‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 3)Chapitre 5 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

lie CANTO DECIMOPRIMO.

*^ E 11, per trar Tamico suo di pena, Che sostenea hella prigion di Carlo, Si condusse a tremar per ogni vena.

^^ Più non dirô , e scuro so che parlo ; Ma poco tempo andrà che i tuoi vicini Faranno si, che tu potrai chiosarlo.

Quest' opéra gli toise quei confini.

« Et là , pour tirer son ami de la peine qu'il souffrait dans la prison de Charles , il se plia jusqu'à frémir de toutes ses veines*^.

«Plus ne dirai, et je sais qu'obscures sont mes paroles ; mais , avant peu de temps , tes voisins feront en sorte que tu pourras les interpréter 20.

« De ce bannissement l'exempta cette œuvre. »

CANTO DECIMOSECONDO !

* Di pari, corne buoi che vanno a giogo, M'andava io con quell' anima carca, Fin che M sofferse il dolce pedagogo.

^ Ma quando disse : Lascia lui, e varca, Chè qui è buon con la vêla e co'remi, Quantunque puô ciascun , pinger sua barca ;

* Dritto si , corn' andar vuolsî , rife' mi Con la persona , avvegna che i pensieri Mi rimanessero e chinati e scemi.

^ Io m'era mosso, e seguia volentieri Del mio Maestro i passi, ed ambedue Gîà mostravam com'eravam leggien;

* Quando mi disse : Volgî gli occhi in giue : Buon ti sarà» per alleggiar la via^ Veder lo letto délie piante tue.

Côte à côte, ainsi que vont les bœufs attelés au joug , je m'en allais avec cette âme chargée , tant que le souffrit mon doux Maître.

Mais quand il dit : — Laisse- le ♦et avance, car il esèbon qu'ici avec la voile et avec les rames, chacun pousse sa barque ;

Je redressai mon corps comme il faut pour aller, bien que mes pensers demeurassent abaissés et tronqués *.

Je marchais , et de mon Maître allègrement je suivais les pas, et combien nous étions agiles. tous deux déjà nous montrions,

Lorsqu'il me dit : — Tourne les yeux en bas ; il te sera bon , pour alléger la route , de voir ce sur quoi posent tes pieds.

50 CANTO DECIMOSECONDO.

6 Corne, perché di lor memoria sia, Sovr' a' sepolti le tombe terragne Portan segnato quel ch' elli eran pria ;

Onde 11 moite voite si ripiagne Per la puntura délia rimembranza Che solo a' pii dà délie calcagne :

® SI vid'io 11, ma di miglior sembianza, Secondo l' artificio , figurato , Quanto per via di fuor dal monte avanza.

^ Vedea colui che fu nobil creato Piii d'altra creatura, giù dal ciSlo Folgoreggiando scendere, da un lato.

^^ Vedeva Brjareo , fitto dal telo Gelestial, giacer dall'altra parte.

Grave alla terra per lo mortal gelo.

*^ Vedea Timbreo, vedea Pallade e Marte, Armati ancora, intorno al padre loro, Mirar le membra de' Giganti sparte.

42 Vedea Nembrotte appiè del gran lavoro. Quasi smarrito, e riguardar le genti Che in Sennaar con lui superbi foro»

4^ 0 Niobe, con che occhi dolenti Vedeva io te segnata in su la strada Tra sette e sette tuoi figliuoli spenti !

CHANT DOUZIEME. toi

Comme, afin que d'eux on ait mémoire, sur les dalles des tombes est représenté ce que furent ceux qu'elles renferment;

D'où souvent se renouvellent les pleurs par le souvenir, dont l'aiguillon stimule seulement les pieux :

Ainsi vis- je là , mais avec une plus vive ressemblance , couvert de figures selon l'art , tout ce qui , pour former une route, s'avance hors du mont 2.

Je voyais , d'un côté , celui qui fut créé plus noble qu'aucune autre créature^, tomber flamboyant du ciel.

De l'autre côté, je voyais Briarée^, transpgrcé d'un trait céleste, gisant à terre, appesanti par le froid de la mort.

Je voyais Tymbrée^; je voyais Pallas et Mars encore armés, autour de leur père, contempler les membres épars des géants.

Je voyais Nemrod, au pied de la grande structure^, comme égaré , regardant ceux qui furent en Sennaar avec lui.

0 Niobé 7, avec quelle douleur mes yeux te voyaient représentée sur le chemin , entre tes sept filles et tes fils éteints !

452 CANTO 1)BCIM0S£C0ND0.

*^ 0 Saul, come in su la propria spada Quivi parevi morto in Gelboè, Che poi non senti pioggia ne rugiada !

^5 O folle Aragne, si vedea io te,

Già mezza aragna, trista in su gli stracci Del l'opéra che mal per te si fe !

*^ O Roboam, già non par che minacci Quivi il tuo segno ; ma pien di spavento Nel porta un carro prima ch'altri il cacci.

^7 Moslrava ancor lo duro pavimento Come Almeone a sua madré fe caro Parer lo sventurato adornamento.

^ ^s Mostrava come i figli si gittaro

Sovra Sennacherib dentro dal tempio, E come morto lui quivi lasciaro.

*^ Mostrava la ruina e il crudo scempio Che fe Tamiri, quando disse a Ciro :

Sangue sitisti, ed iodi sangue t'empio.

î® Mostrava come in rotta si fuggiro Gli Assiri, poi che fu morto Olofeme, Ed anche le reliquie del martiro.

-* Vedeva Troia in cenere e in caverne : O Ilion , come te basso e vile Moslrava il segno che li si discerne !

CHANT DOUZiÈMB. 153

O Saûl, comme sur ta propre épée tu paraissais mort en Gelboé , sur lequel depuis ne tomba ni rosée ni pluie ® !

O folle Arachné ^, je te voyais à moitié déjà araignée, et triste, sur les débris de la toile que pour ton malheur tu ouvras !

0 Roboam *®, là ne menace point ton image , mais pleine d'épouvante l'emporte un char, avant que d'autres la poursuivent !

Le dur pavé montrait encore combien cher Aieméon ** fit payer à sa mère le fatal ornement.

Il montrait comment les fils de Sennacherib *2 sur lui se ruèrent dans le temple , et comment mort ils le laissèrent là.

11 montrait la ruine et la cruelle vengeance qu'accomplit Tamyris*^, lorsqu'elle dit à Cyrus : «Tu as eu soif de sang, de sang je te gorge.

Il montrait la déroute des Assyriens fuyant après la mort d'Holopherne , et aussi les restes du meurtre *^.

Je voyais Troie, amas informe de cendres et de cavernes. O Ilion, qu'abaissée et vile te montrait l'image qui se voit là !

454 CANTO DECIMOSECONDO.

22 Quai di pennel fu maestro e di stile, Che ritraesse l'ombre e gli atti, ch'ivi Farien mirar ogni ingegno sottile?

25 Mortî li mortiV e i vivi parean vivi : Non vide me' di me chi vide il vero.

Quant' io calcai fin che chinato givi.

2^ Or supérbite, e via coi viso altiero, Figliuoli d'Eva, e non chinate il volto, Si che veggiate il vostro mal sentiero,

2^ Più era già per noi del monte volto, £ del cammin del Sole assai più speso , Che non stimava l' animo non sciolto :

26 Quando colui che sempre innanzi atteso Andava , cominciô : Drizza la testa ; Non è più tempo da gir si sospeso.

27 Vedi cola un Angel che s'appresta Per venir verso noi : vedi che torna Dal servigio del di' l'ancella sesta,

28 Di reverenza gU atti e il viso adorna, Si che i diletti lo inviarci in suso : Pensa che questo di' mai non raggiorna.

29 lo era ben del suo ammonir uso,

Pur di non perder tempo, si che in quella Materia non potea parlarmi chiuso.

De quel maître le pinceau ou lé crayon retracerait-il les figures et les poses qu'admirerait là un esprit pénétrant?

Morts paraissaient les morts, et vivants, les vivants. Qui vit le vrai , mieux que moi ne vit pas ce que foulèrent mes pieds, tandis que courbé je marchai.

Maintenant soyez superbes, et en avant d'un front altier, fils d'Eve ; et ne baissez point la tête pour voir votre sentier mauvais 1

Nous autour du mont, et le soleil dans son cours, avions plus avancé que ne l'estimait la prisée distraite.

Quand celui qui toujours devant attentif allait, commença: — Lève la tête; plus n'est le temps de marcher ainsi courbé I

Vois là un Ange qui se prépare à venir vers nous : vois que du service du jour revient la sixième servante *5.

Orne de respect ton visage et toute ta contenance, afin qu'à plaisir il lui soit de nous acheminer en haut. Pense que jamais ne reviendra ce jour.

J'étais bien habitué à ce qu'il m'avertît de ne pas perdre de temps, de sorte qu'en cette matière il ne pouvait me parler obscurément.

156 GANTO DECIMOSECONDO.

*^ A noi venia la creatura bella ^ Bianco vestita, e nella faccia quale Par tremolando mattutina Stella.

^^ Le braccia aperse, e indi aperse Taie : Disse : Venite ; qui son presse i gradi , Ed agevolemente ornai si sale.

^2 A questo invito vengon molto radi : 0 gente umana, per volar su nata, Perché a poco vento cosi cadi?

^^ Menocci ove la roccia era tagliata : Quivi mi batteô l' aie per la fronte ; Poi mi promise sicura l' andata.

*^ Corne, a man destra, per salire^l monte, Dove siede la Chiesa che soggioga La ben guidata sopra Rubaconte ,

*5 Si rompe del montar Tardita foga, Per le scalee che si fero ad etade Ch'era sicuro il quaderno e la doga ;

^^ Cosi s'allenta la ripa che cade

Quivi ben ratta dall' altro girone :

• Ma quinci e quindi V alta pietra rade.

*7 Noi volgendo ivi le nostre persone , Eeali paupcres spiritUf voci Cantaron si^ che noi diria sermone.

Vers nous venait la belle créature , vêtue de blanc , et la face scintillante comme l'étoile matinale.

Il ouvrît les bras , puis les ailes , et dit : « Venez ; ici près sont les degrés, et facilement désormais Ton monte. »

A cette annonce rares sont ceux qui viennent *^. 0 race humaine, née pour voler en haut, pourquoi si peu de vent ainsi t'abat-il ?

Il nous conduisit à une coupure dans le rocher ; là de ses ailes il me frappa le front , et me promit un sûr aller.

Comme, à main droite, pour monter au mont où est l'église qui *7, au-dessus du Hubaconte *®, domine la bien guidée ^^,

La raideur de la pente est adoucie par des degrés, qui furent faits en cet âge où sûrs étaient les comptes et les mesures 20 ;

Ainsi s'adoucit la rampe, qui rapide descend de Tautre cercle 2*; mais, des deux côtés, elle rase la haute roche.

Pendant que là nous nous acheminions, Beatipaupères spiritu^^ des voix chantèrent, de telle façon qu'aucune parole ne l'exprimerait.

158 CANTO DECfMOSRCONDO.

^ Ahi quanto son diverse quelle foci Dalle infernali ! chè quivi per canti S'entra, e laggiù per lamenti feroci.

^^ Già montavam su per li scaglion santi, Ed esser mi parea troppo più lieve, Che per lo pian non mi parea davanti :

^^ Ond'io : Maestro, di, quai cosa grève Levata s'è da me, chè nulla quasi Per me fatica andando si riceve ?

^* Rispose : Quando i P, che son rimasi Ancor nel volto tuo presso che stinti , Saranno, come l'un, del tutto rasi ,

^2 Fien li tuoi piè dal buon voler si vinti , Che non pur non fatica sentiranno , Ma fia diletto loro esser su pinti.

^^ Aller fec' io come color che vanno Con cosa in capo non da lor saputa , Se non che i cenni altrui suspicar fanno;

^^ Perché la mano ad accertar s' aiuta , E cerca e trova, e queirufficio adempie Che non si puo fornir per la veduta :

^^ E con le d/ta délia destra scempie Trovai pur sei le lettere, che incise Quel dalle chiavi a me sopra le tempie :

A che guardando i! mio Duca sorrise.

Ah I combien ces bouches sont différentes de celles de l'Enfer : ici parmi des chants Ton entre , là parmi d'atroces hurlements,

Déjà nous montions par les saints degrés , et il me semblait être beaucoup plus léger, qu'auparavant je ne l'étais par un chemin uni.

D'où moi : — Maître, dis, quel poids de dessus moi a été ôté, qu'en allant je n'éprouve presque aucune fatigue?

11 répondit : — Quand les P dont il reste encore quelque trace sur ton visage auront été, conmie l'un d'eux , tout à fait effacés ,

Tes pieds au bon vouloir seront tellement soumis , que, non-seulement ils ne sentiront point de fatigue, mais que ce leur sera un plaisir d'être poussés en haut.

Lors je fis comme ceux qui vont ayant sur la tête une chose qu'ils ne savent pas, sinon qu'en soupçon les mettent les signes d'autrui ;

Ce pourquoi, pour s'assurer ils s'aident de la main, qui cherche, et trouve, et remplit l'office que ne peut accomplir la vue.

Et, avec les doigts de la main droite ouverte, je trouvai seulement six des lettres que sur mes tempes celui qui tient les clefs avait gravées.

Ce que regardant, mon Guide sourit.

CANTO DECIMOTERZO

* Noi eravamo al sommo délia scala , Ove secondamente si risega Lo monte che, salendo, altrui dismala :

2 Ivi cosi una cornice lega

Dintorno il poggio, corne la primaia, Se non che Y arco suo più tosto piega.

^ Ombra non gli è , ne segno che si paia ; Par si la ripa, e par si la via schietta, Col livido color délia petraia,

^ Se qui per dimandar gente s' aspetta , Ragionava il Poeta, io temo forse Che troppo avrà d' indugio nostra eletta.

5 Poi flsamente al Sole gli occhi porse ; Fece del destro lato al mover centro , E la sinistra parte di se torse.

Nous étions au sommet de l'escalier, où se divise une seconde fois le mont ^ qui guérit du mal ceux qui montent.

Tout autour le ceint une corniche semblable à la première , si ce n'est que plus vite l'arc se courbe 2.

On n'y voit ni images, ni sculptures ; les parois et le chemin tout unis n'offrent à l'oèil que la couleur livide de la pierre.

— Si pour demander nous attendons ici quelqu'un , disait le Poëte, je crains bien que notre choix éprouve trop de retard.

Puis , les yeux fixés sur le soleil , il fit du côté droit le centre du mouvement, et tourna le gauche.

462 CANTO DECIMOTERZO.

* O dolce lume, a cui fidanza i'entro Per lo nuovo cammin, tu ne conduci, Dicea, corne condur si vuol quinc'entro

Tu scaldi il mondo , tu sovr' esso luci : S' altra cagione in contrario non pronta , Esser den sempre li tuoi raggi duci.

® Quanto di qua per un migliaio si conta , Tanto di là eravam noi già iti , Con poco tempo, per la voglia pronta,

^ E verso noi volar furon sentiti , Non perô visti, spiriti, parlando Alla mensa d' amor cortesi inviti.

^^ La prima voce che passô volando, Vinum non habent^ altamente disse, E dietro a noi Y andô reiterando,

** E prima che del tutto non s'udisse Per allungarsi, un' altra : F sono Oreste : Passô gridando, ed anche non s'aflTisse.

^2 O, diss'io, Padre, che voci son queste? E com'io dimandai, ecco la terza Dicendo : Amate da cui maie aveste.

^* Lo buon Maestro : Questo cinghio sferza La colpa délia invidia, e perô sono Tratte da amor le corde délia ferza.

— 0 douce lumière, à qui me confiant j'entre dans le chemin nouveau, tu nous conduis, disait-il , comme ici dedans on doit conduire.

Tu échauffes le monde; sur le monde tu luis : si quelque chose au contraire ne force, toujours tes rayons doivent guider 5.

L'espace qui se compte ici pour un mille nous avions déjà parcouru, en peu de temps, à cause du vif désir,

Lorsque nous entendîmes, sans les voir, vers nous voler des esprits qui courtoisement invitaient au banquet d'amour.

Le premier qui en volant passa , à haute voix dit : « Vinum non habenl ^, » et derrière nous il allait le répétant.

Et avant que, par l'éloignement, on eût tout à fait cessé de l'entendre, un autre passa, criant : «Je suis Oreste, » Et il ne s'arrêta pas non plus.

— 0 Père, dis- je, que sont ces voix? Et au même moment, voilà la troisième, disant : « Aimez ceux qui vous font du mal ^ »

Et le bon Maître : — Ce cercle flagelle le péché d'envie , et ainsi de l'amour sont tirées les cordes du fouet ®.

464 CANTO DECIMOTERZO.

*^ Lo fren vuol esser del contrario suono ; Credo che Tudirai, per mio avviso, Prima che giunghi al passo del perdono.

*5 Ma ficca gli occhi per Y aer ben fiso , E vedrai gente innanzi a noi sedersi , E ciascun è lungo la grotta assiso.

. *^ Allora più che prima gli occhi apersi ; Guarda' mi innanzi, e vidi ombre con manti Al color délia pietra non diversi.

*7 E poi che fummo un poco più avanti , IJdi' gridar : Maria, ôra per noi :

Gridar Michèle, e Pietro, e tutti i Santi.

*® Non credo che per terra vada ancoi Uomo si duro , che non fosse punto Per compassion di quel ch' i' vidi poi :

^^ Chè quando fui si presso di lor giunto, Che gli atti loro a me venivan certi, Per gli occhi fui di grave dolor munto.

20 Di vil cilicio mi parean coperti, E l'un sofîeria l'altro con la spalla, E tutti dalla ripa eran sofîerti*

2^ Cosi li ciechi, a cui la roba falla, Stanno a' perdoni a chieder lor bisogna , E l'uno il capo sopra Taltro avvalla ,

Le frein doit être de contraire son^. Je crois, à mon avis, que tu l'entendras, avant d'arriver au passage du pardon ®.

Mais tends les yeux bien fixement à travers l'air , et tu verras, devant nous, des gens assis le long du rocher.

Lors, plus qu'auparavant j'ouvris les yeux; je regardai autour de moi , et je vis des ombres revêtues de manteaux de la couleur de la pierre.

Quand nous fûmes un peu plus avant , j'ouïs crier : t Marie, prie pour nous! » crier : «Michel, et Pierre, et tous les saints! »

Je ne crois pas que sur la terre il y ait homme si dur, que ne touchât de compassion ce que je vis ensuite.

Pour moi , lorsque je fus assez près pour que mes yeux discernassent clairement leur état , je fus saisi* d'une profonde douleur.

D'un grossier cilice ils me paraissaient couverts; chacun d'eux de l'épaule s'appuyait contre un autre , et tous contre le rocher s'appuyaient.

Ainsi les pauvres aveugles aux pardons^ se tiennent pour mendier leur vie , l'un sur l'autre penchant la tête,

166 CANTO DECÏMOTEUZO.

22 Perché in altrui pietà tosto si pogna , Non pur per lo sonar délie parole, Ma per la vista che non meno agogna.

2^ E corne agli orbi non approda il Sole, Cosi air ombre, dov'io parlav'ora, Luce del ciel di se largir non vuole ;

2^ Chè a tutte un fil di ferro il ciglio fora, E cuce si, com'a sparvier selvaggio Si fa, perô che queto non dimora.

25 A me pareva andando fare oltraggio , Vedendo altrui , non essendo veduto :

Perch' io mi volsi al mio Consiglio saggio.

26 Ben sapev'ei, che volea dir lo muto ; E pero non attese mia dimanda ;

Ma disse : Parla , e sii brève ed arguto.

27 Virgilio mi venia da quella banda Délia comice , onde cader si puote , Perché da nulla sponda s'inghirlanda :

2s DalFaltra parte m'eran le dévote Ombre, che per V orribile costura Premevan si , che bagnavan le gote.

29 Volsimi a loro, ed : 0 gente sicura, Incominciai, di veder l'alto lume Che il disio vostro solo ha in sua cura,

Parce que la pitié s'excite, non-seulement par le son des paroles , mais aussi par la vue , qui ne sollicite pas moins.

Et comme aux aveugles n'arrive point le soleil , ainsi aux ombres dont je parlais tout à l'heure, ne se donne point la lumière du jour.

Toutes ayant la paupière percée et cousue avec un fil de fer, comme il se fait à l'épervier sauvage , pour qu'il demeure en repos.

Ce me semblait de ma part une offense, que de m'en aller voyant autrui sans en être vu : par quoi je me tournai vers mon sage Conseil.

Bien savait-il ce que le muet voulait dire; aussi, sans attendre ma demande, il me dit : — Parle, et sois bref et net.

Virgile venait près de moi , du côté de la corniche où l'on peut tomber, parce qu'aucun parapet ne la borde :

De l'autre côté étaient les pieuses ombres, que tellement tourmentait l'horrible couture, que de pleurs elles baignaient leurs joues.

Je me tournai vers elles, et je commençai : — 0 âmes sûres de voir la lumière d'en haut, seul objet de votre désir!

168 CANTO DECIMOTERZO.

^ Se tosto grazia risolva le schiume Di vostra coscienza , si che chiaro Per essa scenda délia mente il fiume,

^* Ditemi (chè mi fia grazioso e caro) . S'anima è qui tra voi , che sia latina ; E forse a lei sarà buon, s' io Y apparo.

*2 0 fratemio, ciascuna è cittadina • D'una vera città ; ma tu vuoi dire, Che vivesse in Italia peregrina,

*5 Questo mi parve per risposta udire . Più itmanzi alquanto, che là dov'io stava ; Ond'io mi feci ancor più là sentire.

*^ Tra r altre vidi un' ombra che aspettava In vista ; e se volesse alcun dir come, Lo mento, a guisa d'orbo, in su levava.

^5 Spirto, diss'io, che per salir ti dôme, - Se tu ^e'quegli che mi rispondesti,

Fammiti conto o per luogo o per nome.:

^^ r fui Senese, rispose, e con questi . Altri rimondo qui la vita ria ,

Lagrimando a Colui, che se ne presti.

37 Savia non fui, avvegna che Sapla Fossi chiaimata , e fui degli altrui danni Più lieta assai , che di ventura mia.

Que bientôt de vôtre conscience la grâce nettoie récume, de sorte qu'en elle descende, lin)pide, le fleuve de l'esprit 4<^!

Dites-moi (ce me sera une faveur précieuse) si parmi vous ici est une âme Latine : peut-être lui serat-il bon que je la connaisse.

« 0 mon frère , chacune d'elles est citoyenne d'une vraie cité; mais tu veux dire : qui dans l'Italie ait vécu pèlerine. »

11 me parut ouïr cette réponse d'un peu au delà de l'endroit où j'étais , ce pourquoi je m'approchai encore pour entendre. .

Entre les autres je vis une ombre qui semblait en attente; et si quelqu'un me demandait comment, selon l'usage des aveugles.elle levait le menton.

— Esprit, dis -je, qui te mortifies pour monter, si tu es celui qui m'a répondu , ïais-toi connaître à moi, ou par le lieu, ou par le nom*

«Je fus de Sienne, répondît-il, et avec ces autres je me purifie de ma vie mauvaise , demandant avec larmes que se donne à nous celui que nous implorons.

« Sage ne fus , quoique Sapia je fusse nommée ^*, et plus de joie beaucoup eus -je du mal d'autrui, que de mon propre bien.

170 CANTO UBCIMOTERZO.

^ E perché tu non credi ch' io t' inganni , Odi se fui , com' io ti dico , folle, Già discendendo i'arco de' miei anni,

*^ Erano i cittadin miei presso a Colle In carapo giunti co* loro avversari, Ed io pregava Dio di quel ch'ei voile.

^^ Rotti fur quivi, e volti negli amari Passi di fuga, e veggendo la caccia, Letizia presi ad ogni altra dispari :

^* Tanto ch'io levai in su Tardita faccia, Gridando a Dio : Ornai piii non ti temo : Corne fe il merlo per poca bonaccia*

^ Pace voUi con Dio in su Io stremo Délia mia vita; ed ancor non sarebbe Lo mio dover per penitenza scemo,

^* Se ciô non fosse, ch'a niemoria m'ebbe Pier Pettinagno in sue santé orazioni, A cui di me per caritate increbbe,

^^ Ma tu chi se' , che nostre condizioni Vai dimandando, e porti gli occhi sciolti, Si come io credo, e spirando ragioni?

^5 Gli occhi, diss'io, mi fieno ancor qui tolti; Ma picciol tempo , chè poca è V offesa Fatta per esser con invidia volti.

« El afin que tu ne penses pas que je te trompe , écoute si , comme je te le dis , je fus insensée. Déjà je descendais la pente de mes ans,

« Et mes concitoyens étaient , près de Colle , aux prises avec leurs ennemis ; et je demandais à Dieu ce que, d'effet, il voulut.

«Là défaits, Famère fuite précipita leurs pas, et voyant la chasse , j'en conçus une joie plus vive que toutes les autres joies ,

« Et si grande que je levai ma face hardie, criant à Dieu : « Désormais , plus ne te crains ^^ ! » comme fait le merle pour un peu de bonace ^\

t Je voulus rentrer en paix avec Dieu, vers la fin de ma vie ; et encore par la pénitence ne serait diminuée ma dette,

«Si de moi n'avait eu souvenir, dans ses saintes oraisons , Pierre Pettinagno ^^, qui par charité eut pitié de moi.

«Mais toi, qui es-tu, qui t'en vas t'enquérant de notre état, ayant, comme je le crois, les yeux ouverts , et qui , vivant, discours?

— Mes yeux, dis -je , seront aussi fermés ici , mais peu de temps, parce que peu par eux ai -je péché, en les tournant avec envie.

472 CANTO DECÏMOTERZO.

^* Troppa è più la paura, ond'è sospesa L'anima mia, del tormento di sotto, Che già lo incarco di laggiù mi pesa.

^7 Ed ella a me : Chi t' ha dunque condotto Quassù tra noi, se giù ritornar credi ? Ed io : Costui ch'è meco» e non fa motto :

^s E vivo sono; e perô mi richiedi, Spirito eletto , se tu vuoi ch' io muova Di là per te ancor li mortai piedi,

^^ Oh questa è ad udir si cosa nuova, Rispose, che gran segno è che Dio t'ami; Perô col prego tuo talor mi giova,

^^ E chieggoti per quel che tu più brami, Se mai calchi la terra di Toscana, Ch' a'miei propinqui tu ben mi rinfami.

^* Tu gli vedrâi tra quella gente vana Che spera in Talamone, e perderagli Più di speranza, ch'a trovar la Diana :

Ma più vi perderanno gli ammiragli.

Mais beaucoup plus mon âme inquiète craint le tourment d'au-dessous ^^ : je sens déjà sur moi peser le fardeau d'en bas.

Et elle à moi : « Qui donc t'a conduit ici-haut panni nous, si tu crois redescendre? » Et moi : -^ Celui qui est avec moi , et qui se tait

Je suis vivant, et ainsi requiers-moi, esprit élu, si tu veux que pour toi, là d'où je viens, je meuve encore mes pieds mortels.

« Ceci à ouïr est chose si nouvelle , répondit -elle , que grand signe est-ce que Dieu t'aime : lors donc aide -moi de tes prières.

« Et je te le demande par ce que le plus tu désires , si jamais tu foules la terre Toscane, rétablis-moi dans le souvenir des miens.

« Tu les verras parmi ce peuple vain , qui espère en Talamone *®, et y perdra plus d'espérance qu'à chercher la Diane ;

« Mais il en coûtera plus cher aux amiraux ^7. »

CANTO DECIMOQUARTO

^ Chi è costui che il nostro monte cerchia, Prima che morte gli abbia dato il volo, Ed âpre gli occhi a sua voglia e coperchia?

^ Non so chi sia; ma so ch'ei non è solo : Dimandal tu che più gli t'avvicini, E dolcemente, si che parli, accolo.

Cosiduospirti, Tuno all'altro chini, Ragionavan di me ivi a man dritta ; Poi fer li visi, per dirmi, supini;

^ E disse l'uno : O anima, che fitta Nel corpo ancora in ver lo ciel ten vai, Per carità ne consola, e ne ditta,

^ Onde vieni, e chi se' ; chè tu ne fai Tanto maravigliar délia tua grazia , Quanto vuol cosa, che non fu pîù mai.

«Qui est celui-là qui parcourt les cercles de notre mont, avant que la mort lui ait donné le vol^, et qui ouvre et ferme les yeux à son gré? —

t Je ne sais qui il est, mais je sais qu'il n'est pas seul : demande-le-lui, toi qui es plus près, et afin qu'il parle, fais-lui un doux accueil. »

Ainsi deux esprits 2, penchés l'un sur l'autre, discouraient là de moi, à main droite. Puis, pour me parler, ils renversèrent la tête.

Et l'un dit : « O âme , qui encore unie au corps t'en vas vers le ciel, par charité console-nous, et disnous,

« D'où tu viens, et qui tu es. De la grâce qui t'est faite nous sommes étonnés, autant qu'on doit l'être d'une chose qui auparavant ne fut jamais. »

176 CANTO DECIMOQUARTO.

^ Ed io : Per mezza Toscana si spazia Un fiumîcel che nasce in Falterona , E cento miglia di corso nol sazia.

7 Di sovr' esso rech' io' questa persona ; Dirvi chi sia, saria parlare indarno ; Chè '1 nome mio ancor molto non suona.

^ Se ben Io intendimento tuo accarno Con Io intelletto, allora mi rispose Quei che prima dicea, tu parli d' Arno.

^ E Taltro disse a lui : Perché nascose Questi il vocabol di quella rivera , Pur com' uom fa délie orribili cose?

^^ E l'ombra che di ciô dimandata era , Si sdebitô cosi : Non so, ma degno Ben è che M nome di tal valle pera ;

^^ Chè dal principio suo (dov'è si pregno L' alpestre monte, ond'ô tronco Peloro, Che in pochi luoghi passa oltra quel segno)

^2 infin là , 've si rende per ristoro

Di quel che il ciel délia marina asciuga , Ond'hanno i fiumi ciô che va con loro,

^* Virtù cosi per nimica si fuga

Da tutti , come biscia, o per sventura Del loco , 0 per mal nso che li fruga ;

Et moi : — Par le milieu de la Toscane s'épand un petit fleuve, qui naît dans le Falterona,^ et qu'un cours de cent milles ne rassasie pas ^.

De ses rives j'apporte ce corps; vous dire qui je suis serait parler en vain , mon nom encore ayant peu retenti.

« Si mon intelligence saisit bien ta pensée , me répondit alors le premier, tu parles de TArno. »

Et l'autre lui dit : « Pourquoi a-t-il caché le nom de cette rivière, comme on le fait des choses horribles?»

• Et celui à qui cette demande était faite , ainsi s'acquitta : « Je ne sais ; mais bien est-il juste que périsse le nom de ce fleuve ,

«Qui, de sa source (où le mont alpestre dont le Pelore ^ est un tronçon , d'eaux abonde tellement , que peu de lieux en cela le surpassent) ,

«Jusque-là où il se rend, pour renouveler ce que le ciel évapore de la mer, d'où les fleuves tirent ce qui avec eux va ®,

«Ne rencontre que gens, qui tous, tenant la vertu pour ennemie , la fuient comme une couleuvre , par le malheur 7 du lieu, ou par la mauvaise habitude qui les aiguillonne. ,

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