‹ La Divine Comédie de Dante AlighieriChapitre 34 sur 44 · I. E PARA DIS · texte numérisé non relu

I. E PARA DIS

Là, on verra ceque nous croyons par foi, sans preuve ; mais cela deviendra clair par lui-mème, comme ces vérités premières que l’homme accepte.

Je répondis : Aussi dévotement que je puis le

faire, je rends grâces à celui qui m’a éloigné du monde mortel. Mais dites-inoi quelles sont les taches noires de ce corps, qui là-baç, sur la terre, font inventer aux hommes des fables ^ir Caïn?

Llle sourit un peu, et puis: — Si l’opinion des mortels se trompe, me dit-elle, aux choses que la clef des sens n’ouvre pas, les traits de l’étonnement ne devraient pas t’atteindre désormais ; car tu vois qu’en suivant les sens la raison a les ailes courtes. Mais dismoi ce que tu en penses toi-même.

Et moi : — Ce qui nous semble être divers ici, est, je crois, l’effet des corps rares et des corps denses.

Et elle : — Certes, tu verras à quel point ta croyance est plongée dans l’erreur, si tu écoules bien le raisonnement que je vais faire contre elle. La huitième sphère vous montre plusieurs lumières, lesquelles, dans leur éclat et dans leur grandeur, peuvent offrir des aspects différents. Si cet effet n’était produit que par un corps rare et par un corps dense, une seule qualité serait en toutes ces lumières, alternativement plus ou moins abondante. Les qualités diverses sont la suite nécessaire des principes formels, et ces principes, excepté un, seraient détruits par ton raisonnement. De plus, si un corps rare était la cause que tu cherches à tes taches, ou bien cette planète serait privée de matière en quelqu’une de ses parties, ou bien, ainsi

que le gras et le maigre se distribuent dans l’animal, celte planète aurait des pages différentes dans son livre.

Dans le premier cas, cela deviendrait évident pendant les éclipses du soleil, parce que ses rayons passeraient à travers la lune, comme ils traversent tout autre corps rare. Or, cela n’est pas; voyons donc la seconde hypothèse, et s’il arrive que je la détruise, ton avis demeurera faux. Si le corps rare n’est pas traversé par les rayons, il faut qu'il y ait une limite, à partir de laquelle ce corps, devenu dense, ne les laisse plus pénétrer ; et alors le rayon revient sur luimême, comme la couleur est renvoyée par un verre, derrière lequel se cache du plomb.

Mais tu diras que si le rayon paraît en cet endroit plus obscur que dans les autres, cela vient de ce qu il est réfléchi plus en arrière.

Tu peux le délivrer de cette objection par le fait, si tu as recours à l’expérience, qui est la source d’où s’écoulent les ruisseaux de vos arts.

Prends trois miroirs, places-en deux loin de toi, à égale distance, mets le troisième encore plus loin, et lais que tes yeux se retrouvent entre les deux premiers. Tourné vers eux, fais poser derrière toi une lumière qui éclaire les trois miroirs, et qui revienne vers toi répercutée par eux tous. Et quoique plus un objet est vu de loin, moins son étendue est grande, tu verras que les trois miroirs resplendissent également . Or, comme aux atteintes de la chaleur du soleil, les objets (pie la neige a couverts perdent leur couleur

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LE PARADIS

et leur froideur premières, ainsi ton intelligence dégagée sera frappée d’une vive lumière qui scintillera devant tes yeux.

Dans le ciel de la divine paix se meut un corps, dans la vertu duquel gît l’être de tout ce qu’il contient. Le ciel suivant, qui a plusieurs étoiles, distribue cet être en diverses essences distinctes de lui et contenues en lui. Les autres sphères, par des manières diverses, dirigent à leur lin et à leur germe ces essences distinctes qu'elles contiennent en elle-même. Les organes du monde procèdent ainsi, comme tu vois, de degré en degré ; ils reçoivent d’en haut et ils transmettent en bas. Or, remarque bien comme je vais par celle voie à la vérité que tu désires, afin qu’ensuite tu puisses seul suivjre le gué.

Le mouvement et la force des saintes sphères, comme l’art du marteau provient du forgeron, doivent procéder des moteurs bienheureux ; et le ciel, qu’embellissent tant de lumières, prend l’image de l’esprit profond qui le fait mouvoir, et en garde l’empreinte; et comme l’àme se distribue dans votre poussière en divers membres, destinés à diverses fonctions, ainsi l'intelligence déploie sa bonté répandue sur les étoiles, en tournant sur sa propre unité. Des puissances diverses s’allient diversement avec le corps précieux qu'elles animent, et auquel elles s’attachent, de même que la vio s’attache à vous ; et comme ces puissances dont le corps est pénétré procèdent d’une nature joyeuse, 'elles brillent ainsi que la joie dans une vive prunelle. De cette nature provient la différence

ÔOS LA DIVINE COMEDIE

de lumière à lumière, et non des corps denses et des corps rares; elle est le principe formel qui produit, selon sa bonté, ce qui est sombre et ce qui est clair.

CHANT 111

Ce soleil qui d’abord m’avait brûlé le cœur d’amour, me découvrit ensuite, par des arguments et par des réfutations, le doux aspect de la belle vérité ; et moi, afin de m’avouer corrigé et persuadé autant qu’on puisse l’être, je levai la tète plus haut pour parler ; mais une vision m’apparut, qui m’attacha si étroitement à elle pour la contempler, que je ne me souvins plus de mon aveu. Comme à travers un cristal transparent et limpide, ou à travers des eaux pures et tranquilles pas assez hautes pour que le fond en soit sombre, les traits de notre visage reviennent si affaiblis, que la perle, se détachant sur un front blanc, n’arrive pas plus lentement à nos yeux, telles je vis plusieurs figures prèles à parler; c’est pourquoi je me laissai aller à une erreur contraire à celle qui lit naître l’amour entre l’homme et la fontaine. Aussitôt que je les aperçus, pensant que c’étaient des images réfléchies dans un miroir, je tournai mes yeux eu arrière, pour voir à qui elles appartenaient; mais je ne vis personne, et je les ramenai droit aux yeux de • mon doux guide, qui souriait avec une sainte flamme dans le regard.

— Ne t’étonne pas, me dit-èlle, si je souris de

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