‹ La Divine comédie de DanteChapitre 59 sur 77 · CHANT VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHANT VINGT-CINQUIÈME

^'il arrive jamais que ce poëme austère Vuquel ont mis la main et le ciel et la terre, Kt qui m'a fait maigrir durant de si longs ans,

Désarme la fureur cruelle qui m'exile

Du beau bercail où je dormis, agneau tranquille,

Sans autres ennemis que les loups dévorants;

Avec une autre voix, alors, une autre laine, Je rentrerai poète, et là, sur la fontaine Où je fus baptisé je ceindrai le laurier.

Car c'est là que j'entrai dans la Foi, par qui l'ame A Dieu se fait connaître, et pour qui tout en flamme Pierre autour de mon front venait de tournoyer.

— Alors se détacha vers nous une lumière

Hors des rangs qui déjà s'étaient ouverts pour Pierre,

Vicaire élu du Christ et le premier de tous.

Et ma Dame, les yeux tout remplis d'allégresse,

Me dit : « Vois donc vers nous ce Seigneur qui s'empresse :

C'est celui qu'en Galice on visite chez vous ^ »

Quand près de son ramier se pose la colombe, L'une pour l'autre on voit chaque tendre palombe Tournant et roucoulant déployer son amour :

A Cosi vid* io V un dall' altro grande Principe glorioso essere acp olto, Laudando il cibo, che lassù si prande.

Ma poi che 1 gratular si fu assolto, Tacito, coram me, ciascun s' affisse, .

^ Ignito si, che vinceva 1 mio volto,

Ridendo allora Béatrice disse :

Inclita Vita, per cui 1* allegrezza Délia nostra basilica si scrisse,

Fa risuonar la Speme in quest' altez^.a : Tu sai che tante volte la figuri, Quando Jesù a' tre fe' più chiarezza

Leva la testa, e fa che t' assicuri :

Che ciô che vien quassù dal mortal mondo,

Cônvien ch' a' nostri raggi si maturi.

Questo conforto del fuoco secondo

Mi venue : ond' io levai gli occhi a* monti,

Che gl' incurvaron pria col troppo pondo.

Poichô per ^razia vuol, che tu t' afîronti Lo nostro Imperadore, anzi la morte, Neir aula più segreta, co' suoi Conti,

Si che veduto '1 ver di questa Corte, La Speme che laggiù bene innamora, In te ed in altrui di ciô conforte :

Di' quel che ell' ù, e come se ne 'nfiora La mente tua, e di' onde a te venue : Cosî seguiô '1 secondo lume ancora.

Ainsi je vis le grand et glorieux apôtre Échanger un accueil plein de grâce avec l'autre, En chantant les doux mets du céleste séjour.

lL.a salutation courtoise étant finie,

4Joram me se posa chaque flamme bénie

En sijence, aveuglant mes yeux de ses rayons.

Alors en souriant parle ainsi Béatrice : « Ame illustre par qui fut décrit le délice De cette basilique où nous resplendissons ',

Sur ces saintes hauteurs fais sonner FEIspérance, Toi qui la figurais dans chaque circonstance Où Jésus se montrait à ses trois préférés ' !

Lève la tôte, et que ton âme se rassure l

Ce qui dans ces hauts lieux vient de la terre impure

Doit mûrir près de nous, sous nos rayons sacrés. »

Du second feu me vint cette voix conseillère ; Lors je levai les yeux vers ces monts de lumière Dont je n'avais d'abord pu soufiFrir les assauts :

« Puisque notre Empereur par sa grâce sublime T'admet, avant la mort, jusqu'en sa cour intime Et te met en présence avec ses grands vassaux ;

Pour que la vision de cette cour suprême Dans autrui fortifie, ainsi que dans toi-même, L'Espérance qui vous enflamme pour le bien,

Dis ce qu'est l'Espérance et d'où vient ce dictame? Et fleurit-elle bien dans le fond de ton âme?» Ainsi continua le second feu divin.

lit

CATTO XXV

E qoelU pia, che goidô le penne ' Urlle mie ali a cosi alto toIo, Alla rispoMa cœi oii preTenne :

La chiesa militante alcun figliuolo \oo ha, con più speranza, com' ù scritto Nel Sol che raggia tatto nostro stnolo : .

IVri gli i> concednto, che d' Egitto Vegna in Orusalemme per vedere, Anxi che 1 milîtar gli sia prescritto.

r«lî altri duo punti, che non per sapere Si>n dimandati, ma perch' ei rapporti, Ouanto qnesta \irin t' è in piacere,

A lui lasc* io : chô non gli saran forti, N^ di iattanzia : ed elli a ci6 risponda, E la grazia di Dio ciô gli comporti.

Vjcvme discente, ch' a dottor seconda Pronto e libente in quel ch' egli è esperto, Percht^ la sua bon ta si disasconda :

Speme, diss" io, ô uno attender cerlo Délia glorîa futura, il quai producc Grazia divina c précédente merto :

Da moite stelle mi nen questa luce :

Ma quei la distillé nel mio cor pria, Che fu sommo cantor dcl sommo duce.

Sperino in le, nella sua Teodia, Dice, color, che sanno '1 nome tuo :

E clii nol sa, s' egli ha la Fede mia?

CUANT XXV. 343

cette femme pie, et dont le tendre zèle I*our un \ol aussi haut avait guidé mon aile, X)evança ma réponse et repartit ainsi :

« L'Église militante, en son immense empire, (Le soleil qui sur nous brille peut vous le dire) !K*a pas un fils de plus d'espérance rempli;

C'est pourquoi Dieu permet qu'à la terre égyptienne 11 échappe, et qu'il entre en la Sion chrétienne Avant d'être sorti de son combat mortel.

Sur les deux autres points 'ta science est complète. Tu l'as interrogé sur eux pour qu'il répète Combien cette vertu te plaît encore au Ciel.

Je les lui laisse donc; car il pourra sans peine A ton gré les résoudre, et sans jactance vaine *, Avec l'aide de Dieu qu'il réponde à cela. »

Comme sur un terrain qu'il est sûr de connaître, Le disciple empressé suit les pas de son maître. Bienheureux de montrer tout le savoir qu'il a : «

« L'Espérance, c'est, dis-je, une attente certaine De la gloire future ; elle a double fontaine : » Un passé méritoire et la Grâce du Ciel.

Plus d'une étoile allume en moi cette lumière : Celle qui dans mon cœur la versa la première, C'est le chantre royal du monarque éternel ^.

Celui-là qui disait dans ses Psaumes : 0 Père, Quiconque sait ton nom, qu'en ta grAce il espère ! Et qui ne le connaît, ce nom, s'il a ma foi ?

Ci5T0 HT.

Ta mi stîlleti om \o $tïl!ar ?iio

Ed m altmi ^iDstra pkegia ripluo.

MeQtr' i) di«ceTa, deatio aLviro seoo Di qaelli> ÎQceadij trenulaTa un lampo SabitOy e 5pes5i>y a gnîsa di baleno :

lodi spirû : L* amore, oad' io avrampo Anojrr Ter la Yirtû, che nu s^aette .

Enfin la palma ed ail' oscir del c^nqm^

Vnol ch' io respîri a te, che ti dilette Di leî ; ed emmi a graio, che ta diche Qaello che la Sperania ti promette.

Ed io : Le nnove e le Scritture antiche Pongono il segno, ed esso Io m' addita, Dell' anime che Dio 5' ha fatte amiche.

Dice Isaia, che ciascuna vestita Nella sua terra fia di doppia vesta, ^ E la sua terra è questa dolce yita.

E 1 tuo fratcllo assai \ie più digesta, Là, dove traita délie bianche stole, Questa rivelazion ci manifesta.

E prima, presso 1 fin d' este parole, Sperent in te, di sopra noi s' udî, A che risposer tutte le carole :

Poscia tra esse un lume si schiari,

Si che, se '1 Cancro avesse un tal cristallo,

Il vcrno avrebbe un mese d' un sol di.

CUANT XXV. 345

Tu mùlas ta rosée à cette douce pluie

Dans ta fameuse épître, et mon âme remplie

Fait repleuvoir vos eaux en pluie autour de soi. »

Tandis que je parlais dans le sein de cette âme Qui m'écoutait brûlante, une soudaine flamme Scintilla coup sur coup, comme fait un éclair,

Et dit]: « Cette vertu que rien ne peut détruire, Dont l'amour me suivit partout jusqu'au martyre Et jusques au sortir des combats de la chair,

Elle m'attire à toi qui te délectes d'elle ; Ainsi réponds encor, dis-moi, toi, son fidèle. Les trésors que promet l'Espérance à ton cœur I »

Et moi : «Les livres saints, l'Évangile et la Bible,

Ont indiqué le signe (or il est là visible).

De ceux qui se sont faits les amis du Seigneur.

Chacun de ces élus sera, dit Isaïe,

D'un double vêtement couvert dans sa patrie ;

Et sa patrie est là, dans ce divin séjour.

Et ton frère, de même, en plus claires paroles. Quand il a discouru sur les blanches étoles *, Nous a développé ce mystère à son tour. »

Comme je finissais, l'hymne du Roi-Prophète Sperent in te résonne au-dessus de ma tête. Tous les chœurs répondant à cet hymne d'amour.

Ensuite au milieu d'eux s'allume une lumière.

Si le Cancer avait une étoile aussi claire.

L'hiver pendant un mois ne serait qu'un long jour ^

:ttr. CANTO XXV.

E comc surge, e va, cd entra in ballo Verginc lie ta, sol per farc onore Alla novizia, non pcr alcun fallo,

Coiii vid' io lo schiarato spleadorc Venire a' due, clie si volgeano a mot a, Quai conveniasi al loro ardente aniore.

Miscsi 11 nel canto e nella nota :

E la mia Donna in lor tenue 1' aspctto,

Ihir corne sposa tacita ed immota.

Questi ô coluî, che giacque sopra 1 petto Del nostro Pellicano, e questi fue Di su la croce al grande uficio eletto :

La Donna mia cosi, nô per6 piùe Mosse la >ista sua da stare attenta Poscia che prima aile parole sue.

Quale ô celui, ch' adocchia, e s* argomenta Di vedere cclissar lo Sole un poco, Che, per veder, non vedente di venta,

Tal mi fec' io a quel ultime fuoco, Mentrecchù dette fu : Perché t* abbagli Per veder cosa, che qui non ha loco?

In terra è terra il mio corpo, e saragli Tanto con gli altri, che *1 numéro nostro Con r cterno propôsito s' agguagli.

Con le duo stole nel beato chiostro

Son le duo luci sole che saliro :

E questo opporterai nel monde vostro.

CUANT XX Y. 347

iomme pour faire honneur à la jeune épousée,

* avance dans le bal une vierge rosée

]i danse innocemment dans sa pure candeur,

ânsi je vois venir la splendeur qui s'avance

'ers les deux esprits saints, tournoyant en cadence

lomme les emportait leur amoureuse ardeur.

ille se mit soudain du chant et de la danse. !a Dame regardait tous les trois à distance li semblait l'épousée immobile et sans voix.

Voilà le Saint qui fut pressé sur la poitrine \e notre Pélican, que sa grâce divine L choisi pour un grand office, sur la croix * I »

-a nouvelle venue ainsi me fut nommée •ar ma céleste Dame. Elle dit, et charmée, .es regardait encore après avoir parlé.

'el celui qui, les yeux dans le Ciel, s'évertue L suivre le soleil qui s'éclipse en la nue, ]t pour avoir voulu trop voir est aveuglé,

el je devins devant cette dernière flamme. Pourquoi donc t'épuiser, me dit enfin cette âme, . chercher une chose absente de ce lieu ?

[on corps sur terre est terre et ne peut faire d'ombre, restera là-bas tant qu'enfin notre nombre oit égal à celui que s'est proposé Dieu.

vcc les deux habits dans l'heureux monastère n'est que deux splendeurs : (redis-le sur la terre ! ) lis deux-là que tu vis monter dans les hauteurs ^. »

A qucsta voce lo inOammato giro Si quictô con csso 1 dolcc mischio, Chc si facca del suon nel trinospiro;

Si corne, pcr cessar fatica o rischio, Gli remi pria nell* acqua ripercossi, Tutti si posano al sonar d'un fischio.

Ahi quanto nella mente mi conmiossi, Quando mi volsi per veder Béatrice, Per non poter vederla,.ben ch' io fossi

Presso di lei, e nel mondo felice !

El

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V ces mots s'arrêta la flamboyante ronde, Et le cantique aussi dont la douceur profonde ^e mêlait au trio des brûlantes splendeurs.

\insi quand la fatigue est grande ou la tempête, Sur un coup de sifflet incontinent s'arrête L'aviron qui frappait sur le flot agité.

\h ! quel trouble se fit dans le fond de mon âme, Qua^d regardant autour de moi pour voir ma dame, ïe ne la revis plus, encor qu'à son côté

le fusse, et dans le Ciel de la félicité !

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