‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 31 sur 64 · La Marche de Trévise, la I.ombar die et la Romagne · texte numérisé non relu

La Marche de Trévise, la I.ombar die et la Romagne

\. L'empereur Frédéric, fHs de Hi'nri v

veau ' ; mais il leur tarde que Dieu les appelle à une meilleure vie. Ces vieillards sont Conrad da Palazzo, le bon Ghérardo, et Guido da Castel , que l'on nomme mieux en français Lombard le Simple, pis donc aujourd'hui que l'Église de Rome, pour avoir confondu les deux pouvoirs, tombe dans la fange et se salit elle-même ainsi que la mule qui la porte 2. » y

Je répondis : «O Marc, mon ami, tu as parlé raisonnablement : je comprends maintenant pourquoi les enfants de Lévi furent exclus de l'héritage3. ïïNIais quel est ce Ghérardo que tu dis être demeuré comme un échantillon des anciennes mœurs et un reproche vivant pour ce siècle sauvage? » L'esprit repartit: «Tu me trompes, ou tu veux savoir si je le connais bien : comment en me parlant ainsi la langue toscane, n'as-tu aucune idée du bon Ghérardo? Je ne lui connais pas d'autre surnom, à moins que je ne l'appelle le père de GajV. Maintenant, que Dieu soit avec vous, je ne puis pas vous accompagner davantage. Vois l'aube qui lance ses rayons blanchissants à travers la fumée. L'ange est ici; je dois vous quitter avant qu'il paraisse. »

Il parla en ces termes, et ne voulut plus m'écouter.

i. L'auteur veut parler de Conrad da Palazzo, noble de Brescia ; de Ghérardo da Cammino, de Trévise; et de Guido da Castel, noble de Reggio , en Lombardle.

s. Le poiite parle ici le langage de «lépil et de colère . dont il ne peut se défendre quand il se livre à ses passions et à sa douleur de se voir exilé de Florence par un parti que les papes avaient appuyé de leur pouvoir.

5. Voyez Bellarmin, deMembr. eect., cap. xxvr. La tribu de Lévi n'eut point part à l'héritage de la terre de Chanaan, que Dieu partagea entre les douze autres tribus. Cette tribu fut distribuée dans quarante-huit villes pour y vaquer à l'exercice de l'office sacerdotal.

4. -C'estoitune darae, fille deGhérard, rie la plus rare et excellente beauté de son temps, neantmoings vn grand m>roir de chasteté. » (Grangier.)

CHANT XVII

O lecteur, si jamais , dans les Alpes , tu as été surpris par un brouillard à travers lequel on ne pût pas distinguer les objets, plus que les taupes ne peuvent les reconnaître à travers la peau qui recouvre leurs yeux ', rappelle-toi comment le rayon du soleil pénètre peu à peu les humides et noires vapeurs, quand elles commencent à se dissiper, et tu auras une faible idée de l'aspect que m'offrit cet astre qui allait disparaître. C'est ainsi que, continuant de marcher sur la même ligne que mon fidèle guide, je sortis de cette fumée épaisse et retrouvai le soleil qui avait déjà disparu pour la partie inférieure de la montagne. 0 puissance de l'imagination2,

i . Les anciens pensaient qu'une pellicule recouvrait la peau de la taupe (voyez Arislotc, Hist. anim., lib. I, p. 9). On croit aujourd'hui que les taupes ne peuvent pas voir à cause d'un vice qu'elles ont dans la cornée , qui est la première tunique de l'œil. Mais la nature a bien dédommagé ces animaux, à qui elle a accordé , dit-on encore, une ouïe très-fine.

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