‹ La Divine comédie de DanteChapitre 35 sur 77 · CHANT DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHANT DOUZIEME

Aussitôt qu'exhalant sa dernière parole La flamme eut achevé, la sainte girandole Recommença sa ronde ainsi que tout d'abord,

Et n'avait pas encor fait un tour, tout entière, Qu'une autre l'enfermait d'un cercle par derrière, Et mouvement et voix allaient d'un môme accord.

Et le chant de ces voix, aux douceurs souveraines, Dépassait d'aussi loin nos muses, nos sirènes. Que les reflets sont loin des rayons éclatants.

Comme on voit s'arrondir sur l'humide nuage. Alors que de Junon Iris porte un message. Semblables de couleur, deux arcs équidistants,

L'unde l'autre tirant sa forme vaporeuse. Naissant comme la voix d'Écho, la malheureuse Quexonsuma l'Amour, ce soleil dévorant !

Et tous deux, ces beaux arcs, nous offrant un emblème De la promesse faite à Noé par Dieu môme. Qu'à jamais du déluge est séché le torrent :

Telles autour de nous, roses spirituelles,

Se déroulaient ces deux guirlandes éternelles,

N'ayant qu'un môme centre, et brillantes aux yeux ï

Poichè 1 tripudio e V altra festa grande, SI dcl cantarc, e si del fiammeggiarsi, Luce con luce gaudïosc e blande,

Insiomc appunto, e a voler quietarsi ;

Pur corne gli occhi, ch* al placer che 1 muove,

Conviene insieoic chiudere e levarsi ;

Del cuor dell* una délie luci nuove Si mosse voce, che V ago alla stella Parer mi fcce in volgermi al suo dove :

Ë cominciô : L' amor, che mi fa bella. Mi traggc a ragionar dell' altro duca, Per cui del mio si ben ci si favella. •

Degno è, che dov* ô 1' un, V altro s* induca Si, che com' elli ad una mîlitûro^ Cosi la gloria loro insieme luca.

L' es'ercito di Cristo, che si caro Cost6 a riarmar, dielro alla 'nsegna Si movca tardo, sospeccioso e raro ;

Quando lo 'mpcrador, che sempre régna, Provvide alla milizia, ch* era in forse, Per sola grazia, non per esser degna :

E, com' è dctto, a sua sposa soccorse

Con duo campîoni, al cui fare, al cui dire

Lo popol dîsviato si raccorse.

In quella parte, ove surge ad aprire Zeffîro dolce le novelle fronde, Di che si vede Europa rivestire;

lansc et quand toute la grande fête,

yonnements de la belle planète,

Deaux et flambeaux au feu tendre et joyeux,

mouvement quand, ces doubles lumières, .rrèter, telles que deux paupières notre gré s'ouvrant et se fermant,

3 clartés de la deuxième bande,

xhala qui me fit d'ardeur grande

i tourner comme au nord va l'aimant ;

i ces mots : « L*amour qui me pénètre 1 te parler du frère de ce maître é si bien et qui m'eut pour soldat.

ait il faut mettre l'autre en lumière.

3nt combattu sous la môme bannière, doit aussi briller du môme éclat.

u Christ, à grands frais réarmée, étendard, chancelante, alarmée, , et ses rangs allaient se clair-semant,

ipereur qui règne au sein de l'Empyrée )rovidence à l'armée égarée, je, et non pas justice assurément.

)n te l'a dit, il secourut son temple champions dont la voix et l'exemple ie peuple en son pressant péril.

ù Zéphyr vient sur ses douces ailes bourgeons des frondaisons nouvelles ►pe se voit revôtir en avril.

IGO <:anto XII.

Non moKo lungi al percuotcr dell' onde,

Dietro aile qiiali pcr la lunga foga

Ix) 8oI tal Yolta ad ogni uom si nasconde,

Siede la fortunata Callaroga, Sotto la proteziou dcl grande scudo, In chc soggiace il Leone, e soggioga.

Dentro vi iiacque V amoroso drudo Délia fede cristiana, il santo atleta, Renigno a' suui, ed a' nimici crudo :

K, corne fu creata, fu repleta SI la sua mente di \iva virtute, (Uie nella madré Ici fëce profeta.

Poicliù le sponsalizie fur complut e Al sacro fonte intra lui e la fede, r' si dotûr di mutuasalute ;

La donna, che per lui V assenso diede, Vide nel sonno il mirabile frutto, C.h' uscir dovea di lui, e délie rede :

E perché fosse quale era in costrutto, Uuinci si mosse Spirito a nomarlo Del possessivo, di cui era tutto :

Domenico fu detto : ed io ne parlo, SI corne deir agricola, che CRISTO Elesse ail' orto suo, pcr aiutarlo.

Ben parve messo e famigliar di CRISTO, Che '1 primo amor, che *n lui fu manifesto, Fu al primo consiglio, che diô CRISTO.

Et non loin de c^s bords que frappe l'onde amère, Où Ton voit, terminant sa lointaine carrière, Le soleil disparaître aux yeux de l'univers,

Sise est Callaroga, ville heureuse ! Elle brille Sous la protection de l'écu de Castille Qui porte deux lions, une barre en travers.

C'est là que vit le jour l'athlète apostolique, L'amoureux champion de la foi catholique. Tendre aux siens, et cruel contre ses ennemis.

De si vive vertu son âme fut remplie, Que sa mère y puisait le don de prophétie Quand, encor dans son sein, il n'était que promis.

Entre l'homme et la foi, sitôt que l'alliance Fut consacrée aux fonts baptismaux, où d'avance Tous les deux comme dot le sa^ut apportaient,

La diime qui de lui répondait à sa place. Vit en songe les fruits de merveilleuse grûce Qui de ses héritiers et de lui sortiraient.

Et pour faire éclater cette grâce suprême Un ange vint d'ici lui donner en baptême Un nom qui disait bien qu'il était au Seigneur.

Il eut nom Dominique : et moi, je te le donne Comme un bon laboureur que le CHRIST en personne A choisi pour sa vigne et fait son serviteur.

On voit bien qu'il portait le CHpiST dedans son âme, Qu'il était son servant, car sa première flamme Fut au premier conseil que le CHRIST nous donna ' .

Spossc fiatc fu, tacito e desto, Trovato in terra dalla suanutrice, Corne dicessc : lo son venuto a questo.

0 padre suo veramente Felice I

0 madré sua veramente GiOvanna, Se 'nterpretata vàl corne si dice !

Non per lo mondo, per cuî mo s' affanna I)i rétro ad Ostïense ed a Taddeo, Ma per amor délia verace manna,

1 n picciol tempo gran dottor si feo, Tal che si mise a circuir la vigna, . tlhc tosto imbianca, se '1 >ignaio è reo :

Kd alla sodia che fu già benîgna

Più a* poveri giusti, non per lei,

Ma per colui che siede, e che traligna,

Non dispensare o due o treper sei, Non la fortuna di primo vacante, Non décimas quœ sunt pauperum Dei,

Addimandô, ma contra '1 mondo errante Liconzia di combatter per Iq ^eme, Dei quai ti fascian ventiquattro piante.

Poi con dottrina, e con volere insieme, (]on r uficio apostolico si mosse, Quasi torrente, ch' alta vena preme ;

E negli sterpi eretici percosse

L' impeto suo più vivamente quivi,

Dove le resistenze eran più grosse.

Souvent il fut trouvé dans la nuit par sa mère Les yeux ouverts, muet, prosterné contre lerre, Comme s'il disait : Dieu m'envoya pour cela*.

Oh î qu'il fut bien nommé Félix, son heureux père I Et bien nommée aussi Jeanne qui fut sa mère, Si ce doux nom de Jeanne a le sens que l'on dit l

Ce n'est pas pour le monde à qui l'on sacrifie En séchant sur Taddée et les livres d'Ostie ', Mais par un saint amour pour le pain de l'Esprit,

Qu'il fut en peu de temps des docteurs le plus digne,

El se mit à tailler en tous les sens la vigne

Qui blanchit vite aux mains d'un mauvais vigneron.

Quand il se présenta devant le siège auguste,

Plus miséricordieux alors au pauvre juste

Qu'il ne l'est aujourd'hui sous un prôtr e félon ',

11 ne demanda pas la première vacance.

Ni d'injustes profits moyennant redevance. Non décimas quœ sunl pauperum Domini :

Mais il solUcita contre un monde en démence La faveur de lutter pour la sainte semence Dont tu vois en bouquet vingt-quatre fleurs ici.

Alors, comme un torrent gonflé près de sa source. Pour l'œuvre apostolique il commença sa course. Fort et de sa science et de sa volonté.

Il tombe impétueux dans le champ hérétique. Et plus la résistance est ardente, énergique. Plus terrible le choc du torrent emporté.

i6« CANTO XII.

Di lui si feccr poi diversi rivi,

Onde r orto cattolico si riga,

Si chc i suoi arbuscelli stan piùvivi.

Se tal fu r una ruota délia biga, In che la santa Chîesa si difcse, E vînse in campo la sua civil briga,

Ben ti doverebbe assai esser palese !/ excellcnza dell' altra, di oui Tomma Dinanzi al mio venir fu s) cortese.

Ma r orbita, che fe' la parte somma

Di sua circonferenza, è derelitta,

SI ch' ô la muffa, dov' era la gromma.

I.a sua famiglia, che si mosse dritta, Co' piedi aile su' orme, è tanto volta, Che quel dinanzi a quel dirictro gilta :

E losto s' avvedrà délia ricoHa Délia mala coltura, quando '1 loglio Si lagnerà, che 1' arca gli sia tolta.

Ben dico, chi cercasse a foglio a foglio,

Noslro volume, ancor troveria carta.

Du' leggerebbe : l' mi son quel, ch' io soglio.

Ma non fia da Casai, ne d' Acqua Sparla, Là onde vegnon tali alla Scritlura, Ch' uno la fugge, e V altro la coarta.

Io son la vita di Buonaventura Da Bagnoregio, che ne' grandi ufîci , Sempre posposi la sinistra cura.

î ce torrent-là plusieurs ruisseaux naquirent, î champ catholique ensemble s'épandirent, eux d'humbles plants ont été ravivés.

fut un appui, telle une roue unique char sur lequel l'Église catholique ompter en champ clos ses enfants soulevés,

iois comprendre assez quelle fut l'excellence ^' autre, de celui dont, pendant mon absence, lit Thomas te parlait avec tant de chaleur *.

iis le sillon creusé par l'orbe de la roue emeure à l'abandon, et l'on ne voit que boue rôupissant à la place où se levait la fleur.

.a famille jadis suivant la bonne ornière, ^oin des pas de son chef s'est jetée en arrière ; Elle recule au lieu de marcher en avant.

Bientôt à la moisson la mauvaise culture Se fera reconnaître ; alors l'ivraie impure, ^u lieu d'être au grenier, sera jetée au vent.

Qui feuillet à feuillet parcourrait notre histoire, En trouverait encore un, je veux bien le croire, Dont l'êxergue serait : J'ai gardé ma blancheur.

tf ais il ne viendrait pas, celui-là, d'Acqua Sparte

3u Casai : là toujours de la règle on s'écarte

3u par trop d'indulgence, ou par trop de rigueur *.

\e suis l'esprit vivant de saint Bonaventure De Bagnoregio, qui dans ma grande cure \.i toujours dédaigné tout soin inférieur.

llluminato cd Agostin son quici, Che fur de' primi scalzipoverelli, Che ncl capcstro a Dio si fero amici.

Tgo da San\1ttore è qui con elli, E Pietro Mangiadore, e Pietro Ispano, Lo quai giù luce in dodici libelli :

Natan profcta, c 1 Metropolitano Crisostomo, cd Anselmo, c quel Donato, Ch' alla prim' arte degnô poner mano ;

Rabano è quivi, e lucemi dallato ' Il Calavrese abate Giovacchino 1)1 spirito profetico dotato.

Ad inveggiar cotanto paladino Mi mosse la infiammata cortesla l)i fra Tommaso, e '1 discreto latino,

K mosse meco questa compagnia.

Ici brille Augustin auprès de l'âme pure D'illuminat, premiers pauvres qui, sans chaussure, Ont été sous le froc les amis du Seigneur.

Hugues de Saint-Victor de près les accompagne. Là Pierre Mangiadore et là Pierre d'Espagne : Douze livres sur terre ont conservé son nom •;

Le prophète Nathan, l'évoque Chrysostome,

Le philosophe Anselme et Donat, ce grand homme

Qui dans le premier art sut se faire un renom '';

Là Raban Maur, et là, dans la môme famille, C'est l'abbé Joachim de Calabre qui brille *: Du prophétique esprit celui qui s'inspirait.

Si j'ai loué ce grand paladin Dominique^ C'est que j'y fus poussé par l'ardeur angélique De frère saint Thonàas, et son parler discret,

Et'cettc compagnie aussi le désirait.

NOTES DU CHANT Xll

i L amour de la pauvreté, premier conseil donné par Jésus- Christ. « Si vis perfectus esse, vade, vende quœ habes et da pmfscribus » (Matth., c. xi\). Cet amour fut le premier qui se manifesta dans saint Dominique, dit Landino, parce qu'on le vit, étant encore écolier, vendre ses livres pour en distribuer le produit aux pauvres.

« Taddée, célèbre médecin de Florence. — Les livres d'Ostie, c'est-à-dire de Henri de Suse, cardinal d'Ostie, commentateur des Décrétales. Le droit et la faiédecine offraient à cette époque des moyens assurés de fortune.

^ Boniface VIII, qui occupait le siège. pontifical en ISOO.

* De l'autre, dont a parlé saint Thomas, c'est-à-dire de saint François d'Assise.

* Kipigramme contre deux chefs franciscains, le cardinal Mathieu d'Aequa Sparta, douzième général des franciscains, et frère Ubertin de Casai.

* Hugues, chanoine de l'abbaye de Saint- Victor, théologien comme Augustin et Illuminât. — Pierre l'Espagnol, auteur d'une dialectique en douze Uvres.

■^ Donnt, grammairien célèbre du quatrième siècle. La grammaire était le premier des quatre arts libéraux.

Ç Raban Maur, disciple d'Alcuin, théologien allemand du huitième siècle. Joachim de Calabre, moine du douzième siècle.

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