RUE DE GRENELLE, 11 I
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La Divine Tragédie. Sous ce titre sera publié un ensemble organisé de poèmes. Ceux qui suivent ici ne doivent être considérés que comme en constituant la première partie. Le livre achevé et définitif paraîtra quand le rideau se sera abaissé sur le dernier acte de la Tragédie que l'humanité a entrepris de vivre en ce temps; et alors seulement le titre choisi : La Divine Tragédie, justifiera de façon plus explicite et plus complète son dessein qui est, comme celui du livre entier, de poursuivre en les unissant, à travers les événements qui se déroulent actuellement, les deux forces : humaine et divine, sur quoi se fondent l'effort et les entreprises de tous les peuples de l' Histoire; les deux
faces confondaes de ï homme et de la divinité; le sens humain dans ce qu'il a d'éternel et le sens du divin, tel qu'il nous parvient après son périple à travers les siècles.
L'auteur a placé, en guise de point final au présent volume, limage du Personnage de la tragédie, — celle de tous les temps, passés et actuels, — le Personnage fondamental en qui s'unissent précisément, mieux que dans toute autre effigie, les deux caractères : humain et divin, et tel qu'au XVI' siècle, l'a conçu dxins toute la force de sa spiritualité, notre grand sculpteur français Ligier Richier. Cette image, en attente, prendra sa place de frontispice lorsque le livre aura été complété, achevé et qu ici-bas la Tragédie se sera dénouée.
Î5 décembre 1915.
LA
Pour aller vers l'Enfer tragique où l'on ne voit
Que l'homme, rien que l'homme, encore et toujours l'homme,
A genoux, ou tâtant de la main les parois,
Cet enfer qu'aucun Dieu ne hante et que je nomme
Divin, parce que l'homme, en son but solitaire,
S'égale à la grandeur formidable des dieux,
Il faut, en titubant dans des couloirs de terre,
En suivant la muraille et le chemin fangeux,
Atteindre, par degrés, la Porte du mystère.
Et cet exergue est incrusté sur cette porte :
« Par moi l'on va dans la cité du sang. Je suis l'œuvre de l'homme. Ici, passant, Que la faiblesse expire et la pitié soit morte. Par moi l'on va dans la cité du sang.
u Ici l'on dit adieu à la clarté du jour. L'Injustice anima mon créateur sublime.
Je suis l'œuvre de l'homme et du premier amour. Hélas! Hélas I Entrez dans l'insondable abîme!
(( Par moi l'on va chez la race damnée. Derrière moi, dans l'air ténébreux, c'est la Mort, La voix rauque, les cris, et les terreurs sacrées. Ce bruit que tu perçois et qui gémit si fort, C'est la source du sang coulant intarissable Dans l'infini du temps. Ici, ces dieux qui souffrent Sont tes pareils. Le froid les glace et les accable; Le feu les brûle. Ils sont étouffés par le soufre. Mais leur visage est radieux. Passe, passant! Il est digne d'aller vers ces hommes, celui Qui ne pleurera pas dans la prairie du sang, Celui qui sourira dans l'effroyable nuitl »
Alors je regardai au plus haut de la pierre. Quand je fus arrivé sous la muraille immense, Et ces mots flamboyaient au fronton du Mystère :
\( Vous QUI ENTREZ ICI COMMENCEZ l'eSPÉRANCE ».