‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 2)Chapitre 3 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

* Quando si parte il giuoco délia zara, Colui che perdesi riman dolente Ripetendo le volte, c tristo impara :

Con r aUro se ne va tutta la gente : Quai va dinanzi, e quai diretro il prende, E quai da lato gli si reca a mente.

* Ei non s' arresta , e questo e quelle intende; A cui porge la man , più non fa pressa ; £ cosl dalla calca si difende.

Tal era io in quella turba spessa, Volgendo a loro e qua e là la faccia , E promettendo mi sciogliea da essa«

* Quivi era l'Aretin, che dalle braccia Fiere di Ghin di Tacco ebbe la morte ; E Taltro che annegft correndo in ca ccîa.

Quand on quitte le jeu de la Zara ^, celui qui perd demeure chagrin, répétant les coups, et triste il apprend.

Avec l'autre tous s'en vont, l'un par devant , l'autre par derrière le tire, et celui d'à côté se rappelle à son attention ;

Et point il ne s'arrête , et les uns et les autres il entend; et celui à qui il tend la main^ plus ne fait presse ; et ainsi de la foule il se défend :

Tel étais- je au milieu de cette troupe épaisse ; ici et là tournant vers eux le visage , et en promettant je me (Ij'iïageais d'eux.

Là était l'Arétin*, qui de la main féroce de Ghin di Tacco reçut la mort, et l'autre qui se noya en courant à la chasse ^.

^ Quivi pregava con le mani sporte Federigo Novello, e quel da Pisa Che fe parer lo buon Marzucco forte.

7 Vidi Cont' Orso , e V anima divisa Dal corpo suo per astio e per inveggia, Come dicea, non per colpa commisa;

^ Pier dalla Broccia dico : e qui provveggîa , Mentr'è di qua, la donna di Brabante, SI che perô non sia di peggior greggia.

• Come libero fui da tutte quante

Quelle ombre che pregar pur ch' altri preghi, Si che s'avacci il lor divenir santé,

*^ lo cominciai : E' par che tu mi nieghi , 0 luce mia, espresso in alcun teste, Che décrète del Cielo orazion pieghi ;

** E queste genti pregan pur di questo. Sarebbe dunque loro speme vana ?

O non m'è il dette tuo ben manifeste?

** Ed egli a me : La mia scrittura è piana , E la speranza di costor non fa lia , Se ben si guarda con la mente sana ;

^* Chè cima di giudicio non s' avvalla , Perché fuoco d'amor compia in un punto Cio che dee soddisfar chi qui s'astalla :

Là, les mains étendues, priait Frédéric Novello *, et celui de Pise ®, par qui parut la force du bon Marzucco.

Je vis le comte Orso^, et l'àme séparée de son corps par haine et par envie, non, comme on le disait, pour aucune faute commise ;

Je dis Pierre de Brosse^ : et, tandis qu'elle est de là ^, que pourvoie ici ^^ la dame de Brabant , pour ne pas être d'un pire troupeau.

Lorsque je fus délivré de toutes ces ombres, qui me priaient que d'autres priassent pour que plus tôt elles devinssent saintes ,

Je commençai : — 0 ma Lumière , tu parais nier expressément, dans quelque texte, que la prière plie les décrets du ciel :

Et c*est ce que demandent ceux-ci. Leur espérance serait-elle donc vaine? ou n'ai -je pas bien compris ton dire^*?

Et lui à moi : — Clair est ce que j'ai écrit , et n'est pas trompeuse l'espérance de ceux-là , si on y regarde avec une raison saine.

Point ne se courbe la cime du jugement ^^^ parce que le feu de l'amour accomplit, en un point, la satisfaction due par qui séjourne ici.

** E là dovMo fermai cotesto punto, Non si ammendava, per pregar, difetto, Perché il prego da Dio era disgiunto.

** Veramente a cosl alto sospetto Non ti fennar, se quel la nol ti dice, Che lume fia tra '1 vero e Tintelletto.

*® Non so se intendi : io dico di Béatrice : Tu la vedrai di sopra, in su la vetta Di questo monte, ridente e felice.

*7 Ed io : Buon Duca , andiamo a maggior fretta ; Chè già non m'affatico come dianzi ; E vedi ornai che il poggio l'ombra getta.

*® Noi anderem con questo giorno Innanzi, Rispose, quanto più potremo omai; Ma il fatto è d'altra forma che non stanzL

*® Prima che sii lassû, tornar vedrai Colui che già si copre délia costa, Si che i suoi raggi tu romper non fai.

^ Me vedi là un' anima, che a posta Sola soletta verso noi riguarda :

Quella ne insegnerà la via più testa.

^^ Venimmo a lei : O anima lombarda , Come ti stavi altéra e disdegnosa, E nel mover degli occhi onesta e tarda !

Et là OÙ je posai cette maxime , la faute en priant ne s'amendait point , parce que la prière était séparée de Dieu**.

Maïs ne t'arrête point à une si haute question , si ne t'y engage celle qui sera la lumière entre le vrai et ton intelligence **.

Je ne sais si tu entends : je parle de Béatrice ; tu la verras plus haut , sur le sonmiet de ce mont , riante et heureuse.

Et moi : — Seigneur, hâtons-nous d'aller ; déjà je ne ressens plus la fatigue comme auparavant ; et vois, le mont commence à projeter son ombre.

— Avec ce qui reste de jour, répondit-il , nous avancerons autant que nous le pourrons ; mais le chemin est tl' autre sorte que tu ne penses.

Avant que nous soyons là -haut, tu verras revenir celui que tellement déjà couvre la côte , que tu ne romps plus ses rayons ^^

Mais vois là une âme qui, retirée à Técart, seule, toute seule , regarde vers nous : elle nous enseignera la voie la plus courte.

Nous vînmes à elle. O âme lombarde, qu'altière et dédaigneuse était ta contenance, et le mouvement de tes yeux digne et Icfnt!

n CANTO SESTO.

22 Ella non ci diceva alcuna cosa ; Ma lasciavane gir, solo guardando A guisa di leon quando si posa^

2* Pur Virgilio si trasse a lei, pregando Che ne mostrasse la miglior salita ; E quella non rispose al suo dimando;

2^ Ma di nostro paese e délia vita

C'inchiese. E il dolce Duca incominciava : Mantova... Ë 1* ombra, tutta in se romita,

25 Surse ver lui del luogo ove pria stava, Dicendo : O Mantovano, i'son Sordello Délia tua terra. E Tun l'altro abbracciava.

I 26 w^[ serva Italia, di dolore ostello,

Nave senza nocchiero in gran tempesta.

Non donna di provincie, ma bordello !

27 Queir anima gentil fu cosl presta, Sol per lo dolce suon délia sua terra, Di fare al cittadin suo quivi festa ;

28 Ed ora in te non stanno senza guerra Li vivi tuoi, e l'un l'altro si rode

Di quei che un muro ed una fossa serra.

2« Cerca, misera, intorno dalle prode Le tue marine, e poi ti guarda in seno S' alcuna parte in te di pace gode.

Elle ne disait rien , mais nous laissait aller, regardant seulement, comme le lion lorsqu'il repose.

Cependant Virgile s'approcha d'elle , la priant de nous montrer la plus facile montée. Elle ne répondit point à sa demande ;

Mais elle s'enquit de notre pays et de notre vie ; et comme le doux Guide commençait : — Mantoue... l'ombre , tout enfoncée dans la solitude d'elle-même,

Surgit vers lui du lieu où elle était, disant : • 0 Mantouan , je suis Sordello *^, de ton pays. » Et ils s'embrassèrent l'un l'autre.

Hélas ! serve Italie , séjour de douleur, navire sans pilote dans une grande tempête *^, non maîtresse de provinces , mais bouge infâme!

Au seul doux nom de sa patrie , ainsi fut prompte c^tte noble âme à accueillir son concitoyen :

Et en toi, maintenant, jamais ne sont sans guerre tes vivants, et se dévorent l'un l'autre ceux qu'enferment un même mur et un même fossé.

ChercHe, malheureuse, sur les rivages que baignent tes mers , puis regarde en ton sein , si de toi gucune partie jouit de la paix.

^ Che val, perché ti racconciasse il freno Giustiniano, se la sella è vota?

Senz'esso fora la vergogna meno.

*^ Ahî gente, che dovresti esser divota, E lasciar seder César nella sella, Se bene intendi ciô che Dio tî nota !

*2 Guarda com'esta fiera è fatta fella , Per non essor corretta dagli sproni, Poi che ponesti mano alla predella.

^ 0 Alberto Tedesco, che abbandoni Costei ch'è fatta indomita e selvaggia, E dovresti inforcar li suoi arcioni ,

*^ Giusto giudicio dalle stelle caggia

Sovra'l tuo sangue, e irfa nuovo ed aperto, Tal che il tuo successor temenza n'aggia :

^^ Chè avete tu e il tuo padre sofferto, Per cupidigia di costà distretti , Che il giardin dell' imperio sia diserto.

*^ Vieni a veder Montecchi e Cappelletti , Monaldi e Filippeschi , uom senza cura, Color già tristi , e costor con sospetti.

*7 Vien, crudel , vieni , e vedi la pressura De' tuoi gentili, e cura lor magagne, E vedrai Santafior com'è sicura.

A quoi bon Justinien répara -t-il ton frein, si le siège est vWe *^ ? La honte n'en est que plus grande.

Ah! peuple qui pieusement devrais laisser César s'asseoir sur son siège , si tu entends bien ce que Dieu te déclare ,-

Regarde comme cette bête est devenue félonne, n'étant plus corrigée par l'éperon , depuis que ta main a retiré le montoir *•.

0 Albert ^<^ l'Allemand, qui abandonnes celle-ci, devenue indomptée et sauvage , tandis que tu devrais enfourcher l'arçon ;

Qu'un juste jugement du ciel , nouveau , éclatant , tombe sur ton sang, tel qu'en tremble ton successeur!

Pourquoi toi et ton père, par l'avidité d'acquérir là-bqs^^, avez-vous souffert que le jardin de l'Empire fût désert?

Viens voir les Montecchi et les Cappelletti 22, les Monaldi et les Filippeschi ^s, homme insouciant, les premiers abattus déjà 2^, et les autres dans la crainte.

Viens, cruel, viens, et vois l'oppression de tes nobles, et panse leurs blessures; tu verras Santafior ^s, comme on y est en sécurité 2.^.

*® Vieni a veder la tua Roma che piagne, Vedova, sola, e di'e notte chiama :

Cesare mio, perché non m'accompagne?

*^ Vieni a veder la gente quanto s'ama ; E se nuUa di noi pietà ti muove, A vergognar ti vien della tua fama.

^® E se licito ra'è , o sommo Giove , Che fosti in terra per noi crucifisso.

Son li giusti occhi tuoi rivolti altroveî

^* 0 è preparazion, che nell'abisso Del tuo consiglio fai per alcun bene, In tutto dall'accorger nostro scisso?

^2 Chè le terre d' Italia tutte piene Son di tiranni, ed un Marcel di venta Ogni villan che parteggiando viene.

^* Fiorenza mia, ben puoi esser contenta Di questa digression che non ti tocca , Mercè del popol tuo che si argomenta.

^^ Molti han giustizia in cor, ma tardi scocca, Per non venir senza consiglio air arco : Ma il popol tuo r ha in sommo della bocca.

^^ Molti rifiutan lo comunc incarco ; Ma il popol tuo sollecito risponde Senza chiamare, e grida : l' mi sobbarco.

Viens voir ta Rome, qui pleure, veuve, seule, et jour et nuit t'appelle : tMon César, pourquoi me délaisses-tu? »

Viens voir comment ces hommes s'entr'aiment : et, si de nous aucune pitié ne te meut, viens rougir de ta renommée.

Et si cette demande m'est permise, ô Dieu suprême, qui, sur la terre, fus crucifié pour nous, tes justes regards 27 sont-ils tournés ailleurs?

Ou, dans l'abîme de tes conseils, est-ce la préparation de quelque bien entièrement hors de notre prévoyance ,

Que toutes les contrées de l'Italie soient pleines de tyrans, et que devienne un Marcel 2» chaque vilain qui aux partis se mêle?

Ma Florence , bien peut te plaire cette digression , qui ne te touche point 2», grâces à ton peuple qui tant raisonne.

Plusieurs ont la justice dans le cœur, mais tard en sort -elle pour ne pas venir inconsidérément sur l'arc ; ton peuple l'a sur les lèvres.

Plusieurs refusent le fardeau de la chose commune ; mais le peuple empressé répond sans qu'on l'appelle , et crie : « Je m'en charge 1 »

78 GANTO SeSTO.

^ Or ti fa lieta, chè tu hai ben onde : Tu ricca, tu con pace, tu con senno.

S'io dico ver, l'effetto nol nasconde.

^7 Atene e Lacedemona, che fenno L'antiche leggi, e furon si civili, Fecero al viver bene un picciol cenno

^^ Verso di te, che fai tanto sottili Provvedimenti ch' a mezzo novembre Non giugne quel che tu d' ottobre filL

^^ Quante volte del tempo che rimembre, Legge, moneta, e ufici, e costume Hai tu mutato, e rinnovato membre !

^ E se ben ti ricorda, e vedi lume, Vedrai te somigliante a quella inferma, Che non puô trovar posa in su le piume.

Ma con dar volta suo dolore scherma.

Réjouis- toi donc, tu as bien de quoi ; tu es riche, tu as la paix, tu as Fintelligence ; et vraiment l'effet le montre assez.

Athènes et Lacédémone, qui établirent les anciennes lois et furent si policées, du lueD vivre donnèrent un maigre exemple

Près de toi , qui prends de si habiles mesures , qu'à la mi-novembre n'arrive pas ce que tu files en octobre.

Combien de fois, depuis le temps dont tu as mémoire, as- tu changé, en toutes leurs parties, lois, monnaies, offices et coutumes?

Si bien tu te souviens et n'es pas aveugle, tu te verras semblable à cette malade qui ne peut trouver de repos sur la plume ,

Mais qui, en se tournant, s'escrime contre sa douleur.

CANTO SETTIMO

Posciachè Taccoglienze oneste e liete Furo iterate tre e quattro volte, Sordel si trasse, e disse : Voi chi sieteî

Prima ch' a questo monte fosser volte L' anime degne di salire a Dio , Fur Fossa mie per Ottavian sepolte.

* r son Virgilio ; e per null' altro rio Lo ciel perdei , che per non aver fè : Cosl rispose allora il Duca mio.

Quai è celui che cosa innanzi a se Subita vede, ond'ei si maraviglia, Che crede e no, dicendo : ell'è, non è;

^ Tal parve quegli, e poi chinô le ciglia, E umilmente ritornô ver lui, E abbraccioUo ove '1 minor s'appiglia.

Après avoir trois et quatre fois réitéré l'accueil honorable et joyeux, Sordello se recula et dit : «Vous, qui êtes-vous?»

— Avant que vers ce mont se tournassent les âmes dignes de monter vers Dieu^, Octave ensevelit mes os :

Je suis Virgile ; et pour nul autre crime je perdis le ciel que pour n'avoir pas eu la foi. Ainsi répondit mon Guide.

Tel que celui qui subitement voit devant soi une chose dont il s'étonne, qui croit, et non, disant : « Ce l'est , ce ne l'est pas , »

Tel parut celui-ci : puis baissant les yeux, humblement il retourna vers lui , et l'embrassa là où se prend l'enfant \

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