II
226 CANTO DECFMOSETTIMO.
^^ Resta , se , dividendo , bene stimo ,
Che il mal che s' ama è del prossimo, ed esso Amor nasce in tre modi in vostro limo.
^^ È chi , per esser suo vicin soppresso , Spera eccellenza, e sol per questo brama Ch'el sia di sua grandezza in basso messo.
^^ È chi podere, grazia, onore, e fama Terne di perder perch' altri sormonti , Onde s'attrista si, che il contraro ama ;
^* Ed è chi per ingiuria par ch' adonti SI , che si fa délia vendetta ghiotto ; E tal convien, che il maie altrui imp^ëHti.
^2 Questo triforme amor quaggiû disotto Si piange ; or vo' che tu dell' altro intende , Che corre al ben con ordine corrotto.
^^ Ciascun confusaraente un bene apprende, Nel quai ai quieti V animo , e désira : Perché di giugner lui ciascun contende.
*^ Se lento amore in lui veder vi tira , O a lui acquistar, questa comice, Dopo giusto penter, ve ne martira.
^^ Altro ben è che non fa l'uom felice ; Non è félicita , non è la buona Essenzia, d'ogni ben frutto e radice.
Donc, si mes divisions sont exactes, le mal qu'on aime est le mal du prochain , et cet amour, sur votre limon , naît de trois manières.
Tel, en opprimant son prochain, espère l'excellence, et pour cela seul il souhaite que de sa grandeur il soit jeté bas ;
Tel craint de perdre pouvoir, faveur, honneurs, renonmiée , si un autre s'élève ; et d'autant plus il s'en attriste, qu'il aime plus le contraire.
Tel d'une injure paraît tant s'irriter qu'il devient* avide de vengeance; et celui-ci force est qu'il cherche le mal d' autrui.
Cet amour triforme ici-dessous se pleure **. A présent, je veux parler de celui qui court au bien d'une manière opposée à l'ordre.
Chacun confusément conçoit un bien où l'âme se repose et le désire ; et chacun s'efforce de l'atteindre.
Si un lent amour vous attire vers lui ^^, pour le voir ou pour l'acquérir, les tourments de cette corniche vous purifient, si a précédé un juste repentir.
11 est un autre bien qui ne rend pas l'homme heureux ** : il n'est point la félicité , il n'est pas la bonne essence de tout bien, ni dans son fruit, ni dans sa racine.
228 CANTO DECIMOSETTIMO.
^^ Vamor, ch'ad esso troppo s'abbandona, Di sovr'a noi si piange per tre cerchi ; Ma corne tripartito si ragiona ,
Tacciolo, acciô che tu per te ne cerchi.
L'amour qui trop s'y abandonne, au-dessus de nous •se pleure dans trois cercles *^; mais comme la raison montre qu'il est triple,
Point n'en parle, afin que par toi-même tu cherches.
CANTO DECIMOTTAVO
* Posto avea fine al suo ragionamento L'alto Dottore, ed attento guardava Nella mia vista s'io parea contente.
2 Ed io , cui nuova sete ancor frugava , Di fuor taceva , e dentro dicea : Forse Lo troppo dimandar, ch'io fo, gli grava.
* Ma quel padre verace, che s'accorse Del timido voler che non s' apriva , Parlando, di parlare ardir mi porse.
^ Ond' io : Maestro , il mio veder s' avviva. Si nel tuo lume, ch'io discerne chiaro Quanto la tua ragion porti, o descriva :
^ Perô ti prego , dolce Padre caro , Che mi dimostri âmore , a cui riduci Ogni buono operare e il suo contraro.
A son discours avait mis fin le grand Docteur, et attentivement il regardait sur mon visage si je paraissais content :
Et moi, que pressait encore une nouvelle soif, je me taisais au dehors , et au dedans je disais : « Peutêtre qu'en trop demandant je le fatigue. »
Mais ce Père vrai, qui s'aperçut du timide vouloir qu'en moi je renfennais, en parlant me donna la hardiesse de parler.
D'où moi : — Maître, tant s'avive ma vue dans ta lumière, que je discerne clairement tout ce que montre et trace ta raison.
Je te prie donc, cher doux Père, de m' enseigner quel est cet amour à quoi tu réduis toute bonne opération et son contraire.
232 CANTO DECIMOTTAVO.
^ Drizza , disse , ver me V acute luci Dello intelletto, e fieti manifesto L'error de' ciechi che si fanno duci.
L'animo, ch'è creato ad ainar presto, Ad ogni cosa è mobile che place, Tosto che dal piacere in atto è desto.
^ Vostra apprensiva da esser verace
Tragge intenzione, e dentro a voi la spiega, Si che r animo ad essa volger face.
^ E se, rivolto, in ver di lei si piega, Quel piegare è amor, quello è natura, Che per piacer di nuovo in voi si lega.
**^ Poi corne il fuoco movesi in altura , Per la sua forma, ch'è nata a salire . Là dove più in sua materia dura ;
^^ Cosi l'animo preso entra in disire, Che è moto spiritale , e mai non posa Fin che la cosa amata il fa gioire.
*2 Or ti puote apparer quant' è nascosa La veritade alla gente ch'avvera Ciascuno amore in se laudabil cosa ;
4^ Perocchè forse appar la sua matera Sempr' esser buona; ma non ciascun segno È buono , ancor che buona sia la cera.
CHANT DÏX-HUITIÈME. 233
— Fixe sur moi , dit-il , les regards pénétrants de l'esprit , et te sera manifeste l'erreur des aveugles qui se font guides.
L'âme , créée pour aimer, se porte vers tout ce qui plaît , sitôt que le plaisir l'éveille à l'action.
De ce qui existe réellement votre puissance perceptive attire l'image*, et la déploie au dedans de vous, de sorte que l'âme se tourne vers elle :
Et si vers elle s' étant tournée , elle s'y incline , ceci est l'amour, ceci est la nature , que le plaisir unit à vous par un nouveau lien.
Et comme le feu se meut en haut , en vertu de sa forme 2, qui le porte à monter là où plus il subsiste dans sa propre matière *,
Ainsi, ayant perçu, l'âme entre en désir, qui est un mouvement spirituel, et jamais ne se repose, qu'elle n'ait joui de l'objet aimé.
Tu peux maintenant voir combien la vérité^ est cachée à ceux qui affirment que tout amour est louable en soi.
11 se peut que bonne en paraisse toujours la matière ; mais tout scel n'est pas bon , bien que la cire soit bonne.
%Zi CANTO DECIMOTTAVO.
** Le tue parole e il mio seguac^ ingçgno, Risposi lui, m' hanno amor di&coverto ; Ma ciô m' ha fatto di dubbiar più pregno :
*^ Che s'amore è di fuori a npi offertQ , E l'anima non va con altro piede , Se dritto o torto va , non è suo merto.
^^ Ed egli a me : Quanto ragion qui vede Dir ti poss'io ; da indi in là t'aspetta Pure a Béatrice, ch'è opra di fede.
^7 Ogni fonna sustanzial, che setta E da materia , ed è con lei unita , Specifica virtude ha in se colletta ,
*® La quai senza operar non è sentita , Ne si dimostra ma che per effetto , Corne per verdi fronde in pianta vita.
^9 Perô, là onde vegna lo intelletto Délie prime notizie, uomo non sape, E de' primi appetibili l'affetto,
2<> Che sono in voi, si come studip in ape Di far lo mêle ; e questa prima voglia Merto di Iode o di biasmo non cape.
2^ Or, perché a questa ogni altra si raccoglia , Innata v'è la virtù che consiglia, E dell'assenso de' tener la soglia.
— Tes paroles et mon esprit qui les suit, répondis-je, m'ont découvert l'amour; mais, de cela même naissent en n[ioi de nouveaux doutes.
Car, si vient du dçhors ce qui détermine l'amour, et que l'âme n'ait point d'avitre moteur, qu'elle aille droit, ou qu'elle dévie , ce n'est pai^ son mérite.
Et lui à moi : — Tout ce cpi'ici voit la raison , je puis te le dire ; pour ce qui est au delà , attends Béatrice ; car c'est sujet de foi.
Toute forme substantielle, distincte de la matière et unie avec elle , a en soi une vertu spécifique ,
Laquelle n'est sentie que par son opération , et ne se manifeste que par son effet , comme la vie dans la plante par le vert feuillage :
Ainsi, d'où vient l'intelligence des premières notions et le sentiment des premiers objets que l'âme appète , l'homme ne le sait ;
Car ils sont en vous comme dans l'abeillç l'instinct de faire le miel : et ce premier désir n'a rien qui mérite louange ou blâme.
Or, afin qu'à elle viennent s'unir toutes les autres, innée en vous est la vertu qui conseille, et qui doit garder le seuil du consentement.
236 CANTO DECIMOTTAVO.
22 Quest'è il priticipio là onde si piglia Cagion di meritare in voi , seconde Che buoni e rei amori accoglie e vîglia.
2* Color che ragionando andaro al fondo , S' accorser d' esta innata libertate ; Per6 moralité lasciaro al mondo.
2* Onde pognam che di necessitate
Surga ogni amor che dentro a voi s' accende, Di ritenerlo è in voi la potestate.
25 La nobile virtù Béatrice intende Per lo libero arbitrio, e perô guarda Che l'abbi a mente, s'a parlar ten prende.
26 La luna, quasi a mezza notte tarda, Facea le stelle a noi parer più rade , Fatta com' un secchion che tutto arda ;
27 E correa contra '1 ciel , per quelle starde Che il Sole infiamma allor che quel da Roma Tra' Sardi e' Corsi il vede quando cade;
28 E queir ombra gentil, per cui si noma Pietola più che villa Mantovana,
Del mio carcar diposto avea la soma.
2^ Perch' io , che la ragione aperta e piana Sovra le mie questioni avea ricolta , Stava com' uom che sonnolento vana.
Celle-ci est le principe qui vous rend capable de mériter, selon qu'il accueille et choisit les bons et les mauvais amours.
Ceux dont la raison a été au fond, ont reconnu cette liberté innée , et ils ont ainsi conservé la morale dans le monde.
D'où, supposé que tout amour, qui au dedans de vous s'enflamme, y naisse nécessairement , en vous est la puissance de le contenir.
Par libre arbitre, Béatrice^ entend la noble vertu ; aie soin de t'en souvenir, si elle t'en parle.
La lune, qui avait retardé son lever presque jusqu'au milieu de la nuit ^, semblable à un bassin embrasé , nous faisait paraître les étoiles plus rares ,
Et à rencontre du ciel ^, elle parcourait la route que le soleil enflamme, alors qu'à son déclin ceux de Rome le voient entre les Sardes et les Corses ^ :
Et cette noble ombre par qui plus renommée est Pietola ® que la cité Mantouane , avait déposé le fardeau dont je l'avais chargée ^.
Par quoi , mes questions ayant reçu des réponses claires et simples, j'étais comme un homme qui, à demi endormi, rêve.
238 CANTO DECIMOTTAVO.
*^ Ma questa sonnolenza mi fu tolta Subitamente da gente, che dopo Le nostre spalle a noi era già volta.
** E quale Ismeno già vide ed Asopo Lungo di se di notte furia e caica , Pur che i Teban di Bacco avesser uopo ;
*2 Taie per quel giron suo passd falca, Per quel ch'io vidi, di coloi*, Venendo, Gui buon volere e giriétô amôl' cavalca.
** Tosto fur soVra noi , perché correndo Si movea tutta quella turba magna ; E duo dinanzi gridavan piangendo :
*^ Maria corse con fretta alla montagna ; E Cesare, per suggiugare Uerda, Punse Marfeilia , e poi corse in Ispagna.
^* Ratto, ratto, chè il tempo non si perda Per poco amor, gridavan gli altri appresso ; Chè studio di ben far grazia rinverda.
*^ 0 gente, in cui fervore acuto adesso Ricompie forse negligenza e indugio Da voi per tepidezza in ben far messo ,
*^ Questi che vive (e certo io non vi bugio) Vuole andar su, purchè il Sol ne riluca ; Perô ne dite ond' è presso il pertugio.
CHANT DIX-HUITlÈMri:. 239
Mais cette somnolence dissipèrent subitement des gens qui, derrièi-e nous, se hâtaient,
Et, comme jadis l'Ismène*^ et l'.4sope voyaient, de nuit, courir sur leurs bords une foule ardente, quand les Thébains avaient besoin de Bacchus ;
Ainsi , par ce que je vis de ceux qui venaient, dans ce cercle presse le pas celui qu'emporte un bon vouloir et un juste amour.
Us nous eurent bientôt joints, car en courant allait toute cette grande troupe, et, devant elle, deux criaient en pleurant :
«Marie avec hâte courut à la montagne**, et, pour subjuguer Ilerda, César investit Marseille, et courut en Espagne *2. —
«Vite, vite! que par peu d'amour point ne se perde le temps ! » criaient tous les .autres qui suivaient ; « le zèle de bien faire fait reverdir la grâce. »
— O gens, en qui maintenant une vive ferveur compense peut-être la négligence et le retard que, par tiédeur, vous avez mis à accomplir le bien.
Celui-ci, qui vit (et certainement je ne vous mens pas), veut aller 6n haut, pourvu que le soleil nous éclaire : dites-nous donc où est le plus près passage.
240 CANTO DECIMOTTAVO.
^® Parote furon queste del mio Duca : ^
Ed un di quegli spirti disse : Vieni ' '* Diretr'a noi, che troverai la buca.
*® Noi siam di voglia a moverci si pieni, '
Che ristar non potem; perô perdona, ^^
Se villania nostra giustizia tieni. ?^
^^ V fui Abate in San Zeno a Verona, '
Sotto lo imperio del buon Barbarossa , P
Di oui dolente ancor Melan ragiona. '^
^* E taie ha già l'un piè dentro la fossa,
Che tosto piangerà quel monistero , - E tristo fia d' avervi avuta possa ; ?^
^2 Perché suo figlio, mal del corpo intero,
E délia inente peggio , e che mal nacque , S
Ha posto in luogo di suo pastor vero. |
^^ Jo non so se più disse, o s'ei si tacque, Tant' era già di là da noi trascorso ; Ma questo intesi , e ritener mi piacque.
^4 E quei, che m' era ad ogni uopo soccorso , Disse : Volgiti in qua, vedine due Air accidia venir dando di morso.
*^ Diretro a tutti dicean : Prima fue Morta la gente, a cui il mar s'aperse, Che vedesse Giordan le rede sue.
Ainsi parla mon Guide; et l'un de ces esprits dit : « Viens derrière nous , tu trouveras l'entrée.
« De nous mouvoir si désireux nous sommes, que nous ne pouvons nous arrêter; ainsi pardonne, si te paraît rudesse l'effet de la justice en nous.
« Je fus abbé de San-Zeno de Vérone **, sous l'empire du bon Barberousse, de qui avec douleur parle encore Milan ^K
« Et tel a déjà un pied dans la fosse, que bientôt fera pleurer ce monastère, et qui s'attristera d'y avoir eu puissance *^ ;
«Parce que son fils, difforme de tout le corps, et d'âme pire, et qui mal naquit, y tient la place du vrai pasteur. »
Je ne sais s'il en dit plus ou s'il se tut, tant il nous avait devancés; mais cela j'entendis, et il me plut de le retenir.
Et celui qui en tout besoin m'avait secouru , dit : Tourne-toi par ici, et vois-en deux venir en gourmandant la paresse.
Derrière tous les autres ils disaient : « Moururent ceux pour qui la mer s'ouvrit, avant que le Jourdain vît ses héritiers ^^ ;