‹ La Divine comédie de DanteChapitre 47 sur 77 · CHANT DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHANT DIX-HUITIEME

En silence déjà cette âme heureuse et sainte Jouissait de son verbe, et moi, goûtant l'absinthe Mêlée avec le miel, je recueillais le mien.

Et celle qui vers Dieu me menait, de me dire :

« Laisse là ces pensers, songe que je t'attire

Près de Celui par qui tout mal se change en bien. »

Au doux son de la voix de mon enchanteresse Je retournai la tête, et quel feu de tendresse Luisait dans ses yeux saints, je ne le décris pas.

Non que ma langue soit toute seule impuissante : D'aussi loin, c'est aussi la substance pensante ui ne peut, sans secours, revenir sur ses pas.

Tout ce que sur ce point il m'est permis de dire, C'est que, l'œil absorbé devant ce point de mire. Je me sentais exempt de tout autre désir.

Comme je m'enivrais de l'éternel délice

Qui, rayonnant tout droit au cœur de Béatrice,

De son beau front sur moi venait se réfléchir.

Me subjuguant par un souris plein de lumière : « Tourne-toi, me dit-elle, écoute encor ton père ! Le Paradis n'est pas seulement dans mes yeux. »

i42 CANTO XVIII.

Come si vede qui alcuna volta

L* affctto nella vista, s' ello è tanto,

Che da lui sia tutta V anima tolta ;

Cosi nel fîammeggiar del fulgor santo, *-

A cui mi volsi, conobbi la voglia

In lui di ragionarmi ancora alquanto.

E cominciô : In questa quinta soglia

Deir albero che vive délia cima,

E frutta sempre, e mai non perde foglia,

Spiriti son beati che giù, prima

Che venissero al Ciel, fur di gran voce,

Si ch* ogni Musa ne sarebbe opima.

Perô mira ne* cornî délia Croce :

Quel ch' io or nomerô, li farà 1* atto, Che fa in nube in suo fuoco veloce.

Io vidi per la Croce un lume.tratto,

Dal nomar Josuè : com* ei si feo :

Ne mi fu noto il dir, prima che il fatto.

Ed al nome deir alto Maccabeo Vidi muoversi un altro roteando :

E letizia era ferza del palèo.

Cosi per Carlo Magno, e per Oriandô.

Duo ne segui Io mio attento sguardo, Com* occhio segue suo fklcon volando.

Poscia trasse Guglielmo, e Rînoardo,

E '1 duca Gottifredi la mia vista,

Per quella Croce, e Roberto Guiscardo.

CUANT XVIII. 243

Comme ici-bas parfois les sentiments de l'âme Brillent dans nos regards, quand si vive est leur flaffime Que l'être tout entier est emporté par eux,

De même au flamboiment de la splendeur bénie Vers qui je me tournai, je reconnus l'envie Qu'elle avait d'ajouter à ce qu'elle avait dit.

Elle conmience ainsi : « Dans ce cinquième étag'e De l'arbre que nourrit sa cime, dont l'ombrage Ne s'eifeuille jamais, ni le fruit ne périt,

Habitent des esprits bienheureux, qui sur terre Ont, avant d'arriver à la céleste sphère. Offert à toute muse un texte merveilleux.

Sur les bras de la croix porte un moment ta vue : Ceux que je vais nommer vont, comme dans la nue De fugitifs éclairs, passer devant tes yeux. »

Au nom de Josué, qu'appela Cacciaguide,

Je vis, fendant la croix, un trait de feu rapide : ^

L'âme était arrivée aussitôt que le mot.

Il appela le grand Machabée : un deuxième Sillonna la croix sainte en tournant sur soi-même ; La joie était le fouet du céleste sabot.

Puis c'est Roland, et puis Charlemagne qui passe ; Tous les deux, attentif, je les suis dans l'espace, Comme un chasseur qui suit son faucon du regafd.

Où Guillaume a brillé, Rinoard étincelle. Et Godefroy, le duc, à la voix qui l'appelle, Traverse aussi la Croix avec Robert Guiscard.

Indi tra 1' altre luci mota e mista Mostrommi Talma, che m' avea parlato, Quai' era tra i cantor del Cielo artista.

lo mi rivoisi dal mio destro lato, Per vedere in Béatrice il mio dovere, 0 per parole, o per atto segnato :

E vidi le sue luci tanto mère,

Tanto gioconde, che la sua sembianza

Vinceva gli altri, e 1' ultîmo solere.

E come, per sentir più dilettanza,

Bene operando V uom, di giorno in giorno

S' accorge, che la sua virtute avanza ;

Si m' accors' io, che il mio girare intorno Col Cielo 'nsieme, avea cresciuto V arco, Veggendo quel miracolo più adorno.

E quale è il trasmutare in picciol varco Di tempo in bianca donna, quando 1 volto Suo si discarchi di vergogna il carco ;

Tal fu negli occhi mieî, quando fu vôlto Per lo candor délia temprata Stella Sesta, che dentro a se m' avea ricolto.

Io vidi in quella Giovïal facella Lo sfavillar dell' amor, che lî era, Segnare agli occhi miei nostra favella.

E come augelli surti di riviera, Quasi congratulando a lor pasture, Fanno di se or tonda, or lunga schiera,

Mon noble aïeul alors dans les autres lumières Prit rang, et me fit voir, se mêlant à ses frères, Quel artiste il était dans le concert di\in.

Moi, je me retournai devers ma Béatrice A ma droite, attendant que mon institutrice D'un mot ou d'un regard m'indiquât mon chemin.

Ses yeux purs rayonnaient d'une ardeur si joyeuse Qu'elle semblait, dans sa beauté victorieuse. Effacer d'un seul coup tout ce que j'avais vu.

Et tel, faisant le bien, l'homme, au fond de son âme. Au surcroît qu'il ressent et de joie et de flamme, Voit chaque jour les pas qu'il fait dans la vertu ;

De môme à cet éclat plus extraordinaire Je sentis que mon vol rapide et circulaire Élargissait son arc avec le Ciel tournant.

Et comme, en un clin d'œil, quand la pudeur céleste Peint le visage blanc d'une vierge modeste, La neige reparaît sur son front rayonnant.

Aussi vite à mes yeux se dégagea sans voile La limpide blancheur de la sixième étoile Qui m'avait accueilli dans son paisible sein.

Je vis dans Jupiter (c'était son feu sublime) Les scintillations de l'amour qui Tanime Figurer à mes yeux notre langage humain.

Et comme des oiseaux au bord d'une rivière, Allongeant ou serrant leur bande irrégulière. Volent en se jouant vers la pâture : ainsi

i46 CA5T0 XTIII.

Si dentro a' lumi santé crealure Volitando cantaTano, e faciensi Or D or I or L in sue figure.

Prima cantando a sua nota moTiensi :

Poi, diTcntando T un di questi segni.

Un poco & arxeslayano, e taciensL

0 dira Pegaséa, che gV ingegni Fai glorîosi, e rendigli longevi, Ed essi teco le ciitadi e i regni,

Illustrami di te, si ch' io rileYi

Le lor figure, com' io l' ho concette :

Paia tua possa in questi TersilureYi.

Mostrârsi dunque in cinque Tolte seite Vocali e consonanti, ed io notai Le parti si corne mi parrer dette.

Diligiie Justitiam^ primai

Fur verbo e nome di tutto 1 dipinto :

Qui judicatis Terramy fur seziaL

Poscia neir M del vocabol quinto Rimasero ordinale, si che Giove Pareva argento li d' oro distinto.

E vidi scender altre luci, do\e Era '1 colmo del M, e li quetarsi Cantando, credo, ilhen, ch' a se le muove.

Poi come nel percuoter de' ciocchi arsi Surgono ionumerabili faville, Onde gli siolti sogliono agurarsi,^

leur réseau de feu les saintes créatures, liant, volant, formaient différentes figures, inant tour à tour un D, un L, un I.

ord elles chantaient et volaient en mesure ; i, dès qu'elles avaient formé quelque figure, s faisaient silence et cessaient leurs ébats.

e divine I ô toi qui donnes au génie jloire I ô toi qui peux éterniser sa vie mmortalisant avec lui les États l

e en moi, que je puisse épeler sur ma lyre s signes saints ainsi que je les vis écrire ! dans ce peu de vers éclate ton pouvoir l

> donc cinq fois sept consonnes et voyelles le se ranger, notant chacune d'elles sure qu'à l'œil elles se faisaient voir.

i : Diligite Justitiam^ premier verbe emier substantif que dessina la gerbe, i. judicatis terram était la fin.

dans l'M de ce mot terram, chaque lumière 5ta disposée en ordre, de manière Jupiter semblait d'argent, semé d'or fin *.

T le haut de l'M, d'autres splendeurs ensemble isent en chantant, et leur chant, ce me semble, un hymne au bien qui les attire à lui.

comme de charbons brûlants heurtés dans l'ombre, llit un torrent d'étincelles sans nombre 1 crédulité cherche un présage : ainsi

24S CAÎTTO XVni.

Risurger paner quindi più di mille Luci, e salir quali assai, e qua' poco, SI corne '1 Sol, che Y accende, sorfille :

E quîctata ciascuDa in suo loco,

I^ testa e 1 collo d' un' Aquila vidi

Rapprescntare a quel distinto foco.

Quel, che dipinge li, dod ha chi 1 gaidi; Ma esso guida, e da lui si rammenta Quella virtù, ch' è forma per li nidi.

L' altra heatitudo, che contenta

Pareva in prima d' ingigliarsi ail* emme,

Con poco moto seguitô la *mprenta.

0 dolce Stella, quali e quante gentime Mi dimostraron, che nostra giustizia Effetto sia del Ciel, che tu ingemme !

Per ch' io prego la Mente in che s' inizia

Tuo moto e tua virtute, che rimirî

Ond' csce '1 fummo, che 1 tuo raggio vizia ;

SI ch' un* altra fiata ornai s* adiri

Del comperare e vender dentro al templo,

Che si murô di segni, e di martiri.

0 milizîa del Ciel, eu* io contemple.

Adora per color che sono in terra Tutti sviati dietro al malo esemplo.

Già si solea con le spade far guerra : Ma or si fa togliendo or qui, or quivi Lo pan, che *1 pio Padre a nessun serra.

CHANT XYIII. 249

Mille autres feux de là surgirent dans Tespace, S'élevant plus ou moins, chacun suivant la place Qu'assigne à chacun d'eux leur maître, le Soleil.

Et quand chacun eut pris son rang, suivant la règle, Alors je vis le col et la tôte d'un aigle Se former et sortir de ce foyer vermeil.

L'artiste qui peignait ainsi n'a point de maître ; Le maître, c'est lui seul : donnant forme à tout être, Il est de tous les nids le moule et le ciseau.

Les autres bienheureux qui, sur l'M en guirlande, Avaient fixé d'abord leur lumineuse bande, N'eurent qu'à se mouvoir pour compléter l'oiseau

Douce étoile I à combien de pierres précieuses Vis-je que la justice, en nos âmes boiteuses. Est du Ciel, où tu luis, une émanation I

C'est pourquoi, je le lui demande avec prière. Que Dieu, ton pur foyer, ta force, considère D'où sort le noir brouillard qui souille ton rayon ;

Et qu'une fois encore éclate sa colère.

En voyant qu'on achète et vend au sanctuaire.

Dont le sang des martyrs a scellé les parois I

O milice du Ciel, que mon regard contemple I Priez Dieu pour tous ceux que le mauvais exemple Sur terre a dévoyés si loin du Roi des rois I

La guerre jusqu'ici se faisait par le glaive; Maintenant on la fait autrement : on enlève F.e pain que donne à tous notre Dieu paternel '.

Ma tu, che sol per cancellare s(îrivi, Pensa che Pietro e Paolo, che moriro Per la vigna che guasti, ancor son vivi.

Ben puoi ti dire : lo ho fermo 1 disiro Si a colui che voile viver solo, E che per saltî fu tratto a martiro,

Ch* io non conosco il Pescator, ne Polo.

qui n'écris que pour trafiquer, prêtre indigne * !

ge que Pierre et Paul, tous deux morts pour la vigne

î dégradent tes mains, vivent encore au Ciel I

peux dire, il est vrai : « Moi, le saint qui m'attire, )t l'homme du désert, qui paya du martyre danse d'Hérodiade ; il tient si fort mon cœur

je ne connais plus, ni Paul, ni le Pêcheur *.

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