‹ La divine comédie. Traduction d'Artaud de MontorChapitre 2 sur 38 · DANTE · texte numérisé non relu

DANTE

ET

Dante Alighieri naquit à Florence en 1265 et mourut à Ravenne le 14 septembre 1321.

Il grandit au milieu des luttes municipales de l'Italie du xiii'' siècle.

Il avait d'abord pris rang dans la cité Florentine en se faisant inscrire au registre matricule des arts et métiers pour être compté parmi les citoyens actifs, suivant les lois de la République. Un ancien rôle prouve qu'il avait choisi le sixième des Arts majeurs, celui des médecins et des pharmaciens. il s'y trouve porté en ces termes : «Dante, poète florentin », mention curieuse qui lui conserve sa vraie figure sous le voile d'une» profession fictive adoptée sans doute pour la forme parce que les poètes,; ces sublimes artisans, n'étaient pas considérés comme exerçant une industrie dans une République marchande où les nobles eux-mêmes devaient s'enrôler sous l'une des bannières des corps et métiers, pour être quelque chose dans l'État. Contraint de s'attacher à une profession active il avait choisi la médecine comme une des plus libérales, sans qu'il ait eu besoin d'en pratiquer l'art. Il lui suffit sans doute d'en avoir étudié les principes.)

Avant- d'esquisser à grands traits les phases principales de la vie du poète que l'on a surnommé l'Homère chrétien, relatons l'épisode qui a exercé sur sa vie poétique la plus grande et la plus heureuse influence.

Voici, d'après Boccace et d'après l'excellent commentaire historique de M. Ferdinand Arrivabene, le récit des premières amours du Dante et de Béatrix.

Vers le printemps de 1274, Dante, âgé de neuf ans, et Béatrix, âgée de huit ans, se rencontrèrent dans une fête d'cnfants/La fille de Foulques avait des grâces singulières dans ses mouvements; elle se distinguait par des paroles graves et sérieuses. Alighieri ressentit sur-le-champ une vive piission.

Avec ie temps l'amour ne fit qu'augmenter ; Dante n'avait de plaisir, de repos et de consolation qu'en voyant Bice. I) prit bientôt l'habitude d'abandonner toute occupation pour aller là où il croyait la trouver.

Il dit lui-même : « Quelquefois l'amour m'assaillait si fortement qu'il ne restait en moi d'autre signe de vie qu'une pensée qui me parlait de ma Donna ».

Un jour, habillée d'un vêtetnent blanc, elle passait dans une rue où elle rencontra Dante qu'elle regarda et qu'elle salua. Alors il éprouva un si délicieux bonheur de ce doux salut, que, comme enivré, il alla, à l'écart, penser à sa béatitude.

Une fois, dans une église, il se trouva placé de manière à pouvoir contempler Béatrix; une autre dame qui les séparait, prenant pour elle les regards enflammés du jeune Toscan, y répondit par de gracieuses prévenances. Il adressa des vers à cette dame afin de mieux cacher ses sentiments pour Béatrix.

Cependant (il osa composer une épître en l'honneur des soixante plus belles femmes de Florence; il plaça le nom de Béatrix au nombre neuf et ainsi il risqua de laisser échapper son secret; pour le ressaisir il chanta dans d'autres vers le départ de cette dame aux prévenances qui avait quitté la ville. Béatrix, rencontrant une seconde fois Dante, ne lui adressa plus ce doux salut qui avait été sa béatitude. Il se décida à découvrir toute sa passion de peur que Béatrix ne méconnût cette tendresse, ou ne fût en colère ; et des vers plus éloquents lui expliquèrent, à elle seule, ses longs tourments de poète. /

Une femme plus clairvoyante que les autres devina enfin le grand secret et dit à Alighieri : « Mais à quelle fin aimes-tu donc cette Béatrix, puisque tu ne peux supporter sa présence? Dis-nous-le, car le but de cet amour doit être bien nouveau? »

Il répondit que l'ivresse de ses désirs consistait dans le doux salut, et que, quand ce doux salut était refusé, elle consistait dans les paroles qui honoraient l'objet de son admiration.

Cependant la beauté, la grâce, la magnificence de la taille de Béatrix étaient telles, qu'elle ne pouvait plus traverser les rues qu'on ne courût au-devant d'elle; on l'entourait dans les promenades.

Le poète dit à ce sujet ; « Quand elle était passée, si on ne la suivait pas on s'écriait : « Ce n'est pas une femme, c'est un des plus beaux anges « du ciel 1 »

.La plus chère étude de Dante fut la poésie qui consistait alors dans les rivies d'amour, imitation de la poésie des troubadours, passée depuis peu des Provençaux en Italie, origine hautement proclamée par l'auteur de la Divine Comédie.

Ces « rimes d'amour » servaient alors de parure à la métaphysique; chaque pièce avait un double sens éclairé par le poète; ces pièces, véritables énigmes, se renvoyaient de l'un à l'autre et les beaux esprits appréciant la délicatesse des sentiments, la finesse dés allusions, cherchaient à deviner le sens moral du sonnet et le nom de la Dame qui l'avait inspiré.

Dante aussitôt fut proclamé le vainqueur de ces tournois de discrète galanterie.

/Dans un livre curieux, la Vita nova, il a su exprimer avec un art infini sa mystérieuse et chaste passion pour la jeune fille immortalisée par ses vers, pour cette idéale Béatrix qui, très prosaïquement, vers 1287, épousa Srnion di Bordi et mourut en 1290, dans sa vingt-sixième aniiée. /C'est à cette époque que, pour s'étourdir sans doute, Dante commit d assez grands écarts de jeunesse très favorisés par les mœurs dissolues des dames florentines. Il s'en confesse lui-même dans la Divitie Comédie, et Béatrix dans le paradis lui reproche sévèrement ces désordres. ) / Pour l'arracher à cette existence de dissipation sa famille lui fit épouser, en 1292, Gemma, de la maison de Donati, dont il eut trois ou quatre enfants : deux fils dont l'aîné, Pietro, commenta la Divine Comédie.

Son fils aîné laissa une postérité qui a subsisté longtemps à Vérone ; un autre nommé Jacopo ; une fille morte religieuse se nommait Béatrix ; et peut-être une autre fille à laquelle nul souvenir ne se rattache.

Malgré sa fécondité cette union ne dut pas être heureuse; les Donati devinrent des ennemis implacables du poète qui, attentif à se peindre dans ses ouvrages et à y consigner tous les faits importants de sa vie, garde sur sa femme le silence le plus complet; ce qui, selon certains, peut être attribué à la réserve usitée à cette époque.

Dante, dans sa jeunesse, se montra un brave. Placé à l'avant-garde au combat de Campaldino où les Arétins avaient été vaincus par l'armée guelfe de Florence et de Sienne, il fit à vingt-quatre ans ses premières armes et écrivit naïvement après la bataille : « Je n'étais plus un enfant, mais un soldat armé pour mon pays. Je passai de la crainte extrême dVne défaite à l'immense joie d'une victoire. »

L'année suivante il prit part à l'expédition de Lucques contre les Pisans.

Plus tard de nombreuses naissions diplomatiques le conduisirent & Ferrare, à Pérouse et à Naples.i'Il fut élevé à la première magistrature de la cité et devint, en 1 300, au 'milieu des discordes civiles, l'un des six prieurs de Florence.

' Charles de Valois entra dans la ville en 1301, et Dante, dépouillé de ses biens, fut procrit et condamné à périr dans les flammes s'il était pris sur le territoire de la République. ,

Dès lors, il n'eut plus de repos, parcourut l'Italie, reçut l'hospitalité des Scaligers dé Vérone.

Ensuite il revint à Paris, où il avait étudié déjà , suivant les cours des écoles fameuses de la rue du Fouarre, écoutant et se passionnant pour les brillantes leçons du professeur Siget de Brabant. Durant ce second séjour il assista au procès des Templiers, et ce spectacle, joint à quelques déceptions, augmenta,' la haine qu'il portait à la maison de France, dont un membre opprimait sa patrie. Les événements le rappelèrent au delà des Alpes, où l'empereur Henri VII, ranimant les espérances du proscrit, annonçait sa prochaine arrivée.

Le poète se mit ardemment à son service, multipliant les manifestes. Henri VII entra à Milan, soumit Crémone, Brescia, Pavie, se fit sacrer à Rome, mais assiégea vainement Florence. Il mourut en 1313, et avec lui s'éteignirent les dernières espérances du poète exilé à qui l'on ofi'rit de rentrer dans sa ville natale s'il faisait, un cierge à la main, amende honorable, mais qui fièrement refusa de <( passer par ce chemin ".

Dante se réfugia à Ravenne, à Lucques, et en^n à Frioul, où il mourut en 1321 sous l'habit de l'opdre de Saint-François.}

Le moyen âge commençait de finir. Dante a concentré toute s& pensée, toutes ses passions, toutes ses haines, tout son amour dans le poème qui l'a immortalisé et qu'il commença en l'an 1300, « au milieb du chemin de sa vie ».

Il l'annonce au début du poème, dans le canto primo :

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