‹ La divinité de Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 73 sur 73 · Ps.102, V · texte numérisé non relu

Ps.102, V

An 1657. — Abbadie,

Outre son Traité :De la vérité de la religion chrétienne, Abbadie a publié un ouvrage sur la divinité de Jésus-Christ. Ces ouvrages sont pleins de science et de profondeur.

Vérité des miracles de Jésm^ Christ.

Dans le premier de ces deux ouvrages ( chap. 5. ) Abbaiie pose et résout la question suivante : « Les choses conte- Ques dans TËvangile sont-elles susceptibles d'illusion et d'imposture ? » Les Ëvangélistes, dit l'auteur, nous font connaître le nombre , la variété et la grandeur des miracles de Jésus- Christ , en nous apprenant qu'il changea l'eau en vin à Cana, qu'il rendit la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds , la santé mx malades ; qu'il guérit des lépreux, des paralytiques, une personne qui avait la main desséchée, un hydropique; qu'il

chassa plusieurs démons des corps de ceux qui en étaiat possédés ; qu*il ressuscita plusieurs morts ; qull calma la vents et la tempête, et qu'il nourrit miraculeusement le peQ« pie dans le désert en diverses rencontres. Ces miracles sont en grand nombre; ils paraissent singulièrement variés; ils ne peuvent être produits que par une puissance divine. 11 faut encore ajouter qu'ils sont d'une nature à ne pouvoir être cachés, et à frapper les yeux d'une infinité de témoins: de sorte que , si les apôtres les avaient inventés , ils se seraient exposés à être contredits par une infinité de personnes. ' Cependant, il parait que les plus mortels ennemis de Jésus-Christ n'osaient pas en démentir Tévidence , puisqu'ils lui reprochaient de guérir les malades le jour du Sabbat, puisqu'ils prétendaient que c'était au nom de Belzébuth, prince des démons, qu'il chassait les démons. C'était ainsi, de leur part, l'aveu de la guérison, la reconnaissance de l'expulsion, et un témoignage qu'ils rendirent, en dépit d'eux-mêmes, à la vérité de sa vocation.

D'un assez grand nombre de disciples qu'avait Jésus-Christ, il ne s'en trouve que deux qui lui soient infidèles; maison les voit bientôt se repentir et rendre gloire à la vérité, quoique d'une manière différente

Quant à la résurrection de Jésus-Christ , les Evangélistes rapportent que son tombeau fut scellé, qu'on y mit desga^ des , que les gardes dirent le lendemain que les disciples de Jésus étaient venus enlever son corps pendant qu'ils dormaient... etc.

Toute la question alors se réduit à savoir si les disciples ont effectivement enlevé le corps de Jésus-Christ au milieu des gardes qui étaient là spécialement préposés pai* les Juifs, et qui se seraient tous endormis ? Mais, en vérité, que Ion considère un peu la personne de ses disciples , qui étaient de pauvres et timides pécheurs, leur dispersion , leur abattement ^ la triple abnégation du plus courageux d'entre eux

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( saint Pierre ) , ainsi que toutes les autres circonstances de cet événement , et l*on trouvera que , bien loin de pouvoir exécuter une entreprise si dangereuse, il est impossible qu'ils en eussent conçu le dessein.

Aussi Pilate fut-il si persuadé delà résurrection deJésush Christ , qu'il en écrivit à Tibère, et ce fut sur la lettre de Pilate que cet empereur, étant allé au Sénat , proposa de mettre Jésus-Christ au nombre des dieux i et il n'y a aucun lieu de supposer la vérité et la réalité de ce récit, puisque Tertullien le rapporte dans le discours qu'il adressa au Sénat et aux Empereurs Romains, qui n'avaient qu'à faire rechercher dans les archives les actes de Pilate. ( Raison du Chris* tianisme. l'® édit. tome 12, p. 314 et suiv. )

Prophéties de Jésus- Christ

Les incrédules seront peut-être plus frappés des prophéties qu'on trouve dans l'Evangile : il y en a plusieurs qui sont assez expresses ; nous en choisirons une entre toutes les autres , pour nous attacher à son examen; c'est celle qui a rapport à la dernière ruine de Jérusalem.

Cette prophétie est énoncée fort clairement par les Evangélistes, qui la mettent dans la bouche de Jésus- Christ, et tout le monde sait qu'elle a eu son entier accomplissement. La prophétie commence par ces mots : « Jérusalem ! Jérusalem! qui fais mourir les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants I Voilà que votre maison va demeurer déserte....»

11 ne faut pas être fort versé dans l'histoire des Juifs pour voir que cette prophétie a été exactement accomplie. Ces événements arrivèrent trente-huit ans après la prédiction.

Ceux qui voudront lire dans l'historien Josèphe le récit du siège et de la prise de Jérusalem par Titus, reconnaîtront dans la prophétie cette ligne de circonvallation que Titus

fit tirer autoar de ses marailles pour la tenir bloquée ; le mur qu*il fit élever ensuite en trois Jours par toute son année, ce qui la réduisit à cette horrible famine qui força les mères à manger leurs propres enfants ; enfin, la destruction de ta ville et de tous ses habitants. Ces historiens font foi que tous les fléaux énumérés dans la prophétie précédèrent la ruine de Jérusalem. Les Actes des apôtres ( cbap. 2 ) font mention de la famine qui se répandit partout l'univers au temps de Fempereur Claude ; Eusèbe parle de trois villes d*Asie renversées par un tremblement de terre ; et Thistorien Josèphe, de prodiges et de signes célestes , tels qu'il n*en avait jamais paru.

La ville fut détruite de fond en comble. Il faut remarquer que ce fut pour rendre fausse la prédiction de Jésus-Christ, que Julien avait permis aux Juifs de réédifier le temple , que ce furent ces mômes Juifs qui travaillèrent de leurs propres mains à lui donner son entier accomplissement ; car on sait que Touvrage n'était pas achevé , lorsqu'il sortit de la terre des tourbillons de flammes qui enlevèrent ce qui restait des fondations du temple détruit, et consumèrent plusieurs des travailleurs , ce qui contraignit les Juifs à abandonner l'entreprise. {Rais, du Christ, ch. 12, p. 321. J

Quelques objections des incrédules au sujet de

Jésus-Christ.

1^ Pour commencer par la personne de Jésus-Christ, il y a des gens qui voudraient faire croire que Jésus^Christ était Essénien , et que c'est de cette secte qu'il avait emprunté ce qu'il y avait de meilleur dans ses mœurs et de plus saint dans sa doctrine. Mais il sera difficile de ne pas rejeter aussitôt cette objection , si l'on fait attention quil n'y avait pas d'EssénieQS en Galilée , patrie de Jésus-Christ ; que les Esséniens désertaient le commerce des hommes qulls regardaient

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comme souillés et profanés , et par cette raison ne voulaient point habiter de grandes villes, au lieu que Jésus-Christ parcourait les villes et les bourgades , enseignait la foule et prêchait dans les Synagogues; les Ësséniens avaient le mariage eh horreur, au lieu que Jésus-Christ choisit des disciples qui étaient mariés ; enfin , on ne voit aucun Ësscnien à sa suite.

2^ Jésus-Christ doit peut-être son Instruction et ses lumières à l'éducation? comment cela pourrait-il être , il a été élevé dans la boutique d'un charpentier, de Faveu même de ses ennemis.

3® C'est, dira-t-on , Tanimosité qu'il avait contre les scribes, les Pharisiens, et les autres chefs parmi les Juifs, qui l'engagea d'abord à parler contre eux , et ensuite , pour les détruire, à inventer une religion toute contraire à la leur. Mais qu'est-ce que le fils de Marie avait à démêler avec ces docteurs, n'étant ni sacrificateur, ni lévite, ni prétendant à aucune dignité ? d'où serait venue la rivalité ? ( Id. p.330. )

4^ Peut-être se laissa-t-il aller à l'ambition de passer pour prophète, ou qu'entendant mal certains oracles, qui semhyjaicnt déterminer la venue du Messie en ce temps-là , il aurait cru de bonne foi être le Messie. Mais on ne peut dire ni Tun ni l'autre. Jésus-Christ n'a pas pu croire ainsi par simplicité et par ignorance qu'il était le Messie, ni le faire croire par malice et par imposture. Sa morale et ses enseignements ne permettent pas de croire qu'il était ignorant et crédule ; sa sainteté ne laisse aucun lieu de penser qu'il était malicieux et fourbe. C'est réduire Tincrédulîté à l'absurde, que de la mettre dans la nécessité de dire que Jésus-Christ était le plus grossier et le plus méchant des hommes. (Id, id. )

5. Mais ne peut-on pas dire de Mahomet ce qu'on a dit de Jésus-Christ? C'est le parallèle qui sourit le plus aux incrédules. Ils prétendent que Jésus-Christ et Mahomet peu-

vent avoir été animés du même esprit. De toutes les défaites de l'impiété, celle-ci est la plus misérable. Voici la différence entre eux : Mahomet n'a pas prétendu établir sa religion par des miracles, quoique ses partisans lui en aient attribué quelques-uns. Au contraire , Jésus-Christ ne veut pas qu'on croie en lui , si ses œuvres merveilleuses ne rendent témoignage de sa doctrine ; il veut convaincre les yeux et les sens de se8 disciples par des faits sensibles et par des miracles qu*il leur donne le pouvoir défaire eux-mêmes, et il les envoie prêcher ses miracles et sa résurrection, en même temps qu'il les menace d'uue damnation éternelle, s'ils trompent, mentent ou déguisent la vérité. Mahomet n'a point laissé de prophéties dont on voie Taccomplissement; nous en avons de Jésus-Christ, dont l'événement a déjà été un commentaire bien juste. Mi les anciens oracles^ ni TËcriture du nouveau Testament ne rendent témoignage à Mahomet : les prophètes avaient prédit la venue de Jésus- Christ comme d'un Messie qui devait réunir les deux peuples et étendre l'alliance de Dieu jusqu'au bout de l'univers. Mahomet s'est établi par la force et parla violence ; Jésus-Christ, par la patience et les afflictions; l'un est environné de soldats, l'autre accompagné de martyrs; l'un donne la mort, et l'autre la reçoit pour nous. L'ambition de Mahomet , qui a établi un empire florissant , paraît d'abord dans le succès de ses desseins ; le désintéressement de Jésus-Christ se montre en ce qu'il se retire quand on veut le faire roi , qu'il déclare que son règne n'est pas de ce monde, et qu'au lieu de s'arranger avec le préjugé du monde et de ses disciples, il prend soin de les désabuser et de leur prédire tous les maux qui les attendent. Mahomet fait régner sa religion par la suppression des livres , qui pourraient éclairer les hommes, et Jésus-Christ ne veut pas qu'on croie à sa doctrine par une soumission aveugle, et si elle n'est pas conforme à celle des prophètes. Mahomet meurt et ne ressuscite, ni ne prétend ressusciter; Jésus-Christ meurt, et l'on

croit qu'il est ressuscité sur le témoignage de ceux qui Tont ▼Q après sa résurrection, et qui attestent ce fait aux yeux de l'univers, au prix de leur sang et de leur vie; la doctrine de Mahomet a étéstationnaire ou rétrograde pour la nation qui Ta suivie , et sans influence pour la civilisation des autres peuples; la venue de Mahomet n*a sanctifié personne; celle de Jésus-Christ a été suivie d'une innombrable quantité de personnes ; la doctrine de Jésus-Christ a fait disparaître la barbarie du monde entier.

Nous citerons encore d'Âbbadie un passage remarquable par lequel il termine son ouvrage , sur la Vérité de la Religion Chrétienne : Portez maintenant votre vue sur Tensemble de toutes les considérations que nous avons présentées ; remarquez que ce n'est point notre imagination ou notre incrédulité qui ont fait la religion naturelle, la religion de Moïse, le cœur de l'homme, la morale de Jésus-Christ, sa doctrine , sa fin, ses effets , les témoignages qui lui sont rendus , ses rapports avec la grande fin de l'homme qui est la gloire de Dieu ; remarquez que toutes ces choses ne dépendent ni de notre caprice , ni de celui des incrédules , et que quand nous ne saurions pas d'où la religion chrétienne est sortie, nous devrions, frappés partant de caractères de divi- Dité , la rapporter à une source céleste.

Et que sera-ce donc, quand nous considérerons que le ciel I parlé pour nous l'apprendre , qu'une infinité de martyrs iont morts pour le confirmer, que les événements et les miracles nous l'ont appris, que des faits incontestables nous le ^rsuadent , que les prophètes l'annoncent I que dirons-nous, nalutenant que nous sommes environnés de tous côtés ? Lunlère des sens , lumière de raison , lumière de prophétie , ornière d'accomplissement , lumière de sainteté , lumière de niracle, lumière de connaissance, lumière de sentiment, .ornière d'expérience, lumière de témoignage, lumière de laits , lumière de d octr cœur, lumière des

SOft hk DIVINITÉ

prit, lumière de dvilisation ! Noos dinmi : Cest ici

l'œuvre de Dieu. ( Ibid. )

An 1664. — LesUe.

On cite,^parmi les ouvrages de ce savant irlandais, récrit intitulé : Méthode courte et aisée contre les Juifs. Ony lit ce qui suit :

« Si vous dites, comme ont fait quelques-uns des TÔtres, que les faits rapportés par TEvangile sont vrais , mais que cela ne conclut rien en âiveur de la doctrine de Jésus , parce que ces prétendus miracles étaient un effet de la magie, pour lors je vous prierai de me dire comment vous garantirez du soupçon de magie les miracles de Moïse 7 car vous ne nierez point que les miracles rapportés dans l'Evangile ne soient aussi grands que ceux que nous lisons dans FËxode.

« Le déiste n*a pas le droit d'alléguer que les miracles peuvent n'être certains ni dans Tun ni dans Tautrecas, sous prétexte que nous ne savons point jusqu'où s'étendent les forces de la nature ; car, parler ainsi , ce serait nier toute espèce de miracle, et Renier à Dieu le pouvoir de nous faire aucune espèce de révélation ; ce qui est contre les principes des déistes, qui reconnaissent un Dieu éternel et infiniment puissant.

« Ce n'est point raisonner en bon philosophe que d*objecter que nous ignorons jusqu'où s'étendent les forces de la nature, puisqu'il suffit en cette question, comme je l'ai prouvé au déiste, que nous sachions discerner ce qui est contraire à la nature, comme il l'est à celle du feu de ne point brûler.

« Si les miracles de Jésus ne sont pas moins grands que ceux de Moïse, et si leur certitude est basée sur les mêmes fondements, quelle raison avons-nous de recevoir les uns et de rejeter les autres ?

« n est très-important pour vous de bien examiner s'il y ^ réellement de la contradiction entre la loi de Moïse et l'Evangile.

« Ck>nsidérez d'abord qu'il y a une grande différence entre létmire et accomplir. L'accomplissement d'une prophétie ne la détruit pas , mais il en fait connaître la vérité. Il en est de même des types , qui étaient des ombres des choses futures. Ces choses étant arrivées , les types n'ont plus lieu , et Us ne cessent que parce qu'ils ont été accomplis. Ainsi , dans le cas où le Messie a été annoncé , a été prophétisé et figuré dans la loi , sa venue doit mettre fin aux prophéties qui l'anfionçalent et aux types qui le figuraient , non en les détruisant , ce qui serait les contredire, mais en les accomplissant, ce qui est les constater, ou en attester la vérité. Vous savez, en effet , que notre Messie a déclaré qu'il ne venait point , pour détruire la loi , mais pour Taccômplir.

« Je vais plus loin, et je dis que non-seulement il n*y a point de contradiction entre la loi et l'Evangile, mais que h loi ne peut être vraie si l'Evangile ne l'est pas , attendu ^e les promesses de la loi ne peuvent s'accorder ensemble 9ue de la manière qu'elles ont été accomplies par TËvangile.

« Par exemple : « Le sceptre ne sortira point de Juda jusqu'à ce que Silo vienne. » Tous vos interprètes entendent par Silo le Messie. Or, il y a longtemps que le sceptre n'est plus dans Juda. Votre nation ne le nie point ; il n'est point venu d'autre Messie que Jésus , et c'est autour de lui seul que les nations se sont assemblées , comme cela est annoncé dans la même prophétie.

« Quel fils de David nous montrez- vous aujourd'hui , qui règne sur la maison dlsraël? et quel sacerdoce avez-vous depuis dix-sept cents ans ? Vous ne pouvez prouver l'accomplissement de cette prophétie ; au lieu que , selon nous , elle est pleinement accomplie en Jésus qui règne , et son règne

n'aura point de fin , et dans son sacerdoc6| dont celui deLM

est la figure.

« Le chapitre 58 dlsaîe nous annonce la mort et iesMNif* frances du Messie, et il nous apprend quil doit souffrir pour l^expiation des péchés du peuple. Cette prophétie se trouve accomplie dans toutes ses circonstances dans l'histoire de TEvangile; et, pour nous prouver qu^elle ne pouvait tee accomplie que dans la personne de Jésus , il suffit de voir le sens forcé que lui donnent vos plus grands rabbins, pour ne vouloir pas y reconnaître Jésus. Ils nous disent que eette prophétie ne parle point du Messie , mais du peuple Juif, sous le nom d'une seule personne, et qu^elIe annonce le mépris et la misère où il est à présent et depuis sa diqpenknu Ainsi , selon eux , ce n'est plus le Messie, mais c*est le peuple qui doit faire Texpiation des péchés du peuple.....

« D*autres juifs, pour éluder l'application de la prophétie à Jésus-Christ , ont imaginé deux Messies : l'un mmlel et dans un état pauvre ; l'autre, triomphant et immortel. Mais les prophètes ne parlent que d'un fils de David , et non point de deux ; et vous savez bien qu'un Messie exclut rautre , et que s'il y en avait deux , l'un des deux ne serait pas le vrai Messie.

Daniel prédit qu'à la fin des soixante-dix semaines dont il parle, c'est-à*dire lorsque 490 ans commenceront à expi' rer, le Messie sera mis à mort. Tous ne pouvez pas éluder ce témoignage , et vous n'avez point d'autre Messie à nous citer, qui ait souffert la mort à cette époque. La prophétie elle-même serait fausse, si elle avait manqué le terme qui est désigné pour son accomplissement. Vous le savez bien ; aussi vous n*osez pas accuser de faux le livre de Dautel; mais vous Tavez seulement retranché des livres canoniques, ou inspirés , le mettant au nombre des agiographes ; artifice assez inutile , puisque vous mettez aussi Job et Esdras an rang des agiographes. EX vous n'avez point fait attention que

le livre ùe Daniel sera faux et blasphématoire , s'il n*est pas inspiré, puisque l'auteur se donne lui-même comme inspiré de Dieu.

« Aggée , en j^rlant du second temple qu'on venait de bâtir, a dit : « La gloire de ce dernier temple surpassera celle du premier. » Cette prophétie se trouvera fausse, si elle n'a ' pas été accomplie , lorsque Jésus y est entré. En effet , le prophète parle du second temple, qui n'était rien en comparaison du premier ; de ce même temple que les vieillards ne

voyaient qu'en pleurant C'est de ce second temple qu'il

est dit : « Le Seigneur que vous désirez viendra soudainement à son temple. » Si le Messie n'est pas venu pendant que le second temple subsistait , la prophétie ne peut s'accomplir, puisque ce temple n'existe plus depuis plus de seize cents ans.

« Vous savez ce que disent Suétone et Tacite de l'attente générale où l'on était alors d*une grande révolution, qui deyait rendre les Juifs maîtres du monde : Fore ut ipso temporel Judœâ profecU rerum poiirentur. Ce ne pouvait être que les Juifs qui eussent répandu cette opinion dans le monde, et ils ne l'ont eue eux-mêmes que dans le temps qui était marqué dans la prophétie

« La venue du Messie est annoncée comme un remède pour les péchés. Daniel vous dit que le Christ viendra «pour mettre fin au péché, et pour faire la réconciliation pour l'iniquité 9

« La promesse de la venue du Messie est non- seulement positive et sans nulle condition , mais elle exprime même le cas des péchés de la postérité de David ; et Dieu y déclare qu'encore qu'il les doive punir, il ne touchera point à la promesse qu'il a faite du Messie.

« Vous avez méconnu le Messie ; or, c'est ce qui a été marqué précisément dans la prophétie , où vous l|sez que « les architectes doivent rejeter la pierre de l'angle ; que

cette pierre sera une pierre d'achoppement pour Israël, » on

filet où elle se laissera prendre

« Il est surprenant que votre nation s'obstine à ne voir qu'un sens purement littéral dans la promesse du sacerdoce qui a été faite à Lévi , tandis que le Psaume CX vous dit positivement que le Messie sera prêtre , non selon Tordre de Lévi , mais selon Tordre de Melchisédech. Voilà un changement de sacerdoce bien marqué : si vous ne Tadmettez point , il faut que vous effaciez les Psaumes de David. Et vous remarquez que le sacerdoce du Messie doit être éternel : « Tu es prêtre pour toiigours. »

An 1668. — D'Agtiesseau,

Ce célèbre magistrat , Thonneur et la gloire du barreau français, a laissé dans ses ouvrages des monuments de sa piété et de sa foi. Voici en quels termes il a parlé de Jésus- Christ : « Qu'il est grand 9 qu'il est adorable celui qui est dès le commencement, qui est en Dieu, et qui en tout égal à Dieu son père , est la splendeur de sa gloire ,*lè caractère de sa substance , et son image visible et parfaite : Imago Dei visibilis. Les images communes et ordinaires , toujours stériles et mortes, ne produisent rien; mais celle qui caractérise le Verbe , la seconde personne de la Trinité , est vivante , d'une fécondité infinie. Cest par elle que tout a été fait. Si nous vivons , c'est parcequ'elle nous donne 1^ vie , in ipso vita erat; bien plus, cette image parfaite de Dieu est par le Père et avec le Père le principe d'une émanation étemelle , d'une troisième personne dans l'adorable Trinité, puisque le Père ne produit son Ësprit-Saint , qu'autant qu'il s'aime; qu'il ne s'aime qu'autant qu'il se connaît et se trouve aimable, qu'il ne se connaît et se trouve aimable que dans la vivante et parfaite image de sa propre substance; ce qui fait dire à Jésus-Christ en parlant du Saint-Esprit : il me glorifiera

IMS JÉSUS-CHRIST. 511

parce qnMI recevra de ce qui est à moi , quia de meo accipiet. Une autre différence est que les images ordinaires n*ont jamais la réalité et la perfection des choses qu'elles représentent, mais rimage dont nous parlons contient en soi tout ce qu'a de réel et de parfait ce divin original qu'elle exprime : Ego et pater unum sumîis,..

Il est vrai que les grandeurs du Fils de Dieu paraissent s'éclipser dans le mystère de son incarnation , mystère où l'apôtre ne craint pas de nous dire que le Verbe s'est anéanti, eocinanivit semetipsum formam servi accipiens, mais, comme le soleil couvert par d'épais nuages perce de temps en temps l'obscurité qui l'environne, le Verbe de Dieu, ce soleil de justice voilé par son incarnation , lance par intervalles des traits lumineux qui le décèlent , et qui font voir que le Fils de l'homme n'en est pas moins le Fils de Dieu. »

Avouons toutefois que s'il n'est rien qui paraisse plus humiliant pour le Verbe divin que l'incarnation , il n'est rien aussi de plus glorieux pour l'homme que ce même mystère, puisque Dieu ne s'est fait homme , dit saint Augustin , que pour nous donner en quelque sorte , le moyen de devenir des dieux : Deiis homofacttis est ut homofieret Deus. (Aug. setTn. V. de Naiivit.\)

An 1675. — Clarke,

Clarine, l'un desplus grands métaphysiciens de l'Angleterre. On a de lui huit admirables Discours sur l'existence et les attributs de Dieu ; un autre travail très>important sur la Doctrine de V Ecriture concernant la Trinité.

Dans ses Explications o\x Traité de la religion Chrétienne^ Clarke démontre les propositions suivantes :

a Chapitke pbemieb. — Que la religion chrétienne est la seule des religions qui sont aujourd'hui dans le monde , qui

puisse se vanter avec quelque apparence de raison de possé* der la révélation divine.

Chap. IL — Que la religion chrétienne a tous les caractères de divinité qu'il soit possible d'imaginer et que nous en avons toutes les preuves qu'on puisse raisonnablement demander.

Chap. III. — Que les devoirs dont la religion chrétienne impose la pratique s*accordent avec nos idées naturelles de la Divinité ; qu'ils sont très propres à perfectionner notre nature et à faire la félicité du genre humain.

GuAP. IV. — Que les motifs que la religion chrétienne propose à l'homme répondent parfaitement bien à la sagesse de «

Dieu et aux espérances naturelles de Thomme.

Chap. V. — Que la religion chrétienne propose ces devoirs et ces motifs d'une manière qui s'accorde très.bien avec les lumières de la droite raison et de la pure nature.

Chap. VI. — Que tous les dogmes que la religion chrétienne nous propose à croire sont conformes aux lumières de la droite raison.

Chap. VII. — Que les miracles que notre Seigneur a faits, que Faccomplissement des prophéties et le témoignage des apôtres sont des preuves directes et positives de la religion chrétienne.

Chap. VIII. — Clarke, dans ce chapitre , prouve les miracles en général.

Chap. IX. — Il prouve la vérité de la religion chrétienne par l'accomplissement des prophéties et le témoignage des apôtres.

Chap. X. — Il prouve la vérité de la doctrine de Jésus- Christ par le témoignage de ses disciples.

Chap. XI. — Queceux qui ne se rendent pas aux preuves alléguées de la vérité de la religion chrétienne sont des gens que rien ne peut toucher et qui ne cesseraient pas d'être

incrédules , quand bien même un mort sortirait du tombeau tout exprès pour les convaincre.

Chap. XII. — L'immatérialité de l'âme et son immortalité. »

An 1681*. — Young.

L'immortel auteur des Nuits s*exprime ainsi au sujet de la Rédemption :

« D'où viennent les crimes de l'homme ? De l'oubli de la mort... Grand Dieu! retire du sein de ton Fils ce cruel acier !.. Malheureux I quel vœu ai-je formé? Puis-je soutenir ce spectacle affreux! mais puis- je aussi renoncer aie contem^

pler ? c'est là que sont attachées toutes les espérances de l'homme. C'est ce clou sacré qui soutient l'univers chancecelant. Sans lui , nous serions réduits à former l'horrible vœu du désespoir, à souhaiter que Tunivers eût péri dès sa naissance. Quel chaugement ! celui qui voit les astres comme une poussière agitée au-dessous de son trône, est maintenant voilé de ténèbres , et la poussière de la terre est le lit où il repose. Le ciel a-t-il pu nous aimer à cet excès? Oh ! quel long gémissement fut poussé stir cet arbre salutaire I Ce n'était pas sur lui que gémissait l'Homme-Dieu. Chargé de nos crimes, il a porté ce fardeau volontaire pour soulager un monde écrasé sous son poids. Un si grand prix eut suffi pour racheter des millions de mondes. A cette vue, les anges ont éprouvé des sensations nouvelles; ils ont interrompu leurs concerts , et le sentiment de leur bonheur est resté suspendu. »

Sur la résurrection de Jésus-Christ, Young dit : « Ce fut en ce moment que l'humanité prit des ailes , et s'élaoçant du tombeau , se saisit de l'immortalité. Ce n'est plus Thomme qui est mortel , c'est la mort. La mort est terrassée pour ne plus se relever; l'homme est empreint du sceau de l'éternité. Je vous salue , ô cieux , si prodigueâ envers nous ! la gloire

de tant de bienfaits vous appartient, et rhomme y gagne un bonheur infini... »

Sur le mystère de la Croix , Young dit : « En touchant la croix , nous recevons la vie. Les anges n'ont point de part à ce bienfait. Ce miracle est plus grand que celui qui donna une forme et des traits au néant et de Téclat aux ténèbres. C'est une prérogative de l'homme , et qui n'était réservée qu'à lui. Cette merveille domine sur la longue chaîne des miracles qui , depuis la naissance du monde , est attachée aux cieux comme à un point fixe , d*où elle soutient l'ensemble éclatant de la nature et tout lé plan des ouvrages qui ont manifesté la gloire du créateur. La croix , par un pouvoir celeste, dès qu'elle touche notre âme » la guérit de ses maux, sépare du crime la peine qui y est attachée , allume dans l'ombre de la mort le flambeau de l'immortalité j et change la terre en ciel. »

« Quand il reviendra, THomme-Dieu qui est mort pour nous, qu'il sera changé à son retour ! où sera l'homme de douleur? Ce sera un Dieu terrible , environné de tout l'éclat et de toute la majesté de la gloire; d'innombrables légions d'esprits le suivront en triomphe. *>

An 1684. — Lardner.

Le principal ouvrage de ce célèbre écrivain anglais a pour titre : De l'authenticité de t Evangile, ou confirmation des faits mentionnés dans le nouveau Testament par des passages extraits danciens auteurs contemporains de notre Sauveur ou de ses apôtres , ou qui ont vécu à peu près dans le même temps.

L'auteur de cet immense travail en expose ainsi le but et ridée principale : ,

« L'histoire du nouveau Testament contient au degré le plus remarquable tous les caractères qui établissent la crédi-

bilité. Ses écrivains paraissent impartiaux et sincères; ils exposent avec bonne foi les objections de leurs ennemis; ils racontent sans ménagement les erreurs, les faiblesses, les fautes où ils sont tombées eux-mêmes, ainsi que les autres hommes qui étaient engagés dans leur communion. Il existe entre les quatre évangélistes un accord, une harmonie qu'on n'a jamais observée dans un nombre égal d'écrivains faisant l'histoire des mêmes temps et des mêmes faits. Les différences légères ou les apparentes contradictions qu'on peut découvrir en eux servent uniquement à démontrer que ce n'est pas en se concertant qu'ils ont écrit. Les autres parties du nouveau Testament n'offrent que la similitude la plus admirable, soit dans les faits, soit dans les principes »

Deux des évangiles , ceux de Matthieu et de Jean , ont été écrits par des hommes présents eux-mêmes à la plus grande partie des événements dont ils font le récit. Marc se montre un auteur fort instruit et complètement maître de son sujet. Luc affirme d'une manière expresse qu'il a pleine connaissance de ces choses, et cela depuis leur commencement. Dans les quatre, nous avons une histoire qui embrasse de trente à quarante années , c'est-à-dire l'espace de temps Qompris entre la vision de Zacharie dans le temple de Jérusalem et l'ascension de Jésus-Christ.

Outre les Evangiles, nous avons dans l'ouvrage appelé les Actes des apôtres une relation d'événements extraordinaires, arrivés après la Résurrection et TAscension de Jésus-Christ. Saint Luc avait une connaissance parfaite des choses qui concernaient le Christ, depuis le commencement même de ces choses..... »

Une histoire écrite et publiée si près des faits qu'elle contient mérite confiance , à moins qu'on nous découvre l'intérêt qu'auraient eu ses auteurs à déguiser la vérité. Aucune marque d'un intérêt semblable ne se rencontre dans les évangélistes, c'est l'intérêt contraire qui sewVsî'j mow\t^ ^n\^^\sX.-

De quoi , en effet , s'agit-il ? de choses extraordinaires accomplies sur Fun des points les plus peuplés et les mieux connus de la terre. Ces choses sont racontées avec des circonstances minutieuses de lieux et de dates. Elles sont arrivées en partie devant des masses considérables de spectateurs. On trouve un compte-rendu des formes judiciaires de leur époque, comme on les observait dans les cités du premier ordre et dans les juridictions les plus étendues.

A-t-on écrit ce livre dans un langage obscur, entendu d'un petit nombre d'hommes et seulement usité dans quelques parties reculées de la terre ? Non : il est écrit dans la langue d'un peuple éclairé et nombreux , dans une langue que les érudits ont connue de tout temps et que , même sans érudition , une foule de gens possède encore aujourd'hui sur tous les points du monde habité.

Cela étant , comment croire que des écrivains osent publier une histoire de faits qu'ils donnent comme récemment arrivés , si ces faits ne sont pas de la plus minutieuse exactitude, et si les historiens ne cherchent pas à dessein pour eux-mêmes la honte d'une réfutation facile et Tinfamie d'un mensonge dont le premier venu peut les accuser. »

Il serait diîficile de donner même un faible aperçu du nombre infini de citations et de rapprochements historiques dont se compose le travail de ce savant et laborieux érudit. Parmi les auteurs du paganisme qu'il a cités le plus fréquemment , on remarque les noms de :

Tacite, Pline, Strabon , Martial , Qointilien , Pausanias, Hérodote, Diodore , Suétone , Plutarque , Pétrone , Sénèque, Florus , Nicolas de Damas , Ulpien.

Parmi les écrivains plus modernes , Lardner cite Grotius,

Basnage , Lightfoot (Exercices sur le Talmud) , Tévêque

Chandler (Défense du Christianisme) , Hudson (Notes sur

historien Josèphe ) , Whitby, etc.

Philon et Josèphe , deux historiens juifs , ont fourni à

Lardner un très grand nombre de citations appropriées à lobjet de son ouvrage.

Philon, né à Alexandrie d'une famille juive, vivait en Tan 40 de notre Sauveur. Il a écrit en langue grecque tout ce qui nous est parvenu de lui.

Josèphe , fils de Mathias , descendait d'une famille illustre dans le sacerdoce , et qui même avait longtemps conservé parmi ses membres le gouvernement de la Judée. Il naquit à Jérusalem Tan 37 de Jésus-Christ et dans la première année du règne de Caligula. Dans la guerre que les Juifs soutinrent en Galilée contre les Romains , Josèphe avait un commandement. Il a écrit en sept livres l'histoire de cette guerre, et en vingt livres ses Antiquités judaïques.

Du travail général de Lardner on peut tirer le résumé suivant , savoir : que les évangélistes ont écrit à Tépoque des événements qu'ils racontent , ou du moins un fort petit nombre d'années après ; cela est prouvé.

Si les évangélistes ont écrit à l'époque des faits qu'ils racontent ou peu de temps après , ils n'ont pu écrire que la vérité.

Les évangélistes n'ayant pu écrire que la vérité , il faut nécessairement que la religion chrétienne soit divine ; car les dioses attribuées à Jésus-Christ dans le nouveau Testament n'ont pu être faites que par un envoyé de Dieu , qui était Dieu lui-même.

Ces trois propositions , qui établissent sans réplique la base même du christianisme sont démontrées avec la plus grande force de logique et d'érudition dans l'ouvrage de Lardner.

An 1687. — Fléchier. ,

Ce célèbre orateur chrétien ^ dans ses Considérations sur

fes vues de Jésus-Christ dans l'institution de l'Eucharistie,

s'exprime ainsi :« Jésus-Christ a deux {one\\cm^^^\^m^v^ /. v%.

comme 'médiateur : la première était d'apaiser la colère de Biea , de satisfaire à sa justice , et de loi faire rendre les hommages qu'il pouvait attendre des hommes*, la seconde, était de verser sur nous les grâces et les bénédictions qui nous sanctifient , et de nous offrir au Père éternel comme des ennemis réconciliés et des révoltés qui entrent en grâce. Or, il exerce ces deux fonctions dans l'Eucharistie ; il y opère la sanctification des fidèles, comme étant Fauteur de la grâce ; il s'y présente encore à son Père pour l'expiation de leurs crimes, en qualité de rédempteur, ce qui fait que nous pouvons considérer TEucharistie comme sacrement et comme sacrifice.

« C'est une vérité appuyée sur l'autorité de l'Ecriture et de l'expérience, que le propre état de Dieu est d'être incompréhensible, et de se faire pourtant connaître, ou, si vous aimez mieux le dire avec TertuUien , qu'il n'est rien de si connu et rien de si inconnu que Dieu : Nihil tàm noium, nihil tàm ignotum quàm Deu^,., Le prophète nous assure qu'il a établi sa demeure dans les ténèbres ; mais ténèbres mystérieuses , mêlées de jour et de clarté, qui nous laissent entrevoir les objets de la foi , ou qui ne les éloignent de nous que pour nous les rendre plus sacrés et plus vénérables : Nox ejtis illuminatio ejus.

« Nous pouvons dire de même de Jésus-Christ , qu'il s'est caché et qu'il s'est découvert aux hommes pendant sa vie. Quelquefois, il a caché toutes ses grandeurs sous les apparences de nos faiblesses; quelquefois, 11 a fait éclater sa divinité par ses miracles. La raison a jugé de son pouvoir par ses œuvres; et quelques rayons , échappés de sa gloire, ont convaincu les païens même de sa divinité. Mais , quand je le considère dans le sacrement de l'Eucharistie , je n'y vois rien de sensible, rien de naturel ; je n'y vois que des yeux de la foi; et il ne me reste qu'à m'écrîer avec le prophète : Verè'Ju es Deus absconditm ! que c'est un Dieu toat-à-fait

DE JÉSUS-CHRIST, 5id

caché. Il n'avait qu'à répandre quelques rayons de sa lumière, qu'à paraître sur l'autel , comme il parut autrefois sur le Thabor ; mais il veut être dans les ténèbres , parce qu'il veut être comme l'objet de notre foi , c'est-à-dire dans un état qui contrarie tout à la fois les sens et la raison

« Lorsque le soleil est couvert d'une nuée , on voit des traits de clarté qui prouvent sa présence. On voit s'échapper au moins quelques demi-rayons , qui font connaître qu'il y a quelque lumière sous ces ombres ; mais , sur Fautel , rien n'y paraît ; Jésus-Christ homme , Jésus-Christ Dieu , tout y est voilé. Il est présent , et je ne saurais l'apercevoir ; il s'of^e à moi, et je ne saurais le toucher; il m'inspire ses vérités, et je ne saurais l'entendre... Je me trompe , la foi tire ces voiles, et je le crois; la foi ôte ces obscurités, et je le touche; la foi lève tous ces obstacles , et je Tentends...

« Si nous étions dans le ciel , dit saint Chrysostôme, rien ne pourrait nous distraire de la vue de Dieu. » Dieu est sur Fautel , et comment pouvons-nous penser à autre chose qu'à lui , et fixer nos regards ailleurs que sur lui? Le sang , qui a coulé sur le Calvaire, coule encore sous mes yeux. Le prêtre offre la victime sainte pour tous les assistants..^....

« L'humanité de Jésus-Christ a non-seulement acquis par sa résurrection une nouvelle gloire , mais elle a acquis par sa Passion une nouvelle sanctification , en qualité de victime offerte à la justice divine , pour réparer le tort que l'homme avait fait à Dieu. Il y a plus de malice à outrager maintenant le corps de Jésus-Cbrist , que n'en ont eu ceux qui Font crucifié , quelque perfides qu'ils fussent , parce que le Seigneur n'était pas si pleinement connu qu'il Test des fidèles : Si enim cognovissent eum , nunquàm Dominum gloriœ crucifixissent »

An 1688. — Pope.

Nous avons de cet illustre poète anglais une Eglogue sacrée, à Timitation du Pollion de Virgile , dont le sujet est le Messie. En voici quelques passages :

« Transporté en esprit dans les âges futurs, le prophète s'écrie : Une vierge concevra , une vierge enfantera un fils I Je vois, de la tige de Jessé, sortir un rejeton; cette fleur sacrée remplira le ciel de ses parfums ; l'Esprit céleste agitera doucement ses feuilles, et la colombe mystérieuse deso^dra sur son sommet. Gieux I faites descendre cette rosée précieuse dans le silence respectueux de toute la nature !

« La plante salutaire donnera la force aux faibles, la santé aux^malades , un asile durant la tempête et de l'ombrage contre la chaleur. Tous les crimes cesseront , et Tancienne fraude succombera ; la justice reparaîtra, la balance à la main ; la paix étendra sur tout l'univers son rameau d'olivier, et l'innocence ingénue redescendra du ciel. Temps , coulez rapidement , et amenez le jour de l'Eternel !

(c Venez , divin enfant , manifestez-vous ; la nature s'empresse de vous offrir les prémices de ses fleurs et tous les parfums que le printemps respire; les cèdres du Liban baissent leur tète orgueilleuse; les forêts tressaillent sur les montagnes ; des vapeurs d'encens s'élèvent de l'humble Saron ; et la cime fleurie du Carmel porte ses aromates jusque dans les nues!

Quel cri d'allégresse s'est fait entendre au désert ? Préparez la voie I un Dieu , un Dieu vient t Les échos des montagnes répètent : Un Dieu I un Dieu ! La gloire de l'Eternel descend sur toi , ô terre I reçois ce don ineffable. Montagnes, abaissez- vous ; vallons , élevez-vous ; cèdres ,' inclinez-vous pour lui rendre hommage; que les rochers s'amollissent, et que les fleuves rapides se Tèpw\^<è\v^' «ïvV«t\«otei» La Sauveur

vient ! ce Sauveur annoncé par d'anciens oracles ! Sonrds , écoutez-le ; aveugles , voyez. II rendra la vue à ceux dont les yeux sont couverts d'épaisses ténèbres ; et ils verront la lumière ; il rétablira Torgane de Touîe et charmera Foreilie insensible par les accords de l'harmonie ; le muet chantera,

et le boiteux extasié sautera comme un faon

« Les mers s'épuiseront ; le ciel sera désert ; les rochers seront réduits en poussière , et les montagnes périront ; mais la parole du maître de la nature est immuable ; son empire salutaire est inébranlable ; son trône est immortel ! c'est le règne du Messie qui avait été promis. »

An 1689. — Massillon.

Tout le monde connaît l'immense réputation de ce grand orateur , une des plus glorieuses illustrations de la chaire sacrée dans les temps modernes. Si nous le nommons dans cet ouvrage, c'est seulement pour qu'on ne nous reproche pas de l'avoir omis. Nous en dirons autant pour ce qui est de Bossuet, de Bourdaloue, de Fénélon, de Fléchier et de quelques autres.

Massillon a traité particulièrement le sublime sujet de la Divinité de Jésus- Christ, Il débute par cette épigraphe : Focatum est nomen ejus Jésus , quod vocatum est ab angelo. Il fut nommé Jésus , qui était le nom que les anges lui avaient donné. — Un Dieu, dit Massillon , qui s'abaisse jusqu'à se faire homme , étonne et confond la raison ; et dans quels abîmes d'erreurs ne se précipite-t-elle pas , si son secours lui manque pour lui découvrir toute la profondeur de la sagesse divine , cachée dans la folie apparente du mystère de rhomme-Dieu ? Aussi , dans tous les temps , ce point fondamental de notre sainte religion , j'entends la Divinité de Jésus-Christ , a-t-il été l'objet le plus exposé aux contradictions les plus insensées de l'esprit humain. Les hommes or-

guellleux , qui ne devaient avoir dans la bouche que des actions de grâces pour le don ineffable que le Père des miséricordes leur a fait de son Fils unique, n'ont cessé de Foutrager, en vomissant contre ce Fils adorable les blasphèmes les plus impies. Aveugles , qui n'ont pas vu que le nom seul de Jésus , qui lui est imposé en ce jour, ce nom qu'il reçoit d'abord dans le ciel et qu'un ange apporte sur la terre à Marie et à Joseph , est la preuve incontestable de sa divinité; ce nom sacré rétablit Sauveur du genre humain

« Si le Fils de Marie n'est qu'un pur homme, de quel prix sera aux yeux de Dieu Toblation de son sang? Si Jésus- Christ n'est pas Dieu , <;omment sa médiation sera-t-elle acceptée, tandis qu'il aurait besoin lui-même de médiateur pour se réconcilier avec Dieu ?

« Le premier caractère éclatant du ministère de Jésus- Christ , c'est d'avoir été prédit et promis aux hommes depuis la naissance du monde. A peine Adam est-il tombé , qu'on lui montre de loin le réparateur, que sa chute a rendu nécessaire à la terre.

.« Dans les siècles suivants, Dieu ne parait , ce semble, occupé qu'à préparer les hommes à son arrivée. S'il se manifeste aux patriarches, c'est pour les confirmer dans la foi de cette attente ; s'il inspire des prophètes , c'est pour l'annoncer ; s'il se choisit un peuple , c'est pour le rendre dépositaire de cette grande promesse; s'il prescrit aux hommes des cérémonies religieuses , c'est pour y tracer comme de loin l'histoire de celui qui doit venir. Omnis creatura ingemiS' citetparturit..:..,.

a A l'éclat des prophéties qui ont annoncé Jésus-Christ , il faut ajouter celui de ses œuvres et de ses prodiges; second caractère éclatant de son ministère. »

Voici le parallèle entre Moïse et Jésus-Christ : « Moïse n'opérait ses prodiges qu'avec la verge mystérieuse; sans elle il n'était qu'un homme MbVeel\m'^>aÂs&&svt^et il semble

que le Seigneur avait attaché la vertu des miracles à ce bais aride, comme pour fsiire sentir aux Israélites que Moïse luimême n'était en ses mains qu'un instrument faible et fragile , dont il lui plaisait de se servir pour opérer de grandes choses. Jésus-Christ opère les plus grands prodiges , sans parler même, et le seul attouchement de sa robe guérit des infirmités désespérées. Moïse ne communique point à ses disciples le pouvoir d'opérer des prodiges , parce que c'était un don étranger qu'il avait reçu du ciel , et dont il ne pouvait pas disposer ; Jésus-Christ en laisse aux siens un encore plus grand que celui qui a paru en lui-même. Moïse agit toujours au nom du Seigneur ; Jésus-Christ opère tout en son propre nom, et les œuvres de son Père sont les siennes

« Le dernier caractère éclatant du ministère de Jésus- Christ est dans les circonstances merveilleuses et jusque-là înonies, qui composent tout le cours de sa vie mortelle. Je sais qu'il est venu dans le dépouillement et dans la bassesse ; mais , à travers ces dehors obscurs et méprisables , quel éclat les ennemis mêmes de sa divinité ne sont-ils pas forcés d'y reconnaître?.... » (Massillon , de la Divinité de JésuS' Christ)

Dans cet admirable discours , rien n'est à abréger, rien n'est à supprimer; ilj échappe à l'analyse par sa perfection même. Nous bornons donc ici nos citations.

An 1706. — Gilbert West.

On a de ce savant anglais, traducteur des œuvres de Pindare ^ un écrit fort remarquable sur V Histoire et les preuves delà résurrection de Jésus-Christ.

Ce sujet ayant déjà été traité par d'autres écrivains également éminents, nous sommes forcés de renvoyer pour le travail de Gilbert West à l'ouvrage la Raison du Christianisme qui Ta reproduit dans ses parties les plus essentielles.

Gilbert West commence en ces termes la première partie de son sujet :

« La résurrection de Jésus-Glirist n'est pas seulement le plus signalé de ses miracles , elle est encore la plus éclatante et la plus solide preuve de la religion qu'il est veno établir dans le monde. Tout y porte en quelque façon sur cette base; Ce fondement renversé, Tédifice entier de la foi chrétienne tombe nécessairement en ruine. L'apôtre ne craint pas de le déclarer hautement : a Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, dit-il aux premiers fidèles , votre foi est vaine et notre prédication une imposture. » Mais , d'un autre côté , la résurrection démontrée, la religion chrétienne est nécessairement vraie , sa divinité est incontestable, et l'incrédulité n'a plus qu'à se taire ou à avouer son erreur. »

An 1707. — Euler.

Euler, qui continua les travaux de Leibnitz, a été, au dire de Condorcet , lun des plus grands mathématiciens qui aient jamais existé. Il excella aussi dans la philosophie religieuse , et c'est avec une logique pressante qu'il défendit l'immatérialité de 1 âme dans son ouvrage si célèbre des Lettres à une princesse d^ Allemagne.

Dans son écrit intitulé : Défense de la révélation contre les esprits forts y Euler a proclamé avec une grande puissance de pensée la Divinité de Jésus-Christ.

Il dit , en parlant du miracle de la résurrection du Christ: «< Les apôtres, et une multitude de chrétiens, déposent Unanimement , non seulement que Jésus-Christ est ressuscité des morts, mais encore qu'ils Pont vu de leurs propres yeux depuis sa résurrection , et qu'ils se sont môme [entretenus avec lui. Qu'ils n'aient rien cru de ce qu'ils ont avancé à cet égard, et qu'ainsi ce soit de leur part une imposture manifeste, c'est ce que personne ne peut avancer avec le moindre fondement, pour peu qu'il ait fait attention à leur doctrine et à la cons-

tance avec laquelle ils l'ont soutenue. Il serait encore moins vraisemblable de dire que les apôtres étaient séduits par de fausses imaginations , et que tout leur fait n'était qu'une illusion; ou bien il faudrait en revenir à af&rmer que Dieu les avait aveuglés miraculeusement tous à la fois , et cela en faveur de la propagation d'une fausse doctrine. »

Et plus loin : « La résurrection de Jésus-Christ, dit Euler, est encore un fait incontestable, et un pareil miracle ne pouvant être l'ouvrage que de Dieu seul, il, est impossible après cela de révoquer en doute la divinité de la mission du Sauveur. Par conséquent, la doctrine du Christ et des apôtres est divine ; et, comme son but tend à notre vrai bonheur , nous pouvons croire avec la plus ferme espérance toutes les promesses que l'Evangile nous a faites, tant pour cette vie que pour celle qui est à venir; et croire encore que la religion chrétienne est l'ouvrage de Dieu qui se rapporte à notre salut. Il n'est pas nécessaire de donner plus d'étendue à ces réflexions, puisqu'il est impossible à quiconque est une fois convaincu de la résurrection de Jésus-Christ, de conserver le moindre doute sur la divinité de l'Ecriture-Sainte. »

« La géométrie, dit encore Euler, est regardée comme une science dans laquelle on ne suppose rien qui ne puisse être déduit de la manière la plus claire des premiers principes de nos connaissances. Néanmoins , il s'est trouvé des gens fort au-dessus du médiocre qui ont cru trouver dans la géométrie de très grandes difficultés, et dont la solution était impossible , par où ils s'imaginaient avoir privé cette science de toute sa certitude. La géométrie n'en a pourtant point perdu quoique ce soit [de son prix aux yeux de tous les gens de bon sens. De quel droit les esprits-forts prétendent-ils donc qu'il faut , sans balancer , rejeter l'Ëcriture- Sainte à cause de quelques embarras qui , le plus souvent , ne sont pas aussi considérables, à beaucoup près, que ceux auxquels la géométrie est exposée. »

An 1709 — LyUelton. L^

LytteltOD , né en Angleterre , fut à la fois poète , historia 1,,^ et orateur politique. On a de loi entre antres un onvrage très» \\^ remarquable , intitulé : Observations sur la conversion d \^ sur Vapostolat de saint Paul. Cet ouvrage , qui a obtenu an \^^ grand succès en Angleterre et a beaucoup contribuera faire connaître son auteur en France, a été traduit en français, par l'abbé Guénée. Nous en donnons quelques fragments, qui se rattachent plus particulièrement aux preuves de la divinité de Jésus-Christ.

La religion chrétienne démontrée par la conversion et l'apostolat de saint Paul. « Dans notre dernier entretien sur la religion chrétienne , dit Lyttelton , j'avançai , monsieur, qu'outre les preuves qu'on peut tirer en sa faveur des prophéties de Fancien Testament, de la connexion nécessaire qu^elle a avec tout le système de la religion judaîqoe, des miracles de Jésus-Christ , et de la vérité incontestable du témoignage que tous les apôtres ont rendu de sa résurrection , la conversion et l'apostolat de saint Paul , considérés avec l'attention convenable, suffiraient seuls pour établir la divinité du christianisme. Une démonstration aussi simple de la religion chrétienne vous ayant paru propre à convaincre ceux des incrédules que rebuterait une plus longue suite de rab* sonnements , j'ai tâché de rassembler ici et de présenter sous un même point de vue les preuves de cette proposition.

(c Dans le vingt -sixième chapitre des apôtres, ouvrage écrit par un auteur contemporain et compagnon de saint Paul dans la prédication de l'Evangile (comme il paraît par ce livre même ), il est rapporté que saint Paul raconta au roi Agrippa et à Festus , gouverneur romain , l'histoire de sa conversion en ces termes : « La manière dont j'ai vécu dans Jérusalem parmi ceux de ma nation depuis ma jeunesse , est connue de

DE JÉSUS-GHRIST. 527

tous les Juifs : S'ils veulent rendre témoignage à la yérité , ils savent que dans mes premières années J'ai été de la secte des pharisiens, la plus approuvée de notre religion; et si je ^ suis obligé de paraître devant les juges , c'est à cause de " l'espérance que j'ai en la promesse que Dieu a faite à nos pè- "^ 1^ , et dont nos dpuze tribus attendent l'effet, servant Dieu ^ nuit et jour. C'est à cause de cette espérance , ô roi Agrippa , que je suis accusé par les Juifs. Vous semble4-il donc incroyable que Dieu ressuscite les morts ? Pour moi , j'avais cm d'abord qu'il n'y avait rien que je ne dusse faire contre le nom de Jésus de Nazareth, et c'est ce que j'ai fait dans Jérusalem où j'ai mis en prison plusieurs des saints, en ayant reçu le pouvoir des princes des, prêtres; et, lorsqu'on les faisait mourir, j'y ai donné mon consentement. Je les tourmen*tais dans toutes les synagogues, et je les contraignais de blasphémer; et ma fureur s'augmentant contre eux jusqu^à Fexcès, je les persécutais jusque dans les villes étrangères. Un jour donc que j'allais à Damas dans ce dessein , avec un pouvoir et une commission des princes des prêtres, lorsque j'étais en chemin , ô roi, je vis en plein midi briller du ciel une lumière plus éclatante que celle du soleil, qui m'environna et tous ceux qui m'accompagnaient. Et étant tous tombés par terre , j'entendis une voix qui me disait en langue hébraïque : Saul , Saul , pourquoi me persécutez-vous ? Il vous est dur de regimber contre l'aiguillon. Je dis alors : Qui êtes vous, Seigneur ? et le Seigneur me dit : Je suis ce Jésus que vous persécutez; mais levez-vous et tenez-vous debout; car je vous ai apparu afin de vous établir ministre et témoin des choses que vous avez vues, et de celles que vous verrez quand je vous apparaîtrai; et je vous délivrerai de ce peuple et des Gentils auxquels je vous envoie maintenant, pour leur ouvrir les yeux afin qu'ils se convertissent des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu , et que par la foi qu'ils auront en moi , ils reçoivent la remis-

sion de lenrs péchés, et qu'ils aient part à l'héritage des saints. Je ne résistai donc point , ô roi Agrippa , à la vision céleste ; mais j*ai annoncé d'abord à ceux de Damas et ensuite dans Jérusalem, dans toute la Judée et aux Gentils, qu'ils fissent pénitence, et qu'ils se convertissent à Dieu en faisant de dignes œuvres de pénitence. Voilà le sujet pour lequel les Juifs s'étant saisis de moi dans le temple ont voulu me tuer; mais, aidé du secours de Dieu, je subsiste jusqu'à ce jour, rendant témoignage aux petits et aux grands , et ne disant autre chose que ce que les prophètes et Moïse ont prédit devoir arriver, que le Christ souffrirait , qu'il serait le -premier qoi ressusciterait d'entre les morts, et qu'il annoncerait la lumière au peuple et aux Gentils. » Lorsque Paul parlait ainsi pour sa défense ; Festus s'écria : a Paul., vous êtes insensé; votre grand savoir vous fait perdre le sens. » Paul lui répondit: «Je ne suis point insensé, très-excellent Festus; mais ce que je viens de dire est plein de vérité et de bon sens. Le roi est bien informé de ces choses , et je parle devant lui avec d'autant plus de liberté, que je sais qu'il n'ignore rien de ce que je dis , parce que ce ne sont pas des choses qui se soient passées en secret. roi Agrippa, croyez vous aux prophètes? je sais que vous y croyez. » Alors Agrippa dit à Paul : Peu s'en faut que vous ne me persuadiez d'être chrétien. Paul lui répondit : a Plût à Dieu que non-seulement il ne s'en fallût guère , mais qu'il ne s'en fallût rien du tout , que vous et tous ceux qui m'écoutent présentement devinssiez tels que je suis , à la réserve de ces liens. »

Dans un autre chapitre (chap. 22 ), il rapporte aux Jui£s la même histoire en abrégé , y ajoutant seulement ces circonstances : « Que ferai-je. Seigneur? et le Seigneur me dit : Levez-vous , et allez à Damas , et on vous dira tout ce qu'il faut que vous fassiez. Et comme le grand éclat de cette lumière m'avait ôté la vue, ceux qui étaient avec moi me prirent par la main et me menèrent à Damas. Or, il y avait à Damas un

homme pieux selon la loi , nommé Ananic, à la vertu duquel toQf les Juifs qui y demeuraient rendaient témoignage. Il me vint trouver, et s'approchant de moi il me dit : <c Mon frère Saui, recevez la lumière, » et au même instant je le vis; il me dit ensuite : « Le Dieu de nos pères vous a prédestiné pour connaître sa volonté , pour voir le juste et pour entendre les paroles de sa bouche; car vous lui rendrez témoignage devant tous les hommes de ce que vous avez vu et entendu. Qa'attendez-vous donc? Levez-vous et recevez le baptême, et lavez vos péchés en invoquant le Seigneur. »

Et dans le neuvième chapitre, Fauteur de ce livre raconte le même fait avec quelques autres circonstances , dont il n'a pas fait mention dans les deux narrations précédentes , savoir que Paul avait eu une vision , où il avait vu Ananias entrer chez lui, et lui imposer les mains pour lui rendre la ^ue, et que dès qu'Ananias lui eut parlé, il lui tomba des ^eux comme des écailles.

Saint Paul parle de lui-même d'une manière conforme à 2es récits dans ses épîtres aux églises qu'il établissait; écrits îont on ne peut révoquer en doute l'authenticité , sans renverser toutes les règles dont on se sert pour prouver et établir edle de tous les autres écrits.

Lyttelton tire de tout ce qui précède les conséquences suivantes :

« Or, dit-il , un homme qui rapporte de lui-même des faits de cette nature , et qui les rapporte d'une manière si formelle et si circonstanciée , doit nécessairement avoir été un imposteur, qui, dans l'intention de tromper, arrangeait comme vrais des faits dont il connaissait la fausseté , ou un visionnaire , m enthousiaste qui, par la force d'une imagination exaltée, se faisait illusion à lui-même , ou avait été trompé par d'autres ; ou enfin ce que saint Paul déclarait avoir été la eaose de sa conversion est réellement arrivé , et par consé- <|Qent la religion chrétienne est de révélation divine. » /. sa

Comme on le pense bien , Lyttelton démontre sans peine cette dernière proposition.

Il consacre à la démonstration de cette preuve plusieurs chapitres. Dans le premier , ii prouve que saint Paul n'a point été un imposteur. Dans ie deuxième chapitre , il prouve que ce même saint Paul n'a point été un visionnaire; enfin, dans le chapitre troisième il démontre que saint Paul ne peut avoir été trompé par les chrétiens.

L'auteur tire après cela la conclusion -qui ressort de ses investiLations: a Cette conclusion , dit-il , suit clairement et incontestablement des prémisses , et pour qu*on pût s'y refuser, ii faudrait que pour expliquer tous ces faits si authentiquement rapportés dans les Actes des Apôtres , et attestés par saint Paul même dans ses Epitres , on put en assigner quelque cause différente de celle que nous avons produite. Or, je ne crains point d'avancer qu'il est absolument impossible d'en assigner aucune autre ; il est donc nécessaire de. recourir à la puissance divine pour les expliquer. Or^ que Dieu opère des miracles pour établir une religion sainte qui n'aurait pu autrement triompher des obstacles qu'elle rencontrait , il n'y a rien en cela qui répugne à la raison ; mais que des événements qui n'ont de rapport avec aucune cause naturelle soient arrivés sans miracles , c'est ce que la raison ne saurait se persuader. >>

An 1715. — Ditton^ célèbre mathématicien anglais.

On a de cet écrivain un ouvrage intitulé : La Religion chrétienne^ démontrée par la résurrection de Jési^s-Christy ouvrage remarquable par la force et la profondeur méthodique des raisonnements. Nous en citerons quelques passages :

« Toute la question peut se réduire préliminairement À ces mots : La résurrection de Jésus-Christ est vraie ou fausse.

DS JÉSUS-CHRIST. S5i

« Si elle est vraie, la mission du Christ est divine. Une r6* surréetion ne peut être que Tœu vre du Créateur, et il n'imprime point son sceau à Timposture.

« Si sa mission est divine, sa doctrine est Traie ; un envoyé de Dieu ne trompe pas, et ses lois obligent à Tobéissance; il annonce les volontés de celui qui renvoie; il a autorité.

De là infaillibilité des promesses qu'il a faites dans l'Ëvangile ; eonflance pleine et entière que leur doit le Chrétien... »

La loi de probabilité fondée sur les faits, liée à Févidence morale, sert de base aux preuves développées par l'auteur :

« Le fonds principal du récit de la résurrection se trouve dans le témoignage écrit des apôtres et des évangélistes.

« 1^ Pendant leur vie , on ne peut leur attribuer fausse* ment les écrits qui portent leurs noms; ils auraient réclamé ;

a 2^ Après leur mort , c'était chose impossible.

a Cette supposition d'écrits n'aurait pu être faite ni par une fraction , ni par la communauté des Chrétiens , ni par leurs ennemis , quand même, dès leur apparition , ils n'auraient pas été connus , cités , adressés à des corps nombreux, his en public , appris de mémoire, étudiés môme par des indifférents, à cause de leur nouveauté. »

L'authenticité des sources établies, l'auteur passe à la preuve de l'authenticité du fait :

« Première preuve. Le nombre des témoins. — Saint Paul assure qu*au temps où il écrivait il restait la plus grande partie des cinq cents frères , qui avalent vu Jésus- Christ depuis sa résurrection, dans le lieu où ils étaient tous rassemblés.

« Si saint Paul eût dit une chose fausse, on aurait réclamé. Cette apparition du Christ n'est-elle qu'une imposture, qu'un complot de mensonge arrêté I Gela ne peut être; une impo»-

tore peut être confiée à quelques personnes , mais non pas à tant de gens , sans s'ébraiter ni se démentir. Si c'est un complot concerté, comment tant d'union entre tant de personnes, pour assurer une chose fausse? Ce serait donc quelque chose d'inoui dans les annales du monde.

« Tous déposent de ce qu'ils savent; et, en toute chose, un liomme, déposant sur la foi de ses sens, mérite attention.

« Le témoignage rendu par les ap6tres a tous les caractères de vérité et de bonne foi que l'on peut exiger du témoignagt^ humain, et est en harmonie parCeàte avec les caractères domandés pour l'évidence morale.

« Us donnent Dieu pour cause efficiente du fait. Le fiiit n'est en aucune manière indigne de Dieu; rimpossibilité nVn tirerait donc point à conséquence contre leur témoi-

« IVins un tel rêdt à tel pmnt circonstancié , la décou- \ «^rto de rimpo$tore serait facile, s'il y avait imposture ;

«'^[l.es Juif^ eux-mêmes le crurent vrai.

« Il ne $0 peut pnxiver ni par les Juifs, ni par les incrédulos . qi:e le corps ait ete enlevé par les disciples ; on prou- \er*tt pluUM l^mpossibiUte de cet enlèveracnt.

« 1 $eul indivv dVnlè\e:aent que piiissent donner juifs ot *îx ;s\^ , crttî U |v*rv.>le rsàrtie d« princw des prêtres aux >\V^Iaîs ,vhïrî>rtir * l^î^fs: :*< i^:!: ec'e^e présidant notre som-

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la condition même des apôtres et de la grandeur de leur mission, qu'ils n'auraient pu remplir à travers les dangers qui Fentouraient , on conçoit bientôt que ceux qui rejettent la résurrection sont obligés de croire à des choses bien incroyables, à des suppositions bien plus dénuées de vraisemblance.

Ainsi nous pouvons à présent dire avec certitude que Jésus-Christ est une personne divine , le grand prophète, Venvoyé , le Fils de Dieu , Tunique sauveur et médiateur du genre humain , le législateur qui a droit de nous donner des iois^ celui qui nous a révélé la volon];é divine, et que le Père a établi pour juger le monde en sa justice

« Si le fait de la résurrection est vrai, il s'ensuivra, par rapport aux chrétiens, que la dispute sur la Divinité de la religion sera entièrement terminée en leur faveur. En effet, si Jésus-Christ a pu ressusciter, il doit avoir été envoyé de Dieu pour exécuter le grand dessein qu'il disait avoir mission d'exécuter. Un imposteur n'aurait jamais obtenu de Dieu des lettres de créance telles qu'une résurrection , qui ne peut ê»:re que l'œuvre du Tout-Puissant.

« Si la mission de Jésus-Christ est divine, sa doctrine est vraie, et de nécessité lui doivent obéissance tous les hommes pour qui elle a été proclamée.

« Toutes les promesses qui nous sont faites par TËvangile seront certainement remplies : De la véracité de celui qui nous les a données, résulte infailliblement la certitude de leur accomplissement. »

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