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le talent de M. Alexandre Soumet dans Fart de peindre. I^s images colossales , terribles , hideuses , s'entassent , se choquent , et produisent un ensemble épouvantable et magnifique à la fois.
Au milieu de cette sorte d'éblouissement où vous tient iMmmensité , la profusion et la richesse , de cette peinture du second infini , on trouve avec satisfaction des points mar qués où ToBil rencontre des limites , et se repose de regarder plus quMl ne peut voir : c'est lorsque M. Alexandre Soumet , en encadrant quelques-uns des épisodes de ce vaste tableau , leur donne une puissance d*autant plus grande, que nous ne pouvons saisir Tensemblc. Ainsi, dans les treize visions de Tenfer, la première, qui semble faire passer devant nous la chaîne des cnmes de Borgia, et la quatrième, où il est impossible de méconnaître Byron , sont d'admirables pages. Le chant de la mort, qui célèbre sa puissance passée, est plein de beaux vers comme ceux-ci :
Je hantais les amans, la nuit; mes doigts noueux Ruisselaient des parfums pris dans leurs beaux cheveux. J'arrachais les enfants au sein qui les allaite; Leurs berceaux balancés posaient sur mon squelette. Je donnais à tout miel Tavant-goûidu poison ; Toutes les amitiés m'avaient pour horizon ; Et comme un drapeau noir sur une ville immonde, J*ai flotté dix mille ans sur les plaisirs du monde.
« Je n'en cite que huit ; je devrais citer le discours tout entier. C'est à la fois une fécondité et une plénitude'de poésie qui attestent la richesse de la source.
<c Je vous ai dit par quelle immense résurrection se concluait le poëme de M. Soumet; mais ce que je n'ai pu vous dire, c'est tout' Ce qu'il y a d'innombrables détails admirablement traités, de pensées profondes poétiquement exprimées, répandus dans ce cadre immense; ce sont mille vers d'une énergie brûlante, mille autres vers d'une grâce achevée. C'est un sentiment élevé et exquis de l'expression,
et en même temps une audace heureuse à tout dire et à tout peindre. Cest ici un tableau ravissant de Conslantinople , et aifleurs le chant d'amour d'une mère qui berce son enfant; celui-ci d'une souplesse et d'une candeur délicieuses, celui-là du plus haut style. Dans un autre ordre d'idées, c'est Tanathème du mal formulé contre Dieu; éloquence et logique sui)érieurement alliées à la poésie; plus loin c'est la définition de t)ieu lui-même : philosophie et foi rayonnant splendidement dans de magnifiques vers.
Peut-être oserai-je reprocher à M. Alexandre Soumet la pompe trop constante de sa diction , quoiqu'il la varie souvent; mais, en vérité , à mesure que je me suis avancé dans ce poème en le racontant, j'y ai rencontré tant de beautés du premier ordce , tant d'inspirations sans lassitude, que je me suis demandé si c'était lui qui avait manqué à la logique de son idée première , ou moi qui n'avais pu la comprendre. Est-ce ma faute? Je veux le croire, et n'hésite pas à le dire. C'est avec respect qu'il faut considérer une œuvre de cette hauteur ; et c'est parce que je sais que Tesprit de l'homme est plus prompt à voir les défauts des choses qu'à en reconnaître tes qualités , que je me défie de mon intelligence. Quant au plan , dont je n'ai donné qu'un bien faible aperçu , il est d'une majestueuse simplicité , et si dans les nombreux incidents qui se pressent dans ses grandes divisions, quelques-uns sont d'une invention hasardée f la plupart sont d'une magnificence rare. Les belles descriptions fourmillent dans ce poème, et surtout celles qui demandent une langue splendide. En effet, les qualités particulièrement éminentes de la poésie de ce poème sont l'éclat , la richesse, la pompe.
Ce dont je dois aussi louer M. Alexandre Soumet, c'est le soin constant qu'il a mis à l'exécution d'un poème de plus de douze mille vers. Jamais l'expression n'est abandonnée , jamais l'harmonie saciitiée à la facilité de dire , jamais la règle brisée pour s'épargner le temps de s'y soumettre. Croyez-moi , ce n'est pas un vain mérite que celui-
là. Car le seul ïhèrite durable, le seul ^\ plâîsé, îndépendamtnenl des idées passées de mode, des faits lombes datis IMndirféreûce , des opinions éteintes , c'est ïa forme; et ce mérite , tt. Alexandre Soumet le possède au ifivlè haut point. »
M. Francis Lacombe , datns L'Écflo WiA*iCÀis :
« Il existe dans les littératures , comme dans les révolutions du globe, certains ouvrages cycliques qui apparaissent de loin en loin pour présenter Tart sous un aspect nouveau. Nous pensons que la Dïtinb Épopéb d'Alexandre Soumet est de ce nombre. Cet ouvrage mystique dont TapparitioB dans le monde littéraire date seulement de quelques semaines, n'est é^k plus une espérance pour la muse française; il a soulevé tant de clameurs» excité tant dé mesquines jalousies, provoqué tant d'enthousiasme et réveillé tant d'admiration au milieu de notre époque aussi brutalement noyée dans les vapeurs de l'asphalte et de la cupidité ; son succès a été si instantané, si univei^sellement unanime , que nous pouvons dire en tonte conscience et sans crainte d'être démenti: La Divine Épopée est la conception la plus hardie et l'une des œuvres les plus grandes et les plus belles de toute la poésie humaine.
« On a dit que les poèmes épiques n'étaient pas l'ouvrage d'un homme, mais d'une nation , d'une époque , quelquefols même de la transformation de la société. L'esprit de rhérotsme grec a enfanté les pOemes d'Homère, bien plus qu'Homère lui-même dont on conteste l'existence; l'esprit de chevalerie n'a point failli au génie épique : on peut lire, en langue romane, une foule d'épopées, filles des croisades, et les romanceros du Gid , attribués à trente auteurs différents, sont le poème chevaleresque de l'Espagne, dont Cervantes , dans son immortel roman , n'est point parvenu à détruire le charme et l'enchantement.
Lorsque le travail de la civilisation a recommencé en
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Europe avec plus de force » Dante, cette grande figure presque aussi fantastique que le moyen-âge qu'elle fait vivre dans ses chants , a creusé trois abîmes pour les combler de son génie : sa composition large, multiple, complète, semble l'itinéraire des voyages de rame.— Le Tasse, lui-même, quoique venu bien plus tard , a été obligé de représenter une époque, ou du moins les derniers souvenirs qu'elle laissait, et sou poème, qu'on dirait avoir été écrit sur un bouclier pendant le tumulte d'une bataille , a retenti en Europe comme un sublime adieu do la chevalerie expirante. L'intérêt du roman est venu se poser sur la tombe d'un Dieu, et un mélange d'honneur, de religion et d'amour anime l'invention épique inspirée par l'Iliade. Armide a remplacé Briséïs; l'absence de Renaud, celle d'Achille; l'épisode d'Argant et de Clorinde embrasant les machines de guerre des chrétiens , remplace également le vol des coursiers de Rhésus; mais la grande unité de l'œuvre existe dans l'une comme dans l'autre épopée; l'unité, cette vie de l'art sans laquelle toute création est impossible, car partout l'Être est un; et voilà pourquoi ces règles primordiales que l'on a voulu regarder, dans nos systèmes littéraires modernes , tantôt comme des hochets inutiles, tantêt comme des barrières vulgaires ne servant qu'à empêcher les enfants de tomber, sont une condition indispensable de toute invention sérieuse et véritablement grande. « Cette imitation pleine de génie que le Tasse a cru pouvoir se permettre, Milton, à son tour, en a fécondé son œuvre gigantesque. Les champs de bataille d'flion et de la Porle-Scée ont été transportés dans l'Ether et aux portes même du firmament; la lance de Tarchange Michel resplendit des mêmes feux que le glaive du fils de Pélce; les combats homériques ont été ressuscites |K>ur des Séraphins , et les chars armés d'une fdux à double tranchant qui moissonnaient les fils de Priam , se sont presque effacés devant les roues foudroyantes du char d'Emmanuel
prédpitant Ludfer et le marquant au front d*une ebote qui durait neuf jours, neuf jours de rÉtemitél...
Nine times spaee measure day and nighi,
<f On se tromperait beaucoup si l'on croyait que Dante, malgré la multiplicité de ses tableaux, a cru pouvoir échapper à la règle de Tunité; le triple monde d'Alighieri, cette trinité du génie, forme un tout dont les parties sont indivisibles comme Toeuvre de Dieu, toujours une dans son infinie diversité.
« La Ditine Épopée d'Alexandre Soumet offire le même caractère. Ce grand poète, fidèle aux traditions antiques qui l'avaient déjà si bien inspiré dans les nobles et belles tragédies dont il a enrichi notre théâtre , et laissant loin , bien loin derrière lui tous les plagiaires d'Homère, a essayé de frayer une voie nouvelle et s'est élancé , sur les ailes de la Muse épique, dans le champ sans bornes de Tinfini. lia vu tous les mystagoguesde l'Orient consacrer dans leurs écrits ralliance mystique du serpent et delà femme ; il a vu les antiques bas-reliefs de la Haute-Egypte, les monuments de Tlnde et les antiquités péruviennes ellesmêmes, représenter la femme enlacée dans les nœuds du serpent, et il a voulu détacher, pli à pli,' de cette tige enchantée le monstrueux symbole. — Pour cela, il fallait rendre à la vie (car les noms d'Eve chez les Hébreux etd'Uébé chez les Grecs sont les synonymes de la vie), son innocence et sa pureté ; il fallait qu'une dernière Eve sortit triomphante de l'épreuve où l'épouse d'Adam avait succombé, il fallait enfin que la fille rachetât la mère :
Car du Dieu créateur, doux et paissant bienfait , La FBMMB a dû guérir le mal qu'elle avait fait.
« Voilà tout le germe de la Divine Épopée, dont le second titre pourrait être : La Femme dans le ciel. — Considérant l'âme humaine comme une sorte de Pylhonisse toujours prête à évoquer les merveilles du monde invisible.
Alexandre Soumet transporte sa fable dans les régions mystiques si connues et si aimées de la muse sainte. Ce serait pourtant une idée bien fausse que de voir dans la Divine Épopée une imitation du poëme d*Aligbieri ; la composition du poète italien n*est qu'une suite d^épisodes qui passent sous les yeux du lecteur comme les tlgures d'un bas-relief; celle du poète français se présente comme un groupe plein de passions et d'événements et dont toutes les parties s'harmonisent entre elles. D'ailleurs, le rachat de l'enfer, but unique du poëme, est une idée qui n'appartient qu'à lui , une de ces idées si grandioses, pour parler comme Jules Lefèvre, qu'elles n'ont pas besoin du prestige de l'exécution pour attester le génie qui les conçoit.
« Nous n'essaierons pas de donner une analyse de ce livre ^ui s'ouvre en pleine éternité ; il ne reste rien que le ciel et l'enfer et l'imagination dii poète prête à les chanter tous deux. Nous ne le suivrons pas dans son vol sublime ; nous ne peindrons pas même cette Sémidà, qui est la personnification du regret dans les cieux ; cette Sémida, prédestinée à sauver un monde parce qu'elle le pleure ; cette Sémida enfin , qui reçut de l'univers mourant tous les enchantements et toutes les harmonies de la création s'admîrant dans son plus beau chef-d'œuvre. — Ce n'est pas dans l'espace étroit d'un feuilleton que nous pourrions t)arler de cette péripétie qui présente sons un nouvel aspect toute la machine épique, lorsque la vierge des derniers temps, cette Eve qui ne succombe pas, apprend que son immortel anhant a détrôné Satan au sein de l'abîme pour venger l'homme de la chute qu'il subit dans Eden. C'est en lisant LA Divine Épopée elle-même qu'il faut suivre le développement de cette fable, tantôt humaine, tantôt surnaturelle, qui semble prendre l'amour pour lien de deux infinis «l'infini du mal et celui des béatitudes célestes.
« Pour que l'homme se retrouvât tout entier dans cette composition mystique, il était nécessaire que la terre, déjà morte, eût sa' prosopopée ; il fallait qu'elle fût évoquée par
IfUméel » le nouye^u réprouvé (}e la muse, oon^me Tombre de Samuel, par raucien roi d'Israël, reuBemi de Dieu : aussi un artifice du poète suppose^t-il qu'eu tombant dans le lieu des réprobations éternelles , Idaméel a empotté ayec bii trois tables d'airain où se trouve écrite Thistoire des derniers temps.
« Jamais exposition n'offrit plus d'intérêt; Yivgile avdt pris pour protase de son poëme la chute de Troie ; Alexa»die Soumet a pris la chute du monde. Uuq coaférenoe entre le Sphinx , Idaméel e4 le divin Rédempteur, encore inconnu dans Tablme, suit immédiatement la lecture des tables d'airain, et ces trois êtres, représentant le doute, la révolte et la charité, abordent, dans ce chant tout dramatiqqe, les plus hautes questions de l'intelligence sans entraver la marche et le développement du récit. Ensuite le rachat de l'enfer commence, et tandis qu'une étrange scène d'amour émeut les profondeurs du chaos, le Christ, reconnu, s'élève de douleur en douleur, jusqu'à l'apothéose même de la souffrance, La force rédemptrice lutte contre l'éternité des châtiments; le ciel et l'enfer s'avancent audevant l'un de l'autre comme deux armées réconciliées, et chaque élu, penché vers la nuit, reconnaît aux clartés du divin martyre les âmes perdues qu'il avait chéries sur 1^ terre et dont la réprobation l'avait séparé.
« Je m'arrête. — Idaméel n'est pas seulement l'habitant maudit de la caverne d'Ëléphanta , il représente la lutte dés^pérée de l'orgueil, âme de la civilisation moderne. Il ne faut pas se contenter de voir dans le personnage du Sphinx ses quatre ailes d'aigles et ses griffes de lion, Alexandre Soumet en fait l'emblème désolant de l'athéîsme : et qui donc oserait dire que cette grande création, en apparence si fîantastique, n'est pas la plus amèrc de toutes les réalités? S'il est vrai que le ciel et l'enfer sont en nous, comme dit l'Évangile, peindre le ciel et l'enfer, c'est s'occuper de r homme, de la seule réalité de Tliomme, car tout le reste n'est qu'apparence : et voilà pourquoi la Divine
ÉrorÉB Irépond victoriensement aux critiques qui l*aocusent d^avoir ud peu trop dédaigné la nature humaine.
«Parlerons-nous maintenant de ces magnificences de style qui vous fascinent, de ces effets de lumière qui vous éblouissent, de ces grandes comparaisons qui sont presque des épisodes? Citerons-nous les amours dldaméel et de.Sémida, pleins de grâce, de fraîcheur, d'une majestueuse simplicité, beaux comme les plus suaves tableaux de Lamartine, qui porte si noblement sur son front le double laurier du poëie et de Torateur ? Nous arrêterons-nous devant cette haute pensée de Tauteur qui fait détrôner Satan par un homme? L'humanité ne mérite que trop cet affront, comme nous disait un des esprits les plus judicieux de notre époque (1). — Tout le chant de Tenfer est rempli d'épouvantes. Dante l'avait peuplé de tourments physiques, Alexandre Soumet y fait naître des douleurs morales qu'il décrit avec une vigueur que la poésie française n'a pu atteindre que dans quelques odes de Victor Hugo ; et treize visions infernales passent sous les yeux du lecteur, qui tressaille et qui admire I
«Homère, Virgile, Dante, Mi lion et notre immortel Chateaubriand semblaient avoir posé les dernières limites de ce genre de composition; Alexandre Sou met nous a prou vé que Dieu seul a le droit d'eu assigner à l'intelligence humaine, set treize vtston^ seront éternellement citéescomme un chef-d'œuvre d'invention et de style poétiques.
« Si , au milieu de ces audacieuses conceptions , il y a une place pour la critique, ce n'est pas nous qui élèverons la voix pour signaler quelques taches faciles à effacer. On a blâmé injustement le poète de s'être souvenu d'ÉLOA; la susceptibilité la pUis grande ne saurait trouver la moindre imitation de ce charmant poème de M. Alfred de Vigny dans LA DiTiME Epopée, dont le pian fut conçu en 1S17 , comme peuvent l'attester les amis intimes de l'auteur.
(1) M. L. Aimé-Martin.
Alexandre Soumet n'a fait d'emprnnts qu'à KIopstock et à Michel-Ange, et certes, il en avait le droit : ùs grands poètes sont comme les conquérants, a dit M. Poujoulat dans un de ses beaux feuilletons de la Qcotidienne , Us élèvent leur empire avec leurs propres trésors , et aussi avec les trésors de leurs voisins,
« Ce n'est pas nous qui accuserons la muse d'Alexandre Soumet d'être toujours en habit de fête; le style de l'épopée ne doit jamais cesser d'être beau, riche d'images, plein d'élévation sublime. Heureux le poète à qui l'on peul reprocher cette prétendue monotonie ! ! !
« Nos critiques seront plus équitables et mieux fondées. Nous regrettons qu'Alexandre Soumet ait oublié le passage de rÉcriture sainte où l'Église nous apprend que deux prophètes , Enoch et Elie, doivent redescendre sur la terre, à la fin des temps, pour disputer le monde à l'Antéchrist. Cette lutte gigantesque, transportée dans le poème, était de nature à donner des proportions plus colossales à Idaméel, l'héritier de toutes les forces humanitaires. Elle préparait admirablement la victoire qu'il remporte plus tard sur Satan, victoire qui le fait roi des neuf cercles maudits où le tentateur détrôné devient le symbole du remords et de la pénitence.— Au reste, le voyage d'Idaméel autour de la terre est un large et magnifique morceau, où lascience se revêt des plus belles images; il nous semblerait pouvoir lutter avec le fameux voyage de Satan soulevant la herse de fer qui lui ferme les portes des enfers dans le Paradis perdu, s'il ne manquait de développement.— Nous pouvons adresser le même reproche au chant de l'apparition du Christ aux régions de l'abîme, et nous supplions Alexandre Soumet , au nom de sa propre gloire comme au nom de notre gloire nationale, de compléter ces grandes parties de son poème. »
M, Groult de Tourlaville, dans une revue mensuelle :
« La Divine Épopée est assise sur une base éternelle
Dans ce drame immense, où le génie d*un seul homme lutte contre tant de siècles littéraires et remporte une victoire si éclatante, le philosophe, un Instant absorbé dans ses méditations, relève (ièrement la tète et contemple, avec un saint orgueil , le sacerdoce de la poésie , qui se dépouille de ses formes anciennes pour en revêtir de nouvelles plus dignes de rinteiligence progressive de Thumanité. — M. Alexandre Soumet n'a point adopté de modèle dans les fonctions de son sacerdoce; sa muse inspirée s'est présentée en face de TÉlernel avec une langue divinisée. Le poète s'est mêlé à toutes les joies célestes, il a ressenti toutes leurs impressions ineffables et respiré leurs béatitudes infinies. Voilà i)ourquoi le cœur frémit d'une volupté sainte, quand on lit ou qu'on entend lire ces beaux vers. — Oh! que j'aime à suivre la muse du grand poète dans ces royaumes de lumière, célestes théories de l'Inde, de la Chine et de l'Egypte, merveilleuses créations que les grands poèmes héroïques ont consacrées dans tous les siècles! M.Alexandre Soumet, plus sainlenient inspiré que les flomères, nous en parle à son tour en lermes si magnifiques et si purs qu'on dirait que les anges eux-mêmes ont voulu chanter sur sa lyre leurs béatitudes éternelles I Oui Je le répète, quand on entend lire le chant du ciel, on dirait une voix sacrée qui résonne sous l'inspiration de l'esprit divin. Jamais Israël, jamais les bords de l'Euphrate ne retentirent d'accents si mélodieux , lorsque Isaïe lui-même peignait Dieu dans sa magnificence , porté sur des nuées de chérubins ; tandis que les séraphins , voilés de leurs ailes de flamme ] chantent à ses pieds les cantiques desa toute-puissance. —Et l>ourtant ce chantdu ciel, le premier de la Divine Épopée, n'est point le plus beau du poème I On dirait que le poète, à mesure qu'il avance dans la carrière épique, acquiert des forces nouvelles et de plus doux enchantements. Mais si M. Alexandre Soumet s'est pénétré des vérités surnaturelles de la révélation , il doit la plus grande partie de ses beautés poétiques à la seule inspiration de sa raison et de
soD cœur ; c*est dans ces abîmes quMI a puisé tous les trésors, tous lesdiamants dont laDivine Épopée étincelle. Les fbrmes symboliques de ses pensées, de ses prières et de ses adorations sont dues uniquement à cette vive et brillante imagination dont Dieu semble l'avoir doué pour une mission spéciale, je veux dire la Divine Épopée. Le poète a senti sa vocation, et, tout plein de la divinité qui Tinspire, il s'est mis à parler un langage surhumain. — Certes! la philosophie, appuyée sur l'expérience et la raison , est en droit do contester à la mused'un poëteies brillantes ou terribles théories de l'imagination. Le champ des spéculations est vaste ; il y a place pour toutes les rêveries du philosophe et du poète. Mais que M. Alexandre Soumet ail franchi quelquefois les bornes de la réalité , ce n'est pas là la question; le poète chante ses inspirations, voilà sa figure, sa grandeur, «a rcience et son symbole. Quelquefois ses récits sont mythiques, d'autres fois il les reçoit de l'esprii de Dieu , mais la tradition antique, ce divin soleil des tribus de la Judée , de l'Arabie et de l'Occident, qui brilla d'un si vif éclat sur les rives de TEuphrate, n'a point reçu d'atteinte dans le poème de la Divine Épopée.
a M. Alexandre Soumet, avant de s'élever sur lesailes de sa muse dans les régions de l'invisible , s'était inspiré aux sources sacrées de la Palestine et de l'Egypte. C'est le Dieu d'Abraham , c'est la religion épurée par le Rédempteur des hommes qui brûlent dans ses vers d'un feu doux et céleste ; c'est Jésu&-Christ avec les idées souveraines du juste et de l'injuste, qui tonne dans les abîmes du cœur humain; c'est un dieu qui parle dans le sanctuaire des dieux , et que les anges écoutent avec transport I Ici, rien d'inférieur; sa muse n'a point d'infirmités ; Homère ne sommeille plus ; il semble au contraire que sa muse s'alimente sans cesse et rayonne de toutes les splendeurs du ciel. Cette poésie , toute d'inspiration et cependant érudile , théologique et savante, est , comme je l'ai déjà dit, la plus belle synthèse
des siècles poétiques et la pins haute expression des progrès du laDgnge harmonieux.
« Enfin, pour terminer ces considérations générales ou à priori , j*ose affirmer que si la méditation des merveilles de la nature, si Tétude de Thistoire et des développements incessants de Pesprit humain dans les sciences, les lettres et les arts, si les plus profonds génies des siècles ne nous avaient révélé une perfection indéfinie dePhumanité qui, par une attraction naturelle, s'élève sans cesse vers Dieu dont elle émane, la Divine Épopée nous donnerait Tidée de celte religion nouvelle dont nous avons reçu l'héritage! LA Divine Épopée est le couronnement scientifique, philosophique et religieux de trente siècles de conscience et de raison. »
Nous terminerons cet avertissement par xme citation poétique ; par le sonnet que M. Alphonse Le Flaguais a publié dans la Revue du Calvados :
A l'auteur de la divine épopée.
A toi , vainqueur, à toi notre encens le plus pur! Au pied de ton autel les palmes et les lyres! A toi tous les transports , les honneurs, les sourires ! A toi Fonction sainte et le règne futur!
L'abîme ténébreux, l'éblouissant azur A ton aigle ont ouvert leurs magiques empires ; Et l'on dirait que Dieu, miroir où lu t'inspires , T'a confié le mot de son mystère obscur.
Dante, Milton , Soumet, trinilé du génie , Unissent leurs splendeurs dans un ciel d'harmonie : Les siècles béniront ces élus triomphants !
Gloire à toi! gloire à toi , chantre de l'espérance ! La France jusqu'alors couronnait ses enfants. Mais aujourd'hui c'est toi qui couronnes la France *
Un poète, jeune incrédule à qui je lisais quelques fragments de cet ouvrage, m'interrompit en me disant : ft Vous placez votre fable épique dans le monde invi* « sible ; ne craignez-vous pas d'avoir méconnu Fesprit « de notre siècle? » Voici à peu près ce que je lui répondis :
La plus forte tête métaphysique dont se glorifie l'Europe savante , Newton , découvrait les lois de l'attraction, et il commentait les livres de saint Jean; il pesait les mondes dans sa main , et il allait demander à l'Apocalypse le complément de la science.
La plus forte tête métaphysique qui ait abordé le problème générateur, Kant, déclarait qu'il n'existait pas de métaphysique ' *, pour affirmer quelque vérité qui ne fût point une illusion du monde phénoménal, il s'adressait au libre arbitre, il s'adressait à la con-
1. Madame de Staël diialt de Kant ; Il a fait comme Gurtius n B>8i jeté dans le gouffre de rabitraction pour le combler.
science humaine, il remplaçait le savoir par la croyance, il disait comme l'Évangile : Dieu est en vous!
Daniel expliquait les songes , et sans doute vous riez de Daniel] Cassini a été plus sérieux : il s'est servi des cycles du prophète , pour faire faire un pas immense à l'astronomie transcendante!
Prenez garde , notre siècle est étroit , mais il y a place pour Dieu, et les recherches mêmes d'ime érudition impie ne font souvent qu^agrandîr cette [dace : je. n'e» Touérais pour preirre qae le fameux livre de Dupuis sur VOngmt de tous les ctdtes. Dnpvîs croit anéantir la ï^gioo en s'effarçant d'en retrouver quelques traces sovs les ii^égories du génie antique: le bélier d'Ammon discrédite à ses yeux l'agneau de Bethléem ; la l^ssioe d'Adonis dte FK>iir loi toute sa valeur au sang du Gahaire ; la botte de Pandore Tempôrtie de diviniser Fespérance; la couleuvre de Zoroastre TeMpéche de cre4re au serpent de Moïse. I! s'étoraie que Madeleliie oae pleurer, après les femmes de Byblos ; 'û m vfim. pas que la Ronre de Samt-Pierre ait des religieuses, parce que la Rome des Césars avait des wstales; il signale les phrs légers rapports de notre «lite avec les eidtes qui Font précédé, il confronte Fé0ise avee tous les temples; il poursuit partout le plagiat divin. Certes, il connaissait bien mal l'esprit du christianisme, cette sei«ftee de F^platieii, cette espérance qui fait de la tombe le berceau du ciel,
P&ËFÂCE. S
GÊtt» grande loi qui seule peut mettre d'sHseord tcmtes les antinomies du mcmâe civilisé; il connaissait bien mal l'esprit du christianisme , cdui qui s'annait contre sa doctrine de pareilles ressemblances, » souvent in* voquées par plusieurs Pères de l'Eglise eux-mêmes. La puissance du sacrifice volontaire a'a été ignorée d'aucun mystagogue, les racines secrètes 4e notre dogme sont partout. Ce bîen£sut de l'éternité a dû oonunencer avec le t^nps ; l'attente de la réhabUitatîon a dû suivre immédiatement la chute; et pendant que l'Éden fermait ses portes à l'homme tombé , la miséricorde divine lui ouvrait les siennes. La rédemption était un secret de famille qu'Adam transmettait à sa postérité avec la parole, et dont le polythéisme , en y mêlant ses erreurs, devenait lui-même le confident. L^antériorité du symbole ne détruit pas le fait, elle le confirme ; mais l'auteur de l'Origine de tous les cultes ne s'est point aperçu de sa méprise.... Singulière in* tdlig^ce qui ne veut pas que des fables solaires soient un endïlème anticipé du soleil divin!... Singulière in* telligenoe qui trouve la croyance à la Trinité absurde, parce qu'elle est universelle, qui appelle la venue dé Jésus-Christ une chimère, parce que tous les peuples de la terre en ont eu le pressentiment, et qui proscrit l'Évangile, parce qu'il ressemble qudquefois au Pbédon!
Prenez garde ! ... La science , anjourd'hui, est forcée
de se rallier de toutes parts aux enseignements de l'inspiration religieuse. Si le naturaliste pénètre dans les profondeurs du globe, c'est pour y apercevoir les six jours de la création moïsiaque gravés, couche par couche, sur le granit. Si l'archéologue interroge les sphinx de Thèbes, c'est pour que leur réponse réhabî" lite la chronologie sacrée. Si la physique découvre le système des ondulations, c'est pour absoudre la Genèse d'avoir fait de la substance lumineuse un être créé avant le soleil. Si la phrénologîe explore le crâne humain , c'est pour retrouver les trois fils de Noé dans les trois races qui se sont partagé la terre : on dirait que le génie, en expiation de quelque ancien blasphème, ne peut remuer aucun mystère sans en faire sortir le Dieu des chrétiens !
Ne nous étonnons pas de cette subite révolution. L'incrédulité n'est qu'une halte plus ou moins funeste de l'esprit humain, qui reprend bientôt sa marche vers le but marqué. L'homme est placé dans une création finie ; mais il porte en lui quelque chose d'infini et d'incréé, sa ressemblance avec son Créateur; et il puise dans cette ressemblance certaines intuitions, certaines formes originaires et virtuelles, certaines lois nécessaires antérieures à toute expérience. L'école allemande a dit : Il faut l'infini pour être, — Les idées innées de Platon, l'harmonie préétablie de Leibnitz, la visien en Dieu de Mallebranche, les théories du
temps et de l'espace du solitaire de Kœnisberg, déjà entrevues par saint Augustin * ne sont que des commentaires de cette phrase de la Bible : — Dieu fit Vhomme à son image. — Ces mots renferment un abime que toutes les philosophies , à leur insu, ont cherché à sonder vainement.
Les successeurs de Kant n'ont pas reculé devant les profondeurs de cet abime. Accusant leur maître de timidité dans ses abstractions, ils ont voulu faire un pas de plus dans Finconnu ; et tandis que Schelling spirîtualise la substance et la forme * , tandis qu'il considère Dieu comme le centre d'un cercle dont la création est la périphérie, tandis qu'il élève jusqu'à l'âme universelle les forces divinisées de la matière; Fichte, au contraire, fait sortir du seul rayonnement de notre âme toutes les apparences de l'univers; il force le moi humain à devenir créateur et à travailler sans cesse sur le réseau de phénomènes dont il s'est enveloppé. Dans ces deux systèmes d'unité absolue, tsout vestige de dualisme achève de disparaître. Les deux termes opposés du grand problème , le sujet et
i. Kant dit: Le temps efit subjectif et, a priori , il est la forme de notre sens interne. Saint Augustin dit : C'est en toi-même , ô mon esprit, que je mesure le temps, et ce que je mesure, à proprement parler , c'est l'impression que les choses font en loi.
9. Quelques critiques ont accusé Schelling de panthéisme ; ils se sont trompés: dans Spinosa, tout est Dieu; dans Schelling» Pieu est tout.
Fofcjet, l6 moi et Se noa-moi, eli«rdi^t à s'anéautir Déciproqpemeat : ^itre oes deux irrécoBciliables lut^ teurs, c'est à qui restera seul maitre sur le champ de bataille de l'idéal.
A éM de ces magnifiques et <|^^pitfoîs dangereuses théories, qu'on pourrait appeler le mystMismedel'inteiMgence, se dévelq^, deutz (piques écrivains contemporains, le nrfstîcismada coeur : Ici le philosophe se <^aBge en inspiré; le dénoon de Socrate cherche à s'âever aux coBtemplations de Sainte-Thérèse; les prodiges (te la sci^ice foi^ ^aoe aux miracles de la prière; au Dieu-Univers de Schelling succèdent les mondes merveilleux de Swedenb(»rg; aux nomlnres harmoniques de Kepler, les nombres mystiques des adeptes de M. de Saint-Martin.
Ces théosophes admettent le pouvoir sans limite de la foi religieuse et croient retrouver des embfèmes fumaturels dans tous les phénom^es de la créal»(m. Ils s'emparent des célèlH*es expériences de Oadni sur les vibrations sonores, pour montrer comment le nombre et le mouvem^t réunis peuvent en£smter la forme; ils considèrent la lumière comme un intermédiaire entre la matière et l'esprit; ils expliquent les phénomènes de la folie et ceux du somnambulisme naturel dont personne ne doute , par des concentrations phosphoriques qui ont lieu dans l'oigne cérébral divisé en sept lobes mystérieux; ils s'appuient sur
quelques découvertes récentes de la chimie moderne , pour ne voir, dans les éléments atomiques des corps, que des différences numériques admises autrefois par les Pythagoriciens ; ils prennent le christianisme pour la base unique de toute vraie philosophie; ite ont leur initiation comme les prêtres égyptiens, leur seconde vue oomme les pâtres écossais; ils demandent quel* qu^is à la vie présente une vision extatique de Texis* tence à venir, et ils considèrent Tâme humaine comme une sorte de pythonisse sainte, toujours prête à évoquer les merveilles de ce monde invisible, dans lequel j ai osé placer la fable de mon épopée.
Pourquoi le poëte serait-il plus timide <pie le théosophe et le. métaphysicien? En faisant de la muse une initiée mystique, j'ai rouvert pour elle les régions où le Dante, Milton et Klopstock l'avaient déjà conduite. Car, diose digne d'être remarquée, le mervdlleux, qui n'est qu'un accessoire dans les épopées antiques, devient, presque toujours, pour le poëte épique moderne, le m^ même de ses chants. Use religion tpute spirituaiiste le c<mimande.
L'alliance des deux mondes, coomie on l'a souvent fait observer, était fsicile aux poètes du paganisme. Leur Olympe ne dépassait pas la région des nuages; la ceinture de Vénus était faite à la taille d'Hélène, et la lance des héros attdgnait facilement les immortds. Mais chez les modernes, les choses ne sont pas
ainsi : le sanctuaire divin s'ouvre à une plus grande hauteur, la terre disparaît devant Timmensité des deux; aucune fable humaine ne peut s élever au niveau de Jéhova; et, désespérant de franchir la distance qui sépare les deux mondes, le poëte l'anéantit. Il se place , de plein vol , dans le merveilleux ; il ne regarde qu'avec l'œil de la foi; il ne croit qu'aux réalités de Tinoomiu , il ne chante que ce qu'il voit dans son âme. Cette phrase devenue si vulgaire : —Les vers sont la langue des dieux , —renferme, surtout pour nous, toute une poétique. Où manque l'image, manque la lumière; où n'est pas le nombre, n'est pas la vie. Mais pour que la pensée du poëte participe de la puissance du verbe divin, pour qu'elle puisse enfanter un monde, il faut qu'elle plane de bien loin sur la région du sensible. Toute grande représentation artistique doit avoir ridéal pour point de départ; toute création véritable doit prendre naissance dans l'infini.
Il faut, dira-t-on, que cet idéal s'enveloppe de formes individuelles; il faut que la grandeur d'une oeuvre ne nuise pas à son intérêt. Sans doute, mais une civilisation ne peut se transformer sans que tout se transforme avec elle. Autant la liberté diffère du destin et la Providence de la fatalité, autant la poésie moderne diffère de la poésie antique; et les changements qu'elle a subis sont encore bien plus marqués dans les
détails que dans l'enseinble de ses compositions ^ Elle cherche à pénétrer plus profondément dans la signifi* cation intime des événements et des choses, à mieux comprendre la prière, à mieux sympathiser avec la douleur. L'avenir n'a pas assez de secrets pour sa rêverie ; le ciel étoile n'a pas assez de lueurs pour ses tableaux. Le génie des émotions lui apparaît environné de symboles. Sa pensée est plus contemplative, son style plus empreint des mélodies de l'âme et de l'univers. Partout le sentiment appelle la métaphore, partout l'expression se revêt et se colore de l'image : on dirait que tous les objets de la nature viennent s'unir dans ses chants à cette même parole dont ils sont au* trefois sortis*.
Quelquefois le sens métaphorique s'agrandit; le schéma littéraire passe de l'expression dans quelques parties de la fable elle-même. L'Adamastor du Camoens , le myrte du fantôme d'Armide , le cyprès de
1. Les grandes fables tragiques de Tantiquité ne perdent presque rien de leur intérêt, lorsqu'on les tran&porte sur notre théAtre, pourru qu'on modifie puissamment Texpression det sentiments de leurs personnages.
3. II n'est pas besoin de dire que dans cette définition de la poésie, Fauteur de cet ouvrage ne songe nullement à lui-même , mais seulement à l'art; il parle de la poésie moderne en général, telle qu'elle s'est révélée au génie des Jules Lefôvre, des Alfred de Vigny, des Alexandre Guiraud ; telle qu'elle nous apparaît dans les Méditations de Lamartine ou les Prismes de Rességuier , dans les Orientales de Victor Hugo ou les recueils d'Emile Deschamps.
Glorinde éam la Jèrusalênh dèUvréê^ smt des figoreSi des archétypes poétiqii(eB àxmt aucun olget xéd n'a fourni k modUe : ^éations exfieptioavadles da Tart, douées de traits aussi caractéristiques que tout oequîmarcdieet vit sous nos yeux, existences à pari qaà u'ùiA pas besoin d'avoir leur degié marqué sur VécAM» des êtres* Le génie a soufilé sur l'image, riiuage a yém.
£Uea vécu, parée qu'eUa était beUel L'instinct du ])eau I cette conscienee de l'artiste , ne doit jamais l'abando^mm*. Le beau est une manifestation de la pen» séedivitte; et l'art, ^ se vouant à son culte, devient, pour ainsi dire , l'auxiliaire des sentiments rdigîeux« Je ne sais quel philosophe ayant appris que le fils d'A«» gprippine avait fait transporta l'Apollon du Bdvédère dans une des salles du palais dor, s'étonnait que la contemplatiim de oe marbre n'eût pas chaîné Tâme de Néron.
On trouvera dans cet ouvrage peu d'allusious aux intérêts passagers qui nous travaillent. L'inspiration , en «e mêlant à la politique, se dépouille presque toujours de sa s^énité. Elle doit savoir s'isoler de cette curiosité vulgaire qui s'attache aux événements cont»nporains. La Poésie , c*est la couronne dHiéron : son or ne souffre point d'alliage ; c'est le diamant du lapidaire , on l'estime à sa pureté.
Mais en me séparant de toutes ks passions du siède,
p&<rAc«. Il
je ne me suid pas séparé de toutes ses pensées : j'ai fait de mon drame mystique un hymne à Fespérance. L'esprit du moyen-âge avait suffi pour remplir les trois abîmes creusés parle Dante. Le réformateur MUton avait fait de son Satan un factieux gigantesque armé ewitre la monarchie du cié. L^âme rêveuse de KlopstodL avait pleuré avec saint Jean et Marie au pied de la croix ; elle avait conduit, à l*heure suprême , la planète Adamida devant le soleil , pour qu'il ne vît pas mourir le Sauveur des hommes. J'ai osé sonder de plus profondes ténèbres !
Préoccupé de l'immense amour de Jésus-Christ pour ses créatures ; absorbé dans la contemplation de son sacrifice, j'ai cru voir , pour me servir des expressions de saint Chrysostome > le fils de Dieu briser les portes d'airain de l'enfer , afin que ce lieu ne fût plus qu'une prison mal assurée, 2uvÉ6Xa<y« tfOXoç xcùxolç, iva àxpTKXTov
•yévuToi Ta ^eapLWTKipiov. J'ai cru voir , pour parler comme saint François de Salles, la grande victime souffrir en même temps pour les hommes et pour les anges ; j'ai cru voir , avec Origène , U sang Uiéandriqvie baigner à la fois les régiom célestes, terrestres et inférieures, Tdl fait de la force expiatrice une seconde âme universelle; j'ai supposé la rédemption plus puissante que toutes les iniquités ; j'ai supposé que l'aichange prévaricateur n'avait pu donner à l'édifice du mal l'éternité pour ciment. Je dis , j'ai supposé, parce que
je ne yeux point qu'on se méprenne sur la signification de mon œuvre. Je n'ignore pas que les paroles de saint Chrysostôme ont été différemment interprétées par l'Église ; je n'ignore pas qu'une opinion d'Origène, puisée dans les théogonies indiennes , s'anéantit devant le jugement des conciles, et je hasarde comme une simple fiction ce qu'il enseignait comme une vérité. Les entraves de la réalité n'existent point pour la poésie ; sa liherté fait sa grandeur , et , comme je le dis dans mon épigraphe , la lyre peut chanter tout ce que Vdme rêve. Une vue de l'imagination n'est pas une croyance ; une invention épique ne peut en aucune manière porter atteinte à l'inviolable autorité du dogme. Et lorsque le poëte, dans un élan d'espérance, ose dépasser les limites de la clémence suprême et demander un dernier miracle à l'amour divin , le chrétien se prosterne avec respect devant le mystère le plus redoutable du catholicisme.
CHANT PREMIEK.
Un ai^e qui planait sur un cieL nuageux, Yait savoir s*il est roi de l'empire orageux, Son vol s'y plonge.... il vient, l'aile sur sa conquête, Se placer, comme une âme, aux flancs de la tempête^ £t surveiller, de près , tous les feux dont a lui Ce volcan voyageur qui s'élance avec lui.
Mais brisé dans sa force, il hésite, il tournoie; L'horizon de la foudre autour de lui flamboie. Et, sous le vent de feu courbant son vol altier, Ce roi de la tempête en est le prisonnier.
Emblème tourmenté de l'existence humaine.
Un tourbillon l'emporte, un autre le ramène; Son cri royal s'éteint au bruit tonnant des airs; Un éclair vient brûler son œil rempli d'éclairs. Alors, tout effaré, comme un oiseau de l'ombre, Ou pareil, dans la nue, -au navire qui sombre, On voit, aux profondeurs de cet autre océan, Flotter, demi-noyé , l'aigle aveugle et béant. La grêle bat son flanc qui retentit.... L'orage, Comme un premier trophée, emporte son plumage.
Il cherche son soleil; mais, d'ombres tout chargé, Sur un écueil des cieux le soleil naufragé A perdu, comme lui, son lumineux empire :
Son disque défaillant dans le nuage expire; Et Fouragan, vain<iu6ur de bob. triste flambeau. Engloutit l'aide et Tastre en un même tombeau.
Et moi, moi, je vis choir de la nue enflammée.
Par les feux du tonnerre à moitié consumée,
Une plume de l'aigle, et comme l'inspiré
De Pathmos, je voulus que ce débris sacré
Me servît à tracer, puissant et prophétique,
Les récits étoiles de mon drame mystique.
Viens aux mains du poète, et devant son autel,
Changer ton vol d'un jour contre un vol immortel!
Notre pâle soleil te dorait de sa flamme.
Nous allons traverser tous les soleils de l'âme;
Et tenter un orage en nos vivants chemins.
Plus profcmd que celui qui te jette en mes mains ;
Et peut-être, avec mol , qu'à son souffle ployée,
Une seconde fois tu seras foudroyée.
Viens! viens! Dante suivait, d'un sceau brûlant marqué,
Le laurier radieux du poète évoqué;
Nous, soyons attentifs à la voix infinie
Qui fait du coeur de l'homme un temple dliarmcmie.
Gomme un Qwte tari m monde âaît fmé.
De son grand nnivers dans Finfinî lanoéi Dîea v»ait d'eniem k merveille éoiataiÉte, Comme d'un camp nomade on enlève la tente.
Il ne restait plus rien que le del et l'aildr. Et range du diaos, de aom trône de fof Séparait, eatxMieé de visions funèbuSy Le divin l^dndîs du s^oor dea ténèbres.
fi
Smis le regard ^vin Thcn^zon des élus, Édea resploidissant qu'Eve ne perdra plus , Ouvre sa Manche £âtB à l'âme m paix ravie; L'amour et non le temps y mesure la vie; De ce doux nom d'amour Dieu daigne s'y nommer; Car l'absence du ciel, c'est de ne pas aimer. Le coeur des aâraphins que cet amour embrase, Devient l«t*màne un oiel d'innooraee et d'extase;
Tels qu'un souffle enchanté s'exhalent tous leurs jours
Et s'ils sont immortels, c'est qu'ils aiment toujours.
Salut! ô palmiers d'or! Palais de cymophane!
Jardin où nulle fleur du désir ne se fane;
Où, comme un saint trésor, la vie est au Seigneur;
Où s'éteint l'espérance à l'éclat du bonheur!
Du bonheur, diamant à la mystique flamme,
Fait des rayons de l'ange et des pleurs de la femme,
Lorsque vers le Sauveur se sentant attirer.
Aux portes de l'Éden elle revint pleurer.
Salut, séjour flottant, sanctuaire qu'habite
La belle éternité dont l'extase palpite;
Où le cœur, chaste autel, garde le même feu;
Paradis incréé, profond firmament bleu!
Abîme de transports sondé par la prière ,
Où l'âme absorbe Dieu, comme un flot la lumière!
Pour les enfants du ciel le charme le phis doux, C'est que chacun s'endort dans le bonheur de tous. Comme des cygnes blancs, la nuit, chastes volées. Dans la même fraîcheur des ondes constellées. L'ivresse des mortels, en triomphe portés, Qu'une grande action hors d'eux-même a jetés ; Qui sur l'humanité suspendent leur exemple.
Comme un ange sauveur à la voûte d'un temple; Et dont le nom réveille au fond des cœurs brûlants , Des battements de gloire, à travers deux mille ans; Les dévoûments sacrés; l'héroïque délire; Les grands frémissements des transports de la lyre. Lorsqu'un Poëte-Dieu, par son siècle épié.
S'élève en l'aveuglant des feux de son trépied , Et, phis que du laurier dont son front s'environne ,
Se Élit de Favenir une sainte couronne ; Ces élans, ces bonheurs, ces fruits que notre main Cueille si rarement aux arbres du chemin , Près des célestes biens semblent tous disparaître; C'est le néant perdu sous les splendeurs de l'être.
Les aveux qu'une vierge, à l'hymen souriant,
Mêle aux tièdes soupirs d'une nuit d'Orient;
L'hymne tout rayonnant qui dans les airs s'élance,
Quand Bulbul vient du soir étoiler le silence;
L'onde qui, sous la rive aux contours assouplis.
Se balance, en berçant l'image d'un beau lis;
Les souffles du printemps; l'orgue du sanctuaire
Épanchant dans la nef son fleuve de prière;
La musique d'un rêve, au chevet embaumé
De l'amante qui dort sous le regard aimé;
Les sept esprits voilés des harpes éoliques ,
Qui chantent leurs amours aux nuits mélancoliques;
Ont des accents moins doux , des sons moins gracieux,
Que les mots accordés dans la langue des cieux :
Harmonieux trésor des phalanges divines.
Et tombant de leur lèvre en perles cristallines.
Ces mots sont virtuels, ces mots sont tout-puissants;
De la création germes phosphorescents,
Types mystérieux où la nature existe
Conune un chef-d'œuvre au fond des rêves de l'artiste ,
Et qui seuls ont peuplé l'air et l'onde et les bois.
Quand Dieu les prononça pour la première fois.
Ces Biots sont lumineux, et leurs flammes dorées
Évoquent des objets les formes éthérées ,
On voit en écoutant.... Tel, dans Memphis tracé,
L'antique hiéroglyphe, orade du passé,
De la voix fugitive éc^melie peintare, Nous montre sur la forte et calme architecture , Sur les socles d'airain, sur l'autel de granit, L'ibis qui sait cueillir des palmes pour son nid; L'ichneumon adoré, Taigle oiseau de la foudre; Les princes dont la mort venait juger la poudre ; Les consteHatioDS dont les feux protedeun Guidaient dans le désert la marche des past^un; Heresès, roi des beaux-arts; le soleil, roi du mmide, Qui pleiuie, en larmes d'or, sur le soi qu'il fôeo&de; Et, prêtant un lan^ge à tant d'obfets divers. L'alphabet créateur a pour voix l'univers.
La parole, id-bas, n'a qu'un douteux empire.
Sous nos mxAsi nuageux l'enthousiasme ^pire, Le sentiment se glace , et l'âme încessammeni D'une lutte impossible éprouve le tourment.
Comme un homme au cercueil jeté vivant encore, Elle cherche à sortir de son linceul sonore; Et voudrait, remuant, tourmentant son tombeau, Des ombres du langage affiranchir s<m flambesm. Le poëte, lui seul, retrouve (m son domaine Qudques titres pordus de la pensée humaine.
Lui seul peut entrevoir le mystère oublié, Que suspend l'univers sur l'homme humilié; Lui seul peut le traduire en oracles de flamme, Quand le ciel retentit sous le viA de son âme; Quand, dé ses pleurs sacrés sa lyre humide eneor. Aux pieds du Dimi vivant monte d'un seul aoeord.
La vérité, pour nous de tant d'ombres troublée. Dans la cité de Dieu raycome immitcuiée;
LB CI».. ti
Sa perle virginale y gwde ia Uanebettr, Sans avoir, pour briller, attendu le plongeur. L'esprit n'y ftolte plus an vent 4e nos systèmes ; Les lourds manteaux ée plomb de nos pr^i^és blêmes Ne nous y pressent plus de leur poids aocaUant, St nul astre ne manque au bel horissii bimie. £t la pensée enfin, loin de tout esclavage.
Comme un condor ayeo^ aux fik de son grillage, Ne vient plus se heurter aux réseaux épineux Dont le doute autour d'elle avait tism ka Meuds.
Dans l'Éden jamais de nuages, Jamais les emors de l'e^c^rl On voit tout en Dieoi... Les images Brillent de l'éclat du mâroir« Ici-bas, souvent tKmt ae vdle :
L'amour s'éeBint sous un adieu.
Le calme peut perdre une voite, Une fleur nous cache une étoile, La jeunesse no«s caefae Dieu.
L'arbre du baume, autour de l'ange, S'exhale en longs flots vaporeux; Comme de l'Indus et du Gange Se parfument les bords heureux.
Quand Delhi, rêveuse, s'admire Aux <mdes des laes azurés; Et que la molle Caoherayxe Trempie dans l'encens et la myrrhe L'aile éd ses songes dorés.
Les Séra^ns, troupe Inspirée,
Traversent dans de saints transports Le firmament, harpe sacrée Dont leur vol émeut les accords ; Compagne à la fois humble et fière , Leur immortalité les suit; Ils respirent dans la prière , Ils rayonnent sur la lumière, Gomme nos astres sur la nuit.
Quand, sur le vallon de délices, Jésus se lève éblouissant, Les âmes tendent leurs calices Au souffle doux et caressant; Tendres fleurs, moissons éternelles, Trésor du dernier moissonneur; Les Chérubins ouvrent, près d'elles.
Les yeux flamboyants de leurs ailes.
Pour garder les chars du Seigneur.
D'étincelants et hauts portiques D'émeraude et de diamant Portent, sur leurs arceaux mystiques.
Les annales du firmament.
De la science, unique emblème, Là, domine un arbre géant, Renfermant le secret suprême Du Dieu grand sorti de lui-même.
Du monde sorti du néant;.
Autour de la croix qu'on embrasse.
Les vierges, sœurs de Gabriel, Voient le Séraphin de la grâce
L£ CIEL. tl
Balancer le lis bleu du ciel;
Sous la coupole d'arg}TOse,
Incomuie aux splendeurs d'Ophir,
Dans leur sein qu'un doux baume arrose,
Leur cœur brille, comme im feu rose
Dans un encensoir de saphir.
Elles chantent; leur voix bénie, Aux sons vaporeux du Nëbel, Éclate en perles d'harmcmie, Couronne du cygne étemel :
C'est la voix de ces chastes femmes Qu'entendait Thérèse au saint lieu ; Accords, mélodieuses flammes.
Qui se perdent, comme des âmes, Dans l'accord immense de Dieu.
Au milieu de FÉther plein de sa triple essence, Dieu resplendit d'amour, d'esprit et de puissance; Être, raison de l'être, et dont l'infinité Jaillit des profondeurs de sa sainte unité ; Centre dont le rayon , qui jamais ne dévie , Trace éternellement le cercle de la vie ; Océan qui bouillonne , et dont les flots vermeils Épanchent leur écume en gerbes de soleils , £n gerbes de soleils et vivants et sans nombre , Dont nos astres si beaux ne sont pas même une ombre. On les voit prolongeant l'éclat de leur foyer. Dans l'ineâlable azur , d'orbe en orbe , ondoyer , Envelopper, au bruit de l'hymne des louanges ,
Si CHANT L
Gomme un réseau brûlant , le peuple entm dei anges ;
Et, dans chaque rayon réfléchir à Iwirs yeux,
Durant Téternîté , l'infini des sept cieux.
C'est là que s'accomplit le mystère adorable
De la Trinité sainte , abime impénétrable ;
Où, devant les élus , l'esprit éblouissant
Au triangle incréé , du père au fils descend.
Tantôt confond en eux ses flammes étemelles;
Tantôt , colombe ardente , ouvrant ses vastes ailes ,
Vole , comme autrefois , lorsqu'aux flancs du chaos,
Du germe universel endormi dans les eaux
Il couvait le sommeil Sous ses dialeurs fécondes ;
Traduisait sa pensée en systèmes de mondes;
Et , comme un faible enfant qui chancelle en nos bras,
De la création guidait les premiers pas.
Lorsque sur les élus , de plus près , brille et tombe Un regard créateur de la sainte colombe , Au plus profond du cœur il fait éclore en eux (Prodige renaissant du toucher lumineux) D'antres trésors de paix , d'autres élans d'extase , Comme un rayon du jour fait naître une topaze Dans les climats heureux où l'amour se plaît tant; Où l'air a la douceur des soupirs qu'il entend ; Où Golconde, aux yeux noirs , vient baignet odorante Ses pieds de bayadère à la mer transparente.
A la droite du fils, et son rayonnement. Est assise Marie , aube du firmament.
Blanche Vierge, bénie entre toutes les femmes, Encensoir d'or portant tous les parfums des âmes, Cèdre dont l'esprit saint atteint seul la hauteur,
LR GIBL, m
Couche embamnéd au dort le soleil rédempteur ,
Gerbe de pur froment, et de lis eatoarée,
Vigne dont diaque lanne est une perle ambrée,
Colombe se baigant dans nn torr«yit de feu ,
Myrte ombrageantramoar^quandramourvitenDleBv
Rose ouivant son calice à l'éme fugitiT«,
Cloître aanctifié de la pudeur native,
Montagne de rulMS d^où le jour se r^nd ,
Phare que sur ses flots l'éternité suspend !
Reine!!1 tes 'clartés jamais ne se tarissent,
Tous les dons de ton fils entre tes mains fleurissent;
Les plus beaux des ëns accourent à la fois ,
PMur prendre à tes genoux un ordre de ta voix;
Et ton sourire glisse à travers leurs phalanges ,
Comme un ray<m d'amour sur la blancheur des anges.
Mais, quand s'ouvre pour tous TÉden illimité,
Qui consoleras-tu dans la félicité?
£t sur qui tomberont tes trésors de puissance.
Où ta n'as qu'à bénir la paix et l'innocence?
Quand la terre existait , tes regards attentiâ Suivaient ks pas errants de tes fils adoptift ; £t, bien loin des concerts de la céleste vodte, Tu comptais , avec nous , les soupirs de la route , Et tu nous envoyais l'ange des charités , Lui disant : --* « Va, descends vers les coeurs attristés; « Prends pour eux mes trésors de vie et de lumière, « Tu n'épuiseras pas la pitié de leur mère.
« Va !. .. pour les consoler nmis prierons tous les demc ; A Je serai près de toi , quand tu seras près d'eux. « Sur la mer écumante, à l'heure des naufrages, « Jette, pour les calmer, mon doux nom aux ora^;
« Sauye le matelot pour qae , le lendemain ,
« Il m'aperçoive en rêve , une palme à la main.
« Adoucis aux pasteurs la pente des collines ,
« Et promets-moi pour mère aux âmes orphelines ;
« Et ne quitte jamais ce voile blanc , béni ,
« Pour abriter l'oiseau qui tombe de son nid.
« Ce qu'il te faut de grâce , ange , je te l'accorde ! »
Et l'ange , tout brillant de ta miséricorde,
Venait, médiateur que ton souffle animait,
Épancher plus de dons que l'espoir n'en promet ;
Prolonger dans nos cœurs ses veilles fraternelles ,
Blanchir notre horizon de l'aube de ses ailes,
Et verser sur nos maux , à toute heure , en tout lieu,
De chastes pleurs empreints de l'essence de Dieu.
Que fais- tu maintenant , que fais-tu de ton règne ,
Dans l'océan de joie où ton peuple se baigne?
Ta main vient ajouter une perle à ses flots,
Et la plus transparente au fond des claires eaux ;
Et tu peux, seule , au sein du divin tabernacle.
Des bienfaits de la croix agrandir le miracle ;
Et de ton souffle pur qui s'exhale pour eux ,
Raviver l'air du ciel autour des bienheureux ;
Leur verser en rayons la paix qui t'environne ,
Être du paradis la reine et la couronne ;
Et jetant sur les cœurs ton aimable lien.
Mesurer leur extase aux battements du tien !
Oh ! parmi tous ces cieux que réjouit Marie , Celui qu'elle préfère est la jeune patrie De ce peuple d'enfants , souriant et vermeil , Dont le front eut à peine un rayon de soleil ; Qui n'ont pas adopté la terre .pour demeure j
Éliis^ pour qui Texil ne dura pas une heure,
Qui sont victorieux sans avoir combattu ,
£t pour qui Finnocence est plus que la vertu !
Dont le pied rose et nu n'a pas touché nos fanges ,
Qui ne sont pas des saints , qui ne sont pas des anges,
Qui n'ont pas dit : Ma mère ! à leui:s mères en deuil,
Et n'ont à leur amour demandé qu'un cercueil !
Sous les arbres de nard , d'aloès et de baume ,
diaque souffle de l'air , dans ce flottant royaume ,
Est un enfant qui vole , un en&nt qui sourit
An doux lait virginal dont le flot le nourrit;
Un enfant chaque fleur de la sainte corbeille ;
Chaque étoile un enfant , un enfant chaque abeille.
Le fleuve y vient baigner leurs groupes triomphants ;
L'horizon s'y déroule en nuages d'en£mts ,
Plus beaux que tout l'éclat des vapeurs fantastiques
Dont le couchant superbe enflamme ses portiques.
Là , sous les grands rosiers, ils tiennent lieu d'oiseaux.
Quand le zéphir d'Éden balance leurs berceaux ;
£t que leur tête blonde et charmante et sereine
Se tourne avec orgueil du côté de la reine.
Car la reine est leur mère ; oui , ceUe que leurs yeux.
En se fermant au jour , ont rencontrée aux cieux.
Mais, lorsque vient à vous , enfants! cette autre mère
A qui votre naissance ici-bas fut amère ,
Pour que son pauvre cœur cesse d'être jaloux,
Votre front caressé s'endort sur ses genoux.
Sous ses baisers heureux votre bouche se pose ,
Votre béatitude entre ses bras repose ,
Et, même au Paradis , rien n'est plus gracieux ,
Qoe ce tableau d'amour chaste et silencieux.
m CQÀK7 I.
Parfois , dam Alboiga, tar dei fmâSieê ienm^
La jeune Italienne , au pied d*uQ grand melroee ,
Vient bercer son enfent avec des mots si doux ,
Qu'on le crmrait gardé par un ange à genoui: ;
Tandis qu'un rossi^iol , sur la branche éleréé ,
JSnchante , au bord des eaux, sa flottante couvée;
Et que la lune calme, à travers TiHrbre en fleur,
Laisse tomber du ciel ses perles de blan€lieur.
« Dors, mon fils, dors, mon ils : ces rameaux, heoreux voile ,
« Sans dérober ton front au baiser des étmles,
« Te protég^t.... bercé par les flots murmurants ,
fc Que ta vie ait eneor des flots plus transparents !
« Que diaeun de tes jours , harmonieuse fête ,
« Ressemble au md d'oiseaux qui diante sur ta tête I
« Et ne connaisse pas Torage de douleurs ,
« Qui se lève sur nous après le mois des fleurs!
Et Toiseau, de ses chants, sur son nid qui sommeîfle , Jette aux échos du del la sonore merveille ; Ou, mourant de langueur , de ses accords changés Traine en sou^rs plaintifs les refrains prolongés.
« DorS) mon eitfant ! c'est Fheure où l'on voit, sous le saule
« Étineeler d'amour le ver luisant qui vole.
« Dors ! je t'ai consacré les veilles de mon coeur ;
« La nuit n*a pas de rêve égal à mon bonheur !
« Comme rénfant Jésus rayonne sur sa mère ,
« D'un somris de mon fils tout mon être s'éclaire ;
« C'est mon astre, mon ciel, mon ange le plus beau ;
« L'horizon de ma vie est autour d'un berceau.
Et l'oiseau , de ses chants, sur son nid qui sommeille.
Jette aux échos du eid la sonord tuerreille ;
Ou , mourant de langueur , de ses accords diangés
Traîne en soupirs plaintifs les refrains prolongés*
« Dors^ mon petit enfant ! Farbre qui t'emrironne « Ouvre toutes ses fleurs dans Fair, pour ta couronlMi! « L'aurore a des rayons plus doux que ceux du soir. « Dors! tes yeux Ideus demain s'ouvriront pour meioir^ « Demain viendra le jour ; mais mon âme ^i prière « Dans ton regard aimé cherchera la lumière.
« Silence, flots légers ! oiseaux, chantez plus bas I « J'écoute mon enfant qui ne me parle pas. »
Ainsi) près d'un berceau, renfermant tout un monde Que son coeur débordé de tant d'amour in(mdey La jeune Italienne a soupiré ces mots, Doux trésor de bonheur de sa tendresse éclos; Mais ce n'est qu'une image incertaine, éphémère, De l'extase des cieux dans le sein d'une m^.
Tout ce qui nous charma dans ce grand univers s
Les clairs de lune , amis des larges gazons verts ,
Les belles oasis dans le désert assises.
Les frais ^ichantements des aubes indécises ,
Les feux du colibri , les blancheurs de Feider,
Nos papillons dorés tissus de moire et d'air,
La riche chrysalide et sa soyeuse toile ,
Et l'insecte amoureux dont mai fait une étoile ,
Les notes de l'oiseau, villageoise chanson ,
En concert odorant ehangeëiiit chaque buisson ,
sa CHANT I.
Nos fleurs, même ici-bas, par les anges aimées, De nos nuits d'Orient les langueurs embaumées , Revivent dans FÉther ; mais si jeunes, si purs. Si mollement trempés des célestes azurs.
Que la muse pour eux n'a que de froids mensonges! Qu'elle déroule en vain ses guirlandes de songes ! Et que de ses transports le rapide courant En vain se prédpite à flot plus transparent!
O triomphe! ô bonheur! 6 glorieux mystère!
Une bonne action , éclose sur la tarre , (Comme Christ, au Thabor, respirant l'air natal Et reprenant l'éclat du rang sacerdotal) Apparaît dans les cieux toute transfigurée ; De son nouveau royaume elle a pris la. durée , Brille pour les élus dans sa virginité , Étale à leur regard son manteau de clarté , Grandit , passe et repasse , et se pose , inimortelle , Aux pieds du bienheureux qui la créa si belle , En lui disant : « C'est moi , c'est moi , je t'appartiens ; (c Ne baisse pas les yeux, mes rayons sont les tiens. « C'est moi , ta douce enfant, moi, ta fille adorée, a Moi qui rends étemel l'instant qui m'a créée; « Oui ! je suis ton image et ton vivant miroir, « Et dans mes traits bénis c'est toi que tu peux voir ! « Ton cœur peut m'admirer, sans éprouver la crainte « Qu'en me trouvant si belle , il me rende moins sainte. « Je ne suis plus cachée à tes humbles regards ; a Ma gloire sous tes pas fleurit de toutes parts , « Je t'appelle mon père, avec un pur délire ; « Et je mets sur ta bouche un radieux sourire , « Le même qu'autrefois j'ai souvent ramené
LE CIEL. i»
« Sur les lèvres du faible ou de l'abandoniié , « Quand je Tenais à lui, te suivant dans ta grâce ; « Quand j'étais de tes pieds la lumineuse trace. « Que de fois, me voyant, le pauvre t'a béni ! « On ne sépare plus ce qu'il a réuni.
« Et nous ne faisons qu'un ; et la même auréole , a Avec des feux pareils, de Tun à l'autre vole ; « Et je suis ta parure et ta joie et ton bien , « Et je porte ton nom en te donnant le mien. »
Ainsi parle à la fois et puissant et modeste , Le céleste bienfait au bienfaiteur céleste.
Ainsi toute vertu dans l'Éther se survit :
Jeanne d'Arc y revêt le casque de David !
Elle y cultive , comme aux jours de l'espérance , Parmi les lis d'Éden le laurier de la France. Le ciel que tu rêvais du haut de ton pavois , Vierge! ressemblait-il à celui que tu vois?
Ton palmier d'or a-t-il les magiques trophées Que la nuit suspendait à ton arbre des fées ? Et parmi les splendeurs des horizons sereins, As-tu vu rayonner la colombe de Reims?
Gabriel est-il beau comme dans ta pensée?
Sois fière , ô Jeanne d'Arc ! vierge divinisée ! Toi ! qui teignis ta main, loin des lauriers maudits , Du seul sang que la gloire apporte au Paradis! Toi, qui pour ajouter, brûlant et séraphique , Un hymne de combat au concert pacifique , N'avais pour bouclier, sur les champs de l'honneur, Que tes cheveux flottants etla main du Seigneur ! Autrefois , tu sauvais notre France guerrière. En retrempant son glaive aux feux de la prière ;
La victoire autrefois qui te disait — ma sœur —
Jaillissait de tes yeux sans troubler leur douceur.
Esprit de la bataille et calme en son orage ,
Ton sourire donnait la fîèvre du courage ;
Et prédisant toujours quelque palme aux Français,
Tu leur dictais l'oracle et tu raccomjdisiais.
Oh! sois fière! — enviant ta haute vigilance,
Pour garder le Seigneur Tarchange a pris ta lance.
Sois fière ! !... ton pays t'embrasa de ce feu ,
Le plus pur des amours après celui de Dieu :
Martyre , chaste vierge au front ceint de victoires ,
Ton beau nom brille empreint des flammes de trois gloires !
Au sein du firmament triomphent ^ à leur tour,
Les œuvres de l'artiste , enfants d'un autre amour ;
Du poète puissant qui , sous son diadème ,
A ces honneurs du Ciel se prépare lui-même ,
Quand son génie ardent , d'avenir revêtu ,
A force de splendeur ressemble à la vertu ;
Du poëte, grand front à la voûte profonde,
Qui ne se courbait point, quoiqu'il portât un monde,
Et s'approchait déjà du paradis vermeil ,
En dédiant ses vers à l'ange du soleil;
De l'artiste sacré, dont la pensée austère
Fit monter jusqu'à Dieu son œuvre de la terre ;
Souffle qui, v«« FÉden, avant lui s'envola ,
Prenant tous les pariiims du cœur qui l'exhala ;
Création sans fin , création divine ,
Couronne de rayons et qui le tut d'épine
Autrefois pour son front dévasté dans sa fleur.
Et dont on devinait la flamme à la pâleur.
LE GIfiL. 31
Là, les gloires mut sœurs sous Tooil qui ta tionrie, Là , leur front créateur se lève dans la vie. Raphaël! Raphaël! viens le premier, dis-moi Si les tableaux d'Éden ne sont pas tous de toi ! toi ! qui prodiguas tant d'âme à ta palette , Qu'il ne t'en resta plus pour vivre , Jeune athlète ! Toi ! martyr de ce Christ que tu peignais eneor ; Artiste, au Ciel ravi par l'élan du Thabor!
Raphaël! ! ! La beauté, œ rayon sans mélange Qui, pour voler vers toi , franchissait Michel-Ange, Sur la terre autrefois t'inondait de son jour. Les Séraphins pr^iaient tes songes pour séjour; Tes pinceaux transparents, ct^orés de prière, Donnaient à Tari antique un autre sanctuaire; Ton œil transformateur, plein d'édairs inconnus, Voyait éclore un ai^ en contemplant Vénus.
Pour toi , comme deux luths aux voix méiodieuns^ La forme et la couleur, ces deux sœurs radieuses , SemUaient Bavoir qu'une âme , afin que sous le Ciel On vit passer un homme appelé Raphaël ! ! !
Tes vierges dans TÉden se sont donc envolées ,
Elles , par tes pinceaux, sur la terre exilées l
Elles qui souriaient d'un sourire si doux
Et qu'on n'osait pourtant adorer qu'à genoux!
Rien plus haut que l'autel où reposait ta cendre ,
Elles t'ont fait monter, toi , qui les fis descendre!
Et tu ne comprends plus ton magique pouvdr.
Et ton ét^*nité s'endiante de les voir ;
Et txm ciel s'est peuplé des regards de tes filles ,
Et des chastes amours de tes saintes familles.
Les voilà ! les voilà!... leurs beaux groupes sacrés
dS CHANT I.
Des modèles divins ne sont pins séparés ;
Cortège aérien phalange triomphante,
Purs fronts glorifiés par Fart qui les enfmte , Et semble enorgueillir de ses créations , Le séjour incréé des hautes visions !
Oh ! conune chaque élu vient baiser en silence , Sur le tableau pieux, la sainte ressemblance, Admirant le chef-d'œuvre et calme et virginal , Et devenu réel à force d'idéal!
Là Cécile , empruntant la harpe séraphique, Accompagne à genoux cet hymne magnifique, Ce grand Stabat aimé de la mère de Dieu , Où le génie ardent pleure en notes de feu.
Plainte plus ineffable encore que la joie, Extase de tristesse où tout élu se noie , Quand le concert divin qu'un mortel anima , Gémit , comme les voix qui passaient dans Rama. Il va gémir... Silence! ardeurs, trônes, louanges! Sept orchestres , comptant chacun dix mille archanges, Sortant des profondeurs d'un deuil silencieux , Des plaintes de leur mère ont inondé sept cieux. Tantôt, laissant mourir le chant mélancolique ; Et tantôt , emportés par l'aigle évangélique , Jusques au Saint des Saints élevant à la fois , D'un vol plus tourmenté, les sanglots de la Croix ! Les lamentables voix montent , passent , se fondent ; Les masses d'harmonie en fuyant se répondent , Comme se répondaient, dans l'Éther radieux.
Les sphères d'or croisant leurs chœurs mélodieux!
La musique terrestre, à son berceau ravie,
LE GIKL. M
Ne possède avec nous que l'ombre de la vie.
Pleins de souffles grossiers, nos pâles instruments Ne s'illuminent pas de leurs frémissements; Mais les sons, ramenés à leur source première, Comme ici-bas dans l'air, vibrent dans la lumière. Mais l'instrument sacré dont l'archange se sert, La douceur de son nom est son premier concert. Au milieu des bémols, comme un lis, semble éclore, Embaumé de parfums, le chant du Mélosflore.
On croit voir onduler le contour des accords, Comme sous un jour pur les lignes d'un beau corps, Et, tel qu'une colombe errant parmi les branches, Du doux Extaséon le chant aux ailes blanches Voltige lumineux sur le front des élus:
Aux prières du ciel prête un élan de plus, Glisse à travers l'JÊden, languissant ou rapide, Répand de ses rayons le sourire limpide.
Et, s'élevant toujours, vers lui semble appeler La symphonie en pleurs qu'il voudrait consoler : Tandis que, sous son vol, au fond de l'âme émue, En bruits entrecoupés le Trémolo remue; Tandis que les aspects du Stabat gémissant, De douleurs en douleurs, flottent s'élargissant. Poème de soupirs! où les basses funèbres En rhjTthmes lents et froids traduisent les ténèbres; Où des trombes d'airain la sombre cavité.
Abîme de tristesse et de sonorité.
Fait rouler pesamment, dans des nuits nuageuses. Les tonnerres plaintifs des gammes orageuses; Jetant de cieux en cieux, fleuve d'abord caché. Le largo solennel en larmes épanché; Par le retour sans fin d'une seule mesure.
Nous Sillonnant le cceor à la même blessurei Modulant la souffrance, et, d'effort en effort^ Donnant la mélodie aux frissons de la mort.
Et l'ange Toit passer, aux feux du tabernacle. Dans raccord transparent le douloureux mirade; Voit expirer le Christ dans l'hymne agonisant; Chaque note distille une goutte de sang.
Dans ce drame complet du Dieu qu'on sacrifie. Le rhythme devient glaive et le son crucifie. Lève-toi, Pergolèse^ en ton ravissement!
Ton âme musicale emplit le firmament.
Et ce foyer CRiblime, encensoir d'harmonie, Donne assez de soupirs pour l'église infinie; Et l'orgue des sept cieux , plein de tes seuls tramportl, Ne s'apercevra pas qu'il a changé d'accords.
Là, ta vue, ô Milton, de ta gloire frappée,
S'ouvre ^ifin aux splendeurs de ta large ^pée.
O m(m poëte! toi, toi le front le plus fier
Sur qui Jamais la muse ait posé son éclair;
Front qui consumerait toute palme éphémère^
Tonnant comme Isaïe et chantant comme Hom^i
Front où pour consacrer un poëte béni ,
On sent Dieu se mouvoir comme dans l'infini»
Milton ! ! toi qui plus grand , sus , dans ta force ard^te,
Lancer un drame au fond des abîmes de Dante;
Et peindre en roi puissant son monstre aux dents de fer,
Satan pétrifié servant d'axe à renfer4
Jadis, comme une fleur du brouillard se d^ge^
L'éternité pour toi dépouillait son nuage!
Tu regardais ton Dieu, ne pouvant voir que lui!
Aveugle illuminé! viens, regarde aujourd'hui
LB€IEL. n
De ta tféàtàm la thrante menr^le.
Oh ! comme , au ioad du eiel , le eygne en feu s'éfeille , Lorsque trois chérubinfi, cous lêai doigt Mmisaaiit, Tournant tous ks feuinets du livre éblouissaut! On les ¥oit rayouoer d'ard^te poésie, Plus que de diamants le fioont d'un roi d'Asie, Ces pages, ces beaux vers dans TÉlher d^ojrés^ Hots de la langue humaine aux élus «ifoyésl Ces vers majestu^K faits d'accords et de flamme, Trouvés pour que la voix d'un ange les dédame; Ces vers triomj^ateurs et tout-puissants... ces vers Ou resplendit le jour qui créa l'univers! !
Le char d'Emmanuel, fi^ de ses grandes guerres, Aux t^ybleaux de Milton vimit compter ses tonnerres; Et, lui parlant du haut de ses brûlants essieux : « Le regard infini remplaçait donc tes yeux, « Toi, qui de nos exploits mesuras le théâtre! « Aveugle de la muse , où m'as-t» vu combattre^ « Quel habitant du dél fincmda de darté?
« Quand ta hai^ chantait, qui de nous a dicté .^ « Qui t'a dicté ce vars qu'après la haute lutte, « Satan vi«it allonge des neuf jours de sa chute*? « Et edm dont la courbe anbrasse tant de flots, * Pont de ia mort joignant les deux bords du cfeaos ? * Le poëte lariomphe... et toi, tu viens ent^dre De ton premier réveil le récit chaste et tendre, Belte Eve ! et tu revois l'Éden que tu perdis. Dans ces chants inspirés des anges applaudis. Oh! contemple longtemps, contemple, avant l'orage
f . lUne timei the ipaçe that meaiHires day and night
H CHANT f.
Ces tableaux où le monde adora ton image!
Où Taube de tés jours a gardé sa blancheur, Où des ruisseaux d'Éden serpente la fratcheur, Où se lève à tes yeux, au miroir de leur oiaàe^ Ton beau corps virginal sous sa parure blonde. Reine de ces jardins, lorsque Adam était roi, Tes familles de fleurs s'y souviennent de toi; S'entr'ouvrent à ton nom; ton nom sur chaque rose, Comme un alexanor, et voltige et se pose; Tes soupirs sont toujours sous ces berceaux aimés; De tes baisers toujours ces lys sont parfumés.
Adam vient près de toi; ta douce voix encore, Comme autrefois à l'heure où t'éveillait l'aurore, Lui parle saintement des songes du passé.
Des songes d'un exil par le ciel remplacé.
Car, au pied du Seigneur, ton amour t'a suivie, Car, il est des hymens dans l'éternelle vie.
L'Éther a ses hymens... le cierge nuptial, La plus vive lueur du monde sidéral , Efface à son éclat tous les trépieds mystiques. Alors qu'il réunit deux âmes sympathiques; Deux élus, l'un à l'autre à la fois dévoilés. Des deux côtés du ciel l'un vers l'autre envolés, Qui viennent, tous les deux, au même nom répondre, Dans un regard sans fin se perdre et se confondre. Sans altérer jamais, radieux fiancés.
Les parfums de pudeur dans l'anneau d'or laissés; Se disant : « Oh ! c'est vous , en qui mon ciel s'achève ; « Dieu vous a fait une âme avec mon plus doux rêve ! » Ineffables soupirs! regards! pleurs caressants! Miroir jamais terni par le souffle des sens!
Miroir immaculé, miroir qui toujours brille, Dans la sainte maison du père de famille!
Mais le degré d'extase a des noms différents Parmi les bienheureux , et vient marquer leurs rangs. Cest leur noblesse, écrite en signes de prière; C'est le blason céleste empreint sur leur lumière ; Et deux beaux Séraphins , rois des champs azurés , Par des signes jumeaux l'un vers l'autre attirés , Pareils dans leur éclat, pareils dans leur ivresse ^ Pareils dans les trésors de leur sainte richesse , Forment ces purs hymens , plus chastes que le jour, Et dont l'éternité n'épuise pas l'amour.
£t les heureux époux , dans les nœuds qui les lient, Sans fin, selon l'esprit, croissent et multiplient En pensers, en sagesse , en louanges de feu : Ces beaux fruits immortels du grand arbre de Dieu.
Avez-vous contemplé l'hymen plein de mystère Des astres amoureux des fleurs de notre terre , Dans une de ces nuits où le sylphe Ariel S^nble avoir répandu son haleine de miel ?
Les constellations , radieuses abeilles, Aspirent le printempsi par toutes ses corbeilles. Un rayon des Gémeaux , en voilant son ardeur, Sur les lys frémissants vient baiser la pudeur. La pléiade se penche heureuse, et donne une âme A l'ixia dardant ses six langues de flamme.
Les étoiles du char endorment leur clarté, Sur cette grande fleur, panache velouté , Portant , sans voir fléchir l'or de sa tige blonde , Le nom impérial de la 6loibe du monde.
D'un vol plus laoguÙBant , le b«au cygne éthéré , Sur les fleurs de Faster brille et plane enivré , Et se plaît à mÛer, dans la nuit i^intanière, Ayon baisers êB parâuns les baisers de lumière. Baisers ^nysliques ! noeuds invisibles et doux ! i ! De leurs endiantemeats le rossignol jaloux, Sur le rameaju qu'il aime en conquérant se pose : Aux regavds d'une étoile il a caché la rose.
Et l'Adonis s'entr'ouvre à rastre Jouissant, Qui s'ahreiii^ d'amour dans sa coupe de sang ; Et F/ni^seur piotaatès tressaille , et s'évapore En caresses d'enfiens q^'ii refuse à Faurore. Et l'oaioonde rougit dans le vallon dormant , Sous les rafoas émus de son céleste amant ; Et la terre complice abandonne sans voiles Son firmaBieQt de fleurs au firmament d'étoiles ; Excepté les faveurs du tournesol vermeil , Dont l'amour dédaigneux ne r^nd qu*au soleil.
Combien ces pans b^rmiens , i^us fugitif qu^un rêve , Du rayon qui deseend, du parfum qui s'élève , Par le mot qui I/bs peint sont voilés et ternis ! Mais rbymea de deux coeurs, dans le Seigneur unis, A nos xxMdeurs encore échappe davantage :
Chaque trait du pinceau le couvre d'un nuage.
CHANT il.
SÉMIDA.
Harpes d'Éden , chantez le bonheur immorlel!
Une extase de feu locmte de chaque autel, £t les sept cieux , brûlant autour du divin maltrefr Sont un temfÂe d'hymen dont lui-méoie est le i»réti:e. Mais parmi ces élus, ces trônes , ces ardeuïs. Qui du chaste anneau d'or échangent les splendeurs , Sous la belle lumière amoureuse et flottante, Des mystiques palais une jeune habitanfte.
Une seule , rêvant , priant , aimant à part , Ne laissant pas son cœur vivre sous un regard ; Au doux frémissement des ailes balancées , D'impossibles désirs attristant ses petisées; Emettant dans le ciel l'air de Fexil natal, N'avait jamais cherché dans les bois de santal , Sur quel bel habitant du glorieux emphre Elle reposerait son éternel sourire..
Cette sainte , c'était la blanche Sémida ; Vierge qu'avec orgueil le monde regarda.
Quand le monde , déjà s^pen^iant vers son t^me , De la vie en son eœur sentait mourir le germe. Dernier «icbantement de la terre , et pareil A celui qu'adorait k terre à son réveil.
Vase pur, dont le miel eut une goutte amère; Dernière fille d'Eve et semblable à sa mère ! !
Avant de se voiler au terrestre séjour,
La suprême beauté, dans Eve éclose au jour.
Était venue encore en rayons d'innocence ,
Sur ce front de quinze ans verser sa pure essence.
Sémida ! Sémida ! dernier présent de Dieu !
De la forme idéale éblouissant adieu !
Il semblait que la vie, en s'exilant du monde,
Eût voulu s'admirer dans cette tête blonde.
Nos fleurs , en se fermant , avaient , pour vivre encor ,
Laissé tous leurs parfums dans ses beaux cbeveux d'or.
Son regard que ses cils couvraient de leurs longs voiles ,
En les voyant mourir^ avait pris aux étoiles
De leurs derniers rayons les flottanteâ lueurs.
Les pleurs de la rosée avaient formé ses pleurs.
Tout ce que la nature èxbale d'barmonie
Revivait dans sa grâce et dans sa voix bénie ;
Et son sourire aurait , sous le glaive enflammé ,
Rouvert le paradis qu'Eve s'était fermé.
Telle et plus belle encore aux cieux que sur la terre ,
Celle qu'on appelait la Vierge solitaire
Errait languissamment et, parmi les élus ,
Semblait attendre encore où l'amour n'attend plus.
Sans perdre de son front l'aimable transparence ,
Sémida , dans le ciel , s'attriste d'espérance ;
Et son éternité, de printemps en printemps ,
N'est qu'un miroir voilé qui réfléchit le temps.
Au sein du firmam^t la terre est son seul rêve ,
Dans ses célestes nuits notre aurore se lève ;
Et les saintes , ses sœurs , en parfums d'amitié ,
SÉMIDA. 41
Sur sa douce tristesse épanchent leur pitié.
Venez , vierges ! venez baiser sur sa poitrine Cette petite croix d'or et de saphyrine , Que souvent son regard a cm voir resplendir, Et jusqu'au Saint des Saints dans l'infini grandir ! Anges et séraphins ! oh ! que l'amour vous guide Vers cet enfant d'Éden que l'Éden intimide.
Accoutumez ses yeux à vous voir, sans effroi , Jusqu'à ses pieds distraits baisser vos fronts de roi ; A ne plus se tourner, quand le jour vous inonde , Astres désenchantés, v«rs Fomibre où fîit le monde. Venez dans tout l'éclat de sa sainte fierté , Sans craindre de flétrir la fleur d'humilité ! Vengez l'hymne éternel qu'elle écoute sans charmes, L'orgueil du Paradis insulté par ses larmes ; Sous son regard ouvert à la nuit du passé , Vengez le jour divin autour d'elle éclipsé !
A la terre d'exil comparez la patrie.
Dites-lui , sans blesser sa molle rêverie , Combien , s'il veut aimer, son cœur pur aimera , Sous les rameaux penchés de vos grands bois d'amra ; Combien est embaumé d'aloès et de rose , Pour le sommeil d'un ange un palais d'argyrose ! Balancez sur ses nuits, dans vos écharpes d'or, Des songes plus légers qu'jim vol d'alexanor. Dites-lui que vos cieux, blanche et mystique enceinte, Ne sont pas trop étroits pour l'âme d'une sainte ; Que votre soleil seul peut lui verser le jour, Que les soulfles de Dieu parfument votre amour. Oh ! dites-lui combien, dans sa brillante voie. Peuvent germer .d'épis pour vos moissons de joie \ Et sous les balsamiers, sous l'héliante en fleurs ,
Montrez-lui qu'elle est belle au miroir de ses pleurs !
L'âme de vètré sceur se meurt de défeillance.
Venez... mais , sans vous voir, eHe fuit en silence
L'ombre du Nialel, arbre ti^ansfiguïé
Qui nourrit le& éhts de son doux miel ambré.
Elle ^il tes ruisseaux tout bordé» d'asphod^e ;
Elle Mt , sans les voir , à sa laligûeur ^iète ,
Les perles ^'à ses pieds roulait ehai^ fiot bleu ,
Grains de saMe natifs des fontaines de Dieu.
Qudqueléis, pour entencbr^ une vlâx qeà consote,
Elle dvtanaît son âme ailx soiqnrs de sa viole ;
Écho mystérieux ^ ineffoblé i tnfim ,
D'un nom qui n'était pas sur le litre béni ;
Et ses cheveux voilaient de leurs soj^eOses tresses ,
L'instr«»ment rad^x en pleurs sous ses caresses.
Elle ! dont le regard auratt , s'il eût voulu ,
Inondé de bonheur Tanneau d'or d'un élu ;
Et dont la pure vmx , même dans son délire ,
Chantait plus près de Dieu que la céleste lyre;
Elle ! dont la couronne avec grâce étoilait
Le nuage indécis qui toujours la voilait.
On dit que les vieillards, au grand front prophétique,
Respectaient sa tristesse et son trouble extatique ,
Comtùé un miraete saint, scellé d'un triple sceau,
Et dont Fobsfcuilté décora son berceau.
Ainsi l'Arabe eneor, ctnnme un mystère immense,
A régal du Coran adore la démence :
Dans une âme où n*est plus le jour du souvenir.
Il croit pouvoir surprendre un rayon d'avenir ;
Et les Secrets du sort dans sa mélancolie,
Et le regatd divin dans Foeil de la folie.
SÉMIDA. -r3
Parmi tous 1^ élus se demandant entre eux Du deuil de Sémida le secret douloureux , L'âme la plus touchée et la plus attendrie , C'était , sous les p^miers y Madeleine-Marie. Un jour , elle se dit : « Il la consolerait , « Le coeur qui près du sien une fois pleureifait! » £t loin des chants sacrés, teindre et compBtissaate, A force d'amitié , la sainte éblouissante Reprit , comme au déseirt , des soupirs de douleur ; Sa pitié sur son froitt it monter la pâleur.
Abdiquant un moment l'auréole dorée Et le manteau foyal d'amante préférée, Elle chercha sa sœur, qui , la voyant ainsi, L'aima d'un grand amout et lui dit : « Me voici ! ». Des mimosas discrets les rameaux les voilèrent $ Puis en se re^rdattt les saintes se parlèrent.
SiMIDÀ.
Est-ce toi , Madeleine ? Oh ! ma sœur , est-ce toi ? Il est donc une élue aussi triste que moi ?
Quand le céleste époux dans sa gloire t'app^e , \ Je ne t'ai jamais vue et si douce et si belle : Sans doute ^e mon œil était trop ébloui .
Pour pouvoir t'admirer , comme il fait aujourd'hui ! Car aiyourd'hui , de paix ta présence m'inonde ! Et mon cœur suit ton cœur comme l'onde Ê?ttit l'onde.
MADELEINE
Je t'aime ! et , te voyant pleurer et défaillir , J'ai senti de pitié mon ûrae tressaillir.
Si j'ai pris de ton front la tristesse, ô mon aiîge! De mon sein amoureux prends la jqie en échange.
ii CHANT II.
Pour me pencher vers toi si j'ai pris ta couleur ,
Tiens prendre mes parfums , 6 ma céleste fleur.
Je f aime ! et je voudrais, sous ces rameaux, f entendre
Me dire ton secret avec ta voix si tendre.
Je voudrais , plaignant ceux qui souffrent au désert ,
Comme au livre béni lire en ton cœur ouvert !
SEMIBÂ.
Ah ! laisse-le toujours se fermer sur sa peine : C'est un parfum aussi que la plus fai|je haleine Même des vents du ciel eu poison changerait.
MÀDBLEINB.
Ce matin , ô ma soeur ! quand ta viole pleurait , On dit qu'à ces soupirs , au pied d'un mélodcnre , Un nom mystérieux ^e ta langueur adore , Se mêlait doucement et puis venait dormir Sur les fils enchantés qu'il 9vait fait gémir. Oh ! par quels souvenirs serais-tu donc liée A la terre d'exil de nous tous oubliée ?
I^^ terre , Sémida , qu'avait-elle à t'of&ir ? Était-elle plus belle au moment de mourir ?
Avait-elle gardé pour son heure dernière Sa plus douce verdure en son sein prisonnière ? JVfis un manteau d'azur plus riche au firmament ? Comme l'âme du juste au suprême moment , Pour faire à son Seigneur une plus riche offrande , Était-elle plus calme , et plus pure et plus grande ? Ornait-elle son front de lys plus éclatants ? Chantait-il plus d'oiseaux à son dernier printemps ! Rendait-elle en mourant à Dieu , son père auguste , ('e triple de parfums que rend l'âme du juste .î*
SÉMIDA. 4
SÉMIDA.
La terre était la même.
HABELEINS.
Alors pourquoi pleurer , Et dans un convenir si triste t'égarer ?
Sais- tu que ton absence afflige , dans nos fêtes , Cléophanor ton père , un de nos grands prophètes ; Et l'ange qui jadis sur terre te garda , Ton bel ange Éloïm , le sais-tu , Sémida ?
SBMIBÀ.
Oui.
MADELEINE
Pourquoi fuir ainsi le jour , ô jeune sainte ? Pourquoi couvrir de deuil ton voile d'hyacinthe ? Que fais-tu, que fais-tu de ton éternité ?
SEMIDA.
Sur ma croix d'or , ma sœur , mon œil s'est arrêté :
Oui , sur cette croix d'or rayonnante ; et c'est elle
Qui me sert d'horizon dans la vie immortelle.
A savoir mes secrets elle seule a des droits.
Je chante sur ma viole et pleure sur ma croix.
Je l'avais au berceau , Madeleine , et je pense
Que ma dévotion aura sa récompense.
Cette croix sur mon sein est un mystère aussi ;
Je la portais sur terre et je la porte ici.
Et je vois , ô ma sœur , ou je crois voir peut-être ,
Sur la relique en feu l'avenir m'apparaître.
46 CHANT il.
MADELEINE
Aux cieux un avenir qu? ft'dftt pas le présent !
SBMIDA.
Tel que l'espoir le doflo^'.
Oh I douloureux présent !
Au fleuve de l'edpoir ma soif se désaltère.
MADEI.EINE.
Moi , j'espérais aussi quand j'aimais sur la terre !
SEMIBA.
Vers ces temps disparus » oh ! reportons nos yeux.
lËADSLEINE.
Je craindrais , comme toi , de ne plus voir les cieux ; Mon amour est divin.
âÉMinA.
douce image , 6 rêve ! Enfance aux jours dorés qui devant moi se lève ! Sommeils si doux trouvés sous l'ombre des palmiers ! Fontaine intarissable où buvaient les ramiers ! Vallons des amandiers , vallons de fleurs , beaux vases Qui mêliez vos parfums à toutes mes extases ! Rocherà du mont Arar que la terre encensa , Où naquit notre amour , où l'arclie se posa !
Grotte où j6 contemplais , à son bras enlacée , Un autre eid édos d'une seule pensée \ Citernes d'où sa voix s'éievaît comme un cfiant ! Belles neiges , miroir des roses du couchant , Qui prolongiez pour nous , sur le mont symbolique, Des doux reflets du 8<^ l'adieu mélancolique ! lointains «ottYeniis! ! !
Mes souTenirs à moi , Tous éteints pour mon ccem' , se raniment pour toi. La charité sur eux souffle une seconde âme.
Morts pour la bienheureuse , ils vivent pour la femme ; Ils se lèvent en foule et fQn:t mpi^ter au jour Le spectre du désert prêt à parler d'amour.
4.IÏ pardon dji £ldgne«r avanjt d'être a^elée , De ces rêvés iMrAlmijts oum âme fut peuplée : Les voyant ^utojiir d'elle en cerdie flanriboyer , Elle les reçut %m» à «on didn foyer , Disant : — Vous me serez le jour , l'ard^ite vie; Faites-moi tâiit de dons ^qu'un aage les envie! -> Et je fus la plus belle , et j'appris le bonheur Aux regards suppliants qui cherchaient ma langueur. Taspiral dans mon sein le monde à traque haieine; Mon voile d'or suffit à parfjamer la plaine ; L'Idumée à genoux d'orgueil me couronna ; Du Dieu ^^pûn^ pour moi Fencens m'environna.
Mais un jour (jour que Christ pesa dans ^ halanoe ! ), Sur les chants enivrés jetait son long silence , Arrachant mes joyaux , éteignant mes trépieds , Le désert vint ausi^ se coucher à mes pieds.
Il attira vers lui la grande pécheresse,
iS CHANT II.
Ouvrit ses larges bras de sable à ma tendresse, Et je changeai d*amour ; mon cœur demeura seul, Ayant autour de lui le désert pour Ijnceul :
Le désert , pour livrer dans ses mansuétudes Aux eaux de ma douleur ses vastes solitudes ; Pour être ma famille et pour coller , vingt ans , Sur le même rocher mes genoux pénitents :
Le désert , pour blanchir de tristesse et de cendre Mes cheveux qu'à mes pieds Torgueil faisait descendre; Le désert, pour user de remords en remord Sous ma lèvre amoureuse une tête de mort !
SÉMIDÀ.
O ma soeur ! ! !
MADELEINE
Mais toi , toi qu'un rêve obscur tourmente ; D'un souvenir d'exil mélancolique amante; Pécheresse du ciel , quel remords attester !
Aura»^ mon cercueil pour te ressusciter?
Où rencontreras-tu dans la gloire absolue, Une tête de mort pour tes baisers d'élue ?
sémida/ Oh l viens prier pour moi !
HABELEINE.
Non , nous ne prions pas Entre élus l'un pour l'autre !
SÉHIDA,
Oh 1 viens guid^ mes pas !
SÉMIDA. it
Ta main , pour relever la force qui me reste ! Un cri de repentir pour une voix céleste !
MADELEINE
Jésus peut t'exaucer ; Jésu& t'ouvre ses bras.
[sÉMIDÀ.
Il daignerait m'entendre !
MADELEINE
Oui , puisque tu prieras ; n m*écouta moi-même.
SEMIDA.
Au grand jour des alarmes, Qaand la terre vivait.
MADELEINE
Elle vit dans tes larmes ! ! !
Lorsque nous dépouillons notre nianteau brillant, Pour couvrir en hiver les pieds d'un mendiant; Comme la charité n'est pas un vain mensonge, Jésus-Christ dans la nuit nous apparaît en songe Et de notre bienfait se montre illuminé , Sous le même manteau que nous avons donné.
Tel, et plus vite enoor, le doux fils de Marie Vient du tris^ngle en feu vers Sémida qui prie ; Et, pour la rassurer, se pare également
De tous les doas voilés qu'autrefois kiiflâètemi^t ' (Aumônes d'espérance et de douces pensées) Elle avait faits sur terre aux âmes délaissées.
SEMJDÀ.
Combien mes yeux en pleurs , craintifs comme ma voix , Avant de vous chercher se soBt baissés 4e fois! Daignez, soleil divin, oh! daignez, sous son voile, Secourir d'un rayon la pâleur d'une étoile.
Je f)^»idliïQi , ^Stigiiei», et, mes yeux sur vos yeux, Je repreudrsû mon vol vers rorseol: des deux. Vous êtes le Sauveur; c'est vous qui, sur la terre>, Avez tendu la main à la femme adultère.
Vous ne lâiscKUoez ps, ô Christ, gémir en vain Une vierge infidèle à son époux divin.
Mon cœur douloureux s'ouvre à celui qui délivre; Lisez, pour les changer, aux pages de ce livre; Venez en «ÊËacer un nom doux et mortel.
Vous le savez, Seigneur, je pleure Idaméel!
Idaméel, cette âme autrefois fraternelle, Qui ne me suivit pas dans la vie éternelle; Ce front en vain baigné dans les eaux du Jourdain; Ce r^i4 4!9nt l'absienee^ dépeuplé l'JËd^; Cette Vjoix qui n'a plu& ^ vpix qjw lui répoodel Nos berceaux ont posé sur le e^ieueil jdu mcNoide; Et nous ^yons toiis deux fermé $ur nos seulieiiç La grande chaîne humaine à ses anjoieaux derniers. Mais au pied de TArar quanyd nous nous séparâmcis , Un bandeau difféceiM; couronna nos d^x âmes : Et j'ai plmrjé sa cfeute, et j'ai s«ati, Seignmr, Feuille à feuille à mon front se faner le bonheur. Quelquefois même, ôDieu! moi, votre humble servante.
SËMIDA. 51
Dans le rêve insensé qù'aWCinï vœu n'épouvante,
J'ai cru , déiÉMmee impie! en pirenoftçattt soû 6o«n,
Rouvrir dans vetre sein F^bhne du pardon.
Tai cru vaincre^ à g^noiÉx ^ un attêi invioeilile.
Égarant la prière en un vol impossible,
Tai cru voir sous mes plenrs refleurir pour le ciel
(Ainsi qu'Abbadona sous les pleurs d'Abdiei)
Celui que j'skne encore^ et qm le monde en e^dre,
Quand je montais yets vc^s, ô mon Dieu^ vit deseefldre.
Pardonnez-moi; je suis Touvrage de vos mains,
£t l'œil de votre amour veille à ton» taeè ebendial.
Votre sagesse, ô Christ! ({n'en Fadwanl j'aiftesle^
Prot^ de pitié mon délite câeste.
Mais pounpKn ces regr^, ce deuil, celle tanguent,
Fardeau que seule ieî j'ai gardé sur ihon cœurl
Autrefe^ , si pmrmri les «erifasts de la terre ,
La doideur^ d mon Dieu! lot un si gtitad mystère,
Oh ! combien ce secret revît plus étonnant
Dans Fhie£fobie pait du séjour rayonnant!
Pourquoi dans Fhy mne saint des chants prefiquefunèbres ?
Pourquoi mon auréole a^t^elle ses ténèbres?
Pourquoi mes souvenirs, ô mon maître, et pourquoi
L'univers , mort pour tous , h'est-ll pa« mort pour moi ?
A quel boftfaelir sans nom osai^je donc prétendre?
Lorsque fat totft reçu , Seigneur, que puis-je attendre ?
Je [deure, et dans moÈ itein rie sonat pas attiédis
Mes re^^ets, foui baignés de l'ait du Paradis.
Si du terrestre Éden voUs filâtes Eve,
M<m éâire est pour mot Fate^iï^ arffté du gbive;
Des éclatants partis It rà'èîlile à mo?n tœrr ;
Il prive de lumière une fille du jtmi.
Je perds la beHe fteur éer la» vie étemelle
Qui se fane blessée au frisson de mon aile; £t même devant vous j^attriste, en Fécoutant, L'angélique concert autour de nous flottant.
LE CHBIST.
Toi, le dernier enfant que m'envoya la terre!
De mes plus doux trésors tu fus dépositaire.
Tu le sais, jeune sainte, et toute ma faveur.
Tu la payas de Tor si pur de ta ferveur;
Et tu tendis les mains vers la palme promise :
Tu ne peux la porter après Tavoir conquise!
Entre toutes tes sœurs je vins te couronner;
Tu savais obéir, tu ne sais pas régner!
Et ton front, sous les feux dont mon amour l'inmide,
Jusque dans ses rayons porte le deuil du monde.
Ta langueur à mes pieds ne peut se ranimer
Faut-il changer les cieux pour te les faire aimer?
Devais-tu, mon enfant, pleurer dans la lumière,
Au service de Dieu toi jadis la première?
Toi que FArar gardait spus ces rocs orageux,
Avec Farche cachée à son sommet neigeux.
Quand d'un terrestre amour tu rejetais l'entrave;
Quand ton âme était reine en sa robe d'esclave.
Toi qui fis du tombeau l'autel de la p^deur!
Qui me livras tes jours, comme un lys dont l'odeur
Se mêlait chastement à tes autres offrandes;
Toi, dont l'heure suprême eut des ailes si grandes,
Sémidal qu'on la vit d'un seul vol te jeter
Aussi près du Seigneur qu'un élu peut monter :
Emportant avec toi, céleste conquérante.
Les dernières vertus de la terre expirante.
SÉMIDA. 53
SÉMIDÀ.
Ma mort serait la même; elle triompherait,
Et Fange du martyre à vous me conduirait,
Si j'étais sur la terre : oui, languissante ou forte,
Dans la joie ou le deuil , Fombre ou le jour, n'importe,
J'obéirais encore^ oh! donnez-moi Toubli,
L'oubli d'un nom!
LE GHBIST.
Ce nom, dans l'ombre enseveli.
Qui pour la consumer à ton âme s'attache^.
Ce nom, plus ténébreux que la nuit qui le cache. Eût obscurci ton front et^es cieux d'alentour, Si m(m regard sur toi ne conservait le jour.
lyÙaméel perdu tu rêves la présence! ^ Ton regard, où je suis, remarque son absence! I^e te souvient-il plus qu'infidèle à ma loi , Il mit tout son génie à s'éloigner de toi?
Ai-je, pour le sauver, oublié quelque grâca?
Lorsqu'il vdait au mal, ai-je perdu sa trace? Je le protégeai plus que tout autre mortel :
Je l'appelai du haut de mon dernier autel , Et la terre me vit, près d'être anéantie, M'eufermer, pour lui seul, dans la dernière hostie. Mais cette âme, toujours fuyant loin de mes pas, Ne pouvait respirer qu'où Jésus n'était pas.
Tous mes dons dans son sein se tournaient en colère ; , Le vase empoisonnait la liqueur du calvaire. Eh vain tu te joignais à moi pour l'implorer; Ton amour, astre pur, servit à l'égarer.
Et l'arche où fleurissait la vie, ô ma colombe!
•5i CHANT II.
Il vint la visiter pour s'en faire une tombe; Et le monde expirant, dans ses pièges conduit, Fit un pas de géant vers l'étemelle nuit.
Tu pleures s«rr s<m 8WI! sais-ttt cwtaiftè il «x^ Les grand» avcttgléiittêiitt de «a téf(ÀU *tfip4«? Et sais-ttÉ, dans le champ que lûi-mêne a Mme, QuM tafriWe jùym pot» son front a gerîtté?
Sais-tu quel nooveaW toe a ««ruïOûné eofl cdniè? Gomme moi roi des cieux, il est roi de TMitdlel U Il est ro) de Tabîme!...
SÉMIDA.
Icteméell!!
Qui crut que l'univers ne renfermait qôe lui; Celui (|ai, m^ sm ee$l, avait vq êsms piarflage, * D'un savoir menaçant se ^*Dssk f béirivage; Et qui voulait changer, au terrestre déjmsr.
L'ordre éterï^ des temps sous so» eefffipas d'tm jaut; Celui qui &m pouvoir (quand, taste soliunde, Votre monde expitait daiâ la dëer^^de) Du globle ra^e«Bd ri^^pler les «tés^is.
Aigle que la démemoe aveuglait dons les ^rs; Celui qui emt pmivoir, d!a sein des netits fonèt^fes, Poussa c^tre ma crdx l'orgueil de ses ténèbres, . Tandis qu'il ^spi^it, d'un gigantesque éfibili Le Risque du soleil aux: souffles de la imiirt! Ce même Idaméel , âme aux enfers bann^^ A bâti, dans sa tombe, un trône à Wf^ gébie.
Et, vaincu cette fois sans étire firaéroyé^
SÉMIDA. 5i
Roi captif, devant lui Lucifer a ployé.
Ivre de son trioflnfj*^, éspirtt c(uft rît»n rte changé, L'homiïic a trouvé léger le scepti^e de Tarchange. Tant son rêve était grand , tstùt son front révolté Se préparait d'avance à cette royauté !
Ainsi parla Jésus. Sémida, pâle et belle.
Ne se souvenant plus qu'elle était immortelTe,
Crut mourir... ses cheveut, tout baignés de douleur,
Dénoués sur son sein, pleurèrent son malheur.
Les fleurs du Paradis à la triste rosée
Ouvrirent à regret leur corolle brisée.
Ton père, en ton amour autrefois le premier.
Voila son front pensif ^iant sous le palmier.
Jeune sainte! et le ciel, autour de la victime,
Tressaillit de pitié sous un (J^uil unanime!
Lorsqu'un roi d'Orient descendait au Cercueil, Durant neuf longues nuits, durant neuf jours de deuil, Ninive gémissait avec toutes ses femmes.
Le même cri, neuf jours, montait du fond des âmes. Babylone en ses bras penchait l'Urne des pleurs ; Toutes les voix du temple éclataient en douleurs. Les triples sphinx pleuraient.. . les éléphants de pierre Qui portent jusqu'aux cieux la tour de la prière. Les mages, les guerriers et les vierges d'Isis, Et les princes venus de la grande Oasis, Tous ensemble pleuraient... Les pleurs expiatoires, Débordant du cristal des cent lacrymatoires.
Allaient désaltérer, au bruit des noirs accords,
L'osiris4u sépulcre en la cité des morts.
Comme on voit un vieux saule, aux vastes chevelures,
Répandre aux bords des eaux ^ pleurantes verdures,^
La tristesse, le long des fronts échevelés,
Ruisselait, répandait ses torrents désolés ;
Et conduisait longtemps, sous ses bandeaux humides,
La pompe austère autour des hautes pyramides.
La lamentation en longs échos roulait ,
De la cendre du deuil le soleil se voilait ;
Et du profond désert, grandi par tant d'alarmes.
Le sable inconsolé se fécondait de larmes.
Ainsi gémit longtemps tout le ciel ; et voilà
Que Christ, soleil divin, lui-même se voila!
Oui, le Sauveur cacha sa tête généreuse.
Pour ne pas voir pleurer la cité bienheureuse :
Comme si, dans son sein, à son tour s'émouvait
Sa grande âme de verbe en qui la paix vivait;
Comme si sa pensée, immense réceptacle.
Sentait qu'elle s^ouvrait à ce plaintif miracle,
Pour le prendre stérile et pour le féconder;
Pour lui donner des fruits que TÉden pût garder.
Durant neuf de ces jours que l'infini mesure.
De Sémida, sa fille, il sonda la blessure;
Puis du trône incréé le Sauveur se leva,...
Il monte de ce trône au sein de Jéhova.
Et sa mère se trouble, et le ciel le contemple.
Et le prêtre , ep marchant , semble agrandir le temple;
Et l'épouse du Christ , la mystique Sion ,
Cherche en vain le secret de son ascension.
Son éclat qui toujours , grand fleuve de lumière,
Ruisselait davantage en s'approchant du père ,
SÉMIDA. 57
O prodige ! à prés^t s'affaiblît par degrés ; Ses pieds sur les lys blancs marchent décolorés , Reprenant , pas à pas, tout embaumés de myrrhe , Les signes e^cés, stigmates du martyre , U mmite vers le père , et cependant son œil Semble , bien loin de lui , regarda* un cercueil ; £t se mouiller encor de ces pleurs , sainte pluie Qui tombait sur Lazare , en lui versant la vie. Mystère impénétrable ! évangéliques pleurs!
Le Dieu de gloire monte en homme de douleurs ; £t même Ton croit voir, formidable présage , Flotter autour de lui comme un vague nuage , Cette robe de lin qui fut jetée au sort Sur la triste montagne,, en présence du mort. £t , lorsqu'il va franchir le seuil du sanctuaire, Comme pour compléter l'appareil du calvaire On<;roit voir un fardeau , croix immense de feu , Surcharger et brûler les épaules du Dieu.
On croit voir, figurant le terrestre supplice , Passer devant sa lèvre une ombre de calice ; Et du bandeau royal , toujours plus pâlissant , Les perles de clarté fuir en gouttes de sang ; Ou former sur son front, comme à l'heure suprême , £n rayons épineux , le souffrant diadème :
Transfiguration plus étonnante encor.
Que celle dont Féclat foudroya le Thabor !
Mais ce grand souvenir emprunté de la terre , I9ul des esprits créés n'en comprit le mystère. Nul d'entre eux n entendit la voix de Jéhova , Qiû s'adressait au Christ et qui lui disait.... « Va ! « Tu veux , mon fils , tu veux dans leur nuit inféconde
« Racheter les enfers conrnie autrefois le monde!
« Attirer sur toi sent, Dieu Aes c mci i cm enta^
« En Saweikr infini ,. Finfini des tovnnetfitB î
« £t voir, saflB implorer à*ak bas mon iodulgenee,
« Ton calice taf ir Fume de ms yeiigetnee.
« Va ! descends... sttr Ion front min cdâ esl arrêté ;
« Mais VêÊÊmat peorra^t^l vaineref VékftnM f »]
CHANT lit.
L'élément primitif ^e fa grande ôéh^me , Celui dont tout émane aux ^i^s , c'€ist ia haine ; Oui , c'est la baine ard^te , et dans eèt ornent Les bûchers éternels puisent l«ur aliment :
Météore funeste , inépuisable flamme , Large édair sulfureux des arages de i'âme, Luimère qui n'a rien de ce rayon vermêl Passé des doigts de Dieu sur le fnmt éa soleil.
Le second dément des enfers , Ja colère , S'enfle comme une mer profonde et circulaire , Qui bouillonne et mugit plus que notire océan , Lorsqu'il frappe les cieux dans un jour d'ouragan. Comme autrefois l'esprit , force et vertu première , Vint couver sur les flots la vie et la lumière , Pour féconder de mort les germes infernaux :
L'esprit du mal aussi couve ces grandes eaux. Il les couve, et l'on voit, créations nouvelles , Des mondes de douleurs sans cesse sortir d'elle ; Des mond^ à la fois ténébreux et brûlants , Ayant de tous les maux la semence en leurs flancs.
Le t)roisième élément du lamentable empire , Cest Torgueil , air maudit que tout damné respire. La mort enfin , la mort s'étendant sous cet air, Quatrième élément , ou terre de Fenfer, Porte les réprouvés : sol durci , roc stérile Que n'entr'ouyrit jamais la charrue inutile.
Mais rétemelle mort ne vient pas seulement Dans l'empire maudit régner comme élément ; Elle y garde Thorreur de sa terrestre forme , Y traîne le poids lourd de son squelette énorme , N'ayant plus d'univers qui la vienne nourrir , Plus de fleuve de sang qu'elle puisse tarir.
Elle est reine pourtant ; rien ne la fait descendre De son trône si haut , quoique bâti de cendre. Elle est reine toujours au royaume des pleurs ; Tout devient son emblème et porte ses couleurs. Elle voit des damnés fuir la foule craintive, Quand ses doigts nonchalants touchent sa faux oisive. Comme si , sous ce sceptre , à chacun de ses pas , Pût édore aux enfers quelque nouveau trépas ; Comme si cette faux , dans les mains du fantôme Pût blesser quelque épi sur ce reste de chaume. « ici tout m'appartient ; cette terre , c'est moi ; « Dit-^elle! et quand j'y suis, qu'est-il besoin de roi? « Ma tâche est terminée et la moisson est ample ; « Du sépulcre éternel je me suis fait un temple. « Il est solide et beau : car pour ses fondements , « Des âges primitifs j'ai pris les ossements ; « Et puis, couche par couché, en montant jusqu'au faïte, « Assis tous les débris des siècles , ma conquête/
• Reposons-nous , ce jour n'a pas de lendemain. « Mes àmx pieds décharnés ont fait tout leur chemin, « Sans essayer jamais sandale ni cothurne.
« Oh ! sous tant de soleils quelle route nocturne ! « Quel deuil autour de moi , que de pleurs et d'adieux ! « Teus des palais plus hauts que les dômes des dieux. « Même avant de frapper, moi, ifeine inassouvie ! « De mon spectre caché j'épouvantais la vie.
« Toute chair pâlissait à m'attendre venir, « rétais le ^nd mystère au seuil de l'avenir ; « Et j'avais, comme Isis, mais plus lourds et plus soAibfes , « Des voiles me prêtant l'énigme de leurs ombres. < Obi comnieon tremblait, quandj'abrégeaissous ma main « La courte éternité d'un empereur romain !
« Quand je frappais un peuj^e , ou que ma course avide « Salivait dans Fherbeun ver rampantsousmononl vide ! « Ou que j'allais saisir sur son axe enflanmié, « Un soleil, œil immense, entre mes doigts fermé! « rétais caiNricieuse ; et si, loin des tempêtes , « Mes sujets s'accoudaient au balcon de leurs fêtes, « Si dans l'oubli des jours leur foule se baignait , Ht Si chaque élan du cœur de moi les éloignait , « J'accourais : du bonheur mon pied brisait la porte. « Testimais la victime aux joyaux qu'elle emporte. M Taimais la danse folle et mêlais , à mon choix, « Aux notes de l'orchestre un écho de ma voix. « Moi, la mort! moi qui vins battre d'une main sûre, « Du grand Concert des jours la dernière mesure , « Je hantais les amants , la nuit ; mes doigts noueux « Ruisselaient de parfums pris dans leurs beaux cheveux ; « J'arrachais les enfants au sein qui les allaite ; » Les berceaux balancés posaient sur mon squelette ;
62 C^ANT m.
« U 4édmm$ à tout «liel ravaut-gûât liii poîMA; « Toutes les asaitiés m'avaient poiur ^lizon. « Aiittpi fu'ou 4rapeaM iu»r »«r uae viUê imn>»T)<te ^ ft J'ai flotté, diï: luUle ans, sor les flam» éA ixymài^i m 99jfm nms âls, disant; à Vmsbmie : ^ AakzJ — « D'eui^-«iéB»e$ dans mes bcas se «oucbaieot tosaaaéi. « Ils me jfitai^t, ala&i fu'iwe gerbe éj^ama» , « Leurs jouxs <pie i^massait la pâle m^mm»mm ; « Et ve^aMWtsur i»on«ë]^4orj»û: teur^rsija^sisiHi^il,. ic êmm «a«^ fMâor ^cp^e oad)r)e iis gujtoiictttki^fciiil. ce llssAumm^mmÀ la 4éei^ v^Uée , n b»i;jafiég«i^déjà8iurM<vâiï^tr<N|i^ ce Tant ma mit 4u l>^i9>bewr absorjaiait tes éKAftûss ; « fmi$'i»m ùmia qu'w avec teur univers !
ii Christ sa'a Uessée ug joiur : athlète trinitaise, « Sa victoire me prît la moitié de la terce ; a Mais te hravaat toujours <)ans son ivàmijâé , « Je refoBiaBi ma plaie a¥ec l'^aiitre moilié. ^ Aijifti parie la moit, ydcessaol; sous un nnag« Sa tête d'ossem^ts dans rétemd c^age.
Et sa pcolonde voix , sous les looehers ardeaittç , DonWe ie bruit loimtain des taoB^n^s grondant^- Le hm ^'«Ue parcourt res&emMe au gonffî:» aride Qui frappait ks regards de Manito l'émonide, Lorsque , pour composer ses philtres vénéafl^K , Aux flancs tout oakdués du globe oayemeux, Des commets de l'f^na seule die osait desoendne; Foulak les rocs brûlés , paysa^ de eendre ; ^ * Forçait à s'arrêter sous son pîed souv^ain, La lave où s'imprimait son co&ume d'airain ; Spspraidait, poursuivait son yoyage de flamme; A l'âme des volcans venait mêler son âme ;
Surprenait leur somrtieft eii leur brûlant berceau , Et renMSrfetfit à«jour p9t le Chimboraço.
Tonfibe firtJ désolée e! jpltft incendiaire , L'enfer, sans* ««(ôpft^aîl qoâ mène à la ïumîèré , Se cresftse , dStiSé, toet înônt qtfû est , En neuf parts dont chacune est un enfer conifjtet. Là , la même existence et confond et r«iferiï*e Des êtres opposés , accotiplés dans letfr germe. Là, des ârîïres géants balancent (Sans la nuitf Des reptiles éclos et pour fleurs et pour fhiit. L'âme humaine enfanta , par le mal fécondée, Ces formes de hideur dont Dieu n'eut pas l'idée : Créations de mort , famille des méchants ; Symbole monstrueux de nos mauvais penchants.
Là, sur le sol maudit s'étalent toutes choses. Où le crime a passé dans ses métamorphoses.
Là, débris étemels par l'ouragan heurtéiS, Montent les ossements de ces vieilles cités Que Ton vît autrefois, ceintes tfor et d'ivoire, Encombrer de tyrans le drame de Fhîitoîre ; Et venir s'installer avec leurs passityôs , PoiïT en gâter le sang , au cceur dei^ nations j Sous leifr manteau royal cacher feur plaie imfnondè, Et, pour les ^arer, guider lès pas^ du monde. Là^ sont des monuments voués aux Keux maUtRIs Par l'empreinte des mains qui les avaient bâtis ; Des teKfpîes, où les dieux n'ont pas laissé leurs marques ; Des trdtees écroirtés sous le poids des monarques ; Des drapeaux qtte M gloire, aux jours de ses leçoîK , Rejefiafif tom dafis du fiel des trahison^ ; Et de» 6im ê^m Yeûêef vemém^t h poussière ,
Quand Jadis chaque siècle eu prenait une pierre;.
Et ce mont, tout d'orgueil , ce mont que le ciseau
Tailla pour être un homme et qui fu^un tombeau;
Et triomphes vaincus, colonnes renversées,
Et fruit de cendre éclos au champ de nos pensées ;
Et ces dogmes de plomb qui pressaient autrefois
Le sein de l'espérance écrasé sous leur poids ;
Et ces systèmes-sphinx créés pour nous surpr^idre,
Dévorant l'avenir qui cherche à les comprendre ;
Et ces livres impurs, pages où sans remord
Le génie apposa le cachet de la mort.
Le moule où les fondeurs, attisant leur fournaise. Coulent les membres lourds de l'Hercule Famèse, Et les taureaux de bronze et la bombe aux flancs noirs Qui creuse en nos Babels de fumants entonnoirs. Sent bouillonner en lui des chaleurs moins actives Que l'abîme entr'ouvrant ses rouges perspectives. Où Ton voit s'allonger, comme les feux des camps. De plage en plage, au loin, des lignés de volcans. Sur la pente des monts ardus, bruyante troupe, Dcjs centaures chasseurs portant une âme en croupe. Courent lançant des traits ou tendent, inclinés. De grands filets de fer pour prendre des damnés. De gros serpents autour des rocs, mouvante écorce , Font des pics allongés une colonne torse, Dont les forts chapiteaux, d'un feu vif incrustés, Montent, foudre immobile, aux cintres dévastés. Les vautours de l'enfer, famille réprouvée, Y creusent l'aire ardente où s'endort leur couvée; Et de grands pins criant dans leurs convulsions, Enracinent au sol les malédictions.
Comme un aérolithe, on voit tomber des nues Des asphaltes taillés en formes inconnue^.
O chaos d'épouvante ! ô spectacle inouï !
Dans chaque puits affireux quelque monstre enfoui Tremble, comme une perle au fond des mers de l'Inde, Ou comme un beau lotus dans les lacs de Mélinde. Un sémoun étemel, heurtant rochers et tours, Traverse la géhenne ef refait ses contours ; Ranime des bûchers les forces attiédies ; Varie à chaque instant Faspect des incendies; Et, tel qu'un architecte aux gages des démons. Courbe, en volant, des ponts de flamme entre deux monts.
Dans un vague terrible et souffrant, chaque forme. Comme sous le brouillard les bras nus d'un vieil orme. Se dresse et s'agrandit sur ces champs de douleur, Où l'être et le fantôme ont la même couleur.
L'œil fermé par l'efiroi, dans l'ombre expiatoire, Retrouve en se rouvrant la vision plus noire. Telle qu'un mont d'airain, tantôt l'éternité Donne aux êtres maudits son immobilité ; Et tantôt, roue ardente, instrument de colère. Imprime à leurs tourments son honneur circulaire. Sous le rayon blafard qui les laisse entrevoir. Dans l'orbe du vertige ils semblent se mouvoir : Pareils à ces oiseaux de nuit, race douteuse. Dont le vol inégal fuit dans l'ombre honteuse. Et dont l'aile sans plume, à chacun de ses nœuds. Pour déchirer les airs dresse un angle épineux. Leur foule aux mille aspects vient, fuit, décroît, repasse; Chaque démon poursuit un damné dans Te^ce.
Et parfois, sous la nuit, ils échangent entre eux
66 CHANT m.
Les bizarres contours de lears corps sulfureux. O formidable nuit ! ô plages orageuses !
Herschell a moins compté d'étoiles nuageuses, Qu'il ne vient apparaît, en ces lieux désolés^ Des mondes de douleur, lointains, o&oins^ Toilés ! On les voit, on les perd comme une flotte somb^ Qui, dans un ouragan, parmi les éeneifs somtone , Passant, tourbiUomiant sous la dent ^i les nrord, Ainsi qu'un ssbie noir dispersé par la mort.
Mondes tout ruinés et que nul ne restaure !
labyrinthes ayant le mal pour minotaure !
Globes lançant au loin les feux de leurs Etna, Portaptles noms mafodUs que Satan leur donna, Élevant dans leur ombre, et sans changer d'annales, L'unanime concert ^s plaintes infernales !
Sépulcres voyageurs qui, dans l'mimensité.
Diffèrent dé vieillesse en leur éternité !
Groupes de châtiments, cycles pleins de bla^>hèmes, Systèmes de forfaits tournoyant sur eux-mêmes, £t d'un \ok aveu^^é dont tout ordre est bam». Sur l'axe de l'enfer rofuiant dans l'hiiBi !
La, chaque passion enfante sa couleuvre.
Oui ! Dieu créa le Ciel, la géhenne est notre oeurre.
Artisan de ses maux, l'homme en se dégradant
S'enveloppe lui-même en son suaire ardent.
IVléme avant son trépas, d^à dans sa pensée,
Vers le gouffre béant sa chute est commencé^ ;
Et^ la chargeant toujours de quelle poids nouveau,
La terre^ des enfers prend pour lui le niveau.
Il entre, sans descendre, en leurs profonds abîmes.
Bourreaux nés de lui seul, les spectres de ses crimes
Sur son front paternel viennent tous apposer, Ainsi «Ju'fln fer btûï^nt, la rttarque d'un baiser : Signe rouge et multiple où sa sentence brille, Et pour rétettiîté son blason de femitle.
Ce signe accusateur règle les châtiments ; Évdque un tourbillon pour bercer deut atoant» ; Sur des rameaux plaintifs appelle les harpies, Ou la dent de la fairti sur des crânes impies ; Fait sfer les seinâ dormants glisser les lézarda ▼tt*ts ; 11 durcit en glaçons les larmes des pervers ; Pour utiir au présent un passé qui nous navre , De ittW vieux souvenirs ranime le cadavre ; Ou par ion ptôpre dard il punit le désît, Tantale Séparé du fruit qu'il veut saisir.
TREIZE VISÏOTrS ÎNtERNALËS.
Je vis nh condamné que le bout d'une chaîne Suspendait dans un puits de feu de la géhenne. La chaîne était immense ; et chaque anneau de fer, Prodigieux travail admiré de l'enfer, Emprisonnait une âme au dur métal mêlée.
Sur la flamme autrefois dans le moule coulée. Et le noir réprouvé, des effrayants chaînons De l'un à l'autre bout connaissais tous les noms. Les noms accusateurs et d'hommes et de femmes : €ar c'est lui dont l'exemple avait perdu ces âmes. Le fea profond mordant la moelle de ses os, Le force àe monter le long des durs anneaux.
Comme Ton voit, hideuse et de poisons baignée, Monter par son long fil une énorme araignée.
Toujours vers un autre air il se sent attirer. Dans un enfer plus doux il cherche à respirer; Et d'anneaux en anneaux, pour quitter ces abtm^, Il embrasse en hurlant l'échelle de ses ctimes. Mais du premier anneau sort une voix qui dit : « Pourquoi t'éloignes-tu ? Je suis ta sœur, maudit I « Ta virginale sœur, dont la candeur céleste, « Dans tes bras à seize ans vint adorer l'inceste : « Car tu te fis mon maître et mon guide, et d'abord,. « J'entrai du premier pas dans l'étemelle mort !
« Reste ne brise point l'union fraternelle !
<t Le soleil des enfers a trop d'éclat pour elle.
« La nuit du sombre gouffre à nos amours convient,
« Elle est impénétrable et personne n*y vient.
« Reste. » Et lautre anneau dit : «Damné, je suis ta fille!
<c La plus belle autrefois de toute la famUle :
« Mélancolique enfant du frère et de la sœur.
n Du regard de mes yeux tu vendis la douceur.
« Je voulais de vous deux rejeter l'héritage,
« Être belle de cœur ainsi que de visage \
« Je voulais rejeter l'anathème commun,
<t De la corruption , moi fruit plein de parfum !
« Je voulais, juste, forte et courageuse et pure,
c< Effacer de mon nom tout ce qui fut souillure,
« De ma virginité tu livras le trésor !
« Reste, avare ! .... Ce gouffre est une mine d'or ! »
Et l'autre anneau : « Je fus ton ami, -moi ; la preuve,
<( C'est ton fer d'assassin dans le coeur de ma veuve !
<t C'est tout mon héritage en ton coffîre apporté ;
« C'est le pain de mes fils à tes dogues jeté;
« Tu m'avais tant aimé! ! ! restons, restons ensemble;
« Ne quitte pas le seul ami qui te ressemble.
« Pes amis tels que nous se trouvent rarement ! »
Mais à travers l'efi&oi de ce long jugement
Que rendait dans ses bras la formidable chaîne ,
Le damné, par anneaux, montait de haine en haine;
De l'un à l'autre cri son histoire marchait.
Son odieuse main^ en se tordant, touchait
Les échelons de fer tout calcinés de soufre :
Car il fuyait bien plus la chaîne que le goufi&e.
Ne s'apercevant pas, lorsqu'il les compte tous,
Que les anneaux firaxichis le suivent par dessous ;
£t que^ loin de quitter chaque âme sa complice,
Il soulève après lui tout le profond «upplice^
Oh! quelle ascension d'efforts immesurés!
Quels souvenirs gardiens de chacun des d^prés !
Il sent, aux cris plaintifs de la chaîne terrible,
Se dresser dans la nuit sa chevelure horrible;
U sent, aux flots glacés d'Une sueur de mort,
De son front à son cœur ruisseler le remord.
Et de toutes ces voix, ainsi qu'une, tempête.
Les épouvantements tournoyer dans sa tête ;
Et, pour ne pas rouler au fond des feux ardents.
Dans le fer qui gémit il enfonce ses dents.
Enfin, d'un autre enfer l'air vient baigner sa lèvre ;
L'espoir dans tous ses sens court en frissons de fièvre.
U croit revoir le jour, il pose un pied crispé
Sur le dernier chaînon du voyage escarpé ;
Mais nul démon jamais, ô sentence suprême !
De ce dernier anneau n'entendit le blasphème.
Un ilBÔble souffle, plus que la foudre puissant ,
Tient au cœur du danfûé pétrifier le sang ; Et les àmx bras roidis, succombant «ous l'épreuve, n tombe, eotiameun plomb qu'on jette au fond du fleuve. Il tombe^ et sans repos recommence en furemf Le trajet étemel dont il parcourt l'horreur.
Plus loin, dans Fombre, une hydrohnmense, inq[»itoyaèiey
Des désirs d'un damné ressemblance effroyable.
L'enveloppe^ éveillant la foule des péchés
Au sein éo criminel hideusement eadiés.
On c&rait qu'au milieu de l'essaim qui fourmille^
Cette hydte^ aux plis impurs, retrouve sa £aimille.
Tel on voit un chasseur, sous les roches rampant.
Surprendre, à peine éclos, un nid de grand serpent ;
Il l'en^porte, et la nuit en rêve, en sa demeure,
n lui seiiâ)le combattre un reptile qvâ pleure.