La divine épopée
Comme tous les chefs-d'œuvre qui font la gloire des peuples , la Diyinb Épopée a eu , dès son apparition, des détracteurs violents et d'ardents apolo-
Nous le disions , il y a peu de jours , au sujet de la préface du Gladiateur et du Chêne du Roi : « Ne parlons pas nous-méme ; un libraire est toujours suspect en parlant des œuvres qu'il édite. » Écoutons les vrais organes de l'opinion littéraire , ceux de Paris , ceux de la province et ceux de l'étranger ; nous aurons une appréciation exacte de ce vaste poème et de la révolution poétique qu'il vient de réaliser dans notre belle patrie. »
Un poëte, M. Jules Lefèvre, qui connaissait quelques fragments inédits du poème de M. Alexandre Soumet , imprimait , il y a trois ans , dans son beau roman des Martyrs d'Jrezzo, le passage suivant :
« Un homme s'est rencontré , dans nos jours de petitesse et d'égoisme, qui a trouvé au fond de son âme assez d'espérance pour oser dépasser les limites de la, clémence suprême, et demander, dans ses chants, un dernier miracle
à l'amour divin. Jamais style .plus brillant, plus nuancé de flamme et d'harmonie, n'a revêtu des pensées plus nobles
et plus saintement généreuses C'est un de ces projets
grandioses qui n^ont même pas besoin d'exécution pour attester le génie qui les conçoit. Le poëte a imapîiné de représenter, dans une suite de tableaux, le rachat de Tenfer. Prêtant à Dieu une pensée, qui ne peut venir que de lui , il a supposé que Jésus-Christ , qui s'était fait homme pour traverser nos douleurs et payer de son sang la rédemption du monde, voulait , saisi d'une plus grande pitié pour de plus grands coupables, renouveler dans l'abîme son sacrifice de la terre. Il l'y fait descendre au milieu des damnés , pour s'élever, de torture en torture, à je ne sais quelle miraculeuse crucifixion, proportionnée dans ses douleurs aux crimes qui s'y expient. Là , le ressuscité terrestre, qui ne doit point mourir où l'on est immortel , écrit de son sang intarissable le second et dernier volume de l'Évangile. La passion de Jésus-Christ dans l'enfer devient féconde comme celle de la terre. Il convertit au repentir ces régions du désespoir, et Satan, pénitent, remonte enOn , près du trône de Dieu, laver de ses pleurs la trace des supplices soufferts pour sa rançon »
Le poëme de M. Alexandre Soumet, ainsi annoncé, venait à peine de paraître, que la voix d'un autre poëte , M. Emile Deschamps , célébra la première ce magnifique ouvrage.
« J'écrivais, dit-il, en 1834 : Alexandre Soumet n*a jamais fait descendre l'art de son idéali té ; après avoir donné l'exem^ pie de la poésie et de la versiiication actuelles dans les fragments de sa Jeanne d'Arc, publiés il y a vingt-quatre ans, et qu'on dirait faits de ce matin , il n'abandonna cette palme du poëme épique (1) que pour se vouer à la Melpomène
(1) CeUe seconde Épopée doit paraître incessamment: elle sera suivie d'AnowÉiDE , roman oriental , et de deux volumes de théâtre.
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fHneaii», dont il a soiitenii ei rebduâsé rhonnénr dans sept grandes et nobles irdgédies qui ont été amant de nobles et grands snccès( gloire unique de nos jours!); il a pu suspendre aux lambris muets sa lyre racinlenne , quand les échos du théâtre lui ont manqué ; mais il n'a pas voulu raccorder sur un mode différent ni en changer le diapason, et la tragédie est morte du silence d'Alexandre Soumet comme de la mort de Talma ! i>
«Ceux qui ont pu croire que rillttstte poëte s'était endaihni dans sa gloite, peuvent voir aujourd'hui tout ce que ee prétendu sommeil cachait d'activité créatrice. Volontaire exilé de notre scène tragique , son génie se tourna une seconde fois vers la muse suprême qui ne l'avait pas oublié. La poésie épique offrait un merveilleux refuge à l'auteur de SaiU, de Clytemnestre ^ de i^ormtt, d'une Fête de Néron, etc. 11 y a si peu de talents à qui soit ouverte une pareille retraite ! et c'est là que la Ditinb Epopée s'élaborait
«Il fallait une bien puissante imagination pour trouver un drame d'amour ayant son nœud et ses péripéties dans les trois mondes où se passe l'action du poème! Jamais la femme n'a été peinte sous des couleurs plus enchantées , et Sémida , la dernière Eve , se montre à nous comme un de ces anges des derniers temps , destinés à porter à Dieu les prières qui rachètent les &mes.
« Ge gigantesque ouvrage est véritablement l'Épopée de llnfini. Il complète la grande époque poétique qui se déroule devant nous , et il deviendra désormais une de nos gloires, car il faudrait désespérer de toute littérature en France, s'il ne prenait place, dans nos bibliothèques, entre le Dante et Mllton. »
M. Auguéte Desplaces s'exprime en ees termes dans Là Revue de Pàbis :
« Des douze chants consacrés aux développements de cette