‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 3)Chapitre 1 sur 86 · IL PURGATORIO · texte numérisé non relu

IL PURGATORIO

^ Per correr miglior acqua alza le vêle Ornai la navicella del mio ingegno, Che lascia dietro a se mar si crudele :

2 E canterô di quel seconde regno, Ove Tumano spirito si purga, E di salire al ciel diventa degiio.

^ Ma qui la morta poesia risurga, 0 santé Muse, poichè vostro sono, E qui Calliopea alquanto surga,

^ Seguitando il mio canto con quel suono , Di cui le Piche misère sentiro Lo colpo tal, che disperar perdono.

^ Dolce color d' oriental zaffiro , Che s'accoglieva nel sereno aspetto Dell'aer puro infin al primo giro,

LE PURGÂTOmE

Pour voguer sur une onde meilleiwe , maintenant la nacelle de mon ei^it déploie ses Toiles , laissant derrière une mer si cruelle ;

Et je chanterai de ce second royaume où Târae humaine se purifie, et de monter au ciel devient digne.

Mais qu'ici r^aisse la poésie morte ^y ô Muses saintes! puisque je suis à vous,> et qu'ici un peu se lève Calliope,

Accompagnant mon chant de ces sons qui tellement frappèrent les filles de Piéritts^, qu'elles désesfïérèrent du pardon.

Une douce teinte de saphir oriental qui , jusqu'au premier cercle*, nuançait Taspect serein de l'air pur,

^ Agliocchimieiricominciôdiletto, Tosto ch'io user fuor dell'aura morta Che m'avea contristato gli occhi e i\ petto.

7 Lo bel pîaneta che ad amar conforta, Faceva tutto rider Y oriente , Velando i pesci ch'erano in sua scorta.

® lo mi volsi a raan destra, e posi mente Air altro polo , e vidi quattro stelle Non viste mai fuor ch'alla prima gente.

^ Goder pareva il ciel di lor fiammelle. 0 settentrional vedovo sito, Poichè privato se' di mirar quelle 1

^^ Com'io dal loro sguardo fui partito, Un poco me volgendo air altro polo, Là onde il Carro già era sparito ;

^^ Vidi presso di me un veglio solo, Degno di tanta reverenza in vista, Che pîù non dee a padre alcun figliuolo.

^2 Lunga la barba e di pel bianco mista Portava, a'suoi capegli simigliante, De' quai cadeva al petto doppia lista.

^* Li raggi délie quattro luci santé Fregiavan si la sua faccia di lume, Ch'io '1 vedea come M Sol fosse davante.

Rendit à mes yeux le plaisir, dès que je fus hors de la morte atmosphère , qui m'avait contristé la vue et le cœur,

La belle planète^ qui invite à aimer, voilait les Poissons qui la suivaient^, et, par elle animé, tout rOrient souriait.

Je tournai à main droite, et je pensai à Fautre pôle, et je vis quatre étoiles® que nul ne vit jamais , hors la race première.

Le ciel semblait se réjouir de leur flamme. O Septentrion vraiment veuf, privé que tu es de les contempler î

Lorsque j'eus cessé de les regarder, me tournant un peu vers l'autre pôle ^, où déjà le chariot avait disparu.

Je vis près de moi un vieillard seul®, digne, à le voir, de tant de révérence , que plus à son père n'en doit aucun fils.

Il avait une longue barbe, mêlée de paite blancs, comme les cheveux , desquels sur la poitrine tombait une double tresse.

Les rayons des quatre saintes étoiles ornaient tellement sa face de lumière , que je la voyais comme si le soleil eût été devant.

i4 Chi siete voî, che coutra 'I cîeco fiumq Fqggito fiiVfitQ la prigipw eteTOft?

Diss'ei, movendo queU'oneste piumiç ;

^^ Çhi v' h^ guidf^ti? o chi vi fu Jijiçerna^ Usçen^Q fupr dçlla pf ofoiid^^. upttq Che serapre nera fa la valle infiçr^?

«5«, gpn le ÏQggi d' abisaOî ça^i r^tte ? Q ^ mutato \n Ciel wovo consiglip , Che dannati venite aile mie grotte ?

V Lp Puoa fl4o allor m 4iè di pi^a, t; ÇQj(^. parole § ccw ip,ani ç ço^ çfipn^ Reverenti mi fe le gambe e il ciglio.

48 Popçia ri§po3e. Iw • Pft M wn vw % popifi?, çce^ 4al Çiftl, per U çui preghj Délia mia compagnia costui sowenni.

\^. Tlfi^ da ç]t\'è tjiïo yolerçilie più ^\ spiç^hj

Esser non puote il mio che a te §| PiçgJîJ;,

'ft Qm^u ftoïï vî»çlç m§i \;^\^m »?ra,,

Che molto poco tempo a volgçy ç^r^..

W liftÇWPPWq,. ft ponQ'çyqi.ayjça yi^ Che questa per la quale io ijjj. çQp ifluçsçQt

• Qui êtes-vous, vous quî, à l'opposé du sombre fleuve, avez fui l'étemelle prison? dit- il en agitant sa barbe vénérable.

• Qui vous a guidés? Qui a été votre lampe, en sortant de la profon(te nuit, qui toujours obscurcit la vallée infernale?

• Les lois de Tabîme sont-elles ainsî Violées? Ou, dans le cieU a-t-on changé de conseil , que, condamnés , vous veniez dans mes grottes? »

Mon GuWe alots me f)rit, et ses pariotes, des mains, ses signes , dispesèrèittl au respecit mes jaiiilWs et mes yeux.

Ensuite M rèp^iidit : — Je ne mî» pas venu de moimême. Du ciel descendit une Dame , âmt les prières obtinrent k celui-^éi le séceuts de ma coÉtïpaghie.

Mai» puisque ton rotriolr est que pttis awijrlement te soit expliqué oe q>ae vraiment nous itommes , le mien ne peut être de te i^efoser.

Celui-ci ne vM jamais le dernier scAti twafe par sa folie il en fut si près , que bien peu de fem^ iF lui restait pour échapper.

Comme je l'ai dit, vers lui je fus envoyé pour le délivrer, et il n'était pas d'autre» route que celle que j'ai prise.

GANTO PRIMO.

2^ Mostrata ho lui tutta la gente ria; £ ora intendo mostrar quegli spirti Che purgan se sotto la tua balïa.

2* Cora'io r ho tratto, saria lungo a dirtî : DelFalto scende virtù che m*aiuta Conducerlo a vederti, e a udirti.

^^ Or tî piaccia gradir la sua venuta : Libertà va cercando, ch'è si cara, Corne sa chi per lei vita rifiuta.

25 Tu '1 sai, che non ti fu per lei amara In Utica la morte^ ove lasciasti La veste ch'al gran di' sarà si chiara.

2* Non son gli editti eterni per noî guasti, Chè questi vive, e Minos me non lega; Ma son del cerchio ove son gli occhi casti

27 Di Marzia tua, che in vista ancor ti prega, 0 santo petto, che per tua la tegni : Per lo suo amore adunque a noi ti piega.

2S Lasciane andar per li tuoi sette regni : Grazie riporterô di te a lei, Se d'esser mentovato laggiù degni*

29 Marzia piacque tanto agli occhi miei, Mentre chM' fui di là, diss'egli allora, Che quante grazie voUe da me, fei.

Je lui ai montré toute la gent mauvaise, et maintenant je me propose de lui montrer les esprits qui se purifient sous ton commandement.

Gomment je l'ai guidé serait long à te dire : d'en haut descend une vertu qui m'a aidé à le conduire , pour te voir et t'entendre.

Qu'il te plaise donc d'agréer sa venue : il va cherchant la liberté qui est si chère, comme le sait celui qui pour elle la vie rejette.

Tu le sais , pour elle ne te fut point amère la mort à Utique , où tu laissas le vêtement qui , au grand jour, sera si brillant.

Par nous ne sont point violés les édits éternels, puisque celui-ci vit, et que Minos ne me lie point, mais que je suis du cercle où ta Marcie ,

De ses chastes regards te prie encore , ô coeur saint, de la tenir pour tienne : par son amour donc , inclinetoi vers nous.

Laisse-nous aller par tes sept royaumes : je lui reporterai les grâces que nous te devrons, si tu ne dédaignes point que là en bas de toi l'on parle.

« Marcia , dit-il alors, plut tant à mes yeux pendant que j'étais dans l'autre monde, que toutes les grâces qu'elle voulut de moi, elle les obtint.

^ Or che dî là dal mal fiume dimora , Kù mover non mi puô per quella legge Che fatta fu quandMo me n^nscf fuora.

** Ma se donna del Ciel tî muove e regge. Corne tu di , non c* è mestier hisinga : Bastiti ben, chejf per lei mi richeggel

** Va dunque, e fa chô tu costui ricînga D'un giunco schietto, e che glî lavî *1 vîso, Si che ogni sucidume cpiindi stînga :

** Chè non si converria Tocchio sorpriso D^'alcuna nebWa andar davanti al primo Ministre, ch'è di quoi di Paradiso.

** Questa isoletta intomo ad iteo ad imo, Laggiù, coIà dove la batte Fonda, Porta de'giunchi sovra *1 melîe limo-

**• Nuir altra pianta che faceiœe fronda, O indurasse», vî puote? ave? vita , Per6 ch'alle percosse non seconda.

^ Poscîa ifton sîa di qua vostra reddita ; Lo Sol vi mostrerà, che sarge ornai, Prender il monte a più lieve salîla.

*7 Cosi spari ; ed io su mi levai Senza parlare, e tutto mi ritrassi Al Duca mio, e gK oechi a lui drizzai.

ClâXT riKMIER. Il

: que a deiueure est de Tautre ciMè dii fleuve mmaàit^^ die ne saonit phis si'èmoiiwnr* à cmse de k loi qui ms fal in^posée^ lofscpie feu sortis ^«^

«Mais a da eM mie Dame te meiit et te ivgil » comme ta le dis, pas n^est besoin de flatteries; il suffit iMeo que par elle ta mefeqaerre&

« Ya doDc, et ceins deox fois celui-ci d*un jonc uni « et laye-loi le visage , de sorte que de toute souillure il soit nettoyé;

«Car fl ne conviendrait pas de paraître » les yeux ternis d'aucun brouillard, devant le premier ministre» lequel est de ceux du Paradis.

c Cette petite île, basse tout autour^ là-dessous où la bat Tonde, porte des j^onçs sur soi) humidq limon.

«Nulle autre plantç, q^i po.i)S99 d^^ foujiUes ou se durcisse , tfy peut vivrç, pwc^ qw'ellq, hq plpie pas à la vague qui la frappe.

« Que volffQ retwir ensuite w wtt pM pai ici : le soleil qw a^git. y«W TOWtrflW» d^nfl Ift Bwntagne, un sentier plus facile. »

Alors il disparut, et moi je me levai sans parler, et me serrai contre, mon Guide , et sur lui j'attachai mcf^ yeux.

4S GANTO PRIMO.

*® Ei cominciô : Figliuol, segui i miei passi : Volgiamci indietro, chè di qua dichina Questa pianura a' suoi termini bassi.

** L'aiba vinceva Tôra mattutina, Che fuggia innanzi, si cbe di lontano Conobbi il tremolar délia marina.

^® Noi andavam per lo solingo piano Com'uom che torna alla smarrita strada, Che infino ad essa li par ire invano.

^* Quando noi fummo dove la rugiada Pugna col Sole , e per essere in parte Ove adorezza, poco si dirada;

^ Ambo le mani in su Terbetta sparte Soavemente il mio Maestro pose ; Ond'io che fui accorto di su'arte,

^* Porsi ver lui le guance lagrimose : Quivi mi fece tutto discoperto Quel color che Y Infemo mi nascose.

^ Venimmo poi in sul lito diserto, Che mai non vide navicar sue acque Uom, che di ritornar sia poscia esperto.

^5 Quivi mi cinse, si corne altrui piacque : 0 maraviglia ! che quai egli scelse L'umile planta, cotai si rinacque

Subitamente là onde la svelse.

11 commença : — Mon fils, suis mes pas; retournons en arrière, car cette plage va s' abaissant d'ici jusqu'au fond où elle se termine.

Déjà l'aube vainquait l'heure matinale, qui devant elle fuyait; de sorte que, dans le lointain, je distinguai le frémissement de la mer.

Nous allions par la plaine solitaire, comme un homme qui revient cherchant la route perdue, hors de laquelle il lui semble marcher en vain.

Quand nous fûmes là où la rosée combat avec le soleil, en un lieu ombragé où peu elle s'évapore ,

Doucement sur l'herbette mon Maître étendit les deux mains ; sur quoi jugeant de son dessein ,

Je lui présentai les joues en pleurant, et il remit à découvert la couleur que sur moi l'enfer avait cachée.

Après nous vînmes au rivage désert , qui ne vit jamais sur ses eaux naviguer homme qui ensuite retournât.

Là, il me ceignit conmie il plut à autrui ^K O merveille ! telle qu'il l'avait cueillie, telle aussitôt

Renaquit l'humble plante, là d'où il l'avait arrachée.

* Giàèî*àîlSolèairorî4zontegiuntd, Lo cui meridian cèîchro côverchîa Jérusalem col suo più alto punto :

^ E la nette che opposîta a lui cerchîa, Uscîa di Gange fuor colle bilance, Che le caggion di man quando soverchia;

^ Si che le blanche e le vermiglie guance, iià dove io era, délia bella Aurora, Per troppa etate divenivan rance,

^ Noî eravam lunghesso U mare ancora.

Corne gente che pensa suo cammino, Che va col core, e col corpo dimora :

^ Ed ecco quai , su '1 presso dd mattino ^ Per li grossi vapor Marte rosseggia Giù nel ponente sopra '1 suol marino;

Déjà le soleil était arrivé à Thoriion dont le cercle méridien I à son point te plus élevé, couvre Jérusalem^;

Et la nuit, qui parcourt le cercle opposé, soîtait du Gange avec lest Balances, qui tombent de sa main ^, lorsqu'elle s'allonge :

De sorte que^ là où f étais ^ les blanches et les vermeilles joues de la belle Aurore, croissant d'âge» devenaient orangées K

Nous étions racore près de la mer, semblables à celui qui pense à son chemin , qjul va de cœur, et de corps demeure,

Quand tout à coup,, comme Mers, chassé par le matin, rougit à travers les épaisses vapeurs, au couchant, sur la plaine marine ^

• Cotai m' apparve , s' io ancor lo veggia , Un lume per lo mar venir si ratto ,

Che '1 mover suo nessun volar pareggia;

7 Dal quai com'io un poco ebbi ritratto L' occhio per dimandar lo Duca mio , Rividil più lucente e maggior fatto.

® Poi d'ogni lato ad esso m'appario Un non sapea che bianco , e di sotto A poeo a poco un altro a lui n'uscio.

* Lo mio Maestro ancor non feee motto Mentre che i primi bianchi apparser ali. Allor che ben conobbe il galeotto,

^® Gridô : Fa, fa che le ginocchia cali; Ecco TAngel di Dio : piega le mani :

Ornai vedrai di si fatti uficiali,

^1 Vedi che sdegna gli argomenti umani, Si che remo non vuol , ne altro vélo Che l'aie sue, tra liti si lontani.

*^ Vedi come V ha dritte verso M cielo, Trattando F aère con l'eteme penne, Che non si mutan come mortal pelOé

** Poi come più e più verso noi venne L'uccel divine, più chiaro appariva ; Perché T occhio da presse nol sostenne,

Je vis, et que ne la voîs-je encore! une lumière venir sur la mer, d'une telle vitesse, qu'aucun vol ne l'égale.

Après avoir un peu détourné d'elle les yeux pour interroger mon Guide , je la revis plus brillante et plus grande.

Puis, de chaque côté, m' apparut je ne sais quoi de blanc, et d'au-dessous, peu à peu, sortit quelque chose de pareil.

Mon Maître ne dit rien, jusqu'à ce que les premières blancheurs se déployèrent en ailes : lorsqu'il reconnut bien le nocher.

Il cria : — Ploie , ploie les genoux : voilà l'Ange de Dieu ! Joins les mains ! de tels ministres tu verraa désormais.

Vois, il dédaigne les instruments humains; il ne veut d'autre rame, d'autre voile que ses ailes pour parcourir ces lointains rivages ;

Vois comme il les dresse vers le ciel , frappant l'air des pennes éternelles, qui ne changent point comme un poil mortel.

Plus et plus de nous s'approchait Toiseau divin , plus brillant il apparaissait ; de sorte que l'œil ne pouvant de près en soutenir l'éclat ,

Page 1