II
226 CANTO DÉCIMOSETTIMO.
^^ Resta, se, dividende, bene stimo,
Che il mal che s'ama è del prossimo, ed esso Amor nasce in tre modi in vostro limo.
^^ È chi , per essor suo vicin soppresso , Spera eccellenza , e sol per questo brama Ch'el sia di sua grandezza in basso messo.
'•^ È chi podere, grazia, onore, e fama Teme di perder perch' altri sormonti , Onde s'attrista si, che il contraro âma :
^ Ed è chi per ingiurid par ch'adonfl SI , che si fa délia vendetta ghiotto ; E tal convien, che il raaie âltrui iiiiprbnti.
^2 (Juesto triforme amor quaggiù disottb Si piange; or vo' che tu deU'altro intendé, Che corre al ben con ordine corrotto.
^^ Ciascun conlusamente un bene âjpprende, Nel quai si quieti l'animo, e désira ; Perché di giugner lui ciascun conteiide.
^^ Se lento aniore in lui veder vi tira , 0 a lui acquistar, questa comice, Dopo giusto penter, ve ne martira.
^^ Altro ben ê che ilôh fa Tuom felice ; Noii è félicita, non è la buona Esscnzia, d'ogni ben frutto e radibe.
CH.ANT DIX-SEPTIÈME. 2i7
Donc, si mes divisions sont exactes, le mal qu'on aime est le mal du prochain , et cet amour, sur votre limon , naît de trois manières.
Tel, en opprimant son prochain, espère l'excellence, et pour cela seul il souhaite que de sa grandeur il soit jeté bas ;
Tel craint de perdre pouvoir, faveur, honneurs, renommée , si un autre s'élève; et d'autant plus il s'en attriste, qu'il aime plus le contraire.
Tel d'une injure paraît tant s'irriter qu'il devient avide de vengeance; et celui-ci force est qu'il cherche le mal d' autrui.
Cet amour triforme ici-dessous se pleure ^^. A présent, je veux parler de celui qui court au bien d'une manière opposée à l'ordre.
Chacun confusément conçoit un bien où l'àme se repose et le désire; et chacun s'efforce de l'atteindre.
Si un lent amour vous attire vers lui ^^, pour le voir ou pour l'acquérir, les tourments de cette corniche vous purifient, si a précédé un juste repentir.
Il est un autre bien qui ne rend pas l'homme heureux *^ : il n'est point la félicité , il n'est pas la bonne essence de tout bien, ni dans son fruit, ni dans sa racine.
228 CANTO DËCIMOSBTTIMO.
^* L'anior, ch'ad esso troppo s'abbandona, Di sovr'a noi si piange per tre cerchi ; Ma coine tripartito si ragiona ,
Tacciolo, acciô che tu per te ne cerchi.
L'amour qui trop s'y abandonne, au-dessus de nous se pleure dans trois cercles *^; mais comme la raison montre qu'il est triple,
Point n'en parle, afin que par toi-même tu cherches.
CANTO DECIMOTTAVO
Posto avea fine al suo ragîonamento L'alto Dottore, ed attento guardava Nolla mia vista s'io parea contento.
Ed io , cui nuova sete ancor frugava , Di fuor taceva , e dentro dicea : Forse Lo troppo dimandar, ch'io fo, gli grava.
^ Ma quel padre verace, che s'accorse Del timido voler che non s' apriva , Parlando, di parlare ardir mi porse.
^ Ond'io : Maestro, il mio veder s*awiva Si nel tuo lume, ch'io disccrno chiaro Quanto la tua ragion porti , o descriva :
-' Pero ti prego , doice Padre caro , Che mi dimostri amore, a cui riduci Ogni buono operare e il suo contraro.
A son discours avait mis fin le g^rand Docteur, et attentivemçtnt il regardajt sur mon visage si je paraissais content :
Et moi, que pressait encore une nouvelle soif, je me taisais au dehors , et au dedans je disais : « Peutêtre qu'en trop demandant je le fatigue. »
Mais ce Père vrai, qui s'aperçut du timide vouloir qu'en moi je renfennais, en parlant me donna la hardiesse de parler.
D'où moi : — Maître, tant s'avive ma vue dans ta lumière, que je discerne clairement tout ce que montre et trace ta raison.
Je te prie donc, cher doux Père, de m' enseigner quel est cet amour à quoi tu réduis toute bonne opération et son contraire.
iU CANTO DECIMOTTAVO.
^ Drizza , disse , ver me V acute luci Dello intelletto, e fieti manifesto L'error de' ciechi che si fanno duci.
L'animo, ch'è creato ad ainar presto, Ad ogni cosa è mobile che place, Tosto che dal piacere in atto è desto.
^ Vostra apprensiva da esser verace
Tragge intenzione, e dentro a voi la spiega, S) che r animo ad essa volger face.
^ E se, rivolto, in ver di lei si piega. Quel piegare è amor, quelle è natura, Che per piacer di nuovo in voi si lega.
^^ Poi corne il fuoco movesi in altura , Per la sua forma, ch'è nata a salire Là dove piii in sua materia dura ;
^* Cosi l'animo preso entra in disire, Che (^ moto spiritalé , e mai non posa Fin che la cosa amata il fa gioire.
*2 Or ti puote apparer quant' è nascosa La veritade alla gente ch'avvera Ciascuno amorc in se laudabil cosa ;
^^ Perocchè forse appar la sua matera
Sempr' essor buona; ma non ciascun segno È buono , ancor che buona sia la cera.
CHANT DÎX-HUITIÈME. 233
— Fixe sur moi, dit -il, les regards pénétrants de Tesprit, et te sera manifeste l'erreur des aveugles qui se font guides.
L'âme , créée pour aimer, se porte vers tout ce qui plaît , sitôt que le plaisir l'éveille à l'action.
De ce qui existe réellement votre puissance perceptive attire l'image*, et la déploie au dedans de vous, de sorte que l'âme se tourne vers elle :
Et si vers elle s' étant tournée , elle s'y incline , ceci est l'amour, ceci est la nature , que le plaisir unit à vous par un nouveau lien.
Et comme le feu se meut en haut , en vertu de sa forme 2, qui le porte à monter \h où plus il subsiste dans sa propre matière *,
Ainsi, ayant perçu, l'âme entre en désir, qui est un mouvement spirituel, et jamais ne se repose, qu'elle n'ait joui de l'objet aimé.
Tu peux maintenant voir combien la vérité est cachée à ceux qui affirment que tout amour est louable en soi.
11 se peut que bonne en paraisse toujours la matière ; mais tout scel n'est pas bon , bien que la cire soit bonne.
534 CANTO DECIMOTTAVO.
*^ Le tue parole e il mio seguace ingegno, Risposi lui, m' hanno amor discoverto ; Ma ciô m' ha fatto di dubbiar piii pregno :
*^ Che s'amore è di fuori a noi offertq , E r anima non va con altro piede , Se dritto 0 torto va , non è suo merto.
** Ed egli a me : Quanto ragion qqi vede Dir ti poss'io ; da indi in là t'açpetta Pure a Béatrice, ch'è opra di fede.
*7 Ogni forma sustanzial , che setta È da materia , ed e con Ici unita , Specifica virtude ha in se colletta,
*^ La quai senza operar non è sentita , \^ si dimostra ma che per effetto, Corne per verdi fronde in pianta vita.
*-^ Poro, \h onde ve^na lo intelletto Délie prime notizie, uomo non sape, E de' primi appclibili Tafletto,
'^ Che sono in voi, si come studio in ape Di far lo mêle; e questa prima voglia Merto di Iode o di bicxsmo non cape.
2^ Or, perche a questa o^ni altra si raccoglia, Innata v'è la virtii che consiglia.
E dell'assenso de' tener la soglia.
— Tes paroles et mon esprit qui les suit , répondis-je, m'ont découvert Tamour; mais, de cela même naissent en moi de nouveaux doutes.
Car, si vient du dehors ce cpii détermine l'amour, et que l'âme n'ait point d'autre moteur, qu elle aille droit , ou qu'elle dévie , ce n'est pas son mérite. .
Et lui à moi : — Tout ce qu'ici voit la raison , je puis te le dire ; pour ce qui est au delà , attends Béatrice ; car c'est sujet de foi.
Toute forme substantielle, distincte do la mati^ro et unie avec elle, a en soi une vertu spécifique ,
I^aquelle n'est sentie que par son opération , et ne se manifeste que par son effet , comme la vie dans la plante par le vert feuillage :
Ainsi, d'où vient l'intelligence des premières notions et le sentiment des premiers objets que l'Ame appète. l'homme ne le sait ;
Car ils sont en vous comme dans l'abeille l'instinct de faire le miel : et ce premier désir n'a rien qui mérite louange ou blAme.
Or, afin qu'à elle viennent s'unir toute-s les autres, innée en vous est la vertu qui conseille, et qui doit garder le seuil du consentement.
236 CANTO DECIMOTTAVO.
22 Quest' è il principio là onde si piglia Cagion di meritare in voi , seconde Che buoni e rei amori accoglie e viglia.
2* Col or che ragionando andaro al fondo , S'accorser d'csta innata libertate ; Pero moralité lasciaro al mondo.
2* Onde pognam che di necessitate
Surga ogni amor che dentro a voi s' accende, Di ritenerlo è in voi la potestate.
2^ La nobile virtù Béatrice intende Pcr lo libero arbitrio , e perô guarda Che l'abbi a mente, s'a parlar ten prende,
2<* La luna, quasi a mezza notte tarda, Facca le stelle a noi parer più rade, Fatta com'un secchion che tutto arda ;
27 E correa contra M ciel , per quelle starde Che il Sole infiamma allor che quel da Roma ïra' Sardi e' Corsi il vede quando cade;
2S E queir ombra gentil, per cui si noma Pietola più che villa Mantovana, Del mio carcar diposto avea la soraa.
-^ Perch'io, che la ragione aperta e piana Sovra le mie questioiii avea ricolta, Stava com' uom che sonnolento vana.
CHANT DIX-IIDITIEME 237
Celle-ci est le principe qui vous rend capable de mériter, selon qu'il accueille et choisit les bons et les mauvais amours.
Ceux dont la raison a été au fond, ont reconnu cette liberté innée , et ils ont ainsi conservé la morale dans le monde.
D'où, supposé que tout amour, qui au dedans de vous s'enflamme, y naisse nécessairement , en vous est la puissance de le contenir.
Par libre arbitre, Béatrice^ entend la noble vertu; aie soin de t'en souvenir, si elle t'en parle.
La lune, qui avait retardé son lever presque jusqu'au milieu de la nuit ^, semblable à un bassin embrasé , nous faisait paraître les étoiles plus rares ,
Et à rencontre du ciel ^, elle parcourait la route que le soleil enflamme , alors qu'à son déclin ceux de Rome le voient entre les Sardes et les Corses ^ :
Et cette noble ombre par qui plus renommée e^^t Pietola ^ que la cité Mantouane , avait déposé le fardeau dont je l'avais chargée ^.
Par quoi , mes questions ayant reçu des réponses claires et simples, j'étais comme un homme qui, a demi endormi, rêve.
238 CANTO DECIMOTTAVO.
^^ Ma questa sonnolenza mi fu tolta Subitamente da gente, che dopo Le nostre spalle a noi era già volta.
^* K quale Ismeno già vide ed ksopo Lungo di se di notte furia e calca , Pur che i Teban di Bacco avesser uopo ;
^^ Taie per quel giron suo passe falca, Per quel ch'io vidi, di color, venendo. Gui buon volere e giusto amor cavalca.
^* Tosto fur sovra uoi , perché con-endo Si movea tutta quella turba magna ; E duo dinanzi gridavan piangendo :
^^ Maria corse con fretta alla moiitagna ; E Ccsare, per suggiugare Uerda, Punse Marsilia , e poi corse in Ispagna.
*^ Ratto, ratto, chè il tempo non si perda l^er poco amor, gridavan gli altri appresso; Chè studio di ben far grazia rinverda.
^^ O gente . in cui fervore acuto adesso Uicompie forse negligenza e indugio Da voi per tepidezza in ben far messo,
^"^ (Juesti che vive (e certo io non vi bugio) Vuole andar su, purchè il Sol ne riluca ; Perô ne dite ond'è presso il perlugio.
CHANT DIX-HUITIÈMK. 239
Mais cette somnolence dissipèrent subitement des gens qui, derrière nous, se hâtaient,
Et, comme jadis Tlsinène^*^ et TAsope voyaient, de nuit, coui'ir sur leurs bords une foule ardente, quand les Thébains avaient besoin de Bacchus;
Ainsi , par ce que je vis de ceux qui venaient , dans ce cercle presse le pas celui qu'emporte un l)on vouloir et un juste amour.
Us nous eurent bientôt joints, car en courant allait toute cette grande troupe, et, devant elle, deux criaient en pleurant ;
« Marie avec hàlc courut à la montagne**, et, pour subjuguer Uerda, César investit Marseille, et courut en Espagne *2, —
« Vite, vite! que par peu d'amour point ne se perde le temps ! » criaient tous les autres qui suivaient ; « le zèle de bien faire fait reverdir la grâce. »
— Ô gens, en qui maintenant une vive ferveur compense peut-être la négligence et le retard que, par tiédeur, vous avez mis à accomplir le bien ,
Celui-ci, qui vit (et certainement je ne vous mens pas), veut aller en haut, pourvu que le soleil nous éclaire : dites- nous donc où est le plus près passage.
Î40 CANTO DECIMOTTAVO.
''^- Parole furon queste del mio Duca : Ed un di qucgli spirti disse : Yieni Diretr'a noi, che Iroverai la buca.
•^* Noi siam di voglia a moverci si pieni, Che ristar non potein; perô perdona, Se viHania nostra giustizia tieni.
*^ r fui Abate in San Zeno a Verona, Sotto lo imperio del buon Barbarossa , Di cui dolente ancor Melan ragiona.
^* E laie ha già Pun piè dentro la fossa, Che losto piangerà quel monistero , E Irislo fia d'avervi avuta possa;
^- IVrchè suo figlio, mal del corpo intero, E dolla mente peggio , e che mal nacque , Ha posto in luogo di suo pastor vero.
^^ lo non so se più disse, o s'ei si tacque, Tant'era già di \h da noi trascorso; Ma questo intesi . e ritener mi piacque.
^^ E quei , che m' era ad ogni uopo soccorso , Disse : Volgiti in qua , vedine due AlPaccidia venir dando di morso.
^•^ Diivtro a tutti dicean : Prima fue Morta la génie, a cui il mar s'aperse. Chi» vodeSvSe Giordan le rede sue.
Ainsi parla mon Guide; et l'un de ces esprits dit : i Viens derrière nous , tu trouveras l'entrée.
«De nous mouvoir si désireux nous sommes, que nous ne pouvons nous arrêter; ainsi pardonne, si te paraît rudesse l'effet de la justice en nous.
« Je fus abbé de San-Zeno de Vérone **, sous l'empire du bon Barberousse , de qui avec douleur parle encore Milan ^K
« Et tel a déjà un pied dans la fosse, que bientôt fera pleurer ce monastère, et qui s'attristera d'y avoir eu puissance ** ;
«Parce que son fils, difforme de tout le corps, et d'âme pire, et qui mal naquit, y tient la place du vrai pasteur. >
Je ne sais s'il en dit plus ou s'il se tut, tant il nous avait devancés; mais cela j'entendis, et il me plut de le retenir.
Et celui qui en tout besoin m'avait secouru , dit : — Tourne-toi par ici, et vois-en deux venir en gourmandaDt la paresse.
Derrière tous les autres ils disaient : « Moururent ceux pour qui la mer s'ouvrit, avant que le Jourdain vit ses héritiers *^ ;
lU 46
242 CANTO DECIMOTTAVQ.
*^ E quella, che l'affanno non sofferse Fino alla fine col figliuol d'Ânchise , Se stessa a vita senza gloria offerse.
^^ Poi quando fur da noi tanto divise Queir ombre, che veder più non potersi, Nuovo pensier dentro da me si mise,
*^ Del quai più altri nac^jucro e diversi : E tanto d' uno in altro vaneggiai^ Che gli occhi per vaghezza ricopersi ,
E il pensamento in sogno trasmutai.
CHANT DIX-HUITIÈME. t43
t Et ceux qui, jusqu'à la fin ne supportèrent pas la fatigue avec le fils d'Anchise, et se plongèrent euxmêmes dans une vie sans gloire. »
Puis, quand ces ombres furent si loin de nous qu'on ne les pouvait plus voir, en moi entra un nouveau penser,
Duquel divers autres naquirent, et de Tun à l'autre tant j'ondoyai, que dans le vague mes yeux se fermèrent ,
Et la pensée se transforma en songe.
CANTO DECIMONONO
^ Neir ora che non puô il calor diurno Intepidar più il freddo délia luna , Vinto da Terra o talor da Saturno ;
* Quando i geomanti lor maggior fortuna Veggiono in oriente, innanzi all'alba , Surger per via che poco le sta bnina ;
* Mi venne in sogno una femmina balba, Con gli occhi guerci , e sovra i piè dist(Mrta , Con le man monche , e di colore scialba.
* lo la mirava; e, corne il Sol conforta Le fredde membra che la notte aggrava, Cosl lo sguardo mio le facea scorta
* La lingua, e poscia tutta la drizzava In poco d'ora, e lo smarrito volto, Com'anior vuol, cosl le colora va.
Alors que la chaleur du jour, vaincue par la Terre , ou quelquefois par Saturne , ne peut plus attiédir le froid de la Lune*;
Quand les Géomanciens voient , avant Taube , leur Fortune majeure ^ surgir dans T Orient , par un chen)in qui longtemps ne reste pas obscur :
M' apparut en songe une femme bègue , aux yeux louches, courbée sur ses jambes torses, mutilée des mains , et de couleur blafarde.
Je la regardais : et comme le soleil ranime les froids membres engourdis par la nuit, ainsi mon regard délia sa langue,
Puis , en peu d'instants , la redressa tout entière , et colora, comme le veut Tarhour, son visage défait.
246 CANTO DECIMONONO.
• Poi ch'ella avea il parlar cosi disciolto, Gominciava a cantar si, che con pena Da leî avrei mio intento rivolto.
7 lo son , cantava , io son dolce sirena , Che i inarinari in mezzd al mar dismago ; Tanto son di piacere a sentir piena.
® Io volsi U lisse del suo cammin vago Al canto mio ; e quai meco s'ausa Rado sen parte , si tutto V appago.
• Ancor non era sua bocc£i richiusà ^ Quando una donna apparve santa e presta Lunghesso me per far colei confusà.
*® 0 Virgilio, Vîrgilio, chi è questa?
Fieramente dicea : ed ei veniva, Con gli occhi fitti pure in qucilla onesta.
^* L'altra prendeva, e dinanzi Tapriva
Fendendo i drappi , e ilnostravamî il ventre : Quel mi svegliô col puzzo che n'usciva.
*2 F volsi gli occhi ; e il buon Vîrgilio : Almentre Voci t' ho messe , dicea : surgi e Vîeni, Troviam la porta per la quai tu entre.
** Su mi levai , e tutti eran già pieni DelPalto di'i giron del sacro monte, E andavam col Sol nuovo aile reni.
Lorsque ainsi elle eut le parler libre , elle se mit à chanter de telle sorte, que je n'eusse pu qu'avec peine détourner d'elle mon attention*
« Je suis , chantait- elle, je suis la douce Sirène qui, au milieu de la mer, égare les mariniers; tant de m' ouïr le plaisir est grand.
tDe sa route enante j'attirai Ulysse à mon chant: qui s'accointe avec moi, rarement me quitte, si pleinement je le satisfais. »
Sa bouche ne s'était pas encore refermée , quand soudain près de moi apparut une femme sainte , pour la confusion de celle-là.
— 0 Virgile , Virgile , qui est celle-ci? vivement disais-je. Et lui venait , les yeux fixés seulement sur cette femme pudique \
Il prenait l'autre, et fendant ses vêtements, par devant il la découvrait et me montrait le ventre : la puanteur qui s'en exhalait me réveilla.
Je tournai les yeux , et le bon Virgile : — Trois fois au moins, dit-il, je t'ai répété : Lève- toi et viens. Cherchons l'ouverture par où tu puisses entrer.
Je me levai. Déjà le jour remplissait tous les cercles du sacré mont, et nous allions, les reins tournés vers le soleil nouveau.
U$ CANTO DECIMONONO.
^^ Seguendo lui , portava la mia fronte Corne colui che Y ha di pensier carca , Che fa di se un mezzo arco di ponte ;
^5 Quand* io udi' : Venite , qui si varca : Parlare in modo soave e benigno, Quai non si sente in questa mortal inarca.
^* Con l'aie aperte che parean di cigno, Volseci in su colui che si parlonne, Tra i duo pareti del duro macigno.
*^ Mosse le penne poi e ventilonne, Qui lugent affeimando esser beati, Ch' avran di consolar V anime donne.
^8 Che hai, che pure in ver la terra guati? La Guida mia incomincio a dirmi , Poco ambedue dall'Angel sormontati.
*^ Ed io : Con tanta suspizion fa irmi Novella vision ch'a se mipiega.
Si ch'io non posso dal pensar parlirmi*
2<> Vedesti, disse, quell'antica strega, Che sola sovra noi ornai si piagne ?
Vedesti corne l'uom da lei si slega?
2* Bastiti, e balti a terra le calcagne, Gli occlii rivolgi al logoro, che gira Lo rege eterno con le rote magne.
En le suivant ^, je portais le front comme qui l'a chargé de pensers , et qui fait de soi un demi -arc de pont,
Lorsque j'entendis : t Venez , ici Ton passe ! » d'un parler si doux et si affectueux , que de pareil on n'en entend point dans ce séjour mortel.
Ouvrant ses ailes, semblables à celles du cygne, celui qui ainsi nous avait parlé , nous dirigea en haut entre les parois du dur rocher.
Sur nous ensuite il agita les pennes, qui lugent déclarant heureux *, parce que leurs âmes seront consolées ^
— Qu'as-tu, qu'à terre seulement tu regardes? me dit mon Guide , ayant tous deux l'Ange un peu audessus de nous.
Et moi : — Si soucieux vais-je , à cause de la nouvelle vision, qui tant m'obsède que je ne puis cesser d'y penser.
— Tu as vu , dit-il, cette antique magicienne qui , seule désormais , au-dessus de nous se lamente ^, et tu as vu comment l'homme se dégage d'elle.
Que cela te suffise, et de tes talons frappe la terre : tourne les yeux vers le leurre que te montre le Roi éternel dans ses orbes immenses.
260 CANTO DECIMONONO.
22 Quale il falcon che prima a' piè si mira. Indi si volge al grido, e si protende , Per lo disio del pasto che là il tira ;
2* Tal mi fec'io, c tal , quanto si fende La roccia per dar via a chi va suso , N'andai infin dove il cerchiar si prende.
2* Com'io ne! quinto giro fui dischiuso, Vidi gente per esso che piangea , Giacendo a terra tutta volta in giuso.
25 Adhœsit pavimento anima mea^ Scntia dir lor con si aiti sospiri , Che la parola appena s'intendea.
2* 0 eletti di Dio, gli cui soffriri E giiistizia e speranza fan men duri, Drizzfli^te noi verso gli alti saliri.
27 Se vol venite dal giacer sicuri, E voleté trovar la via più tosto,
Le vostrc destre sien sempre di furi.
28 Cosl pregô il Poeta, e si risposto Poco dinanzi a noi ne fu ; per ch'io Nel parlare avvisai l'altro nascosto;
-^ E voisi gli occlii allora al Signor mio : Ond'elli m'assenli con lieto cenno Ciô che chicdca la vista del disio.
Tel que le faucon, qui d'abord regarde ses pieds, se tourne ensuite au cri , et s'éîance par le désir de la pâture qui devant Tuttire,
Tel devins-je, et tel, aussi loin que se fend le rocher pour donner passage à qui monte, allai-je jusqu€f-là où commence le circuit.
Lorsque, libre, je fus dans le cinquième cercle, j'y vis des gens qui , gisants à terre la face en bas , pleuraient.
AdhcBsit pavimento anima mea ^, je les entendais dire, avec des soupirs si profonds, que Ton distinguait à peine les paroles.
— 0 élus de Dieu, dont la justice et l'espérance rendent les souffrances moins dures, dirigez-nous vers les hauts degrés. —
«Si vous venez sans avoir à craindre d'être ici gisants, et voulez trouver le chemin le plus court, que votre droite soit toujours en dehors ^. »
Ainsi pria le Poète, et ainsi il lui fut répondu d'un peu au-devant de nous. Et moi, par le parler, je discernai celui qui était caché ;
Et je tournai les yeux vers mon Seigneur, qui, avec un signe de contentement, m'accorda ce que demandait le regard du désir.
252 CANTO DECIMONONO.
^^ Poi ch'io potei di me fare a mio senno, Trassimi sopra quella creatura.
Le cui parole pria notar mi femio ,
** Diccndo : Spirto, in cui pianger matura Quel, sanza il quale a Dio tornar non puossi, Sosta un poco per me tua maggior cura,
*2 Chi fosti, e perché vôlti avete i dossi Al su, mi di, e se vuoi ch'io t'impetri Cosa di là ond' io vivendo mossi.
'^ Ed egli a me : Perché i nostri diretri Rivolga il cielo a se , saprai : ma prima , Scias quod ego fui successor Pétri.
^^ Intra Siestri e Chiaveri s'adima Una fiumana bella, e del suo nome Lo titol del mio sangue fa sua cima.
*5 Un mese e poco più provaMo come
Pesa il gran manto a chi dal fango il guarda, Chc piuma sembran tutte Taltre some.
^^ La mia conversione, oimè! fu tarda : Ma, come fatlo fui Roman Pastore, Cosi scopersi la vita bugiarda.
^' Vidi cho 11 non si quetava il core , No più Stilir potiesi in quella vita : Perché di qucsta in me s'accese amore.
Quand je fus maître de disposer de moi, je m'approchai de cette créature que ses paroles m'avaient fait remarquer,
Disant : — Esprit , en qui le pleurer mûrit ce sans quoi tu ne peux retourner à Dieu*^, suspends un peu pour moi ton plus grand souci.
Qui tu fus, et pourquoi vos dos sont tournés en haut, dis-moi, si tu veux que je t'obtienne quelque chose là d'où je suis parti vivant.
Et lui à moi : t Pourquoi veut le ciel que vers lui nos dos soient tournés, tu le sauras; mais, auparavant, scias quod ego fui successor Pétri ^^.
« Entre Siestri et Chiaveri ^^ descend une belle rivière, de laquelle originairement ma race tire son nom.
t Durant un mois et un peu plus, j'éprouvai combien pèse le grand manteau à qui veut le préserver de la fange : paraîtraient une plume tous les autres fardeaux.
• Ma conversion, hélas! fut tardive; mais, quand je fus fait Pasteur romain, je connus la vie menteuse.
« Je vis que là ne s'apaisait point le cœur, et que , dans cette vie, on ne pouvait monter plus haut; ce pourquoi de celle-ci en moi s'enflamma l'amour.
254 CÂNTO DECIMONONO.
^^ Fino a quel punto misera e partita Da Dio anima fui^ del tutto avara :
Or, corne vedi, qui ne son punita.
*^ Quel ch'avarizia fa, qui si dichiara In purgazion dell' anime converse, E nulla pena il monte ha più amara.
^^ Si come Tocchio nostro non s'aderse In alto, fisso aile cose terrene, Cosl giustizia qui a terra il merse.
^* Come avarizia spense a ciascun bene Lo nostro amore, onde operar perdësi, Cosi giustizia qui stretti ne tiene
^* Ne'piedi e nelle man legati e presi; E quanto fia piacer del giusto Sire, Tanto slaremo immobili e distesi.
^* lo m'era inginocchiato, e volea dire ; Ma com'io cominciai, ed ei s'accorse.
Solo ascoltando, del mio riverire :
** Quai cagion, disse, in glù cosl ti torse? Ed io a lui : Per vostra dignitate Mia coscienza dritta mi rimorse.
*5 Drizza le gambe, e levati su, frate, Rispose ; non errar, conserve sono Teco e con gli altri ad una pot^estate.
«Jusque-là misérable et séparée de Dieu fut mon àme tout avare : maintenant, comme tu vois, j'en suis ici puni.
«Ce qu'opère Tavarice, se manifeste ici dans la position renversée des âmes qui se purifient; et le mont n'a point de peine plus amère.
« Comme nos yeux , fixés sur les choses terrestres , ne se tournèrent point en haut , ainsi la justice ici les attache à terre :
« Et comme l'avarice éteignit en nous tout amour du bien , par quoi se perd l'opérer *-^, ainsi la justice ici nous tient resserrés ,
«Liés et pris des pieds et des mains, et tant qu'il plaira au Seigneur juste, nous resterons étendus immobiles, n
Je m'étais agenouillé , et je voulais parler ; mais , comme je commençais , s' étant aperçu , par l'ouïe seulement, de mon acte respectueux,
«Pourquoi, dit-il, ainsi te courbes-tu?» Et moi à lui: — Parce que m'en presv^^e ma droite conscience , à cause de* votre dignité.
«Redresse tes jambes et lève -toi, frère, réponditil : ne te trompe point. Comme toi et comme les autres, d'une seule Puissance je suis le serviteur.
256 CANTO DECîMONONO.
^^ Se mai quel santo evangelico suono, Che dice Neque nubent , intendesti , Ben puoi veder perchMo cosî ragiono.
^^ Vattene ornai; non vo' che più t*arresti, Che la tua stanza mio pianger disagia, Col quai maturo ciô che tu dicesti.
*^ Nepote ho io di là c' ha nome Alagia, Buona da se, purchè la nostra casa Non faccia lei per esemplo malvagia ;
E questa sola m' è di là rimasa.
CHANT DIX-NEUVIÈME. t67
«Si cette parole évangélique neque nubent^^ tu entendis jamais, bien peux-tu voir pourquoi ainsi je parle.
«Va maintenant, je ne veux pas que tu t'arrêtes davantage ; car ta présence gène le pleurer avec lequel je mûris ce que lu as dit.
«J'ai là*^ une nièce nommée Alagia, bonne de soi, pourvu que, par l'exemple, notre maison ne la rende pas mauvaise :
« Elle seule m'est restée là. •
CANTO VENTESIMO
Contra miglior voler, voler mal pugna ; Onde contra il placer mio , per piacerli , Trassi deir acqua non sazia la spugna.
Mossimi , e il Duca mio si mosse per 11 Luoghi spediti pur lungo la roccia.
Corne si va per muro stretto a' merli ;
* Chè la gente che fonde a goccia a goccia Per gli occhi il mal che tutto il monde occupa, Dall'altra parte in fuor troppo s*approccia.
Maledetta sie tu, antica lupa,
Che piii che tutte l'altre bestie bai preda ,
Per la tua famé senza fine cupa!
0 ciel , nel cui girar par che si creda Le condizion di quaggiù trasmutarsi, Quando verra per cui questa discedaî
Contre un plus fort vouloir, mal combat un autre vouloir; ainsi, contre ce qui me plaisait, pour lui plaire , je retirai de l'eau Téponge non rassasiée ^.
Je m'avançai , et mon Guide s'avança par l'espace libre ^, le long de la rampe, comme on va par un étroit mur crénelé,
La gent qui, par les yeux, goutte à goutte, verse le mal dont tout le monde est plein ', s' approchant trop en dehors K
Maudite sois-tu, antique louve, qui, plus que toutes les autres bêtes, abondes de proie pour ta faim sans fond !
O ciel , dont on parait croire que les mouvements changent la condition des choses d'ici-bas, quand viendra celui * par lequel s'en ira celle-ci?
«60 CANTO VENTESIMO.
* Noi andavarn co' passi lenti e scarsi , Ed io atlenlo air ombre chTsentia Pietosamente pianger e lagnarsi :
7 E per Ventura udi' : Dolce Maria : Dinanzi a noi chiamar cosi nel pianto , Corne fa donna che in partorir sia ;
® E seguitar : povera fosti tanto,
Quanlo veder si puô per quell'ospizio, Ove sponesli il tuo portato santo.
• Seguentemenle intesi : O buon Fabrizio, Con povcrtà volesti anzi virtute,
Che gran ricchezza posséder con vizio.
^^ Queste parole m' eran si piaciute , Ch'i' mi Irassi oltre per aver contezza Di quello spirto, onde parean venute,
^^ Esso parlava ancor délia larghezza Che fece Niccolao aile pulcelle, Per condurre ad onor lor giovinezza,
** 0 anima, che tanto ben favelle, Dimrai chi fosti, dissi, e perché sola Tu queste degne Iode rinnovelle?
^* Non fia senza morcè la tua parola , S'i' ritorno a compièr lo cammin corto Di quella vita cirai termine vola.
CHANT VINGTIÈME m
Nous allions à pas lents et rares, et fêtais attentif aux ombres que j'entendais pitoyablement pleurer et se plaindre.
Lorsque, de fortune, j*ouïs douce Marie devant nous appeler au milieu de ces pleurs, comme la femme en travail d'enfant.
Et ajouter : t Aussi pauvre tu fus qu'on le peut voir par le réduit où tu déposas ton fruit saint »
J'entendis ensuite : «O bon Fabricius, ta aimas mieux la pauvreté avec la vertu, que de grandes richesses avec le vice. »
Tant me plurent ces paroles, que je m'avançai pour connaître l'esprit de qui elles paraissaient ve-
nir.
11 parlait aussi de la largesse que fit Nicolas aux jeunes vierges, pour conserver pur leur honneur®.
— O âme qui si bien discours, dis-moi qui tu fus, dis-je, et pourquoi seule tu renouvelles ces dignes louanges.
Tes paroles ne seront point sans récompense , si je reviens accomplir le court chemin de cette vie qui vole vers son terme.
U% CANTO VBNTESIBfO.
*^ Ed egli : l' ti dirô , non per conforto ChMo attenda di là , ma perché tanta Grazia in te luce prinia che sie morto.
** r fui radice délia mala planta, Che la terra cristiana tutta aduggia SI , che buon frutto rado se ne schianta.
^® Ma se Doagio, Guanto, Lilla e Bniggia Potesser, tosto ne saria vendetta ; Ed io la cheggio a lui che tutto giuggia.
*^ Chiamato fui di là Ugo Ciapetta :
Di me son nati i Filippi e i Luigi, Per cui novellamente è Francia retta.
^* Figlîuol fui d'un beccaîo di Parigi. Quando li régi antichi venner meno Tutti, fuor ch'un rendu to in panni bigi,
*• Trova'mi stretto nelle mani il freno Del governo del regno, e tanta possa Di nuovo acquisto, e si d'amici pieno,
*^ Ch'alla corona vedova promossa La testa di mio figlio fu , dal quale Cominciar di costor le sacrate ossa.
2* Mentre che la gran dote^Provenzale Al sangue mio non toise la vergogna , Poco valea , ma pur non facea maie.
CHANT VINGTIËMB. 163
Et lui : t Je te parlerai , non pour confort que j'attende de là , mais à cause de la grâce singulière qui reluit en toi avant que tu sois mort.
« Je fus la racine de la mauvaise plante^ qui tellement de son ombre couvre la terre chrétienne , que rarement il s'y cueille un bon fruit.
• Si Douai, Gand, Lille et Bruges pouvaient, prompte en serait la vengeance , et je la demande à celui qui juge tout.
« Je fus appelé là Hugues Capet : de moi sont nés les Philippe et les Louis, par qui nouvellenœnt est régie la France.
«Je fus fils d'im boucher de Paris. Lorsque les anciens Bois vinrent à manquer tous, hors un qui avait endossé la robe grise ^,
« Je me trouvai ayant en main le frein du gouvernement du royaume , et si puissant par de nouveaux acquêts, et entouré de tant d'amis,
« Qu'à la couronne veuve fut promue la tête de mon fils, par qui de ceux-là commença la race exécrable.
« Jusqu'à ce que la grande dot de Provence ^ eût à mon sang ôté toute pudeur, peu il valait , mais du moins il ne faisait pas de mal.
t64 CANTO VENTESIMO.
?2 Ll cominc!6 con forza e con menzogna La sua rapina ; e poscia , per ammenda , Pontl et Normandia prese, e Guascogna.
2^ Carlo venne in Italia , e per ammenda , Vittima fe di Curradino ; e poi Ripinse al ciel Tommaso, per ammenda.
^^ Tempo vegg'io non molto dopo ancoi Che tragge un altro Carlo fuor di Francia, Per far conoscer meglio e se e i suoi.
** Senz'arroe n'esce, e solo con la lancia Con la quai giostrô Giuda ; e quella ponta Si , ch'a Fiorenza fa scoppiar la pancia.
*® Quindi non terra , ma peccato ed onta Guadagnerà , per se tanto più grave, Quanto più lieve simil danno conta.
*7 L' altro , che già usci preso dî nave , Veggio vender sua figlia, e patteggiame, Conie fan 11 corsar deiraltre schiave.
*^ O avarizia, che puoi tu più famé, Poi c' hai il sangue mio a te si tratto , Che non si cura délia propria came?
2® Perché men paia il mal futuro e il fatto , Veggio in Alagna entrar lo fiordaliso, E nel Vicario suc Cristo esser catto.
« Alors, par la force et le mensonge, commencèrent leurs rapines : ensuite, pour amende*^, ils prirent le Ponthois , la Normandie et la Gascogne.
«Charles vint en Italie, et, pour amende, fit de Conradin une victime**, et au ciel renvoya Thomas ^^^ pour amende.
«Peu après, je vois un temps où de France est attiré un nouveau Charles *^, pour que mieux soient connus et lui et les siens.
« Il en sort sans armée , seul avec la lance ** avec laquelle jouta Judas , et si bien que de Florence elle ouvre le flanc.
« Par là point de terre il ne gagnera , mais péché et honte, pour lui d'autant plus pesants, que plus léger lui semblera un pareil dommage.
« L'autre qui sortit ensuite ^^^ je le vois, pris sur un navire, vendre sa fille, et en trafiquer comme les corsaires des autres esclaves.
« O avarice , quoi de plus peux-tu faire des miens , après qu'à toi tellement tu les as attirés , que point ils n'ont souci de leur propre chair?
« Pour que moindre paraisse le mal futur et le mal fait, je vois dans Alagna ** entrer le lis, et dans son vicaire le Christ captif.
i66 CANTO VENTESIMO.
^ Veggiolo un' altra volta esser deriso ; Veggio rinnovellar Taceto e il fêle, E Ira nuovi ladroni essere anciso.
^ Veggîo il nuovo Pilato si crudele, Che ciô nol sazia , ma , senza décrète , Porta nel tempio le cupide vêle.
** O Signor mio , quando sarô io lieto A veder la vendetta , che nascosa Fa dolce Tira tua nel tuo segreto !
** Ciô ch'i' dicea di quelPunica sposa Dello Spirito Santo, e che ti fece Verso me volgcr per alcuna chiosa ,
*^ Tant'è disposto a tutte nostre prece , Quanto il di' dura ; ma , quando s*annotta • Contrario suon prendemo in quella vece,
*5 Noi ripetiam Pigmalion alloUa, Cui traditorc e ladro c patricida Fece la voglia sua delForo ghiotta;
*® E la miseria deU'avaro Mida,
Che segui alla sua dimanda ingorda , Per la quai sempre convien che si rida.
^'^ Del folle Acam ciascun poi si ricorda , Corne furô le spoglie , si che V ira Di Josu^ qui par che ancor Io morda.
« Je le vois moqué une autre fois : je le vois derechef abreuvé de vinaigre et de fiel , et mis à mort ^^ entre deux voleurs vivants.
«Je vois le nouveau Pitete, si cruel que, non assouvi encore, il porte, sans rescrit, ses voiles avides dans le temple ^^.
« O mon Seigneur, quand joyeux verrai -je la vengeance cachée dont jouit en secret ta colère I
« Ce que je disais de cette unique épouse de T Esprit saint *^, sur quoi pour t' enquérir tu t'es tourné vers moi 9
« Nous le redisons dans nos prières, pendant que le jour dure; mais, quand vient la nuit, nos voix prennent un ton contraire ^^.
« Alors nous parlons de Pygmalion^*, que traître et voleur et parricide fit l'insatiable désir de For ;
«Et de la misère de Tavare Midas^^, suite de Tavide demande qui doit le rendre à jamais un objet de risée.
« Puis chacun se rappelle l'insensé Achan 2*, comment il déroba le butin , et il semble qu'ici le châtie encore la colère de Josué.
268 CANTO VBNTESIMO.
*® Indi accusiam col marito Safira :
Lodiamo i calci ch'ebbe Eliodoro; Ed in infamia tutlo il monte gira-
*^ Polinestor che ancise Polîdoro.
Ultimamente ci si grida : Crasso, Dicci, chè'l sai, di che sapore è roro,
^^ Talor parliam V un alto , e Y altro basso , Secondo Taffezion ch'a dir ci sprona, Ora a maggiorc, cd ora a niinor passo,
^* Pero al ben che il di' ci si ragiona , Dianzi non er'io sol ; ma qui da presso Non alzava la voce altra persona.
^2 Noi eravam partit! già da esso , E brigavam di soverchiar la strada Tanto , quanto al podcr n' era permesso ;
^* Quand' io senti', corne cosa che cada, Tremar lo monte : onde mi prese un gielo. Quai prender suol colui ch'a morte vada.
^^ Certo non si scotea si forte Delo Pria che Latona in lei facesse il nido A parturir li due occhi del cielo.
^•^ Poi cominci6 da tutte parti un grido Tal, che '1 Maestro in ver di me si feo , Diccndo : Non dubbiar, mentr'io ti guido.
CHANT VINGTIÈMB. t«9
« Ensuite nous accusons Saphira avec son mari ^a ; aux ruades que reçut Héliodore^^ nous applaudissons, et tout le mont roule dans l'infamie
« Polymncstor 26 qui tua Polydore. Enfin, ici Ton crie : 0 Crassus, dis- nous, puisque tu le sais, quel goût a Tor?
«L'un parle haut, et l'autre bas, selon le sentiment qui nous excite à parler avec plus ou moins de véhé mence. »
Cependant à écouter le bien que de jour on rappelle, je n'étais pas seul ; mais là auprès était une autre personne qui n'élevait pas la voix.
Nous avions quitté cet esprit, et nous tâchions de gagner du chemin autant que nos forces nous le permettaient ,
Lorsque je sentis trembler le mont comme une chose qui tombe : d*où je fus pris d'un frisson semblable à celui qui saisit l'homme qu'on mène à la mort.
Si fortement ne trembla pas Délos^^, avant que Latone y eût fait le nid où elle enfanta les deux yeux du ciel.
Puis retentit de toutes parts un cri tel , que le Maître se tourna vers moi , disant : — Ne crains rien , pendant que je te guide.
t70 CANTO VENTESIMO.
^ Gloria in excclsis^ tutti, Deo^
Dicean, per quel ch'io da vicin compresi , Onde intender lo grido si poteo.
^^ Noi ci restammo iramobili e sospesi, Corne i pastor che prima udir quel canto , Fin che '1 tremar cessô , ed ei compièsi.
^ Poi ripigliammo nostro cammin santo , Guardando T ombre che giacean per terra. Tomate già in su T usato pianto.
*® Nulla ignoranza mai con tanta guerra Mi fe desideroso di sapere, Se la memoria mia in ciô non erra ,
5^ Quanta parémi allor pensando avère : Ne per la fretta dimandare er'oso.
Ne per me 11 potea cosa vedere.
Cosi m' andava timido e pensoso.
CHANT VINGTIÈME. t74
€ Gloria in excelsis Deo! 9 tous disaient, selon que je le compris , lorsque de plus près je pus entendre le cri.
Nous demeurâmes immobiles et en suspens , comme les pasteurs qui les premiers ouïrent ce chant 2», jusqu'à ce que, le tremblement ayant cessé, le chant aussi cessa.
Puis nous reprîmes notre route sainte, regardant les ombres qui gisaient à terre , et qui déjà étaient retournées aux pleurs accoutumés.
Contre aucune ignorance qui me rendît désireux de savoir, je n'eus jamais si grand combat , si ma mémoire en cela n'erre pas ,
Que n'était celui qu'en ma pensée il me semblait alors avoir ; et, à cause de la hâte^ je n'osais demander, et là par moi-même je ne pouvais rien voir :
Ainsi je m'en allais timide et pensif.
CANTO VENTESJMOPRIMO
^ La sete natural , che mai non sazia , Se non con i'acqua onde la femminetta Samaritana dimando la grazia,
* Mi travagliava , e pungémi la fretta Ter la iînpacciata via rétro al mio Duca , E condolièmi alla giusta vendetta.
* Ed ecco , si corne ne scrive Luca »
Che Cristo apparve a' duo ch'erano in via , Già surto fuor délia sepucral buca ,
^ Ci apparve un' ombra , e dietro a noi venia Dappiè guardando la turba che giace ; Ne ci addemmo di Ici, si parlô pria ,
* Diccndo : Frati mici, Dio vi dea pace Noi ci volgcmmo subito , e Virgilio Rende lui '1 cenno ch'a ciô si conface.
La soif naturelle ^ qu'apaise seule Teau qu*en grftce demanda la pauvre femme samaritaine \
Me tourmentait, et par la route embarrassée me hâtant à la suite de mon Guide, je me condoulais de la justevengeance ;
Quand voilà que, comme en Luc il est écrit que le Christ, sorti du sépulcre, apparut à deux de ses disciples* en voyage,
Nous apparut une ombre : derrière nous elle venait, regardant la troupe gisante à ses pieds. Nous ne Tavions point aperçue, de sorte que la première elle parla ,
Disant : t Mes frères, que Dieu vous donne ta paix. • Soudain nous nous retournâmes, et Virgile hii rendit le salut qui convenait au sien,
i74 CANTO VBNTBSmOPRIllO.
• Poi cominciô : Nel beato concilio Ti ponga in pace la verace corte , Che me rilega nelFeterno esilio.
^ Corne! diss'egli (e parte andavam forte) » Se vqi siete ombre che Dio 6u non degni , Chi v' ha per la sua scala tanto scorte?
® E il Dottor mio : Se tu rignardi i segni Che quesli porta e che TÂngel proffila , Ben vedrai che co' buon convien ch' e' regm.
^ Ma po' colei che di' e notte fila»
Non gli avea traita ancora la conocchia, Che Cloto impone a ciascuno e compila ;
^0 L' anima sua » ch' è tua e mia sirocchia » Yenendo su , non potea venir sola; Perô ch'al nostro modo non adocchia :
^^ Ond'io fui tratto fuor delFampia gola D'infemo per mostrarli, e mostrerolli Oltre 9 quanto U potrà menar mia scuola.
^^ Ma dinne» se tu sai» perché tai croUi Diè dianzi il monte » e perché tutti ad una Parver gridare inûno a' suoi piè molli?
^^ SI mi diè dimandando per la cruna Del mio disio , che pur con la speranza Si fece la mia sete men digiuna.
CHANT VINGT-UNIËIIB. 176
Puis il commença : — Que dans rassemblée bienheureuse t'introduise en pabc le juste Juge qui me relègue dans un éternel exiU
fSi vous êtes^ dit-elle en continuant d* aller, des ombres que Dieu ne daigne pas admettre là -haut, qui vous a ainsi conduits par cet escalier ? >
Et mon Maître : — Si tu regardes les signes que porte celui-ci, et que l'Ange a tracés, bien verras- tu qu'avec les bons il doit régner.
Mais, parce que celle qui jour et nuit file, n'avait pas encore épuisé la quenouille que Clotho dispose et mesure pour chacun ,
Son âme, sœur de la tienne et de la mienne, venant là-haut n'y pouvait venir seule, ne voyant pa3 comme nous voyons :
Ce pourquoi je fus tiré de la large gueule de l'Enfer pour le guider, et je le guiderai aussi loin que le pourra mon savoir.
Mais dis-nous , si tu le sais , pourquoi de telles secousses ont ébranlé le mont, et pourquoi tous ensemble ont paru jeter le même cri, jusqu'à son humide pied.
Ainsi demandant, il touoha tellement le but de mon désir, que par l'espérance un peu apaisée fut ma soif.
Î7« CANTO VBNTESIMOPRIMO.
** Quei comincîô : Cosa non è che sanza Ordine senta la religione Délia montagna , o che sia fuor d'usanza.
** Libero è qui da ogni alterazione :
Dî quel che M cielo in se da se riceve Esserci puote , e non d*altra cagione :
*• Perché non pioggia, non grando, non nevc. Non rugiada, non brina piti su cade, Che la scaletta de' tre gradi brève. '
*^ Nuvole spesse non paion, ne rade , Ne corruscar, ne figlia di Taumante ♦ Che di là cangia sovente contrade.
*^ Secco vapor non surge più avante Ch'al sommo de' tre gradi ch'io parlai , Ov' ha M vicario di Pietro le piante.
*• Tréma forse più giù poco od assai ; Ma , per vento che in terra si nasconda , Non so corne , quassù non tremô mai :
*^ Tremaci quando alcuna anima monda Si sente si , che surga, o che si muova Per salir su , e tal grido seconda.
^* Délia mondizia M sol voler fa pruova, Che, tutto libero a mutar convento, L'aima sorprende, e di voler le giova.
CHANT VINGT-UNIÈME. tll
Celui-là commença : • Point n'est-ce une chose qui trouble Tordre de la pieuse montagne , oif qui soit inaccoutumée.
« Elle est exempte de toute altération : de ce qu'en soi le ciel reçoit.d' elle* cela peut venir, et non d'autre chose:
tCar ni pluie, ni grêle, ni neige, nî rosée, ni bruine, ne tombe au-dessus du court escalier des trois degrés*,
«Ne s'y voient aucuns nuages, épais ou légers, ni éclairs , ni la fille de Thaumas *, qui là souvent change de contrées.
« Nulle sèche vapeur ne monte plus haut que le sommet des trois degrés dont je parlais, oii le vicaire de Pierre a ses pieds.
• Peut-être plus bas tremble -t-elle un peu , ou beaucoup ; mais, par un vent qui dans la terre se cache, je ne sais comme, îcî-hant le mont ne tremble jamais.
« Il tremble , lorsqu'une âme se sent pure , de sorte qu'elle monte, ou se meuve pour monter, et ce cri la seconde.
« De la pureté le seul vouloir fait preuve , Tâme tout à coup se sentant libre de changer de demeure , et de le vouloir elle se réjouit.
Î78 CANTO VBNTBSIMOPBmO.
** Prima vùol ben ; ma non lascia il talento , Gie divina giustizia contra voglia.
Corne fu al peccar, pone al tormento.
» Ed M) che son giaciuto a questa doglîa Cinquecento anni è più, pur nâo sentîî Libéra volontà di miglior soglia.
*^ Per6 sentisti il tremoto, e B pii Spiriti per lo Hionte render Iode A quel Signor, che tosto su gUinvii.
2' Cosl gli disse ; e perô che si gode Tanto del ber quant' è grande la sete , Non saprei dir quant' ei mi fece prode.
*• E il savio Duca : Omai veggio la rete Che qui vi piglia, e corne si scalappia. Perché ci tréma, e di che congaudete.
^ Ora chi fosti piacciati ch' io sappia , E, perché tanti secoli giaciuto Qui ae\ nelle parole tue nii cappia.
*® Nel tempo che il buon Tito con Taiuto Del sommo rege vendicô le fora, Ond'uscl M sangue per Giuda venduto, •
*• Col nome che più durai e più onora Ejr'io di là, rispose quello^spirto, Famoso assai, ma i^on con fede ancora.
CHANT VINGT-DNIÈMB. Ï79
t Auparavant bien le voudrait; mais ne le permet pas le désir par lequel veut la divine Justice qu'elle se porte vers le châtiment, comme au péché elle se porta.
«Et moi qui, cinq cents ans et plus, ai été gisant sous cette, peine , tout à l'heure seulement j'ai senti le désir d'un séjour meilleur.
fPour cela tu as senti le tremblennlénl, et entendu les pieux esprits par tout le mont rendre gloire à ce Seigneur, afin qu'il hâte le\ir passage là-haut 1 1
Ainsi lui dît-il : et comme on se réjouît d'autant plus de boire, que plus grande est la soif, je ne saurais dire combien il satisfit la mienne.
Et le sage Guide : — Maintenant je vois le filet où ici vous êtes pris, et comme on s'en dégage , pourquoi le tremblement, et de quoi vous vous conjouissez.
Qu'il te plaise maintenant que je sache qui tu fus ; pourquoi tant de siècles tu as été ici gisant, je l'ai con^j^ris par tes paroles.
« Au temps où le bon Titus, avec Taide dtf souverain Roi, vengea 7 les blessures d'où sortit le sang vendu par Judas ;
« Revêtu du nom le plus durable et le plus honoré^, j'étais là célèbre , mais n'ayant pas encore la foù
tsa CANTO VËNTESIliOPRIUO.
*^ Tanto fu dolce mio vocale spirto, Che, TolosanOy a se mi trasse Romat Dove mertai le temple ornar di mirto.
^^ Stazio la gente ancor di là mi noma ; Gantai di Tebe, e poi del grande Achille, Ma caddi in via con la seconda soma.
** Al mio ardor fur semé le faville, Che mi scaldar, delta divina fiammat Onde sono allumati più di mille ;
^^ DeirEneida dico, la quai manmia Fummi, e fummi nutrice poetando :
Senz'essa non fermai peso di dramma. **
** E, per esser vivuto di là quando Visse Virgilio, assentirei un sole Più ch' i' non deggio al mio uscir di baiido.
** Volser Virgilio a me queste parole Con viso che lacendo dicea : Taci :
Ma non puô tutto la virtù che vuole ;
^^ Chè riso e pianto son tanto seguaci Alla passion da che ciascun si spicca , Che men seguon voler ne' più veraci.
*^ lo pur sorrisi, corne l'uom che ammicca; Perché l'ombra si tacque, e riguardommi Negli occhi, ove '1 semblante più si ficca.
« Tant fut doux le souffle de ma voix, que de Toulouse à soi m'attira Rome , où je méritai que de myrte mes tempes fussent ornées.
«Là encore on me nomme Stace : Je chantai de Thèbes , puis du grand Achille ; mais sous la seconde charge en chemin je tombai *.
« De mon ardeur furent la semence les étincelles de la divine flamme qui m'embrasa , et à laquelle se sont allumés plus de mille,
«Je parle de T Enéide, qui me fut line mamelle et une nourrice de poésie : sans elle je n'eusse pesé une dragme.
« Et pour avoir vécu là quand vivait Virgile , je consentirais que, d'un soleil*^ plus que je ne dois, fût retardée la fin de mon bannissement. »
Virgile, à ces paroles, vers moi se tourna, d'un visage qui, en se taisant, me disait : « Tais-toi. » Mais ne peut la vertu tout ce qu'elle veut.
Le rire et les pleurs suivent tellement la passion qui les excite , qu'ijs n'obéissent point au vouloir, et moins encore chez les plus vrais.
Je souris donc, conmie celui qui fait signe : sur quoi l'ombre se tut, et me regarda aux yeux, où plus se retrace l'image véritable ^^.
%%% CANTO VBNTBSIMOPRIMO.
^ E, se tanto lavoro in bene assommi , Disse, perché la faccia tua testeso Un lampeggiar di riso dimostrommi?
** Or son io d' una parte e d' altra preso : L'una mi fa tacer, T altra scongiura Ch^i" dica; ond'io sospiro* e sono inteso.
^ Dl, il mio Maestro, e non aver paura. Mi disse, di parlar ; ma parla, e digli Quel ch'e' dimanda con cotanta cura.
*^ OndMo : Forse che tu ti raaravigli, Antico spirto, del rider ch'io fei; Ma piii d'ammirazion vo' che ti pigli.
^ Questi, che guida in alto gli occhi miei, È quel Yirgilio, dal quai tu togliesti Forza a cantar degli uommi e de* Dei.
^* Se cagione altra al mio rider credesti , Lascîala par non vera ; ed esser credi Quelle parole che di lui dicesti.
^* Già si chinava ad abbracciar li piedi Al mio dottor; ma e' gli disse : Frate, Non far, chë tu se* ombra, e ombra vedi.
^ Ed ei surgendo : Or puoi la quantitate Comprender dell'amor ch*a te mi scalda , Quando dismento nostra vanitate ,
Trattando T ombre come cosa salda.
CHANT VINGT-UNIEMB. «83
• Que d'un si grand travail tii recueilles le fruit ^^ ! dit-il. Pourquoi ton visage m'a-t-il tout à l'heure montré un éclair de rire ? »
— Je me trouve ainsi pris d'une et d'autre part : de l'une on me conmiande de me taire, de l'autre on me conjure de parler ; d'où un soupir qui me fait comprendre.
— Parle , dit mon Maître , et ne crains pas de parler ; mais parle, et dis-lui ce qu'il demande avec tant de souci.
Moi donc : — Peut-être , antique esprit , t'étonnestu du sourire qui m'est échappé ; mais je veux que tu t'étonnes plus encore :
Celui-ci, qui en haut guide mes yeux , est ce Virgile, à qui tu dois d'avoir chanté avec éclat les honmies et les Dieux.
Si tu as cru que mon sourire eût une autre cause , tiens-la pour fausse, et attribue-le à ce que tu as dit de lui.
Déjà il s'inclinait pour baiser les pieds de mon Maître; mais celui-ci lui dit : —Non, frère I ombre tu es, et tu vois une ombre.
Et lui se relevant : t Tu peux juger de l'ardeur de mon amour pour toi , lorsque , oubliant que nous ne sonmies que des formes vaines ,
c Je traite les ombres comme des corps réels, i
CANTO VENTESIMOSECONDO
Già era T Angel dietro a noi rimaso , L' Angel che n' avea volti al sesto gîro , Avendomi dal viso un colpo raso :
E quei c*hanno a giustizia lor disiro Delto n'avea Beati, e le sue voci Con sitiunt, senz'altro, ciô forniro,
* Ed io , più lieve che per Y altre foci , M'andava si, che senza alcun labore Seguiva in su gli spiriti veloci :
* Quando Virgilio cominciô : Amore , Acceso di virtù , sempre altro accese Pur che la fiamma sua paresse fuorû-
* Onde, d'allora che tra noi discese Nel limbo doirinferno Giuvenale, Che la tua affezion mi fe palese,
Déjà derrière nous l'Ange était resté, l'Ange qui nous avait acheminés vers le sixième cercle, après avoir effacé de mon front une empreinte ;
Et ceux qui à désir ont la justice , il nous avait dit beati , et le re$te des paroles avec silio , sans ajouter rien autre chose^.
Et moi, plus léger qu'aux autres entrées*, si facilement j'allais, que, sans aucun travail, je suivais en haut les rapides esprits ;
Quand Virgile commença : — Un amour qu'enflamme la vertu, enflamme toujours un autre amour, pourvu qu'au dehors la flamme paraisse.
Ainsi, du moment où parmi nous dans les limbes de l'Enfer descendit Ju vénal , qui me révéla ton affection, : . . . - .
986 CANTO VENTESIMOSECONDO.
« Mia benvoglienza inverso te fu quale Più strinse mai di non vista persona, SI ch' or mi parran corte queste scale.
7 Ma dimmi , e come amico mi perdona Se troppa sicurtà m'allarga il freno, E come amico omai meco ragiona :
8 Come poteo trovar dentro al tuo seno Luogo avarizia, tra cotanto senno, Di quanto për tua cura fosti pieno?
• Queste parole Stazio mover fenno Un poco a riso pria ; poscia rispose : Ogni tuo dir d' amor m' è caro cenno.
^^ Veramente più volte appaion cose, Che danno a dubitar falsa matera, Par le vere cagion che son nascose.
^^ La tua dimanda tuo creder m'awera Esser, ch'io fossi avaro in Taltra vita, Forse per quella cerchia dovMo era :
** Or sappi ch' avarizia fu partita Troppo da me, e questa dismisora Migliaia di lunari hanno punita.
** E, se non fosse chMo drizzai mia cura. Quand' io intesi là dove tu chiame, Grucciato quasi all'umana natura :
CHANT TIK^T-DEUXIfiMB. W7
La mienne fut la plus vive qu'on puisse ressentir pour une personne qu'on ne vit jamais ; de sorte que courts maintenant me paraltrcmt ces escaliers.
Mais dis-moi, et, comme ami; pardonne si par excès de confiance trop je lâche le frein, et conmieami désormais discours avec moi.
Comment put Tavarice trouver place en ton sein , soigneusement rempli, comme ta Tétais, de toute sagesse?
Ces paroles provoquèrent d'abord en Stace un léger rire, puis il répondit : • Chacun de tes dires m'est une chère marque d'amour.
« Véritablement, quelquefois apparaissent des choses qui donnent un faux sujet d'étonnement, parce que les causes en sont cachées.
c Ta demande me montre que tu crois, peut-être à cause du cercle où j'étais, que je fus avare en l'autre vie.
• Or, sache que trop fus-je éloigné de l'avarice , et cet excès ont puni des milliers de lunaisons.
c Et n'était que je redressai mon penchant lorsque j'entendis comme, en ton courroux, tu gourmandes la nature humaine :
t88 GANTO VBNTBSIMOSBGONDO.
4^ Perché non reggi tu, o sacra famé Çeiroro, Tappetito de' mortali?
Yoitando sentirei le giostre grame.
^^ Allor m' accorsi che troppo aprir V alî Potean le naani a spendere, e pentèmi Cosi di quel corne degli altri mali.
*® Quanti risurgeran co* crini scemi, Per rignoranza, che di questa pecca Toglie il pentir vivendo, e negli estremi!
^7 E sappi che la colpa, che rimbecca Per dritta opposizione alcun peccato , Con esso insieme qui suo verde secca.
^^ Perô s'ib son tra quella gente stato Che piange V avarizia , per purgarmi , Per lo contrario suo m'è incontrato.
^® Or, qdando tu cantasti le crude armi Della doppia tristizia di Giocasta, Disse '1 Cantor de bucolici carini,
^ Per quel che Clio U coh teco tasta , Non par che ti facesse ancor fedele La fe\ senza la quai ben far non basta.
^^ Se cosi è , quai sole o quai candele Ti stenebraron si, che tu drizzasti Poscia diretro al Pescator le vêle?
« A quoi ne conduis-iu point, exécrable faim de Vor, la convoitise des mortels^*! roulant mon fardeau, je sentirais les joutes douloureuses *.
t Alors je m'aperçus que trop pouvaient s'ouvrir les mains pour dépenser, et je me repentis de ce mal comme des autres.
« Combien ressusciteront la tête rase *, à cause de l'ignorance qui de ce péché empêche de se repentir vivant, et jusqu'au dernier terme !
« Et sache que la coulpe directement opposée à une autre , sèche avec elle ici sa verdeur®.
tSi donc, pour me purifier, j'ai été parmi ceux qui pleurent l'avarice, par son contraire ce m'est advenu ^. »
— Quand tu chantas les armes cruelles, cause de la double tristesse de Jocaste ®, dit le chantre des Bucoliques,
Par ces chants qu'accompagne Clio , il ne parait pas que fidèle t'eût fait encore la foi , sans laquelle point ne suffit de bien faire.
S'il est ainsi, quel soleil ou quels flambeaux dissipèrent tellement tes ténèbres, qu'après tu dirigeas tes voiles à la suite du pêcheur^?