II
194 CANTO OECIMOQUINTO.
^ Edegli a me : Perocchè tu rificchi La mente pure aile cose terrene, Di vera luce ténèbre dispicchi.
2* Quello infinito ed ineffabil bene Che lassù è, cosl corre ad amore, Corne a lucido corpo raggio viene.
2^ Tanto si dà, quanto trova d* ardore :
SI che quantunque carità si stende, . Cresce sovr'essa l'eterno valore.
25 E quanta gente più lassù s' intende, Più v' è da bene amare» e più vi g^ ama, E corne specchio Tuno aU'altro rende.
2^ E se la mia ragion non ti disfama, Yedrai Béatrice, ed ella pienamenle Ti torrà qiiesta e ciascun' altra brama.
27 Procaccia pur, che tosto sieno spente. Corne son già le due, le cinque piaghe, Che si richiudon per esser dolente.
28 Com' io voleva dicer : Tu m' appaghe : Vidimi giunto in su Y altro girone.
Si che tacer mi fer le luci vaghe.
29 Ivi mi parve in una visione Estatica di subito esser tratto ^
E vedere in un tempio più persone :
Et lui à moi : — Parce que tu arrêtes ta pensée aux seules choses de la terre , de la vraie lumière tu ne tires que ténèbres.
Cet infini et ineffable bien qui est là-haut court à l'amour, comme le rayon au corps qui le reflète.
Autant il trouve d'ardeur, autant il se donne ; de sorte que plus s'étend la charité , plus sur elie s'épand l'étemelle vertu :
Et plus là -haut il est d'âmes unies, plus à l'amour le bien se prodigue , et plus on s'aime , et comme un miroir Tun à l'autre on rend.
Et n ma raison ne te rassasie pas , tu verras Béatrice, et pleinement par elle satisfait sera ce tien désir, et tout autre désir.
Tâche seulement que soient guéries, comme déjà deux le sont, les cinq plaies que ferme la douleur.
J'allais dire : « Tu apaises ma faim , » quand je m'aperçus que j'étais arrivé à l'autre cercle ; de sorte que , désireux de voir, je me tus.
Là , il me sembla être soudain ravi en une vision extatique , et voir dans un temple plusieurs |>ersonnes ,
496 CANTO DECIMOQUINTO.
*<> Ed una donna in su Tentrar, con atto Dolce di madré, dicer : Figliuol mio.
Perché hai tu cosl verso noi fattoî
** Ecco , dolenti lo tuo padre ed io Ti cercavamo, E corne qui si tacqiie, Ciô che pareva prima dispario.
** Indi m' apparve un' altra con quelle acque Giù per le go te, che M dolor distilla, Quando per gran dispetto in altnii nacque;
** E dir : Se tu se' sire délia villa, Del cui nome ne' Dei fu tanta lite, E onde ogni scienzia disfavilla,
*^ Vendica te di quelle braccia ardite Che abbracciar nostra figlia, o Pifflstrato. E il signor mi parea benigno e mite
*5 Risponder lei con viso temperato :
Che farem noi a chi mal ne disin»
Se quei che ci ama è per noi condannato?
*^ Foi vidi gente accese in fuoco d'ira, Con piètre un giovinetto ancider,, forte Gridando a se pur : Martira , martira :
*^ E lui vedea chinarsi per la morte, Che l'aggravava già, in ver la terra.
Ma degli occhi facea sempre al ciel porte;
Et, à l'entrée, une femme, avec une douce contenance de mère , dire , « Mon fils , pourquoi envers nous as-tu ainsi agi?
«Voilà qu'affligés, ton père et moi, nous te cherchions^^. 9 Et, dès qu'elle se tut, ce que j'avais vu s'évanouit.
Ensuite , une autre m'apparut ^*, les joues baignées de ces eaux que fait couler la douleur d'un grand affront reçu;
Et elle disait : « Si tu es le maître de la ville dont , parmi les dieux , le nom excita un si vif débat ^*, et d'où rayonne toute science,
« Venge-toi de ces bras audacieux qui embrassèrent notre fille, ô Pisistrate. » Et le Seigneur humain et doux
Me semblait lui répondre , avec un visage calme : « Que feroiUh>Dous à qui nous veut du mal , si celui qui nous aime est par nous condamné? »
Puis je vis des gens, enflammés de colère, lapider un jeune homme^*, en. criant l'un à l'autre : «Tue! tue ! »
Et lui, je le voyais, appesanti déjà par la mort, pencher vers la terre , mais les yeux toujours fixés au ciel ,
198 CÂNTO DECIMOQUINTO.
^ Orando ail' alto Sire in tanta guerra , Che perdouasse a' suoi persecutori , Con queir aspetto che pietà diseerra.
*^ Quando l'anima mia tornô di fuori Aile cose, che son fuor di lei vere, lo riconobbi i miei non falsi errori.
^^ Lo Duca mio, che rai potea vedere *\
Far si com' uom che dal sonna si 8l«ga« • * Disse : Che hai, che non ti pud teonf ^
^A Ma se' venuto più che mezza lega
Velando gli occhi , e con le gambe avvolte A guisa di cui vino o sonne piega.
^2 o dolce Padre mio, se tu m'ascolte, r ti dirô, diss'io, ciô che mi apparve Quando le gambe mi furon si tolte.
^* Ed ei : Se tu avessi cento larve Sovra la faccia , non mi sarien cbiuae Le tue cogitazion quantunque parve.
^* Ciô che vedesti fu, perché non scuse D'aprir lo cuore all'acque délia pace, Che dairetcrno fonte son diffuse,
^^ Non dimandai, Che hai? per quel che face Cihi guarcla pur con l'occhio che non vedi», Quando disanimato il corpo giace;
Et , avec un visage où se peignait la pitié, en un si grand combat» prier le Seigneur très-haut de pardonner à ses persécuteurs.
Lorsque revenant à soi , mon âme se tourna vers les choses qui hors d'elle sont vraies, je reconnus mon erreur non dépourvue de vérité ^^.
Mon Guide, me voyant pareil à un homme qui rompt les Uens du sommeil, dit : — Qu'as- tu, que ta ne peux te soutenir ?
Tu as cheminé, plus d'une demi-lieue, les yeux voilés et les jambes vacillantes, comme un homme pris de vin ou de sommeil.
— 0 mon doux Père, si tu m'écoutes , je te dirai , répondis-je, ce qui m'est apparu lorsque ainsi mes jambes fléchissaient.
Et lui : — Eusses- tu cent masques sur la face , tes pensées ne me seraient point cachées, si fugitives qu'elles fussent.
Ce que tu as vu , c'était pour que tu ne refusasses pas d'ouvrir ton cœur aux eaux de la paix , qui coulent de l'étemelle fontaine.
Je n'ai point demandé « Qu'as-tu? » par ce qui fait que demande celui qui regarde, seulement avec l'œil qui no voit pas quand le corps gît inanimé *^.
200 CANTO DECIMOQUINTO.
^^ Ma dimandai per darti forza al piede : Cosl frugar conviensi i pigri , lenti - Âd usar lor vigilia quando riede.
*7 Noi andavain per lo vespero attenti OItre, quanto potèn gli occbi allungan», Contra i raggi serotini e lucenti :
^ Ed ecco a poco a poco un fumo farsi Verso di noi, corne la notte, oscura.
Ne da quello era loco da cansarsi :
Questo ne toise gli occhi e l'aer pure.
Mais j'ai demandé, pour donner de la force à ton pied. Ainsi faut-ii exciter les paresseux, lents à user de la veille , lorsqu'elle revient.
C'était le soir, et nous allions, regardant outre, tant que la vue pouvait s'étendre, à rencontre des rayons tardifs *7 et brillants,
Quand, peu à peu, voici venir vers nous une fumée obscure comme la nuit, et nul endroit pour s'en abriter:
Elle nous priva des yeux et de l'air pur.
CANTO DECIMOSESTO
* Buio d'inferno, e di notte privata D'ogni pianeta sotto pover cielo, Quant' esser puô di nuvol tenebrata,
2 Non fece al vise mio si grosso vélo,. Corne quel fumo ch' ivi ci coperse , Ne a sentir di cosl aspro pelo ;
* Che l' occhio stare aperto non sofferse : Onde la Scorta mia saputa e fida
Mi s' accosto , e V (^niero m' offerse.
^ SI corne cieco va dietro a sua guida Per non smarrirsi , e per non dar di .cozzo In cosa che M molesti, o forse ancida;
'^ M' andava io per V aère amaro e sozzo , Ascoltando il mio Duca che diceva Pur : Guarda , che da me tu non sie mozzo.
Les ténèbres de TEnfer et d'une nuit sans planètes, sous un ciel pauvre ^^ obscurci, autant qu'il se peut, par des nuages ,
N'étendirent jamais sur ma face un voile aussi épais , que le fit cette fumée qui là nous couvrit ^.
Elle ne permettait pas que l'œil restât ouvert ; ce qu'avisant, ma fidèle Escorte s'approcha de moi et m'offrit son épaule.
Comme va l'aveugle derrière son conducteur, pour ne pas s'égarer, et ne se pas heurter contre quelque chose qui le blesse, ou peut-être le tue,
A travers l'air acre et souillé , je m'en allais , écoutant mon Guide, qui disait seulement : — Prends garde à ne te point séparer de moi.
20i CANTO DECIMOSESTO.
6 lo sentia voci , e ciascuna pareva Pregar per pace e per misericordia L'agnel di Dio, che le peccata leva.
7 Pure Ayniis Dei cran le loro esordia :
Una parola in tutti era'ed un modo.
Si che parea tra esse ogni concordia.
« Quei sono spirti , Maestro , ch' i' odo? DissMo. Ed egli a me : Tu vero apprendi, E d'iracondia van solvendo il nodo.
^ Or tu chi se' chei nostro fumo fendi, E di noi parli pur, corne se tue Partissi ancor lo tempo per calendi?
*o Cosl per una voce dette fue.
Onde il Maestro mio disse : Rispondi, E dimanda se quinci si va sue.
*^ Ed io : 0 creatura , che ti mondi , Per tornar bella a celui che ti fece, Maraviglia udirai se mi secondi.
12 lo ti seguiter6 quanto mi lece, Rispose ; e se veder fumo non lascia , 1/udir ci terra giunti in quella vece.
*^ Allora incominciai : Con quella fascia , Che la morte dissolve, men vo suso, E venni qui per la infernale ambascia ;
J'entendais des voix , et chacune d'elles paraissait demander paix et miséricorde à l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés.
Àgmis Dei était leur seul exorde ; elles semblaient n'avoir toutes qu'une parole, qu'un chant, si parfaite était leur concorde.
— Quels sont, Maître, les esprits que j'entends? dis-je. Et lui à moi : — Apprends le vrai , et qu'ils vont déliant le nœud de la colère *.
« Mais toi , qui es-tu , qui fends notre fumée et parles de nous, comme si encore tu divisais le temps par calendes ^ ? »
Ainsi parla une voix ; sur quoi mon Maître dit : — Réponds , et demande si par ici l'on monte.
Et moi : — 0 créature, qui te purifies pour retourner belle à celui qui te fit , tu entendras merveille, si tu me suis.
«Jeté suivrai autant qu'il m'est permis, réponditelle , et si la fumée ôte le voir, l'ouïr en sa place nous tiendra joints. »
Lors je commençai : — Avec cette enveloppe que la mort dissout, en haut je vais, et ici je suis venu h travers les angoisses infernales.
Î06 CANTO DKCIMOSESTO.
** E se Dio m' ha in sua grazîa richiuso Tanto, ch'c'vuol ch'io vegga la sua corte Per modo tutto fuor del modern'uso,
^* Non mi celar chi fosti anzi la morte , Ma dilmi, e dimmi s'io vo bene al varco; E tue parole fien le nostre scorte.
^® Lombardo fui, e fui chiamato Marco.
Del monde seppi, e quel valore amai Al quale ha or ciascun disteso Tarco.
'7 Per mont<ir su dirittamente vai.
Cosi rispose ; e soggiunse : lo ti prego Che per me preghi , quando su sarai.
^^ Ed io a lui : Per fede mi ti lego
Di far ciô che mi chiedi ; ma io scoppîo Dentro da un dubbio, s'i' non me ne spiego.
^^ Prima era scempio, ed ora ê fatto doppio Nella sentenzia tua, che mi fa certo Qui ed altrove, quelle ov'io l'accoppio.
*® Lo monde è ben cosl tutto diserto D'ogni virtute, oome tu mi suone, R di malizia gravide e coverto:
-* Ma prego che m'additi la cagione,
Si ch'io la vegga, o ch'io la mostri altrui; Chè nel cielo une, ed un quaggiii la pone.
Si Dieu m'a comblé de sa grâce , jusqu'à vouloir que je voie' sa cour, d'une manière maintenant tout à fait inaccoutumée 5,
Ne me cèle point qui tu fus avant la mort , mais dis-le-moi, et dis- moi aussi si je vais bien vers le passage , et que tes paroles soient notre guide.
«Je fus Lombard et nommé Marc^ : je connus le monde, et j'aimai cette valeur devant laquelle aujourd'hui chacun débande son arc ^.
« Pour aller en haut tu suis la droite voie. » Ainsi répondit-il. Et il ajouta : « Je te conjure de prier pour moi, quand tu seras là -haut.
Et moi à lui : — J'engage ma foi de faire ce que tu demandes; mais en moi est un doute que je ne saurais contenir, et qu'il faut que j'explique.
Il était d'abord simple, et à présent il est devenu double, en rapprochant ce que tu m'assures ici de ce qu'on m'a dit ailleurs ®.
11 est bien vrai , le monde est aussi dépeuplé de vertus que tu me le représentes, et plein et regorgeant de malice.
Mais, je te prie, indique -m'en la cause, de sorte que je la voie et la montre aux autres : l'un la place dans le ciel , et un autre ici -bas.
208 CANTO DECIMOSESTO.
2* Alto sospir, chc duolo strlnse in hui, Mise fuor prima, e poi cominciô : Frate, Lo mondo è cieco, e tu vien ben da lui.
2* Voi che vivete ogni ciagion recate Pur suso al cielo, si corne se tutto Movesse seco di necessitate.
2* Se cosi fosse, in voi fora distrutto Libero arbitrio, e non fora giustizia, Per ben, letizia , e per maie, aver lutto.
25 Lo cielo i vostri movimenti inizia ; Non dico tutti ; ma, posto ch'io'l dica, Lume V* ë dato a bene ed a malizia ,
2* E libero voler. Che se fatica Nelle prime battaglie col ciel dura, Poi vince tutto, se ben si notrica.
27 A maggior forza ed a miglior natura Liberi soggiacete, e quella cria
La mente in voi, che '1 ciel non ha in sua cura.
28 Perô, se il mondo présente disvia.
In voi è la cagione, in voi si chieggia, Ed io \o ne sar6 or vera spia.
2^ Esce di ma no a lui, chc la vagheggia Pruna chc sia , a guisa di fanciulla , Che piangendo e ridendo pargoleggîa,
Un profond soupir, un hélas douloureux il poussa d'abord ; puis il commença : « Frère , le monde est aveugle , et bien voit -on que tu en viens.
« Vous qui vivez , vous cherchez la raison de tout au ciel , comme s'il emportait tout dans son mouvement par nécessité.
« S'il en était ainsi , en vous serait détruit le libre arbitre , et point ne serait-ce justice de recueillir pour le bien la joie , pour le mal les pleurs.
« Du ciel vos mouvements ont leur commencemenl , je ne dis pas tous ; mais supposé que je le dise , pour discerner le bien et le mal une lumière vous est donnée,
t Et le libre vouloir. Qui ne se refuse point à la fatigue des premiers combats contre le ciel *, résiste , puis vainc tout, s'il se nourrit bien ^®.
« A une force plus grande et à une nature meilleure , libres, vous êtes soumis^*, et celle-ci en vous crée l'esprit, que le ciel n'a pas sous sa dépendance.
« Si donc le monde présent dévie, en vous en est la cause , en vous doit-elle être cherchée ; et je vais te la découvrir.
« De la main de celui qui en elle se complaît avant qu'elle soit, comme un petit enfant qui rit et pleure , et ne sait pourquoi,
210 CANTO UECIMOSESTO.
^^ J/ anima senipliceita , che sa nulla, Salvo che, mossa da lieto fattore, Vplentier torna a ciô che la trastuila.
•^* Di picciol bene in pria sente sapore; Quivi s'inganna, e dietro ad esso corre. Se guida o fren non torce il suo amore.
^2 Onde convenne legge per fren ponre; Convenne rege aver, che discernasse Délia vera cittade almen la torre.
^* Le leggi son , ma chi pon inano ad esse? Nullo ; perô che M pastor che précède Ruminar puô, ma non ha Funghie fesse.
^''' Perché la gente , che sua guida vede Pure a quel ben ferire ond'ella è ghiotta, Di quel si pasce , e più oitre non chiede.
^^ Ben puoi veder che la mala condotta È la cagion che il mondo ha fatto reo, Ë non natura che in voi sia corrotta.
^^ Soleva Roma, che il buon mondo feo. Duo Soli a ver, che l'una e l'altra strada Facèn vedere , e del mondo e di Deo.
•^' L'un Taltro ha spento; ed è giunta la spada Col pasturale; e Tuno e l'altro insieme Por viva forza mal convien che vada:
« Simplette sort Pâme , qui ne sait rien , sinon que , mue par qui l'a créée pour la joie , volontiers elle se tourne vers ce qui Tamuse.
« D'un léger bien d'abord elle sent la saveur, et, se trompant, elle court après, si un guide ou un frein n'infléchit son amour.
« D'où il convient qu'il y ait des lois pour imposer un frein , et un roi , qui de la vraie cité discerne au moins la tour *^.
« Il y a des lois; mais qui les prend en main? Personne ; parce que le pasteur qui précède ruminer peut, mais n'a pas les ongles fendus **.
« Ce pourquoi le peuple, qui voit son guide rechercher le seul bien dont il est avide *^, s'en repaît, et ne demande rien de plus.
t Bien peux-tu voir qu'être mal régi est la cause qui a rendu le monde criminel , et non la nature corrompue en vous.
« Rome, qui au bien ramena le monde *5, avait coutume d'avoir deux soleils*®, qui montraient les deux routes , celle du monde et celle de Dieu.
«L'un a éteint l'autre, et l'épée est jointe à la crosse, et mal convient-il que par vive force ils aillent ensemble *^,
212 CANTO DECIMOSESTO.
^^ Perocchè, giunti, l'un Taltro non terne. Se non mi credi , pon mente alla spiga , Ch'ogni erba si conosce per lo semé.
^^ In sul paese ch'Adige e Po riga Solea valore e cortesia trovarsi Prima che Federigo avesse briga :
^** Or puo sicuramente indi passarsi Per qualunque lasciasse, per vergogna Di ragionar co' buoni, o d'appressarsi.
^^ Ben v'en tre vecchi ancora, in cui rampogna L'antica età la nuova, e par lor tardo Che Dio a miglior vita li ripogna :
^2 Currado da Palazzo, e il buon Gheraixlo, Ë Guido da Castel , che me' si noma iM'ancescamente il semplice Lombardo.
^* Di oggimai che la Chiesa di Roma, Per confondere in se duo reggimenti, Cade nel fango, e se brutta e la sonm.
^^ O Marco mio, diss'io, bene argomenti; Kd or discerno, perché dal retaggio l.i figli di Levi furono esenti :
^^ Ma (jual Gherardo ^ quel che tu per saggio Di ch'è rimaso délia gente spenta.
In rimprovcrio del secol selvaggio?
CHANT SEIZIÈME. t13
« Parce que, joints, l'un ne craint pas Tautre ^^. Si tu ne nrie crois , regarde à Tépi ; car toute plante se connaît par sa graine *•.
« Dans le pays qu^arrosent TAdige et le Pô , on trouvait la valeur et la courtoisie, avant que Frédéric 20 fut en querelle.
« Maintenant , peut y passer sûrement quiconque par honte évite de discourir avec les bons et de s'en approcher 2*.
« Bien s'y voit-il encore trois vieillards, en qui l'âge antique réprinriande le nouveau 22, et il leur semble que tard Dieu les appelle à une meilleure vie :
« Conrad da Palazzo 2* et le bon Gherardo 2^, et fluido da Castello*^, qui, à la française, mieux est nommé le simple Lombard 2«.
« Aujourd'hui, l'Église de Rome, confondant en soi deux pouvoirs, tombe dans la fange , et souille elle et sa charge ^7. »
— O mon Marc» dis -je, bien tu raisonnes, et, à présent je comprends pourquoi les fils de Lévi furent exclus de l'héritage ^8.
Mais qui est ce Gherardo que tu dis être resté comme un modèle de la génération éteinte , pour être à reproche à ce siècle sauvage?
2U CANTO DECIM0SE8T0.
^^ 0 tuo parlar m'inganna, o e' mi tenta, Rispose a inc; chè, parlandomi Tosco, Par che del buon Gherardo nulla senta.
^7 Per altro soprannome io noi conosco, SM' nol togliessi da sua figlia Gaia.
Dio sia con voi , chè più non vegno vosco.
^^ Vedi l' albôr che per Io fuino raia ,
Già biancheggiare, e me convien partirmi, L'Angelo è ivi, prima ch'egli paia.
Cosl tomô, e più non voile udirmi.
« Ou me trompe ton parler, ou il m'éprouve , répondit-il, puisque, parlant toscan, tu semblés ne rien savoir du bon Gherardo.
« Par un autre surnom, point ne le connais, à moins que je ne l'emprunte de sa fille Gaia**. Dieu soit avec vous; plus longtemps je ne vous accompagne.
«Vois blanchir la clarté, qui à travers la fumée rayonne. L'Ange est là; il convient que je m'en aille avant qu'il paraisse. »
Ainsi il parla , et plus ne voulut m'écouter.
CANTO DECIMOSETTIMO
^ Ricorditi, lettor, se mai iicU'alpe Ti colse nebbia , per la quai vedessi Non altrimenti che per pelle talpe ;
2 Corne , quando i vapori umidi e spessi A diradar cominciansi, la spera Del Sol debileniente entra per essi ;
^ E fia la tua immagine leggiera In giugnere a veder, com'io rividi Lo Sole in pria, che già nel corcare era.
^ SI, paieggiando i miei co' passi fidi Del inio Maestro, usci' fuor di tal nube, A' raggi morti giA ne' bassi lidi.
^ 0 immaginativa, che ne rube
Tal voll^'i si di fuor, ch'uom non s'accorge, IVrchi"» d'intorno suonin mille tube,
Ressouviens-toi, Lecteur, si jamais dans les Alpes te surprit le brouillard, à travers lequel on voit ainsi que voient les taupes à travers leur taie ,
De quelle façon , lorsque les vapeurs humides et épaisses commencent h se raréfier, le soleil faiblement y pénètre ;
Et que ton imagination soit prompte h se représenter comment je revis d'abord le soleil qui se couchait.
Ainsi, réglant mes pas sur ceux de mon Maître fidMe, je sortis de ce nuage, et retrouvai les rayons déjfï morts sur les rivages bas.
O imaginative , qui tellement quelquefois nous sépares des choses du dehors, qu'autour de nous sonnassent mille trompettes, point ne les entendrions.
218 CANTO DECIMOSBTTIMO.
* Chi muove te, se il senso non ti porge? Muoveti luine, che nel ciel s'informa, Per se , 0 per voler che giii lo scorge*
Deirempiezza di lei, che mutô forma NeU'uccel che a cantar più si diletta , NeU'immagine mia apparve Forma :
^ E qui fu la mia mente si ristretta Dentro da se, che di fuor non venîa Cosa che fosse allor da lei recetta.
^ Poi piovve dentro alPalta fantasia Un crocifisso dispettoso e fiero Nella sua vista, e cotai si moria.
^^ Intorno ad esso era il grande Assuero, Ester sua sposa e il giusto Mardocheo, Che fu al dire e al far cosl intero.
^^ E corne questa immagine rompeo Se per se stessa , a guisa d' una bulla Cui manca V acqua sotto quai si feo ;
*2 Surse in mia visione una fanciulm , Piangendo forte , e diceva : 0 regina , Perché per ira hai voluto esser nulla?
*^ Ancisa t' hai per non perder Lavina ; Or m' hai perduta : i' sono essa che lutto. Madré, alla tua, pria ch'airaltrui ruina.
CHANT DIX-SRPTIÈME. ^ 219
Qui te meut, si ne t'excitent les sens? Te meut une lumière qui s'informe dans le ciel, ou de soimême, ou par le vouloir de celui qui en bas l'envoie.
De l'impie dont la forme se changea en celle de l'oiseau qui à chanter le plus se délecte*, j'eus la vision interne :
Et mon esprit en soi se replia si profondément , qu'aucune chose du dehors n'y trouvait d'accès.
Puis me tomba dans la haute fantaisie '^ un crucifié superbe et farouche *, et tel il se mourait.
Près de lui était le grand Assuérus, son épouse Esther, et le juste Mardochée, également intègre dans le dire et dans le faire.
Et cette image s' étant brisée d'elle-même, comme une bulle à laquelle manque l'eau où elle se forma ,
Dans ma vision surgit une jeune fille ^ pleurant, et disant : « O reine , pourquoi par colère as- tu voulu ne plus être?
« Tu t'es tuée pour ne pas perdre Lavinia , et maintenant tu l'as perdue : elle-même suis-je, moi qui pleure, mère, ta mort avant celle d'un autre ^.
^90 CANTO DECIMOSETTIMO.
*^ Come si frange il sonno, ove di butto Nuova luce percuote il viso chiuso , Che fratto guizza pria che muoia tutto ;
*^ Cosi rimmaginar mio cadde giuso, ïosto che un liinrie il volto mi percosse, Maggiore assai, che quello ch'è in nostr*uso.
*^ r mi volgea per vedere ovMo fosse, Quand' una voce disse : Qui si monta : Che da ogni altro intento mi rimosse ;
*7 E fece la mia voglia tanto pronta Di riguardar chi era che parlava , Che mai non posa , se non si raffronta.
*^ Ma come al Sol, che nostra vista grava , K per soverchio sua figura vêla , Cosl la mia virlii quivi mancava.
^*' Qupsti è divino spirito , che ne la Via d'andar su ne drizza senza prego, E col suo lume se medesmo cela.
2^ Si fa con noi , come V uom si fa sego ; Chè quale aspetta prego, e l'uopo vede, Malignamenle già si mette al nego.
2* Ora accordiamo a tanto invito il piede : Procacciam di salir pria rhe s'abbui, Chè poi non si poria , se il di' non riede.
CHANT DIXSEPTIÈME. n\
Comme se rompt le sommeil , quand subitement une nouvelle lumière frappe les yeux fermés, et, rompu , se débat avant de mourir tout à fait ;
Ainsi s'éteignit en moi l'imaginer, sitôt que frappa mon visage une lumière, bien plus vive que celle h laquelle nous sommes accoutumés.
Je me tournais pour regarder d'où elle venait , lorsqu'une voix dit : « Ici l'on monte. » De toute autre pensée elle me détourna,
Et m'inspira un si grand désir de voir qui me parlait, que rien ne l'aurait pu calmer que son objet même.
Mais comme il advient devant le soleil, (jui éblouit notre vue et se voile de son propre éclat, ainsi ma force ici défaillait
— Celui-<:i est l'esprit divin qui, sans en être prié, nous indique le chemin pour aller en haut , et se cach(» lui-même dans sa lumière.
Avec nous il fait comme l'homme fait avec soi ** : car, qui voit le besoin et attend qu'on le prie, malignement déjà se met sur la négative.
Maintenant, que nos pieds obéissent à une si haute invitation; tâchons de monter avant (|ue la nuit se fasse ; après, on ne le pourrait jusqu'au retour du jour.
iU CANTO DECIMOSBTTIMO.
22 Cosi disse il mio Duca ; ed io con lui Yolgemmo i nostri passi ad una scala : E tosto ch'io al primo grado fui,
2* Senti'mi pressô quasi un muover d*ala, E ventarmi nel volto , e dir : Beati Parifici, che son senz'ira mala.
2^ Già eran sopra noi tanto levati Gli ultimi raggi che la notte segue, Che le stelle apparivan da più lati.
25 0 virtù mia, perché si ti dilegue?
Fra me stesso dicea , che mi sentiva La possa délie gambe posta in tregue.
2« Noi eravam dove più non sdliva La scala su, ed eravamo afïissî.
Pur corne nave ch'alla piaggia arriva.
2' Ed io attesi un poco s' io udissi Alcuna cosa nel nuovo girone ; Poi mi rivoisi al mio Maestro , e dissi
2** Doice mio Padre, dl, quale offensione Si purga qui nel giro, dove semo?
Se i piè si stanno, non stea tuo sermone.
2^ Ed egli a me : L'amor del bene, scemo ni suo dover, quiritta si ristora, Qui si ribatte il mal tardato remo.
CHANT DIX-SEPTIÈiMK 2Î3
Ainsi dit mon Guide, et lui et moi nous tournâmes nos pas vers un escalier : et dès que je fus sur le premier degré.
Je sentis près de moi comme un mouvement d'ailes, et sur ma face passer un souffle , et j'entendis : « Brafi pacifici ^, qui point n'ont en eux de mauvaise colère. »
Déjà , au-dessus de nous si élevés étaient les derniers rayons qui précèdent la nuit, que de plusieurs côtés paraissaient les étoiles.
0 ma force, pourquoi ainsi m'abandonnes- tu ?disais-je en moi-même, sentant que mes jambes s'affaiblissaient.
Nous étions \h où l'escalier cesse de monter, fixes comme le navire qui aborde la plage.
J'écoutais un peu si j'entendrais quelque chose dans le nouveau cercle ^ ; puis je me tournai vers mon Maître , et dis :
— Mon doux Père, dis, quelle offense expie-t-on dans le cercle où nous sommes? Si les pieds s'arrêtent, que ne s'arrête point ton discours.
Et lui à moi : — L'amour du bien, séparé du devoir qui le règle, ici se restaure; ici est châtié le rameur paresseux.
m CANTO DECIMOSETTIMO.
•^<^ Ma perché più aperto intendi ancora, Volgi la mente a me, e prenderai Alcun buon frutto di nostra dimora.
^^ Ne Creator, ne creatura mai,
Comincio ei, figliuol, fu senza amore, O naturale o d'animo ; e tu M saî.
^- Lo natural fu sempre senza errore ; Ma Taltro puote errar per malo obbietto, 0 per troppo, o per poco di vigore.
3^ Mentre ch'egli è ne' primi ben diretto, E ne' secondi se stesso misura , lisser non pu6 cagion di mal diletto;
^^ Ma quando al mal si torce, o cou piii cura, O ron men clie non dee, corrc ne! bene. Contra il Fattore adovra sua fattura.
•^^ Quinci comprender puoi, ch'esser conviene Amor sementa in voi d'ogni virtute, E d'ogni oporazion che morta pêne.
•^® Or perché mai non pùo dalla salute Amor d(H suo suggetto volger viso, DalTodio proprio son le cose tut(* :
•'^" E perché intender non si puo divise , N(» per se stante , alcuno essor dal primo, l)n (juello odinre ogni alTetto é deciso.
Mais, pour que tu entendes mieux encore, écoutemoi, et tu retireras quelque bon fruit de notre retard.
Mon fils, commença-t-il , ni le créateur, ni la créature jamais ne furent sans amour, ou naturel, ou procédant de la raison ; et tu le sais.
Le naturel toujours est exempt d'erreur; mais l'autre peut errer par le vice de l'objet, ou par trop, ou par trop peu de force.
Tandis que vers les premiers biens ^ il est dirigé , et que, dans les seconds*^, il se mesure bien lui-même, il ne peut être la cause d'un mauvais plaisir.
Mais, quand il se tord vers le mal, ou qu'avec plus, ou avec moins d'ardeur qu'il ne doit, il court dans le bien, contre son Créateur agit la créature.
De là tu peux comprendre que l'amour en vous doit être la semence et de toute vertu , et de toute opération qui mérite une peine.
Or, l'amour ne pouvant détourner la vue du bien de son sujet, tout être est à l'abri de sa propre haine :
Et parce que nul être ne peut être conçu subsistant de soi, et séparé du premier être, celui-ci jamais ne saurait être haï.