‹ La Divine comédie de DanteChapitre 11 sur 77 · ARGUMENT DU CHANT · texte numérisé non relu

ARGUMENT DU CHANT

Invocation. — Béatrice a les yeux fixés au Ciel. Dante a les siens attachés sur Béatrice, et, dans cette contemplation, il se sent transfiguré et s'élève avec elle jusqu'au premier Ciel. Il s'émerveille de cette ascension au-dessus de l'air et du feu. Béatrice dissipe son étonnement : libre de toute'entrave, c'està-dire lavé de toute souillure, il est devenu un être pur, une flamme vive qui monte de la terre au Ciel, aussi naturellement qa'un fleuve qui suit sa pente en descendant d'une montagne.

DEL PARADISO

La gloria di Colui che tutto muove, Per r universo pénétra, e risplende In una parle più, e meno altrove.

Nel Ciel, che più délia sua luce prende,

Fu* io, e vidi cose, che ridire

Ne sa, ne pnô quai di lassù discende ;

Perché appressando se al suo disire, Noslro inlelletto si profonda tanto, Che rétro la memoria non puô ire.

Veramente quant' io del regno santo Nella mia mente potei far tesoro, Sarà ora materia del mio canto.

0 buono Apollo, ail' ultimo layoro * Fammi del tuo valor si fatto vàso.

Corne dimanda dar 1' amato alloro.

Insino a qui 1' un giogo di Parnaso Assai mi fu : ma or con amendue M' è uopo entrar nell' aringo rimaso.

LE PARADIS

La gloire de Celui qui fait mouvoir le monde Pénètre Tunivers, et sa splendeur l'inonde : Soleil, suivant les lieux, plus ou moins abondant.

Dans le Ciel, qui reçoit le plus de sa lumière, Je fus, et j'ai vu là des choses que sur terre On ne sait plus redire en en redescendant ;

Parce qu'en approchant de son désir sublime, En telles profondeurs notre intellect s'abîme Ou'en vain, en souvenance, on y veut revenir.

Pourtant ce que j'ai pu, du royaume de gloire. Emporter de trésors au fond de ma mémoire, A mon chant maintenant matière va fournir.

Apollon ! ô Dieu bon I pour ce labeur suprême, Vase d'élection, remplis-moi de toi-même. Que du laurier chéri je me puisse couvrir I

Jusqu'ici j'eus assez d'un sommet du Parnasse; Mais il faut à présent que par les deux je passe. Pour cette lice encor qui me reste à courir.

Entra nel petto mio, e spira tuc^, Si corne quando Marsîa traestî Délia vagîna délie membra suc.

0 divina virtù, si mi ti prcsti Tanto, che V ombra del beato regno Segnata nel mio capo io manifcsti,

Venir vcdràmi al tuo diletto legno, E coronarmi allor di quelle foglie, Che la materia e tu mi farai degno.

Si rade volte, Padre, se ne coglie,

Per trionfare o Cesare o poeta,

(Colpa e vergogna delF umane voglie !)

Che partorir letizia in su la licta Delfica Deità dovria la fronda Penea, quando alcun di sô assela.

Poca favilla gran fiamma seconda :

Forse diretro a me con miglior voci Si pregherà, perché Cirra risponda.

Surge a' mortali per diverse foci

La lucerna del mondo : ma da quella,

Che quattro cerchi giugne con tre croci,

Con miglior corso, e con migliore Stella Esce congiunta, e la mondana cera Più a suo modo tempera e suggella.

Fatto avea di là mane, e di qua sera Tal foce quasi, e tulto ora là bianco Quello emisperio, c V altra parte nora,

Entre dans ma poitrine et mets-y ton ivresse, Inspiré comme au jour où ta main vengeresse Arracha Marsyas du fourreau de son corps I

Si ta veux m'assister assez, divine flamme l

Pour que du paradis gravé dedans mon âme

Je reproduise au moins l'ombre dans mes accords,

Tu me verras venir vers l'arbre qui t'ombrage. Et couronner alors mon front du beau feuillage Que j'aurai par ce ciel et par toi mérité.

Si rarement, ô Père l en ce monde on en cueille, Pour triompher, César ou poète, une feuille, (Coulpe et honte de notre humaine volonté I )

Que l'arbre Pénéen, sur ton front poétique. Devrait verser à flots la joie, ô Dieu Delphiquc l l^orsqu'il a donné soif à quelque noble cœur.

Grande flamme souvent naît de faible étincelle : Et peut-être, à ma suite", une autre voix plus belle Saura mieux de Cirrha mériter la faveur *.

Le soleil, ce fanal levé sur notre terre.

Surgit à divers points de la céleste sphère ;

Mais du point où l'on yoit quatre orbes et trois croix *,

Quand il part, il fournit sa course souveraine Sous un astre plus doux ', et la cire mondaine A son gré s'amollit et subit mieux ses lois.

De ces portes du Ciel se levait la lumière. D'une blanche clarté couvrant cet hémisphère. Et sur l'autre laissant la nuit et le sommeil *,

Quando Béatrice in sul sinistro fianco Vidi rivolta, e riguardar nel Sole :

Aquila si non gli s' affisse unquanco.

Et si come secondo raggio suole Uscir del primo, e risalire insuso, Pur come peregrin, che tornar vuole,

Cosi deir atto suo per gli occhi infuso

Neir immagine mia il mio si fece,

E fissi gli occhi al Sole oitre a nostr' uso.

Molto è licito là, che qui non lece Aile nostre virtù, mercè del loco Fatto per proprio deir umana spece.

lo nol soffersi molto, ne si poco, Ch' io nol vedessi sfavillar dintorno.

Quai ferro, che bollente esce del fuQpo.

E di subito parve giorno a giorno Essere aggiunto, come quel, che puote, Avesse '1 ciel d'un altro Sole adorno.

Béatrice tutta nelF eterne ruote Fissa con gli occhi stava, ed io in lei Le luci fisse, di lassù remote.

Nel suo aspetto tal dentro mi fei.

Quai si fe' Glauco nel gustar delF erba, Che '1 fe' consorto in mar degli altri Dei.

Trasumanar significar joer verba Non si poria : perô 1' esemplo basti A cui esperïenza grazia serba.

Quand je vis Béatrice à gauche retournée, Regarder fixement la nue illuminée.

Jamais un aigle ainsi n'a bravé le Soleil !

Et tel sort d'un premier rayon de la lunâière Un rayon de reflet qui remonte en arrière, Tout comme un voyageur revenant au foyer ;

Ainsi le mouvement si hardi de ma Dame

Se fit mien, s'infusant par mes yeux dans mon âme.

Et je pus voir aussi le Soleil flamboyer.

Bien des choses nous sont ici-bas impossibles. Qui se peuvent là-haut, et nous sont accessibles Dans le séjour d'Éden, des hommes le vrai lieu.

Je ne pus soutenir longtemps le jour en face, ' Mais assez pour le voir irradier l'espace, Rouge comme le fer qui sort bouillant du feu.

Et soudain je crus voir un autre jour paraître A côté du premier, comme si le grand Maître Eût d'un autre Soleil orné le firmament.

Béatrice tenait sur la sphère éternelle

Ses yeux fixés, et moi, pour ne regarder qu'elle.

Je détournai les miens de l'éblouissement.

Or, en la contemplant, tout mon être se change.

Tel, dans la mer, Glaucus, goûtant d'une herbe étrange.

Devint semblable aux Dieux et comme eux immortel.

Dire per verba comme on se transhumanise, Ne se pourrait : ainsi que l'exemple suffise A qui l'éprouvera par la grâce du Ciel.

S' io era sol di me quel che creasli Novellamente, Amor, che '1 Ciel govenii, Tu '1 sai, che col tuo lume mi levasti.

Quando la ruota, che tu sempiterni

Desiderato, a se mi fece atteso

Con r armonia, che temperi e discerni,

Parvemi tanto allor del Cielo acceso Dalla fiamma del Sol, che pioggia o fiume Lago non fece mai tanto disteso.

r^a novità del suono, e '1 grande lume, Di lor cagion m' accesero un disio Mai non scntito di cotanto acume.

Ond* ella, che vedea me si com* io.

Ad acquetarmi 1* animo commosso, Pria ch' io a dimandar, la bocca aprio :

E cominciô : Tu stesso ti fai grosso Col falso immaginar, si che non vedi Ciô che Tedresti, se 1' avessi scosso.

Tu non se' in terra, si come tu credi : Ma folgore, fuggendo '1 proprio sito, Non corse come tu, ch' ad essô riedi.

S' i' fui del primo dubbio disvestito, Per le sorrise parolette brevi : ^ Dentro a un nuovo più fui irretito :

E dissi : Già contento requïevi

Di grande ammirazion : ma ora ammiro

Com' io trascenda questi corpi licvi.

Amour, qui m'exaltais ! des Cieux Maître suprême I Tu sais ce qui restait encore de moi-mCme Dans mon être nou\eau qu'élevaient tes rayons I

Quand je fus captivé par cette immense ronde Que tu mènes, au chant de ces orbes du monde Dont l'éternel désir conduit les tourbillons,

il me sembla qu'alors, sous le soleil intense. S'allumait tout à coup un pan du Ciel immense ; Pluie et fleuves jamais n'ont fait un lac si grand.

Ces sons, cette lumière, âmes regards nouvelle,

Allumèrent en moi curiosité telle

Que je n'en sentis oncque aiguillon si brûlant.

Mais voyant dans mon cœur ainsi que moi, ma Dame Pour calmer sur-le-champ le trouble de mon Ame, Ouvrant la bouche avant de m'avoir entendu :

« Ton imagination t'égare, me dit-elle.

Et son voile obscurcit ta raison naturelle ; Ce que tu ne vois pas, sans lui, tu l'aurais vu.

Ainsi que tu le crois, tu n'es plus sur la terre. Moins rapide est l'éclair, moins soudain le tonnerre Pour descendre du Ciel, que toi pour y monter. »

A ces Inots brefs auxquels un sourire s'ajoute, Si je fus délivré d'abord d'un premier doute, Je me sentis d'un autre encor plus tourmenter.

« Un grand étonnement s'apaise en moi, lui dis-je ; Mais un autre me vient au cœur : par quel prodige Ces éléments légers, les vais-je dépassant ? »

Ond' ella, appresso d' un pio sospiro, I -t

Gli occhi drizzô ver me con quel semblante^ I "^

Che madré fa sopra figliuol deliro : 1 "^

E cominciô : Le cose tutte quaute

Hann' ordine tra loro ; o questo è forma, | 'i

Che r universo a Dio fa simigliante.

Qui veggion V alte créature V orma Deir eterno vàlore, il quale è fine, Al quale è fatta la toccata norma.

Neir ordine, ch' io dico, sono accline

Tutte nature per diverse sorti,

Più al principio loro, e men vicine :

Onde si muovono a diversi porti,

Per lo gran mardell' essere, e ciascuna

Con instinto a lei dato, che la porti.

Questi ne porta il fuoco inver la Luna, Questi ne' cuor mortali è promotore, Questi la terra in se stringe ed aduna.

Nô pur le créature, che son fuore

D' intelligenzia, quest' arco saetta,

Ma quelle, ch' hanno intelletto ed amore.

La Providenzia, che cotanto assetta,

Del suo lume fa '1 Ciel sempre quïeto,

Nel quai si volge quel, c' ha maggior fretta :

Ed ora 11, com' a sito decreto,

Cen' porta la virtù di quella corda,

Che ciô che scocca, drizza in segno lieto.

Elle exhale un pieux soupir et me regarde De ce tendre regard, de ce regard que darde U ne mère au chevet de son fils délirant,

Et puis elle me dit : « Tout a dans la nature Son ordre et son rapport ; cet ordre est la figure Qui fait que l'univers ressemble au Créateur.

Dans cet ordre éternel l'humaine intelligence A reconnu le sceau de la Toute-Puissance, Laquelle en est ensemble et la fin et l'auteur.

A l'ordre que je dis toute nature incline, Chacune de sa source ou plus ou moins voisine. Suivant le sort divers qu'en lot elle reçut ;

Vers des ports différents, par différentes routes,

Sur l'océan de l'être elles s'élancent toutes ;

Dieu leur donne l'instinct qui les porte à leur but.

Vers la Lune c'est Lui qui fait monter la flamme. En sens divers c'est Lui qui fait mouvoir chaque âme. Lui qui condense en bloc le terrestre séjour.

Ce n'est pas seulement la brute inconsciente Qu'il pousse, comme un arc la flèche obéissante. Mais les êtres doués de raison et d'amour.

Ordonnant le grand tout, la Providence crée

L'éternelle lumière au paisible Empyrée,

Où roule un premier Ciel, de tous le plus léger ' :

Et c'est là, comme au terme où Dieu veut qu'on arrive. Que nous pousse à présent cette corde instinctive. Qui vers un but heureux aime à tout diriger.

Ver' ô che come forma non s' accorda Moite fiate alla 'ntcnzion dell' arte, Perch' a risponder la materia è sorda ;

Cosi da questo corso si disparte Talor la creatura, ch' ha podere Di piegar, cosi pinta, in altra parte,

(E si come veder si puô cadere Fuoco di nube), se l' impeto primo A terra è torto da falso piacere :

Non déi più ammirar, se bcne stimo, Lo tuo salir, se non come d' un ri\o, Se d' alto monte scende giuso ad imo.

Maraviglia sarebbe in te, se privo D' impedimento giù ti fossi assiso, Com* a terra quïeto fuoco vivo.

Quinci rivolse in ver lo Cielo il viso.

Mais comme, bien souvent, dans les mains de l'artiste. Pour ce que la matière obtuse lui résiste, La forme répond mal au saint désir de l'art;

Ainsi de ce chemin parfois la créature S'écarte, qui, poussée au bien par la nature, A pourtant le pouvoir d'incliner d'autre part,

Et choit comme le feu qui tombe d'un nuage, Si son premier élan, par quelque faux mirage. Vers la terf e soudain du Ciel est détourné :

Tu montes sans effort à la sphère étoilée

Comme un fleuve descend du mont dans la vallée.

Et tu n'as plus, je crois, lieu d'en être étonné.

11 serait merveilleux qu'exempt de tout obstacle.

Tu ne montasses pas; là serait le miracle.

Le feu vif ne dort pas sur terre : il monte aux Cieux ! »

Lors elle releva vers le Ciel ses beaux yeux.

Page 1