I.a lutte se prolonge, il s'éveille ; d tâi*eur
Ce rêve e^ un vrai dard entré jt^qti'à son coeur ;
Un ruisseau de poisons écumant sur ss boMtie l
La mère des serpents qui siUcmne sa^ couche ^
La mère qui, des bois tfaversanf l'épalSfieut^^
Est venue à son tour visiter h chasseur.
Sa douleur l'a conduite, et toute sa couvée
Au bruit des sifflements se lève retrouvée.
L'aidant à ^^orer, pâle et nu, l'ennemi
Que sa dent maternelle a surpris endormi.
Ui.
Taperçus un djuiiAé sur UB duttuf 4e f90tï^ C'était un (Hmfaérdut.... ^mxâsi^ m gkim, ^ ■- Il ramn^fli^, c^w^, le» oe^es ë^aaâflhéi Qu'à ses pieds aiMi^câste JMEÙitte^ixx^ Les ch^mty les^as«esBlde, .«1, «âutageaid; de 4éiMBfie, Avec ces ossements dresse un squelette immense. Et qm^i» ^pectce abiar atteijQlles {dus grands aoMts; Sous la niain du seujfiteiir, astiste des démons, Quand Fétrange statue iest asset: façonnée ; A rb9t>i|ïer j^iitie ans sosi âma est ooudaBiBée. Il faut qu'elle xibéme M vi^ne en le 4itéa$A, Pygmalion fuQ^»i«,. amkner le géant.
On la iai^i^ huriantei, on l'en^Bi^ie en Yi^kne Dans ce crâne qui touehe aut w^âtes de l'abîme. On lui lail; 4e sa^(ttfe£t4e aon ancien soxt Une auré(de autour de la tête de mort.
L'enfer en ricanant suit le colosse pMe, Juftp'aa jour joù, bornant sa course s^ukraie, Ses Qs m^ empotés xaronleroni en chemia, PoursedlfcsswjGSUXMraousla raysdemain.
Plus loin, s'affermissait dans sa pose homérique Un répDouvé superbe, au beau front ^ectrique. Son orgueil Matait dans s(m puissant maintien ; Il avait les cbeveux de l'^poUon Pythien.
Ses sourcils ondulaient; sur leur courbe abaissée
n CHANT fil.
Passait et repassait le vol de sa pensée ;
Et dans Thumide azur de ses deux grands yeux clairs,
De rinspiration se baignaient les éclairs.
Roi que chez les mortels la muse fit élire,
L'or pur eût envié le bronze de sa lyre.
Le sarcasme partait de son sourire amer;
Son génie en son sein, comme une ardente mer,
Amassait son orage, et l'harmonie ailée
Flottait dans les splendeurs de sa robe étoilée.
Il diantait.... Et de loin, accouraient les méchants Pour se désaltérer à la source des chants; Et leur âme, un instant à sa tombe ravie, Cherchait l'accord empreint des baumes de la vie. Mais, ô sombre prodige ! ô symbole fatal !
Chaque image, étalant son luxe oriental.
Chaque puissante strophe en déployant son aile Dans l'air vokanisé de la. nuit étemelle.
Soudain prenait un corps venimeux et brûlant. Se transformait en hydre, en céraste volant.
Et ces monstres impurs, créations funèbres.
Trompeurs enfants du jour rendus à leurs tén^^res, Venaient heurter la lyre ou presser triomphants. Les damnés curieux dans leurs plis étoufSeints. Et les plus irrités réservaient leurs morsures Pour un cœur plus fécond en immenses blessures. Pour le cœur du poète aux penchants pervertis. Abîme créateur dont ils étaient sortis,
n m'aperçut... —Mortel, tu peux me reconnaître A cette ample moisson d'hydres que je fais nattre; Ma voix pour les enfers n'a pas changé d'accord.
JL* ENFER. 7e
La muse me chercha, fier, jeune, pur eueor.
Et dit :—« Qu'à tes accents tout se progteme et change f
« La lyre a des rayons du glaive de Farchange.
« Viens, viens régénérer ce siède sans vigueur,
«Qui se pétrît un Dieu des (anges de son coçur.
« Allume tout ton sang pour rajeunir ses veines;
« Et c(»nme si la peste, aux immondes haleines,
« Se fût prostituée à ma embrassement,
« R^^ace par le ml^ son impur vêtement!
« L'amour s'en va des cœurs ; tout l'homme n'est que cendre.
« La mort, en le fraisant, n'a plus ri^ à lui prendre.
« n porte sur ses yeux, où nul flambeau, ne luit^
« Les lourds aveuglements de l'étemelle nuit.
« Il transforme en néant la parole divine.
« Le froment dans son sein fait germer la famine.
« Et maître de nos sens, Tégoîiune glacé
« Tient chaque astre de l'âme à son ombre éclipsé.
« Comme am jours où le Christ dressait un grand exemple, « Viens, ose déchirer tous les voiles du temple. « Combats les noirs venins du rêve qui nous mord ; « Change l'eau de la source où nous buvons la mort. <t L'humanité t'attend sur son lit de souffrance; « Viens, appuyant la lyre au cœur de l'espérance, « R^er sur une terre où le génie est roi, « Où la fleur de la vie a ses parfums en toi.
« Console et raffermis. Laisse, penseur austère, « L^nr rire impitoyable aux stances de Voltaire. « Qu'il parle avec le luth ou la toile ou l'airain, « Comme un regard de Dieu, l'art est grave et serein.
lé CHAUT Ht
« Plane, iineélXMleaa front, sur toMiieiadtertaktt : « Ai^f ne laîiee pM s'arilir ëuH tes eenes « Ce foudre bainKHHeux, Dût, aplcndUe et Tainqneor, « Du chailNMi à'huSé et dei km ëe mmi coenr.
« LePoete itt pûiii^, tièft^pmgattt .. frendi-jrgMdi ^ « Son dît MBd éManài ks ^en ^tt r^gaiit.
« Lève toujours le Im; e*ert Unbavt ^CM le fort^ « Présente l^immaUe à qui ebenlie un aapfort « Clomme tu vois peser, dans leurs courbes profondes, « Sur Dieu tew kf soleBi, ear kt ieleile 1» i «'Êdaûrant lii es^^ts de éomtes eontettui, « Fais tevaer «or la fci le owâi des wtoi! »
Ainsi me conviant à ia efaaste tvteUe, En me bakairt au front me p«rla l'ii Je ne Técoutai pas.... je n'avais pas k foi.
Pour chanter FinvisiMe entre Mflton el td; Ou pour décomposer dans un pieux délire La lumière ineréée au prisme de la lijnre.
Je n'avais pat la foi pour que, de l'aube au soir , Mon eitase flattât en servile encensoir :
Flemr où toute rosée en kve ardente glisse.
Mon âme ouvrit ailkurs son effirayant calice. La gldre m'inscrivit sur son livre povurpré; Mais ce livre est banal «t souvent lacéré.
L'amour vint me verser fees flammes périssables; Mais ce sémoun en moi n'agita que des sables. Et, comme Roméo ven la tombe attiré, Je surpris le néant sur k frimt adoré.
La nature à sa voix me r^icontra rrï)dle, Et je ne sus jamais si l'étoik était bdle.
L*ENFEB. »
Pentendià de Mbvl les nefintm édatants,
Saiis être dans mon oeenr «verti dtt ftiotaufê.
Traiiumi l^ttrliHil Hion ombM et jugeiutt « Zo^
De la créattoB Végofée tiw^e.
Je n'aperças pas Diea d^B6 ee Hifrolr tenu;
G'eflt dans le déKifôir que je vi0 riafim.
Mon hynMte d^jàm <a Boire faataiwc,
Ënite les voix du ma, fat «ne voix ehoiiie.
£t je mis dam mes ^reis jusqu'à toi parvetuii,
L'essence des poisons dans mes ^eiurs eonteoos.
Tel que aes TC^rageHis perdus dans le nuage,
Plaçant mom. Icdà iaapf e au eentre d'un CHrags, ^
Je laaewtt vers k ddl mes lyriques brand<nis;
rinventais un sareasme amer eomme ses dras.
Et chacun des aeecnrds de ma verre admirée
Emportait un lambeau de ma vie ulcérée.
Mes accents préludaient à leuif éternité;
Le génie eut en moi son Satan révolté.
Pour payer les mortels de leur stupide hommage,
Je voulus knr reâtire mm âme à mon image.
Mais man règne fut eourt dans tes respeets d'aulniir
J^aviis à Are an monde un mot trc^ fort pour lui*---
U dit : M tout à coup, pour un autre siqrplice,
On le vit ressainr sa lyre, sa coniimee.
Son laurier de douleur se tordit sur son front.
Ck>Bime un lier que rougit l'antre du forgeron.
Un feu vif pénél^ la lyre encor muette;
Son airain s'alluma dans les bras du poète.
Et lui, sous les tourments qui sillonnaient son corps,
Mdodi de la pensée et des sombres accords,
n tortura la ooffde au Uas[^ième aguerrie;
Sourit au désespoir chanté dans sa patrie; Et son vers acéré dans sa haine affermi, Se dressa contre Dieu comme un glaive ennemiti Jamais des profondeurs d'une âme révoltée, Nulle voix de défi si haut- n'était montée; Jamais sa lèvre en îea n'eut un fiel plus moqueur. Pour enseigner le crime, il révélait son cœur 3 On eût dit que, changée en funèbre harmcmie, L'éternité du mal passait dans son g^iie.
Et l'abîme applaudit, et le cri du Titan Agita les tombeaux comme un autre ouragan.
On eût dit qu'en ses mains la lyre-météore, Pour agrandir ses chants rendait l'enfer sonore; Et qu'au bronze accordé par la main du malheur, lia foudre avait prêté ses sons et sa couleur.
Je vis, sur un rocher, des mères criminelles Presser contre leur sein, d'étreintes étem^es , Leur enfant, jeune et blond, td qu'autrefois, si beau^ L'of&ait à leur amour le réveil du berceau.
O prodige! ! ! Aujourd'hui chaque baiser aride Sur le front de l'enfant fait éclore une ride. Sa main rose vieillit, comme une fleur du soir Lorsqu'au pied de sa tige un gnome vient s'asseoir. Ses grands yeux transparents jaunissent et se plombent ; Ses dents , sous les baisers , se déchament et tombent ; Et l'enfant accroupi, dans ses longs cheveux blancs Cherche à cacher ses doigts amaigris et tremblants. La mère suit de l'œil, punie en ses tendresses.
L*ENFBB.
Le progrès éfi&ayant d'upe heure de i Et, le cœur gros de pleurs, elle amuse, en chantant, Le vieillard nouYeau-né, dans ses hras grelottant ; Le vieillard nouYeau-né, dont la Yoix faîhle et creuse Entrecoupe de cris la chansmi douloureuse.
Une autre mère, au loin, sous des ifs dessédiés, Voyait avec terreur devant elle coudiés, Deux tigres, nourrissons endormis... La tigresse Auprès de leur sommeil en rugissant se dresse. £t la mère était là, qui tenait emhrassé Le fruit de ses amours près de son cœur bercé. Les deux mères d'abord longtemps se contemplèrent; Mais lorsque leurs enfants ensemUe s'éveillèrent, L'œil du monstre brilla d'un édat plus puissant ; Pour la soif de ses fils il demandait du sang , Du sang jeune et léger ; sa mamc^e était vide, La mère voulait fuir loin du regard avide ; Et, toujours plus ardent, cet œil triomphateur L'attirait, pas à pas, éclair fascinateur.
Oh ! combien son fardeau rendait sa marche lente ! Que son fruit lui pesait ! ! . . . Pâle et folle et hurlante , On sent, sous le pouvoir qui la vient attirer, Dans chacun de ses ms son enfant, expirer.
En vain, pour le cach^ à la vivante tombe.
Sur lui sa chevelure et s'épand et retombe ; Elle avance, enchaînée au magique lien :
Aux nourrissons du monstre eUe apporte le sien , > Sans pouvoir leur of&ir en changeant l^ir pâture,
t» CHANT III.
Au lieu detw eBfimt) «m oœitr p<ra7 nmirHisQare.
Ils sueèreut alors ce «ang, où se mâaît A chaque goutte eoeore use goutte de lait.
Us sucèrent longtemps, étendus sur le sable, Ce sang que leur lenteur rendait inépuisable : Il en venait toujours, et l'enfant gémissait, £t cet allaitement jamais ne finissait !
Et la femme à genoux, malgré sa terreur vaine , Regardait, sans le voir, expirer, veine à veine. Son enfant bi&Hâmé^ foible, et qui lui tendait De coftvuMves mains que la douleur tordait. Sous ses regards enfin les veines s'i^uis^ent ; Les membres de son fils par degrés se glacèrent, Et tout leur sang passa dans un sang étranger, Sans rendre, entre ses bras, le ford^u plus l^gerl I. Mais des tigres alors la dévorante haleine Aspira cette chair frâe m, formée à peine ; Et la mère attendit, de débris en débris.
Que leur foim sépulcrale eût inluuné son fils.
Statue au front brûlant (foe l'enfer supplicie, Un damné , dont la dmir en or s'hait durcie, M'apparut ; mais cet or souffrait^ versait des pkars ; De la chair primitive il gardait les douleurs. Trois bûchers du couprable illuminaient la face : Son coq» liquéfié dans sa riche surface S'agitait, s'agitait, à leur rmige lueur,
L'BNFEB. 70
Sou ks fliUons ardents de rhorrible sueur*
Et, d'un ceil égaré, Fédatante victime
Suivait ces gouttes d'or qui pleuvaient dans Tablme;
£t depuis trois mille ans pressait son piédestal,
Sans voir diminuer ses membres de métal.
Effrayé de ses maux autant que du prodige,
« — Quel crime à ce tourment t'a condamné ? lui disje :
« Répimds comme si Dante en ce lieu te parlait! *-
Et sous l'or bouiUonnant dont son corps ruisselait,
Le damné rendît : — « Mon crime fut sordide;
« De mon tomité la UNrture ^^ndide
« En est le jui^ emblème. . . Un juif magicien,
« N'approchant pas d'un Dieu qui n'était pas te siai,
« Eut besoin, pour son art, (te l'hostie adorée
« Où s'enferme le Christ, quand elle est consacrée :
« Moi, je servais Jésus, et j'offris, pour de l'or,
« De vendre à l'étranger le mystique trésor.
« Qfmme pour me nourrir de ce pain redoutahte ,
« J'allai m'agenouiller à la très-sainte table ;
« Et, dérobé par moi, le radieux froment
« PsAsa du tabernacle aux mains du nécromant.
c Puis, sans me souvmiir de la main qui châtie,
« J'^ermai sous def l'or dont il paya l'hostie.
« Mauvaise heure !... Deux jours après ma trahtsmi, « Je vis te feu du ciel tomber sur ma maison ; « Paccourus espérant retrouver dans la poudre, « L'or maudit à travers ces débris de la foudre, « 11 reluisait auprès d'un berceau sillonné : « Le tonnerre en tombant s'en était détourné,
.« 11 n'avait consumé que mon fils En silence
« Je mis tous mes ducats au fond d'une balance ,
« Aucun poids n'y manquait ;../puis mon trésor s'accrut.
« Ma femme, avant d'avojr quitté le deuil, mourut.
« Je fus seul avec l'or, mon aride délice :
« Et je clouai ma vie au roc de l'avarice.
« J'aspirai plus avant dans mon sein ténébreux,
« Mon rêve, mon bonheur, mon paradis fiévreux.
« Que j'avais en pitié Tamour ou l'héroïsme ! !
« Muré de toutes parts dans mon âpre égoïsme,
« Cet or devint mon âme, il coula dans mon sang;
<c Padorai comme un Dieu mon crime éblouissant,
« Et, donné par un juif en retour de l'hostie,
« L'or fut mon seul autel et mon Eucharistie !
a Les hommes près de moi passaient sans un adieu,
« Ils lisaient sur mon front que j'avais vendu Dieu,
« Et, sans me déguiser leur haine involontaire,
« Fuyaient comme un fléau mon bonheur solitaire.
« Mais à ma passion qu'importaient les humains ?
« Mon univers sonnait au creux de mes deux mains.
« Je vécus, je vieillis dans ma joie insensée :
« La démence de l'or empreinte en ma pensfe,
« Flétrit mon pâle front, rida mes doigts brûlants,
« Alluma plus de feux sous mes froids cheveux blancs ;
« Et quand je m'aperçus que ma fin était proche,
« Vers un caveau lointain creusé sous une roche,
« Pour laisser du trésor mon cadavre héritier,
« Je me traînai, la nuit, l'emportant tout entier.
« Je sentis, volupté que l'enfer a punie ,
« Palpiter l'avarice au fond de l'agonie :
« Sur l'or, en se fermant, mon œil se reposa,
« Au lieu de Crucifix ma lèvre le baisa ;
« Retrouvant pour aimer toute mon énergie,
« Contre mon sein souffrant j'en pressai l'effigie.
L'RNFER. «1
« Et des mes doigte empé» Vsmmxteaaê fateaat « Imprima, dans la mort, ce ogne ior mon cœœr. »
vra.
Tout près de ce snppliee, wie femme inooimae Était assise, grande et beUe et demi-nue.
Ten fds éponranté.,. C'était Fâme da mal.
Visible en son horreor sur un front idéal!
Une femme ef&ayante autant qu'elle était belle ; L'Euménide des Grecs sous le pinceau d'ApdIe : D'un contraste inouï le magique tableau ; Un démon animant la Yénus de Mîlo , Pour donner à ce marbre une flamme funeste.
Pour réfléchir Tenfer dans ce miroir céleste ; Pour créer aux regards, durant l'éternité , Magnifique et terrible, un spectre de beauté !
Cette femme toujours contemplait son visage; La lave d'un volcan lui jetait son image.
Sept dânons amoureux l'aidaient à se parer, Et plus que la servir, ils semblaient Fadorer. Trois gnomes, à genoux, déployaient sa tunique Faite d'un lin très-pur et d'un travail unique ; Et trois autres , debout, ouvraient l'immense écrin. Dont l'éclat va passer sur son front souverain. Et partout des fils d'or, prêts à nouer en gerbe La perle opalîsée à sa tête superbe ; Et des flots de saphirs, resplendissants trésors. Qui verront leur lumière inonder son beau corps ; Et d'él^antes fleurs autour d'elle jetées ;
CSAH7 UI.
Et des rmim tmm ptr dei oaitiBscadiaaÉéw; Et Mi doîgH dédaiiiimx, au gvé ëe Mft déMT, Parmi tous ces atour» n'ont enfin qu'à choisir.
Mais à peine, attachant U gtize virginale,
Elle ose commencer la toilette infernale,
Que ees^veîtos tramfMon, iam des pbâtves ]
Ravivent tous les km dam as sont mp rù gtf k .
Chaque flewr dcnlia tête adopte la psnmi
Prend racine à son fic9nt» eMBinfr sa (tewhH»»
Y brâk; et ks joyaux ptandoutameux encar,
Enchâssés d«iu( ses ebaiis oooiuie ils Is saut daas r«r.
D'un venin rwaissant, d'une flamme fims jtonae»
Consument la priaen où leur éetat s'a&inrme.
Et sa roke MwnUe aux tissus odieux
Qu'Hercule ne put foir qu'eu aiotttaitf ebes ki Hmn.
En vain, changeaut d'atoiun» sous ses mains tnaspafoites
Elle espère essayer des fleuii moins dévarantes :
On la voit arracher les grands voiles de lin
Qui vivent avec elle, attaebés à son sein,
Comme s'attadie au fruit la robe vidoutée
Sur la péûhe audoux mid, par Tautomne jelée.
On la voit arracher les laides diamaiKs
Qui sur ses bras d'albâtre tocmstent loi tourments ;
Et changeant de joyaux, sma cbanfnr de torture,
AoetHupUr son enfer de panne m pannre.
Mais de mm eorps tà beau le ooirtour ravissant
Ne soufihe pas l'affiront d'une tache de sang :
La blessure profonde, à l'instant sefermée,
Laisse aux lys de sou sein leur blancheur parfumée.
Et ce n'est qu'en dedans fue Torguâlleuse chair
Sent chacun des saphirs brûler comme un cancer.
l'BNFlR. m
Rien n'ahèn, aux regards^ ta bésraté sorhoinftffle; Et l'infernale femme a» grand ioiifeil d'ébè^) Fière, et IMant mx j^edi le iopplice dompté, De son profil Tflinqtieiur lanve la majesté.
Un réprouTé WÊtMtf éébmft ptèê d'tioe piem ; Ses yeux, totf|owt ds^ts, n'atutent pas de panpière. Nul démon airee lid n^eâtehangé de dodeinr :
Son seul supplice était de regsréet son eeetir. m'sfaitpristovtffrMitaiifMiddesa poitrine, Et placé sur ce voc qu'nae torehe illumine.
Tout Tenfer le voyait..... Bev«eau des maux subis, Dans ce coeur rouge et ém ainsi qu'un gros rubis. Un feu yif dessinait des formes animées.
D'étranges visions sans cesse transformées ; Et quelquefois aussi dans ce tableau diangeant. Des cheveux blancs flottaient comme des fils d'argent. Le réprouvé suivait, sous 1^ chair transparente, Les contours colorés de Fétincelle errante ; Et son regard voyait s'y dàrouler toujours L'horrible canevas du drame de ses jours.
Rien n'était ooUiié! !... Lydre de tout nuage, n peut Juger l'objet aux lueurs de l'image :
Dans ce tablem fid^e et terriMe, il peut voir, Durant rétenûté, ses crimes se mouvoir, n peut les vdr, â^Bborû à l'état de pousée, Dans ronbce funéraire autour d'eux amassée Mûrir kur germe noir, et puis édore au Jour, Couvés, sous ses fiii^urs,* comme un œuf de vautoor.
U CHANT IIL
Les grincements de dents suceèdent au blasphème^ n consume sa haine à, s'abhorrer lui-méipe ; Et, comme enveloppé dans un linceul de sang, Jamais de ce miroir son qiectre n'est absent. A chaque changement que le tableau signale, En aiguillons cuisants, Tétincelle infernale Pénètre dans ses y^x qui, partout sillonnés, lïemblent, dans leur orbite, à demi calcinés. Si le feu trop subtil quelquefois les dévore. Us renaissent bientôt pour regarder encore.
Si son front, dans rhonreur d'une ocmvulsion. Se rejette en arrière et fuit la vision.
Un sou£Ele faible et knt murmure... — Parridde!- Une main a^pa^att dans l'c^iscurité vide.
Une main de vieillard, une main sans couleur Et dont lui-même un jomr augmenta la pâteur ! Elle descend sui* lui, flétrie et décharnée ; Saisit par les cheveux sa tête condamnée, Gouri)e le criminel éçumant erhagard.
Et sur son châtiment ramène son regard.
D'un autre réprouvé dans l'ombre je m'approche. Ses deux pieds joints étaient encha^és sur la roche ; n cherchait à grandir sa taille, et se dressant. Se détachant du tronc d'un effort plus puissant, La tête monta blême; et sans cesser de vivre Le tronc, d'un vol plus lourd, s'efforça de la suivre, 11 s'éloigna des pieds restés seuls dans leurs fers. Et lorsqu'ayant touché le cmtre des enfers,
LTENFl^R. i
La tète avec oi^eil baissa son regard £iave, Elle aperçut de loin venir un vautour chauve, Un vautour gigantesque, au vol silencieux.
Qui se percha sur elle et lui rongea les yeux : Tandis qu'en rugissaoït une panthère ailée Mordait le tronc informe, à la chair maculée ; Et que d'un scorpion les dards multipliés, S'agitaient sur la roche et perçaient les deux pieds. Tel est puni l'orgueil.
De ce triple spectade Je m'efforçais en vain d'oublier le miracle , Quand je vis, sous un mcmt qui croulait en éébm^ Deux grands taureaux, pareils à ceux de Phalaris, Lutter. . .Leurs pieds d'airain sur les rocs s'affermissent: Dans leurç flancs enchaînés deux réprouvés gémissent, Deux réprouvés captifs, à ce tourment soumis. Parce que sur la terre ils furent ennemis :
Se maudissant encor d'une voix pervertie, Quand, sur leur lit de mort, on leur porta l'hostie. Ds avaient enfermé la haine dans leur sein ; Et la haine, changée en deux taureaux d'airain. Durant l'éternité prolongeant leurs batailles. Comme un fruit maintenant les porte en ses entrailles. Oh ! combien ilâ voudraient, dans ses horribles flancs. Du combat escarpé refréner les élans ; Et se donner, sortis de ce bronze en démence , A l'autel des enfers le baiser de clémence !
Sous leurs efforts unis, qu'ils voudraient tous les deux,
m CHANT IIL
Des deox alninfi ilTain briser ks frtmts hideux f £t frères d'amitié^ recommençant la vie , A Castor et Potinx eux-mêmes faire envk !
Mais la haine toujoim les traîne en sei combats ; EUe s'est faite bronze et ne tes entend pas.
Les monstres [dus ardents, mugissante temp^.
Avec un bruit à» foudre, «ntreehoquent leur tête ; Comme au sein de la nuit, lançant un double éeldr» Deux bombeS) en tonnant, s'entredioquent dans i'air. L'abîme s'épouvante au bruit de ce supplice ; Mais nul toréador ne descend dans la lice.
Nul Espagnol ne vient, d'un pas majestueux , Jeter la vanderiUe au couple impétueux.
Nul n'ose dci eaptift tenter la délivrance ; Et le combat parcourt son cercle de souffrance. Et régale toeur des taureaux faatetants, N'admet pas de victoire entre les combattants. Quelquefois, l'œil éteint, les cornes enla^sées, Et laisnnt sous le choc Imurs forces terrassées, Tous deux, de roc en roc, dans des gouffres pn^ndi, Avalanches de fer, roulent du haut des m(mts. Leur chute n'a pour eux que de vaines blessures. Leurs captife, labourés de noires meurtrissures , Souffirent seuil de la lutte , et brisés et fumants. Du choc qui recommence ils <mt seuls les tourments ; Et toieot jaillir sans cesse une large étincelle, De cet airain blessé, jpar où leur sang ruissdle.
xn.
£t pim loin un ^mné, sur un pont de l'enfer^
L^BlfFBR» Wl
Se dressait tout aeadilable mi Niptun» dt Ug Qui £ait jaillir au loin, soub de varies areades^ Les fétet et Vorsailk en bdUantea easeadia.
Mais, au lieu de leur onde au prisme éblouissant, De ses cheveux tordus sort un fieuve de sang : Le sang humain, ce sang qui jamais ne s'essuie, S épanche de ses doigts comme une tiède pluie. SespMda, en ae poaant, erement dana le rocbor Des citeniea de sang qu^on se peut pi»a féehar; Et lài seul, eiq^iant quelque monatrueux crime» Alimente de aang lea aourcea de Fabtme.
Son front de réprouyé doipina aana ^Eûnâ Tout ce rooge ooéaiit dont seul il est la roi. Chaque jour, sur le roc, un noir déœmi lui mèoe^ Pour la décapiter, une Tictioie humaine, , n la voit s'avancer d'un paa aileimeus ; .
La volupté du sang s'aUnine dana ses yeux , Dana aea yeasi verts dardant, aoua leur fipiuve pau^èrt^ Ce dur regard, qu'au tigre empruntait Bofaeq^iem, Et quand le fer a lui sur le meurtre promia.
Aux éclaira de la hache il reconnaît son fik I f Son fils, aon seul enfant, tête insoeenle et blimdat Seul être que son cœur eût aimé dana le monde. Il s'écrie : v. O fureur II ! de mon œuvre jaloux, « Quand fuse le billot soua le nombre des coupa, « N'est-il qu'une victime à tout démon commune? « Chacun ccmduit la si^me et je n'en trouve qu'une, « Monfilatoujours,..toujounmonfi]a...pourm'ooeq^ « Les neuf enfers n'ont>ila que sa tête à couper 1 1 ! « Ifimporte, accomplissons mon effroyable tâche ) « Le poîda de mes fbrûiita fara tomber la haelie< » Et le fils, ehaque jour, vient mi même signal.
Pour alerter sa tête an billot infernal :
Victime désolée, et que l'arrêt suprême
Fait sans cesse nouvelle et sans cesse la même !
xni.
Plus loin, sous un lOas tout en fleurs, deux amants Donnent entrdacés au bord des flots dormants. Des rameaux abaissés leur front blanc se couronne, £t d'un calme étemel Fenfer les environne.
Et leur sommeil ressemble à celui du chasseur Que la lune en fuyant contonple avec douceur, Tandis qu'un jeune sylphe, écartant le feuillage. Ouvre aux baisers de l'astre un lumineux passage.
Silence Le r^rd suit avec volupté
Les onduk^ims de leur corps velouté ; Glisse sur ce beau couple, et, plein d'amour, adore Cette rêveuse nuit qui ne craint plus l'aurore. £t, d'un bras souple et pur, la femme sur son cœur Du front de son amant enchaîne la langueur ; £t de ses cheveux blonds, humides de caresses, Humides de parfrmis, les ondoyantes tresses Éclairent doucement de leur long reflet d'or, L'ombre du grand lilas qui sur leur sommeil dort. C'est toujours, autour d'eux, la même solitude Où la nH»rt les surprit dans leur molle attitude; Toujours la même nuit ; mais le rêve est changé. De leur crime pesant leur sommeil est chargé : Us dorment leur supplice, et souvent il leur semble Qu'un reptile verdâisre en ses noeuds les rassemble : De leur col qu'il effleure U descend tortueux.
L^ENPER. 89
Ceinture de poiscms, aux flancs voluptueux.
U embrassé, en sîfiQant, ces deux corps baignés d'ambre, Gesdaix corps enlacés qu'il parcourt membre à membre; Et de son dard vengeur blesse chaque contour. Où son œil allumé voit un baiser d'amour^
Puis, il leur s^nble encor qu'un naiii hideux les place. Dans les bras l'un de l'autre , auxflancs d'un mont de glace. Leur coeur sous les frimas cesse de battre, et sent. Gomme un fleuve en hiver, se durcir tout son sang. Des chaînes de glaçons les pressent, les étreignent ; Leurs baisers mutuels dans les glaçons s'éteignent. Le mont s'ouvre ; et vers eux, d'un pas colossal, vient, Inconnu, gigantesque, anté-diluvien.
Un de ces animaux qu'autrefois, plus active, Nourrissait de ses sucs la terre primitive ; Et que dans ce vieux roc, de neige couronné.
Quelque grand cataclysme avait emprisonné.
n se ranime et vient Un moment, en silence,
Autour des condamnés sa trompe se balance; Puis son genou se plie, et sur le couple amant H se couche et s'allonge et s'endort pesamment : Pareil aux éléphants-bourreaux que l'Inde austère Enseignait à pimir une épouse adultère.
Et qui, smr un doux front tout voilé de rougeur. Ministres de la loi, posaient un pied vengeur.
Puis, il leur semble encor que tous deux on les couche. Ainsi que Mazeppa sur son coursier farouche, T9on au lit nuptial, mais sur le dos noueux De deux alligators l'un de l'autre amoureux.
Une diâîne, travail des forges de l'abîme,
^ GBÀifT III.
Lie au conijfiê éoaillé le itm ooaple TidUmtf; Letnr oioUe ehey^ure, à travers 1m roieaax, Laine tons ses parfums dans la âmge des eaui. Ils sillonnait le fieuve, et^ le long de ses rifes. Us comptent lei transports des noces oooiTUlsttas. Us suivent, sans repos, tous les bonds incessants Qui tourmentent d'amour les flots intameaoents. Et leurs oorps, ^eunmt l'angle des roos stérileB, Baignent de sang l'hymen des impurs erœodilcs ; Et quiriquefois, traîiûés dans la saYsne en fle^ D'un âément à l'autre égarent leurs douleurs^ '^
Puis, il leur smnble encor que debout, côte à odie» Leur tête sans cheveux, devant eux, roule et «laute : Ils veulent la reprendre et tromper sou effort, Mais la tête de l'un au coeur de l'autre mord ; Elle en boit tout le sang et sur ce cceur s'aobame, Comme Ugolin après l'ennemi qu'il dédiame; Retrouvant et rongeant, dans ce sein de damné, lies germes d'un amour dont leur enfer est né ; Pâture de la mort entre leurs dents vivant.
Et ce drasM d'horreur que lemr limg rêve invente, . Ne se meut qu'en leur âme; et toii^ours les amaaii Dorment entrdaoés au bord des flots dormants; Des rameaux abaissés leur front blano se courcnuie, Et d'un calme ét^nd V&atet les environne.
Des treize visioBi le cercle est parcouru.
Un des points de l'enfer ainsi m'est af^ru, Et j'ai heurté timgtemps, dans ma course e£Earé#,
L*ElfFBl« il
Contre ^MB roes d« fto nia lyt^torlmiê.
Miuç, repcksons-nous,.*. Pauptos 4a8 teos fiioiantg. Vous m'appelez eat vam vers d'humides townn^ti! Tu m'appelles en vain, ô toi! qu'un incendie Lance du sein profond de sa flamme agrandie, Entre les bras glacés des fajitômes hurlants Qu'un orage de neige emporte dans ses flancs.
Tel, quand Moscou levant sa torche indépendante,
Se faisait, pour sa mort, une diapelle ardente,
Un Géant, qu'ombrageaient cent drapeaux firémissanti,
Dans le cercle embrasé tordait ses bras puissants.
n explore en fureur le réseau de muraillee,
Où son aigle, surpris dans les brûlantes miûUes,
Interrompait ce vol dont Tare universel
S'appuyant sur Cadix, penchait vers Arehangel,
n a vu contre lui s'allumer sa conquête.
Tout labouré de feux, de sa base à son fatte,
n lutte; et le Kremlin, du sol déraciné.
Tombe, heurté par lui, sur Moscou calciné.
Mais ce combat éteint, un autre le remplace;
La mer de feux le jettp à l'ouragan de glace.
La lutte recommence, et le colosse altier.
Le colosse invaincu se levant tout enti^, .
Plus haut que le nuage a redressé sa tête ^
Ses bn^ , pour l'étouffer, s'ou tarent à la tempétCt
Il ne croit pas encor, en le sondant à fond,
Pour l'engloutir armé l'biver assez profond ;
Et dans cette nature aux glaces asservie.
Son sein respire encor la gloire, air de sa vie.
Vain espoir qu'entretient le portrait d'un enfamt ! !
Sa cuirasse de fer sous les frimas se fend.
n CHANT IIL
Que lui sert d'écraser le Russe gui Passiége!
Chaque champ de triomphe est un tombeau de neige;
Et dans ces longues nuits dont ise voile son sort ,
Le sommeil, comme à Sparte, est frère de la mort.
Et la faim, spectre blême, en pleurs dans l'ombre noire,
Ronge les chevaux morts qu'attelait la victoire.
Devant ses yeux lassés, dévorants horizons,
y6us déroulez sans fin vos steppes de glaçons !
Fleuves, que le Géant traverse sous l'armure,
Vous tressez de glaçons sa noire chevelure !
Son pied, fumant encor, sur le sol se rôidit.
Au chaos de frimas dont le cercle grandit.
Il jette, en s'enfuyant, son trophée en ruine ;
La croix du grand Ivan tombe de sa poitrine;
Et de ses doigts crispés roule sur le chemin.
Le globe impérial mal rivé dans sa main.
O chute d'un héros ! fatidique naufrage !
L'âme de l'avenir gémit dans cet orage.
A force d'augmenter son poids de demi-dieu,
Du char de la victoire il a rompu l'essieu ;
Et, comme cette neige au vent glacé du pôle.
Le monde qu'il créait en poussière s'envole.
Lancé par le destin , plus haut que tous les rois,
n écrase son trône en tombant du pavois ! ! !
Bi^tôt l'exil, la mort... immesurable perte!
Qu'un seul homme de moins rend la gloire déserte !
IDAMËEL.
Monté, d'un seul âan,' jusqu'au faîte du mme,
Idaméel alors r^ait au sombre abtme ; r
Idaméel, prophète et roi triomphateur,
Des troupeaux de la nuit formidable pasteur;
Et dont la main fo^ea, la trempant de bitume,
Sa houlette d'airain sur Finfemale endume.
Homme, il dompta Farchange, et du poids des damnés
Écrasa les démons à servir condamnés;
n les subjugua tous. Pour eux, au noir empire,
L'air est {dus dévorant depuis qu'il le respire;
L'océan de colère a des flots pins enflés,
La terre de la mort des rocs plus désolés;
Et, voulant que la haine y trouve plus de flamme,
Il jette à tout bûcher une part de son âme.
Dans cette âme en ruine un monde se mouvait.
Sous ses cheveux flottants son grand front s'élevait. Tout pareil à ces fronts dont un siècle s'étonne. Qui portent la pensée ainsi qu'une couronne : Ckmronne qu'en tremblant souvait nous adorons!
n CHANT IV.
Diadème montrant des foudires pour fleuronsi
Sur la terre, autrefois, qu'il souleva de voiles,
Lorsqu'il interrogeait le char aux sept étoiles!
Oh! quel rêve, égarant œ ncnivêau lucifer,
â)aucha, sous le Ciel, son âme pour l'enfer?
Ce fut l'orgueil... Son coeur, dont l'oi^eil est la vie.
Est fait d'un seul rochar sur qui l'enfer s'appuie!
Et son regard toujours semble opposer, plus fier,
A l'éternelle nuit un éternel éclair!
On sent, de son destin pénétrant le mystère.
Qu'il fallait ce regard pour voir mourir la terre.
On sent, l'œil sur le sien, qu'avant le grand adieu
Cet homme, face à faot, a iû con^atife Dieu!
Et que, pour geeomplir >dis un tid loaufrage,
Un soufQe surhumain a travwié l'oragel
Wul artiste jamaig u'aumit r^ plus beau
Un ange de la mort po«é sur un tombeau!
AUX neuf oeqrdei maudits, tput le ©raint et Tadove ;
Chaque fleur des ^ers sous son ceil veut éclore.
Il a pris, pour lui seul, auic Séraphins tombés.
Aux angai ses siyets, sous son sc^^ eourbés,
Ce qu'ils ayaient gardé de l«ir ancienne gloira;
Il a pris aux yalmnis son mairteau de victoire.
Mais cette beauté voile un génie infernal
Qui peut tout ee qu'il veut, et ne veut que k mal;
Cette fausse beauté, fiMcinant privilège,
Ressembleaugrandoiseaublanc,plusblancquela neige,
Qui de l'Himalaya vient raser le contour :
On le eroirait un oygue, et oe n'e^ qu'un vautour.
Ce roi, des mcmts tonnants renouvelle ks Uvaa. Dieu n'a pas plos d'ébis qu'Idaméel d'esdayesl
IDÂMËEI.. 91
Chaque jour ton re^stû fait les désombrefiiènta Des damnés, peafAe immense à compter par toitrmoiti. Minotaure superbe errant de orainte en eraint^^ Seul, il sait les détcmrs ^ brâlam labyrlntiie. n cœmalt tout poism à ses fils apporté; n oonaait te secrets de leur songe agité.
Dirigeant les fléaux, 8(mda&t les s^uHàres, Il a refait, trois fois, le eode d^ tortui^es; Mais, réglant les tourments danfe leur infinité, n cache à tous le sien qu'il n'a pas inventé I A son front menaçant nul n'en peut voir la marque : L'orgueil absc^M tout nir ee front de monarque. DefBiit ses Boiit nijets rd toujours plus ptt^ioit, La pourpre du manteau leur àéatcibe le sang; Et lorsque, à soda tour, Dieu brise ce fort athlète. La hauteur du combat leur oaehe la défaitel
Dans l'empire des ^irs, UA est Idaméel;
Ses pieds se sont promis d'escalader le (M.
Tel est Idaméel, roi vainqueur de l'arohai^.
Le maître avait changé dans Fombre où rien ne change ;
Dans cette ombre où naguère un combat édatuit
D'une seconde chute avait marqué Sat^i.
Quelquefois un vaisseau signale au loin la trombe,
Qui lui creusait déjà sa tournoyante tombe.
Il ne recule pdnt, et son hardi compas
De la lutte qm vient mesure tous les pas.
n ne recule point, il a vu d'autres guerres;
n démasque, à la fois, ses trois rangs de tonnerres.
Et, contre les périls de l'orage enn^ni.
S'arme d'un autre orage en son 8^ «a^tormi.
M CHAl!fT IV.
Bientôt, plus près de lui, la trombe tourbiUbime.
Dioiinuant la mer pour bâtir sa colonne,
Le prodige terrible, en stô humides flânes,
Élargit les fureurs de ses orbes roulants.
n envahit l'espace, et ses ondes hautaines
Du navire, à ses pieds, voient ramper les antennes;
Mais le navire tonne, et le géant marin
Reçoit au cœur le choc de cent globes d^airain.
Chaque boulet lancé sur la ti;ombe écumeuse.
Privant d'un arc-^en-ciel sa ceinture bruimçuse,
Di^[»«r8e dans les airs son magique appareil :
D'un voile de fumée il la cache au soleil.
Et le long de ses flancs, ppr vingt blessures blandbes,
Fait écoular sa vie en laides ava^nches.
Et toujours le vaisseau verse, à coup plus pressé,
Sa foudre intarissable à l'ennemi blessé.
De la trombe, à grand bruit, s'écroule enfin la masse ;
Le fond de l'Ckséan remonte à sa surface.
Et son sein paternel daos ses fl(Ms bleus repr^d
Sa gigantesque fille épanchée en torrent.
C'est ainsi que l'enfer, après la grande lutte.
De Satan dans son ombre avait caché la chute;
Et, tel que le vaisseau vainqueur du haut écueil,
Idaméel voguait sous le vent de l'orgueil.
Mais, parfois égaré dai^ de soml»res alarmes. Et portant dans ses yeux des abîmes de larmes. On voyait, pâle et seul, le triste souverain Parcourir du regard, sur trois tables d'airain. Sa grande histoire à lui que l'enfer ne peut lire. Que sa main, jour à jour, voulut jadis ^écrire, Pour t'empo^rter aptèSi n'importe dans qud Ifeu :
IDAMÉEL. 97
Seal débris de son âme épargné par le feu.
Oh! qaels espoirs détruits, qudles blondes pensées 1^ hydres sur son coeur maintenant enlacées!
Que de trésors de pleurs dans ces lignes cachés! Que de morts étemels sur cet airain couchés!
Son œil ne peut compter, aux pages infernales, Tous les spectres vengeurs sortis de ces annales : Ministres d'épouvante évoqués pour punir, Actions d'un passé qui créa l'avenir!
Oh! pour Idaméel, lugubres, imposantes, Que ces pages de fer à lire sont pesantes!
Aujourd'hui son regard y dierche ton nom seul, Gomme un joyau caché dans les plis d'un linceul, Sémida, Séniida! toi, jeûne ange charmante!
Toi, du roi de la nuit, ô radieuse amante.
Dont ces taMes d'airain lui montrent déroulés Les beaux jours d'innocence avec les si^s mêlés! Toi qui brûlas- jadis sur ses sentiers funèbres. Sains ouvrir au soleil son âme de ténèbres ; Son âme r^oltée et que l'orgueil perdit, Où l'amour brûle ^cor comme le feu maudit.
Jeune sainte!... pour toi quel orageux hommage! Que de cendres du cœur autour de ton image!
Il croit qu'en tourmentant ce stérile chaos, Un monde, plein de toi, sortira de ses flots : Création à lui, création supr^e, Montrant ce qu'est l'amour d'un damné, quand il aime. Quelquefois il voudrait, bien plus amant que roi, Aller combattre Dieu pour ne vaincre que toi ; Dans ses bras frémissants emporter sa victoire ; Régnant, à plein vol, la nuit profonde et noire, Reparaître aux enfers avec ce cher fardeau ;
m CHAirr it.
Nouer à tes àm^ax l'or du royal bandeail; Et, fOÊUkt siur ton fipcmt une main aonrorame. Dire :— A gADOia, maïkbtsl cet mge est votre ninel -^ Mais q^ulquefois tpn nom, sur ce iHrmne gnrvé, Jette xm leoraid ente au aein du réprouvé.
« O Sémidal dit^il, du fond de 'mon veuvage, « Que je hais de ton dd le lumineux aervagel « Jamais ton dieu sous lui n'a pu me voir {dier^ « Et mon genou d'airain ne sait pas auppliàr! « Tandis qu'on te voyait pleioer et te soiun^tre, ft En tombant dam œs feux Je m'en rendais le mattrel « Près dt ton Él(Hm, so^ heureuse sai» moi; « L'enfer qat j'ai oonquis me oonscde de toi. « Mon regard sur œ livre aime à compter encore « Tous les pas que je fis vers la nuit San mxtotty « Avant que tim trépas, triale et ^mier revers^ « Avec toi dams la tombe entratnit l'univers. « Sois heureuse sans moi, fille inc(mstante dHÈvet « Et toi qui, pour nous deux, aimi qu'un doidde réfo, « As créé de ta main le ciel et les enfers, « TyràB que j'épouvante en agitant mes tos; « Toi qui pouvais courbisp les deux el non monflme, « Pour triompher dé moi tu vainquis mae femme. « Je vis sous ton courroux la tarre s*eûgloutir ; « Parce que j'y régnais tu vins Tanéantîr.
« Mais je ne crains ^us rien de toi, maître adorable i « Ton amour, par bonheur, fit l'enfer phis durais, « Et mon trône, à présent, de haine dmenté, « Comme le tien pour base a pris l'éternité.
« Sur ce trône orageux je suis monté sublime, « Tout aspergé du sang et des pleurs de l'abîme :
« A son prtnèe vieilli l'enfer ni*a ptéUité, « RépTOQYé sans vigueur, démon dégtoéré, « Rien n'avertiisaH plni iel de sa pvéaenee; « Je savais mieux tiaïr, c'était là ma puissance. « Tout ce qiii te maudit m'a choisi pour son roi; « Adam tomba sous lui, Satan croule sous moi : « Retour juttA rt terrible, irrévocable éohanstf « De eon jardin brûlant j'ai di^onillé Fardiaoge, « Et, du baut de «a gloire enfin préoipité, « La vengeance du monde est dans ma rayante. a Que Ludfer vainea t'invoque dans la pcmdre I « QuesoncGBur, rencontrant le remords sous ma ftnuhe, a Te demande aujourd'hui sa grâce ou le tv^as | « Étrange adorateur que tu n'attendais pas ! !,»• « Moi, je n'ai cpi'un seul cri, c'est un cri die blasphème ; a En tel lieu que je sois, je suis toujcmrB le mémel « Salut, ardente nuit qui remplaces nos jours 1 « Tous nos sol^ sont morts, torfeux vivront toujoon. A Antres plus embrasés qu'un volcan du PéliMre ! « Hydres que mon sourire aux enfers fait édore ! « Noirs palais, lacs de soufre, océans dont les flots « Rattent d'un dboG tonnant les portes du chaos! « Rochers où le vautmur voit flambc^w son aire I < Forêts de dragonniers qu^écharpa le tonnenre ! « Régions ôb malheur, sol de pkurs imprégné, « Sombre et seul univers où Dieu n'ait pas régné, « Salut 1... Trop à l'étroit; jadis dans mon empire, « A mon sceptre ai^yourd'hui l'infini peut suÉre ! I »
n dit, et dans l'horreur de oe fou eorrosif , Un long pli sinueux sur son front convulsif Le déoiant... Dans la nuit où Dieu le précipita,
100 CHANT tV.
Le gouffire de son âme est Fenfer qu'il haUte : Mais il n^y règne pas. Source de châtiments, C'est un antre infini rempli par ses tourments !
Un démon s'âe?ait entre les plus sinistres De ceux que le monarque avait pris pour ministres : C'était le sphinx, le sphinx multiple et colossal, Du suzerain funèbre insidieux vassal ; Perdu dans les détours de son oblique route, L'emblème de l'énigme et le démon du doute; £t qu'autrefois l'abîme au gré de son désir.
Vomit à la lumière afin de l'obscurcir. Quand l'Egypte oubliant ses splendeurs disparues, Pomr avoir plus de dieux dételait ses charrues , Devant le temple immonde il eut sa part d'encens, Monstre d'airain au seuil des monstres mugissants. Des tombeaux de Luxor constante sentinelle.
Gardien de la mort, plus mystérieux qu'elle, 11 étonna le monde, et la Grèce mille ans S'effraya des secrets qu'il couvait sous ses flancs. Troubler le coeur de l'homme était sa seule étude ; La fai sous son r^ard mourait d'incertitude ; £t le soleil lui-même, en sa course arrêté.
Semblait en l'écoutant douter de sa clarté.
Il lutta contre Œdipe, autre funeste emblème. Marqué d'obscurités comme le sphinx lui-même. Dans les murs de Kamadi, des dieux morts sous son odl Il dorait la momie ou sculptait le cercueil.
Athée à triple forme, aigle, lion et femme.
Bronze qui palpitait sails se chercher une âme.
IDAMÉEL. 101
Il s'écriait alors : — « L'infini n'est qu'un nom I
« Je suis la seule voix qui fait parler Memnon.
« Pourquoi prier, pourquoi, vous insensés, vous sages,
« Envoyer au néant vos étemels messages ?
a De tant d'astres épars Dieu n'est point le lien.
« Les cieux sont un rideau qui ne vous cache rien.
« Jamais rien de réel n'habita vos royaumes;
« Vous n'avez en tout lieu que le choix des fantômes.
« Et cent mille autres sphinx, dont je deviens jaloux,
« Vous disent triomphants :— Mortels, que savez-vous?
« Le doute est le sctQ dieu dont la voix leur réponde;
« Car les vents du chaos ont soufQé sur le monde.
« poètes ! pourquoi faire mentir vos vers ?
« Ce rêve tournoyant qu'on nomme l'univers,
« Vous parle mon langage, et sa grande ombre errante
« Attache à tous les cœurs l'énigme dévorante.
« Assemblage confus d'atomes imparfaits,
« Cet enfant du hasard en a pris tous les traits.
« Si pour contempler l'homme on quitte la nature,
« L'énigme déplacée en devient plus obscure.
« Et ma multiple forme, au sourire moqueur,
« Est moins inexplicable encor que votre cœur,
a Que ce cœur inconstant, mystère qui vous lasse,
« Tantôt flamme ondoyante et tantôt roc de glace ;
« Fruit d'un ver sillonné, fleur douteuse du soir
« Qui parmi ses parfums laisse envoler l'espoir;
« Phare aux reflets trompeurs ; sombre écueil sous la brume ,
« Et que les passions couvrent de leur écume ;
« Autel changeant de dieux à chaque pas du temps ;
« Creuset où tout devient poussière en peu d'instants ;
« Mon regard étonné voit, s'il veut y descendre,
« S'évanouir dans l'air ce problème de cendre. » —
lOi CHANT ly.
Et depuis ce moment le sphinx n*a pas ebaagé, Il doute 4e l'enfer où Dieu l'a replongé I
Il vifâttt vers le monarque et dit : — « L'anniversaire « Du jour où tu vainquis Satan tQn adversaire, « Approdie; et tout Fempire attend, en ce moment, « La fête consacrée à ton avènement.
K Tes ordres, roi des rois, pour cette fête insigne? » Le roi ne répond pas, se lè?e et fût un signe; £t soudain, la moitié de l'empire des pleurs, Dépouillant pour neuf jQurs ses rougeâtres couleurs. Se revêt de palais, de clartés et d'ombrages, Des gouffres ténébreux éblouissants mirages.
La voix d'Idaméd, verbe puissant du mal, A créé pour neuf jours un £den infernal, Dont sa main chassera la foule désunie, Avec \m glaive ardent, la fête étant finie !
Là se déploie au loin, dans toute sa hauteur Et superbe aux regards, l'âme du créateur; L'âme du sombre maître eu son œuvre venue , Splendide et forte et grande et de Dieu seul connue; Et qui pouvait répjjnire, en secouant ses fers, Assez d'enchantements pour par^ les enfers.
Mais ces enchantements, ce monde qu'elle invente. Renferment dans leur sein des germes d'épouvante. Des semences de mort dont l'éternelle nuit Pans son air sépulcral verra mûrir le fruit.
Fière de sa beauté qu'elle montre à l'aurore, Ainsi Gonstantinople, en reine du Bospliore, De son front couronné de coupoles d'étain Allume l'incendie aux flanunes du matin.
Le fof^iwir s'arrête, il contempla en tycnee L'image dM sq^ tours que Marmara balança) Et par delà set flots l'Olympe radieux, Mont sublime qu'Homère emporta diez les Dieui ; Et ces champs de cyprès, semés de blanches tombes, Où le cy^e se mâe au yoI l^eu des cdombes^ Ces marbres, ces granits, ces bronzes dentriés. Ces kiosques transparents de vordure voilés \ Ces dômes colorés, tout baignés de lumière Et courbant dans l'air pur leurs arcs-en*ciel de piorre ; La fontaine mauresque et le concert flottant Des caïques pourprés sur le golfe éclatant ; Jardins, vergers» palais, ondoyant labyrintlM, Que presse le soleil de sa brûlante étreinte ^ Tout Féblouissement du luxe oriental ; TrèflM, eroissants rermeils et globes de métal. Se mirant dans les flots comme un groupe d'étoiles; Murs pailletés d'argent ainsi que de grands voiles ; Phares multipliés, terrasses en festons; Arabesques courant sur Fémail des frontons ; Bazars où s'oml)rageant du palmier des collines , Fumant leurs pipes d'ambre au son des mandolines, Sur leur front dédaigneux les filles d!Yéinm Gardent de la beauté, le type surhumain ; Et les hauts minarets dominant les platanes Qui jutent leur fraîcheur aux amours des sidtanes ; ï^t le sérail montant de degrés en degrés Avec ses flèches d'or et ses balcons dorés ; Constantinople enfin ! ! ! sous des berceaux de rose S'éveiUai^t au matin, pour son apothéose.
Reine de l'Orient, qui doit sa royauté.
Ainsi qu'une odalisque, à sa s^de beanté>
Nous montrant dans son sein des monts, des meisjj^x^ndes ,
lien respl^dissant qui réunit trois mondes ;
Ville de feux taillée aux flancs d'un grand saphir ;
Vaisseau que b^rce à l'ancre un étemel zéphyr !
Riche apparition, magnifique spectacle
Dont la terre d^ix fois n'a pas vu le miracle!...
Mais ces murs, ces jardins, tout ce luxe enchanté.
Renferment les muets de la fsttalité ;
Et ces sombres sultans que leur garde dépose,
Dont le divan d'azur sur un^ sépulcre pose.
La coupe du banquet s'y couronne de sang.
La peste, fécondée aux rayons du croissant,
Y voit sous des lambeaux croupir la multitude.
Au fond des lazarets et de la servitude.
Sur ce sol diaphane, orné de palais d'or.
Aux bras du meurtre impur la débauche s'endort,
Élevant ses vapeurs, sous le irais sycomore,
Conune le lac fumant où tressaille Gomorrhe.
De la flotte au sérail, du bazar à la tour.
Le Despotisme ouvrant ses ailes de vautour.
Assombrit de terreur l'édat de ce rivage.
Dans ce grand nid de fleurs il couve l'esclavage.
Ou se dresse, écrasant son stupide troupeau,
Ainsi qu'un dieu d'airain debout sur un tombeau ;
Et l'aga vient mêler des corbeilles de têtes
Aux fruits de l'oranger que l'on verse à ses fêtes :
Fêtes que le sultan ironique et cruel.
Ordonne en souriant ainsi qu'Idaméel.
Bientôt des réprouvés l'orgie en feu commence. Elle agrandit au loin son cercle de démence.
Et les treize cités que l'enfer réunit,
IDAMËEL. 105
Dressant sur les rochers leur spectre de granit,
S'émeuvent; et chacune, en la fête ondoyante.
Vomit, de ses vieux flancs,^quelque pompe effrayante.
Et chaque nation cherche en son souvenir.
Quelle infernale joie elle lui doit fournir.
L'Inde y conduit ses dieux, dans leurs métamorphoses
Écrasant sous leur char des femmes et des roses.
Le Mexique sanglant chante, et cède à grand bruit
Sa fête du soleil à l'étemelle nuit.
Axum y voit passer, pompe abyssinienne.
Ses vierges se voilant sous des masques d'hyène.
Le Nord vient y jeter, profond comme une mer.
Le crâne où s'enivrait son vieux géant Ymer.
La Gaule a rallumé ses fêtes anciennes.
Ses forêts qu'un moment l'enfer préfère aux siennes.
Tant on voit voler, tels que de rouges oiseaux.
De larves en fureur sous leurs flottants arceaux.
Le panier d'Irminsul que l'Ëubage promène,
T porte, au lieu de fleurs, une moisson humaine,
Un beau groupe d'enfants, tribut vermeil posé
Sur le tronc dévorant d'un grand chêne embrasé.
Approche, antique Grèce! et viens ceindre d'acanthes La folle nudité de tes belles bacchantes.
Qui, le thyrse à la main et les seins frémissants, Allaitent dans leurs bras deux léopards naissants. Et toi, Rome! qu'au fond de tout crime on retrouve ; Toi! dont le coeur fut fait du bronze de ta louve, Ouvre ton cirque immense et viens, viens à ton tour. Déshonorant ensemble et la mort et l'amour,* Livrer aux histrions lès flancs nus de tes femmes ; Tandis qu'on voit jaillir sur les couples infimes
Le sang de tes captife, le sang, moim vil qpie toi. Des pei^[to que les dieux donnent au peupla-roi*
Ces pompes et ees jeux, tout ohaigés d'anathèmei. Sont dignes de Tenlér en demeurant les mèaoes* Ifâange sans pareil V colosse de débris; Fleuve ressuscitant mille fleuves taris i Effroyable chaos de tant de satinmales, Que l'abîme impuissant emprunte à nos annales. Fête unique et multiple, hydre au bond dévorant I Chaque vëne du monstre a du sang différait; Et ce saille, redoidtlant son impure énergie, Court des mcanlnres au oonir de la hideuse orgie; Anime sa fureur, et partout déchaînés Fourmillent sous l^nrs pas les plaito des damnés.
Du vertige égaré sœur f(^e et tournoyante, La ronde aux mille bras les emportait bruyante; Et, de ses bonds poudreux aveu^ant les regards, Soulevait le poids lourd de leurs cheveux ^ars. Fantômes enivrés, à leurs plaisirs en proie.
Leur danse ressemblait, dans sa farouche joie, A celle que formaient mir un rocher fam^ix.
Des Grecques à l'œil cave et souriant comme eux, Quand, se lançant au fond du gouf&e qui murmure. Leur chute de la ronde y marquait la mesure; Quand, son fils dans ses bras, chacune en s'y bruant, Ajoutait à l'horreur du cercle dém»ssant.
Les accords que rendaient les harpes foudrc^éès, Sur le sein des démcms dans la fête appuyées, Rappelaient ces refrains que soupire à midi, Sous l'œil du maître, aux diamps, le nègre abâtardi*
IDAMÉËL. m
Et leurs amours, linrl&iit âu fond dé leur tepâî», ^ Reflsembki^t aux amours du bourreau de Tibère, Lorsqu'il domiait, la loi sévère Fexigeânt, Un long baiser borrîMe aux filles de Séjan, Dont la mort n^eût osé, dans toute sa puisssoiee, Toudier, mt Téobafeud, la robe d^innoooice; £t que, funèbre amant, il devait violer, A£n qae sans mnot^ il pût les étran^.
Et poonaat dans son temple «rdromié de flamfiM, Panthéon àe pla^irs, où les dieux sont infimes, L'orgie aJbit caroissaiH;, et toujours sans repos. De sa lugubre joie agitait les drapeaux.
L'étemel désespoir ré<k)ubte de Me.
Et d'eoler en enfer, la 0ite multiplie, En s'épnioaissant, son luxe et ses couleurs : Cest le manceniUier ouvrant toutes ses fleurs. Elle vole et rugit immense, universelle ; Gonune un tigre joyeux chaque antre la recèle. La fête est sous les rocs, la £dte est sur les mcmts; Elle vogue, en diantant, sur le lac des démons. Pareille à ce vaisseau, brUlant sur l'onde amère. Où vint chanter Néron pr^ à noyer sa mère :
Cent volcans attumés lui servent de flambeaux. La lêleY fenaêssant de tombeaux ^i tombeaux, Comme un fleuve écumeux descaid dans les abtmes^ Rejaillit, en huH^nt, jusqu'aux plus hautes cîmes. Ouragan de délire, elle courbe, en passant.
Les bois de dragonniers sous le choc gémissant. Elle éclate, ^e éveille, au plus noir de ses ombres, La primitive nuit qui dort sous les ife sombres ; Et sous le mont lointaiu qui le tient enchatné,
108 CHANT lY.
Le remords de Satan en est importuné.
On la voit, dans Fhorreur de ses profonds royamnes,
Nooer et dénouer sa chaîne de fantômes.
Gnomides à Fœil yert ! sorcières aux flancs nus !
Elle ouvre à vos amours des sabbats inconnus.
L'Egypte ea ses fléaux eut moins de sauterelles
Qu'on ne voit de dragons et d'aspioles filles
Dont le vol dans les airs sifQe comme des dards,
Se balancer aux plis de ses grands étendarts.
Des têtes, aux regards pleins de flammes haineuses.
Agitant pesamment deux ailes membraneuses.
Croisent, d'un vol confus, leurs vagues tourbillons,
Gomme un nocturne essaim de larges papillons.
La fête s'en empare, elle entraine dociles
Ses nécromans, ses nains, ses vampires, ses psylles,
Ses larves dont le nombre à chaque instant s'accroît.
C'est un rêve inouï dans l'abîme à l'étroit ;
C'est le bruit insensé de la trombe sonore.
L'élan prodigieux du coursier de Lénore.
Elle attelle à ses chars ses stellions ailés ;
Heurte du noir chaos les bords démantelés ;
Ébranle, en agitant les plis de sa ceinture,
Des piliers sulfureux la haute architecture;
Aux chapiteaux d'airain dans son vol se suspend,
Se roule au front des tours comme un rouge serpent;
Ou, parant de festons la hideuse patrie.
Étend sur neuf enfers sa guirlande fleurie.
L'énorme éléphant blanc qu'adore Bénarès, Regrettant ses bambous et ses vastes forêts, Fatigué des respects du roi qui le contemple, Quelquefois en fureur déracine son temple.
IDAMÉEL. 10»
Il se jette au milieu des pâles spectateurs,
Le ^eu lanœ dans l'air tous ses adorateurs,
Et de ses bonds puissant» promenant la tempête»
Sous ses pieds.réyérés il écrase sa fête.
Et voilà que^foulant les plaisirs sous leurs pas,
Convives monstruma que l'on n'attendait pas.
Ces animaux géants, inconnus à nos plages,
Roisdu globeaVantrbomme, au vieuxberoeattdetâgas.
Ces animaiu, eminreints de malédiction.
Que le Très-Haut bannit de la création,
Nés peut-être, jadis, du commerce adultère
De Satan B'unissant aux germes de la terre,
Et qui dans les enfers se sont acclimatés.
Arrivent demandant leur part de voluptés*
Les ichtyosaurus sortent de la mer Morte;
Les mamouths, lourds fardeaux du rocher qui les porte,
S'élancent tous ensemble, épouvantant les jeux
Des peuples dispersés par leur groupe orageux.
Descendudes grands monts, sans quenul bras ledompte,
Aux salles du banquet entre le mastodonte;
La mort, pour l'ef&ayer, agite en vain sa faux.
Sous les mille frontons de seg arcs triomphaux,
Idaméel voit fuir sa fête qu'on insulte :
Mais l'ombre de sa main apaise le tumulte.
Poètes nonchalants de lotus couronnés, Autour du roi maudit, l^te des damnés • Raconte dans ses chants quelque amoureux mystère. Quelque ancien souvenir émané de la terre ; Comme au temps où Cléoirace, au pied des ormes verts,
m CHANT rr.
Mêlait quatre flean d*<w à la moissoii des wn^ Et, pour las tatths réreors brisant la c w nw n u ae, Mûrissak ^hn regari Fépî blofid ée la fnwe.
— ï'aimaàs Virgimft, 4it IHni ; peur Ytk^îAt^ J'appelai Lvràfer tei^oQis prêt à venir, liment:— Eue a prislevoileàSaiBle^Stm; Si Je l*MnàM id, qvtk sera Buett salaire?— Ma vie et mes irùigt «M. -^IffûB. — Ifoi» éKnilé, M(m âme de cbirétieii... — Le paele esl anM. — A l'oeuvre àone; ]• vwg n >v ^ ee y^wne kmme Peut donner d» bonbflw pew nous payer Betre âne. L'appel cabaliMi^fae «ossilôt oonme&ea.
Et l'esprit em fti^fant snr nés èiMven ^m.
Des fooi é^une demeeupineffaMe, iniiiie, Nuançaient le silenee à leur âdUe harmonie; Et je senCate mon coeinr se fondre en éeoutant, Éflhe méledUeux de ee oonioert flottant!
Lorsqu'à travers l'azur de mes vitraux gotliiqueSy Aux sou^ vi^iereux d^ notes extatiques, Une forme brÀ, blanche dams le lointain, Comme un trait hnnneux sur le finmf du matin. Elle approche, en laissant des sillons d'étincdles; Les accords voltigeants la portent sur leurs, ailes. C'était Virginia, pure, et eentre un mortel Enveloppant son cœur des voiles de l'autel, Virginia, conquÉM au prix de mes deux mondes! tJn front pâle 4e sainte, orné de boudes bkrndes. Et qui pjyit cneer sous le feu dévorant Du regard endianlé qu'dle suit en pleurant. . « Oh! giAce, j'appartiens au Seigneiur et je i^re:
IDAtfÉEL. Itl
« L'ci^t qm me guidait s'est tioiiipé de dmMie^ « Dit-elle, betlij^iiie hemmeau front si gradeuxi « Car la tienne s'est pas sur la fente des deux. « Si le so^Htteii m'airâse à ses Tagues menaanges, a Respecte en t'élmgiiaBt la pudemr de mes aouget. « Mes jeun d'im feu divin tayenfient etnbeHis; « Et j'ai trempé ANm âme au oaliee d'^n tyi.
« Grâce et pitié! àébttm ee (!baiin64e puissaBoe « Qui te fend dansmoneeeiur plus finrt que Tmiiooeiiee. « Vois! les aabEea là4»«t iNdllest sikodeux; « Le Ciel mn% aur iieusaes imiembraUes yeux^ « Qui dans l'entoe aitteadris, laisseDt air ma pnàra^ « Comme des ple^as d'aHieur ruisader ]imt kupiève. « Tout mon sein Jtea reeoaiUe, et dans mcm chaste ^froi| « Mes jeux Tont àkwr tour les répandre aur toi. tt Tu m^ûiiea... fue moa âme à la tieime asservie « Na toauTe p« la B^ort aux sources de la via; « Ne laisse pas l'amour, ce feu surnaturel, « Ce premier-né de Dieu, nous enlever le.del. « Colombe qui descends des voûtes étemelles, « L'édair detwri^pffdaeattSuméflMsaiksî « £t c'est an tajB, ]^eiffiant leur û»gile izésor» «Oue je to«l>e à gesnaux peur m'euvote eneor. « Le jour qu'autour 4e moi répandait ma couronne « S'est étdait de luî-méne, et ta mût m'environne^ « Oh! ^id ange viencbra luire sur mon chemini ft Pour remmitttr vers Dieu qui me tendra la main 9 » Et comme eUe pailùt, je vis, autie victime, Mon crucifix d'akam se pencher vers m<m crime; Et laisser pénétrer, poiur em^ être vainqueur, Lesangdesesdinix^as, goutteà goutte, àmon cœmr. Vir^Mîal ! I €e sangett mums iatt que ses charmes!
lia CHANT IV.
Sous mes ard^ts baisers sèchent toutes ses larmes*
Son sourire s'éveille et, lys beau de fratch^,
Une temte de rose erre sur sa blancheur;
Et sa pudeur palpite, et la colombe heureuse
Se confiant alors à son aile amoureuse,
Pren4 son vol de bonheur dans un air embaumé,
Cid profane et brûlant à Tarchai^ fermé.
Elle plane et sa perd ayec toutes ses flammes
Dans un soupir d'amour qui réunit deux âmes,
Sur mon sein en extase elle Tient se pos^...
Mais tout l'enfer s'allume à son premier bais^.
Le sol Mt. . . Des démons la ronde sépulcrale,
C^ge sulfureux, foudroyante spirale, .
Cortège nuptial envoyé des tombeaux.
Prête à la douce nuit ses spectres pour flambeaux;
Et b^rce notre hymen dans une trombe ardente
Semblable au tourbillon des deux amants du Dante. -^
Ainsi s(mt racontés les amoinrs du mavdit.
Pour pari^ à son tour Néron se lève et dit :
— Je donnais un festin, moi, grand par ma démcaice. Un esclaye brûlait dans chaque torche Immense , Nourrissant de ses chairs son sépala:e de f(Ni, Pour distraire l'ennui d'un jour de demi-dieu ; Tandis que l'air, au gré d'une captive noire. Soupirait en passant dans des oi^es d'ivoire. La salle du banquet en ce pompeux s^ur Tournait, comme la terre, à chaque heuve du j<mr; Et pour laisser pleuvoir les roses sans feuillage , L'or massif du {dafond s'ouvrait comme un nuage.
IDAMÉEL. fis
« Des fleurs, dis-je, des fleurs, pour mon lestin joyeux;
« Les campagnes de Rome attristeront nos yeux
« Demain; n'épargnons pas le bouton près d'édore.
« Couvrons d'un deuil royal tout Fempire de Flore ! »
Puis du salon doré je sortis en riant.
Le narcisse, le lys aimé de l'Chrient,
Les œillets enflammés, l'orgueilleuse amarantiie,
Semblaient tomber du ciel en rosée odorante.
—Gloire, gloireà César qui nous feildlieureux jours I—
Le déluge de fleurs tombait, tombait toujours;
11 tombait... l'assemblée à la fin s'épouvante
De ce plaisir nouveau que mon génie invente.
L'ivresse au front de feu s'interroge et pftlit :
— Des fleurs! -^ Et secouant la pourpre de son lit,
Faperçoit déjà plus sous leur chute ondoyante
L'hémicycle argenté de la table bruyante ;
M les trépieds d'agathe et d'or éblouissants,
Ni les vases pétris de cinname et d'encens.
On ne voit dominer dans la profonde salle
Que de Néron absent l'image colossale.
Ces fleurs, fiUes du jour, qui changent de destin.
Éteignent, dans leur vol,, les flambeaux du festin;
£t le laissent plongé dans une nuit profonde.
Premier aveuglement des voluptés du monde.
On s'élance, on se dresse, et les jeunes Romains
Promènent sur les murs de convulsives mains:
L'or, le marbre, l'airain partout les environne;
Le flot diapré monte et touche à leur couronne.
plaisirs de Néron! d fête de douleurs !...
On s'embrasse en pleurant dans l'orage de fleurs!
A leurs sanglots, du lac gardé par les édiles.
Répond le cri plaintif des trois cents crocodiles ;
tM GH4NT IV.
Et WHi liit Ê(m^at%^ <t Iw iiigîfiaeoMiiis
Des gnnëf tigres etMHsis poijur oies anuttemeats.
ImifB 4tt s^wtcre où PMii{iéia repose ,
le vitpim facfiuné, 4e ses laves den>se
L^r jette incessanuBeiit les v<dtlgesBts débris :
Le fol manque à leurs pas et Faûr manque à l^us cris.
Immobile ^ muet éam Thoimcide eoceiote,
Ne pouyaBt soulever soft tonneau d'byacÎBtbe ,
L'un déie^^ et mend;; l'autre expire accablé
•Sous le poids aofeoweax du fl^}Tte amoueelé.
Le lys, des ohasles fronts virgmale panue,
Couvre do sa pudeur la courtisane impure;
Il trompe leateittent soa doulouveux effort.
Et l'immoilBUe eu deuil a fleuri pour la mort.
En vain kur agouie un instant se ranime.
Chaque fleur en tombant étouffe sa victime.
Tout périt..- UM s'apaise... et la rose et Tiris,
Aux sons voluptaeux des hymnes de Paris,
Pleuvent jusqu'à l'instant où l'aurcure nouvelle
Luit sur cette moisson, firatcheet douce comme elle.
Dont les boutons naissants, aiant de se flétrir.
Aux piemien iéux du jour achèvent de s'ouvrir I.«« —
fi
Après ce diamt romain, un cavalier d'Espigne Que sa g}we galante aux enfers accompagne.
Se lève... — Il n'est pas vrai qu'un marl»:e voyagonr M'ait porté parmi vous t^ quhm esprit vengeur ; Don Juan au coeur noble, à l'ardente paupière, N'a point trouvé la mort outre deux hras do pieno; Et Satw suit ohcisir un autre ambassadeur
IDAMtfiJL. 11»
noftdigAe^ Bwn nom que ce ficoid Cpaunandeor.
Ëcoutn... J'entendais souvent la sà^nade
Chanter Ënnéralflor, duchesse de Grenade,
Plus Mie, difiait-on, fpe tout ce qu'on aîna.
Des rodien de Xérès aux Irais du X^ymna :
"Perle de v<di]^^ diamant où l'Asiie^
Aurait mis moins de feux ^pie notre Andalonsie.
Je partis de liadisd, traveiEsant la lâierra.
Pour admirer èe bmA beau comme rAlham]^ra«
Pour juger, à nttn loinr, ramoureuse merveille*
J'arrive.*. Esméraiflor était morte la veiHe.
Le catafalque noir tt eàhrar mon cheval ;
Les yi«iix moBes, pieds nos , de Saiitô-Jacqiiesdft Vai
Disaient:*— ;^lee8lau€i^,r^irdantI)i0U8aM voie. —
La fleur poipr m'Maipçet se changeait en étoile;
Et la viUe pkmit, et moi de ee s^ur
Je sortif iMt pensif, seul, au tomber do jour.
La nuit vint : s«r «n roc dont Grenade «M; Tekine, Un élégant paiais de wof» sarrazine Dormait ^ #t le Daro, flenve uniforme et lent, Baignait d^un flot piaintif ses pieds et marbre blaM. J'entrai d'un pas distrait... Des flamnMs vdtigeanies» Sous les oifitns dorés, se poursuivait changeants; Des jets d'eam parfumés, arcs^n-cftel roses, Ums, £t«Hii^antsur mon front leur édat nâMdeux, Dans des bassins d'onyx, après l'élan rapide. Retombaient divisés en poussière limpide.
Sew des gaees d'axmr, partewt demi-voilés, L^aroowr entrelaçait les bronzes cîBdés ; Et partout il senîfebit que des pkénds maufesqœs Raphaël, dans un rêve, eûa. drâtaé les fresques.
Il« CHANT IV.
Là, sur un marbre a'ssise à Fangie d'an graâd mnr^ Comme un tableau frappé d'un lai^ claû>ob$cor, Le sein nu, m'apparut une femme étonnante, Et belle, et tour à tour ou sombre ou rayonnante. ^Un cercle de pavots pressait son front hautain ; An lieu de la basquine, aux plis noirs, de satin, £Ue laissait flotter la tunique azurée Qu'attachait mollement sa cdnture naorée.
Sous ses agiles doigts venaient s'entremêler De longs fils transparais qu'elle faisait voler : Et comme un tisserand, sans s'incliner à pdne. Elle tramait le lin sur un métier d'ébène.
Ses dieveux sur son cd tombai^t c^mme la nuit. « Ce ^ travail, lui dis-je, à tant de beauté ^uit. « N'as-tu pas tes cheveux, voluptueuses tresses, ce Pour entourer l'amour d'un réseau de caresses ! « Que fais4a de ces fils qui volent sous ta main? » — Peut-être, me dit-elle, est-ce un voile d'hyi|pea. — Et je la vis sourirent s'enfuir, l^anche fée, De son tissu de lin me laissant le trophée.
J'aUai.. . je m'enfonçai de jardin en jardin.
Dans un bois tout rempli des isonges de l'Éden.
Mille arlnres toujours verts y versaient en ombrage
Leur inim(Hrtalité de fleurs et de feuillage;
Sous ses rameaux penchés, de leurs vagues omoerts
D'invisibles ois^eaux alanguissaient les airs.
La lune se levait, les brises étalait douces,
Mes pieds glissaient rêveurs sur la moire des DHmsses ;
De branche en branche, autour de mes pas amoureux,
L'esprit des fleurs flottait en réseaiot. vaporeux.
Et là, dans les détours d'une profonde allée,
IDAMÉEL. 117
Agitant dans ses mains une hache étoilée, Je revis cette femme étrange! Elle chantait; Sur Féooroe d'un pin sa hache s'abattait »
Et puis en longs débris en divisait la tige.
Aux refrains de ce chant, romance du vertige. « Pourquoi me fuhr, lui dis-je, ô bel ange égaré ? « L'heure est mystérieuse et l'amour est sacré. « J'aime à sentir, ainsi que des branches de saules, « Plier sous mes baisers d'ondoyantes épaules. « Que fais-tu dans ce bois, loin de ton del natal! » — Peut-être, me dit'-elle, est-ce un lit nuptial! — Et je la vis sourire et s'enfuir... Je m'élance... Tout à CDU, des grands bois déchirant le silence, Un ouragan se lève et semble, déchainé, n'emporter sur un sol firpid, chauve, décharné : Cimetière désert dont les portes ouvertes N'entendai^t pas trembler les longues h^bes vertes. Sur les murs lézardés, en foule, s'agitaient Des ombres qu^à mes yeux nuls corps n'y projetaient; Tous les oiseaux de Fondre y faisaient l^irs demeures. Sur un cràran de fer où n'étaient pas les heures , Une main lente et noire, au bruit sourd des autans. Tournait, tournait, tournait, sans y marquer le temps. Et la femme inconnue apparaissait plus belle, Sous le portail croulant d'une morne chapdle; Et, murmurant tout bas un air de trépassé, Sous une bêche d'or creusait le sol glacé.
Moi, je m'approchai d'elle, et nous nous regardâmes. « J'aime comme Satan à séduire les femmes, « Je n'essuyai jamais le caprice d'un non, « Lui dis-je, et rtÊm regard t'a révélé mon nom! « Que fais-tu dans ce lieu, ma changeante colombe? »
M CMkKt IT.
« La bière et U Maecid sost pite, fiévfe h lonln! « Je suis Ëisméiitf or ; f ai {w, qveifttei iastmit « Quitter, pmur féfnmver, l'eniBr «i je fMeBâi. (i Le démttft l*a fM^mis, el peudMit q«*eii i « Mon'ittAMnreii «epris tmm km pom vmm 1 « GontndfiApe meg déws a'éteit pm mt ipat«; « GMtoliMtfè «l'appartiffat, «e laétinaiiéw^ts^ « £s-tu ^ iion /«an, éoiit l'uréeiite ineonskiBee « Do^e II la vi^upté ee fa'ii a é'mkUibaL, « Et^, paf»trî k8 ieiM8 iMwuiMiBe de ibn ftiiiLi « Doit UB joor Tètar éclore «n liynme de Bym? « Regarde! je si^ b^, «laow as âoigt&4iff»OMB « La mort n'a ffmt blesaé h pur ccAloiHr dés fnrpMti « Elle a Iakié leur diamie à mce embnMennnhL « Mon œil avaât des fen qtà Isaksl nm amaiM; « Kt, fène de mes aens, eetle lave anbraaée « En passant a«ix mxkn ne s'est pas apaisée!^. • * Xe ne répondis point... le ba«i ses genoui , SI ineii trépas ne fÉt qa'im dipmr cendesB-YWM
Ces récits J^îeutalent aux plaisirs de la £ête. Devant Idaméd , ^ moiMff^tte et prophète , S'incline avec respect le ^aad aphinx. « Roi» dit-il, « Quand nous mms raooidXMs les beores de l'exil» « JN*sa4it rm à nous dire ! Au fond de ta mémoire a N'as-tu pas pas omsetvé ^eique spleadide histoire ? « Nous serions emrieux é» l'entendre de toi.
« La pare&e-esl puissaiite eft ta boufte de roil « Niiis swwanfit atieatifa i^ l'aHembléeest haule.
« Tu kt eoDBaite , tu sw gu'ik d^ugaent loi j0ia « Et qii» k ^oîx 4q n^i^tre^ «a aM cbuose Mii^f^ « Leur ptolt plus qoc le cri des tigitt daai l'arène, « Ou qoê àès note d'amour de la fins jeane reiie. » Ainsi paria le sphinx, et l'on battit des maiv, Comme la fade aotonr 4es •mpecean 1
Trois cents Mes de reii , jeaae tiOBipe efaaWs, Qu'aux flaaaaes de l'eaifer jela la saolie Mie, S'epprochant à la fois et tombant à genoux , Souil Ha e a e la piière awc éi& mole se dwtoi , Qu'Idaméel sentô psssnr pac iy w aa aastiit Sur sa là¥re glaeée oà feâlait la gnoide ise. « Dans celle £Éte, aiais , nul ae eourt de Insaid. « Dieu n'est pas sur les mars eonuae diea Baltliaaar. « Vous venez aux plaisirs , «isetgaes dépleyées \ « Les roses du banque! ne soat pas foudroyées, « Et ne le eèdoit pas à edles que Néron, « Alors qu'y brélait Rome , enla^it à son ff<<fflt. « Car jeveiUe...etjeveacdeBaaianreur ecmstaaie « Donner à tout mon peuple une marque édataale. « Je Yeux, pmHfeensaerer la paix d'un jearseraia, « Livrer à vos regards aies trois tables d'airain, « Ge livie , mo a am eal et d*amour et'de haine, « Qui du roi des ealén garde Fhistoife homame. « Et iM«s B^y Brei pas d^m cril iadNffiiffeBt «I Les jowrsqaefai véeiis sous le seleiJ laearsat, « Lorsque je vétihai^ftiis sa eoiHOBBe à le Biiauie, « Lorsque j'usais shi vie à eoas«rv«r la sleaiie; « Et que rembre é» Dieu par degrés remplisBait « L'espaee qa'oi tombant chaque peuple lateait.
« Ombre toajoun jalouse , ombre toujoiBrs avide, « Aux lieux où je ruinais faisant partout le vide. « PMii^es , vous y verrez si mon sceptre de fer « Osa frapper sans titre aux portes de Fenfer ; « Et si je n'avais pas, prêt à changer de trône, « De l'un à l'autre pôle âargi ma couronne.
« Soyez donc attentifs , et que , tout embanmâ(, « Les bras voluptueux de nos trois cents aimés « Apportent au milieu des fêtes populaires , « De mon livre d'airain les pages séculaires! »
Lorsqu'au kvar du jour, un pâtre veut cherdber Le dictame croissant aux fentes du rocher; Sur la pente d^ mfmtM sillonnés d'avalandies , n se fait précéder de six chevrettes blanches : Et l'agile troupeau , par son instinct guidé , Découvre en bondissant le trésor demandé.
Ainsi l'on voit courir , joyeuses et légères , Vers le livre d'airain les jeunes messagères. Les voilà... leurs pieds blancs ont laissé sur le soi Comme un reflet lointain de neige , et leur beau col Balançant doucement leur tête endianteresse.
Répand dans l'air le nard caché sous chaque tresse. Déesses ou dàttons , sultanes ou péris, Les voilà : sur leurs Inras de longs anneaux fleuris Fixent la pesanteur des tables colossales Qui brisent, en passant, l'architrave des salles, Et qu'un lai^e autel d'or, de parfums ii»>ndé , Reçoit avec respect , par trois démons gardé. Alors Idaméd , sur les pages antiques Fait plan^ les éclairs de ses yeux prophétiques , Et 1^ nuage obscur ^ qui de deuil les couvrait ,
IDAMÉEL. 121
Se déchire, et l'histoire inconnue apparaît.
« — Lisez, peuples ! et, si des triples caractères
« Votre œil ne peut toujours pénétrer les mystères,
« Le grand sphinx attentif vous les expliquera ;
« Mjm nul sur ce sujet ne m'interrogera !
« Tai dît. » — Et répondant par un hruit de tempête,
Les applaudissements font chanceler la fête.
Idaméel debout ramène son manteau
Sur son front d'empereur, et le noir chapiteau
D'une colonne grecque à *demi renversée
Lu sert à reposer le poids de sa pensée.
n ne soupçonne pas , le sombre souverain !
Que , lorsque ses sujets sur les tables d'airain
De son cceur douloureux vont remuer la cendre.
Le Christ du haut du ciel commence de descendre.
n ne soupçonne pas ce grand secret !... Le sphinx
Tient ouvert sur le livre immense un œil de lynx.
La fête aux cris ardents devient silencieuse.
Et les trois cents aimés , guirlande gracieuse ,
Autour du vieil airain se penchent mollement.
Et du cercle enchanté s'approchant lentement ,
L'enfer vient, à travers leur chevelure blonde ,
Lire ce livre écrit aux derniers jours du monde.
GHAMT V.
L'ARCBE tStJR LB MOUT ÂRAIt.
Le Éat^pÊmtm'mBAÊÈÊBt à ^^mm^mymmtmw^
M'arradm tint mmm^ éa «mi Mnrt ie On vit, avee eA)ft) c« Inr «veiUmwi Ravir leur meanàè tee mx fl&BM ^ajif^rfi.
Le fruit déjà maudit fsilla èa ènoclM mtctii On me fa notule^ je nafus de ia «orte; Je naquis, 4m Ikaa fl« IffiBbean é^i.
Ml fèw » ce joiir4à , 4ispartt f miipyé ; La terre , comme « sesMiHaittife «aéee Par cet miaitfinfiiit amwt éfté famées^ QéB^, et Donne si j'àwi éteiat Tamaiir , Tout hymen fut tlénle à4at«r ée e? JMf Mon berceau tl'^KpIiefei épauMurtait ka màmil Voulant au aenvcau-né deMemér <éÉnHigèrei« Les femmes fi'ettfoyaieût aewieB à kl pkié, Et n'osaient de lov lait nedaader la «toitié. Une seate pawrtawt , pheiàaMt mm fils «Aifue Mort la veilieeBeca teaa^antr'aiivTiftSA UHiîfiia, Et sur son seiA tad pur «m 109^ efaiaaBitf»
iU CHANT V.
Me nourrit moins de lait que de pleurs et de sang . Nul dieu d*Éléphanta , rocher qui me vit naître , Pour son adorateur ne voulut me connaître ; Et de ce denuer fils par la femme enfmté , Le ciel comme la terre était épouyanté.
Or, des signes certains marquaient la fin prodiaine
Du vieux globe , qui vit passer la grande chaîne
Des joins évanouis , des sièdes révolus :
Chaîne qui d'un anneau ne s'allongerait plus.
Je croissais entouré de sinistres images.
Un Juif, sombre héritier des sciences des mages,
Et qui, se dérobant à tous regards humains ,
Près d'un feti d'ossements chaufiEût ses pâles, mains,
Me prit... Nous habitions cette pagode austère
Que des dieux inconnus bâtirent sous la terre,
Monument gigantesque aux rocs d'Éléphanta,
Et que Sémiramis une nuit visita.
Crypte qui p<»rte un mont, tombe en tonple érigée ;
Vieux modèle où l'Egypte a pris son hypc^gée ;
jQouffre où pour mieux rêver, nous nous en^oudssicms ;
Voûtes où l'on «kma des constellations.
Le regard effrayé voit monter dans les ombres
Soixante dieux de pierre, autour des grands décomlures.
De cet Olympe mort, sans nom ^iseveli.
Quel Phidias indim avait sculpté l'oubli?
On l'ignœ^... Parmi des débris de colmme.
Granits frères aînés des dieux de Babylone ,
Ds se dressent muets ; les uns demi4>ri8és.
Collant leurs quatre mains sur leurs torses usés ;
Les autres occupant, sous leurs toges.de juge.
Un tribunal rongé par les mon du déluge; .
L*ARGHE SUR LE MONT ARAR. IfS
Les uns le front tout nu, les autres couronnés, De quelque gV>ire éteinte emblèmes ruinés ; D'autres dressant dans l'air, jusqu'aux voûtes des ^Ues, Leur sombre trinité de têtes colossales ; Et d'autres écrasant, sous des pieds d'éléphants, Les c<»rps frêles et nus d'un beau groupe d'enfuits.
Merveilleux souterrain du vieux globe où nous sommes, n nous faudrait à nous cent ans et cent mille hommes Pour découper la roche en portiques béants, Qu'a taillés, en un jour, la main des dieux-géants ; Alors qu'ils sont venus d'en haut, maçons sublimes, Nous enseigner comment on bâtit des abîmes.
J'avais fait ma maison de ce tombeau fatal.
Un plongeur, sous l'abri d'un dôme de cristal, S'installant tout un jour au fond des mers mouvantes ^ Sent autour de sa cloche errer les épouvantes; De fucus enlajcés et d'épais goémons.
Semblables aux forêts dont se couvrent les monts, La Flore océanique, en s'étonnant, l'ombrage. Ses battements de coeur sont comptés par Forage. Léviathan l'admire, et ce roi de la mer Aussi longtemps que lui ne peut se passer d'air. La nuit habite au fond du sentier qu'il se perce ; Le poulpe limoneux dans les algues le berce.
Et parfois, ébloui du transparent cercueil , L'emporte entre ses bras pour le changer d'éciieil. L'homme chercheur de perle attend, pâlit et souffre; Il empreint ses regards des tristesses du gouffre ! Et moi, dans les terreurs de l'antre, temple noir. Je cherchais comme lui, moi plongeur du savdr ;
m CHAKT V.
Et souvesl immne hri recudllais, kdim desau^ La perle, pur trésor, des chosM îMomiàueg.
Là, sur le cintre otoeor^ Zodiaque kienistév
Où deprâneaf mille aais le ternie ft^«6t «aétéi
Là , s«r te isranit looge aHt profondes spmhai
Des âges disparus archives sépulcrales ,
J'itedbMs «B non» et ces sigâes sacrés,
De k Imgoe des diettc i^kabeto ^orés.
Devant un a^onr tout prêt à dispwrai^
Les tniips passés m'étaient révélés par mon maHre.
Il psffle, et sous mes yvm dépouâlés d» bandeau
Du drame primitif soidève le rideau :
Je vois, dans un lointain que sa nuit nous dérobe.
Fuir les Titans le-hmg des arêtes éa ^be>
Et dans le vteHx Lâban tm les mmits dialdéens,
Taâler poor leurs Balbeks des bleds cydapéais.
Je vois an loin jûUir les entra^les bràlsmtes
Du volcan où tomba te monde (tes Atlmtes;
BactMs ca(^ de marbre et dont te vaste srâ,.
Des peu[des d'Orient lanae envakr Tessaiin.
J'apei^çeis rhemme^^avant te tesiipa des Zeroostet,
Puisant partout des £etx dans tes ittatmai des «sues..
Son coeur s'épanouit à teurs rayons joyeux;
Mais le dâuge vint passer sur nos aieax,
Et depuis ee mommt^ hemre 'esk terreiHni fêconda,
Le froid de FOoéan ^aça l'âme du meiiâe.
Les expiati(Mffi commencerait leur deuil,
Toute jme en nos ceeurs posa sur un éeiiël.
J'évoque avidement sous m<m regard habite L'Inde comme ses dieux mr sa base immoUite.
L*ARCHE Sqm U «dNT ARAR. m
Je vois le Nil d0^4m^mbàatàmm D'Axum à TinlpH^Mnar ta JMtiinii Tt fmfn Tiir tim fhrtn^ triî mtt|iimi itunraim Vers la rive où fkm «avd ^mxhtnk Ahmmàr^
L'Égs^pift» à w DMfiiMMa^ est iMoe 4e IM^^^ Les Pharaons, ainsi que leur Nil dans sa course, Dél)eid9iit «ir te iaonde^B kii ^^àmallmc aouiee, Lui versent de tort i^rte le ti^Mit ^baaMUat ; Leur dieii-s^dteil) deloia^ édaice roedâent Ce di^i .générateiur, qui, fidète à mu ceuvre, De l^boii renaiissaat^^B^sela eouteuvve^ Ce dieu qui, dans Kamack, evoit soiuoettceà «a Joî Des siècles piasageKsriBdestnietiye foi :
Tandis que 4es IndouB k sagesse jirp&Hide Dans la boii^ 4e Kiiaph adcNre Fœuf du aaoBAe, Et que la race Jaipfi eacwr ii'a|)oiajt Iraki Son singe-dieu, tombé des grands monts Altaï.
A ses iâOBo^ hMmx Cécrof s oi'mvite à eroîie. Le symbole est partout frère aùxé de l'histoire! Partout l'all^gmie, wêbl voiles tran^rentft, A conduit par la main ses Alddes errants.
Pour ré^ les États, vastes hiérarchie^, Sept rois fictUk, au seuil des vieilles monarcMes» M'aj^araisseat de loin, législateurs pieux^ Et sodpteat l'avenir sous le ciseau des dieux.
Je vois dans leur candeur surgir la Grèce et Rome* Un jour, on réunit ces deux phases de l'homme , La lumière et la force, afin que leur hymen Jusqu'au niveau des dieux portât le genre humain;
1» GHAKT ?.
Afin que, sous VéSort de ce double génie, La terre du ciel même égalât rharmonie.
Oh \ pour notre sagesse indélébile affiront ! ! Cet hymen enfmta le monde des Néron.
Plaoés au même char, les Arts et la Victoire, Sous leurs flambeaux unis font la route plus noire.
Mais dans l'excès du mal d'autres mœurs ont germé. Je vois se rajeunir le monde transformé :
Gigantesque phénix, il renatt de ses crimes. «
Le cceur humain se creuse en plus laides abîmes ; Le remords est partout ; semblable au nouveau di^ , L'âme se crucifie au Labarum de feu.
Et le siècle monté sur le grand cheval pâle Que Pathmos fait sortir de la nuit sépulorale, Passe, écoutant au* loin un mystique conc^, Des voluptés de Rome à celles du désert.
Une autre ère refait les héros homériques.
Je suivais, aux lueurs des flambeaux historiques, Ces <;oups réparateurs de la société Que la hache du temps porte à l'humanité.
L'esprit du moyen-âge, aux forces imposantes. Plein d'amoureux rayons, d'extases renaissantes , Sous mon œil ironique un moment s'arrêtait.
La fée aux cheveux d'or dans ses rêves chantait. L'honneur brûlait son sein ; mais des lois fanatiques L'environnaient partout de terreurs fantastiques. C'était la cathédrale aux pilastres puissants^, Qui renferme des feux, des hymnes, de l'encens. De suaves tableaux dans ses tours octogones.
Et porte SUIT ses murs des réseaux de gorgones.
Le monde se dirise, et de ce double camp La moitié la pk» vaste édiappe au Vatican.
Le vieux catholicisme enfin fojroé d'absoudre, Amoindrit chaque jour le oerde de sa foudre. Alors le doute r^ne et suit en hésitant D'un espoir tourmenté le mirage inconstant.
£t soudain, adorant l'ombre qui l'enveloppe, L'âge de l'industrie, avare et dur cydope, Semble emprunter leur force avenue aux éléments, Pour étouffer l'esprit entre ses bras fumants : On sent que le géant n'est qu'un fils de la terre, £t demi-dieu trompeur, il ressemUe à sa mère. Le peuple est appauvri par ses travaux ingrats ; Chacun de ses leviers paralyse cent bras.
Le spectre de la &im, cherchant le Polyphéme , Aspire à l'écraser sous son enclume même :
Et lui, le front caché dans ses tourbillons noirs. Couvre les longs sanglots du bruit des laminoirs. Pareil à ses wagtms que fait voler la flamme. Le monde dégradé prend la vapeur pour Ame !
Fournaise où ne se trempe aucun mâle ressort , Nul bouclier divin de ses forges ne sort ; Ses vaisseaux, sur les mers, n'ont plus besoin de voiles, S(m œil, baissé toujours, n'a plus besoin d'étoiles. Et, comme un doux essaim de passereaux blessés , L'essaim des arts s'enfuit loin des luths dâaissés. Sous le voile épaissi de la tiède atmosphère, Midiel-Ange oublié n'aursût eu rien à faire.
m cfiAHT r*
Près de voir expirer FnniTers vieillissanV
Texplore les smtcIb éo I'iuétcm i
Le fleuve du nvoir n'apfette vers sa i
J*adinire ees paAeuns fxamm de la (peaiiëe Owem^
Qui d'avasoiQ wmgtdàmA mm hes murs dH)rGiM%
L'insulte qu'au sddl fera Tydko-BttM.
Je vois Fes^itf ée Tyr alkoit^ roi i
Des vaisseaux de C^omb d^
Et du pôle ainattlé possédant les saerett
TroBVéi iaiKs Amaffî qua^n nille ans {
J'admire Dssàâ qui, pur de U
Enseignait à dés rote la icieDee des i
Et découvrait pour eux ta trois aonfcm aaeréBf
Les trois qneks paradis et Kepler igaivés.
J'admire de Pkfton la syièae etoolaats
Que chaque ^hèce d'or ésoate palpitait.
Quand ses brâhmles naiBS qui m» w lassent pas,
Pour la corde sokiore imt qoitlé le eonpas^
Et qu'^e léanil dttissen divin délka
Les sept fkanmes du prisme aux a^ voix delà lyre :
Miraculeux hynieB, pour l\al «oBtempiaMr,
De la création aoBord légkiatoar.
Un désir curieux sa» cesse me ramène
y«n le loiBibdn bo^cean de la parole humaine.
Qui donna le sanserit aux peuples d'Hin^sti^,
Et le orite à i'Ëmiupe, et iè z»d à l'Iran ^
Ces trois pveBMors raneam de TaièiK du loigaga
Dont la'fratimltéae lit sur lenr leuâtage.
J'étudiais cownentlIiiéN^y^ apprit
A peindre pour les yeux l'image de l'esprit,
Et comment ce tableau, sîg^ de la parole,
Sur l'immobile airain enchaîne un son qui vole.
L'ARGHB aVR LB XONT ARAR. It^
Tout emblène fm» aiûi ^namt^ê éév^ikm^ Et muet de vieiâMt* iqipreBait à pafier ; Et mon flett» pr«a^ de eoaqaéte en oigaét»»
Des temps é«ttaitts dsvena^ le piofèèts.
Bes crânes dans Us Maûu^ je ^hei^tti inr fiiei» BOWidl La race «MMIiseaaft, an iMoatt front lumnewc. Se rattache au Mon^dl, Mt qnci moie s'^q^e Sur la £acQ de i'hmaœd «n monts d'Éthio|Ne.
Texpliquais, sans effort, par guels charmes puissants L'âme magnétisée intente 4'autres sens; Et, P3rthonisse ardente aux forces électriques, Ouvre sxutVmmk WBft portai piiosphMâfUii.
Tacliivrâ ifes «rwrau iMO^ Lflthiûtx â)^^ j^nwbais de lei& iHât let oraite eaeliés ; Je oora^naii» pensil mM tesr donUB emiblènie, Ii»«p6etieBde&iBt-JflaB à ee«x de Jaeoi^-BoBme : Vaste» d wc raté s, longs rêves sant réveil, Que commetttftit NevtoK m. qHÎtl^mt le lokil!
fattrâ, je déeoitfrais fn^les de& snrbuinalitts De la terre et des deux ouvrent ks phénomènts. Tout ce que ks loorlris^ dsms Um tâtswienait, Fa vai^t iMt qu'entwvoir du gïeàe au finnameat ; Tout 0» fue la acàtaee à la doutemse Ibumne , ït'avait fait qu'efiAeoter d'un éelair de son âme, Passait derânt la qaieDiie en aiota bruants écrit, Sortait, aow non «e^d, du tombeau de Fesprit. Et je repréBcoÉflisia loree tomanitam TotiehBBt son ap^^ avast de foir la t&tn.
Joignant un champ ptas vaite à est brges
pê CHANT V.
De science, mcMi maître étendait ses leçons
Par delà notre globe à l'étroite salace.
Avec les nmrs esprits nous vivions £ace à face;
Dans cette nuit sinistre à l'oUique chemin
Nous entrions tous deux, nous tenant par là main;
Et souvent égarés sous l'invisible voûte ,
Au vieillard indécis l'en£ant montrait la route;
L'élève rassurait le maître épouvanté :
Par num âme aux enfers je me sentais porté.
Quelquefois, pâle et nu, dans l'antre solitaire , Demandant compte au ciëL des larmes de la terre, Je disais : — - Dieu jaloux, qu'as-tu fait pour tes fitel ! ! Des monts de l'Immaûs aux débris de Mmnphis , Les mortds dans leur^jsdn, sans repos et $ans terme, Ont porté le malheur, comme le firuit son germe ! Œdipe jet Job, asns aux limites des temps.
Et de l'humanité sombres représentants, SemUent verser sur nous, comme un flot sur des sables, Du torrent des douleurs les eaux intarissables ; Sur le même roch^ usant nos deux genoux, Leur tristesse incuraUe a pris racine ^ nous ; Les pleurs ccmta^eux de ces douleurs premières Se sont pétrifiés à toutes les paupières.
Œdipe de wm front fadt jaillir ses deux yeux. Sans s'arracher du coeur les crimes de ses. dieux , De ses dieux insensés qui ne savent l'absoudre Qu*en couronnant sa mort des rayons de la foudre* Jéhova contemplant son élu le plus cher.
Accepte le pari qu'ose offrir Loei^,
Et, pour [HTCHiver de Job les vertus ^'il atteste,
Sa main, sur un fiunler, jette l'^jeu céleste.
Job attadie à ses reins sa c^tore de maux;
Sa plainte fidt g^ir la moelle de nos os,
Et la lè^, à ses flancs, remplaçant TÉuménide,
n ^ale^n sanglots l'aveugle parricide.
Oui, ces deux grands vieillards, pour en ternir la fleur,
Ont fasciné le monde au regard du malbèur.
L'infortune, comme eux, nous presse de sa sarre,
Nous scHnmes labourés des v^rs de leur ulcère,
Et, d'un même ascendant subissant la r^;ueur.
L'ombre du Cjrthéron pèse sui: notre coeur.
Le sort surtout, le sort offre avec ironie La coupe des tourments aux lèvres du génie; Frappe ses plus grands coups loin des chemins frayés^ Et son regard se j^ait aux beaux noms foudroyés. On dressa, près du Nil, trois colosses de |»erre : Deux sont encor debout pour voir mourir la terre. Mais cdui qui semblaity^e^ amant préféré, Épouser la lumière à son réveil sacré ; Cdui qui, le matin, tout palpitant d'oracles, Changeait l'Iime d'un marbre &i source de mirades, Est couché dans le sable, et d^uis bien des jours Tombé sous un orage, il s'est tu pmjr toujours.
rapportais à mon tour, sujet des lois communes. Sous la céleste faux ma gerbe d'infortunes.
Pourquoi tant de souffrance, et pourquoi suis-jené!!r Comprends-tu le malheur, toi qui nous l'as donné ? Riennebmme, dis-tu, ton essence suprême; Peux-tu, dieutout-puissant, t'anéantirloi-méme?
fil cBAirr y.
De ton mui d'tutinl ^eas4a Iflittfaiiehtyh.. Nm. Ta languis àum tit eieax, «tdiw éè mmm.
Dormir et MtMT d'être Mt la fiMie poÉKnmo Que j'enviai dipult le jo«r âa ma nmianei; Mais tu jelM ia loia, nn^ rhOBone épMfaoit^ Gomme un dernier £udean m part ëémesàxL
Esprit de Fiofty ! poomr ifm lin ifapaàM, De ta aéràoa que Fénigne ne pènt As-tu oeHM«i8G«lpteQrq«ii0rtde8iftMpei, Taillé ta» twselellséttw un Mot 4u «Iimb^ Ou, libre uéBhf d*nne ixmmmtmwo^ As-tu fait la matière avec d^ la pensée?
Le Panthéisme tedi a-4<fl «Mnpris ta loi> L'univers ne psul-il se distîiigwr de toi?
]M4I o^^élMrt dt la tOHte puissMoe?
Si now nfens en toi, m^és à txm ésseaoe, Si Funivm est Dieu, Fhomnie et toi ne font ^^. Nous tsfiniofOBS perdus dans un rêve eommui. Tu penses avee nous, lu prends paît à nos erines.. Conséquence implaoable et qui mène aux sMnesî Que devient ton aiirttt! que devient la vertu! Toi que Fen peut juger, pourquoi nous juges-t«? Sonbfe artiste, ouvrier d'ime OBixm de colère. Qui donc de les six jours t'a pajé te salalpeF Pourquoi pétrir des cœurs de douleur palpitants? Roi de Félemflé, pourquoi is^tu le tesipsf
Et toi, reine poudreuse, 6 sdttaoe au llronl Méme^ Que me sert d'élargir ton pestnl dtadème?
Dans Feqpaee et le temps mon gâik ineomplel Emk on nss e son ^ comme en un grand fiel;
L*ARGHB sua I«« MONT ARAR. li»
Je ne yois qu'an traTors et nés litem» ImUh^bmi Ma moisson n'a d'épis qu'au champ des phénomènes. Et je ne puis itVi^ m f^doi* moi, Taia mortel. Au fond de l'app^mne èabite le réel.
La matière, i^^âjprii, l1ionii»e^ Vmbte, Bie^ i'aii|^ Ufon](ie,kso0iiknx&, tes floas... tieoipeiHr ttétap^l Mystère ^ vduâmt l'œil aoéi^ du lym :
On touche, m vrà l'éuigme. . . on ne voit pa» l««phiBXl Tout garrotté des BMudt ée l'étemel probièma, Je me heorte parteirt ans beme» de mot-méme.
Tel qu'wd Mon captif de «a cèâlne inrité, SoosmesviHlescteplenil) je rugis tem^menté; £t, d'effort en effort, ma colère s'emi^ase Pour soulever d'UB hwà l'ui^i qui m'évase.
Hais Dieu ne daigœ pas r^Mmdre mun^om^ n a plus 4» méfrâ ^le je n'ai de c<NUX9«a.
D'autres fois, den^mdam m. pl>odîge à l'étude, De ce globe â beau dMis sa décrépitade, Je Touldis ranima les germes dé&iUants, £t reilmiaer la vie aut glaces de ses iases : Dût par maie toumente c^tte isMume acbe^ Redouer la vkftime a»«oc de Preméthée ; Dussent ymgt Jipit^», me baisant k mm to««.
Acquitter ee bienfeit bous le bec du vautour! Je Toulaiftieur ravir wne é ri^e prde.
Des astres nô^mis recommasic^ la joie, £t sur cet uniiMs verser la vie à flots, Cftwete^iu'il sortit des langes dn ehae».
Il me semblait qu'aknrs, d'we autre destinée, Notre irnc^ «Ml BMs iiiëBft, flevmôi eouro^^éei £t que le coeur ide è'èemoM^ à i«e Mvvfiwi réveil.
Cesserait d'attrister les rayons da sc^ieil.
O puissant Prométhée, ô Titan solitaire, ^
Sublime réyolté, Lucifer de la terre,
Toi que l'on méocmnut et que Ton insulta
En rattadiant ta chaîne aux clous du Golgotha,
Toi qui ne fus compris que par le seul Eschyle;
Car, comme toi, sa lyre eût animé Fargile.
En Titan poétique, il peignit tes tourments,
Il trempa dans ses feux tes fiers ressentiments,
Et, pour pouvoir répondre à la foudre eUe-mtoe,
Sur ta lèvre d'airain il forgea le Uasphème.
Ton Caucase illustré par ce chant solennel
Dressa contre l'Olympe un sarcasme étemd,
Et nourrit de Um sang, dans^la lutte terrible.
Les Dieux représentés par ton vautour horrible.
Que tu me parais grand sous leur ongle abattu!
Que ton crime sauveur fedt honte à la vertu!
Je ne sais quel instinct vers ta chute m'attire;
Comment escalader le roc de ton martyre !
Mes rêves sont remplis du long bruit de tes fefs;
Si par un bec rongeur tes flancs furent ouverts,
Le désespoir en moi promène ses tenailles;
Sans avoir ta grandeur j'ai déjà tes aitraOks.
Et je sens à mon cœur un monstre s'enlacer
Que les flèches d'Hercule auraient peine à peroor.
O frère! en quelque lieu que ta force réside.
S'il est vrai que tu fus délivré par Akide,
Une autre argile attend. . . Viensi, viens te joindre à moi,
Regarde.... la statue est plus digne de toi :
C'est la terre qui meurt, sans flamme, inhabitée,
Et sa voix maternelle appdie Prométhée.
Osons renouveler ton larcin radieux,
Viens m'apprendre eommaot Ton peut voler les dieax !
Vain espoir! mon génie enoor dans son enfonce, Ne se grandissait pas jusques à cette offense. Le bras d'un dieu cruel courbait vers son dédin Ce ^obé abandonné, dans l'espace orphelin ; Notre terre partout, à la tombe asservie, Ne s'alimentait plus du fleuve de la vie.
Fleui^ des prés, vos printemps étaient tous revenus; Sève du genre humain, tu ne circulais plus!
J'ai foi d'Éléphanta la caverne admirée.
Ma pirogue, le long de là rive Erythrée,
À vogué vers l'Indus, qu'un conquérant trompé
Prit jadis pour le Nil du Thibet écha|>pé ;
Vers le bleuâtre Indus, fleuve embarrassé d'îles,
Où rayonne au matin le dos des crocodiles.
Et dont un bruit de foudre agite les roseaux.
Quand il heurte la mer avec ses larges eauj[.
Là, j'aborde la terre, et par la Gédrosie
Je m'achemiine vers l'occident de l'Asie.
Berceau du genre humain, que ton ôlence est grand l
Les chameaux ont cessé de traverser l'Iran.
Ce globe réprouvé, dont le trépas.commenee.
Conduit vers le néant sa caravane immense.
Çans essayer des chants pour son dernier concert.
Sans marqifèr d'oasis les haltes du désert,
Elle marche, traînant sous l'épaisse atmosphère
L'ennui des pas pesants qui lui restent à faire.
Plusd'amour souslescievx ! phnd'oiaeaviëaiiskurxMl
Fl«t d^inanx, qœ l'Ibis tsàM dms le gnont.
J'ai de Persépolis foulé trois jours la cendre;
Sur le Bioiit du Sépijtoe m s'tffifiit Ateutnére^
Je m'assieds à non tour, et emten^^le pencèé
Le cadanv de pierre awflftnesdtt monteoiwBhé*
Aïeule des tftés^ «oisfiève dams ta tonâ»^!
Un autre monamest eeUMie toi trwût^îmBàt ;
A ta fragilité ndtve^^ C0l pareil,
Ta potiaéèrt de ■wft ym. eojgyttr aoa soBWttell.
Dieu va joMt« biiÉAit, tetâmins coffins.
Les ruines d'un monde à toutes vos ruines.
Peut-être à mes regards le dernier jour a lui;
Le témplé du soleil durei^a plus que lui!
Et j'allais cepeadwil^ |M>iis8é parmoa géâîe» Vers lesfinAds «enta, beroenu de la mer d'Hyretnie^ Dont les rocs d^itciâ gaident comme des touxs^ De ses §âkê st^iBbeeiix les ^«geux ^ii^iyrs.
Partout la pâte mort, poar ea U^rsa&c ses g^cèes^ Fauchant am aies s^tlers les ettés et les herbes, Prenait possessioR du domaine ii^Di, Comme un ramier s'étei^ sur la naousse d'iiA md. Quelques hommes, brodtoia k vardnre fenée, Disiâfiift : ^DcnrfflOBS^ le monde a fini sa jommiéel ^ Et d'autres s^asseyaient «m. an^ des cbemîns, Souillant leur ciievtftmre et se tmbnt les mains.
Mais vers le mont Ararje m'avançais à peiiM; Ce globe qui semblait s'élein^re à chaque baleifie, Sous mes pieds voyageurs ce sel prêt à mourir, Palpita d'es^ance et s'ouvrât peor fleiurir.
L*ARGHE SUR 1.B ttONT ÀRÂE. IW
Le^ficoot des bote 8«mUa x^ete €wi fiiake :
Qq «ût dit que la vie avait un sanctuaire.
Un trône inaccessible aux pas rongeurs du temps; Le sdeil fatigué se souvint du {Nrintenps.
Bords ombragés du Tigre^ Armâûe, Arménie!
Pays qu'Eve adopta quand FÉden Teut bannie; Flancs sacrés de l'Arar, où la fleur reverdit. Montagne du saliM;, voici Tbomme maudit!
En vain ton front s'élève au faîle de Tei^MHse, L'orgueil d'Idaméel en hauteur te d^passe^
Or, au pîed du vieux mont que le cid préférait,
Du côté d'Orient une tente s'ouvrait;
Le printemps à l'entour ondoyait pour revivre :
Cétaît l'amia pour^ dont le nom seul enivre;
C'était de hauts palmiers sur la tente aux longs plis;
Les baisers du oouchant sur le beau sein des lys,
Des cèdres, dai^ la nue allant cacher leur t^
Et révélant que là s'abritait un prophète.
Peut-être le dernier de ces hommes de Dieu
Que le ciel à la terre ,envoyait en adieu.
Je me sentis au cœur saisi d'un trouble étrange ;
Étève des enfers, si j'allais voir un ange!
Un an^, seul esprit qui ne me connût pas.
De la tente déjà je détournais mes pas,
L(»rsque, sous un grand chêne, au vêtement de lierre.
Un vieillard m'apparut et dit : — « Hospitalière
« Te sera ma demeure au pied du mont Arar;
« Des biais que le ciel donne on t'y fera ta part;
« Tu trouveras ici de l'air, des fruits, de l'ombre,
« Assez pour achever en paix le petit nombre
« Des jours que Dieu nous laisse à passer loin de Im. « Nous avons tous, mon fils, le m^e Age aujonrdliui. « La fin du m(mde est proche et la mort nous regarde. « L'Arar, mont da salut, fut placé sous ma garde ; « Il cadie à son sommet un trésor précieux « Que Fange au dernier jour doit transporter aux deux : « Anti^e monument qu'en vain l'orage assiège, « Comme une fleur d'hiver, conservé sous la neige.
« L'arche sainte à ses pieds toute moisson revit.
« Je suis déophanor du pur sang de David.
« Et quand la g^èbe m^nrt sous le soc inutile, « Le champ que je cultive est adcore fertile. « Reste ; le dernier jour ensemble nous prendra, « Et pour numter à Dieu ma voix te bénira. »
Cette tente au soleil qui s'ouvrait fraternelle ,
Parlant à l'orphelin cette voix paternelle;
Ces mots mystérieux, oracle triste et doux,
Tout me fit lui répondre : « Oui, je reste avec vous^
« Voyageur lamentable aux derniers jours du monde,
« En vain j'ai remué la poussière inféconde
« Qui recouvre ce globe ainsi qu'un firoid linceul :
« J'ai traversé la terre et suis demeuré seul.
« — Mon fils, n'as-tu pas vu partout où l'homme tombe,
« L'ombre immense de Dieu s'étendre sur sa tombe?
« —Je n'adore pas Dieu. —Ton cœur l'adorera :
« S'il n'est pour toi qu'un nom, ce nom s'expliquera.»
Un sourire d'orgueil sur ma lèvre muette
Glaça la foi brûlante aux lèvres du prophète :
Il pencha son grand front de cheveux dépouillé.
Sanctuaire que rien d'humain n'avait souillé.
Et qui semblait porter, magnifique parure.
L*ARGHE SUR LE MONT ARAR. Ul Une triple auréole au lieu de chevelure.
Au seuil de sa demeure ensuite il me guida.
« Celle qui vient à nous se nomjne Sémida, »
Me dît- il, « c'est ma fille, et mon unique joie.
« — Béni soit l'étranger que le ciel nous envoie. »
Et mêlant ces doux mots à la brise du soir,
Sur trois peaux de lion l'^ant nous fit asseoir.
Des peuples d'Israël gardant les moeurs antiques,
Elle lava mes pieds.... L'épouse des cantiques
]N'avait pas dans son cœur, au saint amour lié,
La pudeur de ce front à mes genoux plié :
Vision d'innocence où son âme se lève.
Son regard m'éblouit comme l'éclair d'un glaive,
Rayonnant à la fois si chaste et si brûlait,
Qu'on tremblaitdebonheur,rienqu'enlecontemplant.
Un miel que suspendaient aux joncs de ses corbeilles Pour les derniers humains les dernières abeilles, Fut plafcé devant moi sur des natt^ de lin.
Ses lys germaient aux pieds du sauvage orphelin* Douces, comme l'enfant, ses blanches tourterdles Sur le front du maudit osaient ouvrir leurs ailes, Et leur vol di^^rsait à l'entour de mes pas, L'eçsaim des noirs esprits qu'elle ne voyait pas. Et les grands léopards, l'antilope qu'elle aime, Apprivoisés ainsi que je l'étais moi-même.
Venaient avec amour, de sa beauté captifs, EfOeurer ses pieds blancs de leurs baisers craintifs.
Fleur de virginité pour l'amour près d'édore ! Dans mes ardentes nuits jamais nul rêve eacfxte
M GBANT T.
N'était venu m'4)fMr, sons un ciel «ttanMé^
Ce type saisissant de la sainte beauté!
Mystère lunnuam, contour d'une pensée;
Ligne immatérielk où Fâme s'est ixée!
Ovale pur tracé par le divin compas,
Que ffcmwêA firoid ciseau ne reiicoirti«rait ptf.
Des formes éa génie essayant le méUn^e,
Phidias éroqaé pour teinter un aichuige!
La cMlienne laissait de sa robe aux longs |te
Tomb^ k pMe azinr sur ses deux pieds de lys;
Ses cheveux ond<qraient mus l'azur de son voile.
Comme ce ciel de l'aube on scintille une étoile^
Sur son limpide frout d'un cercle d'or {nressé,
Un saphir sciittiUant, dmis cet or enchâssé;
Taillé comme une croix, constellé pour Dieu même,
Joyuuée respérance à scm pur diadàne :
Et quand la blanche vierge ouvrait ses grands yeuxbleus.
Lu cruÉx et le regard cteidaient les méoftes feux.
Jeune apparition sous les pafankrt errante ,
Son corps ne projetait qfu'une ombre t rans p a re n te |
Et l'on craignait de voir le nuage lég<^
De ses voiles ileltmts, en attes se doi^ier.
Lorsqu'à tsavurs la mort mcn voyuge s'achève,
Pourquoi me oonduit41 vers cette fille d'Èf«?
Si les anges avaient un ipont si gracieux.
Je pourrais, pour les voir, me rapprocher des deux.
Sémida ! Sémida ! ! C'est là son noua de feinmei
Elle serait ma soeor; oin, la soeur de mon àme^
De cette âme à sa voix prête à se révéler.
Qui par son seul amour pourrait kii i^memMerl*.»
De l'amour a 1 de l'amour 1 il quand notve miMe terre
L'ARCHE SUR LE MONT ARAR. lit
Teat qw tow ses e^aatftsoîeiit tB daoit d» leur mère f
Quand sa décrépitude et sa stérâité
GkmBt de nos Iqwiens le lîl ^poovaMé;
El 9M sa fia proehaiM et peUmit décteée.
Des étemels seraMBU meswe la énrée^
Et que de FariH» liumain teos les iMneaox «MdUés
Se pe ncto i r fetsla Mort, de lews fruits dépoulliés;
Quand la f enune sans ils, maudite en vm démsties,
Attriste eaeor le del qui regrette ses astres .
De rammur! ! ! o«i, pour toi... toi, bdk <)omme Agar;
Seconde arebe laissée aux ilaoos du moût Arw ;
Peut-être de ee globe alors qu'dBe s'exile,
La vi« u pds t<m cœur pour son dernier asdf.
Et dans UB seul regard meu sert se décida.
Et j'cBlendis idors me parier Séunda :
« Étes-Tousfils dudel ou bi^ enfant de FbonunÉ?
« Étra^er, dttes-nous de quel nom ronvousiMNiune,
« Dans le pays lointain d'dù vous semldezYeBnr!
« Votre eœinr en eoBSonre un profend souvenir,
« Car votre front est pâle et couvert d'un nuage.
« Avez-vous en ideurant lût tout votre voyage?
« Aveu-vous ai pleurant, au désert de Se'tr,
« Vu couu&aieer le jour par qui tout doit ilnir?
« La mort sur son coursier traverser nos campagnes,
• Ou la liandre èa cidi niveler tes montagnes?
« Dites si mes oiseaux verront dans kurs deux mds,
« Avant la fin du mmide éclore lemv petits?
« Si je verrai grandir le duvet de leurs ailes,
« Et si mes hauts palnâ^rs aisroi^ des fleurs nouvelte?
« -^ Ma lUle, répondit «vant mm le vieiHaid,
la CHANT V.
« Toole fleur paît édore au pied du mont Arar.
« Ne laisse pas aller ainsi ta revoie
« Pins loin que les ruisseaux qui baignent la prairie ;
« Et quand tous nos palmiers sont dans leur floraiscMi,
« Ne quitte pas la paix de ce calme horizon.
« Que ta prière seule ea passe la limite :
« La {Hrière est un monde où l'âme sainte haMte.
« Seule épouse gardée à l'époux immortel,
« Donne toute cette âme à son dernier autel ;
K Et restant dans la joie où le ciel t'a fait naître,
« Compatis au malheur, ($n£ant, sans le connaître;
« Offre, quand tout gémit, au père souverain,
« Pour reposer ses yeux la paix d'un front serein.
« A l'ombre des palmiers, tige toute fleurie,
« Exhale tes parfums comme un lys de Marie.
« Quand sous les flots vengeurs toute voix se taisait,
a Noé sur ce grand mont autrefois se posait :
« Et délxNrdant du coeur de l'humble patriardie,
« Flottaient à son sommet les cantiques de l'arche.
« Chante et prie à ton tour, chrétienne Sémida,
« Le baptême a lavé la race de Juda.
« Servante du Seigneur, laisse faire ton maître.
« Il m'a dit : — De ta fille un monde pourrait naître,
« Car scm sein est fécond, puisque je l'ai béni!
« Mais que ses fruits d'amour germent pour l'infini.
« — Dans trois fois sept soleils, seule femme sans tache,
(t Le père sur l'enfant accomplira sa tâche :
« Tu dois n'appartenir qu'au ciel qui nous entend ;
« L'arche est l'autel sacré qui sur l'Arar t'attend,
« Et toi, mon hôte, avant le jour de la justice,
« Qu'au Dieu que nous servons ton cœur se convertisse,
« Et, lorsqu'autour de nous tout se change en cercueil^
« Que la chute d'un monde écrase un peu d'orgueil. »
« — Dieu fut cruel, vieillard, il créa la souffrance.
a — Au flot brûlant des pleurs se baigne l'espérance.
« Ne juge pas, mon fils, toi qui déjà m'es cher,
« L'oeuvre du Tout-Puissant avec l'œil de la chair.
« C'est à l'oeil de Fesprit à percer les nuages
« Dont la vie en passant nous voile ses images.
« La souffrance est céleste, et dans les jours anciens
« Nul tr^ied n'eut des feux plus sacrés que les siens.
« Si Job est éprouvé, sa force se confirme,
« Satan est terrassé par le bras de l'infirme ;
« Comme l'esprit divin succomba sous Jacob,
« L'esprit du mal succombe à la lutte de Job.
« Si d'CËdipe abhorré les larmes vagabondes
« Rongent de ses yeux morts les orbites profondes,
« Œdipe enfin triomphe ; aveugle radieux,
« L'Euménide pour lui firappe aux portes des Dieux,
« Et son cercueil sauveur protège la contrée
« Où la foudre lui creuse une tombe sacrée.
« Laisse tous ses trésors à la sainte douleur ;
« Le crime est ici-bas notre unique malheur.
« Nous enfantons le mal , et le mal nous réclame :
« C'est un plomb qu'on attache aux ailes de son âme !
« Oui, plaignons le méchant et son rêve agité ;
« De la création convive rejeté,
« Sa flétrissure au coeur lui flétrit les étoiles.
« Ainsi que l'araignée en ses immondes toiles,
« Il file autour de lui les réseaux de poison
« Qui des bienfaits de Dieu lui cachent l'horizon.
« Chaque rayon du jour lui revient en ténèbres :
a Son âme, entrelacée à ses penchants funèbres,
« Pour dernier châtiment les invente en autrui ,
« £t dans tous ses amours il n'embrasse que lui ;
« Et son spectie vengeur, qu'à hii-méme il expose,
« Sous tous les points du qiel , pour T^fray^, se pose.
« Laisse tous ses trésors à la sainte doulâir»
n Le crime est ici-bas notre unique malbeur.
« —Aux vents des passions lorsque rbomBue diavire,
a J'accuse Fouragan et non pas le navire^
« VidUard! l'orage en feu bat et poursuit noe j^urs ;
« Faut-il luttersanscesseP—Oui.Pourvaincaretowklours
« L'homme a le souvenir de sa grandeur pieinièii»>
« Et la liberté, sœur de la belle lumière!
« Quelquefois, mes enfants, un chasseur inconnii
« Contre un tigre, au désert, s'avance seul et nu. ^
« Nul fer n'arme sa main ; mais comme la tempête,
« Un lacet tourne et gronde auMessus de sa té^.
« Avant de commencer le combat hasardeux,
« Le tigre et le chasseur se regardait tous à&m, ;
<( L'un, puissance féroce, et déployant entière
(c L'impétuosité de l'ardente matière;
« L'autre, sur son beau front, portant aveo â«té
(( Ce grand signe dont Dieu marqua l'humanité.
« Bientôt, d'un vastejbond, le monstre vers sa pr<ne
« S'élance... le lacet en sifflant se déploie,
« Le saisit, l'enveloppe aussi prompt que l'éclair,
a L'étouffé dans son vol comme un oiseau de l'air :
« Il tombe, et du chasseur l'arme miraculeuse
A Vibre et resserre encor sa morsure onduleuse.
« Ainsi d^ passions qu'il nous faut étouffer,
« L'âme, fille de Bleu, peut toujours triompher. »
A ces mots, Sémida sous la voix paternelle
S'inclina sans répondre... et moi je fis comme elle.
L'ARCHE SUR LE MONT ARAR. 14t
U existe une femme enoor : le genre humain Pomait vers Fav^nir reprendre son chemin!
Aa pied du mont Arar, une vierge féconde Pomait ressusciter la jeunesse du monde, £t moi, la disputant au ciel... Voeux superflus! ! Si son sein est fécond , la terre ne l'est plus. Gommait te ranimer, terre infertUisable!
Dont le sein saigne encor sous ton linceul de sable, Mais qui ne peux nourrir, avec ce sang glacé, La semence jetée à ton vieux flanc blessé ?
Vainement, quand je suis près de la vierçe sainte. Tu semblés tressaillir comme une femme enceinte : Chaque jour agrandit le cercle inhabité, Les épouvantements de ta stérilité.
£t chaque jour aussi grandissait sans mesure Bans le eosur du maudit une étrange blessure. Oh ! quel sera mon sort? que fera naître au jour Ce chaos de douleurs remué par Tamour ?. . .
Noussommesseuls.— «Combienfrémit ma main profane « Au toucher lumineux de ta main diaphane!
« Laisse-moi âiir, ô toi cpii ne dois pas plew^ ;
<t Colombe de F Arar que je n'ose adorer, « Laisse au front réprouvé le fardeau de ses haines : « Le vol de ton bonheur s'embarrasse en mes chaînes. a N'écoute point ma voix, baisse ton œil d'azur; « L'aube de ta jeunesse annonce un jour si pur ! « Ton nom serein doit-il se mêler à mes fastes ? ' « Chaste entre tous les fronts que les anges font chastes, « Laisse-moi fuir, adieu , mon sort n'est pas le tien : « On sent mourir son cœur en s'attachant au mies. « Lierre compatissant dont la pitié m'abrite,
« Jette ailleurs tes rameaux la ruine est maudite.
« Tout me devient fatal , l'ombre, le jour, la fleur ;
« Un lys a des parfums d'où j'extrais le malheur.
« £t^ je souffî*e, et pour tous élargissant ma tombe,
« Lorsque j'ouvre la main, une infortune en tombe.
« — Si jeune, quelle voix vous fit haïr le ciel?
« — La voix qui me donna le nom d'Idaméel,
« Le juif d'Éléphanta : j'ai vu sous un tel maître,
« Dans l'âme de Judas l'univers m'apparaître.
« £t j'ai seul aspiré, comme un souffle de feu,
« Cette âme déicide en son dernier adieu.
« — Au rang de ses fils Dieu peut encor vous élire;
« Voulez-vous dans sa loi qu'on vous apprenne à lire?
« —Qu'y lisez-vous, enfant ?— Les noms des bienheureux ,
« Sous le rayon sacré qui s'allume pour eux.
« — Avez-vous vu briller, parmi ceux de notre âge,
« Le nom d'Idaméel sur la dernière page ? »
Elle me répondit alors, le front baissé :
« — Je n'ai pas lu depuis qu'il me fut prononcé.
« Comme un orage émeut la fleur dans sa corolle ,
« Mon âme, Idaméel, tremble à votre parole,
<c Mais ne se ferme point : que ferais-je ici-bas.
« Si, quand je vois souffrir, je ne consolais pas? a Retrempez votre cœur aux mystiques fontaines, « Pour Tapaiser... — Il est sous des îles lointaines « Un volcan, et toujours du fond du gouffre amer « Jaillissent des feux noirs que n'éteint pas la mer. « — Que votre désespoir afflige ma faiblesse! « Mais Farbre de l'encens sous le fer qui le blesse « Se répand en parfums ; oh! restez près de nous. « L'univers qui se meurt est moins triste que vous, a Et moi, moi qui d'amour ne dois pas être aimée, « D'un besoin de pitié je me sens consumée :
« Je donnerais pour vous, oui, les cieux me croiront, « Jusqu'à la croix d'azur qui scintille à mon front ! R L'arche, aux sommets d'Arar, sur les neiges surnage, « Et je ferais, pieds nus, ce saint pèlerinage, « Afin de "VOUS guérir... mais comment approcher? « Un ange flamboyant veille autour du rocher, « Nous serions foudroyés avant d'atteindre au faîte : " Mon père nous l'a dit et mon père est prophète ! « Parlez-lui de vos maux, à voix basse, de près ; « Car, comme Daniel il sait de grands secrets. « Il a , pour nos douleurs, de merveilleux dictâmes, « n sait apprivoiser les lions et les âmes ; a Dans notre langue humaine il sait traduire Dieu, « Le voir au fond des coeurs comme au fond du ciel bleu, n Et dans l'orbe pourpré des humbles épilobes, « Comme autour du soleil dans la courbe des globes. « — J'aime mieux, Sémida, ton beau voile flottant.
« — Mais moi, je ne sais rien, Idaméel Pourtant,
« Si vous vouliez ouïr d'ineffables louanges,
« Je vous raconterais ce que disent les anges ;
« Je vous enseignerais des mots doux et charmants,
« Si vous vouliez prier aux bords des lacs dormants. « Je dirais les splendeurs du soir et de l'aurore , « Pour qu'il leur soit donné quelques larmes encore ; « Pour que l'œuvre de Dieu n*entre pas au tombeau , c< Sans qu'on répète aicor : L'univers était beau ! ! ! « Le voulez-vous, mon frère? Hélas! moi, je crois même « Que le monde se meurt , parce que nul ne Fairoe : « Oui, nous n'avions pour lui qu'un coeur indifférent, « Nous passions sans le voir et Dieu nous le reprend « Pour toujours. . . Le soleil ne veut plus nous connaître, « Le brin d'herbe attristé refuse de renaître; « Sur lui l'âme a jeté son deuil, et les méchants « Ont de leurs pleurs amers terni les lys des champs. « L'aile du papillon, aérienne voile « Dont la poussière avait les reflets d'une étoile , « Se fane avec la fleur et le chant des oiseaux, « Etles doux nids s'en vont comme ont fait les berceaux! « — Les berceaux où flottaient tant de chants éphémères, « Promesses de bonheur qui trompaient tant de mères ! « Les berceaux qu'embaumait l'ombre du citronnier! « Les berceaux ! !... Si le tien n'étairpas le dernier! ! ! « Comme pour un parfum d'Orient un beau vase, « On fit, ma Sémida, le ciel pour ton extase. « Si tes cheveux sur moi venaient se dénouer, « Me feraient-ils une âme à te la dévouer? »
Elle s'enfuit.... Et moi, tout prêt à me soumettre, Je commence à sentir que j'ai changé de maître ; Et j'oublie, à sa voix, la nuit qui m'enfanta Et les enseignements des rocs d'Éléphanta.
Ils ont dit : — Sois chrétien ; le fleuve du baptême Loin des fronts qu'il inonde emporte l'anathème. —
Et j'ai courbé la tête en souriant Jésus »
Dans la paix du bercail compte un agneau de plus ! !
Aimer, aimer ce mot de Textase divine,
Est-il vrai cpi'à ses pieds mon âme le devine? Est-il vrai que sa voix, et d'amante et de sœur, A la langue du ciel donne tant de douceur ?
Que ce ciel inconnu que sa voix me révèle , Quand elle y régnera, deviendra beau comme elle? Que je pourrai, près d'elle, et par elle appelé, Suivre un rêve d'amour sous son vol étoil/é; Et voir ma Sémida, dans Sa toute-puissance, Couvrir Idaméel d'un manteau d'innocence?
Idaméel ! . . . C'est moi, moi le maudit. . . Oh ! non , Je ne suis plus maudit, puisqu'elle sait mon nom ; Puisqu'elle veut que j'aime aussi le Dieu qu'elle aime î Je dois servir ce Dieu dont son cœur est l'emblème, Oui, je dois l'adorer comme elle, à deux genoux, Et voir son paradis se refermer sur nous, Et sentir dans mon sein, inondé de tendresse. D'un hymen éternel l'angélique caresse ; Puiser aux voluptés où sa jeune âme dort, Comme l'abeille blonde au fond de son miel d'or. Je veux prier avec sa voix ardente et calme.
Allumer de mon souffle un rayon de sa palme ; Rien qu'en baisant son front m'inspirer de sa foi , Être tout à son Dieu ! Mais'peut-elle être à moi ?. . .
iS
Un soir, la lune au ciel se levait large et blanche ;
Les loxias chantaient, balancés sur la branche
Du palmier dont les airs alentour s'embaumaient ;
Sous le souffle de Dieu les fleurs des prés dormaient;
Oui, les dernières fleurs!.. — « O Sémida! lui dis- je,
« L'Arar étale en vain son fertile prodige ;
« Ce globe de clarté d'où descend la fraîcheur,
« Voit pâlir, chaque nuit , sa rêveuse blancheur,
« Et s'apprête à fermer dans l'éternel nuage
« Le cercle que traçait son lumineux voyage.
« Peut-être dès demain la lune doit périr!
« As-tu donné ton cœur à ce qui va mourir?
a Oh ! si je t'avais vue, alors que la nature
« Sous l'œil vert du printemps dénouait sa ceinture,
« Quand des premiers soleils tout prenait la couleur,
« Quand la fleur de l'amour sur cette terre en fleur
« Venait, ô Sémida! de ses esprits de flamme
« Embaumer chastement la jeunesse de l'âme ;
« Et que des frais jasmins les berceaux odorants
« De leur exil d'Éden consolaient nos parents!
« Oh ! si je t'avais vue, alors que sans orage
« La vie en tourbillons volait sous chaque ombrage ;
« Montait du sein des bois en hymnes frémissants,
« Rendait jaloux les dieux de notre terre absents,
« Et couronnant ses fils d'acanthe et de délice,
« Baignait leur lèvre en feu des eaux de son calice!
« Sémida m'eût aimé.... Près des sources du jour,
<c Le soleil en son sein eût éveillé l'amour.
«Sémida m'eût aimé.... Mais le soleil chancelle,
« Le mont Arar lui prend son unique étincelle ;
« Les anges dès demain diront : U était là.
« Il n'a laissé qu'en moi les feux dont il brûla!
« •— Et qu'importe à l'amour que le soleil se voile,
« Ou que la nuit en pleurs n'allume plus d'étoile ?
« Mon astre le plus beau serait Idaméel, »
Répondit Sémida,^« mais j'appartiens au ciel !
« Si Dieu daignait nous dire à cette heure dernière :
« Que votre chaste amour remplace la lumière !
« Que vos cœurs, les derniers de ceux que j'ai bénis ,
« Pour l'hymen étemel en un seul soient unis ! . ..
a Oh ! je vous aimerais, Idaméel, mon frère,
« Sans savoir quel printemps peut manquer à la terre.
« Oh ! je vous aimerais, muette à vos accents,
« Sans savoir quels concerts de nos bois sont absents.
« Le printemps de la vie a ses chants en nous-méme,
« Et l'âme a des parfums selon l'âme qu'elle aime !
« Et moi, je t'aimerais. ... tu saurais à ton tour,
a Si la terre en mourant a conservé l'amour.
« Aux ombres du néant quand ce monde retombe,
« L'amour se lèverait pour embellir la tombe;
« Mon voile dénoué le répandrait dans l'air,
« Tu verrais si mon cœur en affaiblit l'éclair.
« J'aurais, pour en parler, des mots^.. langue bénie,
« Et que balbutia l'extase du génie ! ! !
« Mais j'appartiens au ciel, et cette nuit encor
« Sur mon front, comme un rêve, ouvrant ses ailes d'or,
« Éloîm. . . .— Éloïm ! — C'est l'ange dont la flamme
« Répand le jour sans fin à l'entour de mon âme ;
« Mon bon ange, qui vient du côté d'Orient,
« Pour visiter les nuits que je passe en priant.
« — Éloïm !....— Il m'a dit: «Vous êtes sous ma garde,
« Je marche à Yos côtés pour que Dieu TOUS regarde;
« De ce globe fragile il a compté les jours !
« Vivez dans Fair du ciel, et vous vivrez toujours. »
« Que son oeil a d'éclairs ! et qu*à demi voilée
« M'éblouissait encor sa splendeur étoilée !
Oh ! quel front devant lui ne serait consumé,
« S'il se montrait à nous de tous ses feux armé ! ! !
« — Et vers son maître un jour vous monterez ensemble ;
« Votre ange, Sémida, sans doute vpus ressemble?
« — Depuis qu'à ma faiblesse il ofifiie son appui,
« Je ne sais si mon âme est belle comme lui .
« — Éloïm vous instruit, dernière fille d'Eve ;
« Ck>mme elle a commaioé, notre histoire s*achève!
« — Eve n'eût pas perdu l'inefiCaible jardin,
« Si l'ange avait été son seul maître en Éden.
« Mais puisque Éloïm m'aime, à vous il s'intéresse;
« Priez qu'à vos regards un jour il apparaisse.
A Éloïm! ! ! Éloïm !!!»... Et ce nom cependant
Pénétrait dans mon coeur ainsi qu'un glaive ardent.
Sémida ! rayonnante et chaste créature !
Dernier gage d'amour que porte la nature ; Sous les neiges d' Arar belle fleur de Sâron ; Réte dont l'aile rose a rafraîchi mon front ! . . . . Et je l'aime... et j'entends son r^ard me répondre, Et sous ce long regard je sens mon cœur se fondre. .
Mais la vie eD tous lieux éclipse son flambeau , Notre amour ue ferait que peupler un tombeau !
Triomphons de ses feux éteignons son ivresse ,
Comme font au désert Thyène et la tigresse.
Étouffons pour jamais ses désirs révoltés Sous les larges débris croulant de tous e^tés ; Couchons-nous sur les rocs de cette terre morte , Afin que Favalanche avec ses flots l'emporte.
Lorsqu'un chef africain veut dompter les élans
D'un sauvage étalon, roi des sables brûlants,
11 s'approche, et déjà la flottante crinière
Dans sa nerveuse main frissonne prisonnière :
Il s'élance, retombe, et deux genoux d'acier
Ëtreignent puissamment les flancs bruns du coursier.
L'animal étonné, qu'un poids nouveau tourmente,
Bat son poitrail en feu de sa bouche écumante,
Élargit ses naseaux, et redouble, heurtés.
Ses bonds tumultueux au vertige empruntés.
Son œil indépendant brille en topaze bleue,
En panache de guerre il agite sa queue -,
Par ses hennissements il réclame, irrité.
Loin des jeux du Djérid, l'air de la liberté ;
S'allonge, s'accourcit, se penche, se dérobe ;
Ses veines en réseau se gonflent sous sa robe.
Il cache sous ses crins, attristés de Taffront,
L'étoile de sa race empreinte sur son front ;
Saute comme un bélier, tourne comme un orage,
Sans pouvoir loin de lui secouer l'esclavage.
S'il se dresse en fureur, l'homme, tel qu'un serpent,
A son cou qui frémit s'enlace et se suspend ;
Aiguillonne ses flancs, s'il part comme la foudre.
S'il se rravene et roule et sillonne la poudre, Son vainqueur suit sa chute, et sans quitter le crin, Soumet sa bouche ardente aux morsures du frein. Ainsi j'asservirai l'amour, flamme irritée, Tourt)illon qui m'entraîne en sa course indomptée.
Un jour que dans mon cœur, battant à coup pressé, Coulait, comme une lave, un espoir insensé; Un jour que je sentais, de ruine en ruine, Ce monde défaillant m'écraser la poitrine; Infidèle un moment aux ordres du vieillard.
Seul j'osai, sous la foudre, escalader l'Arar. Mes mains des rocs aigus ensanglantaient la cime, Le vertige aveuglé tournait sur chaque abîme; Et pour ne pas rouler dans les gouffres grondants, J'ébréchais des grands ifs la tige entre mes dents : Je sentis, sans terreur, l'esprit de la tempête Saisir ma chevelure et me lancer au faîte.
Et m'abandonner seul, en s'élevant toujours.
Sur le roc qui portait l'arche des anciens jours.
Tu m'apparus alors, tout couronné d'orages, O vaisseau que n'a point battu le flot des âges! Au sommet de l'Arar huit mille ans conservé.
Incorruptible ainsi que l'âme de Noé.
Bois régénérateur, miraculeux refuge, Bercé quarante jours sur le sein du déluge, Et d'où sortit après. Dieu montrant le chemin,
Un oiseau blanc suivi d'un nouveau genre humain ! Tu m'apparus! ! ! hélas! à son dernier naufrage Ce monde, ô bois sacré, n'aura rien qui surnage ! Ce n'est plus TOcéan qui nous engloutira :
L'Océan condamné, comme un de nous mourra.
Tu ne peux nous sauver, et dans ces nuits avides De l'arche de Npé les flancs resteront vides ! Tu ne peux nous sauver... et je parlais encor, Lorsqu'au fond du vaisseau de nombreux cercles d'or Frappent mon œil ému qui s'abaisse, et contemple Un grand globe oublié dans le nautique temple. prodige! ce globe, en ses cercles brillants.
De la terre et des cieux nous livrait tous les plans; Leurs secrets, leurs rapports, et sur l'arc de sa voûte Chaque étoile d'en haut pouvait lire sa route : Ouvrage merveilleux, antédiluvien, Et dont, peut-être, au ciel quelque ange se souvient; Sur un dos d'éléphant jadis porté dans l'arche; Type du monde aux mains du premier patriarche, Qui passait dans la mienne, et dont mon œil épris Voyait, sous ses éclairs, étinceler le prix.
Tout ce que mon génie, en ses brûlantes veilles. Avait avec le monde échangé de merveilles, K'était qu'un faible essai du splendide chemin Qu'on pouvait parcourir, ce globe dans la main. Là, des signes brillaient : mots hiéroglyphiques. Des pouvoirs de l'esprit symboles magnifiques. Là, sans qu'on employât la flamme ou les marteaux, La parole apprenait à dompter les métaux.
Et s'armait, à son gré, des forces souveraines Qu'attribuait Platon à la voix des Sirènes.
Là, s'expliquait la loi qui joint si constamm^t Les secrets de la foudre aux secrets de Taimant. Là, sans être pour nous obscurcis d'aucune ombre. Vivaient, ressuscites, les miracles du nombre, Dont la force harmonique, en ses divers accords. Règle le poids subtil des atomes des corps.
Là, le feu primitif nous livrait sa puissance. Là, se lisait comment l'inextinguible essence Peut redonner la vie à des mondes errants.
Dans un trop long voyage épuisés et mourants. Durant trois jours entiers, sous la firoide atmosphère, La sueur de mon front inonda cette sphère.
Mon 0^ laborieux se posa seul et nu.
Durant trois jours entiers, sur le grand inconnu. Et nul autre avant moi, dans ses travaux insignes. N'avait pu soulever le voile de ces signes.
J'y parvins, en criant : — Le monde vit encor. — J'arrachai du vaisseau le globe aux cercles d'or. Et puis je descendis de la montagne austère.
Emportant sur mon coeur le salut de la terre.
Les cèdres inspirés sur ma route chantaient : Hymnes qu'à leurs aiglons les aigles répétaient. Comme si de la mort fuyait l'ombre livide, Comme si la nature en son sein froid et vide Aspirait de la vie un souffle entre mes bras, Lorsque je lui criais : —Tu ressusciteras! —
Près de Cléophanor qui priait sur la cendre Et ne m'avait pas vu du mont sacré descendre, Je m'avance, et ma voix triomphante lui dit : a Père de Sémida, je ne suis plus maudit;
« La réprobation d'Idaméel s'éloigne,
« Le jour ressuscité de mon pardon témoigne!
« Vois briller dans mes mains ce globe éblouissant,
« Ce gage de salut qui me fait innocent.
a Tandis que tu priais sur le roc solitaire,
« J'ai senti que l'esprit m'enlevait de la terre,
« Et j'ai suivi son vol. —Où s'est-il arrêté?
« —Sur le plus haut sommet de l'Arar redouté.
« —Qu'as-tu vu sur l'Arar?— Un océan de neige
« Qui portait Tarche sainte en ses flots... — Sacril^!
« —Écoute jusqu'au bout : le sauveur d'Israël,
« Moïse, pour chercher la science du ciel,
« Resta quarante jours sur le mont prophétique;
«Et tenant dans ses bras la lourde table antique,
«Il reparut enfin... Après la passion,
« Trois jours on attendit la résurrection
« De Christ, qui ne sortit du tombeau qu'à ce terme,
« Ayant ravivé l'âme en son étemel germe.
« De même Idaméel, dernier législateur,
« Plus que Moïse et Christ suprême rédempteur,
« Après trois jours entiers de studieux orage,
« Redescend de l'Arar, ayant fait son ouvrage.
«Les secrets primitifs par moi sont découverts;
« Et le corps et l'esprit de ce vieil univers
« Vont sortir de la mort, réchauffés à ma flamme,
« Et le monde nouveau n'aura que moi pour âme.
« Que Sémida, ta fille, en acceptant ce don,
« Achève sur mon cœur de sceller le pardon !
« Je ramène la vie aux flancs de la nature;
« Et l'hymen, à son tour, sort de sa sépulture.
«Mon amour... » Le vieillard se releva du sol
D'où ses ardent» soupir» vers Dieu prenaient leur vol.
Il se leva si grand que j'en baissai la tête;
Et sa voix dont FArar résonne jusqu'au faite :
« Quoi! le mont du salut vient d'être profané!
« Quoi ! l'ange de l'Arar n'a pas exterminé
« L'(Nrgueilleux qui, trois jours, vint dans l'arche, en silence
« Peser les jugements de Dieu dans sa balance! ! !
« Tu me parles d'amour, d'hymen, de descendants,
« Quand la création gangrenée en dedans,
« Voit ses iniquités paraître à sa surface,
« Comme un cancer caché qui nous monte à la face ;
« La plaie est incurable, et l'on n'y peut toucher
« Sans voir tout son venin à l'âme s'attacher.
a Oui, déjà dans la tienne à flots il s'inocule;
« Dans ton sang réprouvé la révolte circule.
« Pourquoi t'ai-je accueilli! quel es-tu.' qu'as-tu fait!
« Pourquoi si près des cieux élever ton forfait?
« Ta réprobation n'existe plus.... démence!
« Ce n'est qued'aigourà'hui, pécheur, qu'elleconmience.
« Celui qui fut préiit, quand saint Jean, dans Pathmos,
<t Vit monter de l'abîme un ouragan de maux;
« Celui qui, dernier roi de la terre obscurcie,
« Et vers la fin des temps efi&oyable Messie,
« Doit arracher au prêtre et l'encens et le sel,
« Doit changer le blasphème en hymne universel;
« Toucher, pour les souiller, à tous les tabernacles,
« Du vent de son orgueil balayer les miracles;
« Et, frère de la mort et du grand malfaiteur,
« De tous deux, à lui seul, dépasser la hauteur;
« Celui-là de l'Arar put seul tenter les cimes!...
« Tu m'abordais, géant, les mains pleines de crimes!
« Tu m^abordais, géant aux volontés de fer,
« Afin de préparer ce monde pour l'enfer.
« Dans ton sein condamné le blasphème palpite,
« Le spectre de Satan dans ta pensée habite !
« Je découvre trop tard, gravé sur chaque trait,
« De l'Antéchrist en toi le sinistre portrait.
« Insensé que j'étais ! ! ! j'ai marqué de Teau sainte
« La couronne du mal dont ta tête fut ceinte!
« Aveuglement d'un jour que mes pleurs expieront,
« J'ai cru que le baptême en absoudrait ton front.
« RepenS'toi, malheureux, et que ce front s'allège
« Du poids 4'un sacrement qu'il change en sacrilège!!
« Tu veux sauv^ la terre, et pour la protéger
« Du plus grand des forfaits tu viens la surcharger!
« De ton impiété qu'oses-tu te promettre?
« Crois-tu changer les plans du divin géomètre?
« Avec sa volonté crois-tu pouvoir jouer ?
« Crois-tu, comme un fruit mûr, la pouvoir secouer
« De l'arbre que les cieux arrosent de leur onde?
« Redresser, malgré Dieu, le cadavre du monde !
« Et pour les féconder, dans nos sillons en deuil,
« Semer, ^ur premiers grains, la révolte et l'orgueil !
« Crois-tu, profanateur de l'arche et de ma fille,
« Installer ta démence au coeur de ma famille ;
« Et que je laisserai, moi, moi Cléophanor !
« Sur mon tombeau prochain peser ton globe d'or?
« Je ferai ce qu'ici l'archange aurait dû faire.
« Cesse de demander un crime à cette sphère :
« Fuis, cesse de lutter contre le Dieu vivant ;
« De ton monde nouveau livre la cendre au vent ;
« Que ta création d'un jour soit écrasée,
« Comme sa vaine image est sur ce roc brisée ! ... »
Alors, comme animé d'un élan surhumain,
U saisit Torbe d*or rayonnant dans ma main ;
£t faisant Yen le cid un geste expiatoire,
Contre un roc de TArar écrasa ma idctoîre :
Ce globe où le secret de vie était gravé,
CËuf d'aigle où sous mon oeil un monde était coure !
Puis appdant sa fille, il lui dit à voix haute :
« A ton hymen sacré Dieu convia notre hdte ;
ft Que cet hymen s^achève, ici même, à ses yeux;
« La lutte recommence entre l'homme et les cieox.
a L'arche au mont du salut vient d'être vidée :
« Seconde arche de vie, au monde sois voilée !
« Ma fille, éteins en toi tout souvenir mortel,
« Élève l'holocauste au niveau de l'autel.
« Sur le vaste cercueil Dieu te marqua d'un signe ;
« Notre sainte agonie attend ton chant de cygne!
« Sois une voix bénie en l'effrayant concert
« Que donne la nature au maître qu'elle sert.
« Eve des derniers jours, seule vierge féconde,
« Ce voile sur ta tête est le linceul du monde !
« Pour conduire le deuil universel, enfant,
« Attache-le toi-même à ton front triomphant;
« £t marche avec respect, sous ses longs plis fonèbres,
« Quand la mort alentour douMera leurs tén^^nres.
« Si tu méconnaissais l'esprit qui r^e en toi,
« Mes malédictions... — Père, baissez-moi !... »
Et je vis, td qu'un Dieu sorti du sanctuaire, Le vieillard déployer le voile mortuaire ; Et ce voile ennemi, dernier de ses présents.
Tomber, avec la nuit, sur ce front de seize ans. Et je vis Sémida, victime belle et pâle, Achever en chantant la fête sépulcrale,
Et vouer au néant, sans regarder mes pleurs, Et le monde, et l'amour, et sa jeunesse en fleurs ! . . . Et moi je blasphémais, et moi sous Tanathème, Je me sentais enfin redevenir moi-même ! . . . Et la terre entendait, de moments en moments, Sous le poids de Tautel crier ses ossements.
Prodige plus af&eux ! sous des voiles de brume Le ciel, de feux sanglants à son zénith s'allume ; Et l'Arar, tout à coup, fortement découpé , Brille, comme un glaçon qu'un éclair a frappé : C'était la lune... non telle qu'elle se penche Vers ce monde endormi sous sa couronne blanche. Météore insensé qu'emporte un tourbillon, ^
Labourant un ciel noir d'un rougeâtre sillon. Trois volcans sur son disque entr'ouvraient leur cratère; Nés dans le sein de l'astre, ils dévoraient leur mère. Lançant de toutes parts, en bouquet effrayant. Les débris allumés du globe tournoyant.
Sons le manteau d'éclairs qui couvre ses épaules, De la création ébranlant les deux pôles.
Épouvantant l'éther de ses bonds convulsifis, La lune se débat dans les feux corrosifs.
Du bruit de sa ruine elle remplit l'espace :
Corps céleste, sans âme à l'heure qu'il trépasse. Et qui voudrait encor, dans un combat géant , Disputer ses rayons aux ombres du néant !
La mourante, longtemps déchirée, agrandie.
Flotte, comme une voile, aux bras de l'incendie : Et pleurant ce trépas qui rend les cieux déserts. Naufrage lumineux dans l'océan des airs !
tu CHANT V.
Les constellations, sur leur route infinie, Contemplent tristement Torageuse agonie.
Jamais comète, errant dans l'empire étoile, Pf 'arma de plus de feux son vol échevelé !
£t le lion céleste, inondé de lumière.
Craint que l'embrasement n'atteigne sa crinière. Tu meurs, gloire des nuits, lueur du firmament ! De chacun de tes feux sort un gémissement.
Comme un adieu funèbre au soleil qui, plus pâle. Apparaîtra demain sous un voile d'opale ; £t qui, vers l'horizon épiant ton retour.
Dans les cieux, pour te voir, prolongera le jour. Nous ne te verrons plus, esclave rayonnante, Te lever chastement de l'onde frissonnante ; Et, quand la terre dort sous l'azur calme et beau, Pour ta reine indolente allumer ton flambeau. Nous ne te verrons plus te suspendre à ton temple Comme un. miroir magique où la paix se contemple : Compagne du silence, à travers les roseaux Assoupir tes clartés sur la fraîcheur des eaux ; Dans le gazon bleuâtre en glissant faire édore Des fleurs que n'ouvre pas le réveil de l'aurore; Sous le voile abaissé des feuillages amis, Couvrir d'un réseau blanc les ramiers endormis ; Et venir argenter de tes baisers si calmes Le nid des loxias dans l'éventail des palmes; Passer mélancolique, et recréer pour nous Sous ton regard d'albâtre un univers plus doux! Nous ne te verrons plus, dans ta limpide fête, Laisser tomber du ciel les perles de ta tête; Et, pour désaltérer tes sylphes transparents. Remplir le sein des lys de tes pleurs odorants ;
Tandis qu'autour de toi, des onduleux génies
La danse, au vol rêveur, nouait ses harmonies;
Et que, du rossignol au chant des alcyons.
Les hymnes de la nuit flottaient dans tes rayons !
Nous ne te verrons plus, ô belle solitaire.
Caresser pour l'amour la moitié de la terre ;
Nous inonder, à flots, d'un jour mystérieux
Qui se levait en nous, comme toi dans les cieux.
Quand ton disque enchanté faisait passer sa flanune
Du calice des fleurs au calice de l'âme ! ! !
C'en est fait ; décroissant à l'oeil qu'il éblouit.
Dans un dernier éclair l'astre s'évanouit.
A ce lugubre jour l'obscurité succède.
Et la sœur du soleil au tombeau le précède ;
Et l'Océan sur qui son poids ne pèse plus,
De nos caps désolés bat les monts chevelus.
MnnEiftiis TAMUL v!*AmÂa d*idaméiu
Lorsque Caïn tremblant vit, le front dans la poudre.
Que ses dons smr Fautd n'attiraient que la fo^re^
U s*enfiiit, méditant son sort inaeheré.
Tel, et dans mon amoor plus que lui r^nrouvé.
Loin de Oéopbanor et de la jeune fille
Je m'enfuis, adoptant les enfecs pour famiUa
Je pouvais, à mon gré, commander aux démons.
Le vieillard, en lançant contre un roc de ces monts
La sphère aux cercles d'or, en éclats fracassée.
Laissait tous ses se<9rets vivre dans ma pensée.
Son espoir funéraire était un crime vain ;
Ma tête suppléait au grand globe divin :
Ses forces, ses trésors de puissance et de gloire ,
Passaient du fond de Tarche au fond de ma mémoire.
Le nombre, la parole, et le signe du feu....
Un homme disposait des arcanes de Dieu !
Et lorsqu'il condamnait notre planète en larmes.
Je pouvais le combattre avec ses propres armes.
168 CHANT YI.
Moi, démon créateur, je pouvais,^ mon gré, Refaire du soleil le disque déchiré.
J'allais savoir comment une terre se fonde.
Et j'avais mes six jours pour réparer le monde.
Fier de Fespoir sauveur que je représentais,
J'avais déjà franchi le pompeux Niphatès,
Et cherché vainement sur la rive déserte
Le sable balayé^i fut Tygranocerte.
Je traverse l'Euphrate, et ne m'arrête pas
Avant d'avoir senti tressaillir sous mes pas
Les rochers qui jadis portaient Sion la sainte :
La toise de la mort en mesurait l'enceinte.
Et l'arbre de la croix sur ce vieux sol planté
L'avait mal défendu de la stérilité.
Là, spectres décharnés, inconsolables ombres,
Emportant dans leurs bras quelques sacrés décombres ,
Des hommes, tout en pleurs, chantaientleur chant d'exil .
« —Nous fuyons, nous quittons le Jourdain pour le Nil,»
Me dit en me voyant l'un d'entre eux. . . « Dur voyage,
« Et des fils de Jacob dernier pèlerinage !
« Le reste des humains habite le Delta
« Que le Nil, dix mille ans, de ses flots humecta :
« Bienfaiteur limoneux dont la fange féconde
« Trompe de quelques grains la famine du monde.
« Venez, le fleuve jaune encor peut vous nourrir,
« Quand le fleuve des jours est si près de tarir !....»>
Durant neuf jours entiers, sous un astre sans flammes , Voyageurs du désert, ensemble nous marchâmes Vers le sol tutélaire, allant loin du Jourdain Chercher les fils d'Adam à leur dernier Éden.
race lam^table, infirme, amoncelée ! ! !
On eût dit Josaphat et sa triste vallée ;
Et Ton se demandait, devant ce peuple en deuil,
S'il marchait à la tombe ou sortait du cercueil.
Des canaux du Delta les miasmes immondes
Couvraient, comme un rideau, lesommeil de leurs ondes;
Le sillon nourricier en était infecté
Et la peste y naissait de la fécondité :
La peste, sur ces bords sinistre hospitalière ,
La peste ! au lit du Nil amante familière.
D'un geste sépulcral de loin nous convoqua,
Et dans ses grands troupeaux ensemble nous parqua.
Des jours sans avenir, des hymens sans familles.
Des vieUlards plus nombreux que leurs fils et leurs filles !
Un peuple sombre où Toeil chercherait vainement
D'un visage enfantin le doux rayonnement ;
La terreur qui pâlit, la démence qui pleure :
C'était le genre humain vivant sa suprême heure.
Et sur son front maudit la femme sans beauté
Portant le sceau vengeur de la stérilité ,!
S'avançait, l'œil baissé, vers le terme néfaste ;
Redemandait aux nuits leur lune douce et chaste.
Et vers un ciel d'airain faisait, de l'aube au soir.
En hynme de sanglots monter le désespoir.
Tous ces rares débris, ces groupes de souffrance,
Avaient de leur prière exilé l'espérance ;
Et, prêts à s'endormir sous le même linceul,
De cent cultes divers ne gardaient plus qu'un seul.
Celui du Christ, idole aux douleurs infinies ;
Du Christ, Dieu qui n'est fort que près des agonies ;
Dieu que j'avais un jour encensé de ma main !
m CHANT YL
IMgne de présider la BMNTt du gieore huBiaiiu On croyait voir marcher, de lambeaux rerétues, • Vers son grand jugeaient un peuple de statues. Des hommes et du Di^ semblaMe est la pâleur ; Il emportait leur âme aux ccmfins du malheur, Rendant par la mort au désespoir qui jNrie ; Ses épouvantements, dans leur vëne ai^uTrie, Achevaient de ^cer un sang dégénéré Qu'un soleil sans rayons n'avait pas eok»é.
Il est temps de r^er, il est temps d'apparaître. D'éprouver si la tombe enfin change de maître ; Si de la sphère d'or les magiques j^sents A l'âme d'un mortel ne mat pas trop pesants.
Et pour premier essai de ma royale ewfie J'arme mon œil puissant des éclairs de la vie ; J'assemble du Delta les tristes habitants.
Semblable à Josué parmi ses combattants, J'adjure le soleil dans la langue divine :
Mon regard s'est fixé sur cet astre en ruine , Le pénètre, et réchauffe, et ne le quitte pas Qu'il ne l'ait dégagé des teintes du trépas.
Lorsqu'un artiste entend gronder dans l'insomnie Le volcan de sa tête en travail du génie ; Lorsqu'il sent le chef-d'œuvre orageux , enflammé , Tourmenter la prison qui le tient renfermé.
Sous la lutte féconde un moment il chancdle , Une ardente sueur de ses pores ruisselle , Son sein bat... il s'élance, il irrite , en courant.
L'ANTECTËIIIST. Ht
De ses esprits de feu félectriqae torrent.
Sa voix renferme nn dieu, sa pâleur surhumaine Semble un masque arraché du front de Melpomène ; On doute si ses yeux lancent , à peine ouverts , Du crime ou du talent les tragiques éclairs.
Sa noire chevelure à tous les vents livrée , Rehaussant de ses traits la démence inspirée, Flotte comme un nuage et flagelle son front. . . Délire foudroyant que ses pleurs expieront !
Pour s'approcher des deux , pour étonner la terre. Son âme sulfureuse entr'ouvre son cratère , Éclate V et le présent ne peut plus contenir L'ouvrage olympien lancé dans l'avenir.
Telle sous mon grand front circulait la tempête , Lorsqu'un monde nouveau jaillissait de ma tête.
Déjà l'astre du jour, dans l'orbe qu'il décrit , Sur son disque vivant porte mon nom écrit.
Je vois se redresser ces peuples en prière , Que mon premier miracle inonde de lumière , Ces peuples mutilés qu'un signe noir marquait : Convives de la mort qui chang^t de banquet!
Dont Tœil , baissé vingt ans, se lève, et me contemple Comme un dieu méconnu qui reconstruit son temple. On foule aux pieds la croix , talisman sans vertu ; Je m'élève en Sauveur sur le Christ abattu.
La peste fuît des airs, . . et j'ai , dans sa patrie , Du typhon dévorant muselé la furie.
Qu'il est beau de rouvrir tant de fleuves taris ! Qu'il est beau de lutter contre un si grand débris ! Sous chacun de mes pas un sépulcre s'efface ; Ce globe , ranimé du centre à la surface ,
17« GHANT VI.
Redemande déjà tous ses panaches verts ; L*ombre de ma pensée abrite l'univers.
C'était peu... Pour prouver à ma peuplade ardente
De mes pouvoirs cachés la force fécondante ,
Je dirige ses pas vers un sol désolé ,
Par les feux du sémoun profondément brûlé :
Lieu stérile , où jamais la marâtre nature
N'avait vu s'enfoncer le soc de la culture ;
Et qui semblait n'offrir à tout germe vivant ,
Que rétemel tombeau de son sable mouvant.
Je commande , et soudain , devant la foule émue ,
Un couple de taureaux pesamment le remue ,
Et durant tout un jour fume sous l'aiguillon ,
Pour confier la graine aux ferments du sillon.
Cérès de nos travaux eût envié la fête !
Le troisième soleil vit poindre ma conquête ,
Et promit des moissons , comme aux vallons d'Enna
En nourrissaient jadis les soufres de l'Etna.
Sûr de trouver la vie autour de sa mamelle.
Chaque espoir sur la terre a reverdi comme elle ; Et mes heureux sujets célèbrent par leurs chants , Au pied de mon autel , la promesse des champs ; Car autant que les lois , sur le sol où nous sommes , L'épi germinateur civilise les hommes.
Oh ! quel lai^e avenir rayonne devant nous !!! L'espérance a des mots qu'on ne dit qu'à genoux ; Et malgré moi la mienne , amoureuse démence , R^ardant bien plus loin que mon prodige immense, Éclairant le nuage où le bonheur s'endort , Autour de Sémida conduit ses songes d'or ;
Tandis qu'an peuple entier , loin de sa vieille idole , Du soleil rajeuni me fait une auréole , M'adore , et me bénit de l'avoir délivré Du Dieu dont il buvait le sang décoloré , De ce Christ qui , tyran de la terre asservie , Déniait aux humains leurs titres à la vie.
Or, je me dis un jour : Fondons une cité
Digne du nouveau dieu par mon peuple adopté.
Choisissons, pour porter ses colonnes hautaines ,
La place où s'élevait Sais, mère d'Athènes ;
La puissante Sais qui détacha du roc
Un temple tout entier, taillé dans un seul bloc :
Afin d'y consacrer, merveille illuminée,
La fête des flambeaux à la nouvelle année.
Fondons une cité dont les plans inouis,
Surpassant tout l'effort des temps évanouis.
Bans son enceinte immense et sous l'arc de ses voûtes
Étalent des splendeurs qui les renferment toutes ;
Forçons l'antique Egypte, aux décombres épars,
A quitter le désert pour orner mes remparts.
On s'élance , on franchit des lieux infranchissables. Semblables au sémoun, nous labourons les sables ; Nous fouillons le désert, en redoublant d'ardeur, Sur chaque point du sol où dort quelque grandeur. Sans lasser aux travaux des peuplades serviles , J'invente des leviers qui déterrent des villes. Chaque siècle renaît, chaque siècle fournit Son débris triomphal de bronze ou de granit,
Ses autds, ses grands dieux au front paré d'étoiles, Et disis souterraine on profane les voiles.
Partout, sous mon regard , se redresse exhumé, Son néant colossal dans la myrrhe emhaumé.
On sonde Fhypogée où, sous Tarche profonde, L'épaule de la mort, comme Atlas, porte un monde : Temple sombre d'un peuple à nul autre pareil , Adorant le sépulcre à l'égal du soleil ; D'un empire où la mort avait ses hymnographes ; Où la gloire jamais ne crut qu'aux épitaphes ; Où chaque Pharaon, architecte du deuil, Commençait à la fois son règne et son cercueil ; Et rival de Chéops voulait, alors qu'il tombe. Combler de ses splendeurs l'abîme de la tombe. On rouvre les rochers où , pour sortir du temps, Rome ancienne envoyait ses remords pénitente, Ses Jérôme, ses Paul, fanatiques squelettes.
Dont le cœur s'entourait de plus de bandelettes Que tous les ibis morts et les rois desséchés. Deux mille ans avant eux sous ces vieux monts ooochés l
On retrouve, en séchant des terres inondées.
Le fameux cercle d or de soixante coudées ; Les trônes décorés de feuilles de lotus, Et les Aménophis par Cambyse abattus ; Et de Mendès vainqueur le profond labyrinthe ; Et les vases murrhins envi^ de Corinthe, Ces vases merveilleux dont les brillants reflets Déployaient l'are-en-ciel aux balcons des palais ; Et les Typhonium, les lampes étemelles, Et les murs qu'ont bâtis de royales truelles. Et les pilastres noirs, ceints du lierre rampant,
Et le dieu symbolique à tête de serpent.
Bubaste noos fournit ses décombres énormes, Et de ses andro-sphinx les proils uniformes, Qui semblent révéler à Poeil contemplateur Que l'Egypte toujours eut le même sculpteur ; Arsinoé, ses tours aux pesantes spirales, Et ses trois cents lions versant les eaux lustrales ; Ombos, ses douze rangs de béliers accroupis ; Ophiodès, sa vierge à la gerbe d*épis, Qui devant Osiris, un moment dévoilée, Appuyait ses pieds blancs sur une sphère ailée. Et qui, levant au ciel un regard triomphant, A l'autel du phâiix berçait Horus enfant.
Diospolis envoie au coeur de mes royaumes Son dieu de diamant et ses trois hippodromes ; Thèbes, tous les débris de ses vieux pronaôs. Que l'aigle pour son nid trouve encore assez hauts ; Ses arches, ses firontons, ses merveilles divines. Ruisselant sur la terre en fleuve de ruines ; Et ses mille tombeaux, tout prêts à s'é^roul^, Que l'éléphant qui passe achève d'ébranler; Où le tigre s'abrite, et mêle à sa pâture Quelques rois ouMiés changeant de sépulture; Et tous ses papyrus, orades obscurcis ; Ses chapiteaux offrant quatre masques d'Isis ; Et de ses lourds piliers les longues avenues , Qui n'avaient à porter que le cintre des nues.
C'en est ùit, de sa tombe une autre Egypte sort, Lazare de granit reeoiiquis sur la mort !
Je porte à ma cité toute l'heptanomide.
Et, comme ses deux sœurs, la grande pyramide Descend le long du fleuve, et de son flanc obscur Vient prêter le silence à mon cercueil futur. Tels que l'antique Syène en of&ait des exemples, Sur mes palais massifs ma main dresse des temples ; Ces temples, à leur tour, s'élèvent couronnés - De cirques, pour mes jeux de canaux sillonnés : Afin que le vieux Nil, aux flots ombragés d'îles. Regarde dans les airs nager les crocodiles ; Afin que l'aigle-roi, passant sur mes remparts. S'étonne de voler si près des léopards.
De ton drame géant voici le plus bel acte.
Reine des souvenirs! ! ! ta forte cataracte
Envoya moins de flots sous les rocs de Philse,
Que sous mcm bras puissant de palais n'ont roulé.
Contre le temps jaloux mon nom les fortifie
Mieux que ton scarabée, emblème de la vie ;
Je te rends en un jour plus que tu n'as perdu ;
D'Idaméelpolis l'hommage t'était dû !
Tu peux, en admirant les splendeurs qu'elle étale.
Juger de mes États par cette capitale.
Je te venge à la fois, fondateur surhumain.
Du marteau de Cambyse et du sceptre romain ;
Et de tes dieux tombés j'assemble ce qui reste.
Pour bâtir sur l'autel mon image céleste.
Mais plus de Christ mourant ; mais je veux en tout lieu,
Par le bonheur de l'homme inaugurer le dieu !
Loin de moi les sanglots du fakir ou du bonze ;
Les cieux d'Idaméel ne sont pas faits de bronze ;
De mon culte brillant les pleurs seront bannis.
L'ANTECHRIST. ITT
La dent da sanglier, en blessant Adonis, Ne réveillera plus une fête ennemie ; Linus ne viendra plus précéder Jérémie.
Sans conduire le deuil autour de mon autel, On pourra soulever mon voile d'immortel !
Le soleil et Tamour, sous leur double caresse. Feront dans tous les cœurs rayonner l'allégresse.
Mes remparts sont fondés. . . . ville aux larges contours,
Quel tremblement de terre ébranlerait tes tours ! ! !
Pour les foyers nouveaux, ainsi qu'aux jours antiques,
Je taillai de mes mains quelques dieux domestiques;
Puis, afin de savoir s'il ne renfermait pas
D'autres hommes encore échappés au trépas,
Je voulus, en volant, faire le tour du globe.
Aux premières lueurs que laissa poindre l'aube.
Devant tous mes sujets je forçai, sans trembler,
Le prodige d'Icare à se renouveler.
De son funeste SOTt je repoussai l'augure.
De l'aigle, comme lui, j'empruntai l'envergure ;
Mais la cire fit place à des fibres d'airain,
Pour affermir mon vol de l'Amazone au Rhin,
Et pour que du soleil les vives étincelles
Ne pussent séparer le dieu de ses deux ailes.
Je m'élançai rapide, et mon premier essor Dans l'espace aux mortels ouvrit un nouveau sort. De mon aile d'abord j'étudiai l'usage.
Du bleuâtre élément je fis l'apprentissage ; Sur la plaine attiédie et sur les monts neigeux.
17t CHANT YI.
Je parvins à dompter ses souffles orageux.
Tantôt rasant, léger, les nopals du rivage ,
Tantôt sous ma grande aile enfermant le nuage,
Jouant, comme un nageur, avec les flots de l'air.
Du soleil, dans mon vol, je renvoyais Téclair ;
Tantôt, sous le rayon que ma poitrine aspire.
De cercles redoublés j'embrassais mou emiûre.
Puis j'enflais mon plumage, et semblable au milan.
Dans l'immobilité j'endormais mon élan.
Comme une proie offerte à mon puissant génie.
Je contemplais d'm. haut la terre rajeunie ;
Je montais, je plongeais, je dominais en roi
Ces gouffres de l'éther qui n'enfermaient que moi.
Pour franchir l'horizon lointain qui se dévoile,
Mon aile disposait des vents comme une voile;
Et brisant quelquefois l'essor aventureux.
De leur fougue ennemie elle s'armait contre eux.
Je me sentais au cœur une joie insensée
De prêter à la chair le vol de la pensée :
Tournant autour du globe aux changeantes couleurs.
Comme une abeille autour d'un citronnier ai fleurs.
L'aérostat n'a rien de cette immense joie :
Suspendu, comme un plomb, sous le globe de soie.
Assis dans un esquif que presse un vil réseau.
On est un prisonnier et non pas un oiseau.
Mais moi, fier, libre, seul, dédaignant tout naufrage.
J'aimais à m'installer dans le cœur d'un orage;
J*aimais à respirer de son air ténébreux,
Moins ardents que les miens, les esprits sulfureux ;
A rafraîchir mon front sous les ondes qu'il verse,
A traverser la nuit que la foudre traverse;
Et je me souvenais à ce suprême instant
L'AMTECHBIST. m
Du chaos de Miltoo sous le toI de Satan.
Puis rendant, tout à coup, le jour à ma prunelle,
Aux sommets de Tétb^ j'allais sécher mon aile.
Dans ces luttes jamais ma force ne ploya.
Mieux que l'ancien pasteur des mcmts Hjmoalaya,
Oh ! comme de l'azur je déchirais les voiles I
Comme j'agrandissais la liste des étoiles !
£t comme avec fierté, loin des champs sablonneux,
Je présentais mon front à leurs fronts lumineux !
Moi qui, fendant si haut l'atmosphère muette,
Semblais un satellite autour de sa planète !
Les grands volcans fumaient au loin en noirs tr^iedi.
Je voyais le soleil se lever sous mes pieds.
£t, sans oser tenter les hauteurs que j'affronte,
Les aigles se disaient ; — C'est notre roi qui moiHe. —
Je les laissais ramper dans leur vol nébuleux.
Les sables blancs, coupés par les longs fleuves bleus,
Fuyaient, disparaissaient sous mon regard superbe ;
Les cèdres décroissaient au niveau du brin d'herbe.
spectacle magique ! ô tableau de splendeur !
Chaque objet qui s'efface ajoute à sa grandeur.
Je comprenais pourquoi les mages et les brames
Avaient fait des oiseaux le symbole des âmes ;
£t pourquoi Faruspice, au laurier radieux,
Enchaînait à leur vol l'avenir fils des dieux.
Je comprenais pourquoi l'air qui nous désaltère
Nous semble si chargé des limons de la terre ;
Pourquoi l'homme ici-bas tend éternellement
Ses bras désespérés vers un autre élément :
Lui, rampant et captif dans sa vie éphémère,
£nfant toujours collé sur le sein de sa mère.
rabandonnaî l'Egypte et, voyageur ardent,
Je dirigeai mon vol vers le vieil Occident.
Je franchis ce grand lac maintenant solitaire.
Jeté comme une coupe au milieu de la terre,
Et dont jadis le^ arts et le savoir humain
Firent deux fois le tour, un flambeau dans la main.
J*abordai cette Europe en talents si féconde.
Dont la voix trois mille ans suffit au bruit du monde,
Et dont rame partout, se transformant en loi.
Volait, de peuple en peuple, aussi vite que moi.
Quel silence I ! ! Salut, fatidique Celtie ! ! ! Qui dans de froids marais si longtemps engloutie. Sans avoir de leur ciel les brillantes douceurs. Devins, comme Psyché, la reine de tes sœurs.
Salut! ! ... Du genre humain la ruche évanouie. Bien loin de tes brouillards d'abord épanouie. Regarda le soleil, choisit pour son séjour Les climats préférés de cet astre du jour, La zone où la nature embrasée, odorante.
Amassait à longs flots la vie exubérante.
Dotait de plus de feux le sang de animaux, Dressait du baobab les énormes rameaux.
Taillait les monts géants, et sur des plages neuves Donnait aux éléphants la grandeur de ses fleuves. Là, tout fier d'adorer l'air et la terre et l'eau. L'homme, robuste enfant, jouait dans son berceau. Et de l'Hymalaya descendu vers les plaines.
Des vents de Téquateur aspirait les haleines. Et sa belle jeunesse, aux bords des flots dormants. Demandait, pour jouir, sa force aux éléments ; Et l'Asie était reine, et l'Europe ignorée
L'ANTECHRIST. 18i
N'avait pas même un nom sur la rive Erythrée.
Mais quand l'homme vieillit, quand sa mâle raison Osa de son honheur déplacer l'horizon, 11 vit tomber Balbeck, il déserta Palmire :
Chaque siècle appauvrit l'Orient d'un empire. L'âme humaine, semblable au barde de Morven, Trouva sous les brouillards son chant le plus divin. L'espérance changea, les lois se transformèrent; Sur le sol d'Occident tous les beaux noms germèrent, £t la fleur de la vie eut un autre réveil Qui ne demanda plus ses parfums au soleil.
Alors ce fut ton tour, Europe sérieuse ! ! !
Changeant en sceptre lourd ta croix mystérieuse. Tu régnas sans partage ; et l'esprit, plus puissant, Fut moins soumis, peut-être, aux révoltes du sang. Salut! d'un jour nouveau tu verras briller l'aube, Vieux continent penseur, cerveau de notre globe ! ! !
Et toi, Lutèce, toi, ville aux mille palais.
Ville dont les pavés combattaient les boulets ! ! ! Je veux qu'une autrefois l'Europe t'appartienne ; Et sous ma royauté tu reprendras la tienne.
Sur tes bords, aujourd'hui, je cherche vainement. De tes grandeurs d'hier quelque large ossement ! Ta colonne, ton arc, ta funéraire aiguille.
Que tu vins près du Nil ravir à sa famille ; Rien n'indique à mon œil la place où fut Paris : L'Occident ne sait pas conserver les débris.
Oh ! que sont devenus les jours où, sans défense, Tu payais à César tribut pour ton enfance !
Oh! que sont devenus les bleuâtres rideaux
m CHANT Vf.
Du saule où tes pleurs attachaient leurs radeaux ! Tes huttes d'une ruche imitant la structure ; Tes verts figuiers, témoins de la triste avoitur^ De Lois, immortel sous les traits d'une fleur Dont il eut l'innocence et la blanche couleur ; Tes lies, au printemps, du cygne visitéei^, Couyertes de glaïeuls et de treilles plantées ; Et la tour en ruine, et le yal$$eau dlsis Qui donna son doux nom aux u^urs des Barisis !
Je néglige Albion, et l'aile déployée.
Laissant au fond des mers la Hollande noyée, Des fleuves nourriciers j'explore les berceaux : Sommets européens qui partagent les eaux.
Je cherche si le temps n'a pas faussé leur pente. Et de ces points du globe altéré la charpente, Interrogeant les rocs dont ils sont hérissés, Prêt à porter la main aux endroits menacés.
J'embrasse d'un élan, et de faîtes en faîtes, Tout ce que Charlemagne amassa de conquêtes; Et lorsque sous mes pieds la Pologne apparaît, J'incline ma grande aile en s^ne de regret.
Si je n'ai devant moi qu'une plage vulgaire Que n'a point illustrée ou la muse ou la guerre. Je franchis un espace immense en peu d'instants ; Mais mon essor s'arrête, et je plane longtemps Sur les points glorieux dont ma route est semée. Et l'on peut à mon vol juger leur renommée.
Je visite en passant les rocs Ouraliens,
Du pôle au lac d'Aral granitiques liens.
Je traverse dans l'air, en suivant d'autres chaînes,
L'ANTECHKIST. 1«S
Cette Asie où les monts portent de vastes plaines.
Je Tois fiiir sous mes pieds tes désertes cités,
Peuple qui te disais roi des antiquités,
A?ant que la science, étudiant tes songes,
De ta carte céleste expliquât les mensonges ! *
Peuple de Conf utzée, aux pentes du Thibet,
Usant un âge d'homme à lire un alphabet ;
Filant tes arts mesquins, sans amour et sans joie,
Comme sur tes mûriers le ver filait la soie ;
Et d'un œil indécis mesurant ta grandeur
A tes magots lustrés, types de la laideur !
Jamais ton pas tremblant ne bondit sur la terre
Au rhythme impétueux des hymnes de la guerre.
Par tes timides lois ton génie arrêté
De Tinstinct du castor eut l'immobilité.
Et comme ton empire, en éteignant sa flamme.
Un mur infranchissable emprisonnait toh âme.
Reste à jamais couché sous ta seconde mort.
Eunuque de Thistoire ! ! ... Et bientôt vers Timor,
Comme un oiseau pécheur qui, sous Tombre des aulnes,
Effleure les glaïeuls et les nénuphars jaunes.
Mon gigantesque vol, sans se lasser jamais,
Du monde océanique effleure les sommets ;
Et planant de Formose aux caps de la Zélande,
De ces lies de fleurs ranime la guirlande.
Là, de réther brillant je gagne les hauteurs;
Puis, abaissant soudain des yeux explorateurs,
Mon regard étonné ne voit que des eaux bleues
Baignant un horizon grand de neuf mille lieues.
Dieu s*est trompé. .. je veux, moi, roi des flots amers.
Donner d'un bras puissant une autre pente aux mers ;
Et pour que notre globe offre plus d'harmonie,
En large continent changer FOcéanie.
Je passe d'Ile en lie, et, fatal aux vaisseaux, Labyrinthe de roc sur l'abîme des eaux, L'Archipel Ds^ngereux m'entretient des naufrages Dont il sema longtemps cette mer sans orages. Puis, durant tout un jour, j'excite la lenteur De mon aile énervée aux feux de l'équateur.
Belle Amérique! à toi qui, pour un autre monde,
Un jour, comme Vénus, sortis des bras de l'onde,
Appelant sur ton sein, de forêts abrité,
Les peuples amoureux de ta fécondité.
Je viens à toi, salut ! ... On dit que sur tes plages
Le déluge amassa mille ans ses coquillages,
Ne pouvant détacher, en fuyant pas à pas.
Ses humides baisers de tes hauts catalpas.
Tandis que le vieux monde, au bruit croissantdesarmes,
Composait tristement son poème de larmes,
Tu t'épanouissais, brumeuse et vierge encor,
Aux feux de ton soleil dont tu faisais de l'or ;
Et tes fleuves roulaient dans leur onde si pure
Assez de diamants pour couvrir ta ceinture.
Salut, fille des mers! toi qui, longtemps enfant,
N'avais pour souvenir que tes os d'éléphant.
Toi, terre où le passé ne prenait point racines.
Si l'on cherchait le nom de tes jeunes ruines,
L'histoire était muette, et l'on ne suivait pas
Sur ton sol limoneux l'empreinte de ses pas.
Mais Colomb t'apparut, tu comptas ses victimes,
Et ta nudité prit la robe de nos crimes ;
Et pour gémir alors sous tes bois chevelus,
Notre harpe d'airain eut une voix de plus.
Du centaure espagnol tes condors s'effrayèrent; Plus que tous nos mousquetsnos mœurs tefoudroyèrent; Les fils du Sénégal traversèrent les eaux, Vinrent pétrir de pleurs le miel de tes roseaux. Sous les brises du soir, aux bords de ton rivage, Le vaisseau négrier balança Fesclavage ; Et pour vomir sur nous For des filons sanglants, Ta Cordillière avare ouvrit ses larges flancs.
J'apporte d'autres dons, et mon œil te regarde, Et ton nouveau réveil est commis à ma garde, Amérique ! je viens te rendre ta beauté.
Dans mon voyage heureux par la vie escorté.
Oui, je viens... et soudain mon bras, sous cette zone, Rouvre, comme une mer, le lit de l'Amazone.
Antiques soupiraux que le temps a fermés.
Trente volcans éteints, à ma voix ranimés.
Fument, et vont nourrir du vent de leur cratère Le feu générateur aux veines de la terre.
Dans les bois de santal, encor sans habitants, La rose vient éclore aux bourgeons du printemps ; Et de magnolias couvrant un sol aride.
Mon regard a rendu son nom à la Floride.
Puis, je reprends mon vol vers l'Afrique ; et des vents Je combattais dans l'air les souffles décevants. Lorsque apparut au loin, à mon œil prophétique,
byGca
I«6 CrfANt VI.
Un écuei! lumineux sur la mer Atlantique :
Ile où vint échouer le plus grand des tàilsseàut Qui jamais de la gloire aient sillonné les eaux ; Ile, pour un exil, de tout monde écairtée.
Où la victoire uû jour jeta son Prométhée ; Où le sort transforma, pour l'abattre à son tour, Son étoile en comète et son aigle en vautour ! Autel où descendit sur le géant du glaive.
Le sacre du malhetu' pour l'absoudre d'un rêve! Je me sentis ému dans mon cœur de lion.
Le vol d'Idaméel chercha Napoléon, Et, planant un moment stir ce^ roches si nufeè. S'abaissa vers un nom de la hauteur des nues. Un saule mort marquait la place des grands os. Quatre rois, par l'exil, tuèrent le héros :
Vainqueurs épouvantés dans leurs palais de marbre! La nature cruelle a laissé mourir l'arbre; Et, plus sensible qu'elle à d'antiques malheurs, Moi, pour le ranimer, je le baignai de pleurs. Je voulus au vieux tronc rendre tous les feuillages Que, pendant trois mille ans, de saints pèlerinages Étaient venus cueillir sur ses rameaux sacrés. Je commande... et soudain ses bras démesurés Élèvent jusqu'aux deux leur verdoyant prodige; De mille autres rameaux chaque branche est la tige. feuillage pieux, plus beau que les lauriers ! ! ! Tout ce que la ferveur des voyageurs guerriers Put ravir de débris au «aule expiatoire Refleurit, et dans Fair monte en forêt de gloire Cent batailles d'airain, comme de grands oiseaux. Semblent s'entre-choquer à travers les rameaux. Et, tel qu'une colombe harmonieuse et pure.
Attristant de baisers cette pâle verdure, Un jeune homme expiré loin du soleil natal, Vient consoler Fexil du tombeau triomphal :
Épique monument, qu'à la gloire inquiète Le sort avait choisi comme eût fait un poète; Et qui semble toudier, des siècles escorté, Aux confins radieux de l'immortalité !
Pour voir si ce héros valait sa renommée, Je l'évoquai : non tel que le fit son armée, Lorsqu'en sa forte main, fier comme Idaméel, Il soulevait l'espoir du sceptre universel ; Mais tel que le malheur d'un nœud irrévocable Vint l'enlacer, pareil à cet infâme câble Qui faisait écrouler sur son fût souverain De la hauteur du dieu son image d'airain ; Lacérait les feuillets du livre de l'histoire, Garrottait dans les cieux l'aile de la victoire, £t sous les mêmes nœuds étranglait à la fois. Devant tout l'avenir, l'honneur de quatre rois.
Je l'évoquai : son front sombre comme un orage.
Triste comme un écueil qui porte un grand naufrage.
Moulé sur les contours du monde impérial.
Se dressa près du mien et presque mon égal.
« Roi, me dit-il, je sais quels lauriers tu réclames;
« On s'entretient de toi dans le pays des âmes.
« Et je disais ton nom quand ton pas colossal
« S'arrêtait pour fouler mon sépulcre vassal.
« D'empires renaissants tu veux doter la terre :
« As-tu sous ton œil d'aigle exploré leur mystère,
a Leurs lois, leur équilibre, et comment, sous le ciel,
188 CHANT YI.
« Ta ruche humaine doit recomposer son miel?
« Roi, le corps social, tout rempli d'harmonies,
u De même que ce globe a ses cosmogonies,
A Ses systèmes planant sur les plus hauts sommets,
n Sousles noms de Lycui^e, ou d'Orphée, ou d'Hermès.
« De quel nom faudra-t^il que ton oeuvre se nomme ?
«Dansquelmoulenouveauprétends-tucoulerl'homme^
« Sur le cercle étemel de la fatalité
« Fais-tu, comme Ixion, tourner l'humanité,
« Ou la dégages-tu du lien qui l'enchaîne,
« Gland semé sur le sol pour devenir un chêne?
« La science augurale, ainsi que Romulus,
« Peut-elle te compter parmi ses grands élus?
« As-tu jeté les sorts de ta ville nouvelle?
A Sais-tu sous la cité quel monde se révèle,
« Et pourquoi tant de fois, dans un tel monument
« Le sang d'un fratricide a servi de ciment?
« Ressusciteras-tu, sous ta main protectrice,
« L'initiation d'Isis législatrice!
« De la société ces obscurs rudiments
« Donnent à lire encor de hauts enseignements :
<c Miraculeux rapports; science sans limite !
« Toujours l'ordre sacré s'y cache sous le mythe,
« Sous le mythe, symbole antique et redouté,
« Tabernacle vivant de chaque vérité !
« De tous les conquérants qui, sur la terre ou V(mde < Ont refait les contours des empires du monde, « Il en est un surtout dont la tête rêvait n Un plan qui bien des fois agita mon chevet. « Il partit, à vingt ans, de sa Grèce indomptée. « Portant dans ses regards Marathon et Platée.
« n partit, il suivit le sentier de succès
« Que lui traçait de loin la fuite de Xercès ;
« De son sort en courant composa Fépopée,
« Déploya Flliade au bout de son épée ;
« Et pareil à ces dieux qui ne font que trois pas,
« Franchit, presque tout seul, la gloireen trois combats.
« Quel élan que le sien ! ! ! Comme moi ma colonne,
« Lui pour son piédestal choisissait Babylone ;
« Son œil plein d'avenir en marquait la hauteur :
« Gigantesque cité, nom civilisateur,
« Sommet dont il croyait ne jamais redescendre;
« Axe sur qui tournait le rêve d'Alexandre;
« Et le seul point du globe où, pour bien gouverner,
« On doive s'établir alors qu'on veut régner!
« Là, dominant cent rois que leur puissance énerve,
« Faisant de sa victoire une sœur de Minerve,
« Il voulait, sur ce sol encombré de palais,
« Avec toutes ses fleurs transplanter Périclès;
« Et tfe rOxus au Nil, du Sind à l'Illyrie,
« Des arts, enfiamts d'Homère, élargir la patrie.
« Gomme on vit Phidias, artiste de l'éther,
« De métaux différents bâtir son Jupiter,
« Le héros, invitant Olympie à ses fêtes,
« Créait un monde grec de ses mille conquêtes,
« De l'oracle de Delphe il semblait animé ;
« Par la prêtresse antique il semblait être armé.
« Et ses féconds projets, mal compris du vulgaire,
« Germaient dans le sillon qu'avait tracé la guerre.
« On croit la guerre aveugle, on ne soupçonne pas
« Qu'un progrès est caché sous chacun de ses pas,
« Et que l'esprit humain, pour briser son écaille,
« A besoin de l'épée et des champs de bataille.
« Si ce songe du âïm se fût réalisé, « Aux balances du sort l'Europe eût moins pesé ; « Et peut-être plus tard, s'égarant dans sa voie, « La louve des Romains aurait manqué de proie. « Mais la mort le surprit. ... Son précoce tombeau « força l'histoire errante à changer de flambeau.
« Ainsi que ce héros, sur ma toute-puissance « Je voulais des États fonder la renaissance, « Moi soldat social ; et je crus follement « Être pour l'avenir plus qu'un événement.
« Je parus j'enfermai, de Gibraltar à Rome,
« La révolution sous le casque d'un homme.
« Ses forces n'avaient fait que prendre d'autres noms,
a Ses harangues encor tonnaient dans mes canons;
« Et mes mains, sur les rois essayant des entailles,
« S'armaient de son volcan pour gagner mes batailles.
«c Car mon ère, ici-bas méconnue un moment,
« De ce drame cyclique était le dénoûment.
« Si de mes vétérans j'anoblissais les têtes, '
« Je prenais leurs blasons dans des noms de conquêtes;
« Et je continuais, empereur-citoyen,
<c L'émancipation du monde plébéien.
« Œuvre ancienne et puissante «t palingénésique,
« Qu'il fallait accomplir de l'Europe au Mexique!
« Porte loi que Moïse au peuple élu donna,
« Quand les tables d'airain descendaient du Sina ;
« Et que dans un seul cri, législateur sévère,
« Quinze siècles après promulgua le Calvaire;
« Forte loi qu'en ses flancs portait le genre humain,
" Voyageur retrouvant ses titres en chemin !
« Hercule pour massue agitant une idée.
L'AKTK€||^IST. \n
« Après qa'k ses travaux la terre est fécondée !
« Être toujours unique en §a diversité,
« Demanda^it pour son vol Tair de l'égalité;
« Et dans un saint effort qui toujours recommence»
« Dégageant de sa nuit sa chrysalide imn^ense!
« Vois, au berceau des temps, l'esprit oriental
« Chercher à l'étouffer sous son dogme fatal :
« La nymphe se débat, sort de son agonie,
« Court de la Bactriane à la Babylonie ;
« Fuit, pour Thèbe et Mçmphis, Tlçide qui la bannit,
« Ébranle, en respirant, trois cents dieux de granjt ;
« Elle passe la mer, et sortant d'un orage,
« Du chêne d'Irminsul vient essayer l'oinbwge;
« S'éclaire, chez les Grecs, de l'astre de Platon,
« Et sans désespérer, dans Rome, avec Caton,
« Fière de prolonger sa lutte expiatoire,
a Prépare lentement l'avenir de l'histoire.
« Mon œil couva longtemps la nymphe avec amour;
a Je la pris dans mes bras pour l'approcher du jour.
« Mais je veillais en vain, fragile sentinelle !
« Les flammes de Moscou consumèrent son aile ;
« L'heure où je suspendis ma lutte de Titans
« Ferma l'orbe nouveavi que parcourait le temps !
« Le Midi, tout à coup, vide de ma présence,
« Perdit, en me perdant, son centre de puissance.
« Édifice, longtemps de gloire cimenté,
« La France en ma grandeur avait son unité ;
« Son peuple d'orateurs dispersa sa fortune :
Mon pilier triomphal, moins haut que la tribune,
a Vit leur toge cacher, sous son pli souverain,
« L'héroïsme muet de mes exploits d'airain.
« Se livrant, sous mon arc, leur bataille frivole, « Les partis, rallumés an vent de la parole, « (Lâches dissensions dont mon ombre a gémi) « Songeaient à tout combattre... excepté Tennemi ! « Oubliant que TEurope, une main sur la lance, « N'admettait qu'à r^et leur poids dans sa balance ;. « Qu'on ne pardonne pas à qui nous 6t trembler, « Et qu'il faut être grand, lorsqu'on veut s'isoler !
« Les âges reculés du vieux globe où nous sommes,
« Ont vu souvent le Nord, le Nord fabrique d'hommes,
« Passer sur notre Europe en torrents populeux,
« Ne laissant que le nom d'un désastre après eux.
« Mais le torrent des czars fut une mer profonde
« Qui sut rendre étemel chaque pas de son onde,
« Et déborda sur nous, sans que jamais le temps
« Enlevât une écaille à ses léviathaus.
« Aux limites du globe adossée et durcie,
« Colosse de frimas, la sauvage Russie,
« Prise dans ses glaçons comme en un grand réseau,
« Se souvint du Caucase où posa son berceau ;
« Fit un pas, et bientôt, conquêtes solennelles,
« Ouvrit sa bouche avide à Tair des Dardanelles;
« L'air enivrant et chaud dans son sang fermenta.
« Au cœur de l'Orient un seul bond la jeta,
« Elle crut à son sort et devança l'histoire.
« Ce fut un éléphant monté par la victoire,
« Qui, fier d'avoir courbé sous ses pesantes lois
« La Perse où je voulais exiler ses exploits,
« Revient vers l'Occident avec ses tours guerrières;
« Sa trompe de l'Europe arrache les barrières ;
« De son ciel despotique il nous porte la nuit.
« Écrasant quelquefois le czar qui le conduit,
« Dotant son dur pays des délices du nôtre,
« Avançant chaque siècle un pied après un autre,
« Ainsi que le Danube il traverse le Rhin ;
« Son sillon d'esclavage est creusé dans Tairain.
« S'il se couche un moment sur le sol qu'il dérobe,
« II prend, pour son sommeil, tout un côté du globe ;
« Et pour sortir vainqueur du funeste défi,
« Au monstre belliqueux cinq cents ans ont suffi.
« Et je le leur disais ; et sous mon trône en cendre « Se perdit étouffé l'oracle de Cassandre.
« L'égalité pleura mon œuvre morte en fleur; « L'aigle noir sur ma France étendit sa couleur ! . . « Roi, livre ton pouvoir à d'autres équilibres. « Rends les hommes égaux, ils croiront être libres ! « Quand le feu primitif est par toi retrouvé, « Fais plus pour l'univers que de l'avoir sauvé ! »
Il dit, et sans vouloir que ma voix lui réponde. Remonta.... J'éprouvai ce qu'éprouvait le monde Quand il changeait de forme à chacun de ses pas. Je crus voir le fantôme emporter dans ses bras. Pour en doter là-haut sa grandeur planétaire , Tous les arcs triomphaux dont il sema la terre. Ce sort voilé, ce nom, type des conquérants.
D'où la gloire coulait comme l'eau des torrents. Me rendit plus profonds les abîmes de l'être ; Et lorsque sous la nue il vint à disparaître. Dans mon œil immobile il demeura sculpté.
Gomme ces monuments faits pour l'éternité.
m CHANT VI.
Je repars» et bieoliôt frandiis d'm» vol obli^ Le sol vitrifié iei& déserts de T Afrique ; De l'Afrique autrefois adresse aux blanches deutist, Rugissaate d'amour sur ses sables ardents ; Qui, trop près du foyer de la force expansive , Étalant les désirs de sa lèvre «aassive , Faisait de son front bas, de çueur bumeclé, Le trône tout ebarnel de Taninialité !
Ébauche où la nature, en ses erreurs insignes, Ka point de Tâme humaine élaboré les signes; Mais que dédommageait, par ses brutaux élans, La vie impétueuse allumée à ses 0ancs !
Mère des forts lions, désaltérés c^ujame elle Aux laves qui tombaient de sa noire mameUe ; Lascive et pantelante, et dans sa nudité Maudi^nt le soleil qui lui prit sa beauté, Le soleil, quelquefois funeste à sa fiamille, Saturne étincelant qui dévorait sa fille ! ! !
D*un ciel plus indulgent] 'abriterai ton front; Sur des rameaux plus frais tes beaux jours fleuriront. Vaste Afrique ! c'est moi, moi prince des prophètes, Moi, qui viens corriger les erreurs qu'on a faites En versant autrefois, des cités aux hameaux. Le vase aléatoire et des biens et des maux.
Je suis Idaméel !.. Et coupant le tropique.
Je vis fuir sous mon œil la chaîne éthiopique :
L'ANtÈCËAlST. m
Point créateur, feyer des Pallas recoûfm, Où la terre, dit-on, entr'ouvrait son flanè liu, Alors qu'elle enfantait, mère désordonnée, La race au front laineux maudite et condamnée. L'homme n^habitait plus sur ces larges hauteurs ; L.a vie avait quitté ces monts générateurs.
Mais, quand j'eus découvert les urnes ignorées, Où le vieux Nil puisait ses ondes adorées.
Et que j'eus en volant salué de la main La source, vierge encor de tout regard humain ; O'animaux du désert quelques races puissantes, I>ont le Nil prolongeait les forces décroissantes, M'aperçurent dans Tair, et tous sur mes élans Dirigèrent de loin leùrà bataillons hurlants. Tous semblaient deviner qu'aux noces de la tearre, Mon voyage invitait le buffle et la panthère ; £t plus qu'aux flots du ;Nl, les bondissants jaguars Venaient puiser la vie aux feux de mes tegards.
Symbole de la force armé de la colère,
£t des êtres créés formidable etemplaire^
Le lion me suitait, te tion indompté
Qu'en un moule royal la nature a jeté.
Près de lui, sans terreur, sous.le soleil s'étale
Bémoth puissant et dont, béte monumentale :
I^u dieu de l^ndostan qtte son dos a porté ,
Sa pesante stature offte la majesté.
Calme daûs ses instincts, profond dans sa vengeance ,
L'angle de son grand front s'ouvre à l'intelligence ;
Et son âme à Tétrott danâ sa vaste prison.
Semble de la pensée entrevoir l'horizon .
Xièccffosse amoureux autour' de son amante.
Laâse des feux du jour et sur le sol donnante,
Promène avec langueur ses désirs palpitants ;
De sa trompe ondoyante il la flatte longtemps ;
Comme un large éventail balance son oreille,
Pour écarter le vol bourdonnant de l'abeille.
Pour que de la fraîcheur le souffle bienfaisant
Autour de ses amours agite l'air pesant.
Et moi je contemplais ces monstrueux mélanges ;
Je pressais du regard leurs peuplades étranges.
Rêves de la nature encor dans son sommeil.
Rêves tumultueux dont l'homme est le réveil.
Je déployais sur eux l'ombre de mes deux ailes ;
Je mesurais mon vol à celui des gazelles.
L'autruche, comtemplant mon voyage des airs,
Fendait, oiseau marcheur, le sable des déserts.
Pour me suivre^ en nageant aux flots dont il s'abreuve »
Le caïman écrasait tous les roseaux du fleuve.
Ma voix aiguillonnait vers mes naissants remparts,
Le pas large et boiteux des caméléopards.
Le long du Nil, du haut de ma route céleste, ■
De la création j'acheminais le reste ;
Gomme on voit l'alouette, en planant sur les blés,
Guider dans les siUons ses petits rassemblés.
Joyeuse, et saluant les sauvages cohortes
Des nouveaux conviés que j'amène à ses portes,
Idaméelpolis les ouvre sans terreur.
Mon peuple avait grandi loin de son empereur.
Le désert, allégé de son sable inutOe ,
Sur un sol que mon souffle enfin rendait fertile,
Voyait de ses moissons s'épanouir l'orgueil ;
Mais les hymens de l'homme encor gardaient leur deuil.
La femme à mes pouvoirs demeurait infidèle.
Et la fécondité ne s'approchait pas d'eUe !
Quand les champs consolés fleurissaient sous mes pas,
Son sein inerte, et froid, ne se ravivait pas.
La puissance attachée aux mots cabalistiques ,
Du globe aux cercles d'or les arcanes mystiques,
Tout ce qu'à mes regards, trois jours, il dévoila,
Ses prodiges divins semblaient se briser là ! ! !
Mon génie étonné pressentait sa défaite ;
Et l'espérance en pleurs interrompait sa fête.
Quand passait une biche avec ses jeunes faons,
Les femmes qui jamais n'avaient connu d'enfants.
Qui jamais n*avaient vu de tête blonde, éclose.
Prendre sous leurs baisers les teintes de la rose ;
De leur mère vieillie embrassant les genoux.
Lui disaient en pleurant : « Mère, racontez-nous
« Comment vos nouveau-nés jouaient sur les pelouses !
« De vos jours d'autrefois nous sommes bien jalouses !!!
« Sous l'ombrage fleuri des palmiers d'alentour,
« Vos fils vous naissaient-ils dans un baiser d'amour?
« Sentiez-vous auprès d'eux, charme qu'on ne peut dire,
« Se fondre votre cœur dans leur premier sourire ?
« Une âme maternelle a son bonheur à part.
« Quand vous les allaitiez, le soir, sous un regard,
« Ne tombait-il du sein aucune goutte amère?
« Aime-t-on son enfant comme on aime sa mère ?
« Rendiez-vous grâce à Dieu d'avoir fait les roseaux
« Que pour vos nourrissons vous tressiez en berceaux ?
« Veniez-vous, au retour de la sainte chapelle,
« Vous mirer dans leurs yeux, pour vous trouver plus belle ?
« Saviez- vous les chansons que l'on chante tout bas
l^d» CrfANt VI.
« A ces petits oiseaux qui ne s'envolient paè ?
« Et saviez-vous pouf eux, le matin, sôus léfrWàttteftei,
« Faire sur vos geûoux un lit de rôSes MaucheS ?
« Hélas ! nous ignorons ce doux enchàntemeift.
« Épouses sans espoir, nous allons tristement
« Voir la maternité dans le nid des colombes ,
« Et plus que lies be)rcieaux nous connaissons lestOMbe^i'
Un vieillard vint à moi. — « Tu nous as raconté
« Qu'il était une vierge, unique en sa beauté,
« Dont le sein n'avait pas, source trois fois bénie,
« De la stérilité subi l*ignominie.
« N'écoute plus son père et ses rébeffions;
« Ajoute ce présent à ceux de tes lions^!
« Vois, pas Un nouveau-né parmi ce reste <f hommes \
« Quel encouragement pour fonder des royaumes !
« Oh ! comme mon regard planerait triomphant
« Sur un monde où luirait une tête d'enfant !
« De Sémida la sainte il faut qu'un fils te naisse,
« Ange aux cheveux flottants tout dorés de jeunesse ;
« Et que nous puissions voir d un peuple grand et iîér,
« Reposer Tavenir sur un front né d'hier.
« Qu'importe que ton souffle anime nos campagnes,
« Si ton pouvoir s'arrête aux flancs de nos compagnes !»
J'écoutai le vieillard et j'hésitai longtemps.
Idaméelpolis et tous ses habitants
De mon incertitude en leur cœur se troublèrent;
Plus haut que mon orgueil leurs terreurs me parlèrëilt.
L'amour, philtre immortel, l'amour, charme de feu,
Que Sémida fuyait à l'ombre de son dieu,
M'attira vers la vierge, un moment égarée.
L'AN'TÉCtffttST. «§
Par uii atiltel rf^aîràm da bôrifiéUIf sép^féft. Jerepaitîs....
Vktat dôVaïit itioi se ifressaît ; Mais ati pied de ses tùds nul ne m'appatais^att. Chaque fleur qu'elle aimait, $af sa tig^e petichée, Semblait pleurer la vierge^à mes regards cachée. Sous Farbre de Fencens où sa voix me parlait, Je ue retrouve plus la paix qu'elle exhalait ! A-t-dle, comme un Dieu qui fuit son tabernacle. De FArar avec elle emporté le miracle ?
Je ne retrouve plus, à travers les roseaux.
Ses pas silencieux cherchant le bruit des eaux. Tenre, ô ma Sémida, du fleuve aux grandes cimes ; J'interroge, en passant, Fherbe où nous nous assîmes, Le palmier, la colline ! et j'entretiens de toi Le lieu des souvenirs, désert autour de moi.
Viens, de ma royauté n'attriste plus la fête ; Tai fait un ciel doré pour luire sur ta tête. L'espérance est assise au trône où je t'attends. Et tu n'auras plus peur de perdre le printemps. N'est-ce donc pas ici, qu'en nos vagues délires. Le soir, nous accordions nos cœurs comme deux lyres? Sous Fombrage enivrattt de roses inondé.
N'est-ce donc pas ici que tu m'as regardé ?
ma blanche compagne, ô colombe envolée !
Le vent pleuré ton nom à travers la vallée ; Et pétiûp ce firmaivieut dont ït a ptis Fazur,
Le lac, sans ton image, est un miroir moins pur ! Les cygnes qui formaient ta familje chantante, Sont muets.... un orage a renversé la tente Où de Gléophanor Textase se voilait , Où peut-être Tamour dans un songe veillait ; Et quand de Sémida mes pas cherchent la trace. Aux ronces du chemin ma pourpre s'embarrasse. Et tu ne reviens pas ! voici mourir le jour ; Habites-tu les cieux pour mieux fuir mon amour ? Ces lys ombragent- ils ta tombe ? ô jeune femme ! Est-ce qu'en leurs parfums je respire ton âme?. ..
J'explorais le vieux mont de nuages chargé, Lorsque du fond d'un antre un soupir prolongé S'élève... Est-ce la voix du père ou de la fille.? Un Dieu peut violer les droits de la famille, O vierge f et cette fois, vainqueur de tes combats. L'arche du mont Arar ne te gardera pas.
Vers la profonde nuit j'ose, à pas lents, descendre; Quel tableau ! ... le prophète expirait sur la cendre ! Il s'accoudait pesant à l'angle du rocher.
Son sourire invitait la mort à s'approcher ; A s'approcher de lui, comme un hôte paisible Connu depuis longtemps dans le monde invisible. Et qui viendrait lui-même, avec des chants amis, Nous apporter les dons qu'il nous avait promis. L'œil du mourant brillait d'une lueur étrange. Comme un albâtre saint sculpté par Michel-Ange,
Son grand front transparent que rien n'a pu ternir,
Rayonnait face à face avec son avenir ;
Réfléchissant au loin, pendant l'épreuve auguste,
La blanche vision de la tombe du juste.
On eût dit qu'au vieillard Dieu s'était découvert.
Et tenait sur la mort le paradis ouvert.
On eût dit que son œil, libre enfin de tous voiles.
Voyait ses actions, comme un groupe d'étoiles.
Monter vers le Seigneur qui disait : — Je t'attends. —
Il semblait s'éblouir de ses derniers instants.
Déjà le roi futur con^mplait son royaume.
Comme Dominiquin vit mourir saint Jérôme,
Cette large agonie à mes yeux s'étala :
Le lion et le saint et l'hostie étaient là.
Et j'admirai de loin l'extase surhumaine
De l'immortalité rentrant dans son domaine !...
Le lion familier était venu d'un bond Prosterner le désert aux pieds du moribond ; Pour l'antre de la mort il avait fui son antre. Sous la roche avancée où l'ombre se concentre. C'était be^u de le voir, triste et baissant son œil. Rêver, ainsi qu'un homme, aux choses du cercueil ! C'était beau de le voir d'une haleine tiédie Rendre un peu de chaleur à la chair refroidie. Son souffle répondait aux aspirations.
Les prophètes toujours ont charmé les lions ! C'était beau de le voir s'allongeant sur le sable, Tendre pour oreiller sa tête caressable A son maître expirant qui cherchait un appui. Quand sa fille nouait ses bras autour de lui. Le vieillard se coucha sur la crinière fauve.
*i CBfANT Vi.
Le sativage oireiller atttoior du grand fiponl chativB Débordait et semblait, voilant le cou nerveux, Sur le crâne du saint remplacer les cheveu^c ; Et puis venait mêler sa teinte nuageuse Aux longs flots épanchés de la barbe neigeuse.
A Tentoui* du vieillard, dans Tombise, au loin v^Atil
Une vapeur d'encens que nul feu n'exbalait.
Il rassemble son souffle et sa force dernière.
Orgue où darani; cent ans a vibré la prient,
Sa poitrine palpite, et cherche encor éeâ sons
Pour des hymnes d'amour sous les mortels frIssMfi.
C'est le chant triomphal que l'agonie enVtmne ;
Le désert attentif avec moi s'en étonne.
Ettout le ciel répond à l'hymne fraternel
De ce cygne écouté pot le- cygne étemel ;
A ce chant des adieux qui flotte, et puis retombe
Où l'espérance luit pour enchanter la tombe.
J'admire en réprouvée l'éclat de cette mort,
Ce miroir d'utte vie où n'est point le remoftt!
J'observais leÉ j^ogrès ée la béatitude. . .
Quand, tottt à coup, changeant de voix etd'att^uè»,
Le mourant, au Seigneur dernier pr^re resté,
Se dressa pour bénir son pain d'éternité.
La grotte resplendit de ces pâques funèbres !
Le goleil de la foi levé dans ces ténèbres ,
Couronna le vieillard, lévite d'Israël,
Dont la mort tarissait le calice du ciel ;
Et sa fille à genoux, sa fille désolée,
Courbait plus bas encor sa tête échevdée.
Tandis que le lion, en pleurs pareillement,
Puisait sa part de vie en son i^ecueiUement . .
L*A^TfC¥llI^T. m
Je fioémte. . . et j'altais, ^Yolté daos bhhd âme., Joindre un nouvel aeteur aux sauglots 4e ce drame; De Fautre, esi JOies futurs, j'allais fraiichir le seiûl , J^am sou plus l)cd ange à ce tal^leau de deuil ; Du trépas (»rQpbétic|ue interrompre Textase; Faire boire au chrétien la lie au 6>nd du vase ; Briser son espérance au bout de son chemin, Comme il osa bris^ un monde dans ma main!
Je voulais effrayer son âme anéantie D'un dernier sacarilége, à la dernière hostile ; Et, du nom d'Antéchrist è ses yeux me parant, lUmplaoe^ le lion au chevet du mourant ! . . . Mais aux pleurs de l'enfant s'amollit ma colèite, Et je laissai le temps de mourir à son père ! . . .
Je Tentendis de loin, pour son suprême adieu,
Disant à Sémida : — « Quand l'âme monte à Bien,
« Elle ne doit, rentrant dans ce soleil qu'elle aime,
« A la nuit d'ici-bas rien laisser d'elle-même ;
« Et pourtant je te quitte, et la divine loi
a Me défend d'emporter mon enfant avec moi ;
m. Et Dieu veut que ce soit à demi que je meure.
« Je vais te précéder dans la sainte demeure,
« Mon enfant ; c'est pourquoi, même pour voir les cieux,
« Je ne pourrai tarir les larmes de mes yeux !
«Je pleurerai toujours la terre où je te laisse,
« Car de l'humanité bien grande est la faiblesse ;
« Car de tous les enfants que Dieu m^avait donnés,
« Toi seule me restais .. Bien jeunes moissonnés,
« Tous les autres là-bas, endormis sous la pierre,
« Ont une croix parmi les croix du cimetière :
« J'essuyai sur leur front les dernières sueurs,
toi CHANT VI.
« Mes yeux ont vu mourir bien souvent, et je meurs ; « Je meurs en rendant grâce au Dieu de Fespérance, « Pour mes heures de paix et celles de souffrance. « Je meurs... Viens sur mon cœur, enfant, presse ma main. « Jacob eut moins de joie auprès de Benjamin ! « Sémida, pressentant, dès tes jeunes années, « Que le ciel te gardait de hautes destinées, « J'arrachai de ton sein les terrestres penchants ; « Gomme le laboureur arrache de ses champs « L'herbe inutile, avant de voir la tiède ondée « Descendre sur la glèbe heureuse et fécondée. <c Adieu. . . Mes pieds sont froids. . . mon œil est obscurci ; « Nul père n'a laissé son enfant seul ainsi ! « Le lion qui me sert te devient ta famille, « Et je vais à sa garde abandonner ma fille.
« Dans l'ombre, à ses côtés, en paix tu marcheras ; « Ses yeux seront ouverts, lorsque tu dormiras. « De la force de Dieu sa force est un emblème ; « L'homme le fit cruel ; il est doux quand il aime, c La mort du genre humain lui rend la liberté « De reprendre, im moment, sa native bonté; . « Laisse-le, sous ce roc, creuser ma sépulture, « Et puis, dans le désert, chercher ta nourriture. « Ma fille! il est des pleurs qu'on ne doit point tarir; « Ne quitte pas la grotte où tu me vois mourir. « Oui, reste en ce lieu.. . l'air où nous prîmes naissance, « Est imprégné, pour nous, d'un baume d'innocence! « Ne quitte point la source où boivent tes ramiers : « Nos sommeils sont plus purs sous les mêmes palmiers ; « On dirait qu'au Seigneur nous restons plus fidèles « En regardant le nid des mêmes hirondelles ; « Et que, fortifiant notre cœur combattu,
L'ANTBCHftIST. M5
« Le lieu des souvenirs garde notre vertu, a Pleure, pleure, rends-moi, comme une sainte femme, « Pour le sang de ma chair tout le sang de ton âme ; « £t si jamais celui qu'a proscrit le Seigneur « Venait de mon cercueil tenter le déshonneur, « S'il osait, SiXkx lieux même où son crime s'expie, « Entre un serment et toi mettre un amour impie, « Songe au vœu prononcé ; ton cœur doit rester seul ; « Pour ton voile d'hymen ne prends pas mon linceul ! »
Sémida répondit... « Dans la triste vallée,
« Je veux, comme Rachel, n'être pas consolée :
« Je garderai mon cœur comme elle, et désormais
« J'aimerai la douleur autant que je t'aimais ;
« On entendra toujours, à genoux sur la pierre,
« Le souvenir des morts pleurer dans ma prière.
« Et je ne permettrai, père, en mon chaste effroi,
« Qu'à mon ange gardien de me parler de toi !
« Et lui seul, de mon front soulèvera les voiles
« Pour t'amener ta fille au séjour des étoiles. »
Et la voix du vieillard dans un dernier effort
Soupira... « Mon amour a retardé ma mort.
« L'ange qui m'appelait de ma lenteur s'irrite ;
« J'ai fait attendre Dieu pour te quitter moins vite. .. »
Avec ces mots l'esprit du cadavre sortit ,
Et des cris de l'enfant la grotte retentit...
Je contemplais la mort.... mais sur le groupe sombre, Voilà qu'une blandieur sortant du sein de l'ombre , Apparaît grandissant, remplissant par degré Toute rimmense nuit de l'antre consacré.
Je crois quelques instants, aux feux dont elle brille,
Que Fâme du vieille ved^m^de 9a 41)6,
Et, pour «a*^<Hiva4iter, ideot 4e6 bwtftwri 4e l'«ir,
Passer €tcepassw>42M^ iee douteux én^f*
Je me tron^^... C'était w ange au Ueu^'^we im :
C'était Fange §ai:4ien de ia d<»nû^ fmim%
Qui 8eial>lait m*aimonq^, T^jâlant à «on c^té^
Que wm hym&à encor nie secait dû^p^.
Un idi m&le imprimait le dédain swr $4 bwcèe*
Sa grande aile, flottant «v la fiioèbie <;(mcbe^
Semblait envelopper d'un voile triomphant
Le lion, le c^d^we, 4t rinunobile«a£»nt
Je m'élm)ç«4^v€^.M.-«C'est aioii,«'estittoi l-^-M^^i^je.
Mon m de ses Siàandewr^ dwM^ le pcodii^ :
Libre du Sâra^ûn vers les mm renîfiitfé,
Dans la groitte avec moi jseoXXjà robsourité.
Plus q^ de mm «mpire aoKaoew^ de «es «bw»^
J'empçarijd vess le jour la vierge tout m liMnoes ;
Et deva^t Taixtre obscur^ a^kulcse du vieUlacd,
Je roulai «oiis JiM)p fiied, «n w>4ier de FAror.
( L'^er epDL .était là de $a triple lec^wre, Lorsqu'il sentit trembler la rouge ar^tecture De ses mille pilieirs, et sous Je sol fumant Vit ses monstres impurs rentrer confusément.
H s'arrêta... C'était l'heure jan^i& prédite, Où le Christ insulté sur la page maudite, Traversait le çbaos. Rédempteur clandestin!
L'abîme en ressentait le contre-coup lointam. Gigantesque ornement des sombres Babyloijk^,
L'ANTECHRIST. Wl
Trois éléphants de fer tombent de leurs colonnes
Aux pieds dldaméel, qui demeure voilé
Sans s'informer pourquoi son empire a tremblé !
Génie au front hautain fait de bronze et de flamme,
L'abîme s'ébranlait sans ébranler son âme.
A ce choc d'un moment il restait étranger ;
Sa royale grandeur n'admet pas le danger.
11 croit que c'est Satan qui là-bas se remue
Sous les rocs gémissants de sa montagne émue ;
Et l'enfer recommence à lire sans effroi,
Peuple qu'a rassuré le calme de son roi. )
TROISIÈME TABLE D'AIBAIN D'IDAJUÉEL.
Gomme Dieu dans son ciel, je vis dans ma pensée. Loin, bien loin de l'espace et du temps élancée, Dédaignant le regard d'Herschell, de Cassini, Mon âme ouvre son aile aux vents de Tinfini ; £t dans son large essor dépasse, vagabonde.
Le voyage élevé que fait l'esprit du monde ; Puis, brûlante d'orgueil, redescend dans mon sein, Pour couver sous ses feux mon immense dessein.
Creusons un nouveau lit au torrent de la vie. Il faut à mon amour que la vierge asservie.
Dans ce bel Orient, premier-né du soleil, S'éveille sur mon cœur du mystique sommeil.
De l'antre du jaguar au nid de Thirondelle, Les échos de ce globe attentif parlent d'elle ; Le chant de l'alcyon a des soupirs d'hymen ; Léviathan joyeux dit aux flots : — C'est demain. — La tige du palmier, la cime du grand chêne,
aïO CHANT VII.
M'ont crié : —Jette aux vents le serment qui Fencbatne;
Qu'importe de son dieu le stérile courroux,
Quand c'est un autre dieu qu'elle prend pour époux. —
Monpeupleattend; mesbrassontouverts . . qu'elley tombe !
!Neuf soleils de son père ont éclairé la tombe,
£t prolongeant pour lui le culte des douleurs,
Toute son âme encore appartient à ses pleurs.
Ne troublons pas le deuil de la douce orpheline.
Au tombeau paternel, alors qu'dle s'incline,
J'entends sa voix gémir et murmurer tout bas.
De ces nmts qti! poul^raient réveiller dtl trépe» :
« Père, père, pourquoi m'a voir abandonnée.'
« Tu me disais : — Devant la suprême journée
« Qui doit voir pour jamais se coucher te soleil,
« Le père et les enfants ont un âge pareil.
« Dieu ne nous punit point, ma fille, il nous ras^ettMe,
« Sous l'aile de la mort il no«r!s abrite ensemble ;
« £t c'est un grand bienfait du monde à son ééeBn,
« De ne laisser du mofns nul enfant orphelin. —
« Tu le disais, mon père, et pourtant je te pleure!
«( Je perds la seule grâce attachée à cette heure ;
« Dieu me laisse des jours pour attendre et souffrir :
« Que ce monde désert est longtemps à mourir!
« J'accepte pour toujours, languissanie et fanée! « Ce long sommeil du cœur où tu m'as condamnée; « Je ne serai point mère, et mon vœu me défend « De rattacher ma vie au berceau d'un enfant. « Je cueillerai les fleurs qui croissent sur les tonièes. « J'enseignerai ma plainte aux petits des colombes; « Et mes pieds dotdoliyeax, mes pieds dé<ioloré8
LA FfN m Mt>KDE. Iff
« Je verrai s'incliner les rameaux du palmiste, « Et ma placé au sdeil co^me mol sera triste. « Dieu me laisse des jm^nrs p<yur attetidre et sbuflMr : « Que ce monde désert est kmg^mps à movirî^I
« Mon père ! ? apparais-moi lia ûtrfl prèâ de ta ce»^e ;
« Je montrât demain, ce soiï tû péu< descendre ;
« En voyant mes regrets IMeu té le permettra,
« Et, bénie au saint lieu, ta mdSn me bénira .
« Vienspassersouslechéneoùtousdeu!xiiôuii^ssàiMes}
« Eûsëfgi»e à mes r^ar As comment on voit tes âmes.
« Et mêlant ta parole à té plafàte des veàts,
« Toi qui les as quittés, souriens-toi ^ vivants!
« Viens,j'essuieraf mesplenrs;deslysceindroMmat0le :
« Je ne t'appeH^ pas pour attHstei* ta fête ! ! !
« Dieu me laisse des jours pour attendre et souffHy :
« Que ce monde désert est longtemps à mourir f »
Et moi, raoî recueillant ses larmes virginales, Je lui disais comment de magiques annales Allaient recommencer pour ce globe sauvé ; Sous un de mes regards l'Océan ravivé ; Mon long voyage autour de mon muet royaume ; Sainte-Hélène à mes yeux offrant le seul fantôme, Le seul monarque mort assez grand, sous le cieï, Pour parler de son nom devant Idaméel; Les tigres me suivant au désert de Cyrène ; Tous mes peuples du Nil la demandant pour reine, Lui dédiant de loin ma naissante cité ; Et déjà l'avenir brillant de sa^ beauté.
L'avenir^ tesk rsimean ressuscité par elle,
«ta CHANT VII.
Et qui tous les cent ans ouvre une fleur nou?elie.
Je charmais son regret lentement endormi ; Mais près de Sémida j'avais un ennemi, Un étrange ennemi... le lion domestique Que bénit, en mourant, le vieillard prophétique. Nul philtre à mon parti n'avait pu Tenchaîner. Soit que l'esprit du mort sur mon cœur vînt planer, Soit qu'un instinct rival de la pensée humaine Contre mon espérance eût allumé sa haine, Il semblait s'irriter du progrès de nos nœuds ; Autour de moi, dans l'ombre, il rôdait soupçonneux; Et passait tour à tour, gardien de la famille. Du sépulcre du père aux amours de la fille.
Il osait sur mes sens essayer la terreur ; Et moi d'un seul regard je brisais sa fureur. Un jour que j'effeuillais une blanche ketmîe Sur le front transparent de la vierge endormie, Le lion m'aperçoit de loin, et courroucé, Se ramasse un moment sous son poil hérissé ; Puis d'un cri prolongé réveillant mon amante. Vient droit à moi, terrible et la gueule écumante. Je le regarde alors.... et lui veut s'affranchir Du charme dont l'éclair le contraint à fléchh:. Ne pouvant entre nous abaisser sa paupière Que j'immobilisais ainsi qu'un œil de pierre, S'indignant, et sentant, lorsque je suis vainqueur, Qu'en fascinant ses yeux je subjugue son cœur, Il enfonce sa griffe en leur profonde orbite, Échappe à mon pouvoir dans une nuit subite.
Et du prestige ardent dénouant les liens, Désarme mon regard en éteignant les siens.
Sa force ressuscite invulnérable, immense,
Et de ses crins dressés agite la démence ;
Son cri, de Sémida fait expirer la voix,
Autre charme pour lui si puissant tant de fois!
Il s'élance vers moi. . . . mais l'aveugle tempête.
Passe d'un bond trop large au-dessus de ma tête ;
Il me cherche, il s'égare, et sous deux jets de sang,
Dans la nuit qu'il s'est faite il tourne en rugissant.
Je contemple attendri le monstre magnanime.
Qui retrouve sa force et qui perd sa victime.
S'éloigne, se rapproche, et quelquefois rampant.
Imite en ses détours les ondes du serpent.
Sans étancher sa soif dans le sang des blessures.
Sur le tronc des palmiers il grave ses morsures,
Ou, se dressant debout contre un roc décharné,
Croit dans ses bras de fer m'avoir emprisonné.
Le sable est balayé du vent de sa poitrine,
£t les autres lions, du haut de la colline,
S'étonnent en voyant que ce roi des déserts
De ses bonds convulsifis tourmente ainsi les airs.
Sous ses propres excès enfin sa rage expire ;
Il tombe, je l'enchaîne ; et Sémida soupire
Lorsque ma main le lie au rocher colossal.
Qui couvre du vieillard le sommeil sépulcral :
« Toutes les voix du ciel par son cri me maudissent,
« Me dit-elle, et mes maux de ses maux s'agrandissent,
« Ce qu'il avait d'amour dans son cœur de lion
« Veillait pour s'opposer à ma rébellion.
« Il gardait mon serment, il prenait ma défense.
« C'était l'esprit vengeur d'un père que j'offense
« En écoutant ta voix. Fuis, tu ne peux rester ;
« A l'ombre d'un tombeau laisse-moi m'abriter ;
tlK CHANT VII.
« Laisse-moi m'avancer seule vers cette riv«,
<i Où comme un cygne Manc Dieu veut ifo» Fcm arrî^.i^
Elle se tait et pleure, et puis vient à pas laits
De Faveugie lion laver les yeux sangknts,
£t, chaque jour sa main, devant la sépaluure,
A ranimai plaintif apporte sa pâture.
En lui disant. . . « Hélas ! tu perdis la clarté,
« Pour demeurer fidèle et n'être pas dompté ;
« Et moi dans le regard dont tu fuyais la flaii»iie,
« Je puise imprudemment les vertiges de Tâme.
« Tu n'as jamais veillé près de ton lionceau
« Avec autant d'amour qu'auprès de mon berœau,
« Quand j'étaistout enfant; maintenant, eommeun^B^
« Tu gardes nuit et jour la tombe de mon père ;
« Maintenant des liens de fer pèsent sur toi.
« Oh ! ne réveille pas le vieillard contre moi.
« Je viendrai te servir, et malgré sa faiblesse,
ff Ma main allégera la chaîne qui te Messe ;
« Et je te nourrirai des frmts de mou jardin,
« Comme Eve nourrissait les lions dans Édexi. »
Et le lion, gardait pour moi toute sa haine.
Léchait la douce main qui souÉeVàtt sa éhatb^.
Autant et plus que lui veillait sm Sémida, Instrumoit que David pour les cieux accorda.
Trésor miraculeux resté dans sa famille.
Passant, tout e^mstellé, du vieillard à sa Mé, Une harpe mystique, et dont les cordes à'<^ Luttèrent autrefois contre Fesprit d'Endor.
A l'ombre des palmiers quand la vk^ chtétmÊBB
LA ftlï tW fiOlNDE. M
Pressait eatœaes bras cem ha^egar^Uonae, Plein des souffles de Dicw, le soq 4|u'eUe ^h^laily Lamentable et jaloux, contre moi lui parlait. C'étaient d'amers soupirs, des notes désolées, Comme la voix des morts pri^t dans les vaUées. C'était le deuil souffî*aat des suprêmes adieia. L'arpège saint, trempé de pleurs mélodieux, Comme Saiil en proie à l'ange des ténèbres, Exorcisait Tamour par ses ;rhythmes funèbres. Montait, passait, flottait de douleurs en douteurs ; Pour fermer leur calice il tremblait sur les fleurs. Tantôt U évoquait, veuves 4emi-voUées, Les gaiumes devant ;noi luyant éehevdées ; Tantôt avec lentc$ur, sur le cœur oppressé, Laissait tomber le poids de son thème glacé, En ramenant sans cesse à ta même harmonie, La phrase in^pitoyable en sa monotouie ; Faisait gémir ses chants dans la fuite des eaux, Ou vibrer la prière aux pointes des roseaux ; Ou frappait en éclats, sur Técho des ravines Pour en faire jaillir les menaces divines.
Le lion accordait de mom^its en moments.
Aux lamentations ses longs rugissements.
Les colombes qu'en vain j'épouvantais du geste, S'abattaient, pour pleurer, sur l'instrument céleste. Maître de Sémida, l'accord aérien Triomphe, et prend son cœur même à côté du mien On dirait que la vierge, écartant sa défaite, Aspire ) en chaque son, l'esprit du roi prophète. M'échappe par Vextase, et vers le firmament S'enfuit, sans emporter l'âme de son amaut.
fl6 GHANt VÎI
Pour soumettre à ma loi rinstrument invincible, J'appelle avec mystère un démon invisible :
Génie aux yeux mourants, esprit de volupté Que Tabîme adorait sous le nom d'Astarté.
a A cette sombre harpe enchatne-toi, lui dis-je; « Transforme, en l'habitant, le sinistre prodige ; « Viens... » Et déjà trois fois les cordes ont gémi ; La harpe avec terreur s'ouvre à son ennemi.
Prend son souffle, et déjà prête à chanter ma gloire, Sent son captif vainqueur régner sur son ivoire .
Combien j'ai tressailli quand, pour l'hymne du soir, Sous l'arbre des concerts Sémida vient s'asseoir ; Prie avant de chanter, et pâle, inconsolée.
Contemplant cette harpe en secret violée.
Ignorant quel démon vit dans ses fibres d'or. L'approche de son cœur, sans l'éveiller encor.
PBIEBE DE SEMIDA.
« Avant que Jésus-Christ nous léguât son génie,
« Les cieux étaient bornés et la terre infinie ;
« Toujours quelque géant luttait contre les Dieux.
« L'homme, déshonorant son berceau radieux,
» S'endormait dans sa chair sans espoir et sans flamme,
« Comme en son lit fangeux s'endort l'hippopotame ;
« Et de rêves impurs peuplait son lourd sommeil,
« A faire reculer les coursiers du soleil !
« Mais un doux messager nous porta la prière. « L'âme de l'univers changea de sanctuaire ;
« La nôtre, ^i tout l'éclat de sa blanche pudeur, « Sensitive éveillée au toucher du Seigneur, « Évangélique fleur, s'épanouit aux charmes « De sa nouTiile vie éclose sous nos larmes ; « £t dans son beau calice, où descendait le jour, « Pour la première fois vit le mystique amour.
« L'homme, comme une sœur qui veille à sa soufirance, « Sur le front du malheur vint baiser l'espérance ; « Et vers le grand concert des mondes lumineux, « Envoya son esprit, nouveau-né de leurs feux. « L'ancien sépulcre ouvrit son ombre, et de nos tombes, « Chastes nids d'où la mort voit s'enfuir ses colombes , « Comme un reptile noir le néant fut banni :
« Notre dernier sommeil eut un rêve infini.
« Oui, la vie en fuyant soulève autant de voiles, « Que les adieux du jour font éclore d'étoiles. « mort ! viens m'abreuver du flot rajeunissant, « Viens changer en éther le limon de mon sang, « Prends en main la clef d'or des fêtes étemelles. « Nous rampons dans la vie en attendant tes ailes, « Et nous tenons de toi notre immortalité, « Diadème de feux, par une ombre apporté.
" Ma harpe maintenant, ma harpe consacrée !
« Transformons la prière en Cécile inspirée ! » £t les sons appelés lui répondent ardents.
Elle évoque l'amour sous ses doigts imprudents ; Et le charme triomphe, et chaque corde oublie Du mysticisme éteint la lugubre folie.
Sa frémissante main s'efforce vainement
fll8 CHANT VII.
D'accorder à son deuil les viàx du talismam ; Elle demande en Yain à ses plus beaux canti^piei De rendre aux fibres d'or leurs larmes ejctatiques ; La harpe, entre ses bras, ray(mae et FélilNiit. Comme une lai^e fleur Faccord s'épancmit.
Lançant dans Fair, au lieu de vapeurs odorantes, Tout Famoureux poison de ses flèches vibrantes. La harpe fait éclore à ses appels puissants.
Tels qu'un mirage ailé, mille sylphes dansants, £t semble réunir, magique et possédée, Aux voix du sentiment tes tableaux de Fidée« Plus Sémida s'obstine, et plus la volupté Transpire abondamment de l'ivoire enchanté.
La passion s'empreint dans la note r^wUe, Les bémols langoureux lui diseï^ qu'elle est belle , Et jettent, séducteurs comme une voix d'amant. D'harmonieux défis à son étonnement.
Des couleurs de l'amour les gammes nuancées, Échos révélateurs des brûlantes pensées^ Courent dans ses cheveux en frissons caressants ; Font rés<Mmer l'ivresse au clavier des sens. Ou viennent ranimer, pour ses rêves de femme. Tout un monde oublié dans les sommeils de Fâme. Les ramiers, par leur deuil autrefois séparés. Descendent, deux à deux, de leurs pleurs délivrés. Ils ont changé de voix sur la harpe changée.
Des sanglots de David la nature est vengée ; Et la vive lucic^e, attentive aux doux sons^ Semble de j^us de îmx étoUer les gazons.
Et d'un réseau d'accords la vierge est prisonnière ; Le ciel ne descend plus au m de sa prière, Et son pieux espoir, de langueur affaissé,
LA FIN DU MONDE. tt9
Sacoombe au charme heureux qu*elle ti^it emlnrasié. Comme piquée au eoeur par le serpent scmore, Sa forée rabandonne, et voltigeant encore, Les derniers sons émus du talisman vainqueur Viennent ha lier ses yeux obscurcis de bonheur.
Tel un doux rossignol, luth ailé qui soupire,
Jaloux du luth savant qu'un troubadour inspire,
Chante, pour arrêter les défis insultants
De ce nouveau rival étranger au printemps.
Sa voix de ses refrains déroule le caprice ;
Son plumage innocent du combat se hérisse ;
n tressaille, il s'irrite, il change de rameaux;
Le vallon pour lui seul ouvre Ums ses échos.
Mais sa force s'éteint, sa voix se décolore,
£t s(m hymne à la nuit n'atteindra pas l'aurore ;
Ainsi que son espoir son souffle ardent a fui ;
L'infatigable luÀ a plus d'accords que lui.
Il se tait, lui, Famant de la rose enflanmiée !
De la création la voix la plus aimée !
n croit que sa ^Mte est une insulte à Dieu ;
Le jasmin qu'il habite a son demi^ adieu ;
Dans les rameaux plaintifs que Zéphire balance,
Poëte aérirai, tué par son silence.
Il tombe défaillant ; il tombe de sa fleur,
Sur le luth dont le chant vient de briser son cœur.
Et semble, en expirant, doux rival qui pardonne.
Léguer à son vainqueur Tâme qui Fabandonne.
La voilà m'appelant son maître et son seigneur;
tfO CHANT VIL
Sa lèvre, sans sourire, a des mots de bonheur.
La voilà par degrés lentement ranimée.
Et douce, et cakne, et prête au charme d'être aimée.
Qu'elle est belle ! . . . Une nuit, qu'éloignés de TArar,
Respirant la fraîcheur de la mer d'Aghtaftiar,
Dont le flot croit sans cesse, et couvre, exempt d'orages,
La corbeille de fleurs qui lui sert de rivages ;
Je disais : — « Sémida, tiens, regarde à tes pieds.
« Oubliant des forfaits par la gloire expiés,
« Loin de sa Babylone, une reine puissante
« A baigné ses splendeurs dans cette mer croissante.
« Elle a cru l'enchaîner à son berceau natal.
« Tous les bras asservis du monde oriental
« Sont venus, quarante ans, de miracles prodigues,
« Déraciner des monts pour en bâtir des digues.
« On les voit poindre encor sous les flots insoumis;
« La mer n'a point encor vaincu Sémiramis.
« Veux-tu, ma Sémida, voir surgir de l'abîme
« D'un passé merveilleux le colosse sublime ?
« Voir revivre un moment pour le monde étonné,
« Ce royal souvenir de siècles couronné ?
« Voir Sémiramacerte, altièré hécatompyle,
« Relever du tombeau sa grandeur immobile,
« Et tous ses arcs géants, d emblèmes surmontés,
« Poèmes de granit par l'histoire sculptés ?
« Oh ! veux-tu de Ninus voir la veuve elle-même,
« Pour le purifier, t'offrir son diadème,
« Et recevoir de toi dans sa belle cité,
« Des leçons de puissance et d'immortalité ?
« Fais un signe, et soudain, comme un grand météore,
« Des temples sur la mer luiront jusqu'à l'aurore.
« Tu régneras sur eux; tu soumettras au frein
LA FIN DU MONDE. Sif
« L'éléphant accroupi portant des dieux d*airain; R Et le lac d'Aghtamar, d'un antique royaume, « A tes pieds , Sémida, jettera le fantôme,.
« Comme il jette le soir sur ses bords frémissants, « La perle ^'ii roulait dans ses flots caressants. »
Elle me répondit : — « Mon seigneur et mpn maître,
« Puisqu'à votre désir vous pouvez tout soumettre ,
« Je vais, sans redouter un sourire railleur,
« Oser vous demander ce que je crois meilleur.
« Près des murs d'Érivan il fut un monastère
« Qu'on venait visiter de bien loin, quand la terre
« Avait des habitants qu'elle pouvait nourrir ;
« Monastère où vivaient pour prier et mourir,
« De vigilants chrétiens, tous vers le ciel en marche ;
« Monastère bâti des mains d'un patriarche,
« Dont les pilastres d'or, immenses en hauteur,
« Marquaient la région des pensers du sculpteur.
« Du côté d'Orient s'omTait chaque chapelle,
« Comme une fleur du jour que la lumière appeUe.
« Tout était symbolique en ces lieux, et l'on dit
« Que du temple étemel le Sauveur descendit,
« Pour marquer d'un rayon les contours de l'Église ;
« Vision de l'amour que la foi réalise!
« Toujours ce monument d'encens était voilé ;
« Trois clochers s'élevaient sur son cintre étoile,
« Et cherchant de plus près la céleste ressource,
« Ramenaient dans les airs la prière à sa source.
« La cendre des martyrs que des fleurs embaumaient ,
(t Que des baisers pieux sans cesse ranimaient,
« Dans des châsses d'argent s'y gardait renfermée ;
« Il possédait le cœur de sainte Ripsymée.
Mi CHANT VII.
« Ce nonastère, avec tous ses trésors de foi,
« Voulez-vous, roi paissant, le rebâtir pour moi,
a Afin que si mon ange Éloïm me seconde,
« J'aiHe y prier pour vous jusqu'à la fin du monde ?
« — Quoi ! mes mains relever relise d'Ekmaïm,
« Pour qu'un temple de phis s'ouvre à ton Éloîm?
« Pour que ton faible cœur éveille en chaque pierre,
« Contre ma royauté, la voix de la prière ?
« !Non, non ! . . . J'habituerai tes yeux, loin du Seigneur,
« A reposer sur moi l'éclat de teur bonheur.
« Je saurai, reprenant les droits qu'on me conteste,
« Endormir mon amante en sa pourpre céleste!...
« Ce monde, Sémida, de mon soufOe animé,
« Ne finira jamais si je puis être aimé !
« La vie à flots heureux dans ses veines circule ;
« Il suit Idaméel, et tu veux qu'il recule!... »
Alors tout égarée : — « O mon Idaméel,
« Est-ce donc reculer que de monter au ciel ?
« Ton amour m'éblouit et de Dieu me sépare.
« C'est l'astre des marais qui brille et nous ^are ;
« C'est le myrte d*ai^nt, donné par les démons
ft Pour nous faire accomplir le mal que nous ainMHis ;
« C'est le gnome de flamme, et qui dans Rome and^me
« S'échappait de l'anneau d'une magicienne,
<{ Pour attira la vierge au seuU de son amant,
<i Ou surprenait les cœurs du fond d'un diamant.f
« Écoute, Idaméel! Suivant leur double voie,
« Deux étoiles au ciel brillaient ; l'une en sa joie
« Se penchait et chereliait sur la terre, la nuit,
<i Les belles actions dont le mystère luit;
« £t lorsque ses rayons, dans leurs candides veilles,
« Venaient à découvrir une de ces merveilles,
« L'étoile, pour la voir, redoublait de clarté ;
« Du dévouaient sublime éclairait la beauté,
« Et baisait chastement, toute contemplative, -
« De l'océan du cœur cette perle native.
« Mais l'autre, étinoekat à la même hauteur,
« Portait sur les méchants son rayon scrutateur,
« Épiait les for&its, éclairait l'adultère,
« Souillait son diadème aux fanges de la tene ;
« Et sans blanchir leurs flots, b^ireuse devant eux,
« Prenait leur flétrissure en son disque honteux.
« Or, die fut n^udite, c« toi, tu fais comme dle^
« Ton regard triomphant dans mon âme démêle
« Les profanes désirs qui se cachent au jour.
« Oh ! n'anéantis pas la vertu par l'amov» î
« Lorsque l'aurore au cid s'éveille, elle décore
« Des saphirs du matin le lys qui vient d'édme.
« Lorsqu'une mère près de son fils au batseau
« S'éveille, elle choisit son plus brillant joyau,
« Afin d'en couronner cette tête charmante :
« Toi, tu choisis te mal pour parer ton amante.
« Hélas! les passions que l'on sert à genoux,
« Nous aveuglent avant de se saisir de nous,
« Comme un faucon, pour prendre un troupeau de gazelles,
« De leurs yeux grands et doux dévore les prunefies. »
Ainsi parle la vierge, esi proie au feu caché Du philtre inexorable à son cœur attaché; Et sa molle pudeur en rougissant m'évite.
Et mon amour, craignant de l'effrayer trop vite. S'entoure de prestige, et se fait précéder
m CHANT VII.
Des magiques lueurs qu'elle aime à r^arder.
Il s'avance, voilé du charme qu'il déploie.
Td le sombre requin, pour amuser sa proie, Fait au loin devant lui nager, quelques instants, Un poisson merveilleux, aux reflets éclatants. L'œil se laisse surprendre aux courbes vagabondes Du vivant arc-en-<;iel qui joue au sein des ondes. Tantôt subtO, rapide et brisant son esscH*, Il perce les flots bleus de mille aiguillons d'or ; £t tantôt, déployant la gaze de ses ailes.
Il fait pleuvoir des airs d'humides étincelles ; Il distrait la victime, et le monstre puissant Suit de ses jeux trompeurs l'édat phosphorescent.
Que de fois, que de fois, lorsqu'aux forêts prochaines Le soir voilé dormait sous la fraîcheur des chênes. Pour lui parler d'amour j'empruntai la douceur De la voix des ramiers qui la nommaient leur sœur! De la brise enivrant la fleur qu'elle a baisée ; Du mimosa disant : — Je t'aime ~ à la rosée.
Pour conquérir la vierge aux soupirs des amants, J'invoquais de la nuit tous les enchantements ; Et je sentais alors, de mon espoir complices, Sur nos longs entretiens déborder leurs délices. Avec mon souffle, autour de ses cheveux aimés, La nature envoyait des songes embaumés ; Et malgré ses combats, malgré ses terreurs vaines, La volupté des nuits ruisselait dans ses veines. Si notre esquif au flot le soir s'abandonnait. Au courant du bonheur le flot nous entraînait. Elle échappait à Dieu ; Zéphire, à chaque haleine, Lui fait tomber du cœur un anneau de sa chaîne,
Le chant des bengalis endormait son effroi ;
L'onde en baignant ses pas les attirait vers moi.
Les étoiles sur nous se penchant d'elles-méme,
Semblaient lui décerner les cieux pour diadème ;
La brise, le ramier, le mimosa rêveur,
Sollicitaient son âme à changer de ferveur,
Gomme un cygne au printemps, sous des berceaux d*ombrage,
Pour de nouveaux hymens vient changer de plumage.
Et cependant, ainsi qu'un remords obstiné, Le lion sans regards, au sépulcre enchaîné, S'agitait dans ses fers et dans sa haine ardente. Du tombeau paternel voix lointaine et stridente!
Que de fois sur l'Arar, quand Forage en fureur Enveloppait les monts sillonnés de terreur.
Pour surprendre ses flots à leur source écumante, Mon char miraculeux enleva mon amante !
Assise à mes côtés, le front sur mes genoux, Du vertige enflammé qui volait avec nous Elle suivait sans peur les routes inconnues.
L'aigle avait des amours moins rapprochés des nues. Je voyais dans mes bras l'enfant silencieux Rougir de son bonheur en regardant les cieux. Les vents nous escortaient, et sur mon sein pressée, L'éclair illuminait ma belle fiancée.
L'orage adulateur enflait ses cheveux d'or.
Colombe à qui l'amour prête un vol de condor. Elle quittait son nid pour planer sur son aire. Je lui parlais d'hymen au berceau du tonnerre ; Et sou cœur, en fuyant sa mystique prison.
S'agrandissait d'orgueil comme notre horizon.
De notre course ailée elle preuait les rênes. Je la voyais avec la majesté des reines, Commander à la foudre, échapper envolant Au choc de Tavalanche et du rocher croulant; S'enivrer de vitesse, et de cimes en cimes, Glisser sur Farc-en-ciel qui joignait deux abîmes. Cèdres déracinés! palmiers! pins frémissants! Vous balanciez sur nous votre hymne à mille aoeenis! Et vous faisant gémir comme une immense lyre, L'ouragan respiré doublait notre délire.
Il me semUait alors que la voix d'un amant Résonnait dans son coeur plus haut que son sennei^. Ssi fierté réclamait sa part de mes conquêtes ; Elle adorait en moi le vainqueur des tempêtes ; Et je sentis un jour les lèvres de Fenfant Baiser la royauté sur mon front triomphant.
O combien ma puissance exaltait son ivresse ! Qu'il est doux d'être un dieu pour faire une déesse ! Pour la voir, oubliant jusques à sa beauté.
Réfléchir dans ses yeux notre divinité!
Pour jouir du rayon qui la métamorphose , Pour emporter l'amour dans notre apothéose ! ! !
Et cependant, ainsi qu'un remords obstiné.
Le Mon sans regards, au sépulcre enchaîné.
S'agitait dans ses fers et dans sa haine ardente. Du tombeau paternel voix lointaine et stridente.
Et de l'ivresse aux pleurs passant en un moment, Reprodiant au bonheur son éMouissement, Je voyais Sémida de mon ciel redescendre :
L'or pur de ses cheveux s'^H^cait sous la cendre.
LA FIN mj MOlfDE. HT
EUe pdait longteimps ; et puis parlait tout bat
Au céleste rival que je ne voyais pas,
A Fange protecteur de sa vie innocente.
Je suivais ma victoire à sa pâleur croissante ;
£t la vierge baissait son front décoloré,
Afin que son amour ne fût pas mesuré.
Elle m'appartenait, il ne fallait qu'attendre;
Car elle était plus triste et n'était pas moins tendre,
Lorsqu'elle revenait de Tarcbange au maudit.
Un soir, tombant mourante à mes pieds, elle dit :
« Pour de si grands combats Dieu ne m'a point formée;
« Ma force se consume au Ixmheur d'être aimée.
« Oh ! grâce, Idaméel, grâce, ô mon jeune amant,
« Je ne puis plus porter le poids de mon serment.
« De lutter tout un jour je n'ai plus la puissance ;
« J'ai déjà tant souffert rien que de ton absence !
« Rien qu'à te regretter mon cœur s'est épuisé;
« Je voulais te le dire et ne l'ai point osé.
« La verdure d'Arar avait prdu ses charmes,
« Je ne la voyais plus qu'au travers de mes larmes.
« Je disais à mon père : Oh ! qu'avait-il donc fait?
tt De l'hospitalité trahissant le bienfait,
« Avait-il du palmier défleuri la couronne,
« Ou troublé le respect dont je vous envirœme?
« Avait-il ^'un épi vert appauvri nos champs,
« Ou troublé d'un regard la ferveur de mes chants ?
« Le ciel à son orgueil aurait mis quelque digue :
« Vous avez de vos bras chassé l'^ant prodigue,
« Après avoir scellé dans un funeste don
« Son châtiment sans fin par un jour de pardon !
« Il n'était que courbé, le baptême l'écrase ;
« Skm temple de salut s'écroule par la base !
« Mou père ! ... et de mon deuil je couvrais rhorizon,
« Cet horizon de fleurs qui formait ma prison.
« Je suivais par l'esprit le vol de votre gloire,
« Je cherchais mon bonheur au fond de ma mémoire.
« L'extase que mes nuits empruntaient aux élus,
« Sur ma lèvre effrayée avait un nom de plus !
« A votre souvenir ma vie était liée ;
« Tafifligeais d'Éloïm la tutelle oubliée ;
« J'associais mon père à mon regret mortel ;
« Je troublais l'espérance à son dernier autel !
« Idaméel ! tu vois si je t'aime ! ... oh ! pardonne,
« Rends-moi dans ton amour plus que je ne te donne;
« Ne flétris pas mon front avec ta royauté,
« N'enchaîne pas mon âme avec ta liberté !
« Si j'ai dans un orage adoré ta présence,
« Si mon œil s'est fixé sur ton éblouissance ;
« Si, battant sur ton sein, mon sein s'est enivré
« De .ta création, chef-d'œuvre im mesuré ;
« Ose escorter mon vol bien plus haut que ta course !
« Nous touchions au soleil, suis-moi jusqu'à sa source !
« Ose prendre à ton tour les rênes que je tiens,
« Suis-moi... le char d'Élieest plus beau que les tiens!
« Suis-moi, notre union veut une autre patrie.
« Vois l'hymen embaumé de la vallisnérie :
« Tant que règne l'hiver, et l'amante et l'amant
« Languissent sans parfums sous le fleuve dormant;
« Mais, quand vient le printemps, quand la riche nature
« Courbe sur leur tombeau ses arches de verdure,
« La belle fleur des eaux ne veut pa§, loin du jour,
« Au fond de l'onde froide ensevelir l'amour.
« Elle veut, dégageant sa robe prisonnière,
« Comme ses sœurs des prés aimer dans la lumière ;
LA FIN DU MONDE. tt9
« Elle craint que les flots sous leurs jeux inconstants, « Ne cachent son bonheur aux regards du printemps; « Sur sa tige élastique un moment balancée, « Se rapprochant du ciel ainsi qu'une pensée, « Elle monte, elle monte, et ses brillants réseaux « Émaillent, comme un champ, la surface des eaux. « Elle aime à voir trembler, à l'heure des délices, « L'image du soleil auprès de ses calices.
« Bien loin des profondeurs de Thumide élément, « La triomphante fleur appelle son amant; « Et son amant alors, soumis à son prestige , « Sans pouvoir à son tour se grandir sur sa tige, « Tressaille et lui répond sous le flot ténébreux : « Pour la faire descendre il est trop amoureux ! « Du sol qui le nourrit, il s'arrache lui-même ; « n apporte en montant sa vie à ce qu'il aime ; « Et vient, sous un air bleu, par le même chemin, « En regardant le ciel, mourir dans son hymen. « Oh ! montez comme lui, si je vous semble belle. « Ce n'est pas pour mourir que ma voix vous appelle ! « VQtre génie encor près de moi grandira, « Dans l'air que Dieu respire il s'épanouira. « Là vous retrouverez votre haute puissance « Sous le manteau royal de votre obéissance.
« Là, sous l'œil du Très-Haut, naîtront à vos clartés, « Les mondes merveilleux par l'esprit enfantés : « Là, je vivrai pour vous de tous vos dons parée ; « Vous m'aimerez d'amour dans ma robe sacrée ! « Mais vaincre mon serment, non, tu ne peux l'oser ; « Non, ton souffle éteindrait mon âme en un baiser ? »
« — Parle-moi, parle encore, 6 bien-aimée ! 6 femme !
Ite OHANT VIL
« ËBchaate Tair muet des accords de ton âme ;
« Sois l'hymne consdant de ce monde désert.
« La voix d'Eve, en Éden, était le seul concert ;
« Et la tienne est semblable à cette voix si t^iidre,
« Que les anges du cid avaient peur de l'entendre!
« Et la tienne a des mots magiques et voilés
« Qui dans le Paradis n'étaient pas révélés ;
« Des mots dont la pudeur, de tristesse embdlie,
« Rend le bonheur jaloux de la mélancolie;
« Et qu'adorait de loin à leur charme séduit,
« Chaque astre qui mourait sur le front de la nuit,
« Avant qu'Idaméel, se couvrant de ses armes,
« Eût sauvé le soleil pour regarder tes charmes ;
« Avant qu'Idaméel, vainqueur, prophète et rd,
« Eût ranimé l'amour pour être aimé de toi.
« O ma divine amante, âme de mon empire,
« L'univers dépeuplé te regarde et soupire ;
« Il t'attend pour renaître, et tu ne veux pas, non,
« Qu'il retombe au néant en accusant ton nom.
« La terre t'affranchit d'une épreuve éphémère,
« Car, tu ne peux, enfant, laisser mourir ta mère;
« Car déjà dans les cieux le flambeau des amants,
« La lune s'est éteinte au bruit de tes serments*
<t A la mort, comme toi, se livrant en hostie,
« Dans ta première tombe elle s'est engloutie ;
« Et ton ange Éloïm ne t'instruit qu'à moitié ,
« S'il n'a pas à ton cx£ur enseigné la pitié.
« Oh ! n'anéantis pas notre amoureuse extase,
« Comme un parfum scellé qui meurt au fond du vase.
« Ton père, Sémida, m'a proscrit de ce lieu :
« Ton père était un homme, et moi je suis un dieu!
a J'échappe par ma gloire au serment de ta bouche :
LA FIN DU MONDE. ttl
« Un simple fils d'Adam aurait souillé ta couché,
« Disait Gléophanor, et moi qui Tai compris,
« A ton céleste hymen j'ai su mettre son prix.
« On m'a vu ramasser, dans ma course hardie,
« Ce sceptre universel que ma main te dédie :
« Magnifique présent, joyau de fiancé,
« Dans ta douce corbeille en triomphe placé ï
« J'ai su, de l'absolu déchirant tous les voiles,
« Conquérir notre amour d'étoiles en étoiles.
« Notre amour ! seul trésor de ma jeune cité,
« Complément radieux de ma divinité ;
« Ma gloire, mon bonheur, mon plus sacré miracle !
« Viens, habite avec moi ce vivant tabernacle;
« Ta tête sur mon sein, viens, dans ce char d'édairs,
« Pour en chasser la mort, parcourir l'univers!
« Cessons de l'affliger avec tes voeux arides;
<" Au front de ses printemps n'im^imons pas des rides,
<* Et du bord de ses mers, jusqu'à ses monts glacés,
« En lui portant nos feux, volons entrelacés.
"^ Que ma palme par toi ne me soit plus ravie.
*^ Mon chef-d'œuvre estde marbre, oh ! donne-lui la vie !
" Ce chef-d'œuvre incomplet à l'espoir appartient ;
« En s'animant de toi, qu'il devienne le tien !
<< toi ! la plus aimée entfe tout ce qu'on aime,
« Prends pitié, Sémida, de mon beau diadème!
« Viens, viens ! ne laisse pas, enfant consolateur,
« Un géant tel que moi tomber de sa hauteur.
« Sous le froid prolongé de tes larmes esdaves,
*^ Du volcan créateur ne glace point les laves ;
"^ En spectre désolé ne change pas le dieu ;
« Sois fidèle au soleil et non pas à ton vœu.
« Sauve-moi, sauve-nous, il en est temps encore.
S3t CHANT VIL
a De ta virginité le fléau nous dévore,
« Et dans l'éther craintif brillent, pour t'accuser,
« Tant d'astres qu'éteindrait l'absence d'un baiser.
« Pour le berceau d'un fils abjure tes chimères ;
« Ouvre à ton cœur aimant le paradis des mères.
« L'Éternel, me dis-tu, réprouve nos liens !
(c Craint-il que tes enfants soient plusbeauxque lessiens ?
« Lorsque de notre globe il résout le supplice,
« Prend-il de ses fureurs la femme pour complice?
« Et contre mon pouvoir s'armant de ton remord,
« Ne veut-il voir en toi qu'une sœur de la mort?
« Devons-nous lui livrer, parce qu'il te contemple,
« Les os de l'univers pour étayer son temple?
« Non, non, tout l'univers de toi^ule est rempli ;
« Pour le laisser périr tu l'as trop embelli.
« Ton regard sur les fleurs comme une aurore glisse;
« Ta gloire flotté et court de calice en calice.
« L'abeille te dédie, en son vol enflammé,
« De ses moissons de miel tout l'espoir embaumé.
« En te voyant passer, l'hermine plus joyeuse
« Frissonne de bonheur dans sa robe soyeuse ;
a Et l'arc-en-ciel attend notre hymen, et le jour
« A besoin, pour briller, de tes rayons d'amour.
« Tu dois, tu dois un monde à ma toute-puissance
« Monde que ton regard doterait d'innocence ;
» Monde né de nous seuls, qui te ressemblerait,
« Qui porterait ton nom et qui t'admirerait ;
« Qui prendrait de tes traits la douceur et la grâce,
'< Pour tempérer d'amour la fierté de ma race ;
« Qui boirait les parfums de tes cheveux flottants,
« Pour embaumer les nuits de ses nouveaux printemps;
« Qui dirait aux oiseaux les sons de ta parole,
« Pour donner l'harmonie à leur concert qui vole l
« Ce sort si plein de flamme, oh ! pourquoi t*en bannir ?
« Tobstiner au néant devant tant d'avenir ?
« Vois mes peuples lointains ^adressant, en ofirande,
« Leurs mille arcs triomphaux sauvés par ta guirlande,
« Vois l'honmie, à mon génie allié désormais,
« Du rang qu'il a perdu regagner les sommets ;
« L'humanité fleurir inspirée et complète,
« Briller sur chaque front l'étoile du poète.
« Vois dans son vol fécond, tel qu'un gland des forêts,
« L'aigle des souvenirs emportant mes secrets ,
« Du Kil à rimmaûs, des Andes jusqu'au Tage,
« Pour les siècles, nos fils, en semer l'héritage.
« Vois ce globe oublier, dans ses nouveaux élans,
« L'orbite de malheur parcouru dix mille ans ;
« Et dépasser, montant vers sa métamorphose,
« Les rêves de Platon à leur apothéose.
« D'un bienfait si réel quel délire est vainqueur ?
« L'extase séraphique a-t-elle usé ton cœur?
« Les anges t'ont parlé du ciel, d'amour peut-être ;
« Mais ils ont oublié celle qui le fait naître.
« Ils t'ont dit tous les noms des œuvres de leur roi ;
« Mais ils ont oublié de te parler de toi.
« Ils t'ont de la nature expliqué le symbole,
« Mais ils ont oublié, pour le temple, l'idole!
« Les anges, Sémida.... ce n'est point blasphémer!
« Ne pouvant pas souffrir, ne savent pas aimer !
« Moi, je t'aime, et mon cœur vole vers ton image ,
« Tantôt comme un encens, tantôt comme un orage.
« Je t'aime, Sémida ; je sens brûler en moi
« Des foudres que l'amour n'alluma que pour toi,
« Et dont il adoucit l'éclair, flamme inquiète,
tu CHANT VII.
« De peur d'incendier Fidole qu'il s'est fiaôle. « Je f aime ; que m'importe ou ma ^ire ou le jour? « Ma gloire est un {prétexte à te pari» d'anmor. « A l'univers qui mmirt quand ma voix t'intéresse, « Je veux dans ta pitié surprendre ta tendresse; (c Je t'aime, et tout le bruit de l'immortalité « N'est qu'un néant sonore auprès de ta beauté, « Oh ! ne me parle plus du ciel , vierge adorée ; << Trop longtemps de mon cœur le del t'a séparée! <« Ses pâles séraphins sont presque tes amants ; « Le mépris en amour défend mai des toumi^ts ; « Toujours, autour de toi, quelque odeur d'ambroiâe « Fait en parfums amers flotter la jalousie.
« Ton Éloîm m'assiège, il me vole tes vœux; « Son aile, à mes baisers disputant tes cheveux, « Déjà daifô son oi^ueil contre moi se mesure ; « Son aile se rougit au sang de ma l^essure.
« Même jusqu'à tes pieds, il m'apporte du dd « Des rayons de souffrance et des souffles de fid. « Mon sein qui le pressent, se glace veine à veine; « Invisible à mes yeux, je le vois dans ma haine ; « £t mon bonheur expire et semble, fiémissant, « Tomber du paradis d'où mon rival descend.
« Je meurs, si plus longtemps il usurpe ma place. « Viens, et qu'autour de toi mon délire s'enlace ! « Viens, viens entre mes bras, malgré l'orade vain, « Doubler l'âme du monde à mon baiser divin !... »
Et je sentis alors, conquête glorieuise. Fléchir de sa pudeur l'aile mystérieuse.
Je sentis dans mes bras sa prière mourir.
Gomme au sein des lys bleus l'abeille ymA tarir
La rofiée, aatre miel dcurmant dans leurs caliees,
raspkai de ses plears les humides dâiees.
Un nuage plus beau que la clarté des deux,
Pour les voiler d'amour frisscmna sur ses yeux.
Défà du Dieu jaloux je démentais l'oracle;
Déjà sous un baiser s'achevait le miracle.
Et déjà de la vie arborant les couleurs.
Mon Éden de victoire ouvrait toutes ses fleurs !...
FaUait-il qu'un remords me fît tomber du feîte!
La vierge s'épouvante au cri de sa défaite.
Et son sang à longs flots ref<mlé vers son coeur,
Laisse son front glacé sous mon baiser vainqueur.
« Éloïm.. Éloïm... descends vers moi, » dit-elle,
Et dévoilant soudain sa céleste tutelle.
L'ange qu'elle invoquait déploie entre nous deux
Tout l'orage étoile du bouclier de feux.
Pour ce suprême appel, pour ces luttes insignes,
Il a de sa puissance allumé les grands signes.
Enchaînant sur le sol leur élan souverain.
Prêtant un bruit de foudre à leurs plumes d'airain,
Le frisson des fureurs ouvre et ferme ses ailes ;
Son pied change le sable en fleuve d'étincelles ;
Et l'œil ne peut connaître à ses voiles d'éclairs.
S'il desc^id de la nue ou monte des enfers.
« Je viens à toi, dit- il , vierge ; Difu te contemfde; « La céleste pudeur te destine à son temple.
« Et j'ai dit aux élus : — Regardez ce débat; « Sur la terre d'Adam c'est le dernier combat , « Le dernier, qui se livre en ce jour mémorable, « Entre les sens bornés et l'âme immesurable ! « A qui donc la victoire et l'éternel honneur ?
« Je marque la limite au champ-clos du Seigneur. « Sous mon œil protecteur, vierge, triomphe encore; « Mais ne m'approche pas, ma royauté dévore ; « Dieu prête sa couronne à ses ambassadeurs, « Il a mis sur mon front la foudre des splendeurs. »—
Et moi je lui réponds :—• « J'aime ces nobles marques; « C'est par ambassadeurs qu'on traite entre monarques, « Eloim, et ton roi ne t'aura pas en vain « Habillé des éclairs de son manteau divin !
« Viens, et que par tes yeux les célestes milices, « Des amours du maudit contemplent les délices. « Penche-toi, penche-toi, tressaillant de désir, « Vers ce bonheur mortel que tu ne peux saisir ; « Viens, et jette au néant tous tes beaux rêves d'anges^ « En les voyant réels palpiter dans nos fanges ! « Autant que Sémida, son amant t'invoquait ; « Aux noces d'une vierge un séraphin manquait ! »
Et m'élançant alors, ainsi qu'un Dieu sublime, Qui, voyant loin de lui s'échapper la victime, Agite l'or vivant de son sceptre immortel, Et pour la ressaisir s'élance de l'autel.
Ma frémissante main vers l'épouse rebelle, Que sa pâle terreur rendait encor plus belle. S'étend... O choix funèbre entre un archange et moi! Triste honneur du martyre obtenu par l'effroi ; Sur le cœur d'Eloïm la peur la précipite...
Mais dans ce cœur de feu, c'est la mort qui palpite, C'est la mort foudroyante ; et cet embrassement, Séraphique adultère aux, yeux de son amant, Consume tout l'espoir de mon amour trompée !
LA FIN DU MONDE. SSar
Sous réclair des splendeurs elle tombe frappée, Elle tombe... et celui qu'elle vint supplier, Ange gardien, ayant la mort pour bouclier, Cesse de prolonger le choc de nos colères.
Me laissant pour adieu ses dons incendiaires, Triomphant sans oser combattre Idaméel, Son vol flagellateur remonta vers le ciel.
Je le vis emporter la jeune âme en sa gloire, £t je demeurai seul, seul devant sa victoire ! . . .
Il est là , sous mes yeux , muet , inanimé, : Ce trésor virginal, par l'espoir tant aimé!
Il est là... son aspect m'épouvante et m'attire: Le réprouvé se plait aux clartés du martyre.
Ah ! ce front par la mort est-il transfiguré. Comme un temple où le Dieu pour jamais est entré ? Dans ces restes glacés j'adore encor la femme ; Son cadavre à mes yeux est plus beau que son âme. Car son âme me fuit... vision de douleur!!!
L'arbre humain a perdu son germe avec sa fleur. Dors sans moi... dors sans moi, dernière fille d'Eve, Ton sommeil et le mien n'ont pas le même rêve !
Je lui portais pour dot sa race à conserver ; Sous un baiser d'amour l'univers à sauver !
De mon trône d'orgueil elle m'a fait descendre. Et ma gloire, comme elle , est un monceau de cendre ! Elle m'a préféré l'ange qui la gardait ; Se jetant sur la mort que son cœur lui dardait , Elle a, dans les élans de sa ferveur première,
ttt CHANT VIL
Foudroya l'espérance avec une prière.
EUe a placé sa tombe entre mon œuvre et moi ;
Aux sarcasmes des cieux livré mon nom de roi !
Artiste travaillant un monde pour statue,
Tous mes lauriers sont morts sous le coup qui la tœ.
O soleil! que m'importe à présent ton flambeau?
Toute la race humaine est là, dans ce tombeau !!!
Que m'importent les jours qu'elle ne doit pas vivre!
Terre, tu peux mourir, à ton Dieu je te livre.
Il a pris Sémida... qu'il te prenne à ton tour !
Le sépulcre a servi de barrière à l'amour.
Terre, tu peux mourir, mon regard t'abandonne.
Oh ! que n'ai-je ma part du néant que je doime I
Adieu, bel avenir, froid comme le passé !
Adieu, du genre humain berceau recommencé!
Peuples du Kû , adieu ! Sémida meurt , tout cbaoïge...
Mon royaume est brûlé par un regard d'archange !
Lorsque Eve succomba sous l'ennemi rampant.
L'âme de Lucifer était dans le serpent; Des ennuis de l'Éden il distrayait la femme, Changeait son esclavage en révolte de flamme. Eve fut excusable, et de sa liberté Sa chute lui conquit le trésor agité.
Ainsi que moi, livrée à la soif de connaître. Sous l'arbre de la mort elle acheva de naître ; Et cueillant de sa main un fruit mystérieux , Fit manquer pour toujours la récolte des cieux. Mais toi, d'un Dieu jaloux tu sers la tyrannie ; Tu li>Tes à sa faim le firuit de mon génie !
On te voit, Sémida, vers le dôme étoile Fuir du dernier Adam l'exil inconsolé^
LA PIN DU VONDE. lO»
Lui donnant pour rival dans cette grande guerre, Au lieu de Lucifer un archange vulgaire !
£t moi je t'aime encor ; de lui-même ef&ayé, Dans mes plains corrosifs mon cœur gémit noyé. D'une infidèle mort quand je ne puis t'absoudre, Quand tu fuis nos amours sur l'aile de la foudre, Je t'aime, et dans mon sein triste et sans avenir, Sous l'ongle du malheur se tord le souvenir.
Moi qui ne te vois plus je demande aux étoiles Si je les rallumai pour te servir de voiles ! Je demande au matin, dans son vol arrêté.
S'il éteint, sous mes pleurs, son hymne à ta beauté ! Et j'ouvre encor mes bras et, pour moi, ton image Brille sur chaque écueil de mon vaste naufrage. Et Je prête l'oreille à l'adieu suborneur Que jette en ricanant ce spectre du bonheur.
Mesurant ma douleur à ton indifférence, Je m'obstine à souffrir de la même souffrance ; Quand de ton Éloïm les cieux te sont ouverts. Je mêle ton image à Tespoir des enfers!
Sur ce globe désert je n'ai plus rien à faire. Mon génie a besoin de changer d'atmosphère.
Mourons, puisque la tombe est l'unique chemin Qui puisse replacer un sceptre dans ma main.
Mourons, puisque l'enfer, quand cette terre expire, Offre à mon désespoir la chance d'un empire.
Amsi que Sémida , le sort est inconstant.
Vaincu par le Très-Haut, je puis vaincre Satan , Et le bruit de sa chute, en la céleste enceinte, Ira porter mon nom à la nouvelle sainte.
Je monte sur l'Arar, réprouvé solennel,
Pour pouvoir de plus près maudire l'Étemel ;
Et frappé sans retour, pour aller sur son faite
Du haut de mon orgueil mesurer ma défaite.
M* appuyant contre un roc, sans jamais m'incllner,
Je regarde de loin la morte rayonner.
Les lions hérissés , à l'entour du roc chauve,
Viennent interroger mes yeux de leur œil fauve;
Et déjà dans leur sang, comme moi refroidis,
Flairer leur propre mort sur mes pieds engourdis.
Les colombes en cercle au-dessus de ma tête,
Pressentant dans les airs la dernière tempête.
Me disaient: — Nos palmiers voudraient encor fleurir,
Idaméel, pourquoi nous laisses-tu mourir? —
Et puis je les voyais, l'aile aux vents déployée,
Chercher d'un vol pieux la sainte foudroyée;
Sur ce cœur, dont l'élan m'osa répudier.
Effeuiller doucement les fleurs de l'amandier,
Et couronner encor de lys et d'asphodèles
Ses cheveux ranimés sous le vent de leurs ailes
Attendant son réveil, leur amoureux essaim Pour l'écouter dormir se posa sur son sein.
Alors au fond des mers de longs frissons coururent, Alors à mes regards trois anges apparurent :
L'un descendu des airs , l'autre monté des eaux. Le troisième sorti des immenses rameaux D'un cèdre dont le front divisait les nuages. Et qui pour l'adorer inclinait ses ombrages. .
LA PIN DU MONDE. Sil
Je reconnus en eux, pâles et gémissants, Princes dépossédés, les trois esprits puissants A qui Dieu confia, comme un père sa fille.
Cette terre naissante et sa grande famille; Et qui, depuis ce jour, n'avaient jamais quitté Ce globe dans l'espace avec eux emporté.
Sémida ne vit plus , ils perdent leur empire. Chacun des trois esprits et s'arrête et soupire. En voyant à ses pieds, sous ses longs cheveux d'or, Cadavre immaculé qui semblait vivre encor, La douce Sémida, leur ineffable amie.
On aurait cru la vierge en leurs bras endormie. Quand le groupe divin, plus pâle à son aspect. Souleva ce beau corps avec un saint respect; Frissonnant de pudeur, en ces heures funestes. En touchant une sainte avec des doigts célestes. Leur écharpe d'azur, tissue au firmament , Vint, suaire béni , couvrir ce front charmant , Ce sein qui ne bat plus sous les plis funéraires. Comme une soeur portée au cercueil par ses frères , Deux soutenaient sa tête, et l'autre ange attristé Ses pieds resplendissant de leur virginité.
Je vis le groupe saint de loin, se mettre en marche Vers un roc de TArar qui s'entr'ouvrait en arche. Et là, s'agenouillant en pleurs, il déposa La sainte en un tombeau que le lion creusa ; Le lion qui, captif sous la roche prochaine, En entendant gémir avait brisé sa diaine ; Et, pour veiller encor sur un autre cercueil. S'était joint tout aveugle à la pompe du deuil.
Mi CHANT Yll.