II. \i
176 CANTO DfXfMOQUARTO,
*^ Ond' hanno si mutata lor natura Gli abitatôr délia misera" valle, Che par che Circe gli avesse in pastura.
^"^ Tra brutti porci, più degni di galle, Che d' altro cibo fatto in uman uso , Dirizza prima il suo povero calle.
*^ Botoli trova poi, venendo giuso, Ringhiosi più che non chiede lor possa , Ed a lor disdegnosa torce il muso.
*7 Vassi caggendo, e quanto ella più ingrossa, Tanto più trova di can farsi lupi La maledetta e sventurata fossa.
*^ Discesa poi per più pelaghi cupi , Trova le volpi si piene di froda , Che non temono ingegno che le occupi.
^^ Ne lascerù di dir, perch'altri m'oda : E buon sarà costui s' ancor s' ammenta Di ciô che vero spirto mi disnoda.
20 lo veggio tuo nipote, che di venta Cacciator di que' lupi in sulla riva Del fiero fiume, e tutti gli sgomenta :
2^ Vende la carne loro, essendo viva, Poscia gli ancide corne antica bel va : Molti di vita , e se di pregio priva.
« D'où, tant ont changé de nature les habitants de la misérable vallée, qu'il semble que Circé les ait eus dans ses pâturages ^.
« Parmi de sales pourceaux ®, plus dignes de glands que d'une autre nourriture à l'usage de l'homme , il dirige d'abord son maigre cours ;
«Puis, descendant, il trouve des roquets ^^ plus hargneux que ne le comporte leur force, et d'eux il détourne son museau dédaigneux^*.
« Il descend encore , et plus il grossit , plus le fleuve maudit et néfaste trouve de chiens qui se font loups *2.
« Ayant ensuite traversé des ravins plus sombres , il trouve les renards*^, si pleins de fraude, qu'ils ne craignent point qu'aucune habileté les vainque.
« Je le dirai , quoique d'autres m'entendent *^ ; et bien s'en trouvera celui-là, s'il se souvient de ce qu'un esprit vrai me dévoile.
« Je vois ton neveu , qui devient chasseur de ces loups *5 sur la rive de l'horrible fleuve, et les épouvante tous.
« Il vend leur chair vivante ; puis il les tue , comme on tue une vieille bête ; beaucoup de la vie , et soi d'honneur il prive.
480 CANTO DECIMOQUARTO.
22 Sanguinoso esce délia trista selva ; Lasciala tal, che di qui a miiranni Nello stato primaio non si rinselva,
25 Corne air annunzio de' futuri danni Si turba il viso di colui che ascolta,
Da quai che parte il periglio lo assanni ;
2* Cosi vid'io l'altr' anima, che volta Slava ad udir, turbarsi e farsi trista, Poi ch'ebbe la parola a se raccolta.
2ô Lo dir dell'una e delFaltra la vista Mi fe voglioso di saper lor nomi, E dimanda ne fei con prieghi mista.
26 Perché lo spirto, che di pria parlomi, Ricominciô : Tu vuoi ch'io mi deduca Nel fare a te ciô che tu far non vuo' mi ;
27 Ma dacchè Dio in te vuol che traluca Tanta sua grazia, non ti sarô scarso : Perô sappi ch'io son Guido del Duca.
28 Fu il sangue mio d'invidia si riarso, Che se veduto avessi uom farsi lieto, Visto m'avresti di livore sparso.
29 Di mia semenza cotai paglia mieto.
O gente umana , perché poni il core Là Vè mestier di consorto divieto?
CHANT QUATORZIÈME. m
« Sanglant il sort de la triste forêt ^^ : telle il la laisse, que , comparée à ce qu'elle fut jadis , d'ici à mille ans elle ne se reboisera pas. »
Comme, à l'annonce de cruels désastres, se trouble le visage de celui qui écoute , de quelque coté que le péril le menace ;
Ainsi vis-je l'autre âme , qui se tenait tournée pour entendre, se troubler et s'attrister après qu'en soi elle eut recueilli les paroles.
Le dire de l'une, et la vue de l'autre me rendirent désireux de savoir leurs noms, et je les demandai avec prières.
Sur quoi, celui qui le premier avait parlé, recommença : « Tu veux que je condescende à faire ce que tu n'as pas voulu faire pour moi.
«Mais, puisqu'on toi Dieu veut que tant reluise sa grâce , je ne te refuserai pas : ^ache donc que je suis Guido del Duca.
« Mon sang fut si enflammé d'envie , que si quelqu'un j'avais vu se réjouir, de jalousie tu m'aurais vu livide.
« De ce que je semai , une telle paille je moissonne. 0 humaine espèce , pourquoi mets- tu ton cœur là d'où doit être exclu tout compagnon ^^?
in CANTO DECIMOQUARTO.
^^ Questi è Rinier; questi è'I pregio o l'onore Délia Casa da Calboli, ove nullo Fatto s' è reda poi del suo valore.
^* E non pur lô suo sangue è fatto brullo Tra '1 Po e il monte, e la marina e il Reno, Del ben richiesto al vero ed al trastuUo ;
^2 Chè dentro a questi termini è ripieno Di venenosi sterpi , si che tardi - Per coltivare ornai verrebber meno.
^^ Ov' è il buon Lizio , ed Arrigo Manardi , Pier Traversaro , e Guido di Carpigna ? 0 Romagnuoli tornati in bastardi ,
^^ Quando in Bologna un Fabbro si ralligna ; Quando in Faenza un Bernardin di Fosco Verga gentil di picciola gramigna !
^^ Non ti maravigliar, s' io piango , Tosco , Quando rimembro con Guido da Prata Ugolin d' Azzo che vivette nosco ;
^^ Federigo Tignoso e sua brigata, La casa Traversara, e gli Anastagi, ( E l'una génie e Y altra è diretata ! )
^7 Le donne e i cavalier, gli affanni e gli agi, Che ne 'nvogliava amore e cortesia, Là dove i cuor son fatti si malvagi.
« Celui-ci est Rinieri , rornement et Thonneur de la maison de Gaiboli , où nul ne s'est rendu héritier de sa vertu*
« Et non -seulement sa race, entre le Pô et le mont et la mer et le Reno , est devenue pauvre des biens requis pour jouir du vrai et du contentement ^^;
« Mais au dedans de ces limites ^^ , tant abondent les plantes vénéneuses , que sans fruit désormais serait une culture tardive 20.
«Où est le bon Liccio^i, et Arrigo Menardi^^^ Pierre Traversaro 2^, et Guido di Carpigna^^? 0 Romagnols tombés en bâtardise ,
« Lorsqu'à Bologne un Fabbro ^5 se fait de haute lignée; lorsqu'à Faënza, un Bernardine ^^ di Fosco, d'une herbe rampante 27 devient la noble tige !
« Ne t'étonne point , ô Toscan , si je pleuré , lorsqu'avec Guido da Prata^s je me rappelle Ugolin d' Azzo 29, qui vécut avec nous ,
« Frédéric Tignoso ^^ et ses compagnons , la maison Traversara et les Anastagi ^^ (et Tune et l'autre race est déshéritée) ^2 :
« Si je pleure les dames et les cavaliers , les soucis et les joies qu'en eux excitaient l'amour et la courtoisie , là où les cœurs sont devenus si mauvais.
184 CANTO DECIMOQUARTO.
*^ 0 Brettinoro , chè non fuggi via , Poichè gita se n'è la tua famiglia, E moita gente per non esser ria?
*^ Ben fa Bagnacaval, che non rifiglia, E mal fa Castrocaro, e peggio Conio, Che di figliar tai conti più s'impiglia.
*^ Ben faranno i Pagan , da che il Demonio Lor sen girà ; ma non perô che puro Giammai rimanga d'essi testimonio.
^^ 0 Ugolin de' Fantoli, sicuro
È il nome tuo, da che più non s'aspetta Chi far lo possa tralignando oscuro.
^2 Ma va via, Tosco, ornai, ch'or mi diletta Troppo di pianger più che di parlare , Si m' ha nostra région la mente stretta.
^^ Noi sapevam che quell' anime care Ci senti va no andar : perô tacendo Facevan noi del cammin confidare.
^^ Poi fummo fatti soli procedendo, Folgore parve, quando Taer fende, Voce che giunse di contra, dicendo :
^& Anciderammi qualunque m' apprende ; E fiiggio , corne tuon che si dilegua , Se subito la nuvola scoscende.
« 0 Brettinoro **, que ne fuis-tu, puisque ta famille, avec tant d'autres, s'en est allée pour ne pas se corrompre?
t Bien fait Bagnacavallo , qui ne veut point de fils , et mal, Castrocaro, et pis, Conio^^, plus empressé d'engendrer de tels comtes.
« Bien feront les Pagani ^^, lorsque leur démon s'en ira; non cependant que jamais il reste d'eux une mémoire pure.
« 0 Ugolin de' Fantoli, en sûreté est ton nom, parce que ne s'attend plus de toi , qui puisse en forlignant l'obscurcir.
«Mais va, Toscan, car trop plus maintenant me délecte le pleurer que le parler, tant notre pays m'a serré le cœur. »
Nous savions que ces chères âmes nous entendaient aller ; et ainsi , en se taisant, elles nous donnaient confiance dans le chemin ^^.
Lorsqu' ayant avancé nous fûmes seuls, semblable au foudre quand il fend l'air, de devant nous vint une voix :
« Me tuera quiconque me rencontrera ^7. » Et elle s'enfuit, comme s'éloigne le tonnerre qui subitement déchire la nuée.
186 CANTO DECIMOQUARTO.
^^ Come da lei Y udir nostro ebbe, tregua , Ed ecco 1-altra con si gran fracasso, Che soniigliô tonar che tosto segua :
^^ lo sono Aglauro che divenni sasso.
E allor per istringermi al Poeta , Indietro feci e non innanzi il passo.
^^ Già era l' aura d' ogni parte quêta , Ed ei mi disse : Quel fu il duro camo , Che dovria l' uom tener dentro a sua meta.
^® Ma voi prendete V esca , si che Y amo Deirantico avversario a se vi tira; E perô poco val freno o richiamo.
^^ Chiàmavi il cielo, e intorno vi si gira, Mostrandovi le sue bellezze eterne , E l'occhio vostro pure a terra mira ;
Onde vi batte chi tutto discerne.
Lorsque d'elle notre ouïe eut trêve , tout à coup une autre, avec un tel fracas qu'elle ressemblait au tonnerre qui suit un autre tonnerre :
«Je suis Aglaure*^, qui devins rocher. » Et alors, pour me serrer contre le Poëte , en arrière je portai le pied , et non en avant.
Déjà partout l'air était tranquille ; et lui me dit : — Cette voix est le dur frein ^^ , qui devrait retenir l'homme dans ses bornes.
Mais vous prenez l'appât, de sorte qu'à soi vous tire l'hameçon de l'antique adversaires^, et ainsi peu vous sert le frein, ou l'appel.
Vous appelle le ciel ; autour de vous il tourne , vous montrant ses beautés éternelles , et votre œil à terre seulement regarde.
Pour cela vous châtie celui qui voit tout.
CANTO DECIMOQUINTO
* Quanto tra V ultimar deir ora terza , E il principio del di'par délia spera, Che sempre a guisa di fanciullo scherza,
2 Tanto pareva già in ver la sera Essere al Sol del suo corso rimaso :
Vespero là, e qui mezza notte era.
2 E i raggi ne ferian per mezzo il naso , Perché per noi girato era si il monte, Che già dritti andavamo in ver ï occaso ;
^ Quand' io senti' a me gravar la fronte A.II0 splendore assai più che di prima , E stupor m' eran le cose non conte :
5 Ond' io levai le mani in ver la cima Délie mie ciglia, e fecimi il solecchio, Che del soverchio visibile lima.
Entre la fin de la troisième heure ^ et le commencement du jour, autant il apparaît de la sphère toujours en mouvement, comme l'enfant qui joue ,
Autant paraissait -il en rester au soleil pour achever son cours : là était le soir, et ici ^ le milieu de la nuit;
Et les rayons me frappaient en pleine face , parce que nous tournions le mont de manière que nous allions droit vers le couchant,
Lorsque je sentis mes yeux éblouis d'une splendeur plus vive qu'auparavant, et que de stupeur me remplissaient les choses nouvelles :
D'où, au-dessus de mes sourcils je levai les mains , et me fis une ombrelle qui diminuait l'excessive lumière.
190 CANTO DECI.MOQUINTO.
^ Come quando dalF acqua o dallo spécchio Salta lo raggio aH'opposita parte, Salendo su per lo modo parecchio
7 A quel che scende, e tanto si diparte Dal cader délia pietra in igual tratta, Si come mostra esperienza ed arte ;
^ Cosi mi parve da luce rifratta Ivi dinanzi a me essor percosso ; Perché a fuggir la mia vista fu ratta.
Che è quel, dolce Padre, a che non posso Schermar lo viso tanto che mi vaglia, Diss'io, e pare in ver noi esser mosso?
^^ Non ti maravigHar se ancor t' abbaglia La famiglia del cielo , a me rispose : Messo è, che viene ad invitar ch' uom saglia.
^^ Tosto sarà ch'a veder queste cose Non ti fia grave , ma fieti diletto, Quanto natura a sentir ti dispose.
^2 Poi giunti fummo ail' Angel benedetto , Con lieta voce disse : Intrate quinci.
Ad un scaleo vie men che gli altri eretto.
^^ Noi montavamo , già partiti linci , E, Beati miséricordes, fue Cantato retro^ e : Godi tu che vinci.
Comme, lorsque de l'eau ou du miroir rejaillit le rayon, en direction contraire, remontant de la même façon
Qu'il est descendu, et, par son égale vitesse, différant de la pierre qui tombe ^, selon que le montrent l'expérience et l'art;
Ainsi me parut-il que de devant me frappait une lumière réfléchie * ; par quoi, à fuir mes yeux furent prompts.
— Qui est, dis- je , doux Père , celui contre qui ma vue ne peut trouver d'abri suffisant, et qui paraît s'avancer vers nous?
— Ne t'étonne point, si t' éblouissent encore les serviteurs célestes, me répondit-il : celui qui vient est envoyé pour inviter à monter.
Voir ces choses bientôt ne te sera point une peine , mais un plaisir, autant qu'à le sentir ta nature te dispose.
Lorsque nous eûmes joint l'Ange béni, d'une voix joyeuse il dit : « Entrez par ici , dans un escalier beaucoup moins roide que les autres. »
Partis de là , nous montâmes , et derrière nous fut chanté Beati miséricordes ^, et : « Toi qui vaincs , réjouisrtoi ^. >»
492 CANTO DECIMOQUINTO.
*^ Lo mio Maestro ed io soli ambedue Suso andavamo, ed io pensava, andando, Prode acquistar nelle parole sue ;
^^ E dirizza'mi a lui si dimandando :
Che voile dir lo spirto di Romagna, E divieto e consorto menzionando?
*6 Perch'egli a me : Di sua maggior magagna Conosce il danno ; e pero non s'ammiri Se ne riprende, perché men sen piagna.
*7 Perché s' appuntano i vostri desiri , Dove per compagnia parte si scema , Invidia muove il mantaco a' sospiri.
^^ Ma se r amor délia spera suprema Torcesse in suso il desiderio vostro, Non vi sarebbe al petto quella tema ;
49 Perché quanto si dice più 11 nostro , Tanto possiede più di ben ciascuno, E più di caritate arde in quel chiostro.
20 Io son d' esser contento più digiuno, Diss' io, che se mi fosse pria taciuto , E più di dubbio nella mente aduno.
24 Corn' esser puote che un ben distributo I più posseditor faccia più ricchi Di se, che se da pochi é posseduto?
Mon Maître et moi , seuls tous deux , en haut nous allions, et en allant, je pensai à tirer profit de ses paroles ;
Et vers lui je me tournai , ainsi demandant : — Que voulait dire l'esprit de Romagne ^, en parlant d' « exclusion » et de « compagnon » ?
Et lui à moi : — 11 connaît le dommage que cause son plus grand vice , et ainsi que Ton ne s'étonne pas s'il le reprend pour que moins on en pleure ^
Parce que vos désirs s'attachent à ce qui, partagé entre plusieurs, diminue, l'envie vous gonfle de soupirs.
Mais si les élevait l'amour de la sphère suprême, en votre cœur né serait point cette crainte ^.
Car, là, plus on dit « nôtre » *^, plus de bien possède chacun , et plus dans ce cloître augmente l'ardeur de la charité.
— Je suis plus loin d'être satisfait, dis -je, que si d'abord je m'étais tu , et plus de doutes en mon esprit s'amassent.
Comment se peut-il qu'un bien partagé rende plus riches de soi beaucoup de possesseurs , que si de peu il était possédé?