‹ La Divine comédie de DanteChapitre 2 sur 77 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Il y a neuf années (neuf ; c'est justement le nombre mystérieux qi^i sourit à Dante, qui lui sert à mesurer les étages de TEnfer, du Purgatoire et du Paradis), j'écrivais le premier vers de cette traduction aujourd'hui arrivée à son terme. Suivre Dante, vers par vers, d'un bout à l'autre de la Divine Comédie y garder ses aspérités, ses étrangetés, ses ombres comme ses vigueurs de langue, ses tours originaux et ses simples sublimités sans les couvrir d'un fard moderne d'élégance unie et banale ; éviter pourtant l'écueil des traductions trop littérales qui ont besoin à leur tour de traduction; conserver ce que le vers seul peut donner, l'harmonie si capitale chez Dante , le rhythme qui soutient dans les passages les plus pénibles du vieux poëte et sans lequel les plus beaux se déforment et se décolorent, voilà le travail que j'ai tenté. Je l'ai poursuivi à loisir, mais sans interruption, avec l'aiguillon et les rafraîchissements que j'ai reçus de précieux suffrages et de la faveur publique, et aussi avec l'accroissement de force que j'ai pu gagner à mesufe que j'avançais dans cet âpre mais salutaire

chemin.

YI PREFACE.

On m'accordera peut-être une justice dont mon ambition serait satisfaite : aucun traducteur français traduisant en vers un poëte étranger, ne s'est astreint à des conditions de fidélité aussi rigoureuses, et cette version a du moins cela d'original qu'elle est le premier essai, bon ou mauvais, d'un nouveau système de traduction en vers. Il est vrai que le système n'était pas ce qu'il y avait de plus difficile à trouver. Ayant Dante pour maître, j'ai mis naturellement mon honneur dans ma servitude. Par la même raison, j'ai été aussi sobre que possible de notes et d'explications. Je n'ai pas voulu étouffer le monument sous le lierre et sous cette vigne folle qu'on appelle commentaires. On oublie, dit Dante quelque part, en s'indignant contre les interprètes subtils qui substituent leur voix à celle de l'Évangile, « combien il plaît à Dieu, celui qui s'accote humblement au saint livre. » Ainsi ai-je fait, traduisant et notant la Divine Comédie^ pour ne pas déplaire à la grande ombre de Dante. Le poëte est dur pour les traîtres, et, comme je l'ai dit ailleurs, le châtiment qu'il leur réserve, si l'on songe? au proverbe traduttore^ traditore, était fait pour effrayer. Mais le châtiment ne menace que les interprètes trop indépendants. Pour les autres, pour le^ servants fidèles, ils n'ont rien à craindre : au con — traire, Dante les aime et les encourage magnifique — ment. Dans son Elysée profane des poëtes et dee=5 sages, l'ardent Gibelin place sur un trône Aristote, maître du César de Macédoine, Empereur de \m

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