‹ La Divine Comédie de Dante AlighieriChapitre 33 sur 44 · I.A DIVINE COMEDIE · texte numérisé non relu

I.A DIVINE COMEDIE

nasse, mais il me les faut maintenant tous les deux, pour entrer dans l'arène qui me reste. Descends dans mon cœur, prête-moi ton souffle, et sois comme au jour où tu tiras le corps de Marsvas de la gaine de ses membres (1). 0 divine vertu! si lu m’inspires assez pour que je retrace l’ombre du royaume bienheureux, restée dans mon souvenir, tii me verras venir «à ton arbre ehéri, et me couronner alors de ce feuillage dont mon sujet et toi m’aurez rendu digne. On en cueille si rarement, ô mon père! pour les triomphes d’un César ou d’un poète, faute et honte de la volonté humaine! que la divinité de Delphes devrait être joyeuse lorsque l'arbre de Pénée allume quelque désir! Une grande flamme succédera une petite étincelle; peutêtre qu’après moi on priera d’une voix meilleure afin queCirra réponde.

Le flambeau du monde arrive aux hommes par différentes portes ; mais par celle qui réunit quatre cercles avec trois croix, elle sort avec un meilleur cours et de meilleures étoiles, et empreint et pétrit mieux à sa façon la' cire terrestre. D'un côté de celle porte naissait le jour, et de l'autre la nuit, et tout un hémisphère était blanc, et tout l'autre noir, lorsque je vis Iléatrix tournée vers la gauche, et contemplant le soleil ; jamais l'aigle ne le regarda si fixement. Et comme un second rayon sort du premier et remonte, semblable à un pèlerin qui veut s’en retourner, ainsi son attitude, pénétrant dans mon âme par mes yeux, devint la mienne, et je fixai mon regard sur le soleil, plus uue les hommes ne le peuvent. Là sont permises

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plusieurs choses qui dépassent ici nos facultés, grâce au lieu fait pour être le vrai séjour de l’espèce humaine. Je ne supportai pas longtemps ses rayons; mais ce fut assez pour le voir lancer de tous côtés des étincelles comme un Ter qui sort bouillant du brasier. Et il me parut tout «à coup qu’un nouveau jour s’ajoutait au jour, comme si celui qui a tout pouvoir avait orné le ciel d'un soleil nouveau. Béatrix se tenait

debout, les yeux attachés aux sphères éternelles ; moi, je reportais sur elle mes regards abaissés, et je me fis tel en moi-mème à son aspect, que se fit Glaucus en goûtant de cette herbe qui l’associa au sort des autres dieux de la mer. Des paroles ne pourraient exprimer cette transfiguration. Que cet exemple suffise donc à ceux auxquels la grâce en réserve l’expérience. Tu le sais bien, loi qui m’as élevé par ta lumière, si j’étais seulement ce que tu avais créé d’abord, ô amour qui gouvernes le ciel.

Lorsque les sphères que tu fais tourner éternellement par le désir qui les porte vers toi, attirèrent mon attention vers elles, avec f harmonie que tu modères et que tu diriges, je vis les flammes du soleil embraser une si grande étendue du ciel, que jamais ni pluie ni rivière ne produisirent un lac si immense. Ces sons nouveaux et cette grande lumière allumèrent en moi un tel désir de connaître leur cause, que je n’en avais jamais sen'i d’aussi poignant. Et elle, qui voyait en moi comme moi-même, ouvrit la bouche pour apaiser mon esprit ému, avant d’avoir entendu ma demande, et me dit :

— Tu t’aveugles loi-même avec tes fausses imaginations; ce qui fait que tu ne vois pas ce que tu aurais vu, si tu les avais éloignées. Tu n’es pas sur la terre comme tu le penses; mais la foudre est moins rapide en quittant son vrai séjour, que tu ne l’es en retournant vers le tien.

Si je fus délivré de mon premier doute par ces courtes paroles, qu’elle accompagna d’un sourire, je me trouvai encore plus embarrassé dans un autre, et je dis :

— Je me suis déjà reposé satisfait de mon grand étonnement; mais à présent je m’émerveille, en voyant comment je m’élève au-dessus de ces corps légers.

Et elle, après avoir poussé un tendre soupir, porta scs yeux sur moi, avec cet air d’une mère qui regarde le délire de son fils, et me dit :

— Toutes les choses ont un ordre entre elles, et cet ordre est la forme par laquelle l’univers ressemble à Dieu. Ici, les créatures sublimes voient la trace de la puissance éternelle, qui est le but pour lequel est créée la loi dont je parle. Dans cet ordre, toutes les natures marchent par diverses voies, plus ou moins rapprochées de leur but; et elles se dirigent vers des ports différents, par la grande merde l’ètre, conduite chacune par l’instinct qui lui a . été donné. C’est lui qui porte le feu vers la lune, c’est lui qui est le moteur des cœurs humains, c’est lui qui rassemble et qui réunit les parties de la terre. Et non-seulement les créatures qui sont hors de l'intelligence sont atteintes par cet arc, mais encore celles qui ont la raison et l’amour.

LE PARADIS

La Providence qui règle ces choses, rend toujours calme avec sa lumière le ciel dans lequel tourne la sphère la plus rapide. Et là, comme vers une place arrêtée, nous porte maintenant la puissance de cet arc qui dirige ce qu’il lance vers un but de félicité, il est vrai que comme souvent la forme ne s’accorde pas avec l'intention de l'art, parce que la* matière est sourde et ne répond pas, ainsi la créature s’écarte parfois de ce chemin, parce qu elle a le pouvoir, quoique poussée, de se diriger ailleurs, si son premier élan a été détourné vers la terre par un faux attrait, comme on peut voir le feu descendre des nuages. Tu ne dois pas plus t’étonner de monter, si je ne me trompe, que de voir une rivière descendre du haut d’une montagne jusqu’au bas. Ce serait une merveille si, n’ayant pas rencontré d’obstacles, tu t’étais arrêté en bas; comme si une vive flamme restait immobile à terre.

Ensuite elle reporta ses yeux vers le ciel.

CHANT II

O vous qui, désireux d’entendre, avez suivi dans une petite barque mon navire lancé sur les flots, en chantant, revencz-vous-cn pour voir vos rivages. Ne vous hasardez pas dans la haute mer, parce que peutêtre en me perdant vous resteriez égarés. Les eaux où je m’aventure n’ont jamais été parcourues; Minerve souffle le vent, Apollon me conduit, et les neuf Muses

me montrent l’Ourse. Vous autres, en petit nombre, qui avez tendu le cou de bonne heure au pain des anges, dont on vit ici, mais dont on ne se rassasie pas', vous pouvez bien mettre votre navire sur la pleine mer, en suivant le sillon que je trace dans les ondes qui se referment derrière moi. Ces hommes illustres qui passèrent à Colchos ne s’étonnèrent pas, comme vous le ferez, lorsqu’ils aperçurent Jason devenu laboureur.

Le désir perpétuel et inné de voir ce ro\ auine à la forme divine, nous emportait presque aussi rapidement que vous voyez tourner le ciel. Béatrix regardait en haut, et moi en elle. Et dans le temps qu’une flèche est posée sur l’arc et vole en se détachant de la noix, je me vis arrivé en un lieu où une chose merveilleuse attira mes regards; et celle à qui mes pensées ne pouvaient pas être cachées, tournée vers moi, aussi joyeuse que belle, me dit :

— Elève ton esprit reconnaissant vers Dieu, qui nous a fait arriver à la première étoile.

Il me semblait que nous étions couverts d’un nuage brillant, épais, solide et poli comme un diamant que le soleil aurait frappé. La perle éternelle nous reçut comme l’eau reçoit un rayon de lumière, sans en être entr’ouvertc. Puisqu’il ne se comprend pas, comment moi, étant un corps, une dimension en ait pu admettre une autre, ce qui doit arriver lorsqu’un corps pénètre en un autre corps, nous devrions avoir un désir plus ardent de comprendre celte essence dans laquelle on voit comment notre nature s’unit à Dieu.

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