‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 30 sur 64 · Le démon qui vous tend des pièges · texte numérisé non relu

Le démon qui vous tend des pièges

^.Pétrarque a imité ce passage, part. I, canzon. 59 :

« Or ti solleva a più beata speme Mirando il ciel che ti si volve mtorAo- »

LE PURGATOIRE. ClIANT XV.

CHANT XV

Le soleil avait à parcourir • encore autant d'espace qu'il lui en reste à franchir, entre la fin de la troisième heure et le commencement du jour, dans la sphère qui, comme l'enfant folâtre , est dans un mouvement continuel 2 ; Vesper éclairait les cercles du Purgatoire, et il était minuit sur la terre: les rayons nous frappaient la figure, parce que nous avions tourné toute la montagne, et que nous avancions vers le couchant. Je vis alors un éclat surnaturel qui éblouit mes yeux, et n'en connaissant pas la cause, je me sentis glacé de stupeur. Je levai mes mains au-dessus de mes yeux , pour les garantir, par cet abri , de cette lumière excessive

Ainsi que le rayon du soleil3, réfléchi par l'eau ou par un miroir, remonte dans la partie opposée de la même manière qu'il est descendu, en suivant des lois contraires à celles auxquelles obéit la pierre qui tombe, comme le démontrent

1. Le soleil devait rester encore trois heures sur l'horizon.

2. Venturi pense que le poêle emploie ici une misérable similitude. Le commentateur Rosa Morando, l'un des écrivains qui ont parlé de Dante avec le plus d'enthousiasme, répond ainsi à Venturi: «Mats pourquoi trouve-t-il ici une misérable similitude? Ce n'est seulement, selon moi, qu'à cause de la trop considérable différence de grandeur qui existe entre l'enfant et la sphère du soleil. Mais Plutarque, dans ses Réflexions sur le génie et sur la vie d'Homère , fait observer que ce divin poêle quelquefois tire ses comparaisons des plus petits objets , eu égard à la nature des choses compa-

rées et à la grandeur de leurs corps , et il apporte en exemple les comparaisons tirées des guêpes, des mouches et des abeilles.»

11 est dans la nature de l'enfant de se mouvoir continuellement; et, ainsi que dit Horace (Poétiq-, vers igo) :

Mutatur in horas.

s. J'ai offert le sens de Dante avec toute sa précision , sans trop d'obscurité. L'art et l'expérience signifient ici In science de la catoptrique ( partie de l'optique qui explique les effets de la réflexion de la lumière ). Par la pierre qui tombe, le poêle entend la ligne perpendiculaire.

LE PURGATOIRE, CHANT XV. 1' I h

l'art et l'expérience, de même une lumière réfléchie, et telle que ma vue en était éblouie, vint me frapper de son éclat. Je dis : « O mon doux père , quelle est cette splendeur que je ne puis soutenir, et qui semble venir vers nous?» Il répondit: « Ne t'étonne pas si tu ne peux supporter la vue de l'auguste famille du Ciel; c'est un envoyé qui vient nous inviter à monter au céleste séjour. Bientôt tu considéreras sans peine un spectacle de cette nature, et tu auras autant de plaisir qu'il te sera permis d'en éprouver. » Quand nous fumes arrivés aux pieds de l'ange béni , il nous dit d'une voix suave : « Entrez dans ce sentier qui est moins âpre que les autres.» Nous montions, et nous entendîmes chanter derrière nous : Heureux les miséricordieux ' ! et, Jouis, 6 toi qui es vainqueur!

Mon maître et moi nous marchions seuls, et, tout en marchant, j'eus l'idée de tirer quelque fruit de cet entretien. Je m'adressai donc à lui et demandai ce qu'avait voulu dire l'esprit de la Romagne J en parlant à' empêchement de bonne intelligence. Virgile répondit : «Il connaît maintenant le danger de son vice le plus odieux. Qu'on ne s'étonne donc pas s'il signale ce vice , pour que vous ayez moins à le pleurer. Parce que votre cœur s'attache à une telle sorte de biens que,

l. Ces paroles sont prononcées par terrestres et périssables ; ces biens

des anges. C'est ainsi que des minis- sont désirés par tous les hommes, et

1res du ciel ont aussi chanté •« Heu- ils veulent les posséder exclusivement ;

reux les pauvres d'esprit!» Voyez ils aiment donc un avantage tel, qu'il

chaut xir, page 231. Quant à ces paroles n'est pas possible devoir une bonne in-

que Dante rapporte ainsi : telllgence régner entre ceux qui le pour-

■ E beati miséricordes fue

■ Cantato rétro ;■>

suivent : c'est ce qui excite l'envie. Si les hommes n'aimaient que le bien céleste, il n'y aurait pas entre eux empêcherllcs sont les propres paroles de J. C. ment de bonne intelligence ; car, plus (S. Mathieu, chap. v.) — Jouis, ô toi qui on est à aimer le bien du ciel, plus on es vainqueur ! autres paroles tirées du jouit; plus on connaît la charité, moin» même chapitre- on connaît l'envie.

î. L'esprit de la Romagne, messer Cette distinction , présentée Ici par Guido del Puca. Le poète veut parler Dante dans le style scolastique , n'a Ici des oiens terrestres . des biens que rien de trcs-poétique ; mais son raisondispense la fortune. Volclson raisonne- nement se suit, et, avec un peu d'ati ment tel qu'il le développe plus bas : tention, od le comprend aisément Lé cœur des hommes s'attache aux biens

plus on est d'hommes à les partager, moins on possède; l'envie excite en vous une flamme dévorante. Si l'amour du séjour des bienheureux occupait vos désirs, vous n'auriez pas de telles douleurs; car dans l'Empyrée, plus on est de créatures à jouir du même bien, plus on possède, et plus une brûlante charité embrase ses fortunés habitants. » Je parlai ainsi : « Mais je suis plus affamé d'explications que si j'avais continué de garder le silence, et un doute plus fort me tourmente. Comment peut-il arriver qu'un bien divisé rende plus riches ceux qui le possèdent en grand nombre , que ceux qui , en petit nombre, seraient appelés à le partager? » Mon guide reprit : « Comme tu n'es absorbé que par les choses terrestres , ma doctrine, qui est la véritable, t'enveloppe de ténèbres.

« Ce bien infini et ineffable qui est là-haut est entraîné vers la charité, comme un rayon vient plus facilement frapper un corps lucide. La lumière glorifiante se communique autant qu'elle trouve d'ardeur, et plus la charité s'étend, plus l'éternelle vivacité de cette lumière embrase les âmes de ses feux divins. Plus, là-haut, il y a d'âmes qui se rencontrent, plus il y a lieu à bien aimer, plus on aime, et comme des miroirs on se renvoie respectivement son amour.

« Si mes raisons ne te rassasient pas , tu verras Béatrix x ; ce sera elle qui dissipera pleinement en toi ce doute et tous les autres : cependant, avance pour obtenir promptement la guérison des ciuq plaies 2 que la douleur seule peut guérir; déjà deux se sont refermées. » J'allais remercier mon guide, lorsque je me vis arrivé à l'autre cercle, et je gardai le. silence, dans

i Dante nous accoutume à l'idée de le premier cercle, et du péché de l'en-

BVatm, qui paraîtra elle-même dans le vie, puni dans le second. Il n'a plus à

dernier chant de cette cantica- parcourir que cinq autres cercles : ceux

2. Les anges ont déjà effacé deux P de la colère, de la paresse, de l'avarice,

du front du poëte, voyez pag. 2r,o, not. i, de la gourmandise et de la luxure. Je

et page 2i,. ; seulement, a cette dernière répète ici tous ces détails , pour qu'on

page, le poiitenel'apas dit précisément ; n'ait pas de recherches pénibles à faire

mais la lettre est censée avoir été effacée, et pour que l'on puisse continuer, sans

quand on est sorti d'un cercle pour en- fatigue, la lecture du poëme, et se

trer dans un autre. Dante est donc déjà trouver bien pénétré du plan de l'aii«

purifié du péché de l'orgueil, puni dans teur.

l'espoir de contempler un spectacle nouveau : là , il me sembla que j'eus subitement une vision extatique. J'aperçus d'abord dans un temple un grand nombre de personnes. Une femme, sur le seuil de la porte, disait, avec l'accent d'une tendre mère : « Mon fils, pourquoi en as-tu donc ainsi agi avec nous? ton père et moi, tout en pleurs, nous te cherchions «. » Et comme ici elle se tut, alors tout disparut à mes yeux. Je vis une autre femme dont les yeux étaient baignés de ces larmes que la douleur arrache quand nous éprouvons un grand dépit. Elle disait : « Si tu es le seigneur de cette ville pour laquelle les dieux soutinrent une si grande querelle, et d'où toutes les sciences jaillissent comme autant d'étincelles, venge-toi, ô Pisistrate % de ces mains coupables qui ont osé tenir notre fille embrassée. » Ce noble offensé, la douceur et la modération peintes sur le visage, répondait : « Que feronsnous a celui qui nous désire du mal, si nous condamnons i celui qui nous aime? »

Je vis ensuite une foule nombreuse enflammée de colère, (qui perçait un jeune homme à coups de flèches, en criant : |«Mort! mort3!» Je le voyais succomber à son supplice et Itomber à terre ; mais de ses yeux se faisant toujours comme (lies portes vers le ciel , au milieu de cette horrible guerre , jnvec cet accent de tendresse qui obtient la compassion, il niait le souverain maître de pardonner aux persécuteurs.

i. Propres paroles de la Vierge, quand

Ile retrouva son fils dans le temple,

uunilieu des docteurs. — Noos som-

ics dans le troisième cercle ou l'on se

urific de la colère. Dante a voulu op-

jser à ce vice des exemples de dou-

:ur et de résignation. Ici , il faut ob-

irver qu'il varie ses inventions: ces

i emples ne sont pas sculptés sur le

. vers du rocher, ni tracés sur le sol.

m\\ poète a une vision extatique dans

»:*vîuelle ces objets se présentent à son

j'agination. Cette idée est d'autant

is ingénieuse qu'il va nous dire que

( 'cercle de la colère est rempli d'une

i ; née épaisse qui ne laisse apercevoir

qu'avec beaucoup de peine les ombres par lesquelles il est habité.

2. I.a femme de Pisistrate conjurait son époux de venger l'injure faite à leur fille, qu'un jeune Athénien avait osé embrasser en public. (Voyez Valère Maxime, liv. V, chap. i)

r.. S. Etienne, actes des ApOtres, VU.

Eiagioli dit fort judicieusement qu'il croit que le Dominiquin , en disposant sa Communion de S. Jérôme, s'est inspiré de ces deux vers :

.< E lui vedea chinarsi per la morte Che V angravava già, inver la terra.»

Quand mon âme revint aux objets véritables qui sont hors d'elle, je reconnus que nies péchés de colère étaient réels '. Mon guide, pour qui je devais ressembler à un homme qui cherche a se réveiller d'un sommeil profond, me dit : « Qu'astu donc? Ne peux-tu plus te soutenir? Tu as marché plus d'une, demi-lieue en fermant les yeux, et les jambes embarrassées , comme un homme que l'ivresse ou le sommeil accable. » — « O mon tendre père, répondis-je, si tu daignes m'écouter, je te dirai ce qui m'apparut, quand mes jambes semblaient plier sous le poids de mon corps. » 11 reprit : «Cent masques recouvriraient ta figure, que je n'en connaîtrais pas moins tes plus minutieuses pensées. Ce que tu as vu s'est manifesté, pour que tu ne pusses pas te dispenser d'ouvrir ton cœur à ces eaux qui coulent de la fontaine éternelle d'amour et de charité : et moi je ne t'ai pas demandé ce que tu ressentais, comme aurait fait celui qui ne voit qu'avec l'œil , à qui tout est caché 2 quand le corps gît inanimé. Je t'ai parlé pour rendre à tes pieds quelques facultés : il faut ainsi exciter les esprits paresseux à bien employer le temps où ils sont éveillés, et à braver le besoin du sommeil, au moment où il convient de veiller encore. »

Nous marchions aux approches de la nuit en regardant les objets autant que le permettaient nos yeux offusqués par l'éclat des rayons du soleil, dont le flambeau s'éteignait devant nous. Alors nous vîmes s'approcher une fumée noire comme la nuit, là où aucun lieu n'en pouvait garantir : elle obscurcit notre vue et la pureté de l'air.

i. Il s'est déjà accuse de s'être rendu •>. Celui à qui il n'est permis de voli

coupable du péché d'orgueil et du pé- qu'avec les yeux du corps, qui n'ont

clié d'envie (voyez chant XII , pag. a, plus de (acuités quand il est privé de

lign. î9 ; et chant XIII, pag. sr.c, lig. 12 ; ia vie. U s'accuse ici du péché de colère.

CHANT XVI

Le noir abîme de l'enfer et les nuages d'une nuit privée d'étoiles sous la partie du ciel qui en offre le moins, ne m'avaient pas présenté un voile aussi épais que la fumée qui nous couvrit , et n'avaient pas aussi cruellement offensé notre vue comme déchirée par un drap grossier. Il ne m'était pas possible de tenir les yeux ouverts. Mon guide sage et fidèle s'approcha de moi , et m'offrit son épaule pour appui , afin que je marchasse comme l'aveugle que l'on conduit pour qu'il ne s'égare pas , et qu'il ne heurte point en chemin un objet contre lequel il risque de se blesser ou de perdre la vie. Je marchais à travers l'air obscurci et amer, en écoutant mon guide, qui me disait : « Prends garde de te séparer de moi. » 1 J'entendais des voix , et il me semblait que chacune d'elles demandait paix et miséricorde à l'agneau de Dieu qui efface les péchés. Elles commençaient toujours par ces mots : *« Agneau de Dieu '. » Elles chantaient toutes à l'unisson les mêmes paroles avec les accents les plus tendres. « 0 maître, dis-je, ce sont des esprits que j'entends? » Il me répondit : [;« Tu as raison, et ils se purifient du péché de colère. » Une Voix dit alors : « Qui es-tu, toi qui fends ainsi notre fumée, btqui parles de nous comme si tu partageais encore le temps l';n calendes 2? » Mon maître ajouta : « Réponds et demande- Leur si, par ce côté, on gravit la montagne. » Je continuai

, i. nEcce agnus Dei.» Joan., I, 29. tcrnité. On trouve la concordance du

ï. Les Latins divisaient le temps en calendrier romain et de celui de l'ère

alendcs , nones et ides; c'est-à-dire chrétienne dans l'histoire du pape Pie

omme si tu vivais encore dans le VII, page M3. ■mps , et non , comme nous, dans le-

ainsi : « O créature qui te purifies pour retourner plus belle vers ton créateur, tu apprendras des merveilles, si tu t'approches de moi. » Elle reprit : « Je te suivrai autant qu'il me sera permis, et si la fumée nous empêche de nous voir, le son nous rapprochera l'un de l'autre. » Alors je commençai en ces termes :« Je vais dans un séjour plus fortuné, avec cette enveloppe que la mort détruit, et je suis arrivé ici en traversant l'empire des pleurs. Si Dieu m'a tellement reçu dans sa grâce qu'il me permette, contre tout usage établi par ses lois, de voir sa sainte cour, ne me cache pas qui tu as été avant la mort. Dis-moi encore si je suis le chemin de la béatitude; qu'enfin tes paroles me servent de guide.» L'esprit répondit: «Je fus Lombard; on m'appela Marc' : j'eus des succès dans l'étude des affaires publiques. J'aimai cette sévère probité que tout le monde abandonne aujour-. d'hui. Tu es dans le chemin qui conduit au haut de la montagne. » 11 ajouta ensuite : «Je te conjure de prier pour moi, quand tu seras là-haut. » Je répliquai : « Je me lie par la foi du serment, et te promets de faire ce que tu demandes. Mais je m'embarrasse dans un doute, si je ne m'explique pas surle-champ. Mon doute était simple; ce que tu m'as dit le rend plus fort, lorsque je réunis ensemble tes confidences et celles que j'ai entendues plus bas. Le monde a donc abandonné la vertu, ainsi que tu me le dis; il n'engendre que malice : mais donne-m'en une raison si claire, que je la comprenne, et que je la fasse comprendre aux autres. Les uns placent la cause de ce mal dans le ciel, les autres la placent sur la terre.' v L'âme poussa d'abord un profond soupir de douleur, puis m< dit : « Mon frère , le monde est aveugle , et tu démontres biei que tu en arrives. Vous qui habitez encore la terre, vous att tribuez toutes les causes au ciel, comme s'il ordonnait tau

i. Marc, noble vénitien, ami de Dante. il fait entendre qu'il était originaire c

Grangier dit que ce Marc était de la Lombardie. Le poète s'est déjà servi (

famille des T.ombardi; mais il paraît la même expression, Enfer, eliai

que, par les mots : xxvrr, page 12s.

« Lombardofuiefuichiamato Marco."

nécessairement. S'il en était ainsi, le libre arbitre serait détruit en vous », et il ne serait pas juste de récompenser le bien et de punir le mal.

« Le ciel donne le mouvement à vos impulsions; je ne dis pas à toutes : mais supposons que je le dise, vous avez la lu* mière delà raison pour distinguer le bien et le mal. Vous avez de plus bi libre vouloir : si on l'emploie dans les premiers combats que livrent les influences célestes, il n'est pas détruit ; si on a recours à l'appui de la sagesse , il est vainqueur. Quoique libres, vous êtes soumis à une force supérieure et à une nature plus élevée. Cette autre puissance crée enfin l'esprit que l'influence des astres ne domine pas. Si le monde actuel est coupable, la cause en est en vous; c'est en vous qu'il faut la chercher, et pour toi je vais trahir ce secret.

'< L'âme sort de la main de celui qui se plaît en elle2, avant qu'elle existe, simplette et naïvement ignorante .comme un enfant qui se joue au milieu des pleurs et des ris : séparée de son créateur bienfaisant , elle retourne volontiers

par inclination à l'objet qui fait sa félicité; elle s'attache

abord à des biens périssables qui la trompent; elle les suit

îvec ardeur, si un frein ou un guide ne dirige ailleurs son

mour. Il fallut des lois pour modérer le feu des passions 3 ;

fallut élire des rois qui sussent discerner, au moins, la

. On lit dans 'l'ertullien ( Contra s. 11 faut îles lois qui retiennent les

larcionem, lib. II) : Nec boni, nec passions dis hommes. Dans son ouvrage

iali merces pensaretur ei qui aut bo- appelé le Convito , le poëte annonce

us . aut malus necessitate fuisset in- qu'il croit que la vie humaine doit être

entus , non voluntate. «On ne donne- divisée en deux villes : la ville du bien

ut ni la récompense du bien , ni le vivre et la ville du mal vivre. Il ap-

îatiment du mal a celui qui aurait été pelle la première la vraie ville, vera

ouvé bon ou mauvais par l'effet de la cittade: quant à la Tour, la torre, c'est,

icessité et non de sa volonté- •> suivant Lombardi, les principaux de-

î. Cette peinture naïve de l'âme est voira de la société; et, selon Biagioli,

•uvent citée par les Italiens ; elle a , les choses les plus nécessaires a la vie

ins leur langue , une grâce qu'il est humaine. Il me semble qu'il y a ici une

en difficile, pour ne pas dire irapossi- allégorie qu'on peut entendre de plu

e, de transporter dans la nôtre. sieurs manières : l'explication de I.om-

.•Qitant a la suite du discoursde Marc, bardî paraît très-satisfaisante.

'st encore le Gibelin, observe M. Gin-

ené , qui parle autant que le poète. »

\ttUtt; U, P- IM.

2ô*> LE rURCA'IOIRE, CBANT XVI.

Tour, de la ville véritable : les lois existent; mais, qui se présente pour les mettre en pratique? personne. Le pasteur qui précède le troupeau peut ruminer, mais il n'a pas les ongles fendus '. Les brebis qui voient le berger se nourrir de l'herbe dont elles sont avides, s'en repaissent, et ne demandent aucune autre pâture. Tu vois donc qu'une mauvaise direction est ce qui rend le monde coupable, et que ce n'est pas la nature qui est corrompue chez les hommes)

,-«Rome, qiii jeta la lumière dans l'univers, avait deux soleils destinés à éclairer le chemin qui conduit au monde et à Dieu. L'un des deux astres a obscurci l'autre : le glaive est dans la même main que le bâton pastoral. Tous deux doivent nécessairement peu s'accorder entre eux. Réunis, le premier ne craint pas le second. Situ ne me crois pas, pense à l'épi : on connaît toutes les herbes à leur semence J

» Dans la contrée qu'arrosent le Pô et l'Adige2, on admira des prodiges de valeur et de courtoisie, avant les querelles suscitées à Frédéric3. Or, quiconque par un mouvement de honte fuirait la société des hommes honnêtes, pourrait traverser ce pays sans crainte d'en rencontrer. Il y a hien encore trois vieillards par qui l'ancien âge réprimande le nou-

l. Cette idée est empruntée du Iœvitique, cliap. xi.

Lorabardi, au sujet de ce passage, dit que le poète réprimande les pasteurs de son temps qui étaient trop attachés aux biens temporels. Suivant Biagioli, Dante veut faire entendre ici que les pasteurs savent bien prêcher le mépris des richesses (la rumination est la sagesse), mais qu'ils ne doivent pas avoir la main ouverte pour les dispenser ( les ongles fendus sont la libéralité et les largesses). Les vers qui suivent rendent cette explication très - probable. Les brebis (les nations) qui voient le bercer rechercher les richesses , les recherchent à leur tour, en suivant ce mauvais exemple. Nous avons ici Dante avec tous ses mystères; plus loin, il s'explique assez clairement : les deux soleils sont le pape et l'empereur, le pontife et le roi.

• Réunis, le premier ne craint pas le second. Les deux soleils réunis, dit l.ombardi , une puissance ne se fait pas redouter de l'autre; et, parce motif, chacune de ces puissances cesse d'opérer sûrement.— Pense à l'épi. L'auieur prend ici l'épi pour la semence elle-même, en faisant allusion à ces paroles de J. C. (Mathieu , VII, v. 20) : Exfructibiis eomm coynoscetis eos- —Au total, Dante veut ici que le pape n'ait que le pouvoir spirituel : une pareille erreur a dominé la vie de Napoléon , et il s'en estbien repenti dans son exil. Silepap< n'avait pas une autorité temporelle, nr souverain pourrait occuper Rome, avili!

l'autorité du pontife, et, pour ut temps, porter des coups furieux à notr sainte religion.

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