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Qui révélât profunda dt tenebris t et producit in lumen, umbram mortis. Jub, Ui, 22.
Ostendam tibi , audi me , quod vidi , nar* rabo tibi% Job , xv, 17.
« Honneur aux hommes illustres, dans tous les temps « et dans tous les pays (t) ! »
Nous avons publié une traduction de la Divine Comédie, 3 vol. in-8°, Paris, 1811-1813 :1e public a bien voulu accueillir cet essai avec quelque bonté. Rendu à la vie des lettres, après de nouveaux travaux politiques, nous avons cru convenable de publier la seconde édition, 9 vol. in-32, 1828-1830. Aujourd'hui, nous publions la troisième, avec de nombreuses corrections et une foule d'additions dans les notes.
Nous nous sommes procuré , en général , les dissertations, les variantes imprimées en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre, et en Allemagne. Nous présentons donc au lecteur les investigations assidues des principales nations littéraires du monde ; et puisque les hommages les plus mérités sont rendus universellement au padre Alighieri, dans toute la terre savante, nous avons cherché à résumer ces louanges, à profiter de tous les conseils utiles, à repousser des calomnies, à stimuler l'ardeur des amis du vrai, du beau, du plus noble sentiment moral et religieux , et nous avons pensé que ce tribut
(1) Histoire de Dante, grand iu-8". Paris, 1841, p. 1.
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d'admiration , offert sous la protection de cette langue qui , malgré des écarts dont elle ne tardera pas à se corriger, donne la vie à tout ce qu'elle touche, continuerait d'entretenir l'empressement avec lequel Dante est partout recherché, expliqué et mieux compris.
Nous avons cru qu'il était a propos de réunir les trois cantiche dans un seul volume. Longtemps, on n'a pas même connu, parmi nous, le nom de Dante : plus tard, on consentait à lire Y Enfer, et même à louer la contexture de ce premier poëme. Ensuite, sans avoir lu le Purgatoire et le Paradis, on était tenté de les déclarer fatigants , sans but, ennuyeux (ceci concerne les pays étrangers à l'Italie). Le grand auteur n'avait réussi, disait-on, que dans son commencement : le reste ne valait pas la peine d'occuper un instant l'attention. Ce préjugé régnait avec aigreur dans tous les esprits. Sous l'influence des reines Catherine et Marie de Médicis, il y eut des éditions italiennes imprimées à Lyon , mais on les débitait plus en Italie qu'en France. On ne connaissait en français, dans le xvie siècle, que la traduction de Grangier, dédiée à Henri IV; Paris, 3 vol. in-12, 1596-1597 (l). Elle est en vers qui suivent exactement le texte ; ce qui la rend, dans beaucoup de passages, à peu près incompréhensible. Les notes qui l'accompagnent sont cependant instructives. Au
(i) Dans le xvne siècle la langue italienne était répandue à Paris. On voit que madame de Sévigné lisait VArioste et le Tasse : elle ne dit rien des vers de Dante. M. de Monmerqué, iufatigable ami de la gloire de madame de Sévigné, M. de Monmerqué, mon confrère, cet annaliste si ingénieux, qui connaît si intimement tous les secrets historiques du grand siècle , m'a dit que dans les documents inédits mis en ordre pour préparer une nouvelle édition des Lettres inimitables, il n'avait rien vu qui fût relatif à Dante.
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/otal , on connaît peu cette édition , et on ne la lit jamais.
Une autre édition , ou plutôt imitation , composée par le comte Colbert d'Estoutcville , petit-fils du célèbre Colbert, et qui a circulé longtemps manuscrite, fut imprimée en 1796 par Sallior. Elle est, aussi, complète, mais dépourvue de notes. Il ne faut pas disconvenir que cette publication n'ait donné , suivant un passage de la préface de l'éditeur, n'ait donné au public une première idée d'un poème très-singulier et qui présente de trèsgrandes beautés. Cette édition n'obtint aucun succès, à cause de l'époque désastreuse où elle fut publiée. Ensuite, l'auteur substituait trop souvent des équivalents mal choisis à la haute inspiration du poète. Véritablement, d'Estouteville ne révéla que la charpen te du poème.
Moutonnet avait traduit Y Enfer in-8°, Paris, 1776. Plus tard, en 1785, Rivarol avait traduit Y Enfer seulement , comme Moutonnet.
Je parle de Grangier, de d'Estouteville , de Moutonnet et de Rivarol, dans mes notes, et toujours avec la convenance nécessaire , parce qu'il s'agit de prédécesseurs qui ont fait, dans leur temps, aussi bien qu'ils pouvaient faire.
Je détaillerai les motifs pour lesquels j'ai désiré qu'un seul volume contint aujourd'hui le poème entier.
Des libraires avaient remarqué, dans des ventes publiques, que les héritiers possesseurs de mes deux premières éditions, retenaient comme bon et de quelque valeur le poème de Y Enfer, et se défaisaient avec affectation du Purgatoire et du Paradis , réputés , selon eux , livres sans intérêt, sans poésie, et écailles d'huîtres (je dis le propre nom dont on se servait).
Eh bien! ce jugement n'est pas fondé. Je revendique pour les trois parties du poème la même portion d'éloges ,
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tout en laissant cependant , par force , à des croyances égarées, non pas le droit, mais l'habitude de se livrer à des préférences que je ne caractérise pas ici. La question considérée poétiquement est tout autre. Il suffit de continuer la lecture avec bonne foi.
Si l'on parlait du vaste ensemble de mes premières éditions , ces esprits résistants et ennemis , quand ils avaient lu Y Enfer, étaient satisfaits.
Aujourd'hui, oh ne pourra acheter rien séparément: on aura tout, à la fois, et au prix le plus minime ; et il faut espérer qu'on ne manquera pas au premier devoir des juges, le devoir de lire, d'examiner, de tout considérer, et de ne prononcer qu'après avoir rempli cette obligation d'honnête homme et de magistrat intègre. La magistrature littéraire, pas plus que la magistrature judiciaire , ne doit échapper à aucune des conditions qui obligent.
Le poëme de Dante est un tout qui a son but, ses vues distinctes, ses enchaînements, ses mystères. Tout cela marche ensemble et ne s'arrête jamais. C'est à un résultat déterminé qu'il faut que le lecteur se laisse conduire. D'abord l'homme religieux ne perdra pas son temps et n'exposera pas sa conscience. Ainsi que je l'ai remarqué dans mes notes , il semble qu'un théologien austère suit pas à pas Dante dans ses définitions. On croit voir le poëte se retourner vers cet ami fidèle (je n'entends point parler de Virgile, je parle d'un théologien consommé, d'un ecclésiastique du temps), on croit entendre le poëte lui dire « Est-ce bien? ai-je manqué à une injonction catholique? » — « Allez, allez, répond le compagnon instruit de la doctrine des Pères; allez, vous n'avez pas failli : les dogmes sont saufs, avec une docilité comme la vôtre. » Et ce religieux si heureusement consulté a tenu le même
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langage au voyageur, jusqu'au dernier tercet du Paradis.
Voilà les arguments graves que l'on peut opposer à ceux que nous désirons convaincre de leur erreur et de leiu trop pétulante précipitation. Voici d'autres motifs : car il faut introduire la persuasion en ce qui est raisonnable, par tous les moyens propres à la faire accepter. Je dirai ces motifs, quoiqu'ils puissent, en apparence, servir d'armes pour essayer à combattre Dante.
« Esprits d'une seule pièce, qui ne voulez que des scènes « de terreur, qui ne vous plaisez que dans des cercles « d'effroi et de châtiment , votre vie sans doute n'a rien à «redouter de ces épouvantables menaces, de ces feux « dévorants , de ces glaces éternelles ; vous vous assignez « d'avance , même en ne croyant à rien , une place dans « le plus beau royaume, ou , atout prendre, dans un des « circuits plus ou moins douloureux qui en sont voisins. «Si du reste rien, de mille importantes considérations, « ne vous intéresse , pourquoi répugnez-vous à connaître « quelques-unes des images qui sont tracées par le pinceau « toujours créateur d'un génie à qui vous accordez d'ail- « leurs le titre de poëte sublime? Mais abandonnons des « arguments que les esprits forts ne veulent pas entendre, « qu'ils poursuivent et rejettent en termes moqueurs! On « veut bien revenir à vos goûts , à vos penchants pour ce « qui est inexorable, pour ce qui fait trembler le plus in- « trépide : soyez libres de courir au spectacle des tortures, « comme à une fête. Encore une fois, laissons en paix ces « yeux endurcis qui ne versent aucune larme ; mais prenez « garde , tout votre plaisir n'est pas fini : quelque chose « d'approchant se manifeste encore dans ce que vous dé- « daignez, et si vous voulez bien vous contenter des pa- « rôles , sans exiger les ventres fendus , les têtes portées