i'AlrUHSO
IL PARADISO
LE PARADIS
IL PARADISO
La gloria di Colui, che tutto move, Per r universo pénétra , e risplende In una parte più, e meno altrove.
Nel ciel che piii délia sua luce prende
Fu' io , e vidi cose che ridire
Ne sa , ne puf) quai di laSvSÙ discende ;
Perché , appressando se al suo disire , Nostro intelletto si profonda tanto, Che rétro la memoria non pu6 ire.
Veramente quant' io del regno santo Nella niia mente potei far tosoro , Sarà ora materia del mio canto.
0 buono Apollo, aU'ultimo lavoro Fammi dol tuo valor si fatto vaso , Conie dinicindi a dar Tninato alloro.
LE PARADIS
Gloire à Celui qui meut tout, qui pénètre Punivers, et resplendit plus en une partie, et ailleurs nioins*.
Dans le ciel qui le plus reçoit de sa lumière, je fus, et je vis des choses que ne peut redire celui qui descend de là -haut;
Parce qu'en s* approchant de Tobjet de son désir, tant s'y enfonce notre intelligence, que la mémoire ne peut en arrière retourner si loin.
Cependant tout ce qu'en moi j'ai pu du royaume saint thésauriser de souvenirs, sera maintenant le sujet de mon chant.
0 bon Apollon, fais, en ce dernier travail, que de ta vertu je sois rempli autant que tu le demandes pour donner le laurier aimé de toi 2.
^ Insino a qui Tun giogo di Parnaso Assai mi fu , ma or con ambedue M*è uopo entrar neiraringo rimaso.
Entra nel petto mio , e spira tue Si corne quando Marsia traesti Délia vagina delle membra sue.
® O divina virtù, se mi ti presti Tanto, che l'ombra del beato regno Segnata nel mio capo io manifesti ,
^ Venir vedra'mi al tuo diletto legno , E coronarmi allor di quelle foglie, Che la materia e tu mi farai degno,
*^ SI rade volte, Padre, se ne coglie, Per trionfare o Cesare o poeta (Colpa e vergogna dell'umane voglie),
** Che partorir letizia in su la lieta Delfica Deità dovria la fronda Peneia, quando alcun di se ^sseta.
*2 Poca favilla gran fiamma seconda :
Forse diretro a me con miglior voci Si pregherà perché Cirra risponda.
** Surge a' mortali per diverse foci La lucerna del mondo ; ma da quella, Che quattro cerchi giugne con ire croci ,
CHANT PKEMlbR. 5
Jusqu'ici ce me fut assez d'un soimnet du Parnasse ; mais des ^ deux j'ai besoin pour entrer dans la nouvelle carrière.
Viens dans ma poitrine, souffle en elle, comme lorsque tu tiras Marsyas de la gaîne de ses membres ^
0 divine vertu, si tant tu te donnes à moi, que je reproduise au dehors l'ombre du bienheureux royaume empreinte en mon esprit,
Tu me verras alors venir à ton arbre aimé, et me couronner de ces feuilles dont le sujet et toi me rendrez digne.
Si rarement, Père, on en cueille, pour le triomphe ou d'un César ou d'un poète (coulpe et honte des humains désirs),
Qu'à joie devrait être à la radieuse Déité Delphique, le feuillage de Pénée^, lorsqu'il rend de soi quelqu'un avide.
Petite étincelle allume une grande flamme : peutêtre qu'après moi, d'une voix meilleure, on priera Cirra^ de répondre.
Par des passages divers surgit pour les mortels la lampe du monde ^ ; mais par celui qui avec trois croix joint quatre cercles^,
*^ Con miglior corso e con migliore Stella Ësce congiunta , e la mondana cera Più a suo modo tempera e suggella.
^ Fatto avea di là mane e di qua sera Tal foce , e quasi tutto era là bianco Quello emisperio, e l'altra parte nera,
^^ Quando Béatrice in sul sinistre fianco Vidi rivolta , e riguardar nel Sole :
Àquila si non gli s'afiisi^ unquanco.
^7 E si come seconde raggio suole Uscir del primo e risalire insuso, Pm* come peregrin che tomar vuole ;
^^ Cosl dell'atto suo, per gli occhi infuso Neirimmagine mia, il mio si fece, E fissi gli occhi al Sole oltre a nostr' uso.
*® Molto è licite là , che qui non lece Aile nostre virtù, mercè del ioco Fatto per proprio dell'umana spece.
2^ lo noi soffersi molto ne si poco , Ch'io nol vedessi sfavillar d'intomo Quai ferro che bollente esce del fuoco.
** E di subito parve giorno a giorno Essere aggiunto, come Quei che puote Avessc il ciel d'un altro Sole adorno.
Il sort, d'un cours plus bienfaisant, en conjonction avec une étoile plus propice^, et de la manière qui mieux convient^ amollit et empreint la cire terrestre.
Un tel lever avait fait là le matin, et ici comme le soir*^, et là était blanc tout cet hémisphère, et l'autre noir.
Lorsque je vis Béatrice, tournée vers la gauche, regarder le Soleil : jamais aigle si fixement ne le regarda.
Et comme un second rayon sort du premier **, et rejaillit en haut, tel qu'un voyageur qui veut s'en retourner;
Ainsi son acte, infus par les yeux dans mon imaginative, devint le mien, et sur le Soleil je fixai les yeux plus qu'il n'est de notre usage **.
Beaucoup de choses peut là , que ne peut ici notre force, grâ^e au lieu fait pour être la demeure propre de l'humaine espèce.
Je ne le supportai pas longtemps, non cependant si peu que je ne le visse étinceler tout autour, comme le fer qui du feu sort bouillant.
Et tout à coup un nouveau jour parut être ajouté au jour, comme si Celui qui peut, d'un autre Soleil avait orné le ciel.
CÂNTO PRIMO.
^ Béatrice tutta nell'eterne rote
Fissa con gli occhi stava; ed io, in lei Le luci fisse di lassù rimote , ,
** Nel suo aspetto tal dentro mi fei , Quai si fe Glauco nel gustar delFerba , Che il fe consorto in mar degli altri Dei.
** Trasumanar significar per verba Non si poria; perô V esemplo basti A cui esperienza grazia serba.
** SMo era sol di me quel che creasti Novellamente, Amor che il ciel governi, Tu '1 sai , che col tuo lume mi levasti.
*• Quando la rota, che tu sempitemi Desiderato , a se mi fece atteso , Con l'armonia che temperi e discemi,
*7 Parvemi tanto allor del cielo acceso Dalla fiamma del Sol , che pioggia o fiume Lago non fece mai tanto disteso.
*^ La novità del suono e il grande lume Di lor cagion m'accesero un disio Mai non sentito di cotanto acume.
*^ Ond'ella, che vedea me, si com'io, Ad acquetarmi Y animo commosso , Pria ch' io a dimandar, la bocca aprio ,
Béatrice, debout, tenait ses yeux fixés sur les Cercles étemels; et moi, d'en bas éloignant les miens, je les fixai sur elle.
Et si avant je pénétrai, que dans son aspect je me fis tel que se fit Glaucus^*, qui en goûtant de l'herbe, devint dans la mer le compagnon des autres Dieux.
Cette surhumaine transformation par des paroles ne saurait se décrire : que l'exemple donc suffise à celui à qui la grâce en réserve l'expérience.
Si là était de moi cela seul que tu avais nouvellement créé*^, Amour qui gouvernes le ciel , tu le sais, toi qui m'élevas par ta lumière.
Lorsque la rouc*^ qu'éternellement tu meus, ô désiré, à soi m'eut rendu attentif, par l'harmonie que tu règles et que tu distribues.
Me parut embrasée de la flamme du soleil une telle étendue du ciel , que ni pluie ni fleuve ne firent jamais un si vaste lac.
La nouveauté du son et l'éclat de la lumière allumèrent en moi un désir d'en connaître la cause, plus vif qu'aucun autre que j'eusse jamais senti.
D'où elle, qui me voyait comme moi-même, afin de calmer mon âme agitée , avant que pour demander j'eusse ouvert la bouche, ouvrit la sienne,
^ E cominciô : Tu stesso ti fai grosso Col faiso immaginar, si che non vedi Ciô che vedresti, se Tavessi scosso.
** Tu non se* in terra , si come tu credi ; Ma folgore, fuggendo il proprio sito, Non corse corne tu ch* ad esso riedi.
" S'i fui del primo dubbio disvestito Per le sorrise parolette brevi , Dentro ad un nuovo più fui irretito ;
** E dissi : Già contento requievi
Di grande ammirazion ; ma ora ammiro Com'io trascenda questi corpi lievi.
*^ Ond'ella, appresso d'un pio sospîro, Gli occhi drizzô ver me con quel semblante, Che madré fa sopra figliuol deliro ;
*• E cominciô : Le cose tutte quante Hann' ordine tra loro ; e questo è forma Che r universo a Dio fa simigliante.
^^ Qui veggion l'alte créature Forma Deiretemo valore, il quale è fine.
Al quale è fatta la toccata norma.
^7 Neir ordine ch'io dico sono accline Tutte nature per diverse sorti , Più al principio loro o men vicine:
CHANT PREMII£R. 14
Et commença : t Tu épaissis toi-même ta vue par une fausse imagination , tellement que tu ne vois pas ce que tu verrais si tu l*avais secouée.
€ Tu n'es point sur la terre, comme tu le crois; mais de son séjour propre le foudre descend moins vite que tu n'y montes. »
Si ces brèves paroles enveloppées d'un sourire me délivrèrent du premier doute, dans un autre je fus encore plus enlacé;
Et je dis : — Satisfait désormais suis-je, et soulagé d'un grand étonnement; mais à présent je m'étonne comment je m'élève au-dessus de ces corps légers.
Sur quoi, après un pieux soupir, elle tourna vers moi les yeux, telle de visage qu'une mère qui regarde son fils en délire.
Et commença : « Toutes choses sont ordonnées entre elles, et cet ordre est la forme qui rend l'univers semblable à Dieu.
« Ici contemplent les hautes créatures *** la trace de l'étemelle Puissance, qui est la fin de ce qu'ainsi elle a réglé.
« Dans l'ordre dont je parle, toutes les natures ont leur inclination, plus ou moins, selon leurs genres divers, rapprochées de leur principe :
M CANTO PRIMO
*® Onde si movono a diversi porti
Per lo graii mar delFessere, e ciascuna Con istinto a Ici dato che ia porti.
*® Questi ne porta il fuoco in ver la luna ; Questi ne' cuor mortali è permotore ; Questi la terra in se stringe e aduna.
^^ Ne pur le créature, che son fuore D'intelligenzia, qucst'arco saetta.
Ma quelle c' hainio intelletlo ed amore,
^* La providenzia , che cotante assetta , Del suo lurae fa il ciel sempre quieto, Nel quai si volge quel c' ha maggior fretta.
^2 E ora II , com'a sito decrcto, Cen porta la virtù di quclla corda, Che ciô che scocca drizza in segno lieto,
^* Vero è che , corne forma non s' accorda Moite fiate alla intenzion dcU'arte, Perch' a risponder la matcria è sorda ;
^^ Cosi da questo corso si diparte Talor la creatura, c' ha podcre Di piegar, cosl pinta, in altra parte.
^5 E siccome vedcr si puô caderc Fuoco di nubc, si Timpcto primo A terra è lorto da falso |)iacei*e.
« D'où vient qu'elles voguent vers divers ports à travers la grande mer de l'Être, emportées chacune par rinstinct qu'elle a reçu :
€ Celui-ci emporte le feu vers la lune; celui-ci meut les cœurs mortels; celui-ci condense et unît en une masse la terre.
« Et les flèches de cet arc n'atteignent pas seulement les créatures privées d'intelligence, mais celles aussi douées d'intelligence et d'amour.
« La Providence ordonnatrice de ce vaste tout, par l'effusion de sa lumière maintient perpétuellement en paix le ciel où tourne le Cercle le plus rapide *7;
« Et là maintenant nous porte, comme au séjour prédestiné, la puissance de cette corde, qui dirige ce qu'elle décoche vers un heureux but.
« Il est vrai que, comme souvent la forme ne s'accorde point avec l'intention de l'art, parce que la matière refuse de s'y prêter,
« Ainsi de cette direction s'écarte parfois la créature, qui, poussée de la sorte, a le pouvoir de se ployer d'autre part,
« Et (comme on peut voir le feu tomber de la nue) tombe, si vers la terre l'impulsion première est détournée par un faux plaisir.
U r.ANTO PRIMO.
^^ Non dei piii ammirar, se bene stimo» Lo tuo salir, se non corne d'un rivo Se d' alto monte scende giuso ad imo.
^7 Maraviglia sarebbe in te, se privo D'impedimento giù ti fossi assiso, Com'a terra quieto fuoco vivo.
Quinci rivolse in ver lo cielo il vise.
« Tu ne dois donc pas, si bien je juge, plus t' étonner de monter, que de ce qu'un ruisseau descend du haut d'un mont.
• Même merveille serait-ce, si, dégagé de tout empêchement, tu fusses en bas demeuré, que si un feu libre restait en repos à terre. »
Puis vers le ciel elle reporta ses regards.
* O voi che sîete in piccioletta barca, Desiderosi d' ascoltar, seguiti
Dietro al mio legno che cantando varca ,
* Tomate a riveder li vostri liti ,
Non vi mettete in pelago ; chè forse, Perdendo me, rimarreste smarriti,
* L' acqua ch' io prendo giammai non si corse : Minerva spira , e conducemi ApoUo ,
E nove Muse mi dimostran TOrse.
* Voi altri pochi , che drizzaste il collo Per tempo al pan degli angeli , del quale Vivesi qui, ma non sen vien satollo,
Metter potete ben per Y alto sale Vostro navigio, servando mio solco Dinanzi alT acqua che ritorna eguale.
0 vous qui, sur une frêle nacelle, désireux d'écouter, suivez mon vaisseau, qui chantant vogue.
Retournez vers vos rivages ; ne vous hasardez point dans rOcéan, où peut-être, me perdant, demeureriezvous égarés.
La mer où j'entre jamais ne fut parcourue : Minerve m'inspire, Apollon me conduit, et les neuf Muses me montrent l'Ourse.
Vous, peu nombreux, qui de bonne heure avez levé la tête vers le pain des Anges, dont ici l'on se nourrit sans en être rassasié.
Bien pouvez- vous lancer votre navire sur la haute mer, en suivant le sillon que j'ouvre dans l'eau, qui soudain se referme.
t8 CANTO SECONDO.
® Que' gloriosi chepassaro aColco, Nons'ammiraron, corne voi farete, Quando Jason vider fatto bifolco.
La concreata e perpétua sete Del deiforme regno cen portava Veloci quasi corne il ciel vedete.
® Béatrice in suso , eiio in lei guardava ; E forse in tanto , in quanto un quadrel posa , E vola , e dalla noce si dischiava ,
^ Giunto mi vidi ove mirabil cosa .^
Mi torse il viso a se ; e perô quella , Gui non potea mia cura essere ascosa ,
^^ Volta ver ine si lieta corne bella : Drizza la mente in Dio grata , mi disse , Che n'ha congiunti con la prima stella.
^* Pareva a me che nube ne coprisse Lucida, spessa, solida, e pulita, Quasi adamante che lo SqI ferisse.
*2 Per entro se V eterna margherita Ne ricevette., com'acqua recepe Raggio di luce permanendo uni ta.
^^ S' io era corpo , e qui non si concepe Com'una dimensione altra patio, Ch'osser convien se corpo in corpo repe.
Des héros qui passèrent à Colchos, moindre que ne sera le vôtre, fut l'étonnenaent, lorsqu'ils virent Jason devenu laboureur*.
La soif innée et perpétuelle du royaume divin nous emportait avec une vitesse égale presque à celle du ciel.
Béatrice regardait en haut, et moi je la regardais; et peut-être en ce qu'il faut de temps pour qu'un trait soit posé, et se détache de la noix, et vole.
Je me vis arrivé où une chose merveilleuse attira mon regard : et lors celle à qui mon souci ne pouvait être caché,
Se tournant vers moi, aussi joyeuse que belle: • Élève, » me dit-elle, « ton esprit reconnaissant à Dieu, qui nous a conduits dans la première étoile*. »
Il me sembla que nous couvrait une nuée épaisse, dense et polie, telle qu'un diamant que le soleil frapperait.
Au dedans de soi nous reçut la perle étemelle, comme l'eau, sans se diviser, reçoit un rayon de lumière.
Si là j'étais corporellement, et qu'ici point ne se comprenne comment une étendue en peut admettre une autre, ce qui doit être si un corps pénètre un autre corps;
^^ Accender ne dovria più il disio
Di veder quella essenzia , in che si vede Corne nostra natura e Dio s'unio.
^5 Li si vedrà ciô che tenem per fede , Non dimostrato ; ma fia per se noto , A guisa del ver primo che Tuom crede.
^® lo risposi : Madonna si devoto , Quant' esser posso più, ringrazîo Lui Lo quai dal mortal monde m* ha rimoto.
*^ Ma ditemi , che son li segni bui Di questo corpo che laggiuso in terra Fan di Gain favoleggiare altrui?
*^ Ella sorrise alquanto, e poi : S'egli erra L' opinion , mi disse , de' mortali , Dove chiave di senso non disserra ,
*^ Certo non ti dovrien punger li strali D'ammirazione omai, poi dietro a'sensi Vedi che la ragione ha corte V ali.
^ Ma dimmi quel che tu da te ne pensi. Ed io : Ciô che n'appar quassù diverse, Credo che il fanno i corpi rari e densi.
** Ed ella : Certo assai vedrai sommerso Nel falso il creder tuo, se bene ascolti L'argomentar ch'io gli farô avverso.
CHANT DEUXIÈMK. 21
Plus devrait nous enflammer le désir de contempler cette essence, dans laquelle se voit comment s'unirent notre nature et Dieu.
Ce que nous tenons par la foi, là se verra, non démontré, mais connu par soi-même, à la manière du premier vrai que l'honmie croit*.
Je répondis : — Madonna, aussi dévotement qu'il se peut, je rends grâces à celui qui m'a tiré du monde mortel ;
Mais dites -moi ce que sont les signes obscurs de ce corps ^, lesquels là en bas sur la terre donnent lieu à des fables sur Gain.
Elle sourit un peu; puis : «51 l'opinion des mortels erre,» dit-elle, « lorsque la clef des sens n'ouvre pas*,
« Point, certes, ne devrais- tu désormais être frappé d'étonnement, voyant que, même à la suite ûes sens, court est le vol de la raison.
« Mais dis-moi ce que de toi-même tu en penses. > Et moi : — Ce qui là -haut nous apparaît de divers, est , je crois, l'effet des corps rares et denses •.
Et elle : t Profondément submergée cfans le faux tu verras, certes, ta croyance, si tu écoutes bien le raisonnemeat.que j'y opposerai.
*2 La spera ottava vi dirnostra moltî Lumi, li quali nel quale e nel quanto Notar si posson di divers! voltî.
** Se raro e denso ciô facesser tanto , Una sola virtù sarebbe in tutti , Più e men distributa , ed altrettanto.
2* Virtù diverse esser convegnon frutti Di principj fbrinali, e quei fuor ch^uno, Seguiterieno a tua ragion distrutti.
** Ancor, se raro fosse di quel bnino Cagion che tu dimandi, od oltre in parte Fora di sua raateria si digiuno
^ Esto pianeta, o si corne comparte
Lo grasso e il magro un corpo, cosl questo Nel suo volume cangerebbe carte.
*^ Se il primo fosse , fora manifeste NeU'eclissi del Sol, per traspàrere Lo lume, come in altro rarô ingeâto.
'* Questo non è ; perô è da vedere
Dell'altrô : e, s'egli avvien chMo T altro cassi, Falsîficato fiâ lo tuo parère.
*® S'egli è che questo raro non trapassi, Esser conviene un termine, da onde Lo suo contrario più passer non lassi ;
«La huitième sphère ^ contient beaucoup d'astres, qu'à leur aspect on peut reconnaître différents de grandeur et d'éclat.
• Si cela venait seulement de la rareté et de la densité, une seule vertu serait en tous, distribuée avec ou plus, ou moins d'abondance , ou également.
« Des vertus diverses doivent procéder de principes formels, et ceux-ci, hors un, seraient détruits par les conséquences de ton raisonnement.
« De plus, si la rareté était de cette teinte brune la cause que tu demandes , soit qu'en quelqu'une de ses parties fût privée de sa matière
« Cette planète®, soit que, comme le gras et le maigre sont répartis dans un corps , ainsi fussent dans sa masse des couches superposées;
« Le premier serait manifeste pendant les éclipses de soleil , par la lumière qui la traverserait comme tout autre milieu rare.
• Cela n'est pas : voyons donc l'autre ; et s'il arrive que je l'annule, ta conjectiire sera démontrée fausse.
« Si la lumière ne pénètre pas au delà de la couche rare, il doit y avoir un point où la couche contraire ne la laisse plus passer;
^^ E indi l' altrui raggio si rifonde Cosi , corne color torna per vetro , Lo quai diretro a se piombo nasconde.
^^ Or dirai tu ch'el si dimostra tetro Quivi lo raggio più che in altre parti , Per esser li rifratto più a rétro.
^2 Da questa instaiizia puo diliberarti Esperienza, se giammai la pruovi , Ch' esser suol fonte a' rivi di vostr'arti.
** Tre specchi prenderai, e due rimuovi Da te d' un modo, e Taltro più rimosso Tr'ambo li primi gli occhi tuoi ritruovi.
*^ Rivolto ad essi fa che dopo il dosso
Ti stea un lume che i tre specchi accenda , E torni a te da tutti ripercosso.
*^ Benchè nel quanto tanto non si stenda La vista più lontana, U vedrai Come convien ch'egualmente risplenda.
** Or, come ai colpi degli caldi rai Délia neve riman nudo il suggetto E dal colore e dal freddo primai ;
^^ Cosi rimaso te nello intelletto Voglio infoimar di luce si vivacc , Che ti treraolerà nel suo aspetto.
CHANT DEUXIEME. i'6
« Et de ce point le rayon venu du dehors se réfléchit, comme la couleur à travers le verre derrière lequel du plomb est caché ^.
• Tu diras que là ^® le rayon se montre plus obscur, parce qu'il est réfléchi d'un point plus en arrière **.
• L'expérience, d'où doivent découler les ruisseaux de vos arts ^2^ peut, si tu veux y recourir, résoudre cette instance.
« Prends trois miroirs; places-en deux à une égale distance de toi, et qu'entre ceux-ci, mais plus loin, tes yeux rencontrent l'autre :
«Tourné vers eux, fais que derrière toi soit une lumière qui éclaire les trois miroirs, et revienne à toi réfléchie par tous :
« Bien que le miroir le plus éloigné ne te renvoie pas autant de lumière, tu le verras, comme cela doit être, resplendir également.
« Maintenant comme, frappée par de chauds rayons, la matière de la neige demeure privée de la couleur et du froid primitifs ;
«Ainsi demeuré dans ton entendement, je veux t' informer** d'une lumière si vive, qu'elle te paraîtra scintillante d'éclat.
^ Dentro dal ciel délia divina pace Si gira un corpo nella cui virtute L'esser di tutto suo contento giace.
*• Lo ciel seguenle , c' ha tante vedute , QueU'esser parte per diverse essenze Da lui distinte e da lui contenute.
^ Gli altri giron per varie differenze Le distinzion , che dentro da se hanno , Dispongono a' lor fini , e lor seraenze.
^^ Questi organi dcl mondo cosi vanno, Corne tu vedi ornai, di grado in grade, Che di su prendono, e di sotto fanno.
** Riguarda bene a me si com'io vado Per questo loco al ver che tu desiri , Si che poi sappi sol tener lo guado.
** Lo moto e la virtù de' santi giri , Corne dal fabbro Tarte del martello, Da' bcati motor convien che spiri.
*^ E il ciel , cui tanti lumi fanno bello , Dalla mente profonda che lui volve Prende l'image, e fassene suggello.
^5 E come l'aima dentro a vostra polve Per differenti menibra, e conformatc A diverse potenzie, si risolve;
t Au dedans do ciel de la divine paix^*, tourne un corps *^, dans la vertu duquel gtt l'être de tout ce qu'il contient.
• Le ciel suivant ^•^ où lae voient tint d'étoiles, distribue cet être entre diverses essence» distinctes de lui , et contMoes en lui.
«Les autres cieux*^ disposent pour leurs fins, et comme de semences^ des vertus distinctes par des différences variées qu'ils ont en soi.
• Ces organes du monde *®, comme tu le vois maintenant, vont ainsi de degré en degré, recevant d'audessus , et opérant aU* dessous.
« Regarde bien Comment par cette route je vais au vrai que tu désires, afin qu'ensuite tu puisses tenir seul léguée
«Comme du forgeron l'œuvre du marteau, des moteurs bienheureux émane la vertu et le mouvement des saintes sphères;
«Et le ciel, qu'embellissent tant de lumières, de la profonde intelligence qui le meut reçoit l'image et s'en empreint.
« Et comme dans votre poussière, par divers membres conformés pour diverses fonctions, l'àme s'épand ;
i8 CANTO SECONDO.
^^ Cosl riiitelligenzia sua bontade Multiplicata per le stelle spiega , Girando se sovra sua unitate.
*7 Virtù diversa fa diversa lega Col prezioso corpo ch'ell'avviva, Nel quai, si corne vita in voi, si lega.
^ Per la natura lieta onde dériva, La virtii mista per lo corpo luce , Come letizia per pupilla viva.
*® Da essa vien ciô che da luce a luce Par différente, non da denso e raro :
Essa è formai principio che produce,
Conforme a sua bontà, lo turbo e il chiaro.
CHANT DEUXIÈME. t9
t Ainsi l'intelligence épand sa bonté par la multiplicité des étoiles, se mouvant elle-même dans son unité.
« Une vertu diverse, infuse en chacun de ces corps précieux 2® qu'elle anime, s'unit à lui comme à vous la vie.
• A cause de la nature heureuse d'où elle dérive , la vertu répandue dans le corps brille comme la joie à travers une brillante pupille.
« D'elle vient la différence qui apparaît entre une lumière et une autre lumière, non de la rareté ou de la densité ; elle est le principe formel qui produit ,
t Conformément à sa bonté ^i, l'obscur et le clair. »
^ Quel Sol , che pria d' amor mi scaldô il petto , • Di bella verità m' avea scoverto , Provando e riprovando » il dolce aspettû ;
* Ed io , per confessar corretto e certo Me stesso, tanto, quanto si convenne, Levai lo capo a profferer più erto.
* Ma visione apparve , che ritenne A se me tanto stretto per vedersi ,
Che di mia confession non mi sovvenne.
* Quali per vetri trasparenti e tersî , O ver per acque nitide e tranquille , Non si profonde che i fondi sien persi ,
^ Toman de' nostri visi le postillc Debili si , che perla in bianca fronte Non vien mon forte aile nostro pupille ;
Ce Soleil ^ qui d* amour jadû^ m'embrasa U poitrine, m'avait, eu prouvait et en réfutant, découvert de la belle vérij^ lea doux traits ;
Et moi, pow m^ cQafessor désabusé et convaincu, aussi haut qu'il convenait pour parler je levai la tête.
Mais apparut un objet qui attira, mes regards et les fixa tellement, que de ma confession il ne me souvint plus.
Telle qu'à travers des verres transparents et polis, ou des eaux limpides et tranquilles, non si profondes que le fond ne s'aperçoive pas,
De notre visage l'image revient si faible^ que moins fortement ne vient pas frapper nos pupilles une perle sur un front blanc ;
• Tali vid'io più facce a parlar pronte : PerchMo dentro alferror contrario corsi A quel ch'accese amor tra Tuorno e il fonte.
7 Subito , si com' io di lor m' accorsi , Quelle stimando specchiati sembianti , Per veder di cui fosser, gli occhi torsi ;
® E nuUa vidi , e ritorsili avanti Dritti nel lume délia dolce guida, Che sorridendo ardea negli occhi santi.
^ Non ti maraviglîar perch' io sorrida , Mi disse , appresso il tuo puéril coto , Poi sopra il vero ancor Io pîè non fida ,
^^ Ma te rivolve, corne suole, a vôto. Vere sustanzie son ciô che tu vedi.
Qui rilegate per manco di voto.
** Perô paria con esse, e odi, e credi ; Chè la verace luce che le appaga, Da se non lascia lor torcer li piedi.
*2 Ed io air ombra, che parea più vaga Di ragionar, drizza'mi, e coininciai.
Quasi com'uom cui troppa voglia smaga :
** 0 ben creato spirito, ch'ai rai Di vita eterna la dolcezza senti , Che non gust^ita non s'iniende mai ,
CHANT TROISIËIIB. .13
Telles vis-je plusieurs faces se préparant à parler; d'où je tombai dans Terreur contraire à celle qui alluma Tamour entre rhonune et la fontaine K
Aussitôt que je les aperçus, pensant que ce fussent des figures peintes en un miroir, pour voir de qui elles étaient je tournai les yeux;
Et je ne vis rien , et je les ramenai en avant dans la lumière dont brillaient les yeux saints de mon doux guide, qui souriait
t Ne rétonne point, » me dit-elle, t que je sourie de ton penser puéril, puisque tu n'appuies pas encore le pied sur le vrai,
« Mais te tournes vainement ici et là , selon ta coutume. Ce que tu vois, ce sont de vraies substances, ici reléguées pour rupture de vœu.
t Parle-leur donc, et écoute, et crois, la véridique lumière qui les satisfait ne permettant pas que leurs pieds se détournent d'elle. «
Et moi, à l'ombre qui de discourir paraissait la plus désireuse, je m'adressai, et je commençai, comme un homme que trouble un trop vif désir :
— 0 esprit élu, qui, aux rayons de l'éternelle vie, sens la douceur qu'on ne peut comprendre si on ne l'a goûtée,
ui. 3
3i CANTO T£RZO.
^^ (irazioso mi fia , se mi contenti Del nome tuo e délia vostra sorte.
Ond'ella pronta e con occhi ridenti:
** La nostra carità non serra porte A giusta voglia , se non come quella Che vuol simiie a se tutta sua corte.
^^ lo fui ne! mondo vergine sorelia : E se la mente tua bon mi riguarda, Non mi ti celerà i'esser più bella;
^7 Ma riconoscerai ch' io son Piccarda , Che, posta qui con questi ai tri beati, fieata son nella spera più tarda.
^® Li nostri affetti, che solo infianmiati Son nei piacer delio Spirito Santo , Letizian dei suo ordine formati.
*^ E questa sorte, che par giù cotante, Perô n'è data, perché fur negietti Li nostri voti , e vôti in alcun canto.
^^ Ond'io a lei : Ne' mirabiji aspetti Vostri risplende non so che divino , Clie vi trasmuta da' primi concetti.
2* Pero non fui a rimembrar festino ; ^ Ma or m'aiuta cio che tu mi dici , Si rho rnHip^urcir m'è piii latino.
CHANT TROISIËIIE. 35
A grâce il me sera, si tu m'apprends ton nom et quel est votre sort. Sur quoi elle, prompte et d'un œil riant:
t Notre charité, comme celle* qui veut que toute sa cour lui ressemble, ne ferme point les portes à un juste désir.
t Je fus dans le monde une sœur vierge ; et si bien me regarde ta mémoire, ne me cachera point à toi ma beauté plus grande.
«Mais tu reconnaîtras que je suis Piccarda*, qui, placée ici avec ces autres bienheureux, bienheureuse suis dans la sphère la plus lente ^.
«Nos désirs, enflammés seulement par ce qui plaît à l'Esprit saint, se réjouissent d'être conformes à l'ordre voulu de lui;
« Et ce sort, qui paraît si infime, nous est assigné, pour avoir négligé et rompu en partie nos vœux. »
D'où moi à elle : — Sur vos brillants visages resplendit je ne sais quoi de divin , qui vous transfigure aux yeux de qui, en soi, a vos premières images;
Par quoi n'ai-je été prompt à me souvenir ': maintenant que m'aide ce que tu me dis, plus facile il m'est de te reconnaître.
3b CANTO TERZO.
22 Ma dimmi : Voi, che siete qui felici, Desiderate voi più alto loto
Per più vedere, o per più farvi amici?
23 Con qiieir altr' ombre pria sorrise un poco ; Da indi mi rispose tanto lieta Ch'arder parea d'amor nel primo foco :
2^ Frate, la nostra volontà quieta Virtù di carità , che fa voleme Sol quel ch'avemo, e d'altro non ci
2ô Se disiassimo esser più superne, Foran discordi gli noslri disiri Dal voler di colui che qui ne cerne ;
2* Che vedrai non capere in questi giri , S'essere in caritade è qui necesse, E se la sua natura ben rimiri;
27 Anzi è formale ad esto beato esse Tenersi dentro alla divina voglia, Perch'una fansi nostre voglie stesse.
28 Si che, come noi sem di soglia in soglia Per questo regno , a tutto il regno piace , Com'allo re che'n suo voler ne invoglia.
2^ In la sua volontade è nostra pace : Ella è quel mare al quai tutto si muove Cic) ch'ella cria e che natura face.
Mais dis-moi, vous qui heureux ici êtes, désirezvous un lieu plus haut, pour voir plus et plus être aimés?
Avec les autres ombres premièrement elle sourit un peu; puis, si brillante qu'elle semblait brûler d'amour dans le premier feu ®, elle me répondit :
f Frère, apaise notre vouloir une vertu de charité, par laquelle, ne voulant que ce que nous avons, nous ne sommes altérés d'aucune autre chose.
t Si nous déshrions être plus haut , nos désirs seraient en désaccord avec la volonté de Celui qui nous place ici ;
t Ce que tu verras ne se pouvoir dans ces Cercles, s'il est nécessaire d'être ici dans la charité , et si tu en considères bien la nature.
«11 est même essentiel à cet être heureux de se maintenir dans la volonté divine ^, pour que nos volontés elles-mêmes n'en fassent qu'une ;
« De sorte que d'être ainsi que nous le sommes, distribués de seuil en seuil ^ dans ce royaume, à tout le royaume il plaise, comme au Roi, qui absorbe notre vouloir dans le sien.
« Dans sa volonté est notre paix ; elle est cette mer vers laquelle se meut tout ce qu'elle créa , ou que fait la nature ^. »
^ Chiaro mi fu aller com'ogni dove In cielo è paradiso, e ai la grazia Del sommo ben d' un modo non vi piove.
^^ Ma si com'egli awien , se un cibo aazia , E d'un altro rimane ancor la gola , Che quel si chiere, e di quel si ringrazia ;
** Cosi fecMo con atto e con parola, Per apprender da lei quai fu la tela Onde non trasse insino al co la spola.
** Perfetta vita ed alto merto inciela Donna più su , mi disse, alla cui norma Nel vostro mondo giii si veste e vêla ;
** Perché in fino al morir si vegghi e donna Con quelle sposo ch'ogni voto accetta, Che cantate a suo piacer conforma.
^^ Dal mondo, per seguirla, giovinetta Fuggi'mi 9 e nel suo abito mi chiusi , E promisi la via délia sua setta.
** Uomini poi, a jnal più ch'a ben usi, Fuor mi rapiron délia dolce chiostra ; Dio lo si sa quai poi mia vita fusi I
*7 E quQsf altro ^lendor, che \i si mostra Dalla mia destra parte, e che s'accende Di tutto il lume délia sfera nostra,
11 me fut clair alors comment tout lieu dans le ciel est Paradis , bien que n'y pleuve pas d'une même manière la grâce du souverain bien.
Mais, comme il arrive que, rassasié d'un mets, on a encore appétit d'un autre, qu'on demande celui-ci, et que de celui-là on rend grâces ;
Ainsi fis-je du geste et de la parole, pour apprendre d'elle quelle fut la toile que n'acheva point d'ourdir sa navette *®.
t Une vie parfaite et un mérite éminent élèvent plus haut dans le ciel une femme *^, selon la règle de laquelle, en bas dans votre monde, on se vêtit et se voile,
tPour enfin, à la mort, vetller et dormir avec cet époux, qui agrée tout vœu qu'à son plaisir la charité conforme.
f Du monde, pour la suivre, toute jeune je me retirai, et me couvris de son habit, et promis de tenir la voie prescrite par elle.
«Puis des hommes, plus habitués au mal qu'au bien , m'enlevèrent du doux cloître : ce qu'ensuite fut ma vie. Dieu le sait.
« Et cette autre splendeur, qui à ma droite se montre à toi , brillante de tout l'éclat de notre sphère.
41) CÂNTO TBRZO.
*^ Cio ch'io dico di me di se intende : Sorella fu, e cosl le fu tolta Di capo l'ombra délie sacre bende.
*• Ma poi che pur al mondo fu rivolta. Contra suo grade e contra buona usanza , Non fu dal vei del cuor giammai disciolta.
^ Quest'è la luce délia gran Gostanza, Che del secondo vento di Soave Generô il terzo, e Tultima possanza.
^^ Cosl parlommi, e poi cominciô : Ave^ Maria , cantando ; e cantando vanio Corne per acqua cupa cosa grave.
** La vista mia che tanto la seguio, Quanto possibil fu , poi che la perse, Yolsesi al segno di maggior disio :
^* E a Béatrice tutta si converse ; Ma quella folgorô nello mio sguardo Si che da prima il viso nol sofiFerse ;
E ciô mi fece a dimandar più tardo
« Ce que je dis de moi , Tentend de soi^* ; sœur elle fut, et de sa tête ainsi fut ravie Tombre des sacrés bandeaux.
f Mais après qu'au noionde elle fut retournée contre son gré, et contre toute bonne coutume, jamais du cœur elle ne dénoua le voile **.
« Celle-ci est la lumière ** de la grande Constance ^*, qui de la seconde superbe de Sbuabe enfanta la troisième, et la dernière puissance. »
Ainsi elle me parla; puis elle commença de chanter Ave Maria, et chantant elle s'évanouit, comme un corps pesant dans une eau profonde.
Ma vue, qui la suivit tant qu'il fut possible, se tourna, lorsqu'elle l'eut perdue, vers l'objet d'un plus grand désir,
Et en Béatrice s'absorba tout entière; mais celle-ci à mon regard rayonna de tant d'éclat, que mes yeux d'abord ne le supportèrent point;
Ce qui à demander me rendit plus lent.
^ Intra duo cibi , distant! e moventi D'un modo, prima si morria di famé, Che liber uom V un si recasse a denti.
< SI si starebbe un agno intra duo brame Di fieri lupi, igualmente temendo ; S) si starebbe un cane intra duo dame.
* Perché, sMo mi tacea, me non riprendo, Da gli miei dubbj d'un modo sospinto, Poich'era necessario, ne commendo.
^ r mi tacea, ma il mio disir dipinto M'era ne! viso, e il dimandar con ello Più caldo assai , che per parlar distinto.
5 Fe si Béatrice, quai fe Daniello, Nabuccodonosor levando d'ira, Che Tavea fatto ingiustamente fello.
CHANT tJUATRIÈME
Entre deux aliments à même distance et de même attrait, Thomme libre mourrait de faim, avant de porter les dents sur Tun d'eux.
Ainsi resterait immobile un agneau entre deux loups affamés, qu*il craindrait également; ainsi un chien entre deux daims.
Si donc je me taisais, suspendu entre des doutes égaux ^, je ne m'en accuse ni ne m'en loue, puisque c'était une nécessité.
Je me tairais; mais mon désir était peint dans mes yeux , et par .eux je demandais plus ardemment que par des parole^.
Béatrice fit ce cpie fit Daniel, lorsque de Nabuchodonosor il cajma la colère qui l'avait rendu injustement cruel *.
^ E disse : lo veggio ben corne ti tira Uno ed altro disio, si che tua cura Se stessa lega si, che fuor non spira.
Tu argomenti : Se il buon voler dura, La violenza altrui per quai ragione Di meritar mi scema la misura?
® Ancor di dubitar ti dh cagione, Parer tomarsi T anime aile stelle, Secondo la sentenza di Platone.
^ Queste son le quistion che nel tuo velle Pontano igualemente ; e perô pria Tratterô quella che più ha di felle.
^® De' Serafin celui che più s'india , Moisè , Samuello , e quel Giovanni , Quai prender vuogli, io dico, non Maria «
^* Non hanno in altro cielo i loro scanni, Che quegli spirti che mo t'appariro , Ne hanno all'esser lor più o meno anni.
*2 Ma tutti fanno belle il primo giro , E differentemcnte han dolce vita, Per sentir più e men Teterno spiro.
** Qui si mostraron , non perché sortîta Sia questa spera lor, ma per far segno Délia celestial c' ha men salita.
« Je vois, » dit- elle, • comment t'attire l'un et l'autre désir, de sorte que, se liant lui-même, ton souci ne peut s'exhaler au dehors.
« Ainsi tu argumentes : si le bon vouloir dure, par quelle raison la violence d'autrui diminuerait-elle la mesure de mon mérite?
« Te donne encore sujet de douter, l'apparent retour des âmes aux étoiles, selon la doctrine de Platon *.
« Ce sont là les questions qui poussent également ton vouloir : je traiterai premièrement de celle qui a le plusdefieM.
« Celui des Séraphins qui le plus avant pénètre en Dieu, Moïse, Samuel, des deux Jean^ lequel tu voudras, je ne dis point Marie,
« PTont pas leurs sièges dans un autre ciel que ces esprits qui t'ont tout à l'heure apparu, et leur être n'est pas de plus ou de moins d'années;
« Mais tous embellissent le premier Cercle, et d'une douce vie jouissent différemment, selon que plus ou moins ils sentent l'étemelle spiration.
• Ils se sont ici montrés, non que cette sphère leur soit assignée pour partage, mais afin que du ciel ils soient le signe dans la moins élevée.
^^ Co»i parlar conviensi al vostro ingegno » Perocchè solo da sensato apprende Ciô che fa poscia dMntelletto degno.
^ Per questo la Scrittura eondesoende A vostra facultate, e piedi e mano Attribuisce a Dio, ed altro intende;
^^ E Santa Chiesa con aspetto nmano Gabrielle e Michel vi rappresenta, E r altro che Tobia rifece sano.
^' Quel che Timeo delF anime argomenta Non è simile a ciô che cpii si vede , Perocchè , corne dice, par che senta.
^^ Dice che Talma alla sua Stella riedSt Credendo quella qûindi esser decisa , Quando natura per forma la diede.
^^ E forse sua sentenzia è d*altra guisa Che la voce non suona , ed esser puote Con intenzion da non esser derisa.
^ S' egr intende tomare a queste ruote L'onor deirinfluenzia e il biasmo, forse In alcun vero suo arco percuote.
^ Questo principio maie inteso torse Già tutto il monde quasi, si che Giove^ Mercurio e Marte a nominar trascorse.
«Il convient de parler ainsi à votre esprit, parce que par les sens seuls il apprend ce qu'il rend ensuite digne de l'intellect \
« Pour cela T Écriture, condescendant à vos facultés, attribue des pieds et des mains à Dieu, et entend autre chose :
« Et la sainte Église vous représente sous une forme humaine Gabriel et Michel , et l'autre qui guérit Tobie 7.
« A ce qu'on voit ici® point n'est semblable le langage de Timée au sujet des âmes, car ce qu'il dit, il parait le penser.
«Il dit que l'âme retourne è son étoile, croyant qu'elle en fut séparée quand la nature la donna pour forme ^.
«Mais peut-être sa sentence a-t-elle un sens autre que celui que présentent les mots, et peut-elle s'entendre de façon qu'elle ne soit pas à mépriser.
« S'il entend qu'à l'influence de ces sphères revient l'honneur et le blâme *^, peut-être en quelque point son arc frappe-t-il le vrai.
«Mal entendu, ce principe égara tout le monde presque, de sorte qu'en célébrant Jupiter, Mercure et Mars**, il excéda toutes bornes.
2s L' altra dubitazion che ti commuove Ha men velen, perocchè sua malizia Non ti potria menar da me altrove.
2* Parère ingiusta la nostra giustizia Negli occhi de' mortali, è argomento Di fede, e non d'eretica nequizia.
*^ Ma perché puote vostro accorgimento Ben penetrare a questa veritate.
Corne disiri , ti farô contento.
25 Se violenza è quando quel che pâte Niente conferisce a quel che sforza ; Non fur quest'alme per essa scusate ;
2^ Chè volontà, se non vuol, non s'ammorza. Ma fa corne natura face in fuoco , Se mille volte violenza il torza ;
2^ Perché , s'ella si piega assai o poco, Segue la forza ; e cosl queste fero , Potendo ritomare al santo loco.
2S Se fosse stato il lor volere intero , Corne tenne Lorenzo in su la grada, E fece Muzio alla sua man severo ,
2® Cosl Tavria ripinte per la strada Ond'eran tratte, corne furo sciolte ; Ma cosi salda voglia è troppo rada.
CHANT QUATBIËME. 49
« Uautre doute qui te trouble, a moins de venin, en ce que sa malignité ne saurait f éloigner de moi ^K
€ Qu'injuste paraisse notre justice But yeux des mortels, point en cela d'hérétique méchanceté, mais une épreuve de foi ^\
«Mais parce que votre raison peut bien pénétrer jusqu'à cette vérité, je satisferai ton désir.
« S'il y a violence quand celui qui souffre ne cède rien à celui qui force *^, par elle ces âmes ne furent point excusées;
t Car, si elle ne le veut, la volonté ne défaille point, mais fait ce que le feu fait par sa nature, quand la violence mille fois le courberait ^K
c Que si elle se ploie peu ou beaucoup, elle coopère à la force; et ainsi firent celles-là, qui auraient pu retourner au saint lieu,
t Si leur vouloir eût été entier : comme elle retint Laurent sur le gril , et rendit Mutius ^* cruel pour sa main,
< Ainsi les aurait-il , dès qu'elles furent libres, ramenées dans la voie d'où on les avait tirées : mais bien rare est une volonté si ferme.
^^ E per queste parole, se ricolte
L' hai corne déi, è Targomento casse, Che V avria fatto noia ancor più volte.
** Ma or ti s' attraversa un altro passe Dinanzi agli occhi tal , che per te stesse Non n'usciresti, pria saresti lasso.
*^ lo t' ho per certo nella mente messo , Ch'alma beata non poria mentire , Perocchè sempre al primo vero è presse
** E poi potesti da Piccarda udire, Che Taffezion del vel Gostanza tenne ; SI ch' ella par qui mcco contradire.
*^ Moite fiate già , frate, addivenne
Che, per fuggir periglio, contre a grate Si fe di quel che far non si convenne :
** Corne Almeone che, di ciô pregato . Dal padre sue, la propria madré spense : Per non pcrder pietà si fe spietato.
*® A questo punto voglio che tu pense Che la forza al voler si mischia , e fanne Si che scusar non si posson le offense.
*7 Voglia assoluta non consente al danno , Ma consentevi in tante, in quanto temé, So si ritrae, cadere in più affanno.
CHANT OUATRfÈME. 54
« Et par ces paroles, si tu les as recueillies comme tu dois, est détruit l'argument qai plus d'une fois encore t'aurait embarrassé.
«Mais devant tes yeux, maintenant, à la traverse vient un autre passage, tel que de toi-même tu n'en sortirais pas, et serais las auparavant.
« Je t'ai donné pour certain qu'une âme bienheureuse ne pouvait mentir, parce qu'elle est toujours près du premier Vrai ;
« Et ensuite tu as pu entendre de Piccarda , que Constance garda son attachement au voile, de sorte qu'ici elle paraît être avec moi en contradiction.
« Bien des fois déjà, frère, il est advenu que, pour fuir un péril, on a fait contre son gré ce qu'il ne convenait pas de faire ;
« Conune Alcméon^^^ q^j^ ^ la prière de son père, tua sa propre mère, et par piété fut impitoyable.
« Sur ce point, je veux que tu penses que la force se mêle à la volonté, et qu'ainsi mêlées elles font que les offenses ne peuvent être excusées.
« La volonté absolue *® ne consent point au mal ; mais elle y consent en tant qu'elle craint, si elle résiste, de tomber dans un souci plus grand.
*^ Perô, quando Piccarda quello spreme, Della voglia assoluta intende , ed io Dell'altra, si che ver diciaino insiemç.
*^ Cotai fu Tondeggiar del santo rio, Ch' u§cl del fonte ond' ogni ver dériva : Tal pose in pace uno ed altro disio.
*^ 0 amanza del primo amante, o diva , Diss'io appresso, il cui pariar m'inonda E scalda si, che più e più m'avviva»
^* Non è l'affezion raia tanto profonda, Che basti a render voi grazia per grazia ; Ma Quei che vedc e puote a ci6 risponda.
** lo veggo ben che giammai non si sa:jia Nostro intelletto , se il Ver non lo illustra , Di fiior dal quai nessun vcro si spazia-
^* Posasi in esso,. come fera in lustra, Tosto che giunto T ha : e giugner puoilo ; Se non , ciascun disio sarebbe frustra,
^^ Nasce per quçllo, a guisa di rampollo , A.p.piè del vero il dubbio : ed è natura, Ch' al sommo pinge noi di collo in collo.
*^ Questo m'invita , questo m'assicura , Con riverenza, Donna, adimandarvi D'un altra vorità che m'è oscura.
« En s'exprimant de la sorte , Piccarda donc ejitend la volonté absolue, et moi Tautre : ainsi nous disons vrai toutes deux. »
Tel fut Tondoyer du saint ruisseau, qui sortait de la fontaine d^'où dérive tout vrai *^; tel apaisa-t-ii l'un et Fautre désir :
— O amatite du premier amant, dis-je ensuite, ô femme divine, dont le parler m'inonde et m'échauffe tellement, que de plus en plus je me ravive ; •
Si profond que sôit le sentiment que j'éprouve, point ne suffit- il à vous rendre grâce pour grâce : que m'acquitte Celui qui voit et qui peut.
Je vois bien que jamais ne se rassasie notre intelligence, si ne réclaire le Vrai, de qui découle tout vrai.
Comme l'animal dans sa tanière, elle se repose en lui, dès qu'elle l'a atteint, et elle peut l'atteindre, sans quoi tout désir serait frustra 20 :
Pour cela , ainsi qu'un rejeton , au pied du vrai naît le doute; et c'est la nature qui, de col en col, nous pousse au sommet.
Cela m'invite, cela m'enhardit, ô Dame, à vous adresser avec respect une nouvelle demande au sujet d'une autre vérité qui m'est obscure.
** lo vo' saper se ruom puô soddisfarvi  voti manchi si con altri béni , Gh'alla vostra stadera non sien parvi.
*7 Béatrice mi guardù con gli occhi pieni Di faville d'amor, cosl divini , Che, vinta mia virtû, diedi le reni,
E quasi mi perdei con occhi chini.
CHANT 0^ ATHIÈME. 55
Je voudrais savoir si T homme peut satisfaire aux vœux rompus par d'autres bonnes œuvres, qui dans votre balance ne soient pas trop légères.
Béatrice me regarda avec des yeux étincelants d'amour, des yeux si divins, que ma force vaincue ploya.
Et je demeurai les yeux baissés, comme hors de moi.
CANTO OUINTO
S'io ti fiammeggio nel caldo d'amore Di là dal modo che in terra si vede.
SI che degli occhi tuoi vinco il valore ,
Non ti maravigliar, chè ciô procède Da perfetto veder, che come apprende, Cosl nel bene appreso muove il piede.
lo veggio ben si come già rispiende Nello intelletto tuo Teterna luce, Che vista sola sempre amore accende :
E s' altra cosa vostro amor seduce , Non è, se non di quella alcun vestigio Mal conosciuto, che quivi traluce.
* Tu vuoi saper se con altro servigio , Per manco voto , si puo render tanto , Che ranima sicuri di litigio.
< Si je flamboie dans le fm d'amour, au delà de ce qui se voit sur la terre, tant que de tes yeux je vainque la force,
« Ne t'en étonne point i oela procède de la parfaite vision, qui fait qu'à mesure qu^on le perçoit, on se porte vers te Men perçu.
t Je vois commet déjà resplendit dan» ton intelligence rétemelle lumière, dont la vue allume seule un perpétuel amour :
• Et si autre chos^ séduit le vôtre, ce n'est que par quekfue confuse trace d'elle, qui reluit à travers.
tTu veux savoir si, pour un vœu rompu, on peut par quelque autre œuvre rendre assez, pour que Tàme soit à l'abri de Htige« »
« Si cominciô Béatrice questo canto ; E fia com'uoin che suo parlar non spezza. Continué cosl M processo santo :
Lo maggior don , che Dio per sua larghezza
Fesse creando , e alla sua bontate
Più conformato, e quel ch'ei più apprezza.
^ Fu délia volontà la Hbertate, Di che le créature intelligenti , E tutte e sole furo e son dotate.
* Or U parrà , se tu quinci argomenti , L'alto valor del voto« s'è si fatto, Che Dio consenta quando tu consenti ;
^® Chè, nel fermar tra Dio e Tuomo il patto , Vittima fassi di questo tesoro, Tal quai io dico , e fassi col suo atto.
^* Dunque che render puossi per ristoroî Se credi bene usar quel c* hai offerto , Di mal tolletto vuoi far buon lavoro.
** Tu se' ornai del maggior punto certo: Ma perché Santa Chiesa in ciô di^nsa, Che par contra lo ver ch'io t' ho scoverto ,
** Convienti ancor sedere un poco a mensa • Perocchè il cibo rigido c' hai preso Richiede ancora aiuto a tua dispensa.
Ainsi Béatrice commença ce chant; et comme un homme qui ne brise point son parler, elle continua de la sorte son saint discours :
< De tous les dons que Dieu , en créant , fit dans sa largesse, le plus conforme à sa bonté, et celui quMI prise le plus,
«Fut la volonté libre, dont les créatures intelligentes, toutes et seules, furent et sont douées.
« Si de là tu argumentes , tu comprendras la haute valeur du vœu, s'il est fait de manière que Dieu consente, lorsque tu consens;
« Puisque, quand se conclut ce pacte entre Dieu et Thomme, de ce trésor dont je parle se fait une victime, et elle se fait par son propre acte *.
«Donc, que peut-on rendre en compensation? Si tu crois bien user de ce que tu as offert, tu veux du mal acquis faire un bon emploi 2.
« Tu es désormais certain du point principal. Mais par ce qu'en cette matière dispense la sainte Église, ce qui semble contraire au vrai que je t'ai montré,
« 11 convient qu'encore un peu tu demeures à table , le dur aliment que tu as pris requérant encore quelque aide pour être digéré.
** Apri la mente a quel chMo ti palesô , E fermalvi entro, che non fa scienza, Senza lo ritenere, avère inteso.
•* Due cose si convengono alFessenza Di questo sacrificio : Tuna è quella Di che si fa ; Y altr' è la convenenza.
*• Qucst'ultima giainmai non si cancella, Se non servata , ed intorno di leî SI preciso di sopra si favella :
*^ Perù necessitato fu agli Ebrei
Pur TolTerere , ancor che alcuna offerta Si permutasse, corne saper dèi.
♦* L'altra , che per materia t'è aperta , Puote bene esser tal , che non si falla , Se con altra materia si converta.
*® Ma non trasmuti carco alla sua spalla Per suo arbitrio alcun , senza la volta E délia chiave bianca e délia gialla ;
2® Ed ogni permutanza credi stolta , Se la cosa dimessa in la sorpresa , Come il quattro nel sei , non è raccolta.
^* Perù qualunque cosa tanto pesa
Per suo valor, che tragga ogni bilancia, Soddisfar non si puo con altra spesa.
«Ouvre l'esprit à ce que je te découvre, et fixe- le dedans; car ne fait pas la science avoir entendu sans retenir.
« Deux choses concourent à l'essence de ce sacrifice; Tune, ce de quoi il est fait; l'autre, la convention.
«Cette dernière jamais ne s'annule, m^s reste entière, et c'est d'elle qu'il vient d'être parlé si positivement :
« Ainsi ce fut aux Hébreux une nécessité d'offrir, encore que quelquefois l'offrande pût être changée, comme tu dois le savoir.
« L'autre, qui t'est connue sous le nom de matière, peut-être telle qu'il n'y ait point de faute à la convertir en une autre matière.
« Mais que nul ne change de soi-même ce qui charge son épaule, sans qu'aient tourné et la clef blanche et la clef jaune*;
« Et que folle il croie toute permutation , si la chose omise n'est à celle qu'on y substitue comme quatre e^t à six \
«Quoi que ce soit donc, qui, par sa valeur, pèse tant qu'il entraîne toute balance, ne peut être compensé par aucun autre don.
6i CANTO OUINTO.
** Non prendano i mortali il voto a ciancia : Siate fedeli, ed a ciô far non bieci , Come fu lepte alla sua prima manda ;
** Cui più si convenia dicer : Mal feci, Che, servando, far peggio ; e cosl stolto Ritrovar puoi lo gran duca de' Greci,
*^ Onde pianse Ifigenia il suo bel volto , E fe pianger di se e i follî e i savi , Ch' udir parlar di cosl fatto colto.
** Siate , Cristiani , a muovervi più gravi , Non siate come penna ad ogni vento , E non crediate ch'ogni acqua vi lavi.
*^ Avete il vecchio e il nuovo Testament© , E il pastor della Chiesa che vi guida : Questo vi basti a vostro salvamento.
^7 Se mala cupidigîa altro vi grida , Uomini siate, e non pécore matte , SI che il (îiudeo tra voi di voi non rida,
*^ Non fate come agnel che lascia il latte Délia sua madré , e semplice e lascivo Seco medesmo a suo piacer combatte.
*® Cosl Béatrice a me, come io scrivo ; Poi si rivolse tutta disianto A quella parte ove 'I mondo ft più vivo.
« Que les mortels ne se jouent point du vœu : soyez fidèles, mais à ce faire non imprudents, comme fut Jephté en sa première promesse ;
« A qui plus il convenait de dire : j'ai mal fait, qu'en la gardant faire pis^. Et aussi insensé tu trouveras le grand chef des Grecs ^ ;
« D'où Iphigénie pleura son beau visage, et sur soi fit pleurer et les fous et les sages, qui ouïrent parler d'un pareil culte.
« Soyez , chrétiens, plus pesants à vous mouvoir, ne soyez point comme une plume à tout vent, et ne croyez pas que toute eau vous lave ^.
« Vous avez le Vieux et le Nouveau Testament, et le pasteur de l'Église pour vous guider; cela suffit à votre salut.
« àSi autre chose vous crie une cupidité mauvaise ®, soyez hommes et non de folles brebis, afin que le Juif, au milieu de vous, de vous point ne se rie.
« Ne faites point comme l'agneau qui laisse le lait de sa mère, et, simple et folâtre, s'amuse à jouter avec lui-même. »
Comme je l'écris, ainsi dit Béatrice. Puis, ardente de désir, elle se tourna vers cette partie où le monde est plus vivant ^.
^ Lo sao lacère e il tramutar eembiantè Poser silemio al mio cupido ingegno^ Che già nuove quistioni area davante.
^^ E b1 corne saetta, c!hô nel oegn^y Percuote pria che sîa la corda quêta ^ Cosl corremmo nel secondo regno.
^* Quivi ta Donna mia rid' io i^ Ueta, Goine nel lume di qiiel eiel si inlsdy Che più lucente se ne fe M pianeta.
^ E se ta Stella si cambià e rise y Quai mi fecMo clie pur di mia natuj^a Trasmutabile son per tutte guise i
^^ Corne in pesetiiera^ ch'è tranquitia e purér, Traggono i pesci a ciô che vien dî fuoriy Per modo che lo stimin lor pastura;
^ sa vitfio bert piii di mHIe splemfcri Trarsi ver noi, ed in ciascun s*udia ^ Ecco chi crescerà li nostri amori.
*• E ^ corne ciascuno a noi vcnia, Tedeasi 1- ombra piena di letizia Nel folgôr chiaro che di lei uscia.
*^ Pensa, lettor, se (pê\ che qm sMni^ia Non procedesse, come tu avrestî Di più savere augosciosa carizia ;
En se taisant et changeant d'aspect, elle imposa silence à mon esprit avide, qui déjà devant soi avait de nouvelles questions :
Et comme une flèche qui frappe le but avant que la corde soit en repos, ainsi nous courûmes dans le second royaume*^.
Là , je vis ma Dame resplendir tellement, lorsqu'elle entra dans la lumière de ce ciel , que plus brillante en devint la planète.
Et si, changeant, l'étoile prit un plus vif éclat, que devins- je, moi, par une nature de toutes manières muable !
Comme en un vivier tranquille et pur, accourent les poissons à ce qui vient de dehors, l'estimant leur pftture;
Ainsi vis-je plus de mille splendeurs accourir vers nous, et chacune disait: «Voici qui accroîtra nos amours. »
Et sitôt qu'une ombre venait à nous, on la voyait pleine d'allégresse au milieu de l'éclatante lumière qui sortait d'elle.
Si point ne se continuait ce qui se commence ici , pense. Lecteur, combien pénible te serait la disette de plus savoir,
66 CANTO QDINTO.
*® E per te vederai , come da questi M'era in desio d'udir lor condizioni , Si come agli occhi mi fur manifesti.
*• 0 bene nato, a cui veder li troni Del trionfo eternal concède gr^zia, Prima che la milizia s'abbandoni;
^^ Del lume che per tutto il ciel si spa^ia Noi semo accesi : e pcr6 , se disii Di noi chiarirli, a tuo piacerti sazia.
*^ Cosl da un di quelli spirti pli Detto mi fu ; e da Béatrice : DI di Sicuramente, e credi come a Dii.
*2 lo veggio bon si come tu t' annidi
Nel proprio lume, e che dagli occhi il tragg^, Perch'ei corruscan si come tu ridi ;
** Ma non so chi tu se\ ne porche aggi , Anima degna, il grado délia spera , Che si vêla a' mortai con gli altrui raggi.
*^ Questo diss'io dirittp alla lumiera Che pria m'avea parlato, ond'ella fessi Lucente più assai di quel ch'elTera.
. ^* Si come il Sol , che si cela egli stessi Pertroppa luce, quando il caldo ha rose Le temporanzo de' vapori spessi ;
Et par toi-même tu comprendras combien de ceux-ci je désirais connaître l'état, dès qu'à mes yeux ils eurent apparu,
«O bien né , à qui la grâce accorde de voir, avant de quitter la milice, les trônes des triomphes éternels,
« De la lumière qui par tout le ciel s'épand, nous reluisons; si donc tu désires f enquérir de nous, à ton plaisir rassasie -toi. »
Ainsi me fut-il dit par un de ces pieux esprits; et Béatrice : «Parle, parle avec confiance, et crois comme à des Dieux. »
— Je vois bien que tu habites dans ta propre lumière, et que par les yeux tu l'émets, car elle éclate selon qu'au dedans de toi elle est vive ;
Mais je ne sais qui tu es, ni pourquoi, âme digne, tu occupes le degré de la sphère, qui se voile aux mortels avec les rayons d'un autre *^.
Cela dis-je à la lumière qui auparavant m'avait parlé : sur quoi elle se fit beaucoup plus lumineuse qu'elle n'était d'abord.
Comme le Soleil qui se cache lui-même par trop de lumière, quand la chaleur a dévoré les épaisses vapeurs qui la tempéraient ,
68 CANTO OUINTO.
^* Per piû letizia si mi si nascose Dentro al suo raggio la figura santa , E cosi chiusa chiusa mi rispose
Nel modo che il seguente canto canta.
Par plus d'allégresse, à moi se cacha dans son rayonnement la figure sainte, et ainsi toute couverte elle me répondit
De la manière que chante le chant suivant.
* Posciachè Costantin l' aquila volse Contre il corso del ciel, ch'ella seguio Dietro all'antico che Lavina toise ,
* Cento e cent'anni e più Puccel di Dio Nello estremo d' Europa si ritenne , Vicino a' monti de' quai prima uscio ;
* E sotto l'ombra délie sacre penne Governô il mondo 11 di mano in mano , E, si cangiando, in su la mia pervenne.
^ ' Cesare fui , e son Giustiniano ,
Che , per voler del primo Amor ch' io sento , I D'entro aile leggi trassi il troppo e il vano.
* E prima ch' io ail' opra fossi attento , Una natura in Cristo esser, non piue , Credeva, e di tal fede era contento ;
Chant sixième
« Après que Constantin eut tourné l'Aigle contre le cours du ciel, qui l'accompagna derrière l'antique héros qui enleva Lavinie *,
€ Cent et cent années, et plus, l'oiseau de Dieu s'arrêta à l'extrémité de l'Europe, près des monts d'où premièrement il était sorti ,
«Et là, sous l'ombre de ses ailes sacrées 2, il gouverna le monde, passant de main en main, et ainsi il parvint dans les miennes.
«César je fus, et je suis Justinien*, qui, par le vouloir du premier Amour, dont je jouis, ôlai des lois le trop et l'inutile *.
« Et avant qu'à cette œuvre je m'appliquasse, je croyais que dans le Christ était une seule nature, et de cette foi je me contentais.
Il CANTO SESTO.
Ma il benedetto Agabito, che fue Sommo pastore, alla fede sincera Mi dirizzô con le parole sue.
7 lo gli credetti, e ciô che suo dir era Veggio ora chiaro, si corne tu vedi Ogni contraddizione e falsa e vera.
s Tosto che con la Chiesa mossi i piedi , A Dio per grazia piacque di spirarmi L'alto lavoro, e tutto in lui mi diedi.
• E al mio Bellisar commendai Y armi , Gui la destra del ciel fu si congiunta , Che segno fu ch'io dovessi posarmi.
*^ Or qui alla quistion prima s' appunta La mia risposta ; ma sua condizione Mi stringe a seguitare alcuna giunta ;
** Perché tu veggî con quanta ragione Si muove contra il sacrosanto segno »
E chi M s'appropria , e chi a lui s' oppone,
** Vedi quanta virtù V ha fatto degno Di reverenza , e cominciô dall'ora Che Pallante mort per dargli regno.
** Tu sai ch'e fece in Alba sua dimora Per trecent'anni ed oltre, insino al fine Che i tre a tre pugnar per lui ancora.
« Mais le benoît Agapit, qui fut Pasteur suprême, à la foi pure me ramena par ses paroles.
€ Je le crus; et ce qu'il disait, maintenant je le vois clairement, comme tu vois que toute contradiction implique le faux et le vrai *».
tDès qu'avec l'Église je m'approchai de Dieu, par grâce il lui plut de m'inspirer le haut travail ^ ; et tout entier je m'y adonnai ;
« Et à mon Bélisaire je confiai les armes que tellement seconda la puissance du ciel , que ce me fut un signe de me tenir en repos ^.
« A la première question satisfait ma réponse ; mais le sujet m'oblige d'y ajouter quelque chose encore,
«Afin que tu voies avec combien peu de raison s'élève contre le signe sacro-saint ®, et qui se l'approprie, et qui à lui s'oppose.
« Vois combien de hauts faits l'ont rendu digne de révérence, depuis l'heure où Pallante mourut pour en fonder le règne.
« Tu sais que d' Albe il fit sa demeure pendant trois cents ans, jusqu'au moment où pour lui encore trois contre trois combattirent ^.
*^ Sai quel che fe dal mal délie Sabine Al dolor di Lucrezia in sette regî , Vincendo intorno le genti vicine.
** Sai quel che fe , portato dagli egregi
Romani incontfo a Brenno, incontro a PIrtro, Incontro agli altri principî e collegi :
*• Onde Torquato e Quinzio , che dal cirrô Neglètto fil iiomato, e Deci e Fabi Ebber la fama che volenter mirro.
*7 Esso atterr6 Torgoglio degli Arabi, Che diretro ad Attnibale passaro L'alpestre rocce, Po, dî che tu labi.
*® Sotfesso giovanetti trionfaro Scipion e Pômpeo , ed a quel colle »
Sotto'l quai tu nascesli, parve amaro.
*• Foi , presso al tempo che tutto il ciel voile Ridur lo mondo a suo modo sercno , Cesare per voler di Roma il toile :
^ E quel che fe da Varo insino al Reno, Isarà vide ed Era, e vide Senna , Ed ogni valle onde il Rodano è pieno.
*4 Quel che fe poi ch'ogli uscl di Ravenna, E saltô il ftubicon, fu di tal volo, Che nol seguiteria lingua ne penna.
«Tu sais ce que, depuis le rapt des Sabines jusqu'à la douleur de Lucrèce, il fit sous sept rois, vainquant à Tentour les nations voisines.
« Tu sais ce quMI fit, porté par les glorieux Romains, contre Brennus, fcontre Pyrrhtife, côntrfe les autres princes et leS petiplés ligués !^
« D*où Toirquatus ^t et Quintius, qui de sa chevelure négligée tira son surhoni *^, fet lès Déclus fet les Fabius acquirent la renôrràhée qu'avec joie jfe contemple.
tll abattit l'orgueil des Arabes**, qui, à la suite d'Annibal, pàâsètent lefe rocfe alpestres, d'où tu descends, 6 Pô.
« Sous lui, tout jeunes, triomphèrent Scipion et Pompée, et à cette colline au-dessous de laquelle tu naquis, il partit amef^^ lU
€ Puis, près du temps où te ciel voulut que le monde joûft d*uhè feérénité ^afellle à ta sienne ]j^ César, par là violoiifé de Rome, le pril*^,
« Et ce qu'il îil du Var au Rhin, le virent l'Isère et l'Éra, et le Vîi-'éMl là S^ihë et toliles les Vallées par lesquelled lé RhOlhé be rërtiptlt.
t Ce qu'il fit après qu'il fut sorti de Ravenne et qu'il eut passé le Rabiéon, fiit d'Urt tel vol, que ne le suivrait ni langue ni plume.
22 In ver la Spagna rivolse lo stuolo , Poi ver Durazzo , e Farsaglia percosse Si, ch'al Nil caido si senti del duolo.
2* Antandro e Simoenta, onde si mosse , Rivide, e là dov' Ettore si cuba , E mal per Tolommeo poi si riscosse :
2* Da onde venne folgorando a Giuba ; Poi si rivolse nel vostro occidente , Dove sentia la Pompeiana tuba.
25 Di quel che fe col bâiulo seguente , Bruto con Cassio nello Inferno latra , E Modona e Perugia fu dolente.
2« Piangene ancor la trista Cleopatra , Che, fuggendogli innanzi, dal colubro La morti5 prese subitana ed atra.
27 Con costui corse insino al lito rubro ; Con costui pose il mondo in tanta pace , Che fu serrato a Giano il suo delubro.
28 Ma ciô che il segno che parlar mi face Fatto avea prima , e poi era fatturo , Per lo regno mortal , ch' a lui soggiace ,
2* Diventa in apparenza poco e scuro , Se in mano al terzo Cesare si mira Con occhio chiaro c con affetto puro ;
t Vers TEspagne^f il guida Tarmée, puis vers Durazzo, et à Pharsale il frappa un tel coup, que le chaud Nil en ressentit la douleur.
t II revit Antandros** et le Simoïs, et le lieu où gît Hector; puis, pour la perte de Ptolomée il reprit son vol.
«De là, comme la foudre, il vint contre Juba^, puis retourna dans votre occident^, où il entendait la trompette Pompéienne.
« Ce qu'il fit avec celui qui après le porta 2*, Brutus et Cassius^^^l'aboient dans l'enfer, et Modène et Pérouse en pleurent*^;
« En pleure aussi la triste Cléopâtre , qui devant lui fuyant, d'un serpent reçut la mort soudaine et atroce.
«Avec celui-ci *^il courut jusqu'à la mer Rouge; avec celui-ci il mit le monde en si grande paix, que fut fermé le temple de Janus.
« Mais ce que le signe dont je parle avait fait premièrement, et ce qu'ensuite il devait faire dans le royaume mortel qui lui est soumis,
« Devient en apparence chétif et obscur, si avec une vue claire et un sentiment pur, on regarde ce qu'il fit dans la main du troisième César;
*^ Chè la viva giustizia che mi ^pira
Gli conced^tte, if) (u^no ^ qiiiel cji'ip dicp, Gloria di far ven4etta alla sua ira.
** Or qui t'anwra ip ciô ch'io ti ri^pliQO : Poscia çoït Tito 4 f^r v^pdfitto cgrw Delta vendetta del peccato antico.
*2 E quando il donte longobardp piprse La Santa Chiesa, sotto aile 3ue aU Carlo Magno, vincendo, la spccorsQ.
** Ornai puoi giudicar fji que' cotali, Ch'io accusai di sopr», e de' Iqv falii , Che son cagion di tutti i vostri mali.
^ L'une al pwbblico segpo i gigli gialli Oppone» a l'altro appropria quçUo 9 pilote» SI ch'è forte a veder quai più si falli.
^^ Faccian gli (Gbibe|)fn , facpian lor w^ Sott' altro segifo ; chè mal segjue qpellQ Sempre chi la giustizia e lui diparte :
*^ E non l'abbatt^ e^to Carlo novellp Co' Guelfi suoi , ma tema degli artigli Ch'a più alto leon trasser lo vello.
*7 Moite fiate già pianser li figli
Per la colpa del padre, e non si creda Che Dio trasmuti l'armi per suoi gigli.
«Car, dans la main de celui-ci, la vivante Justice qui m'inspire lui accorda la gloire d'accomplir la vengeance de sa colère ^JT
« Ores ici considère bien ce que j'ajoute : avec Titus il courut ensuite tirer vengeance de la vengeance de l'antique péché.
c Et quand la dent Lombarde mordit la sainte Église, Charlemagne, vainquant sou3 ses ailes ^fc^ la secourut.
« Maintenant tu peux juger de ceux que j'ai d'abord accusés^, et de leurs fautas, qui sont la cause de tous vos maux.
« Au signe public ^ l'un oppose les lis jaunes, l'autre l'approprie à son parti, de sorte que difficile il est de voir lequel faillit le plus.
«Qu'exercent les Gibelins, qu'ils exercent leurs manœuvres sous uji autre signe;* mal suit celui-là toujours qui le sépare de la justice :
« Et que ne l'abatte point le nouveau Charles avec ses Guelfes, mais qu'il craigne les serres qui à un plus fort lion ont arraché le poil.
■ Plusieurs fois déjà les fils ont pleuré pour le péché de leur père; et qu il ne croie pas qu'en faveur de ses lis Dieu transportela puissa nce.
^ Questa picciola Stella si conreda De' buoni spirti, che son stati attivi Perché onore e fama gli succéda ;
*• E quando li desiri poggian quîvi Si disviando, pur convien che i raggi Del vero amore in su poggin men vlvi.
^® Ma , nel commensurar de' nostri gaggi Col merto , è parte di nostra letizia , Perché non li vedem minor né maggi.
^* Quinci addolcisce la viva giustizia In noi r afietto si , che non si puote Torcer gianunai ad alcuna nequizia.
^ Diverse vod fanno dolci note ; CoA diversi scamii in nostra vita, B^mIod doice armonia tra quesle ruote.
^ E dentro alla présente margherita Luce la luce di Romeo, di cui Fu r opra grande e bella mal gradita.
^^ Ma i Provenzali che fer contra lui Non hanno riso, e perô mal cammina Quai si fa danno del ben fare altrui.
^* Quattro figlie ebbe , e ciascuna reina , Ramondo Berlinghieri , e ciô gli fece Romeo, persona umile e peregrina.
t Cette petite étoile *?, s'orne des esprits bons, qui ont été actifs pour acquérir honneur et renommée.
« Lorsque les désirs ici montent en déviant ainsi '*^, force est que les rayons du véritable amour en haut s'élancent moins Vifs.
tMais dans la proportion de notre salaire avec notre mérite gît une partie de notre joie, parce que nous ne le voyons ni plus grand ni moindre *♦.
« Par là tellement purifie nos désirs la vivante Justice, qu'ils ne peuvent jamais se détourner à rien de mauvais.
« De voix diverses se forment de doux chants; ainsi, dans notre vie *; des sièges divers forment une douce harmonie au milieu de ces sphères.
< Dans cette perle luit la lumière de Roméo ^, dont l'œuvre grande et belle fut mal récompensée.
« Mais n'ont pas ri les Provençaux qui agirent contre lui ; car mal chemine qui regarde comme un tort fait à soi, Ip )ûen fait à autrui.
«Quatre filles eut Raimond Réranger, et toutes reines : et cela pour lui fit Roméo, personnage humble et étranger.
^^ E poi il inosser le parole biece A dimandar ragione a questo giusto, Che gli assegno sette e cinque per diece.
^7 Indi partissi povero e vetusto ;
E se il mondo sapesse il cuor ch'egli ebbe Mendicando sua vita a frusto a frusto ,
Assai lo loda, e più lo loderebbe.
« Puis de louches paroles le portèrent à demander compte à ce juste, qui lui rendit sept et cinq pour dix»ijl
t De là il partit pauvre et vieux ; et si le monde savait quel cœur il eut, mendiant sa vie morceau à morceau,
« Il le loue beaucoup, mais plus il le louerait, t
CANTO SETTIMO
Osanna, sanctus Devs Sabaoth, Superillustraus claritate tua Felices ignés horum malahoth!
Gosi , volgendosi alla nota sua , Fu viso a me cantare essa sustanza , Sopra la quai doppio lume s'addua :
^ Ed essa e V altre mossero a sua danza , E , quasi velocissime fa ville , Mi si velar di subita distanza.
lo dubitava, e dicea : dille dille,
Fra me, dille, diceva : alla mia Donna ,
Che mi disseta con le dolci stille ;
^ Ma quella reverenza che s' indonna Di tutto me , pur per B e per ICE , Mi richinava corne Pnom ch'assonna.
Hosanna sanctus Deus Sabaoth , Superillustrans claritate tua Felices ignés harum Malahoth *.
Ainsi, retournant vers son chœur, je vis chanter cette substance, qu'enveloppa une double lumière;
Et elle et les autres reprirent leur danse, et, comme de rapides étincelles, soudain me les voila Téloigneraent.
Je doutais et disais : — Dis-lui, dis-lui; en moimême, dis- lui, je disais à maDame, qui me désaltère avec ses douces paroles.
Mais cette révérence qui s'empare entièrement de moi, seulement à ouïr B et ICE*, m'inclinait comme un homme pris de sommeil.
86 CANTO SETTIMO.
^ Poco sofferse me cotai Béatrice , E cominciô, raggiandomi d'un riso Tal , che nel fuoco faria l'uom felice
Seconde mio infallibile awiso , Corne giusta vendetta giustamente Punita fosse , t* bai in pensier miso ;
® Ma io ti solverô tosto la mente :
E tu ascolta, chè le mie parole Di gran sentenzia ti faran présente.
^ Per non soffrire alla virtù che vuole
Freno a suo prode, queiruom che non nacque, Dannando se , dannô tutta sua proie ;
^^ Onde r uraana spezie inferma giacque Giii per secoli molti in grande errore , Fin ch'al Verbo di Dio discender piacque ,
^^ U' la natura , che dal suo Fattore S'era allungata , unio a se in persona Gon Tatto sol del suo eterno amore.
^2 Or drizza il viso a quel che si ragiona : Questa natura al suo Fattore unita , Quai fu creata , fu sincera e buona ;
^^ Ma per se stessa pur fu isbandita Di Paradiso , perocchè si torse Da via di verità e da sua vita.
Peu de temps souffrit Béatrice qu'ainsi je fusse , et, m'illuminant d'un sourire qui dans le feu rendrait rhomme heureux, elle commença :
t Selon mon apercevance infaillible , tu t'embarrasses en cette pensée, comment une juste vengeance peut être justement punie *.
tMais je délierai bientôt ton esprit; toi, écoute, car d'une haute doctrine mes paroles te gratifieront.
€ En ne supportant pas que, pour son bien, la vertu qui veut, eût un frein, cet homme qui point ne naquit^, se perdant, perdit toute sa race :
« D'où infirme Fhumaine espèce demeura , durant beaucoup de siècles, gisante dans une grande erreur, jusqu'à ce qu'il plut au Verbe de Dieu de descendre.
€ La nature qui de son Créateur s'était éloignée, il unit à soi personnellement, par l'acte seul de son étemel amour.
« Maintenant sois attentif à ce raisonnement : cette nature unie à son Créateur, telle qu'elle fut créée, était pure et bonne.
«Mais, par sa propre faute, elle fut bannie du Paradis, s'étant détournée de la voie de la vérité et de sa vie.
88 CANTO SETTIMO.
*^ La pena dunque che la croce porse , S'alla natura assunta si misura ,^ Nulla giammai si giustamente morse :
^^ E cosl nulla funi tanta ingiura, Guardando alla persona che sofferse , In che era contratta tal natura.
** Per6 d'un atto uscir cose diverse ;
Ch'a Dio ed a' Giudei piacque una morte : Per lei tremô la terra , e il ciel s' aperse.
^7 Non ti dee oramai parer piû forte , Quando si dice che giusta vendetta Poscia vengiata fu da giusta corte.
*® Ma io veggi'or la tua mente ristretta Di pensiero in pensier dentro ad un nodo , Del quai con gran disio solver s' aspetta.
^^ Tu dici : Ben discerne ci6 ch'i'odo ; Ma perché Dio volesse m'è occulto A nostra redenzion pur questo modo.
2<> Questo décrète , frate , sta sepulto Agli occhi di ciascuno , il cui ingegno Nella fiamma d' amor non è adulte.
^* Veramente, perô ch'a questo segno Moite si mira c poco si discerne , Dirô perché tal modo fu più degno.
t La peine donc subie sur la croix, si on la mesure à la nature prise, aucune jamais ne fut plus justement infligée ;
«Comme aussi jamais il n'en fut de plus inique, si on regarde la personne qui souffrit, à laquelle était unie cette nature.
« Ainsi d'un seul acte sortirent des choses diverses : à Dieu et aux Juifs plut une même mort; par elle trembla la terre» et le ciel s'ouvrit *.
«Ce ne doit plus désormais t'étre une difficulté, quand on dit qu'une juste vengeance fut vengée par une juste cour.
« Mais je vois maintenant ton esprit , de penser en penser, serré dans un nœud, qu'avec un grand désir il attend que je dénoue..
c Tu dis : Je discerne bien ce que j'ouïs; mais pourquoi Dieu voulut de cette manière seulement opérer notre rédemption, point ne le vois.
«Ce décret, frère, est caché aux yeux de ceux dont l'intelligence n'a pas grandi dans la flamme d'amour.
« Parce que vraiment, pour y pénétrer, beaucoup on regarde et peu l'on discerne , je dirai pourquoi cette manière fut plus digne.
CANTO SUTTIMO.
** La divina bontà , che da se sperne Ogni livore, ardendo in se sfa villa SI , che dispiega le bellezze eterne.
^ Ciô che da lei senza mezzo distilla Non ha poi fine , perché non si muove La sua imprenta , quand' ella ^gilla.
*^ Ciô che da essa senza mezzo piove Libero ë tutto, perché non soggiace Alla virtude délie cose nuove.
** Pîù r è conforme , e perô più le piace ; Chè Tarder santo, che ogni cosa raggia, Nella più simigliante è più vivace.
*• Di tutte queste cose s'awantaggia L'umana creatura, e, s'una manca, Di sua nobilità convien che caggia.
^ Solo il peccato è quel che la disfranca , E falla dissimile al somme bene , Perché del lume suo poco sMmbianca ;
*® Ed in sua dignîtà mai non riviene , Se non riempie dove colpa vota , Contra mal dilettar con giuste pêne.
^ Vostra natura, quando peccô tota Nel semé suo , da queste dignitadi , Come di Paradiso fu remota :
t La divine bonté qui repousse de soi toute envie , ardente en elle-même étincelle, de sorte qu'elle répand les beautés étemelles.
c Ce qui découle immédiatement d*elle n'a pas de fin, parœ que, quand elle scelle, immuable est l'empreinte.
c Ce qui dérive immédiatement d'elle est entièrement libre, parce qu'il n'est point assujetti à la puissance des choses nouvelles^
€ Il lui est plus conforme, et ainsi plus lui plaît, l'ardeur sainte ^ dont les rayons pénètrent tout être, étant plus vive en celui qui plus lui ressemble.
«Tous ces avantages, les possède l'humaine créature, et si un manque, elle déchoit de sa noblesse.
« Serve la fsiit le péché seul , et la rend dissemblable au souverain Bien, parce que de sa lumière peu elle s'illumine;
c Et dans sa dignité jamais elle ne remonte, si, par de justes peines opposées au mauvais plaisir^ elle ne remplit le vide creusé par la faute.
«Quand votre nature tout entière pécha dans sa semence, de ces privilèges elle fut privée, comme du Paradis;
9% CANTO SETTIIfO.
^ Ne ricovrar poteasi , se tu badi Ben sottilmente , per alcuna via , Senza passar per un di questi guadi :
** O che Dio solo per sua cortesia
Dimesso avesse , o che Tuorn per se isso Avesse soddisfatto a sua follia.
** Ficca rao Tocchio per entro Tabisso DelFetemo consiglio, quanto puoi Al mio pariar distrettamente fisso.
** Non potea l*uomo ne' termini suoi Mai soddisfar, per non poter ir giuso Con umiltate, obediendo poi,
** Quanto disubbidendo intese ir suso ; E questa è la ragion perché V uom fue Da poter soddisfar per se dischiuso.
^* Dunque a Dio convenia con le vie sue Riparar Y uomo a sua intera vita , Dico con r una , o ver con ambedue.
*^ Ma perché Y ovra é tanto più gradita Deir opérante, quanto più appresenta Délia bontà del cuore ond'é uscita ;
*7 La divina bontà , che il mondo imprenta , Di procéder per tutte le sue vie A rilevarvi suso fu contenta ;
«Et, si bien tu y regardes, elle ne pouvait les recouvrer que par l'une de ces voies ®:
< Ou que Dieu, par sa largesse, lui remtt sa dette, ou que rhomme par lui-même satisfît pour sa folie.
«Maintenant, attentif autant que tu le peux à mes paroles, plonge ton regard dans Tabtme de Tétemel conseil.
«L'homme, dans son être limité, ne pouvait jamais satisfaire, ne pouvant, en obéissant ensuite avec humilité , descendre autant ,
« Qu'en désobéissant il voulut s'élever : et c'est la raison pourquoi l'homme était hors d'état de satisfaire par lui-même.
« Donc il fallait que, par ses propres voies. Dieu rétablît l'homme dans sa pleine vie, je dis par l'une ou par les deux ensemble *.
« Mais parce que d'autant plus agréable est l'œuvre de celui qui opère, que plus elle manifeste la bonté du cœur d'où elle est émanée ,
« La divine bonté, qui s'empreint dans le monde, se plut, pour vous relever, à procéder par toutes ses voies :
94 CANTO SËTTIMO.
^ Ne tra l'ultiroa notte e il primo die SI altoe ^ magnifico processo, O per r una o per Y altro fue o fie.
^^ Cbè più largo fu Dio a dar se stesao In far i' uom sufficiente a rilevarsi, Che s'egli avesse sol da se dimesso.
^® E tutti gli altri modi erano scarai Alla giustizia , se il Figliuol di Dio Non fosse umiliato ad incamarsi.
^^ Or, per eropierti bene ogni disio , Ritomo a dicbiarare in alcun loco Perché tu veggi U coi^ ooin*io«
^ Tu dici : lo veggio Taere, io v^gio il fuooo, L'acqua e la terra e tutte lor roisture Venire a corruzione e durar poco;
** E queste cose pur fur créature ; Perche, se ciô che ho dette è stato vero, Esser dovrian da corruzion sicure.
^^ Gli angeli, frate, e il paese sincero Nel quai tu se\ dir si posson creati , SI corne sono, in loro essere intero ;
^^ Ma gli elementi che tu hai nomati , E quelle cose che di lor si fanno , Da creata virtù sono informati.
CUÂNT SEPTlËMt:. 95
€ Et entre la dernière nuit et le premier jour *^, jamais œuvre aussi haute et aussi magnifique, accomplie par Tune ou par Tautre, ne fut ni ne sera ;
c Dieu ayant usé de plus de largesse, en se donnant lui-même pour que l'homme eût le pouvoir de se relever, que si 9 de soi seul , il lui eût remis sa dette;
c Et à regard de la justice, imparfaits eussent été tous les autres modes, si le fils de Dieu ne se fût pas humilié jusqu'à s'incarner.
< Maintenant, afin de satisfaire pleinement tes désirs, je reviens sur un point, pour l'éclaircir de manière qu'il te soit aussi évident qu'à moi.
«Tu dis: je vois l'air, je vois le feu, l'eau et la terre, et tous leurs mélanges tomber en corruption et durer peu ;
« Et cependant ces choses furent créées** : par quoi, si ce que j'ai dit*^ est vrai, elles devraient être exemptes de corruption.
«Les Anges, frère, et le lieu où tu es**, se peuvent dire créés *^, dans ce qui fait le fond de leur être*^ :
« Mais les éléments que tu as nommés, et les choses faites d'eux, sont informés par une vertu créée.
% CANTO SETTIMO
*« Creata fu la materia ch'egli hanno , Creata fu la virtù informante In queste stelle che intomo a lor vanno.
^7 L'anima d*ogni bruto e delle plante Di complession potenziata tira Lo raggio e il moto delle luci santé.
^ Ma nostra vita senza mezzo spira La somma beninanza, e la innamora Di se, si che poi sempre la disira.
*^ E quinci puoi argomentare ancora Vostra resurrezion, se tu ripensi Come Tumana came fessi allora,
Che li primi parenti intrambo fensi.
« Créée fut la matière qu'ils possèdent ; créée fut, dans ces étoiles qui roulent autour d'eux, la vertu informatrice ;
« Et l'àme de toute brute et des plantes a la faculté potentielle d'attirer le rayon et le mouvement des lumières saintes ^^
« Mais, sans intermédiaire, la suprême Bonté souffle en nous la vie ^^ et l'enamoure de soi^^, de sorte que toujours ensuite elle la désire **;
« De là tu peux encore argumenter notre résurrection, si tu repenses comment l'humaine chair fut faite, alors
<.' Que furent faits nos deux premiers parents *f. •
CANTO OTTAVO
Solea creder lo mondo in suo pericio Che la bella Ciprigna il folle amore Raggiasse, volta nel terzo epicicio ;
Perche non pure a lei faceano onore
Di sacrificj e di votivo grido
Le genti antiche neU'antico errore :
* Ma Dione onoravano e Cupido,
Quella per madré sua , questo per figlio, E dicean ch'ei sedette in grembo a Dido;
E da costei , ond' io principio piglio ,
Pigliavano il vocabol délia Stella
Che r Sol vagheggia or da coppa or da ciglio.
^ Io non m'accorsi del salire in ella ; Ma d'esservi entro ini foce assai fede La Donna inia , ch'io vidi far più bella.
Le monde, en son péril*, croyait que la belle Cypris, tournant dans le troisième épicycle-, inspirait le fol amour :
Ce pourquoi, non -seulement lui offraient des sacrifices et des hymnes votifs, les peuples antiques dans leur antique erreur.
Mais ils honoraient aussi Dioné* et Cupidon, celle-là comme sa mère, celui-ci comme son fils, et ils disaient qu'il s'assit dans le giron de Didon ^ ;
Et de celle par qui je commence^ ils tiraient le nom de l'étoile que, tantôt devant, tantôt derrière, avec amour regarde le Soleil.
Je ne m'aperçus point que j'y montais; mais me rendit certain d'y être ma Dame, que je vis devenir plus belle ^
100 CANTO OTTAVO.
* E come in fiamma favilla si vede , E come in voce voce si discerne , Quand' una è ferma e Paîtra va e riede;
^ VidMo in essa luce altre lucerne Muoversi in giro piii e men correnti , Al modo , credo , di lor viste eterne.
^ Di fredda nube non disceser venti , 0 visibili o no , tanto festini , Che non paressero impediti e lenti
' A chi avesse quei lurai divini Veduto a noi venir, lasciando il giro Pria cominciato in gli alti Serafmi.
*® E dentro a quei che più innanzi appariro , Sonava Osanna si , che unque poi Di riudir non fui senza disiro.
** Indi si fece Tun più presso a noi, E solo incominciô : Tutti sem presti Al tuo piacer, perché di noi ti gioi.
*2 Noi ci volgiam co' principi celesti D* un giro , d' un girare , e d'una sete , A' quali tu nel mondo già dicesti :
*^ Voi che iniendendo il terzo ciel movete; E sem si pien d' amor, che , per piacerli . Non fia men dolce un poco di quiète.
Et comme dans la flamme se voit une étincelle , et comme dans une voix se discerne une voix, lorsque Tune est fixe, et que l'autre va et revient.
Je vis dans cette lumière d'autres lumières se mouvoir en rond, courant plus ou moins vite, selon, je crois, la mesure de leurs visions éternelles^.
D'une froide nuée jamais ne descendirent, visibles ou non, des vents si rapides s, qu'ils ne parussent empêchés et lents ,
A qui eût vu ces divines lumières venir à nous, en quittant le Cercle dont le mouvement commence dans les hauts Séraphins ® :
Et derrière ceux qui le plus en avant apparurent, résonnail Hosanna y tellement que jamais depuis je ne fus sans désir de l'entendre encore.
Ensuite un d'eux s'approcha plus de nous , et seul commença : • Tous nous sommes prêts à. ce que tu disposes de nous à ton plaisir.
« Dans un même Cercle, d'une même vitesse et d'une même soif, nous tournons avec les Princes célestes è qui jadis tu as dit :
« Esprits intelligents j qui mouvez le trnisihne ciel^^; et d'amour nous sommes si remplis, que, pour te plaire, un peu de repos ne nous sera pas moins doux^^. »
102 CANTO OTTAVO.
^* Poscia che gli occhi miei si furo offerti Alla mia Donna reverenti , ed essa Fatti gli avea di se contenti e certi ,
** Rivolsersi alla luce , che promessa Tanto s' avea , e : Deh , chi sete? fue La voce mia di grande affetto impressa.
** O quanta e quale vid' io lei far piue Per allegrezza nuova che s'accrebbe.
Quand' io parlai , al all'egrezze sue!
*^ Cosi fatta , mi disse , il mondo m' ebbe Giù poco tempo ; e se più fosse stato , Molto sarà di mal , che non sarebbe.
^^ La mia letizia mi ti tien celato ,
Che mi raggia d'intomo , e mi nasconde Quasi animal di sua seta fasciato.
** Assai m' amasti , ed avesti ben onde ; Che, s'io fossi giù stato, io ti mostrava Di mio amor più oitre che le fronde.
*^ Quella sinistra riva che si lava
Di Rodano , poich'è misto con Sorga , Per suo signore a tempo m' aspettava :
** E quel como di Ausonia, che s'imborga Di Bari , di Gaeta e di Crotona , Da ovp Tronto e Verde in mare sgorga.
Après qu'avec respect mes yeux se furent levés sur ma Dame, et qu'elle les eut rendus certains de son consentement,
Ils se retournèrent vers la lumière qui avait tant promis, et : — Dis, qui es-tu ? fut ma voix empreinte de grande affection.
Oh ! combien la Vis-je se dilater et resplendir plus par l'allégresse nouvelle, qui, lorsque je parlai, accnit ses allégresses !
Ainsi rayonnante elle me dit : t Le monde jadis m'eut un peu de temps; et si plus j'y étais demeuré, beaucoup de mal adviendra , qui ne serait point advenu.
€ A toi me cèle la joie qui , rayonnant autour de moi, me cache comme l'animal enveloppé de sa soie**.
« Beaucoup tu m'as aimé, et avec grande raison; car si en bas j'étais resté, je t'aurais de mon amour montré plus que les feuilles.
« Cette rive gauche que lave le Rhône après fe'être mêlé avec la Sorgue, m'attendait dans le temps** pour son Seigneur;
« Et cette corne de l'Ausonie, où s'élèvent les villes de Bari, de Gaête, de Crotone, et d'où le Tronto et le Verdé ** vont se dégorger dans la mer.
104 CANTO OTTAVO.
^2 Fulgeami già in fronte la corona Di quella terra che il Danubio riga Poi chn le ripe tedesohe abbandona :
^* E la bella Trinacria , che caliga Tra Pachino e Peloro , sopra il golfo Che rireve da Euro niaggior briga ,
2^ Non per Tifeo , n)a per nascentc solfo , Attesi avrebbe li suoi régi ancora , Nati per me di Carlo e di Ridolfo ;
*^ Se mala signoria , che sempre accora Li popoli suggetti , non avesse Mosso Palermo a gridar : Mora , mora.
2*^ E se n]io frate questo antivedesse , L'avara povertà di Catalogna (îià fuggiria , perche non gli offendesse ;
2' Che veramente provveder bisogna Per lui , 0 per altrui , si ch' a sua barca Carica più di rarco non si pogna.
^ La sua natura . rhe di larga parca Discese, avria niestierdi tal niilizia Che non curassodi nieltero in arra.
24» Perocch'io credo che Talta letizia
Che il luo parlar m' infonde, signor mio, Ov'ogni ben si termina e s'inizia ,
« Déjà sur mon front brillait la couronne de cette lerre que le Danube arrose, après avoir abandonné les rives Tudesques.
« Et la belle Trinacrie, qu'entre Pachino et Peloro*5, au-dessus du golfe que tourmente principalement TEurus*®, obscurcit,
« Non Typhée, mais le soufre qui se forme ^^, aurait, elle aussi, attendu ses rois, nés par moi de Charles et de Rodolphe *s,
« Si une mauvaise seigneurie, qui toujours désespère les peuples sujets, n'eût pas poussé Palerme h crier ^^ : « Mem'e, meure ! »
«Et si mon frère avait cette prévoyance, il fuirait l'avide pauvreté de Catalogne, afin de ne pas les offenser 20 :
• Car vraiment est-il besoin de pourvoir, par lui ou par d'autres, à ce que sa barque, déjà chargée, ne reçoive pas une nouvelle charge.
«Son avare nature, issue d'une généreuse 21, exigerait des ministres qui n'eusent point souci de remplir des coffres. »
— La haute joie, mon Seigneur, qu'en moi verse ton parler, m'est d'autant plus chère, que là où tout bien commence et se termine ,
106 CANTO OTTAVO.
^ Per te si veggia , corne la >egg*io, Grata m'è più ; e anche questo ho caro , Perche il discerni rimirando in Dio.
*^ Fatto m' hai lieto , e cosl mi fa chiaro , Poichë , parlando, a dubitar m' hai roosso Corne uscir puô di doice semé amaro.
** Questo io a lui : ed egli a me : S* io posso Mostrarti un vero , a quel che tu dimandi Terrai il viso corne tieni il dosso.
** Lo Ben che tutto il regno che tu scandi Volge e contenta , fa esser virtut^ Sua provedenza in questi corpi grandi ;
** E non pur le nature provvedute Son nella mente ch' è da se perfetta , Ma esse insieme con la lor salute.
»5 Perché quantunque questo arco saetta , Disposto cade a proweduto fine , SI corne cocca in suo segno diretta.
*• Se ciô non fosse , il ciel che tu cammine Producerebbe si li suoi effetti , Che non sarebber arti , ma ruine ;
•■^^ K cio esser non puo , se grintelletti
Che muovon queste stelle non son manchi , E manco il primo che non gli ha perfetti.
Tu la sens, je crois, comme je la sens; et cher encore m'est ce que tu me dis, parce que ton regard le découvre en Dieu.
Tu m'as fait joyeux; fais aussi, puisqu'en doute m'ont mis tes paroles, qu'il me soit clair comment peut sortir d'une douce semence un fruit amer.
, Ainsi moi à lui ; et lui à moi : « Si je peux te montrer le vrai sur ce que tu me demandes, tu auras le visage comme tu as le dos 2î.
«Le Bien^* qui meut et rend heureux tout le royaume où tu montes, exerce sa providence par une vert^i qu'il à mise en ces grands corps :
« Et non-seulement les natures prévues sont dans l'intelligence parfaite de soi, mais elles y sont avec les conditions de leur existence ;
« Parce que tout ce que décoche cet arc est disposé pour atteindre une fin prédestinée , comme une flèche dirigée vers son but.
« Si cela n'était pas, le ciel que tu parcours produirait ses effets do telle sorte qu'ils n'offriraient, au lieu d'art, que des ruines:
« Ce qui no peut être si les intelligences qui meuvent ces étoiles ne sont défectives, et défective la première qui les a laissées imparfaites.
408 CANTO OTTAVO.
^^ Vuo' tu che questp ver più ti s' iinbianchi? Ed io : Non già , perché impossibii veggio Che la natura, in quel ch'ë uopo , stanchL
^® Ond'egli ancora. Or dl, sarebbe il peggio Per r uorao in terra se non fosse cive? Si, rispos'io, e qui ragion non cheggio.
^® E puô egli esser, se giù non si vive Diversaraente per diversi ulfici ?
No , se il maestro vostro ben vi scrive.
^^ SI venue deducendo insino a quici ; Poscia conchiuse ; dunque esser diverse Convien de' vostri effetti le radici :
*2 Perché un nasce Solone ed altro Serse , Altro Melchisedech , ed altro quello Che , volando per P aère , il figlio perse.
^* La circular natura , ch' è suggello Alla cera mortal , fa ben su'arte , .
Ma non distingue l'un dall' altro ostello.
^ Quinci addivien ch' Esàù si diparte Per semé da lacob, e vien Quirino Da si vil padre , che si rende a Marte.
^^ Natura generata il suo cammino Simil farebbe sempre a' generanti, Se non vincesse il proweder divino.
« Veux-tu que cette vérité te soit encore plus claire? » • Et moi : — Non, car je vois qu'il est inDpossible que, dans ce qui est de besoin , la nature se fatigue ^\
D'où lui derechef : « Oi-, dis, ne serait-ce pasàin mal pour Thomme sur la terre, s'il n'était pas citoyen ^s?» — Oui, répondis-jé, et ici de raison point ne demande.
«Et peut-il l'être, si l'on n'y vit diversement, pour divers offices? Non, si bien vous enseigne votre maître^*.»
Par des déductions il vint jusqu'ici; puis il ajouta : • Donc, il faut que de vos actes les racines soient diverses ;
«Par quoi l'un naît Solon, un autre Xercès, un autre Melchisedech , et un autre celui ^7 qui perdit son fils volant à travers les airs.
«La nature qui, dans son mouvement circulaire, empreint la cire mortelle, accomplit bien son œuvre, mais elle ne distingue point une maison d'une autre.
« De là il advient qu'Ésaû est par la semence 2^ séparé de Jacob ; et que d'un père si vil vient Quirinus, qu'on le fait descendre de Mars 2».
«La nature engendrée suivrait toujours une voie semblable à celle des générateurs, si ne prévalait point la Providence divine.
no CANTO OTTAVO.
^* Or quel ch' fera dietro t'è davanti ; Ma perché sappi che di te mi giova , Un coroUario voglio che t* ammanti.
^^ Sempre natura , se fortuna trova Discorde a se, com'ogni altra semente Fuor di sua région , fa mala prova.
^^ E se il mondo iaggiù ponesse mente Al fondamento che natura pone , Seguendo lui, avria buona la gente.
*^ Ma voi torcete alla religione
Tal che fu nato a cingersi la spada , E fate re di tal ch' è da sermone ;
Onde la traccia vostra è fuor di strada.
« Maintenant, ce qui était derrière toi est devant ^^ ; mais, pour que tu saches qu'avec toi je me plais, d'un corollaire je veux t'eramanteler**.
« Toujours la nature , si elle trouve la fortune *2 opposée, réussit mal , comme toute autre semence hors de son terrain.
• Et si en bas le monde observait le fondement que pose la nature, et s'y conformait, bons seraient ses. habitants :
« Mais vous mettez en religion tel qui naquit pour ceindre Pépée, et faites un roi de tel qui est propre à prêcher :
< D'où vos pas sont hors de la route. »
Da poi che Carlo tuo, bella Glemenza , M'ebbe chiarito, mi narrô gringànhi Che ricever dovea la sua semenza ;
Ma disse : Taci , e lascia volger gli aimi : Si ch'io non posso dir, se non che pianto Giusto verra dirietro a' vostri danni.
E già la vita di quel luine santo Rivolta s'era al Sol che la riempie.
Corne a quel ben ch'ad ogni cosa è tante.
* Ahi , anime ingannate , fatue ed empie , Che da si fatto ben torcete i cuori , Drizzando in vanità le vostre tempie !
* Ed ecco un altro di quelli splendori Ver me si fece, e il suo voler piacermi Significava nel chiarir di fuori.
Après que ton Charles, belle Clémence*, eut éclairci mes doutes, il me raconta les fourberies dont on userait contre ses descendants.
Mais il dit : «Tais-toi, et laisse couler les ans: » de sorte que rien ne puis dire, sinon que de justes pleurs suivront les torts à vous faits.
Déjà rame de cette lumière sainte s'était tournée vers le Soleil 2, qui la remplit, comme le bien qui suffit à tout remplir de soi.
Hélas! émes^trompées, folles et impies, qui de ce bien détournez le cœur, dirigeant vos regards sur les choses vaines !
Voilà qu'une autre de ces splendeurs s'approcha de moi, montrant, par l'éclat qui jaillissait d'elle, son envie de me complaire.