L'ANGE DES FORÊTS ET DES PLEURS
J'eus toujours des parfums pour le convoi des vierges : La rose en pleurs s'ouvrait aux feux tremblants des cierges. Des rameaux pâlissants, des fleurs filles du jour, Suivaient la jeune amante à son dernier séjour! Mais ta mort, Sémida, ta mort veut pour offrande Le tribut embaumé de toute ma guirlande :
Mes glaïeuls, mes palmiers, mes forêts de santal. Elle emporte au cercueil le monde végétal !
Ma douce royauté comme la vierge expire.
Le sceptre défleuri du verdoyani empire Échappe de mes doigts, et la sève en torrents Cesse de dreoler dans mes rameaux mourants.
su CHANT VIL
terre ! dont nos mains creusent la sépulture, Que tes flancs étaient beaux sous ma riche ceinture ! Que sur toi balancés, mes réseaux odorants Apportaient de fraîcheur à tes lacs transparents! Mes bois de citronniers ignorés des tempêtes, Inondaient de leurs fleurs tes étemelles fêtes; Et je perpétuais, de jardin en jardin, Ta seule ressemblance avec Tantique Éden.
J*avais pour la beauté des panaches de moire. Mes palmiers se penchaient vers le front de la gloire; Et jusque sous le joug des peuples du turban, Les oracles hantaient mes cèdres du Liban.
Les liserons dorés, les mousses saxifrages, Échappaient sous mon aile aux souffles des orages. Le tremble au bord des eaux parlait avec ma voix ; Je disais : — Je vous aime! — à la rose des l)ois. Mes lys de la pudeur tissaient les chastes voiles; J'avais autant de fleurs que les cieux ont d'étoiles. Et leur douce famille, éparse dans les prés.
Désaltérait la nuit de leurs soupirs ambrés.
L'abeille bourdonnante au pied du mont Hymète, Posait leur miel divin aux lèvres du poète ; Et je voyais, épris de leur baiser vermeil.
Se mirer dans leur sein l'amour et le soleil ; L*amour, dont le regard venait sur leurs corolles Cueillir pour ses secrets sa moisson de symboles; L'amour, qui contemplait sous mes voiles flottants Le sourire embaumé des herbes du printemps, Et de ma pure haleine aspirait le délice ; Ame que chaque fleur portait dans son calice. Oh ! souvenirs flétris ! ... je n'irai plus demain Tresser pour mes cheveux les bluets du chemin!
Je n'irai plus montrer mes lilas à l'aurore;
Marquer par un baiser ceux qui doivent éelore;
Ou conier, suivant son léger tourbillon,
Leur invisible hymen au vol d'un papillon !
Oh! je n'entendrai plUs, pleins de notes champêtres,
Les chœurs des passereaux voltigeant sous mes hêtres.
Frais vallons, recevez l'adieu de votre roi...
Le saule d'Orient a moins de pleurs que moi !
Sémida meurt..* adieu, verdure des savanes,
Où mon vol se prenait aux filets des lianes,
Où je berçais ma joie... où frissonnant d'amour,
Dans des ondes de fleurs je nageais tout un jour.
Adieu, lierres rampants... bananiers dont l'ombrage ,
Me faisait des palais plus hauts que le nuage !
Dahlias qui germiez sous Toeil de la péri.
Avec qui tant de fois mon âme a refleuri !
Rameaux entrelacés du brillant mélodore;
Myrtes encore émus des sons de la mandore;
Primevères d'azur qui veniez sans péril
ÉveDler le printemps sous un glaçon d'avril ;
Superbe amarantine, éjianthes pourprées,
De mon sérail de fleurs sultanes préférées!
Sensibles mimosas dont la molle langueur
£n s'inclinant sur moi m'abritait de bonheur;
Rayons de l'astérie, encens des balsamines.
Épis, grappes, festons, calices, étamines,
Tous les enchantements de mon empire... adieu!
J'ai pris vos doux parfums et les reporte à Dieu! 1 1