II
ut CANTO DECIMOTTAVO-
** E quella, che Faffanno non sofFerse Fino alla fine col figliuol d' Anchise , Se stessa a vita senza gloria offerse.
*7 Poî quando fur da noi tanto divise Queir ombre, che veder piû non potersi, Nuovo pensier dentro da me si mise,
^ Del quai più altri nacquero e diversi : E tanto d'uno in altro vaneggiai, Che gli occhi per vaghezza ricopersi ,
E il pensamenèo in sogno tpasmutai.
t Et ceux qui, jusqu'à la fin ne supportèrent pas la fatigue avec le fils d' Anchise , et se plongèrent euxmêmes dans une vie sans gloire. »
Puis, quand ces ombres furent si loin de nous qu'on ne les pouvait plus voir, en moi entra un nouveau penser.
Duquel divers autres naquirent, et de l'un à l'autre tant j'ondoyai, que dans le vague mes yeux se fermèrent.
Et la penaée ee transforma en songe»
CANTO DECIMONONO
* Neir ora che non puô il calor diumo Intepidar più il freddo délia luna , Vinto da Terra o talor da Saturno ;
2 Quando i geomanti lor maggior fortuna Veggiono in oriente, innanzi all'alba , Surger per via^che poco le sta bruna ;
* Mi venne in sogno una femmina balba , Con gli occhi guerci , e sovra i piè distorta , Con le man monche , e di colore scialba.
* lo la mirava; e, come il Sol conforta Le fredde membra che la notte aggrava, Gosl lo sguardo mio le facea scorta
* La lingua, e poscia tutta la drizzava In poco d' ora , e lo smarrito volto , Com'amor vuol, cosi le colora va.
Alors que la chaleur du jour, vaincue par la Terre , ou quelquefois par Saturne , ne peut plus attiédir le froid de la Lune*;
Quand les Géomanciens voient , avant l'aube, leur Fortune majeure * surgir dans TOrient , par un chemin qui longtemps ne reste pas obscur :
M' apparut en songe une femme bègue, aux yeux louches, courbée sur ses jambes torses, mutilée des mains , et de couleur blafarde.
Je la regardais : et comme le soleil ranime les froids membres engourdis par la nuit, ainsi mon regard délia sa langue,
Puis, en peu dMnstants, la redressa tout entière, et colora, comme le veut Tamour, son visage défait.
«16 GANTO DEGIMONONO.
Poi ch'ella avea il parlar cosl dîscîolto, Cominciava a cantar si^ che con pena Da lei avrei mio intente rivolto.
7 lo son , cantava , io son doice sirena , Che i marinari in mezzo al mar dismago ; Tante son di piacere a sentir piena.
® Io volsi misse del suo cammin vago Al canto mio ; e quai meco s'ausa Rado sen parte, si tutto Tappago.
^ Ancor non era siia boccà richiusa , Quaïido una donna apparve santa e prestà Lunghesso me per far colei confusa.
^^ 0 Virgilio, Virgilio, chi è qùestd?
Fieramente dicea : ed ei venîva, Con gli ôcchi fitti pure in quella onesta.
** L'altra prendeva, e dinan^i Tapriva
Fefldettdo i drappi, e nfiostravâmi il ventre : Quel mi svegliôcol puzzo che n'usciva.
*2 r volsi gli occhi ; e il buon Virgilio : Alraetitre Voci t' ho messe , dîcea : surgi e vieni, Troviam la porta per la quai tu enire.
^* Su mi levai, e tutti eran già pienî DéH'èlto di'! girott dél sacro monte, E andavam col Sol nuovo aile reni.
Lorsque ainsi elle eut le parler libre , elle se mit à chanter de telle sorte, que je n'eusise pu qu'avec peine détourner d'elle mon attention.
« Je suis , chantait-elle, je suis la douce Sirène qui, au milieu de la mer, égare les mariniers; tant de m' ouïr le plaisir est grand.
t De sa route errante j'attirai Ulysse à mon chant: qui s'accointe avec moi, rarement më quitte , si pleinement je le satisfais. »
Sa bouche ne s'était pas encore refermée, quand soudain près de moi apparut une femme sainte , .pour la confusion de celle-Iâ.
— 0 Virgile , Virgile , qui est celle-ci? vivement disais- je. Et lui venait, les yeux fixée seulement sur cette femme pudique \
Il prenait l'autre, et fendant ses vêtements, par devant il la découvrait et me montrait le ventre : la puanteur qui s'en exhalait me réveilla.
Je tournai les yeux, et le bon Virgile : — Trois fois au moins, dit-il, je t'ai répété : Lève- toi et viens. Cherchons l'ouverture par où tu puisses entrer.
Je me levai. Déjà le jour remplissait tous les cercles du sacré mont, et nous allions, les reins tournés vers le soleil nouveau.
tl8 GANTO DBGIMONONO.
^* Seguendo lui , portava la mia fronte Corae colui che Y ha di pensier carca , Ghe fa di se un mezzo arco di ponte ;
^^ Quand' io udi' : Venite, qui si varca : Parlare in modo soave e benigno, Quai non si sente in questa mortal marca.
^« Con Taie aperte che parean di cigno, Volseci in su colui che si parlonne, Tra i duo pareti del duro macigno.
^7 Mosse le penne poi e ventilonne.
Qui lugent affermando esser beati , Ch' avran di consolar Y anime donne.
^s Che hai, che pure in ver la terra guati? La Guida mia incominciô a dirmi, Poco ambedue daU'Angel sormontati.
^^ Ed io : Gon tanta suspizion fa irmi Novella vision ch' a se mi piega , Si ch'io non posso dal pensar partirmi.
20 Vedesti, disse, quell'antica strega, Ghe sola sovra noi omai si piagne ?
Vedesti come Tuom da lei si slega?
24 Bastiti, e batti a terra le calcagne, Gli occhi rivolgi al logoro, che gira Lo rege eterno con le rote magne.
CHANT DIX-NfiUTlËME. t4$
En le suivant^, je portais le firont comme qui Fa chargé de p»sas , rt qui fait de soi un d»m-arc de pont.
Lorsque fentaidis : tTenez, ici Ton passe! > d^un parler si doux et si affectnrax , que de pareil on n^en entend point dans ce séjour mortd.
. Ouvrant ses ailes, semblables à celles du cygne, celui qui ainsi nous avait parlé, nous dirigea en haut entre les parois du dur rocher.
Sur nous ensuite il agita les pennes, qui lugent déclarant heureux ^, parce que leurs âmes seront consolées*.
— Qu*as-tu, qu'à terre seulement tu regardes? nie dit mon Guide , ayant tous deux l'Ange un peu audessus de nous.
Et moi : — Si soucieux vais-je, à cause de la nouvelle vision, qui tant m'obsède que je ne puis cesser d'y penser.
— Tu as vu , dit-il, cette antique magicienne qui , seule désormais, au-dessus de nous se lamente ^, et tu as vu comment l'homme se dégage d'elle.
Que cela te suffise, et de tes talons frappe la terre : tourne les yeux vers le leurre que te montre le Roi étemel dans ses orbes immenses.
«50 CANTO DECCMONONO.
^ Quale il falcon che prima a' piè si mira. Indi si voige al grido, e si protende , Per lo disio del pasto che là il tira ;
** Tal mi fec' io , e tal , quanto si fende La roccia per dar via a chi va suso , N'andai infirt dove iî cerchiar si prende.
** Com'io nel quinto giro fui dischiuso , Vidi génté pfer esi^ che piangea, Giacendo a terra tutta voila in giusô.
*5 Adhœsit pavimento anima mea^ Sentia dir lor con si alti sospiri, Che la parola appena s'intendea.
*• 0 eletti di Dio, gli cui soffriri E giustizia e speranza fan mén duri, Drizzate noi verso gli alti saliri.
^ Se voi venite dal giacer sicuri, E voleté trovar la via più tosto, Le vostre destre sien sempre di furi.
28 Cosi pregô il Poeta, e si risposto Poco dinanzi a noi ne fu ; per ch'io Nel parlare avvisai Taltro nascosto;
2^ E volsi gli occhi allora al Signor mio : Ond'elli m'assenti con lieto cenno Ciô che chiedea la vista del disio.
CHANT DIX-NBUYIÈMB. t54
Tel que le foacon, qui d'abord regarde ses pieds, se tourne ensuite au cri , et s' élance par le désir de la pâture qui devant Tatthre,
Tel devins- je, et tel, aussi loin que se fend le rocher pour diemner passe^e à qui monte, allai-je jusque-là où commence le circuit
Lorsque, libre, je fus dans le cinquième cercle, j'y vis deis gens qui , gisants à terre la facô en bas , pleuraient.
Adhœsit pavimento anima tnëa^y je les entendais dire, avec des soupirs si profonds, que l'on distinguait à peine les paroles.
— O élus de Dieu , dont la justice et l'espérance rendent les souffrances moins dures, dirigez-nous vers les hauts degrés. —
tSi vous venez sans avoir à craindre d'être ici gisants, et voulez trouver le chemin le plus court, que votre droifcé soit toujours ett dehors *. »
Ainsi piria le Poëte , et ainsi il lui fut r^ondu d'un peu au-devâôt de mus; Et= tiloi , par le parler, je discernai celui qui était caché* ;
Et je tournai les yeux vers mon Seigneur, qui, avec un signe de contentement, m'accorda ce que demandait le régatd du déâÂr.
252 CANTO t)BClMONONO.
^ Poi ch'io potei di me fare a mio senno, Trassimi sopra quella creatura, Le cui parole pria notar mi fenno ,
*^ Dicendo : Spirto, in cui pianger matm*a Quel, sanza il quale a Dio tomar non puossi, Sosta un poco per me tua maggior cura.
*2 Chi fosti, e perché vôlti avete i dossi Al su, mi di, e se vuoi ch'io t'impetri Cosa di là ond' io vivendo mossi.
** Ed egli a me : Perché i nostri diretri Rivolga il cielo a se , saprai : ma prima , Scias quod ego fui successor Pétri.
*^ Intra Siestri e Chiaveri s' adima Una fiumana bella, e del suo nome Lo titol del mio sangue fa sua cima*
*5 Un mese e poco più prova'io come
Pesa il gran manto a chi dal fango il guarda, Ghe piuma sembran tutte Taltre some.
** La mia conversione, oimè I fu tarda : Ma, come fatto fui Roman Pastore, Gosl scopersi la vita bugiarda.
*7 Vidi che 11 non si quetava il core. Né più salir potiesi in quella vita :
Perché di questa in me s'accese amore.
Quand je fus maître de disposer de moi, je m'approchai de cette créature que ses paroles m'avaient fait remarquer,
Disant : — Esprit , en qui le pleurer mûrit ce sans quoi tu ne peux retourner à Dieu^^, suspends un peu pour moi ton plus grand souci.
Qui tu fus, et pourquoi vos dos sont tournés en haut, dis-moi, si tu veux que je t'obtienne quelque chose là d'où je suis parti vivant.
Et lui à moi : « Pourquoi veut le ciel que vers lui nos dos soient tournés, tu le sauras; mais, auparavant, scias quod ego fui successor Pétri ^K
« Entre Siestri et Chiaveri ^^ descend une belle rivière, de laquelle originairement ma race tire son nom.
t Durant un mois et un peu plus, j'éprouvai combien pèse le grand manteau à qui veut le préserver de la fange : paraîtraient une plume tous les autres fardeaux.
«Ma conversion, hélas! fut tardive; mais, quand je fus fait Pasteur romain, je connus la vie menteuse.
« Je vis que là ne s'apaisait point le cœur, et que , dans cette vie, on ne pouvait monter plus haut; ce pourquoi de celle-ci en moi s'enflamma l'amour.
tfU CANTO DECmONOllO.
^^ Fino a quel punto misera e partita Da Dio aijiiina fui^ <tel tuiko avara : Or, çome vedi, qui ne son punita.
^^ Qud ch'avarizia fa, qui si diebiara In purgazion delF anime converse, E nulla pena il monte ha più amara.
*® Si corne l'occhio nostro non s'adaiise In alto, fisso aile cose terrene, Cosl giustizia qui a terra il merse.
^ Come avarizia spense a ciascun bene Lo nostro amore, onde operar perdèsi, Cosi giustizia qui stretti ne tiene
^* Ne'piedi e nelle man legati e près! ; Ë quanto fia piacer del giusto Sire, Tanto staremo immobili e distesî.
^* lo m* era inginocchiato , c volea dire ; Ma comMo cominciai, ed ei s'accorse.
Solo ascoltando, del mio riverire :
** Quai cagion , disse , in giù cosi ti torse? Ed io a lui : Per vostra dignitate Mia coscienza dritta mi rimorse.
^^ Drizza le gambe, e levati su, frate, Rispose ; non errar, conservo scmîo Teco e con gli altri ad una potestate.
CHANT DIX-NEUVIÈME. Wi'
t Jusque-là misérable et séparée de Dieu fut mon âme tout avare : maintenant, pomme tu vois, j'en suis ici puni.
«Ce qu'ppère l'avaricç, se mftnifpste ici dans la position renversée des ânaes qui se purifient; et le mont n'a point de peine plus amère.
« Comme nos yeux , ftxés sur le$ choses terrestres , ne se tournèrent point en haut , ainsi la justice ici les attache à terre :
« Et comme ravar|ce éteignit en npus tiQut amour du bien , par quoi se perd l'opérer ^^, ainsi la justice ici nous tient resserrés ,
«Liés et pris des pieds et des mains, et tant qu'il plaira au Seigneur juste, nous resterons étendus immobiles. »
Je m'étais agenouillé , et je voulais parler ; mais , comme je commençais , s'étant aperçu , par l'ouïe seulemept, de mon acte respectueux,
«Pourquoi, dit-il,. ainsi te courbes-tu?» Et moi à lui: — Parce que m'en presse ma droite conscience , à cause de votre dignité.
« Redresse tes jambes et lève-toi , frère , réponditil : ne te trompe point. Comme toi et comme les autres, d'une seule Puissance je suis le serviteur.
Î56 CANTO DECîMONONO.
^* Se mai quel santo evangelico suono, Che dice Neqvs nubent, intendesti, Ben puoi veder perch'io cosi ragiono.
*^ Vattene oraai ; non vo' che più f arrestî , Che la tua stanza mio pianger disagia, Col quai raaturo ciô che tu dicesti.
*® Nepote ho îo di là c' ha nome Alagia, Buona da se, purchè la nostra casa Non faccia lei per esemplo malvagia ;
E questa sola m' è di là rimasa.
CHANT DIX-NEUVIÈME. t57
tSi cette parole évangélique neque nubent^^ tu entendis jamais, bien peux-tu voir pourquoi ainsi je parle.
«Va maintenant, je ne veux pas que tu t'arrêtes davantage ; car ta présence gêne le pleurer avec lequel je mûris ce que tu as dit.
«J'ai là ^5 une nièce nommée Alagia, bonne de soi, pourvu que, par l'exemple, notre maison ne la rende pas mauvaise :
« Elle seule m'est restée là. »
Ç4NT0 VEKTESIMO
* Contra miglior voler, voler mal pugna ; Onde contra il piacer mio , per piacerli , Trassi delV acqua non sazia la spugna.
* Mossimi , e il Duca mio si mosse per li Luoghi spediti pur lungo la roccia, Come si va per murp stretto a' merli ;
* Chè la gente che fonde a goccia a goccia Per gli occhi il mal che tutto il mondo occupa, Dall'altra parte in fuortroppo s'approccia.
Maledetta sie tu, antica lupa,
Che più che tutte Taltre bestie hai preda ,
Per la tua famé senza fine cupa !
* 0 ciel, nel cui girar par che si creda Le condizion di quaggiii trasmutarsi, Quando verra per cui questa disceda?
Contre un plus fort vouloir, mal combat un autre vouloir; ainsi, contre ce qui me plaisait, pour lui plaire^ je retirai de Teau l'éponge non rassasiée K
Je m'avançai , et mon Guide s'avança par l'espace libre 2, le long de la rampe, comme on va par un étroit mur crénelé,
La gent qui, par les yeux, goutte à goutte, verse le mal dont tout le monde est plein ^, s' approchant trop en dehors \
Maudite sois-tu, antique louve, qui, plus que toutes les autres bétes, abondes de proie pour ta faim sans fond I
0 ciel , dont on parait croire que les mouvanents changent la condition des choses d'ici-bas, quand viendra celui ^ par lequel s'en ira celle-ci?
960 CANTO VENTESIMO.
• Noi andavara co' passi lenti e scarsi, Ed io attento air ombre chT sentia Pietosamente pianger e lagnarsi :
^ E per Ventura udi' : Dolce Maria : Dinanzi a noi chiamar cosl nel pianto , Corne fa donna che in partorir sia;
® E seguitar : povera fosti tanto,
Quanto veder si puô per queU'ospizio, Ove sponesti il tuo portato santo.
® Seguentemente intesi : 0 buon Fabrizio, Con povertà volesti anzi virtute, Che gran ricchezza posséder con vizio.
^^ Queste parole m' eran si piaciutë , Ch'i' mi trassi oltre per aver contezza Di quello spirto', onde parean venute.
^* Esso parlava ancor délia larghezza Che fece Niccolao aile pulcelle, Per condurre ad onor lor giovinezza.
^ 0 anima, che tanto ben favelle, Dimmi chi fosti, dissi, e perché sola Tu queste degne Iode rinnovelle?
^* Non fia senza mercè la tua parola , S'i' ritorno a compièr lo cammin corto Di quella vita ch'al termine vola.
Nous allions à pas lents et rares, et j'étais attentif aux ombres que j'entendais pitoyablement pleurer et se plaindre ,
Lorsque, de fortune, j'ouïs douce Marie devant nous appeler au milieu de ces pleurs, comme la femme en travail d'enfant ,
Et ajouter : « Aussi pauvre tu fus qu'on le peut voir par le réduit où tu déposas ton fruit saint. »
J'entendis ensuite : « O bon Fabricius , tu aimas mieux la pauvreté avec la vertu, que de grandes richesses avec le vice. »
Tant me plurent ces paroles, que je m'avançai pour connaître l'esprit de qui elles paraissaient venir.
11 parlait aussi de la largesse que fit Nicolas aux jeunes vierges, pour conserver pur leur honneur®.
— 0 âme qui si bien discours, dis-moi qui tu fus, dis-je, et pourquoi seule tu renouvelles ces dignes louanges.
Tes paroles ne seront point sans récompense , si je reviens accomplir le court chemin de cette vie qui vole vers son terme.
t6« CANTO VENTESIMO.
^* Ed egli : l' ti dirô , non per conforte Ch'io attenda di là, ma perché tanta Grazia in te luce prima che sie morto.
** r fui radice délia, mala pianta , Che la terra cristiana tutta aduggia Si , che buon frutto rado se ne schianta.
*® Ma se Doagio, Guanto, Lilla e Bruggia Potesser, tosto ne saria vendetta ; Ed io la cheggio a lui che tutto giuggia.
^7 Chiamato fui di là Ugo Ciapetta :
Di me son nati i Filippi e i Luigi, Per cui novellamente è Francia retta.
** Figliuol fui d'un beccaio di Parigi. Quando li régi antichi veimer meno Tutti, fuor ch'un renduto in panni bigi,
^* Trova'mi stretto nelle mani il freno Del governo del regno, e tanta posȈ Di nuovo acquisto, e si d'amici pieno,
*^ Ch'alla corona vedova promossa La testa di mio iiglib fu , dal quale Cominciar di costor le sacrate ossa.
2^ Mentre che la gran dote Provenzale Al sangue mlio non toise ta \nergogna , Poco valea, ma pur non facea mate.
Et lui : « Je te parlerai , non pour confort que j'attende de là , mais à cause de la grâce singulière qui reluit en toi avant que tu sois mort.
« Je fus la racine de la mauvaise plante^ qui tellement de son ombre couvre la terre chrétienne , que rarement il s'y cueille un bon fruit.
• Si Douai, Gand, Lille * et Bruges pouvaient, prompte en serait la vengeance , et je la demande à celui qui juge tout.
« Je fus appelé là Hugues Capet : de moi sont nés les Philippe et les Louis, par qui nouvellement est régie la France.
«Je fus fils d'un boucher de Paris. Lorsque les anciens Rois vinrent à manquer tous, hors un qui avait endossé la robe grise ^,
« Je me trouvai ayant en main le frein du gouvernement du royaume , et si puissant par de nouveaux acquêts, et entouré de tant d'amis,
« Qu'à la couronne veuve fut pfonîue la tété de mon fils, par qui de ceux-là commença la raCe exécrable.
« Jusqu'à ce que la grande dot de Provence ® eût à mon sang ôté toute pudeur, pe\i il Valait, mais du moins il ne faisait pas de mal.
t6i CANTO VENTESIMO.
^ Ll cominciô con forza e con menzogna La sua rapina ; e poscia , per ammenda , Pontl et Normandia prese, e Guascogna.
** Carlo venne in Italîa , e per ainmenda , Vittima fe di Curradino ; e poi Ripinse al ciel Tommaso, per ammenda.
** Tempo vegg' io non molto dopo ancoi Che tragge un altro Carlo fuor di Francia , Per far conoscer meglio e se e i suoi.
'* Senz'arme n'esce, e solo con la lancia Con la quai giostrô Giuda; e quella ponta Si , ch' a Fiorenza fa scoppiar la pancia.
** Quîndi non terra , ma peccato ed onta Guadagnerà , per se tanto più grave, Quanto più lieve simil danno conta.
2^ L' altro , che già use! preso di nave, Veggio vender sua figlia , e patteggîame, Come fan li corsar dell' altre schiave.
*^ O avarizîa, che puoi tu più farne, Poi c' haiil sangue mio a te si tratto , Che non si cura délia propria carne?
2^ Perché men paia il mal futuro e il fatto , Veggio in Alagna entrar lo fiordaliso, E nel Vicario suo Cristo esser catto.
« Alors, par la force et le mensonge, commencèrent leurs rapines : ensuite, pour amende ^o, ils prirent le Ponthois , la Normandie et la Gascogne.
«Charles vint en Italie, et, pour amende, fit de Conradin une victime^*, et au ciel renvoya Thomas ^^^ pour amende.
« Peu après , je vois un temps où de France est attiré un nouveau Charles ^^, pour que mieux soient connus et lui et les siens.
« Il en sort sans armée , seul avec la lance ^^ avec laquelle jouta Judas , et si bien que de Florence elle ouvre le flanc.
« Par là point de terre il ne gagnera , mais péché et honte, pour lui d'autant plus pesants, que plus léger lui semblera un pareil dommage.
«L'autre qui sortit ensuite ^5, je le vois, pris sur un navire , vendre sa fille , et en trafiquer comme les corsaires des autres esclaves.
« 0 avarice , quoi de plus peux-tu faire des miens , après qu'à toi tellement tu les as attirés , que point ils n'ont souci de leur propre chair?
« Pour que moindre paraisse le mal futur et le mal fait, je vois dans Alagna ^^ entrer le lis , et dans son vicaire le Christ captif.
266 CANTO VENTESIMO.
*^ Veggiolo un'altra volta esser deriso; Veggio rinnovellar l'aceto e il fêle, E Ira nuovi ladroni essere anciso.
^^ Veggio il nuovo Pilato si crudele, Che ciô nol sazia , ma , senza decreto , Porta nel tempio le cupide vêle.
^2 0 Sîgnor mio, quando sarô io lieto A veder la vendetta, che nascosa Fa dolce Y ira tua nel tuo segreto I
*^ Ciô ch'i' dicea di quelFunica sposa Dello Spirito Santo, e che ti fece Verso me volger per alcuna chiosa ,
*^ Tant' è disposto a tutte nostre prece , Quanto il di' dura ; ma , quando s'kntiotta , Contrario suon prendemo in quella vece.
^^ Noi ripetiam Pigmalion allotta , Cui traditore e.ladro e patricida Fece la voglia sua dell'oro ghiotta;
^^ E la miseria delFavaro Mida, Che segui alla sua dimanda ingorda , Per la quai sempre convien che si rida.
^7 Del folle Acam ciascun poi si ricorda^ Corne furô le spoglie, si che Tira Di Josuè qui par che ancor lo morda.
« Je le vois moqué une autre fois : je le vois derechef abreuvé de vinaigre et de fiel, et mis à mort^^ entre deux voleurs vivants.
«Je vois le nouveau Pilate, si cruel que, non assouvi encore, il porte, sans rescrit, ses vt>iles avides dans le temple ^®.
« O mon Seigneur, quand joyeux verrai -je la vengeance cachée dont jouit en secret ta colère 1
« Ce que je disais de cette unique épouse de TEsprit saint ^^, sur quoi pour f enquérir tu t'es tourné vers moi,
«Nous le redisons dans nos prières, pendant que le jour dure; mais, quand vient la nuit, nos voix prennent un ton contraire ^o.
« Alors nous parlons de Pygmalion^^, que traître et voleur et parricide fit l'insatiable désir de l'or ;
«Et de la misère de l'avare Midas^s, suite de l'avide demande qui doit le rendre à jamais un objet de risée.
« Puis chacun se rappelle l'insensé Achan '*, comment il déroba le butin , et il semble qu'ici le châtie encore la colère de Josué.
S6S CANTO VENTESIMO.
*® Indi accusiam col raarito Safira :
Lodiamo i calci ch'ebbe Eliodoro; Ed in infamia tutto il monte gira
*® Polinestor che ancise Polidoro.
Ultimamente ci si grida : Crasso, Dicci, chè '1 sai, di che sapore è Toro.
. *® Talor parliam l' un alto , e Y altro basso , Secondo Taffezion ch'a dir ci sprona, Ora a maggiore, ed ora a minor passo.
*^ Perô al ben che il di'ci si ragiona , Dianzi non er' io sol ; ma qui da presso Non alzava la voce altra persona.
^2 Noi eravam partît i già da esso , E brigavam di soverchiar la strada Tanto, quanto al poder n'era permesso ;
** Quand' io senti', corne cosa che cada, Tremar Io monte : onde mi prese un gielo, Quai prender suol celui ch'a morte vada.
^^ Certo non si scotea si forte Delo Pria che Latona in lei facesse il nido A parturir li due occhi del cielo.
^5 Poi cominciô da tutte parti un grido Tal , che '1 Maestro in ver di me si feo , Dicendo : Non dubbiar, mentr' io ti guido.
« Ensuite nous accusons Saphira avec son mari ^^ ; aux ruades que reçut Héliodore^^ nous applaudissons, et tout le mont roule dans l'infamie
t Polymnestor 26 qui tua Polydore. Enfin, ici Ton crie : 0 Crassus, dis -nous, puisque tu le sais, quel goût a l'or?
«L'un parle haut, et l'autre bas, selon le sentiment qui nous excite à parler avec plus ou moins de véhé mence. »
Cependant à écouter le bien que de jour on rappelle, je n'étais pas seul ; mais là auprès était une autre personne qui n'élevait pas la voix.
Nous avions quitté cet esprit, et nous tâchions de gagner du chemin autant que nos forces nous le permettaient ,
Lorsque je sentis trembler le mont comme une chose qui tombe : d'où je fus pris d'un frisson semblable à celui qui saisit l'homme qu'on mène à la mort.
Si fortement ne trembla pas Délos^^, avant que Latone y eût fait le nid où elle enfanta les deux yeux du ciel.
Puis retentit de toutes parts un cri tel , que le Maître se tourna vers moi, disant : — Ne crains rien, pendant que je te guide.
t70 CANTO VBNTESIMO.
*^ Gloria in excelsiSj tutti, Deo^ Dicean, per quel ch'k) da vicin compresi, Onde intender lo grido si poteo.
*2 Noi ci restammo iminobili e sospesi, Corae i pastor che prima udir quel canto. Fin che '1 tremar cessô , ed ei compièsi.
^ Poi ripigliammo nostFO cammin santo , Guardando l'ombre che giacean per terra, Tomate già in su l'usato pianto.
*^ Nulla ignoranza mai con tanta guerra Mi fe desideroso di sapere, Se la memoria mia in cio non erra ,
^^ Quanta parémi allor pensando avère : Ne per la fretta dimandare er' oso.
Ne per me 11 potea cosa vedere.
Cosi m' andava timido e pensoso.
9i Gloria in eœcelsis Deo!» tous disaient, selon que je le compris , lorsque de plus près je pus entendre le cri.
Nous demeurâmes immobiles et en suspens, comme les pasteurs qui les premiers ouïrent ce chant 28, jusqu'à ce que, le tremblement ayant cessé, le chant aussi cessa.
Puis nous reprîmes notre route sainte, regardant les ombres qui gisaient à terre , et qui déjà étaient retournées aux pleurs accoutumés.
Contre aucune ignorance qui me rendît désireux de savoir, je n'eus jamais $i grand combat , si ma mémoire en cela n'erre pas.
Que n'était celui qu'en ma pensée il me semblait alors avoir ; et, à cause de la hâte, je n'osais demander, et là par moi-même je ne pouvais rien voir :
Ainsi je m'en allais timide et pensif.
CANTO VENTESIMOPRIMO
* La sete natural , che mai non sazia ,
• Se non con l'acqua onde la femminetta Samaritana dimandô la grazia,
Mi travagliava , e pun gérai la fretta Per la impacciata via rétro al mio Duca , E condolièmi al!a giusta vendetta.
* Ed ecco, si corae ne scrive Luca ,
Che Cristo apparve a' duo ch'erano in via , Già surto fuor délia sepucral buca,
* Ci apparve un' ombra , e dietro a noi venia Dappiè guardando la turba che giace ; Ne ci addemmo di lei, si parlô pria ,
5 Dicendo : Frati miei , Dio vi dea pace Noi ci volgemrao subito , e Virgilio Rende lui '1 cenno ch'a ciô si conface.
La soif naturelle * qu'apaise seule Teau qu'en grftce demanda la pauvre femme samaritaine *,
Me tourmentait, et par la route embarrassée me hâtant à la suite de mon Guide , je me condoulais de la juste vengeance;
Quand voilà que, comme en Luc il est écrit que le Christ, sorti du sépulcre, apparut à deux de ses disciples en voyage ,
Nous apparut une ombre : derrière nous elle venait, regardant la troupe gisante à ses pieds. Nous ne l'avions point aperçue, de sorte que la première elle parla ,
Disant : « Mes frères, que Dieu vous donne la paix. » Soudain nous nous retournâmes, et Virgile lui rendit le salut qui convenait au sien.
27i GANTO YBNTESIMOPRIMO.
• Poi comînciô : Nel beato concilio Ti ponga in pace la verace corte , Che me rilega nell' eterno esilio.
Corne! diss'egli (e parte andavam forte), Se voi siete ombre che Dio su non degni , Chi v' ha per la sua scala tanto scorte?
E il Dottor mio : Se tu riguardi i segni Che questi porta e che TAngel proffila , Ben vedrai che co' buon convien ch' e' regni.
^ Ma po' colei che di' e notte fila.
Non gli avea tratta ancora la conocchia, Che Cloto impone a ciascuno e compila ;
*^ L'anima sua , ch'è tua e mia'sirocchia , Venendo su , non potea venir sola ; Perô ch'al nostro modo non adocchia :
** Ond'io fui tratto fuor deU'ampia gola D-infemo per mostrarli, e mostreroUi Oltre , quanto '1 potrà menar mia scuola.
^* Ma dinne, se tu sai, perché tai croUi Diè dianzi il monte, e perché tutti ad una Parver gridare infino a' suoi piè molli?
** Si mi dié dimandando per la cruna Del mio disio , che pur con la speranza Si fece la mia sete men digiuna.
CHANT VINGT-UNIÈMB. 175
Puis il commença : — Que dans l'assemblée bienheureuse t'introduise en pabc le juste Juge qui me relègue dans un éternel exil. .
tSi vous êtes, dit-elle en continuant d'aller, des ombres que Dieu ne daigné pas admettre Ht -haut, qui vous a ainsi conduits par cet escalier ? »
Et mon Maître : — Si tu regardes les signés que porte celui-ci, et que l'Ange a tracés, bien verras-tu qu'avec les bons il doit régner.
Mais, parce que celle qui jour et nuit file, n'avait pas encore épuisé la quenouille que Glotho dispose et mesure pour chacun ,
Son âme, sœur de la tienne et de la mienne, venant là-haut n'y pouvait venir seule, ne voyant pas comme nous voyons :
Ce pourquoi je fus tiré de la large gueule de TEnfer pour le guider, et je le guiderai aussi loin que le pourra mon savoir.
Mais dis-nous , si tu le sais , pourquoi de telles secousses ont ébranlé le mont, et pourquoi tous ensemble ont paru jeter le même cri , jusqu'à son humide pied.
Ainsi demandant, il toucha tellement le but de mon désir, que par l'espérance un peu apaisée fut ma soif.
ne CANTO VENTBSIMOPRIMO-
^^ Quel cominciô : Gosa non è che sanza Ordine senta la religîone Délia montagna , o che sia fuor d'usanza.
^5 Libero è qui da ogni alterazione :
Di quel che '1 cielo in se da se riceve Esserci puote , e non d' altra cagione :
** Perché non pioggia, non grande, non neve, Non rugiada, non brina più su cade , Che la scaletta de' tre gradi brève.
*7 Nuvole spesse non paion, ne rade , Ne corruscar, ne figlia di Taumante , Che di là cangia sovente contrade.
^® Secco vapor non surge più avante Ch'al somino de' tre gradi ch'io parlai , Ov' ha 'I vicario di Pietro le piante.
*® Tréma forse più giù poco od assai ; Ma , per vento che in terra si nasconda , Non so corne , quassù non tremù mai :
^^ Tremaci quando alcuna anima monda Si sente si, che surga, o che si muova Per salir su, e tal grido seconda.
^^ DBlla mondizia '1 sol voler fa pruova, Che, tutto libero a mutar convento, L'aima sorprende, e di voler le giova.
CHANT VINGT-UNIÈME. tî7
Celui-là commença : «Point n'est-ce une chose qui trouble l'ordre de la pieuse montagne , ou qui soit inaccoutumée.
« Elle est exempte de toute altération : de ce qu'en soi le ciel reçoit d'elle^ cela peut venir, et non d'autre chose :
«Car ni pluie, ni grêle, ni neige, ni rosée, ni bruine, ne tombe au-dessus du court escalier des trois degrés K
«Ne s'y voient aucuns nuages, épais ou légers, ni éclairs , ni la fille de Thaumas *, qui là souvent change de contrées.
«.Nulle sèche vapeur ne monte plus haut que le sommet des trois degrés dont je parlais, où le vicaire de Pierre a ses pieds.
« Peut-être plus bas tremble-t-elle un peu, ou beaucoup; mais, par un vent qui dans la terre se cache, je ne sais comme, ici-haut le mont ne tremble jamais.
« Il tremble , lorsqu'une âme se sent pure , de sorte qu'elle monte, ou se meuve pour monter, et ce cri la seconde.
« De la pureté le seul vouloir fait preuve , l'âme tout à coup se sentant libre de changer de demeure , et de le vouloir elle se réjouit.
trs CANTO VENTESIMOPRIMO.
^ Prima vuol ben ; ma non lascia il talento , Ghe divioa giustizia contra voglia.
Corne fu al peccar, pone al tormento.
^' Ed io die son giaciuto a questa doglia Ginquecento anni è più, pur mo sentii Libéra volontà di miglior soglia.
** Perô sentisti il tremoto, e li pîi Spiriti per lo moate renclçr Iode A quel Signor, che tosto su grinv$.
25 Çogi gii disse ; e perô che si gode T&ntç del ber quant' è grande la sete^ Non saprei dir quant' ei mi fece prode.
2« E il s^iyia Duca : Omai veggio la rete Ché qui vi piglia , e come si scalappîa , Perché ci tréma, e di che congaudete.
V Ora chî fosti piacciati ch'io sappia , . E, perché tsgiti secoli giaciuto . Qui s;e', nelle parole tue mi cappia.
28 Nel tempo che il buon Tito con l'aiuto ppl sommp rege yendiçô le fora , Ond'usci '1 sangue per Giuda venduto,
?* Col nome php piq (j^ur^ ® P^V onpra E^' io (U là , ri^pQse queUo spirto , Famoso assai, ma non çon fede ancora.
CHANT VINGT-DNIÈME. t79
« Auparavant bien le voudrait; mais ne le permet pas le désir par lequel veut la divine Justice qu'elle se porte vers le châtiment, comme au péché elle se porta.
«Et moi qui, cinq cents ans et plus, ai été gisant sous cette peine , tout à l'heure seulement j'ai senti le désir d'un séjour meilleur.
«Pour cela tu as senti le tremblenjent, et entendu les pieux esprits par tout le mont rendre gloire à ce Seigneur, afin qu'il hâte leur passage là-haut I »
Ainsi lui dit-il : et comme on se réjouît d'autant plus de boire , que plus grande est la soif , je ne saurais dire combien il satisfit la mienne.
Et le sage Guide : — Maintenant je vois le filet où ici vous êtes pris, et comme on s'en dégage, pourquoi le tremblement, et de quoi vous vous conjouissez.
Qu'il te plaise maintenant que je sache qui tu fus; pourquoi tant de siècles tu as été ici gisant, je l'ai compris par tes paroles.
«Au temps où le bon Titus, avec Taide du souverain Roi, vengea^ les blessures d'où sortit le sang vendu par Judas ;
« Revêtu du nom le plus durable et le plus honoré^, j'étais là célèbre , mais n'ayant pas encore la foi.
280 CANTO VENTESIMOPRIMO.
*o Tanto fu dolce mio vocale spirto , Che, Tolosano, a se mi trasse Roma , Dove mertai le tempie ornar di mirto.
** Stazio la gente ancor di là rai noma ; Gantai di Tebe, e poi del grande Achille, Ma caddi in via con la seconda soma.
*2 Al mio ardor fur semé le faville, Che mi scaldar, délia divina fiamma, Onde sono allumati più di mille ;
^^ DeirEneida dico, la quai mamma Fummi, e fummi nutrice poetando : Senz'essa non fermai peso di dramma.
^* E, per esser vivuto di là quando Visse Virgilio, assentirei un sole Più ch'i' non deggio al mio uscir di bando,
** Volser Virgilio a me queste parole Con viso che lacendo dicea : Taci :
Ma non puô tutto la virtii che vuole ;
*• Chè riso e pianto son tanto seguaci Alla passion da che ciascun si spicca , Che men seguon voler ne' più veraci.
*^ lo pur sorrisi , come Y uom che ammicca ; ' .Perché T ombra si tacque, e riguardommi Negli occhi, ove '1 semblante più si ficca.
CHANT VINGT-ONIÈME. 281
t Tant fut doux le souffle de ma voix, que de Toulouse à soi m'attira Rome , où je méritai que de piyrte mes tempes fussent ornées,
«Là encore on me nomme Stace : je chantai de Thèbes , puis du grand Achille ; mais sous la seconde charge en chemin je tombai ^.
« De mon ardeur furent la semence les étincelles de la divine flamme qui m'embrasa , et à laquelle se sont allumés plus de mille,
«Je parle de l'Enéide, qui me fut une mamelle et une noumce de poésie : sans elle je n'eusse pesé une dragme.
« Et pour avoir vécu là quand vivait Virgile , je consentirais que, d'un soleiM^ plus que je ne dois, fût retardée la fin de mon bannissement. »
Virgile, à ces paroles, vers moi se tourna, d'un visage qui, en se taisant, me disait : « Tais- toi. » Mais ne peut la vertu tout ce qu'elle veut.
Le rire et les pleurs suivent tellement la passion qui les excite , qu'ils n'obéissent point au vouloir, et moins encore chez les plus vrais.
Je souris donc, comme celui qui fait signe : sur quoi l'ombre se tut , et me regarda aux yeux , où plus se retrace l'image véritable*^.
2SS CANTO VENTESIMOPRIMO.
^8 E , se taiîto lavoro in bene assonimi , Disse, perche la faccia tua testeso Un lampeggiar di riso dimostrouuQi?
*^ Or son io d'una parte e d'altra preso : L'una mi fa tacer, l'altra scongiura Ch'i' dica; ond'io sospiro, e sono inteso.
*® Dl, il raio Maestro, e non aver paura, Mi disse, di parlar; ma parla, e digli Quel ch'e' dimanda con cotanta cura.
^^ Ond'io : Forse che tu ti maravigli, . Antico spirto, del rider ch'io fei ; Ma più d'ammirazion vo' che ti pigli.
*2 Questi, che guida in alto gli occhi miei, È quel Virgilio, dal quai tu togliesti Forza a cantar degli uomini e de' Dei.
^ Se cagione altra al mio rider credesti , Lasciala per non vera; ed esser credi Quelle parole che di lui dicesti.
^ Già si clynava ad abbracciar li piedi Al mio dottor; ma e' gli disse : Frate, Non far, chè tu se' ombra, e ombra vedi.
^ Ed ei surgendo : Or puoi la quantitate Comprender dcU'amor ch' a te mi scalda , Quando dismento nostra vanitate ,
Trattando Y ombre corne cosa salda.
t Que d'un si grand travail tu recueilles le fruit ^^ ! dit-iU Pourquoi ton visage m'a-t-il tout à l'heure montré un éclair de rire ? »
— Je me trouve ainsi pris d'une et d'autre part : de Tune on me commande de me taire, de l'autre on me conjure de parler ; d'où un soupir qui me fait comprendre.
— Parle , dit mon Maître , et ne crains pas de parler ; mais parle , et dis-lui ce qu'il demande avec tant de souci.
Moi donc : — Peut-être , antique esprit , t'étonnestu du sourire qui m'est échappé ; mais je veux que tu t'étonnes plus encore :
Celui-ci, qui en haut guide mes yeux , est ce Virgile, à qui tu dois d'avoir chanté avec éclat les hommes et les Dieux.
Si tu as cru que mon sourire eût une autre cause , tiens-la pour fausse , et attribue-le à ce que tu as dit de lui.
Déjà il s'inclinait pour baiser les pieds de mon Maître; mais celui-ci lui dit : —Non, frère I ombre tu es, et tu vois une ombre.
Et lui se relevant : « Tu peux juger de l'ardeur de mon amour pour toi , lorsque , publiant que nous ne sommes que des formes vaiues ,
« Je traite les ombres comme des corps réels. »
CANTO VENTESIMOSECONDO
* Già era T Angel dietro a noi rimaso , L'Angel che n'avea volti al sesto giro , Avendomi dal viso un colpo raso :
2 E quei c'hanno a giustizia lor disiro Detto n'avea Beati, e le sue voci Con sitiunty senz'altro, ciô forniro.
Ed io, più lievç che per Y altre foci , M'andava si, che senza alcun labore Seguiva in su gli spiriti veloci :
* Quando Virgilio cominciô : Araore , Acceso di virtù , sempre altro accese Pur che la fiamma Sua paresse fuore,
5 Onde, d'allora che tra noi discese Nel limbo deirinferno Giuvenale, Che la tua affezion mi fe palese ,
Déjà derrière nous l'Ange était resté, l'Ange qui nous avait acheminés vers le sixième cercle, après avoir effacé de mon front une empreinte ;
Et ceux qui à désir ont la justice, il nous avait dit beati , et le reste des paroles avec silio , sans ajouter rien autre chose ^.
Et moi, plus léger qu'aux autres entrées^, si facilement j'allais, que, sans aucun travail, je suivais en haut les rapides esprits;
Quand Virgile commença : — Un amour qu'enflamme la vertu, enflamme toujours un autre amour, pourvu qu'au dehors la flamme paraisse.
Ainsi, du moment où parmi nous dans les limbes de l'Enfer descendit Juvénal , qui me révéla ton affection.
CA5T0 TE^TKSIMOSECOSfDO.
• Wia benvoglienza inverso te fii qnale Fiù âtrinse mai di non vista persona.
Si cKor mi parran corte qœste scaie.
^ Ma dimmi , e come amico mi perdona Se troppa sictnrtà m'allarga il freno, E come amico ornai meco ragiona :
• Come poteo trorar dentro al tao seno Luogo avarizia, tra cotanto senno, Di quanto per tua cura fosti pieno?
• Queste parole Stazio mover fenno Un poco a riso pria ; poscia rispose : Ogni tao dir d^ amor m' è caro cenno.
*• Veramente più volte appaion cose, Che danno a dubitar falsa matera, Per le vere cagion che son nascose.
** La tua dimanda tuo creder m'avvera Esser, ch*io fossi avaro in l'altra vita, Forse per quella cerchîa dovMo era :
*^ Or sappi ch'avanzia fa partrta Troppo da me, e questa dismisura Migliaia di lunari hanno punita.
*• E, se non fosse ch'îo drizzai mia cura, Quand' io intesi là dove tu chiame, Crucciato quasi alFumana natura :
La mienne fut la plus vive qu'on puisse ressentir pour une personne qu'on ne vît jamais ; de sorte que courts maintenant me paraîtront ces escaliers.
Mais dis- moi, et, comme ami, pardonne si par excès de confiance trop je lâche le frein, et conrnie ami désormais discours avec moi.
Comment put l'avarice trouver place en ton sein , soigneusement rempli , comme tu Tétais , de toute sagesse?
Ces paroles provoquèrent d'abord en Stace un léger rire, puis il répondit : « Chacun de tes dires m'est une chère marque d'amour.
« Véritablement, quelquefois apparaissent des choses qui donnent un faux sujet d'étonnement , parce que les causes en sont cachées.
« Ta demande me montre que tu crois, peut-être à cause du cercle où j'étais, que je fus avare en l'autre vie.
« Or, sache que trop fus-je éloigné de l'avarice , et cet excès ont puni des milliers de lunaisons.
« Et n'était que je redressai mon penchant lorsque j'entendis comme, en ton courroux, tu gourmandes la nature humaine :
S88 CANTO VENTBSIMOSECONDO.
4^ Perché non reggi tu, o sacra famé Deiroro, l'appetito de' mortali?
Voltando sentirei le giostre grame,
^5 Allor m'accorsi che troppo aprir Tali Potean le mani a spendere, e pentèmi Cosl di quel corne degli altri mali.
^^ Quanti risurgeran co' crini scemi, Per rignoranza, che di questa pecca Toglie il pentir vivendo, e negli estremi l
^ E sappi che la colpa, che rimbecca Per dritta opposizione alcun peccato , Con esso insieme qui suo verde secca.
*^ Perô sMo son tra quella gente stato Che piange Tavarizia, per purgarmi, Per lo contrario suo m' è incontrato.
^^ Or, quando tu cantasti le crude armi Délia doppia tristizia di Giocasta, Disse '1 Cantor de bucolici carmi,
20 Per quel che Clio U cou teco tasta , Non par che ti facesse ancor fedele La fe', senza la quai ben far non basta.
2^ Se cosi è, quai sole o quai candele Ti stenebraron si, che tu drizzasti Poscia diretro al Pescator le vêle?
« A quoi ne conduis-tu point, exécrable faim de Vor, la convoitise des mortels ^1 roulant mon fardeau, je sentirais les joutes douloureuses K
«Alors je m'aperçus que trop pouvaient s'ouvrir les mains pour dépenser, et je me repentis de ce mal comme des autres.
« Combien ressusciteront la tête rase ^, à cause de l'ignorance qui de ce péché empêche de se repentir vivant, et jusqu'au dernier terme !
« Et sache que la coulpe directement opposée à une autre , sèche avec elle ici sa verdeur^.
«Si donc, pour me purifier, j'ai été parmi ceux qui pleurent l'avarice, par son contraire ce m'est advenu 7. »
— Quand tu chantas les annes cruelles, cause de la double tristesse de Jocaste ^, dit le chantre des Bucoliques,
Par ces chants qu'accompagne Clio , il ne paraît pas que fidèle t'eût fait encore la foi , sans laquelle point ne suffit de bien faire.
S'il est ainsi, quel soleil ou quels flambeaux dissipèrent tellement tes ténèbres, qu'après tu dirigeas tes voiles à la suite du pêcheur^?