AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR
Le résumé de l'histoire du moyen âge, telle est en réalité la Divine Comédie, et c'est ainsi qu'il faut considérer cette œuvre d'un immortel génie, qui, traduite dans toutes les langues littéraires de l'Europe, n'a jamais cessé d'apparaître comme un des plus beaux monuments de l'esprit humain.
Que l'on soit catholique ou protestant, Israélite ouboudhiste, sceptique ou croyant, on doit voir surtout dans le gigantesque poème dantesque le tableau d'une grande époque dont les ténèbres ont été éclairées par le pinceau du Dante, époque féconde que Michelet s'est accusé d'avoir méconnue.
Citer les traductions françaises (àÊ l'épopée, c'est dresser une liste assez longue. Plusieurs sont en vers : celle de Baltazar Grangier, aumônier du roi, mise en « rime Françoise » et dédiée à Henri IV (Paris, i S 96-1 597) ; de Henri Terrasso (1817); de Brait Delamathe (1825); deGourbillon (1831), divisée en tercets, comme l'original; d'Antony Deschamps (20 chants choisis; 1830); d'Aroux (1842); de Mongis (1846); sans compter d'innombrables fragments publiés dans les Recueils.
Parmi les traductions en prose, complètes ou partielles, il faut signaler celles de Moutonnet de Clairfons (1776); du comte d'Estouteville (1796); de Rivarol (1785); de Calemard de La Fayette (1835); de Pier Angelot Fiorentino (1840); de Brizeux (1841) et de Lamennais, un peu plus tard.
La version de Lamennais est une très belle paraphrase ; celle de Rivarol, une adaptation libre dont il a dit lui-même : « Il n'est point d'artifice dont je ne me sois avisé dans cette traduction que je regarde comme une sorte d'étude faite d'après un grand poète. C'est ainsi que les jeunes peintres font leurs cartons d'après les maîtres. » Et plus loin il se vante de ne s'être pas appesanti sur le mot-à-mot, sur la précision, conseillant au lecteur de recourir au texte, s'il le comprend, et de se contenter de ses couleurs : « S'il ne le comprend pas, que leur importe! »
Tant de désinvolture nous a fait préférer la version plus littérale et plus exacte d'Artaud de Montor, dont la première édition, publiée en trois volumes in-8° de 1811 à 1813, obtint un succès tel qu'on en fit para:tre une seconde, de 1828 à 1830, en neuf volumes in-32.
Le chevalier Artaud de Montor, né en 1772 à Paris, mort en 1849, avait émigré pendant la Révolution ; il rentra en France sous le Consulat, servit le c^ouvernement de Napoléon dans la carrière diplomatique, où il resta sous la Restauration, puis se livra entièrement aux lettres. Son histoire de Pie VII, couronnée par l'Académie en 1858, est un livre très intéressant écrit avec beaucoup de soin, ainsi que son histoire des souverains pontifes.
Mais sa traduction du Dante a été la préoccupation de sa vie, il y a donné tout son effort, toute sa foi littéraire.
/ La première édition du poème du Dante parut dans les Etats de l'Église, f à Fuligno, le quatrième mois de l'année 1472; elle est intitulée : La ' Commedia di Dante Alighieri di Fioren:(a. On a imprimé en 15 12, à Venise, la vingt-quatrième édition intitulée : Opère del divino poeta Dante; \ en 15 16 la vingt-neuvième édition portait son titre définitif: La divina t Commedia que Dante avait appelée Commedia, tout court, c'est-à-dire poème dans un style mixte.
Sous l'influence des reines Githerine et Marie de Médicis il y eut des éditions italiennes publiées à Lyon, mais on les débitait plus en Italie qu'en France.
Les traductions françaises illustrées les plus remarquables sont celles de Gustave Doré et Yan' D'argent.
Mais la plus curieuse collection de gravures est celle que nous reproduisons, et qui, avec le texte édité à Venise en 1757, a été dédiée à l'impératrice de Russie.
Cette collection de cent gravures, oeuvre de plusieurs artistes italiens, off're le plus grand intérêt; elle est, pour ainsi dire, inconnue. Quelques exemplaires seulement pnt été conservés dans nos grandes bibliothèques et dans celles de l'étranger.
Jamais la librairie française n'a offert au public une semblable réédition digne des érudits, et à la portée de tous les amateurs de gravures. Nous reproduisons, en photogravure, le titre de ce magnifique ouvrage.
L'Éditeur.