio Rispose : Andiamo in là, ch' ei vengon piano ; E tu ferma la speme, dolce figlio.
** Ancora era quel popol di lontano, rdico dopo i nostri mille passi, Quanto un buon gittator trarria con mano;
2^ Quando si strinser tutti a'duri massi Deir alta ripa , e stetter fermi e stretti , Corne a guardar, chi va dubbiando, stassi.
2* 0 ben finiti, o già spiriti eletti, Virgilio incominciô, per quella pace Ch'io credo che per voi tutti s'aspetti,
^^ Ditene dove la montagna giace, Si che possibil sia Tandare in suso; Chè '1 perder tempo a chi piii sa più spiace.
I ^ Corne le pecorelle escon del chiuso
Ad una , a due , a tre , e l' altre stanno Timidette atterrando Y occhio e M musc ,
^ E ciô che fa la prima, e T altre fanno, Addossandosi a lei s' ella s' arresta , Semplici e quête, e lo 'mperchè non sanno:
*® SI vid*io mover, a venir, la testa Di quella mandria fortunata allotta, Pudica in faccia, e nelfandare onesta.
Alors il me regarda, et d*un air assuré répondit : — Allons vers eux, car doucement ils viennent; et toi, cher fils, raffermis en toi Tespérance.
Cette troupe était encore, je dis quand nous eûmes fait mille pas, à la distance d'un trait de pierre lancée par une main habile ;
Quand tous se rangèrent contre les dures parois de la haute rive, et restèrent immobiles, comme qui va doutant s'arrête pour observer.
— 0 vous dont bonne a été la fin, esprits déjà élus, commença Virgile, par cette paix que, je crois, vous attendez tous.
Dites-nous où la montagne est telle que possible il soit de monter ; car perdre le temps, à qui plus sait plus il déplaît.
Comme les brebis sortent de Tétable, une, puis deux, puis trois, et les autres se tiennent toutes timides, l'œil et le museau à terre ,
Et ce que fait la première, les autres le font, se serrant derrière elle si elle s'arrête, simples et tranquilles, et le pourquoi elles ne le savent :
Ainsi vis -je se mouvoir, pour venir, la tête de ce troupeau 9 alors fortuné, pudique de visage, modeste en sa démarche.
3i CANTO TERZO.
*® Corne color dinanzi vider rolta La luce in terra dal mio destro canto, Si che r ombra era da me alla grottq ,
** Ristaro, e trasser se indietro alquantq; E tutti gli altrî che venieno appresso, Non sappiendo il perché, fero altrettanto,
'2 Senza vostra dimanda io vi confesso, Che questi è corpo uman che voi vedete, Per che il lume del sole in terra è fesse.
** Non vi maravîgliate ; ma credete, Che, non senza virtù che dal ciel vegna, Cerca di soverchiar questa parete.
*^ Cosl M Maestro. E quella gente degna. Tomate, disse, intrate innanzi dunque, Co' dossi délie man facendo însegna.
*5 Ed un di loro incominciô : Chiunque Tu se\ cosl andando volgi il viso, Pon mente, se di là mi vedesti unque.
*^ Io mi volsi ver lui , e guardail fiso : Biondo era e t)ello, e di gentile aspetto ; Ma l'un de' cigli un colpo avea divise.
*7 Quand' i mi fui umilmente disdetto D'averlo visto mai, ei disse : Or vedi : E mostrommi una piaga a somme il petto.
Lorsque ceux-ci virent, à ma droite, la lumière rompue à terre par devant, de sorte que mon ombre atteignait la grotte'f.
Elles s'arrêtèrent, et se retirèrent un peu en arrière, et toutes les autres qui venaient après, ne sachant le pourquoi, en firent autant.
— Sans que vous le demandiez, je vous confesse que ce que vous voyez est un corps humain , ce pourquoi la lumière du soleil est divisée à terre.
Ne vous étonnez point; mais croyez que, non sans une vertu émanée du ciel , il cherche à franchir cette muraille.
Ainsi dit le Maître. Et cette gent digne : ■ Revenez donc sur vos pas, et avec nous allez en avant, » ditrelle, en faisant signe avec le dos de la main.
Et Tun d'eux conmiença : c Qui que tu sois, ainsi marchant, tourne le visage et rappelle-toi ^, dans l'autre monde, jamais tu m'as vu. •
Je me tournai vers lui, et le regardai fixement : il était blond , et beau, et de noble aspect; mais un coup avait divisé l'un des sourcils.
Lorsque humblement j'eus affirmé ne l'avoir jamais vu, il dit : ■ Maintenant, vois. • Et il me montra une blessure au haut de la poitrine.
^ Poi disse sorridendo : V son Manfredi , Nipote di Costanza imperadrice :
Ond'io ti prego che quando tu riedi,
** Vadi a mia bella figlia, génitrice Deironor di Cicilia e d'Aragona, E dichi a lei il ver, s'altro si dice.
^^ Poscia ch'i' ebbi rotta la persona Di due punte mortali , io ini rendei Piangendo a Quei che volentier perdona.
** Orribil furon li peccali miei ;
Ma la bontà infinita ha si gran braccia, Che prende ciô che si rivolve a lei.
^2 Se '1 pastor di Cosenza, ch'alla caccia Di me fu messo per Clémente, allora Avesse in Dio ben letta questa faccia,
^* L'ossa del corpo mio sarieno ancora In co' del ponte presso a Benevento, Sotto la guardia délia grave mora.
^* Or le bagna la pioggia e move il vento Di fuor dal Regno, quasi lungo il Verde, Ove le trasmutô a lume spento.
*^ Per lor maladizion si non si perde, Che non possa tornar l'eterno amore, Menlre che la speranza ha fior del verde.
Puis souriant, il dit : t Je suis Manfred, neveu de Constance l'impératrice : par quoi je te prie, quand tu retourneras,
«Tas à ma fille si belleU, mère de l'honneur de la Sicile et de l' Aragon, et dis-lui le vrai, si autre chose on dit
* Après que mon corps eut été percé de deux coups mortels, pleurant je m'en allai vers celui qui volontiers pardonne.
€ Horribles furent mes péchés ; mais de si grands bras a la justice infinie , qu'elle y reçoit tout ce qui revient à elle.
tSi le Pasteur de Cosenza, qu'en chasse de moi envoya Clément^, avait alors en Dieu bien lu cette page!f
iLes os de mon corps seraient encore au bout du pont de Bénévent, sous la garde de la pesante mora \^.
■ Maintenant les baigne la pluie , et les roule le vent hors du royaume, le long du Verde, où il les transporta à lumière éteinte.
t Pour leur malédiction , ne se perd tellement l'éternel amour qu'il ne puisse revenir, tant qu'un peu verdit l'espérance.
^ Ver è che quale in conlumacia muore Di Santa Chiesa, ancor che alfin si penta, Star li convien da questa ripa in fuore
*^ Per ogni terapo, ch'egli è stato, trenta. In sua presuniion, se ta! decreto Più corto per buon prieghi non divenla.
^ Vedi oramai se tu mi puoi far lieto, Rivelando alla mia buona Gostanza Corne m' liai visto, ed ànco esto divieto;
Chè qui per quei di là molto s'avanza.
« Il est vrai que qui meurt rebelle à la sainte Église, quoiqu'à la fm il se repente, doit rester dehors sur cette rive,
« Trente fois aussi longtemps qu'il a persisté dans sa présomption , Bi , par de bonnes prières , cette peine n'est abrégée.
« Vois à présent si tu peux me rendre joyeux , en révélant à ma bonne Constance comment tu m'as vu , et aussi cet empêchement.
c Car ici beaucoup peuvmt servir ceux de là ^ »
Quando per dilettanze ower per doglie, Che alcuna virtù nostra comprenda.
L'anima bene ad essa si raccoglie.
Par ch'a nulla potenzia più intenda :
E questo è contra quello error, che crede Che un' anima sovr'altra in noi s'accenda.
* E perô quando s' ode cosa o vede , Che tenga forte a se l' anima volta , Vassene il tempo, e l'uom non se n'awede :
Ch'altra potenzia è quella che l'ascolta, E altra è quella che ha l'anima intera : Questa è quasi legata, e quella è sciolta.
5 Di ci6 ebb' io esperienzia vera , Udendo quello spirto, ed ammirando; Chè ben cinquanta gradi salito era
Lorsqu'un sentiment de plaisir ou de douleur s'empare d'une de nos puissances, l'âme en celle-là se concentre tellement.
Que de toute autre elle semble distraite : et ceci est contre l'erreur de ceux qui croient qu'une âme en nous au-dessus d'une autre s'allume ^.
Ainsi , lorsqu'on entend ou qu'on voit une chose qui attire fortement l'âme à soi , le temps passe sans qu'on s'en aperçoive ;
Parce que autre est la puissance qui écoute , autre celle tout entière dans Fâme ^ : celle-ci est comme liée, et celle-là libre.
J'en eus une claire expérience, en écoutant et admirant cet esprit : le soleil avait bien monté cinquante degrés, .
it CANTO QUARTO.
• Lo Sole, ed io non m'era accorto , quando Yenimmo dove queii' anime ad una Gridaro a noi : Qui è vostro dimando.
7 Maggiore aperta moite volte impruna, Gon JÊhà forcatellâ cS êae spine, L'uom délia villa quando l'uva imbruna,
® Ghe non era la calla, onde saline Lo Duca mio ed io appresso soli.
Corne da noi la schiera si partine.
• Vaôsi in Sanleo, e discendesi in Noli : Montasi su Bismantova in cacome
Gon esso i piè ; ma qui convien ch^mm tM i
^^ Dico 6on Pâli snelle e eon le piume Del gran disio, diretro a quel condotto, Ghe speranza roi diava < e facea lume.
^ Noi saleivam per entra il sasso rotto, E d'ogni lato né stringea lo stuemo, E piedi e man voleva il suol di sdttd*
** Quando noi fomœo in su ¥ orio supreno Deiralta ripa, alla seoperta pia^a, Maestro mio, diss'io, che via faremoT
^ Ed egli a me : Nesmin tuo passo caggia ; Pur 8€fôo al monte dietro a me acquitta. Fin che n^appaia alcuna scorta saggia.
Sans que j'y prisse garde, quand nous vînmes là où, toutes ensemble, ces àmea nous crièrent : t Voici ce que vous demandez. »
Une ouverture plus large souvent bouche avec une fourchée d'épines rhomme des champ», quand la grappe brunit,
Que large n'était le sentier par où monta mon Guide, et moi derrière lui, seuls, après que la troupe se fut séparée de nou&
A San-Leo * l'on va , on descend à Noli *, on monte à la cime du Bismantova ^ avec les pieds ; mais il faut qu'ici un homme voie ;
Je dis avec les ailes agiles et les pennes de Tardent désir qui m'animait, en suivant celui de qui je recevais espérance et kunièro.
Nous gravîmes par la iènte du rocher, et de chaque côté le bord noua resserrait, et le sol exigeait l'usage des pieds et de la main.
Quand nous fûmes parvenus k r^xtréraîté de la haute rive, d'où Ton diécouvre la plage : — Maître , dis-je, quel chemin prendruaa-nous?
Et lui à moi : — Qu'aucun de tes pas ne s^abaisse ; continue, en me suivant, de gravir le mont, jusqu'à ce que se montre à nous une sa^ escorte.
^* Lo sommo er' alto che vincea la vista,- E la Costa superba più assai, Gbe da mezzo quadrante a centro lista.
*5 lo era lasso, quando cominciai :
Odolcc padre, volgiti e rimira ComMo rimango sol, se non ristai.
*• O figliuol , disse, insin quîvi ti tira , Additandomi un balzo poco in sue, Che da quel lato il poggio tutto gira.
^^ Si mi spronaron le parole sue,
Ch'i' mi sforzai, carpando appresso lui, Tanto che il cinghio sotto i piè mi fue.
*® A seder ci ponemmo ivi ambedui Volti a levante, ond'eravam saliti, Chè suole a riguardar giovare altrui.
^® Gli occhi prima drizzai a' bassi liti; Poscia gli alzai al Sole, ed ammirava Che da sinistra n' eravam feriti.
^^ Ben s*awide il Pœta, che io steva Stupido tutto al carro délia luce, Ove tra noi ed Aquilone intrava.
** Ond'egli a me : Se Castore e Polluce Fossero in compagnia di quelle specchio, Che su e giii del suo lume conduce.
CHANT QUATRIÈME, i5
J^e sommet était si élevé qu'il vainquait la vue , et la montée beaucoup plus aiguë que l'angle que marque la ligne qui passe par le milieu d'un quart de cercle et le centre ^.
J'étais las, quand je commençai : — 0 doux père, tourne -toi, et vois comme seul je demeure, si tu ne t'arrêtes.
— Mon fils, dit-il , traîne- toi jusqu'ici ; m'indiquant du doigt une éminence un peu plus haut : de ce côté toute la colline tourne.
Tellement m'excitèrent ses paroles, que des pieds * et des mains je m'efforçai de le suivre , tant que me porta la ceinture de roches.
Là nous nous assîmes tous deux, la face vers le levant, d'où nous étions partis, comme avec plaisir d'ordinaire on regarde 7.
Je dirigeai d'abord mes yeux en bas sur le rivage, puis je les élevai vers le soleil , m' étonnant qu'il nous frappât à gauche.
Bien remarqua le Poète ma stupeur, en voyant le char lumineux s'avancer entre nous et l'Aquilon.
D'où lui à moi : — Si Castor et Pollux ® accompagnaient ce miroir® qui en haut et en bas distribue sa lumière.
^ Tu vedresti il Zodiaco nibecchio Ancora alFOrse più stretto rotare.
Se noD uscisse fiu»* del canunin vecctûo,
^ Come ciô sia , se M vuoi poter pensare, Dentro raccolto imagina SiÔD CoD questo monte in su la terra stare
2^ Si, ch'ambedue banno un solo orizxôn, E diversi emispcri ; onde la strada, Che mal non seppe canreggiar FetôOt
^ Vedrai com'a costui convîen che vada Dairun, quando a colui daU'altro fianco. Se rintelletto tuo ben chiaro bada,
2^ Certo, Maestro mio, dissMo, unquanco Non vid'io chiaro si, comMo discerne.
Là dove mio ingegno parea manco,
*7 Che *l mezzo cerchîo del moto supemo^ Che si chiama Equatore in alcun'arte, E che sempre riman tra '1 Sole e il vemo,
^ Per la ragion che di, quinci si parte Verso settentrion, quanto gli Ebrei Vedevan lui verso la calda parte.
*• Ma se a te piace, volentier saprei
Quanto avemo ad andar, chè il poggio sale Più che salir non posson gli occhi miei.
Tu verrais le rouge Zodiaque tourner encore plus près de l'Ourse *^, s'il no sortait pas de son antique chemin.
Comment il est ainsi , si tu veu^ 1q comprendre , recueilli eo toi imagine Sîqp çt ce mont situés sur la terre,
De manière que tous deux aient un seul horizon et divers hémisphères ; tu verras comment il faut que la route où PhaétQn sut mal guider son char,
D'un côté vienne ici quand là elle va par l'autre , si d'une vue claire regarde ton esprit ^K
— Certes, mon Maître, dis-je, jamais rien ne vis-je aussi clairement que je discerne ce qui semblait audessus de moQ intelligence \
Que le cercle qui divise en son milieu le mouvement de la sphère supérieure qu'un des arts*^ appelle Equateur, et qui toujours reste immobile entre l'été et l'hiver,
Par la raison que tu dis, s'éloigne d'ici vers le septentrion, tandis que les Hébreux le voient vers la région chaude.
Mais, s'il te plaît, volontiers saurais-je combien nous avons à aller, car le mont s'élève plus que ne peuvent s'élever mes yeux.
4g CANTO QUARTO.
^® Ed egli a me : Questa montagna è taie, Che sempre al cominciar di sotto è grave, E quanto uom più va su, e men fa maie.
** Perô quand 'ella ti parrà soave
Tanto, che M suo andar ti sia leggiero, Come a seconda giii T andar per nave;
*' Aller sarài al fin d' este sentiero ; Quivi di riposar V affanno aspetta :
Più non rispondo, e questo so per vero.
** E, com'egli ebbe sua parola detta, Una voce di presse sonô : Forse Che di sedere in prima avrai distretta.
** Al suon di lei ciascun di noi si torse, E vedemmo a mancina un gran petrone, Del quai ne io , ned ei prima s'accorse.
** Là ci traemmo ; ed ivi eran persone Che si stavano air ombra dietro al sasso, Come l'uom per negghienza a star si pone.
*® Ed un di lor che mi sembrava lasso, Sedeva ed abbracciava le ginocchia , Tenendo '1 viso giù tra esse basse.
*^ 0 dolce Signer mio, diss'io, adocchia Celui che mostra se più négligente , Che se pigrizia fosse sua sirocchia.
Et lui à moi : — Telle est cette montagne , que toujours au commencement, en bas, elle est rude; mais plus on monte, moindre est la peine.
Quand donc elle te paraîtra si aisée, que tu monteras aussi légèrement qu'en bateau Ton descend le courant ,
Alors tu seras au bout de ce sentier : attends là le repos de ta fatigue. Plus ne réponds : cela je le sais vrai.
Après qu'il eut dit cette parole , une voix tout près se fit ouïr : « Peut-être auparavant auras-tu besoin de t' asseoir. »
Au son de cette voix , nous nous retournâmes , et nous vîmes à main gauche un grand rocher, que ni lui ni moi n'avions aperçu d'abord.
Nous nous y traînâmes : là étaient des gens qui se tenaient .à l'ombre derrière le rocher, comme par nonchalance on se pose.
Et l'un d'eux, qui me paraissait las, était assis et embrassait ses genoux , la tête entre eux baissée.
— 0 mon doux Seigneur, dis-je, regarde celui-là qui se montre plus indolent que si la Paresse était sa sœur.
50 CANTO QDAKTO*
^ Allor si volse a noi, e pose mente, Movendo il viso pur su per la coscia , E disse : Va su tu, che se'valente.
^* Conobbi allor chi era; e queirangoscia, Che m' avacciava un poco ancor la lena, Non m'irapedl d'andare a lui : e poscia
^^ Che a lui fui giunto alzô la testa appena, Dicendo : Hai ben veduto^ corne il Sole DaU'omero sinistro il carro mena?
** Gli atti suoi pigri, e le corte parole Mosson le labbra mie un poco a riso ; Poi cominciai : Belacqua, a me non duole
*2 Di te ornai: ma dimmi, perché assise Quiritta se' ? attendi tu iscorta , O pur lo modo usato t' hai ripriso ?
** Ed ei : Frate, Y andare in su che porta ? Che non mi lascerebbe ire a' martiri L' uccel di Dio che siede in su la porta.
^^ Prima convien che tan\o il ciel m' aggiri Di fuor da essa , quanto fece in vita, Perch'io indugiai al fin li buon sospiri ;
** Se orazione in prima non m'aita , Che sUrga su di cor che in grazia viva : L'altra che val , che in ciel non è udita?
CHANT QUATRIÈME. 5f
Lors y prenant garde , vers nous il se tourna , levant les yeux seulement au-dessus de la cuisse , et dit : « Monte , toi qui es vaillant. »
Je le reconnus alors, H la fatigue, qui encore un peu hâtait ma respiration , ne m'empêcha point d'aller à lui;
Et quand je fus près, à peine souleva-t-il la tête, disant : « As-tu remarqué comme le soleil à gauche conduit son char?»
Son lent mouvoir et ses xourtes paroles amenèrent un peu le rire sur mes lèvres ; puis je commençai : — Belacqua **, plus maintenant je ne te plains ^^ ;
Mais, dis-moi , pourquoi ici es-tu assis? Attends-tu une escorte? ou as-tu repris ta vieille habitude ^^î
Et lui : «0 frère, monter, qu'importe? puisqu'aux peines ne me laisserait point aller l'oiseau de Dieu qui garde la porte ^^.
«Il faut que, hors d'elle s'accomplissent pour moi autant de révolutions célestes que ma vie eut de durée, parce que je différai jusqu'à la fin les bons soupirs;
« A moins qu'auparavant ne m'aide une prière qui s'élève d'un cœur où vive la grâce : que valent les autres , que le ciel n'écoute point? »
^ £ già M Poeta innanzi mi saliva, E dicea : Vienne omai, vedi ch'è tocco Meridian dal Sole, ed alla riva,
Gopre la notte già col piè Harrocco.
Déjà devant moi le Poète montait , et disait : — Viens, maintenant; vois, le soleil touche au méridien, et, sur la rive,
La nuit, du pied, couvre le Maroc *^.
lo era già da quel!' ombre partito, E seguitava Torme del mio Duca, Quando diretro a me, drizzando il dito,
Una gridô : Ve', che non par che luca Lo raggio da sinistra a quel di sotto , E come vivo par che si conduca.
^ Gli occhi rivolsi al suon di questo motto, E vidile guardar per maraviglia Pur me, pur me, e il lume ch'era rotto.
* Perché Tanimo tuo tanto s'impiglia, Disse M Maestro, che Fandare allenti?
Che ti fa ciô che quivi si pispiglia ?
^ Vien dietro a me, e lascia dir le genti; Sta, come torre, fermo, che non croUa Giammai la cima per soffiar di venti.
J'avais déjà cpiitté ces ombres, et je suivais les traces de mon Guide, quand, derrière, me montrant du doigt,
Une d'elles cria : cYois, il semble que les rayons ne luisent pas à gauche de celui d'au-dessous ^, et il parait marcher comme un vivant »
A cette parole, les yeux se tournèrenl, et je les vis me regarder avec étonnement, moi seul, moi seul, et la lumière brisée.
— Pourquoi tant, dit le Maître, ton âme s'embarrasse-t-elle, que l'aller se ralentisse? Que te fait ce qui se murmure ici?
Suis-moi, et laisse dire ces gens : sois ferme comme une tour dont la cime jamais ne ploie au souffle des vents.
* Che sempre Y uomo , in cui pensier rampolla Sovra pensier, da se dilunga il segno, Perché la foga l'un deiraltro insolla.
7 Che potev'io ridir, se non : Fvegno? Dissilo, alquanlo del color consperso Che fa Tuorn di perdon talvolta degno.
® E intanto per la costa da traverso Venivan genti innanzi a noi un poco, Càntando Miserere a verso a verso.-
Quando s'accorser ch' io non dava loco, Per lo mio corpo, al trapassar de' raggi, Mutar lo canto in un 0 lungo e roco,
*® E due di loro in forma di messaggi Corsero incontr' a noi , e dimandame :
Di vostra condizion fatene saggi.
^^ E 'I mio Maestro : Voi potete andarne, E ritrarre a color che vi mandaro , Che il corpo di costui è vera carne.
^* Se per veder la sua ombra ristaro, Com'io awiso, assai è lor risposto :
Faccianli onore, ed esser puô lor caro.
^* Vapori accesi non vid' io si tosto Di prima notte mai fender sereno, Ne, Sol calando, nuvole d'agosto,
CHANT CINQUIËIfB. 57
Car toujours l'homme en qui d'une pensée germe une autre pensée, s'éloigne de son objet, l'élan de l'une amortissant celui de l'autre.
Que pouvais-je répondre, sinon : je viens? Je le dis , le visage légèrement couvert de cette couleur cpii quelquefois rend l'homme digne de pardon.
Cependant, traversant la côte, venaient un peu devant nous des gens qui chantaient Miserere *, verset à verset.
Lorsqu'ils s'aperçurent que mon corps ne laissait point passer les rayons , leur chant se changea en un O long et rauque.
Et deux d'entre eux, en forme de messagers, accoururent vers nous, et nous dirent : t Instruisez-nous de votre condition, i
Et mon Maître : — Vous pouvez retourner, et rapporter à ceux qui vous ont envoyés , que le corps de celui-ci est de vraie chair.
Si pour voir son ombre ils se sont arrêtés , comme je me l'imagine, pleinement il leur est répondu. Qu'ils lui fassent honneur ; il se peut que cela leur soit de profit
Je ne vis jamais, au commencement de la nuit, de vapeurs enflammées fendre l'air serein , ni le soleil à son déclin, les nuées d'août,
** Che color non tornasser suso in meno, E giunti là, con gli altri a noi dier volta. Corne schiera che corre senza freno.
** Questa gente che preine a noi, è molta, E vengonti a pregar, disse '1 Poeta; Perô pur va, e in andando ascolta.
^^ 0 anima, che vai per esser lieta
Con quelle membra, con le quai nasceati, Venian gridando, un poco il passo quêta.
^7 Guarda, se alcun di noi unque vedesti» Si che di lui di là novelle porti :
Deh perché vai? deh perché non t'arresti?
^® Noi fununo già tutti per forza morti, E peccatori infino airultim'ora :
Quivi lume del ciel ne fece accorti
*• SI che, pentendo e perdonando, fuora Di vita uscimmo a Dio pacificati , Che del disio di se vede n' accora.
^ Ed io : Perché ne' vostri visi guati , Non ricono^ alcun ; ma s'a voi piace, Cosa ch'io possa spiriti ben nati,
^^ Voi dite, ed io farô per quella pace, Che, dietro a' piedi di si fatta guida, Di monde in mondo cercar mi si face.
Aussi vite que ceux-ci remontèrent ; et, arrivés là, avec les autres ils revinrent à nous, tels qu'une troupe qui court sans frein.
— Nombreux sont ces gens qui vers nous se pressent , et pour te prier ils viennent , dit le Poète ; cependant va , et en allant, écoute.
« 0 âme , qui t'en vas à la joie , revêtue de ces membres avec lesquels tu es née, criaient-ils en venant , ralentis un peu tes pas.
« Regarde si jamais tu vis aucun de nous , de qui tu puisses porter des nouvelles. Ahl pourquoi vas-tu? pourquoi ne t'arrétes-tu point?
« Tous nous mourûmes de mort violente , et fûmes dans le péché jusqu'à la dernière heure : à ce moment, une lumière du ciel nous éclaira ,
« De sorte que, repentants et pardonnes , nous sortîmes de la vie en paix avec Dieu, qui enflamme nos cœurs du désir de le voir. »
Et moi : — J'ai beau regarder vos visages , je n'en reconnais aucun ; mais si vous souhaitez chose que je puisse , esprits bien nés ,
Parlez , et je le ferai , par cette paix qu'à la suite d'un tel Guide, je dois chercher de monde en monde.
*2 Ed uno incominciô : Ciascun si fida Del beneficio tuo senza giurarlo , Pur che M voler non.possa non ricida.
2^ OndMo, che solo, innanziagli altri, parle, Ti prego, se mai vedi quel paese Che siede tra Romagna e quel di Carlo,
** Che tu mi sie de'tuoi prieghi cortese In Fano si, che ben per me s'adori, Perch'io possa purgar le gravi offese.
** Quindi fu'io, ma li profondi fori, Ond*uscl M sangue, in sul quai io sedea, Fatti mi furo in grembo agli Antenori ,
^* Là dov'io più sicuro esser credea : Quel da Esti il fe far, che m'avea in ira Assai più là che dritto non volea.
*7 Ma sMo fossi fuggito inver la Mira, Quandi' i' fui sovraggiunto ad Oriaco, Ancor sarei di là dove si spira,
^® Corsi al palude, e le cannucce e il braco M'impigliar si, ch'io caddi, e II vid'io Delle mie vene farsi in terra laco.
*• Foi disse un altro : Deh , se quel disio Si compia che ti tragge ail' alto monte, Con buona pietate aiuta il mio.
Et Tun d'eux commenta : « Chacun de nous , sans que tu jures, avec confiance attend ton bienfait, pourvu seulement que le pouvoir ne manque pas au vouloir :
« Ce pourquoi, moi qui seul avant les autres parle, je te conjure , si jamais tu vois le pays situé entre la Romagne et celui de Charles *,
« De m' être courtois , demandant que pour moi dans Fano bien l'on prie *, afin que je sois purifié de mes graves offenses.
« De là je fus ; mais les profondes blessures par où sortit le sang dans lequel l'âme siège ^ me furent faites chez les fils d' Antenor ^,
« Là où je croyais être le plus en sûreté : me le fit faire un des Este , beaucoup plus irrité contre moi que ne le voulait le droit.
«Mais, si j'avais fui vers Mira^, lorsque je fus atteint à Oriaco , encore serais-je là où on respire.
« Je courus au marais , et les joncs et le bourbier m'embarrassèrent tellement que je tombai , et là je vis de mes veines faire à terre un lac. »
Puis un autre dit : « Ah ! si s'accomplit le désir qui t'attire vers le haut mont ®, par pitié aide le mien.
6î CANTO QUINTO.
*o lo fui di Montefeltro, i' son Buonconte : Gio vanna, o altri non ha di me cura; Perch' io vo tra costor con bassa fronte.
*^ Ed io a lui : Quai forza, o quai ventura ïi travio si fuor di Gampaldino, Chc non si seppe mai tua sepoltura?
*2 Oh, rispos'egli, appiè del Casentino Traversa un'acqua c' ha nome TArchiano, Che sopra V Ermo nasce in Apennino.
** Là 've ' l vocabol suo diventa vano Arriva io forato nella gola, Fuggendo a piede , e sanguinando il piano.
*^ Quivi perdei la vista, c la parola Nel nome di Maria fini, e quivi Caddi , e rimase la mia carne sola.
*^ r diro M vero, c tu '1 ridl tra i vivi : L' Angel di Dio mi prese, e quel d' Infemo Gridava : O tu dal ciel , perché mi privi ?
*^ Tu te ne porti di costui l'eterno Per una lagrimetta che '1 mi toglie; Ma io faro deir altro altro governo.
*" Ben sai come nelF aer si raccoglie QuelPumido vapor che in acqua riede, Tosto che sale dove 'I freddo il coglie.
« Je fus de Montefeltro ; je suis Buonconte ® : ni Giovanna , ni aucun autre n'a souci de moi ; par quoi je vais pai'mi ceux-ci le front bas. »
Et moi à lui : — Quelle force , ou quel hasard t'a égaré si loin de Campaldino , que jamais on ne connut ta sépulture?
t Oh! répondit-il , au pied de Casentino coule une eau appelée l'Archiano, qui, au-dessus de l'Ermitage *^, a sa source dans l'Apennin.
• Là où elle perd son nom ** j'arrivai , la gorge percée , fuyant à pied , et ensanglantant la terre ;
« Là je perdis la vue , et le nom de Marie fut ma dernière parole, et je tombai, et seule resta ma chair.
«Je dirai le vrai, et redis-le parmi les vivants: l'ange de Dieu me prit, et celui de l'Enfer criait : « O « toi du Ciel ^2^ pourquoi de lui me prives-tu?
« De celui-ci tu emportes ce qui est éternel , à cause «d'une petite larme qui me le ravit; mais autre chose « ferai -je du reste. »
« Bien sais-tu comment dans l'air se rassemble l'humide vapeur qui retombe en eau , dès qu'elle monte là où le froid la saisit.
*® Giunse quel mal voler, che pur mal chiede, Con rintelletto, e mosse il fumo e il vento Per la virtù, che sua natura diede.
*• Indi la vallc, come il di' fu spento, Da Pratomagno al gran giogo coperse Di nebbia , e il ciel di sopra fece intento
*^ Si , che M pregno aère in acqua si converse : La pioggia cadde, ed a'fossati venue Di lei ci6 che la terra non sofferse :
** E come a' rivi grandi si convenue, Ver lo fiumc real tanto veloce Si ruino , che nulla la ritenne.
*2 Lo corpo mio gelalo in su la foce
Trovô r Archian rubesto ; e quel sospinse Neir Arno, e sciolse al mio petto la croce,
^ Ch'io fei di me quando il dolor mi vinse : Voltonuni per le ripe e per lo fonde ; Poi di sua preda mi coperse e cinse.
^ Deh, quando tu sarai tornato al mondo, E riposato délia lunga via , Seguito il terzo spirito al secondo ,
^5 Ricorditi di me, che son la Pia :
Siena mi fe, disfecemi Maremma :
Saisi colui che innanellata pria,
Disposato m'avea cou la sua geimua.
• Au méchant vouloir qui ne cherche que le mal , joignant l'intelligence, il agita la fumée** et le vent par la puissance que lui donne sa nature.
« Ainsi, quand le jour fut éteint , de Pontomagno ** au grand mont *^ la vallée se couvrit de brouillard , et le ciel au-dessus devint si dense ,
«Que Tair saturé se convertit en eau : la pluie tomba , et dans les fossés regorgea ce que n'absorba point la terre ;
«Et, lorsqu'elle se fut amassée dans les grandes rivières *^, si violemment vers le fleuve royal ^^ elle se précipita , que rien ne la retint.
« L'impétueux Archiano trouva sur ses bords mon corps glacé, et dénoua la croix que de moi j'avais faites,
« Quand me vainquit la douleur : il me tourna sur le côté , puis de ses rapines *^ me recouvrit et me ceignit. »
«Ah! quand tu seras de retour dans le monde, et reposé de ton long voyage , » dit , après le second , le troisième esprit ,
« Souviens-toi de moi qui suis la Pia*^ Sienne me fit; me défit la Maremme : le sait celui qui auparavant m'avait ,
« En m' épousant, mis son anneau de gemme. »