Livre du baptême ( p. 7 et suiv
Dans le même livre , Théodulphe s'exprime ainsi en pur- 1 lant de TËucharistie : « L'Ëglise , ayant abandonné les sa- \\ orifices de là loi ancienne, qui ont pris fin , en célèbre on \.^ nouveau, offrant du pain à cause du pain vivant qui est f descendu du ciel \ offrant du vin , parce que Jésus-Christ • dit : « Je suis la véritable vigne d (Ibid. ch. 18.)
An 782. — Agobard^ archevêque de Lyon.
Les écrits d'Agobard ont été imprimés en 1666. On troQve à la fin du premier volume son Traité contre Phérésie de Félix d*Urgel. Agobard le dédia à Tempereur Louis4e-Débonnaire. Il se compose en grande partie de citations extraites des Pères, entre autres, de saint Hilaire de Poitiers, de saint Jérôme, de saint Augustin , de saint Cyrille d'Alexandrie , de Vigile de Tapse , de saint Avite de Vienne , du pape Symmaque, de saint Grégoire-le-Grand et de Fidentias. Agobard se sert de ces citations pour montrer que , suivant la doctrine de TËglise catholique, il n'y a pas deux fils en Dieu, Tun par nature, l'autre par adoption; ni deux Christs, mais un seul fils de Dieu et un seul Christ; et deux natures, la divine et Thumaine , unies personnellement.
An 800. — Florus , prêtre de Véglise de Lyon,
Florus est auteur d'un Traité de C explication de la messe. L'auteur s'est proposé, dans cet ouvrage, d'expliqucr/'acfton de la^messe; c'est-à-dire les rits de la consécration de FEocharistie, ou du sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ. Il commence par les preuves qui établissent l'institution de ce sacrifice, en faisant voir par l'autorité des divines Ecritures que le sacrifice d'Aaron , qui était celui de la loi ancienne,
5té aboli pour faire place au sacrifice selon l'ordre de Mel- Lisedech , qui est celui de la loi nouvelle. L'abolition de m et l'institution de l'autre avaient été prédites par le protiète Malachie lorsqu'il dit : « Mon affection n*est point en eus , dit le Seigneur des armées , et je ne recevrai point de présents de votre main ; car , depuis Taurore jusqu'au couchant , mon nom est grand parmi les nations ; et l'on offre en mon nom une oblation (Mal. 1 , 10 et il ). » Les Pères, dont l'autorité est invoquée par Florus dans son ouvrage de XExplication de la messe^ sont principalement saint Cyprien, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, Severien, Vigile, saint Fulgence, saint Isidore et le vénérable Bédé. Florus dit plus loin sur le même sujet : « L'Eucharistie est consacrée et le sera toujours (Id., id., p. 620) par les paroles mêmes de Jésus-Christ : c'est lui qui parle tous les jours dans ses prêtres ; ils font leurs fonctions, Jésus-Christ opère par la majesté de sa divine puissance ; c'est lui qui, par la vertu de l'esprit consolateur et par la bénédiction céleste, forme son saint corps et son sang. »
Parmi les poésies composées par Florus, il y a une pièce de vers qui est un abrégé exact de l'Evangile selon saint Uatthieu ; non-seulement les faits y sont rapportés , mais encore les paraboles. Le récit commence à la naissance de Jésus-Christ et finit à l'allocution qu'il fit à ses disciples en leur disant d'aller instruire et baptiser tous les peuples. — Florus traite une seconde fois le même siget en vers dans un discours intitulé : Les actions de Jésusr Christ notre Seigneur, C'est le récit circonstancié de la vie du Christ, en commençant à l'apparition de l'ange à Zacharie. Une autre pièce de vers du même Père contient un abrégé de l'Evangile de saint Jean. On y trouve une prière à Jésus- Christ où Ton a réuni le récit des plus grands événements de TAucien Testament , la création du monde , la chute de l'homme , le déluge, la vocation d'Abraham, la destruction de Sodome,
la sortie d'Egypte , la publication de la loi , ronction de Da* vid , les prophéties sur ravénement du Messie, les miracles r des trois jeunes hébreux dans la fournaise.
An 801. — Ze Bienheureux Rhaban maur^ arche^
véque de Mayence,
Outre le grand nombre d^ouvrages composés par ce Père, il est en outre auteur d^^un recueil de poésies. Elles ont été ^ publiées, à la suite de celles de Fortunat, par Browerus. La 1 plus longue de ces pièces est une prose rimée, où il traite de ^ la foi catholique. Il parie de la création et du péché du pre- mier homme ; de Tincarnation du Verbe et de la rédemption du genre humain; de la vocation des apôtres; des miracles de Jésus-Christ , de sa Passion , de sa descente aux enfers, de sa résurrection, de son ascension. On lui attribue encore une pièce de vers : de la sainte Croix. Il explique les noms propres et métaphoriques qui sont donnés à Jésus-Christ dans les Ecritures, c'est-à-dire ceux de Jésus, de Christ, d'Emmanuel, de Dieu, de Fils unique, de Consubstantiel, d'Orient , d'Epoux , d'Ange, de Pain , de Vigne, de Pierre, etc., etc.
Le bienheureux Rhaban est auteur d'un Traité contre les juifs. Il enseigne dans ce livre que Jésus-Christ est vrai lils de Dieu , par naissance et par origine ; qu'il y a en lui deux substances ou natures en unité de personne ; deux volontés et deux opérations (Liv. contre les Juifs, p. 444.)
Il dit que le baptême efface le péché originel et les péchés actuels , et que le vrai sacrifice de l'église est le corps et le sang du Seigneur , qui est tous les jours immolé sur l'autel. (Id. , p. 459 et 412. )
On a imprimé sous le nom de Rhaban un Discours sur la Passion , tiré d'un manuscrit de l'abbaye de Molk.
An 806. — Nicéphore , patriarche de Constantinople,
^exposition de la foi orthodoxe ^ dont Tauteur est Nicéphore, est mentionnée par le père Labbe^ dans sa bibiiothèqae des manuscrits. Dans le douzième chapitre, on y. lit ce qui ànit sur TEucharistie : « Copronymc, dit Nicéphore, peut-il échapper au ridicule ,lorsque, après avoir dit qu'il recevait dans l'Eucharistie proprement et véritablement le eorps de Jésus-Christ, il ajoute ensuite que ce n^était que Fimage de ce eorps ? Peut-on avancer une proposition plus ccmtradictoire que de dire de la même chose, qu'elle est proprement et véritablement le corps et qu'elle en est l'image? Pour nous, nous n'appelons point ces dons , images on figures de ce corps, quoiqu'ils aient lieu sous des symboles et des signes, mais le corps même de Jésus-Christ devenu divin. Car c'est lui-même qui nous dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de Thomme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. » C'est ce qu'il donna à ses disciples en leur disant : « Prenez et mangez mon corps, et non l'image de mon corps. (Id. , liv. 3., ch. 15. p. 1223.)
An 820. — Walafride Sirahon , abbé de Richenow,
Il a composé un ouvrage d'une haute importance intitulé : De Vorigine du progrès des choses ecclésiastiques. Il dit : (ch. 14.) « Pour que le culte que Ton rend à Dieu dans ses temples soit profitable , il faut que le cœur de ceux qui le rendent soit digne d'être lui-même l'habitation de Dieu, qui aime mieux qu'on lui offre des vertus que des dons matériels.
Il a toutefois agréé les oblations des patriarches ; mais
n'étant que des figures du sacrifice de la loi nouvelle , elles ont cessé aussitôt après la venue de Jésus-Christ, qui a établi, de nouveaux mystères en donnant les sacrements de son corps
et de son sang à ses disciples au jour de la Gène , et en ordonnant de les célébrer à Tavenir en mémoire de sa passion... Les mystères de notre rédemption sont Yéritablement le corps et le sang du Seigneur. »
HaimoUj évéque d^HaibersUU.
On trouve dans le tome douzième du Spicilège un fragment assez long d'un traité ayant pour titre : Du corps d du sang de notre Seigneur. Dom Mabilion ne doute pas qu'Haimon en soit Tauteur. II dit , en parlant de la transsubstantiation : « Les âmes fidèles ne peuvent , sans une folie détestable , douter que la substance du pain et du vin quA sont mis sur Fautel , ne deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ, par le ministère du prêtre et Faction de grâces; Dieu opérant ce changement par la grâce divine et par une puissance secrète. (Haim., tom. 12. , p. 28.)
An 830. — Amalaire, prêtre du diocèse de Metz.
Amalaire , dans son Traité des offices , livre m , explique l'ordinaire de la messe. Il dit de la transsubstantiation: « Nous croyons que la nature simple du pain et du vin mêlé d'eau se change au moment de la consécration en la nature
du corps et du sang de Jésus-Christ ( Id. id. Liv. 3. , ch.
24. ) grande et admirable foi de l'église sainte qui voit de ses yeux ce que les mortels ne voient point , parce que cette foi leur manque. Elle voit ce qu'elle doit croire , quoiqu'elle ne voie point encore ce qui est en sa réalité. Elle croit que le sacrifice présent est porté par les mains des anges devant la face du Seigneur , car elle croit que c'est le corps et le sang de Jésus-Christ.
D£ JÉSUS-CHRI9T. SU»5
An 830. — Ltmp, abbé de Ferrières (servaius Lupus).
Ce père, voulant travailler autant qu'il était en lui à rendre la paix à TEglise, agitée par les disputes , composa son livre, qui a pour titre : Le traité des trois questions, La troisième question roule sur le prix du sang de Jésus-Christ L'abbé Loup la résout , en expliquant les paroles de Salut Paul aux Hébreux : « Dieu , par sa bonté, a voulu qu'il mourût pour tous (Héb. , 2, 9.) ; » et celles-ci de la première à Timothée: « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.» Loup cite encore ces paroles de rEvangile de saint Jean , en parlant de la divinité efficace de Jésus-Christ , lorsqu'il dit : « C'est lui qui éclaire tout homme venant en ce monde. »
Saint Paschase Radberty abbé de Corbie.
Cet écrivain sacré fut très- considéré de son temps. Engelrasde, évéque de Soissons , composa un poëme à sa louange. Le plus considérable des ouvrages de Paschase est son Commentaire sur saint Matthieu-^ il y enseigne qu'il n'y a point de salut hors de l'Eglise de Jésus-Christ. Il explique ensuite l'institution du sacrifice de la sainte Eucharistie. Il avait déjà écrit sur ce sujet un livre intitulé : Le livre des sacrements.
Paschase a composé encore un ouvrage intitulé : Le livre du corps et du sang de Jésus Christ, Il commence par établir le dogme de la toute* puissance de Dieu, montrant que, pour Dieu , vouloir et faire est une même chose. Il rapporte ensuite tous les principaux miracles opérés par Jésus-Christ, et ceux racontés dans Tancien Testament. 11 en conclut que la transsubstantiation n'a rien de plus incroyable que les miracles qu'il vient de citer Paschase traite encore du
corps mystique de Jésus -Christ, qui est l'Eglise (Id., id., eh. 7) dont il est le chef.
On a encore de Paschase Radbert un Tndtéde la foi, in l'espérance et de la charité. Il reconnaît qu'on ne doit rien changer à la formule de foi prononcée dans le baptême: « Je crois en Dieu , Père tout -puissant , et en J'ésus-Christ, m
Fils (ch. 6.) Quoique Dieu soit en trois personnes , ileU
un en substance; le Père est tout entier dans le Fils et dans le Saint-Esprit , comme le Fils et le Saint-Esprit srait tout entiers dans le Père ; tout ce qu^est le Père, le Fils Test êsuA et le Saint-Esprit. Cependant ils sont distincts quant à la personne... »
An 850. — Saint Adon, archevêque de Vienne.
On a de ce père une chronique ou abrégé de V Histoire universelle, depuis la création du monde jusqu'en l'an 874. Il partage sa chronique en six âges : le premier commencée la création ; le second , au jour où Noé sortit de l'arche; le troisième , à la naissance d'Abraham ; le quatrième, au règne de David ; le cinquième, au retour de la captivité de Babylone ; le sixième , à la naissance de Jésus-Christ. Il fait connaître les principaux évêques des Eglises tant de l'Orient que de l'Occident , les différentes hérésies , leurs sectateurs et 1 eurs antagonistes.
Théodore Aboucara , métropolitain de Carie.
Aboucara a composé cinq opuscules contre les partisans de Nestorius. Il y prouve que Jésus-Christ est Dieu et homme; qu'en lui la nature divine et la nature humaine sont unies en une seule personne. Le dix-huitième opuscule du même auteur contient les preuves de la divinité de Jésus-Christ , sa naissance miraculeuse, ses miracles , les prophéties accom-
DE JËSUS-CHRIST. mi
plies en lat. Dans le vingt-deuxième opuscule, Aboucara raconte une conférence ou dispute qu'il eut avec un savant oiQSulman, au sujet de rEucharistie, qu*il lui expliqua. Le rjngt-troisième opuscule roule sur la diviuité de Jésus-Christ. Les vingt-cinquième et vingt-sixième ont pour objet de démontrer que le Fils de Dieu est consubstantiel au Père ; et ]ae, comme le Père engendre de toute éternité, le Fils est engendré de toute éternité. Dans le vingt-septième et les suivants , il prouve la Trinité , ou un Dieu en trois personnes. L^union parfaite des deux natures de Jésus-Christ en une seule personne est démontrée dans les vingt-neuvième et trentième opuscules.
An 868. — Photius , faux patriarche de Constantinople.
Un des écrits les plus célèbres de Photius est celui qui est connu sous le titre de Bibliothèque de Photius, Cet ouvrage se rattache au sujet que nous traitons , en ce que Photius , dans son travail , fait connaître par extraits un grand nombre de livres, dont un certain nombre est entièrement perdu, mais qui renfermaient des témoignages précieux en faveur des principaux dogmes du catholicisme. Photius donne des extraits des Pères de TEglise, des conciles, des livres des jurisconsultes, médecins, philosophes, orateurs et grammairiens ; il parle des poésies de Tiropératrice Eudoxie , qui mit en vers les premiers livres de la Bible et les prophéties de Zacharie et de Daniel.
On trouve dans un autre ouvrage de Photius le Nomocanon , recueil des canons des conciles reçus dans TEglise grecque , depuis les apôtres jusqu'au septième concile œcuménique.
On a un grand nombre de lettres de Photius. Il dit, dans celle adressée à Eulampius (lettre 74), que le serment qu'Abraham exigea d'Ëliézer avait pour objet d'honorer la cir-
concision ; et qu'en Tobligeant de placer la main sur 8a etàm pour faire ce serment, son intention était d'exprimer par lU: gnre le Messie qui devait naître de sa race. H enseigne qat l'on doit à la passion de Jésus-Christ l'accomplissement de ces paroles : « Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants d'Abraham. »
Ailleurs (lettre 1 80), il concilie les anomalies apparentes de TEcriture relativement à Jésus-Christ , par la distinction dfli deux natures , faisant voir qu'en certains endroits elle parie de lui selon sa nature divine, et en d'autres, selon sa naton humaîue.
Dans la troisième de ses Dissertations théologiqttesj Vbù' tius explique les termes par lesquels il convient de désigner la nature divine, c'est-à-dire quels sont les attributs esseor tiels à Dieu et les propriétés de chacune des trois personnes. Dans la quatrième Dissertation , il explique comment Dieu est un en trois personnes^ le Père, le Fils et le Ssint-Eiq^rit Non-seulement ces trois personnes sont d'une seule et même substance, mais elles sont l'une dans Vautre, ce que les théologiens appellent circomtniscession ; en sorte que là on est le Père, est aussi le Fils et le Saint-Esprit , sauf les propriétés de chaque personne , qui n'altèrent en rien l'unité de leur nature et de leur substance. Dans la sixième Dissertation, Photius explique le mystère de l'Incarnation. Il donne ponr Tun des principaux motifs de llncarnation , qu'il était nécessaire que les hommes, qui se laissent plus facilement frapper par les impressions des sens que par les inductions de la raison , apprissent par le Fils de Dieu fait homme à s'éleverà la connaissance de la Divinité. Un autre motif que donne Photius du même mystère^ c'est que, comme il s'agissait de rnmener les hommes à la vertu, cela était plus facile parle Verbe fait homme, qui, en les instrnisant, leur donnait ainsi l'exemple.
On a réimprimé un autre ouvrage de Photius, intitulé:
DE JÉSUS-CBRIST. 257
9es Volontés gnomiques en Jésm-Christ. Cet ouvrage, pioiqne entaché de subtilités , est une profession de foi con- Inuelle en faveur de la divinité de Jésus-Christ.
Rémif moine de Saint-Germain d^Aiixerre.
L'Explication du Canon de la Messe est un des plus inté-ressauts ouvrages de Rémi d'Auxerre. En expliquant ces pa* rôles : Per ipsum et cum ipso, il établit la consubstantialité des trois personnes. Il dit, sur la forme de la consécration, que c'est par la vertu et les paroles de Jésus-Christ que Ton a toujours consacré et que Ton consacrera toujours.
An 860. — Le bienheureux Notker, moine de Saint- Gai.
Notker a composé plusieurs «Se^t/^nc^^, c'est-à-dire des proses et des prières rimées, mises en musique. Elles sont au nombre de trente-huit. Les trois premières sont pour les trois inesses de Noël ; car les Séquences se chantaient aux messes solennelles, avant TEvangile. Il y en a pour le jour de Pâque et les trois jours suivants, pour l'Ascension, la Pentecôte et pour la Sainte-Trinité.
An 886. — Abon, moine de Saint-Germain, à Paris.
II y avait encore au dix-huitième siècle, dans Tabbaye de Saint-Germain, un Recueil des sermons d'Abon. Les quatre premiers traitent de la Cène de Notre^Seigneur. Le cinquième roule sur rétablissement de l'Eglise. Jésus-Christ en est le fondement ferme et inébranlable.
958 t DIVINITÉ
An 925. — Vempereur Constantin Porphyrogenète,
On lit dans un des continuateurs de VHistoire de l'empire , après Théophane , que Romain Lecapène fit venir |= d'Edesse l'image miraculeuse de Jésus-Christ, qui y était en ]
grande vénération , et la fit apporter à Constantinople. Constantin Porphyrogenète fit en cette occasion un discours dans lequel il raconte tous les détails de cette translation.... Limage fut apportée à Constantinople le 15 août 944 , et déposée d'abord dans Téglise de Notre-Dame de Blaquerne, oi Tempereur célébrait la fête de FAssomption. On la porta le lendemain à Sainte-Sophie, d'où elle fût transférée dans réglise du Phare , la principale chapelle du palais. Evagrias l'historien parle aussi de ce fait. ( Evag. liv. 4. chap. 37. )
An 960. — Ratherius^ évéque de Vérone.
Parmi les lettres laissées par Rathérius, it y en a une qnl porte le titre : Du corps et du sang de Jésus-Christ, C'est une réponse a celle qu'il avait reçue d'un nommé Patrie au sujet de ce sacrement. Ratherius manifeste dans cette lettre sa foi vive en ce mystère. « Croyez-moi, dit-il à Patrie, comme à Cana en Galilée Teau fut changée en vin véritable par l'ordre de Dieu, ainsi, dans l'Eucharistie, ce yin devient du vrai sang , et le pain une vraie chair. Mais vous demandez de quel corps est cette substance , d'où elle est tirée , et si le pain est ôté invisiblement et changé en chair? car c'est là ce qui excite la curiosité humaine. Interrogeons l'Evangile ; il y est dit que : « Jésus-Christ prit du pain , et, l'ayant béni, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez , mangez , ceci est mon corps. » Puis , prenant le calice , il dit : » Ce calice est mon sang , le sang de » la nouvelle alliance; mystère de la foi, qui sera répandu
» poar YOQS et pour plusieurs pour la rémission des pé- > chés. » Voilà ce que e^est que cette chair et ce sang. Nous rapprenons de la bouche de la vérité même. Si c'est un mystère, on ne peut le comprendre; s'il est de foi , on doit le Gloire et non Texaminer.
An 969. — Gerbert, ou Silvestre II y pape.
Le successeur de Grégoire Y fut Gerbert, qui prit le nom de Silvestre IL Sans parler des savants ouvrages qu'il composa ) nous ne rapporterons ici que sa profession de foi , qui se trouve dans la lettre vingt-cinquième de la deuxième partie du recueil qui en a été fait. Il reconnaît en termes clairs et précis 9 qu'il n'y a qu'un Dieu en trois personnes; que le fils seul s'est fait homme par son incarnation. En lui la nature divine et la nature humaine sont unies en une seule personne : d'où vient qu'il n'y a qu'un fils, qu'un Christ, qu'un Seigneur, auteur de toutes choses; qu'il a souffert dans sa chair, qu'il est mort et ressucité
Saint Nicon , solitaire.
Il reste de ce saint quelques écrits, dont le plus connu est un Traité des erreurs des Arméniens , autrement de la religion impie des arméniens. Ces sectaires souteuaient que ies trois personnes divines éi^xeni passibles ; mais ils n'osaient publier hautement cette erreur. Ils la manifestaient en joignant trois croix qu'ils attachaient à un morceau de bois, en intitulant ce signe : Sainte Trinité, ils ajoutaient au Tnsargion : qui êtes crucifié pour nous ^ ils prétendaient en outre que le Saint-Esprit est moindre que le Père et le Fils, et que les deux natures sont confondues en Jésus-Christ.
An 980. — Saint Alfric, archevêque de Cantorbéri,
On trouve dans les bibliothèques d'Angleterre plusieurs recueils d'homélies sous le nom d'AIfric, la plupart en langue saxonne. Celle qui était destinée à être lue le Jour de Pâques est intitulée : Du corps et du sang du Seigneur. En , voici un passage : « Pourquoi la sacrée; Eucharistie est-elie appelée le corps de Jésus-Christ, ou son sang, si elle ne
les contient pas réellement? Il est vrai que le pain et le
vin, qui sont consacrés pendant la [messe par les prêtres, montrent aux sens une chose différente de celle qui est vue intérieurement par la vue de Tâme des fidèles. Au dehors , ils paraissent du pain et du vin , et cependant , après la consécration, ils sont véritablement le corps de Jésus-Christ et son sang, par un mystère ou sacrement spirituel.
An 1000. — Saint Fulbert, évéque de Chartres.
Saint Fulbert , dans sa lettre à Adéodat ( Bibl. des Pères, tom. 18. ] , explique trois articles importants de la religion chrétienne : le mystère de la Trinité, le sacrement de Baptême et les deux sacrements de la vie qui contiennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Il prouve, par Fantorité des Ecritures , qu'il y a trois personnes en Dieu en une seule et même nature. Saint Fulbert réfute en passant Sabellius, Arius , Macédonius et Nestorius , et démontre la divinité de Jésus; il dit qu'en lui les deux natures, la divine et l'humaine , ont été mises en une seule personne , mais non pas confondues.
Saint Fulbert, dans la même lettre à Adéodat , en parlant de la transsubstantiation, dit que pour affermir notre foi sur la vérité de ce mystère, nous pouvons le comparer à la création de l'univers; et s'il est vrai que Dieu ait pu le créer de
en , il peut à plus forte raison changer une de ses créatures n une nature plus parfaite , c'est-à-dire en la substance de on corps. »
U reste quelques discours de saint Fulbert; le premier Blbl. des Pères, tom. 18.) n'est qu'un fragment.de Tinstmction que Fulbert fit au peuple , dont il était le premier pastenr , sur les premiers principes de la religion , c'est-àdire sur la foi en Dieu en trois personnes.
On attribue à ce Père un Traité contre les juifs dans lequel il répondait aux vaines subtilités qu'ils inventaient pour Dedre croire que cette prophétie de Jacob : Le sceptre ne sefo point 6té de Juda , n'a point été accomplie en Jésus- Christ. Entre autres choses, saint Fulbert dit aux juifs: « Une preuve qu'en Jésus-Christ a été accomplie la prophétie de Jacob, c'est que , depuis sa venue , les sacrifices de la loi ancienne ont cessée et qu'il s'est introduit avec lui dans Ue monde un autre sacerdoce différent de celui d'Aaron, et : une loi différente de celle de Moïse. »
Fulbert prouve encore que la prophétie de Daniel a eu son accomplissement en Jésus- Christ , ainsi que tout ce qui avait été prédit de lui et de sa passion par les autres prophètes. En preuve de cette vérité, il rappelle les miracles du Christ, sa naissance miraculeuse ^ sa résurrection.
Afin de mettre dans tout son jour la preuve de la divinité de Jésus-Christ, Fulbert rappelle la succession des Princes ([Qi ont gouverné le peuple de Juda depuis Moïse jusqu'à Hircan; il dit que le premier prince étranger qui régna sur ce peuple fut Hérode, sous le règne duquel Jésus-Christ est né à Bethléem , suivant la prophétie de Michée.
An 1000. — Roherty fils de Hugues Capet^ roi de France.
Tous les monuments de son savoir le sont également de ^ foi et de sa piété. On a de ce prince des hymnes, des se-
quences et des répons pour diverses fêtes de Tannée ; pour
celles de la Résurrection et de l'Ascension du Sauveur.
Il existe encore du roi Robert deux lettres, dont l'une est adressée à Leutheric, archevêque de Sens , dans laquelle il Tavertissait et le blâmait au sujet d'un abus qui s'était introduit dans son diocèse : c'était de se servir de la sainte Eacha* ristie pour éprouver les coupables.
An 1030. — Gérard, évêque de Cambrai.
Cet évêque ayant été instruit que quelques novateurs venus dltalie travaillaient à corrompre la foi des fidèles sur plusieurs points de la doctrine, tint un synode à ce sujet, interrogea publiquement ces sectaires, et les confondit en présence du peuple assemblé. C'était surtout à Toccasion da mystère de la présence réelle dans rEucharistle que ces novateurs cherchaient à égarer la foi. Les fidèles , attendris par le discours de Gérard, versèrent des larmes. Ces hérétiques ; n'ayant«rien à répliquer, se prosternèrent à terre en implorant leur pardon.
An 1040. — Saint Odilon , abbé de Cluny.
Il reste plusieui*s Discours de saint Odilon sur divers sajets (Bibliot. des Pèr.. t. 17). En voici quelques passages qui rentrent dans notre sujet : « Dieu^ qui avait faitThommeà son image, n'a pas voulu le laisser périr éternellement dans la difformité que son péché lui avait causée ; mais il a envoyé son Fils pour rendre à l'homme la beauté de sa première forme Gardez- vous bien de mettre aucune différence, selon la nature divine, entre le Père et 1q Fils; ils sont à cet égard d'une même substance , aussi grand, aussi
puissant l'un que l'autre Des Mages ont adoré Dieu dans
l'enfant nouvellement né. En lui offrant de l'or, ils l'ont re«
DE JÉSUS-CHRIST. ai5
Dnnu poDr roi ; pour Dieu , en lui présentant de Tencens ;
tpour homme, en lui offrant de la myrrlie Le jour de
'Epiphanie était regardé comme consacré spécialement à la célébration des mystères , parce qu'on y solennisait la manîtestatîon du Christ au monde, son baptême, et le changement de l'eau en vin , aux noces de Gana La masse du
genre humain avait été corrompue dans le premier homme par son péché; Jésus-Christ, le second homme, Fa rétabli dans sa grâce par sa passion et sa résurrection. »
Hugues, évêque de Langres.
Du temps de cet évéque éclata l*hérésie du novateur Béraigeryué à Tours dans les premières années du onzième îilécle. Le seul écrit qui nous reste de Tévêque Hugues est [ «on traité contre Bérenger, qui porte le titre de : Traité du ■ ^(irps et du sang de Jésus-Christ contre Bérenger. Il cite saint Ambroise et saint Augustin. Le premier a dit:^ Le ' corps que nous consacrons est le même qui est né de la Vierge. » Saint Augustin a dit aux Juifs : « Que vous reste-t-il , sinon de croire, de recevoir le baptême, et de boire fe sang que vous avez répandu. » Hugues ajoute : wDe même )ae Dieu s*est formé un corps de la substance de la Vierge , >ar la même puissance qu'il avait formé ua corps à Adam iu limon de la terre, de même il forme, par la vertu secrète ^ sa divinité, son corps et son sang des fruits de la terre, consacrés selon les rites de l'Eglise catholique ( Tr. contre Béreng., p. 69). » Voici encore une pensée remarquable du même auteur sur la divinité du corps et du sang de Jésus- Christ : « Comme le Verbe de Dieu , dit-il , était invisible dans sa chair et dans son humanité , encore qu'il se fût fait homme , ainsi cette même chair étant devenue en quelque sorte invisible, parce qu'elle repose maintenant et habite ^aos le Verbe , a été de nouveau cachée par un conseil de
miséricorde, afin de pouvoir devenir la nourriture des hommes (Id., id.). »
An 1050. — Siméon , abbé de Saint-Mamas,
On le nomme Siméon-le- Jeune, pour le distinguer de S- : méon Métapliraste , appelé l'Ancien. Dans son livre întitoIé:i Livre des divins amours, il s'écrie : « Gomment , misérabtB et impur que je suis, m'a-t-on établi pour supérieur de mes frères, pour sacrificateur des divins mystères, et pour mi-j nistre de la sainte Trinité ! car, lorsque Ton met sur la ta-' ble sacrée le pain et le vin pour former votre corps et votre, sang , ô Verbe , vous y êtes présent , ô mon Dieu I et ces choses deviennent véritablement votre corps et votre sang par la force du Très-Haut. ( Liv. des div. am., p. 698.) »
An 1055. — Maurilky archevêque de Rouen.
Cet archevêque tint un concile à Rouen, en 1063, contre les erreurs de Bérenger. Voici la profession de foi qu'il y prononça : « Nous croyons de cœur et nous professons de bouche que le pain sur Tautel n'est que du pain avant la consécration; la nature et la substance du pain est changée i par la puissance ineffable de la Divinité en la nature et la substance de la chair du corps de Jésus-Christ , de celui qui est né de Marie , qui a été crucifié pour notre salut , qui a été enfermé dans le sépulcre , qui est ressuscité d'entre les morts le troisième jour, et qui est assis à la droite de Diea le Père (Conc. de Rouen , p. 49).
An 1060. — Othlon , prêtre et moine de Saint-Emmeranne
de Ratisbonne.
Il a composé plusieurs ouvrages remarquables, Tuninti-
talé : Les Tentations ; un autre : Des trois Questions, Dans an autre ouvrage, le Cours spirituel^ Othlon rasserable un grand nombre de passages tirés des Ecritures , pour démontrer que David a prédît les mystères de l'Incarnation, de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus- Qirist, et qu^ii en a signalé les circonstances. (Mabill. yag. 1187.)
An 1060. — Michel Psellus, précepteur de V empereur
Ducas.
Ses Questions sur la Trinité et la personne de Jésus- Christ ont été imprimées à Augsbourg, en 1608. Cet ouvrage comprend cent quatre-ving-treize questions avec les réponses. Il est parlé , dans les premières , de la trinité des personnes en Dieu , de l'unité et de la consubstantiabilité de leur nature; des termes en usage parmi les Chrétiens pour exprimer la nature de Dieu et les personnes de la Trinité ; de leur union , de leur distinction , de leur relation , de Tes- ^Dcede Dieu, de son immutabilité, de son impassibilité, li parle aussi de Tincarnation du Fils de Dieu , etc.
Au nombre des Traités du même auteur , restés manuscrits , on cite un Traité sur les causes de ITncarnation du Verbe , un Discours sur la passion et la sépulture du Christ, un sur sa naissance^ un autre sur la transfiguration.
An 1070. — Saint Bruno^ fondateur des Chartreux,
Ce saint, sentant approcher sa dernière heure, assembla ses frères auprès de lui , et fit devant eux la confession de toute sa vie. Ensuite il fit sa profession de foi , qu'il expliqua en termes clairs et précis sur les principaux articles de la croyance catholique. Cette profession de foi , dont Surius n a donné qu'une partie, se lit tout entière dans les Analectes
de Mabillon. Elle contient en substance , qu'il n'y a qu'on Dieu en trois personnes ; que le Fils de Dieu s*e8t fait homme; qa*il a souffert la mort pour notre salut; qu*il est ressuscité et monté au ciel , d'où il Tiendra juger les yivaots et les morts. Il déclare ensuite que les trois personnes de la sainte Trinité sont d*une seule et même substance , d'ime même majesté et même puissance; que le Fils est Dieu de Dieu , lumière de lumière.
Les Commentaires de saint Bruno sur les Psaumes. Saint Bruno remarque que , suivant les* divers titres des Psaumes , on ne peut douter que l'intention de David n*âit été d'annoncer les mystères de rincamation , de la naôsance , de la passion , de la résurrection de Jésus-ChrteL Au sujet du soixante-quatrième psaume, il appelle Jésus- Christ homo-Domintis,
En expliquant , sur l'Epître aux Corinthiens , les paroles de Tinstitution de TEucharistie, saint Bruno établit clairement sa croyance au mystère de la transsubstantiation.
An 1100. — Théophilacte ^ archevêque d^Acrideen
Bulgarie.
Nous voyons, par les écrits de cet auteur, que sa doctrine était la même que celle des Latins sur la divinité de Jésus- Christ et sur la présence réelle. Il s'en explique très-formellement dans son Commentaire sur saint Matthieu. Il s'appuie en particulier des paroles suivantes de rEcriture, pour croire à la réalité de la transsubstantiation : « Le pain que je vous donnerai est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde (Théophil. sur saint Matth.). »
An 1100. — Saint Anselme, archevêque de Cantorbéri,
Parmi les premiers ouvrages que ce saint composa on re-
marque ses Traités du Monologue et du Prologue de la Trilité. Le premier de ces deux ouvrages est divisé eu soixauteilix-neaf chapitres , daus lesquels saint Anselme prouve, par dœ arguments tirés des lumières de la raison , et sans recourir aux témoignages de i'Ëcriture, tout ce que la foi nous enseigne de l'existence et de la nature de Dieu. Après avoir prouvé l'existence de Dieu, il arrive à la connaissance de sa nature et des trois personnes divines. Il semble se conformer à ce que saint Augustin avait déjà dit dans son livre de la Trinité.
Saint Anselme avait composé en outre un livre particulier, intitulé : De la Trinité^ contre les Juifs, et pour leur prouver la divinité de Jésus-Christ , et sa yenue comme Messie prédit. On attribue de plus au même saint un Traité de la Trinité et de \ Incarnation , où il dit : « La nature divine est une et la même dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; mais chacune de ces personnes a ses propriétés qui la distinguent des autres : le Père ne tire son origine de personne ; le Fils est engendré du Père; et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. »
Saint Anselme est auteur d'un dialogue intitulé : Pourquoi Dieu s*est fait homme. Il le composa à la prière k*u moine Boson , qui y figure comme l'un des interlocuteurs. Cet ouvrage est très-remarquable sous le rapport des déductions logiques. On y prouve entre autres que la Rédemption ne pouvait s'opérer que par un homme-Dieu; delà la nécessité de l'incarnation pour le salut du genre humain; de là nécessité en outre que le médiateur fût Dieu parfait et homme parfait ; qu'eii lui les deux natures fussent mises en une seule personne (Id., ch. 7. 8, 9, 10, 11.)
An 1101. — Margegoldey prévôt de Marbach, en Alsace.
Dans son ouvrage : V Apologie de Grégoire VII j il traite
248 LA DIVIMTÉ
des personnes de la sainte Trinité, de la création et de la chute des anges (ch. 11, 12,13,14,15 et 1 6.) ; de la réparation du genre humain par Tincamation du Fils de Dieo. U rapporte les prophéties relatives au Christ , et rassemble les preuves de la divinité de Jésus-Christ. Il s'explique clairenaent au sujet de la transsubstantiation du pain et da^Yinan corps et au sang de Jésus-Christ.
An 1112. — YveSy évéquede Chartres.
L'un des principaux ouvrages d'Yves est sa Pannarmie. La première partie traite de la foi ; des diverses hérésies qd se sont élevées dans l'Eglise ; du sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ.
Parmi ses discours , il y en a un sur la concordance des deux Testaments , où il prouve comment ce qui a été prédit sous la loi ancienne s'est accompli sous la loi nouvelle en Jésus-Christ. Il explique les motifs de rincarnation et de la mort du Fils de Dieu , dans un autre Discours sur la naissance et la mort de Jésus- Christ.
Le vénérable Hildeberty évéque du Mans, ensuite archevêque
de Tours.
Il exprime sa croyance en Jésus-Christ dans son septième sermon : « Aucun des hommes , dit-il , nés avant la venue de Jésus-Christ, n'a pu être sauvé sans la foi en ce médiateur de Dieu et des hommes. Sorti de Dieu, son père, de toute éternité, c'est-à-dire engendré de Itii avec une égalité parfaite, il est venu en ce monde , non en changeant de lieu, parce qu'il était dans le monde par son immensité, mais en se revêtant de la chair pour apparaître aux homntes , sans
aucun changement de sa nature Né donc Fils de Dieo
(scrm. 65), dans 1avérUéde\a\iaA,vite^ilest né aussi fllsde
DE JÉSUS-CHRIST. âi9
l'homme dans la mérité de la Datnre^ en sorte qn*!I est vrai Diea et mrai homme, mais un seul fils et un seul Christ par rnoion d^ deux natures sans confusion ni mélange. »
Hlidebert^dans le principal de ses opuscules, le Traité
théologique^ traite du Messie, de la Trinité, de Tlncama-
tion , de la distinction et des propriétés des personnes , de
leur égalité (chap. 3, 4 , 5. 6, 7, 8).
Dans son Traité sur le Sacrement de l'autel , Hildebert
établit la présence réelle « Tous ces mystères, dit-il,
sont inconnus à la raison ; mais , ce que la raison ignore , la foi le connaît (Hild. de TEuch., p. 1105.). » Au nombre des poèmes composés par ce père , il y en a un sur le mystère de V Eucharistie.
Pierre Abaillardy abbé.
Ayant été accusé dans plusieurs conciles , Abaillard publia des Apologies pour rassurer les religieux et religieuses dont il avait la direction. Il leur envoya une profession de foi , opposée à toutes les erreurs qu*on lui imputait. Il y est dit : « Je crois que le Fils de Dieu s'est fait homme, en unissant la nature divine et la nature humaine en une même personne; qu'après avoir (Abail. Lett. 17, p. 308) consommé par sa mort l'œuvre de notre rédemption , il est ressuscité et monté au ciel, d'où il viendra juger les vivants et les morts » Plus loin , il condamne Thérésie d'Arius, et confesse la consubstantiabilité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
On lui attribue aussi le Livre contre les hérésies.
An 1113. — Ruperty abbé de Tuy.
Il est auteur d'un Traité de la Trinité et de ses ouvrages. II dédia à Gumon , évêque de Ratisbonne , son ouvrage sur
saint Matthieu , intitulé : De la gloire et de rhanneur dv Fils de l^ homme. Il y explique tout ce qui est dit sur le mystère de rinearnation dans l'Evangile de saint Matthieu; de la naissance du Christ , de ses prédications , de ses miracles, de sa mort , de sa résurrection , de sa gloire dans le ciel et de son pouvoir sur toutes les créatures. L'ouvrage est divisé en treize livres. Dans le prologue , Fauteur fait connaître, qa*avant de Tentreprendrc, il avait achevé celui qui est intitulé: De la victoire du Verbe de Dieu.
An 1132. — Gérochy prévôt de Reichersperff.
Géroch soumit à l'examen d'Eberhard, archevêque de Salzbourg, son écrit qui a pour titre: De la glorificcUion du Fils de l'homme. Il l'envoya ensuite au pape Eugène III, qui len remercia par une lettre, dans laquelle il loue son zèle contre les novateurs qui s'élevaient dans le sein de TEglise. Cet écrit avait principalement pour objet de détruire Thérésie de certaines personnes de son temps, qui osèrent soutenir une inégalité de puissance entre le Père et le Fils. Il distingue , avec l'Eglise, en Jésus-Christ la nature divine de la nature humaine; il soutient que le même Fils de Dieu et de rhorame est homme par la vraie et entière humanité , comme il est Dieu par la plénitude de la Divinité ; moindre que le Père, selon Thumanité par laquelle il est homme,* égal au Père, selon la divinité par laquelle il est Dieu (Anecd.
de Marten., p. 185, ch. 5] Selon saint Augustin, ouue
peut concevoir Jésus-Christ homme , sans le concevoir en même temps uni au Verbe de Dieu.
An 11 14. — Michel y patriarche de Constantinople.
L*an 1144 , Michel assembla un concile dans le palais de Thomaïte , où fut condamnée la secte des Bogonislesj espèce
e Manichéens 9 qai se répandaient dans la Grèce sur la lin in douzième siècle. Bien qu'ils confessassent la Trinité , ils le reconnaissaient que la personne du Père, soutenant que le Pils et le Saint-Esprit n'étaient point éternels, et n*existalent que depuis Fan du monde 4500. Ils enseignaient que Finearnation du Y erbe, sa vie sur la terre , sa mort , sa réiorrection n'avaient été qu'apparentes et non réelles (Baron. Âanal., 1178, p. 712.). Michel de Thessalonique , chef de ces sectaires , rétracta ses erreurs vers la fm de sa vie , et mourut dans la profession de la foi catholique (Id., id.).
An 1 1 50, — Robert Pullus , cardinal et chancelier de VE-
glise romaine.
\ On a de Robert Pullus un livre intitulé : Des Sentences,
L Dans le chapitre cinquième, il explique sa croyance sur les
[trois personnes divines et sur la divinité du Fils. Dans le
r chapitre quatorzième, il explique tout ce qui est relatif au
; Messie , venu dans la personne du Christ ; l'institution de
i'Ëglise et des sacrements. Dans le livre cinquième , il traite
de la vie de Jésus-Christ , de son baptême, de sa passion ,
de ses miracles.
Hugues , archevêque de Rouen.
Pendant son séjour en Angleterre , où il était abbé dcRadinge, Hugues s'occupa de la solution de plusieurs questions théologiques, auxquelles il donna la forme de Dialogues. Dans le premier livre de ces Dialogues, il traite du souverain bien, c'est-à-dire de Dieu même, et des trois personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Hugues enseigne que ces trois personnes sont parfaitement désignées dans le commencement de la Genèse et dans plusieurs passages de TEvangile selon saint Jean,
â5a LA DIVINITÉ
Dans son explication du Symbole, adressée à rarehidia-. ère Egidins, Hugues explicpie sa pensée et sa croyance sur kn mystère de rincarnation et sur i'Ëacharistie.
Hagues composa plasienrs livres contre les hérésies qui parurent de son temps ; entre autres , contre un hérétique , qui fut condamné au concile de Reims, en 1148. ;
Il commence son livre par établir la foi de FEglise surFo-l nité d*un Dien en trois personnes, sur rincarnation et sur j l'union des deux natures en Jésus-Christ; sur la divinité de Jésus-Christ et la rédemption opérée par sa yenue sur la ' terre {OEuv. d'Hug., p. 691.) \
An 1160. — Pierre Lombardj évéque de Paris ^ surnommé'
le Maitre-des-Sentences,
L'ouvrage le plus célèbre de Pierre Lombard est celui qui a pour titre : Livre des Sentences. Il est divisé en quarante- 1 huit chapitres ou distinctions. Dans la distinction neuvième, i l'auteur s'exprime ainsi: « L'essence du Père, du Fils etda j Saint-Esprit est une et la niême ; c'est pourquoi ils ne sont qu'un seul Dieu, quoique distincts en personnes. Le Fils est engendré du Père ; toutefois le Père n'est pas avant le Fils. Les trois personnes sont coéternelles. Arius disait : ^ Tout ce qui est né a un principe,* le Fils est né , il a donc un principe , il a commencé d être. » Saint Augustin répond que le Fils de Dieu est né, mais qu'il est né de toute éternité, et qu'il est dès-lors coéternel au Père , comme la splendeur qai est née du feu est en même temps que le feu , et elle lui serait coéternel le, si le feu était éternel.
« Tous les attributs de la Divinité (distinct. 19) conviennent également aux trois personnes, parce qu'elles n'ont qu'une et même essence. L'une n'est pas plus puissante que l'autre; le Fils est égal au Père, le Saint-Esprit égal an Père et au Fils. •
Le troisième Livre des Sentences est employé en grande Eurtie p, traiter du mystère de rincarnation; Fauteur propose ce sujet et résout un grand nombre de questions :
« Ce n^est pas à la personne, mais à la nature humaine pie le Verbe s'est uni (liv. dist. 5, 6, 7.). » Telle est la doctrine et le langage des Pères et des conciles. « Jésus- Christ, (lit saint Augustin , est une personne de deux substances, parce qu'il est Dieu et homme ; il n'est pas une autre personne que celle qu'il était avant Tincarnation; mais étant auparavant la personne de Dieu , il a été fait aussi la personne de rhomme par Tincarnation ; non que ce soient deux ^^personnes, mais la même de Dieu et de Thomme.... Gomme
né du Père, il est le Verbe de Dieu ; comme né de la Vierge,
il est homme. La première naissance est avant tous les siè-
Ides; la seconde , dans le siècle. »
Etienne de Muret ^ instituteur de l^ordre de Grandmont,
Saint Etienne était natif delà Basse Auvergne, un peu '^ant le douzième siècle. En se consacrant entièrement à ^ieu, Etienne lit une profession de foi, que les annales ecclésiastiques ont conservée. En voici quelques passages : ^ Dieu tout puissant et miséricordieux (Mabill. , liv. 64), ^ restez toujours le même, vivez et régnez, un seul Dieu ^n trois personnes.... »
An 1170. — Théorien, — Conférences de Théorien avec les
Arméniens,
Les Arméniens n'admettaient pas les deux natures en Jésns-Christ. Théorien fut envoyé vers eux par Tempereur Gomnène, muni d'une lettre de ce prince, pour travaillera les ramener à la véritable croyance de TEglise au sujet de la
divinité de Jésas-Ghrist. Des conférences eurent lien; et, dès leur début , Tliéorien , qui parlait au nom de Femp^rear, déclara qu*il recevait le concile deNicée, celai de Gonstantinople et celui d'Ephèse, où Nestorius fut déposé; qn*il approuvait la doctrine de saint Athanase, de saint Grégoire-le- , Tliéologien, de saiot Basile-le-Graud, de saint Grégoire de l Nysse, de saint Jean-Giirysostôme , de saint Ephrem, de saint Cyrille d'Alexandrie , et de plusieurs autres (BibUoth. des Pèr., t. 22, p. 796.).
JSicétas de Constantinople.
Un prince d'Arménie, ayant répandu une lettre , dans hquelle il prenait la défense de Terreur d*Entychès, condamnée par le concile de Calcédoine, en 451 , Nicétas de Camtantiuople répondit à cette lettre. Le concile avait dit dans sa profession de foi , que Ton doit confesser un seul et mène Jésus-Christ, fils unique, Seigneur en deux natures, sans confusion , sans changement , sans division , sans séparation, etc.
Nicétas , dans son écrit, établit ces mêmes principes par plusieurs passages de FEcriture, où il est dit que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme \ qu'avant , comme depuis l'union des deux natures, il est éternel et de même essence qos le Père et le Saint-Esprit.
jri
An 1 180. — Arnaud j abbé de BonnevcU. ^ '
Arnaud a écrit un livre intitulé : Des œuvres cardinata de Jésus-Christ 11 les nomme cardinales^ parce que, dit-il, les mystères qui ont rapport à Jésus-Christ sont le fondement de la religion qu'il a établie. 1"'
On a du même auteur un Sermon sur la Passion^ qui est ^
une paraphrase du cantique d'Habacuc. On lui attriboe Boni
kx
t Livre des sept paroles de Jésus-Christ II le coinmenee ar rexplicatlon de ces paroles du Christ sur la croix : «Mon MfiiQ 1 mon Dieu ! pourquoi m avez-vous abandonné ? » et fi- IX en expliquant celles-ci : « Mon Père , je remets mon âme taire Yos mains. » Arnaud fait remarquer que ces manières Ib parler ne sont relatives qu'à Thumanité de Jésus-Christ , li non à sa divinité.
An 1227. — - Guillaume éP Auvergne , évéque de Paris,
Bans son Traité de la foi et de la loiy cet évéqae appelle
racines primitives de la foi , la croyance en Dieu et en
iTrinité des personnes en Dieu. li dit que le fondement de
loi est TËvangile. C'est la seule qui contienne les pré-
et les règles de la perfection. ( ch. t .) Chiillaume est auteur également d'un Traité des causes de fheamaiiony dans lequel il traite de tout ce qui a rapport 'h divinité de Jésus-Christ.
i An 1230. — Saint François d'Assises,
Nous ne pouvons nous empêcher de mentionner ici ce [li'on nomme les Stigmates de saint François , parce que ^ miracle prouve tout ce que peut une foi vive et un ardent Inour de la Divinité de Jésus-Christ. On lit dans la vie de « saint : ^ Un matin , vers l'époque de Texaltation de la ainte Croix , qui est le quatorzième de septembre, comme il iriait sur le penchant de la montagne , il vit un séraphin lyant six ailes ardentes et lumineuses , qui descendait du laut du ciel d'un vol rapide. Quand il fut proche, François rit entre ses ailes la figure d'un homme, ayant les mains et les pieds étendus et attachés à une croix. Deux ailes s'éievment in-dessus de sa tête, deux étaient étendues pour voler et leux couvraient son corps. Cette vision jeta le saint dans un
étonnement mervellleax ; il eut le cœur siJsi d'ane joie mêlée de tristesse , et il comprit qae ce n'était pas par le martyre corporel , mais par l'ardeur de la charité qu'il devait être transformé en la ressemblance de Jésas-Christ crucifié. La vision étant disparae, laissa sar son corps des marques mer- 1 veilleuses, car aussitôt commencèrent à paraître à ses mains et à ses pieds les marques des clous , comme il les avait m dans limage da crucifix. Ses mains et ses pieds paraissaient percés de clous dans le milieu ; les têtes des clous se voyaient f au-dessus des mains et au-dessus des pieds. Du côté droit * paraissait une cicatrice rouge comme d*un coup de lanee..... Les stigmates furent vus par plusieurs de ses confrères qri, bien que très dignes de foi par leur sainteté , raffirmëreit depuis par serment pour ôter tout prétexte de doute. Quelques cardinaux les virent par les rapports d'amitié qnlb avaient avec le saint homme. » Ils ont relevé les stigmates, dit saint Bonaventure, dans les proses, les hymnes et les antiennes qu'ils ont publiées en son honneur, et ont rendu témoignage de ce miracle de vive voix et par écrit. Et il ajoute: « à sa mort plus de cinquante frères les virent. » ( Alb. Uv. 2. ch. 2. — Fleur, tom. 6. p. 188-184. Nouv. édit.)
Saint Thomas. — An 1240.
Saint Thomas refusa Tarchevêché de Naples que le paye Clément lY lui avait proposé. Ce fut sous ce 'pontificat qn le saint docteur écrivit la Somme de théologie qu'il dititt en tro's parties : la première, où il traite de la nature di Dieu et des créatures ; dans la seconde , il traite de la morale; la troisième partie de tout l'ouvrage contient le traité de lia* carnation et celui des sacrements. (BoUand. tom. 6.)p* 675.)
DE JÉSUS-CHRIST. Sy7
Gratien, moine bénédictin.
\en est auteur d^une Collection des canons^ ou Dé» i^oici un passage remarquable de son Traité de la Con*
on : a Lorsque le prêtre est au moment de consa*
véritable sacrement, il n'emploie plus ses propres pail se sert de celles de Jésus- Christ. C'est donc la pa- ) Jésus-Christ qui fait ce sacrement. Mais qu'elle est )aroIe? celle par qui toutes choses ont été faites, le ur a commandé et le ciel a été fait ; le Seigneur a comet la terre a été faite. S'il y a tant de force dans sa ) que par elle soient faites les choses qui n^étaient pas, forte raison peut-elle faire que celles qui étaient soient ïcs en d'autres , et que ce qui était pain avant la conon , soit corps de Jésus-Christ après la consécration ; {ue la parole de Jésus-Christ change la créature. (Gra- )e la Conséc. distinct , 2 , ch. 55. )
1360. — Gerson.
is ne devons pas omettre de faire mention, dans cet ou« du célèbre auteur de Y Imitation de Jésus-Christ^ du Gerson I Quel livre , en effet , après lEvangile , a )ntribué que celui de Gerson à faire connaître au mon* lom et la divinité du Rédempteur du genre humain , D de Jésus-Christ ! « Ce livre , le plus beau qui soit ie la main d'un homme, puisque l'Evangile n'en pas, comme a dit Fonteuelle dans la Vie de Pierre ille^ son oncle , et à Toccasion de la traduction en vers mitatiouj par ce grand poète, it François de Sales , en parlant de la douceur et de ence que renferme ce livre sublime , fait la comparaii vante : « Vers les ile^s Chélidoines , il y a des fontai-
SKS LA DIVINITÉ
nés d*ean douce qui coulent au milieu de la mer , de même une douce piété peut aller à Dieu à travers les flots amen du siècle. »
Daos le chapitre 21^^ liv. 3, l'auteur, fatigué d« combats que lui livrent les misères humaines et ses tentations, se tourne vers Dieu et semble s'élever par Tamour josqo'at pied de son trône. Là , comme accablé par la splendeur di- J vine , il ne trouve plus , pour la qualifier , que ce mot inflnii L Vineffable^ lequel, après Thymne magnifique où il vksit L d'exalter rimmeusité de Dieu , est le seul mot possible. « Ineffable splendeur ! s'écrie-t-il , et les paroles lui manquent; il prie le Tout-puissant d'écouter son silence. » Uya là , dans ces trop courts moments , suivant rexpressiou de l'auteur, comme un avant-goût des joies indicibles dlu monde meilleur :
Ce séjour bienheureux de la cité céleste ,
Où de réternité le jour se manifeste ;
Jour que jamais n'offusque aucune obscurité ,
Jour qu'éclaire à jamais l'astre de vérité
Il luit, il luit déjà mais sa vive lumière
Aux seuls hôtes du ciel se fait voir tout entière : Tant que nous demeurons sur la terre exilés , Il n'en tombe sur nous que des rayons voilés; L'éloignement confond ou dissipe l'image De ce qui s'en échappe au travers d'un nuage.
( Traduction de P. GomeiUe. )
An 1600. — Luther,
Luther dit dans la préface de ses œuvres « qu'il avait été traîné par force dans le public , et jeté dans ces troubles plù* tôt par hasard qu'avec dessein. »
Il attendait ^disait-il^ avec respect lejugem^itde l'Eglise, jusqu'à déclarer en termes exprès que , s'il ne s'en tenait i
DE JÉSUS-CHRIST. a»9
détermination , il consentait d'être traité comme héfi^- !;liqae. (Bossnet. Histdes Variations^ tom. 1. p. 23.)
En 1518., il écrivait an pape : « Donnez la \ie ou la mort, ^pelez ou rappelez , approuvez ou réprouvez comme il vous plaira : J'écouterai votre voix comme celle de Jésus-Christ même. (Ibid.)
Dans le cours de la procédure, après quil eut été cité à BoBie, il appela du pape au concile ( 1518 ) ^ mais, dans son tête d*appel , il persista toujours à dire « qu'il ne préten: dalt ni douter de la primauté , ni de Tautorité du Saint- Siège , ni rien dire qui fût contraire à la puissance du pape bien avisé et bien instruit. » Le 3 mars 1519, il écrivait encore à Léon X : « qu'il ne prétendait en aucune sorte toucher à sa puissance ni à celle de TËglise romaine. » ( Luth, à Léon X.)
Dans sa nouvelle profession de foi , qu'il fit dans les articles de Smalcalde , lieu ordinaire des assemblées des luthériens , Luther rédigea aussi Tart. 6 , concernant le sacrement de Tautel : a Sur le sacrement de Tautel, dit-il , nous croycms que le pain et le vin sont le vrai corps et le vrai sang de notre Seigneur. »
Dans une autre lettre du 7 mars 1519, rapportée par Beausobre, (Tom. 1. , p. 161. ) il dit : « Très saint Père, je supplie votre Sainteté , qui a la douceur et la patience d'un père et d'un vicaire de Jésus-Christ , d'écouter favorablement les gémissements d une brebis dont elle est le pasteur. »
Mélancton, disciple de Luther,
On sait que ce fut Mélancton , disciple de Luther , qui fut chargé de la rédaction des articles de 1^ Confession d'Âugsbourg. Les démêlés qui suivirent firent éclater la guerre ciyile^ et Mélancton éprouva alors un chagrin extrême de tout ee qu'il avait fait.
aeo LÀ mviNiTÉ
Il exprimait ses sentiments sur la nécessité de reconnattre le pape et les évêqaes, lorsqu'il écrivait :
« S*il n'y avait point de tels évoques , il en faudrait
faire. La monarchie du pape servirait aussi beaucoup àeoii> server entre plusieurs nations le consentement dans la doctrine ; ainsi , on s'accorderait facilement sur la supériorité du pape, si on était d*accord sur tout le reste, et les rob |p pourraient eux-mêmes facilement modérer les entrqpriseï des papes sur le temporel de leur royaume. »
« Les sentiments qu'il avait , dit Bossuet ( Variai. , tom. 1. , p. 265. ), pour l'autorité de TEgiise étaient surprenants; car encore qu'à l'exe-nple des autres protestants , il ne voulût pas avouer l'infaillibilité de FEglise dans la dispute, de pear , disait-il , de donner aux hommes une trop forte prérogative, sa conviction intérieure le portait plus loin : Il répétait souvent que Jésus-Christ avait promis à son Eglise de la soutenir éternellement ; qu'il avait promis que son œuvre, c'est^ dire son Eglise , ne serait jamais dissipée, ni abolie; et qu'ainsi se fonder sur la foi de l'Eglise, c'était se fonder, non point sur les hommes , mais sur la promesse de Jésos- Christ lui-même. C'est ce qui lui faisait dire « que plutôt la terre s'ouvre sous mes pieds, qu'il m'arrive de m^éloignerdu sentiment de l'Eglise, dans laquelle Jésus-Christ règne; let ailleurs, il répétait souvent : « Que l'Eglise juge, jemesoomets au jugement de l'Eglise. » (Bossuet. Variât., liv. S., lettre 44. )
An 1553. — Grotius.
Ce grand homme, l'un des plus beaux génies de l'Europe, appliqua souvent son esprit à la contemplation et à la dé« monstration des vérités de la religion de Jésus-Christ.
L'ouvrage qu'il composa dans le silence de la prison où il avait été injustement jeté, est son grand Traité de la vérité
DE JÉSUShCHRIST. 261
de la religion chrétienne. Le premier chapitre du livre deuxième a pour sommaire :
ft Que le titre de véritable religion appartient à la religion durélienne de Jésus-Christ , auteur de cette religion. »
« Après avoir, ditGrotius, adressé mes prières à Jésus- Christ, afin d'obtenir de lui les secours dont j'ai besoin pour traiter dignement la matière que j'entreprends d'expliquer , je déclare le sujet de ce second livre. Mon dessein n'est pas d*y parler de tous les points de doctrine que la religion chrétienne enseigne ; je me borne à prouver que cette religion est très- véritable, qu'elle est certaine ; et voici comme je le prouve :
« On ne peut douter que Jésus de Nazareth n'ait vécu dans la Judée sous l'empire de Tibère; c'est la foi de tous U» Chrétiens ; et , quelque dispersés qu'ils soient , ils se réunissent tous en ce point. Les Juifs qui vivent aujourd'hui, cettx qui ont écrit depuis le règne de Tibère, sont d'accord avec nous sur cet article ; les païens même , je veux dire ceux qui ne sont ni Juifs, ni Chrétiens, comme Suétone, Tacite^ Pline le jeune, et beaucoup d'autres , rendent témoignage de la même vérité.
. « Quoiqu'il paraisse honteux de reconnaître pour Seigneur et pour maître un homme condamné à un supplice infâme , nous avouons que ce même Jésus a été attaché à une croix far l'ordre de Pilate, gouverneur de la Judée, les Juifs le
confessent comme nous
ff Cependant ce Jésus-Christ est adoré comme Dieu par toute la terre, ou peu s'en faut; nous ne suivons dans ce culte que l'exemple de nos pères. On l'a adoré, ce divin Sauveur, dès qu'il a été. C'était pour empêcher de le servir et de lui rendre le cuite qui lui est dû , que Néron , au rapport de Tacite et de plusieurs autres, persécutait les Chrétiens et les faisait mourir par divers supplices que sa cruauté inventait.
« On a compté y dès les premiers temps , au nombre des disciples de Jésus , des hommes d*an Jugement sain , d*ODe science consommée. Tels ont été Sergius , gonvemeur de Chypre, Denis larcopagiste, Polycarpe, Justin, Irénée, Âthénagore, Origène, Tertullien , Clément d'Alexandrie et beaucoup d'autres, sans parler de plusieurs Juifs. Qu'est-ce quia pu les porter à embrasser le parti d'un homme qui avait fini ses Jours sur une croix ? Ce n était sans doute ni l'amour des richesses temporelles, ni le désir des dignités , que la religion chrétienne ne pouvait donner ; non , c'est qu'ils avaient reconnu , après un examen sérieux , et tel que l'importance de Taffaire le demandait, que les miracles que Ton rapportait de Jésus étaient véritables. Ils ne pouvaient dout^, après toutes les preuves qu'ils en avaient , que ce liliérateor des nations n'eût réellement , par sa seule parole , guéri les maladies les plus désespérées ; qu'il n'eût rendu la vue à on aveugle né tel , multiplié plusieurs fois les pains pour en rassasier des milliers d'hommes, et enfin ressuscité des morts et fait plusieurs autres merveilles semblables. Cette preuve, fondée sur les témoignages que Ton rendait dès-tors à sa puissance, était si forte, que ni Celse, ni Julien, qui ont tâché dans leurs ouvrages d'opprimer la vraie religion sous leurs calomnies , n'ont pu s'empêcher d'avouer que Jésus-Christ a fait des miracles ; et les Juifs le disent ouvertement dans leur Talmud. Les attribuerait-on à quelque effet naturel ? Mais pourquoi donc les nomme-t-on prodiges? pourquoi les appelle-t-on miracles ? Guérir en un moment, en prononçant une seule parole, par un simple attouchement , les maux les plus incurables , je ne vois rien en cela de naturel...
a Concluons donc , et c'est aussi ce qu'en concluaient les Juifs , que ces choses étaient opérées par quelque vertu surnaturelle ; qu'elles avaient pour auteur quelque esprit bon ou mauvais. Or, l'on ne peut les attribuer aux mauvais esprits; nous en avons des preuves »
BË JÉSUS-CHRIST. 965
C'est ainsi que Grotias discate au sujet de la divinité de lésQS-Christ Dans le cliapitre suivant du même livre, il prouve, avec la même force de démonstration , que « la résurrection de Jésus-Christ est appuyée sur des témoignages authentiques. »
Après avoir établi la vérité de la résurrection de Jésus- Christ, Grotius exprime la conclusion suivante:
ï « Que si l'on peut croire que Jésus-Christ est ressuscité ; li lés témoignages qui nous l'assurent sont recevables ; si les preuves en sont si fortes, que le rabbin Béchaï en a été convaincu; avouons aussi que la nouvelle doctrine que Jésus- Christ est venu annoncer au monde est véritable; avouons, et pourquoi ne Ta vouerions-nous pas après ses disciples, lors- (pie des étrangers même le disent , qu'il avait été envoyé de iMea son père, et qu'il avait reçu de lui la doctrine qu'il pré-
[ chait.
« Encore cette réflexion : Jésus-Christ avait prédit avant sa mort par quel supplice il finirait sa vie ; il avait assuré qu'il sortirait vivant du tombeau. « Ce que je vous dis, a-t-il ajouté, n'arrivera que pour confirmer la vérité de mes paroles. » Si c'eût été là autant de mensonges, en vérité auraitil été de la sagesse .de Dieu et de sa Justice de combler de faveurs si rares un imposteur dont la séduction devenait une source intarissable d'erreurs?
An livre cinquième ( chap. 1), Grotius démontre que « Jésus-Christ n'est point le destructeur, mais le consommateur de la loi. »
An 1560. Bacon.
Outre plusieurs ouvrages sur plusieurs^suJets importants de la religion , produits par ce grand génie, on cite suriout de lui sa déclaration, connue sous le nom de Déclaration de foi de Bacon. Il s'exprime ainsi au sujet des trois personnes divines : « ( Confession qf faiih) Je crois que Dieu seul est
M4 là MTINITÉ
éternel. La natDre , la matière, les esprits , les essences, toul a commencé, excepté Dieu; et ee Dieu unique, toujours le même, qui de toute éternité est infiniment puissant, seul sage, seul bon dans sa nature , est aussi de toute éternité Père, Fils et Saint-Esprit en trois personnes.
« Je crois que Dieu est si saint, si pur, si jaloux, qu'il lui est impossible de se plaire dans aucune des créatures qui sont pourtant Touvrage de ses propres mains; qu'ainsi il n'esl ni ange, ni homme, ni monde, qui soit ou qui puisse être un seul moment agréable à ses yeux, qu'autant qu'il les envisage dans le Médiateur ; et voilà pourquoi , aux yeux de celui à qui toutes choses sont présentes , V Agneau dt Dieu a été immolé avant le. commencement du moncfo. Sans cette éternelle disposition de sa providence, il lui aurait étc impossible de s'abaisser à aucune œuvre de création , mais il aurait éternellement joui de la bienheureuse et indivisible société des trois personnes dans le sein de sa divinité.
« Je crois que, par un effet de sa bonté et de son amour infini et éternel. Dieu s'étant proposé de devenir créateur et de se communiquer jusqu'à un certain point à ses créatures, il détermina, dans son conseil éternel, qu'une personne de la Divinité serait unie à une nature créée et à un individu de cettenature. Ainsi, dans la personne du Médiateur, fut vraiment établie une sorte d'échelle, à la faveur de laquelle Dieu pût descendre jusqu'à ses créatures, et les créatun s pusseni remonter jusqu'à Dieu. Dans cet ordre de la providence. Dieu en considération du grand Médiateur, tournant ses regards el répandant ses faveurs sur ses créatures , quoique dans d« degrés et des mesures différents , trace un plan conformément aux dispositions de sa très-sainte et très-sacrée vo lonté , suivant lequel quel{|ues-unes de ses créatures se sou tiennent et conservent leur premier état de grâce ; d'autrei tombent et se relèvent ; d'autres enfin tombent et ne se relè vent point , et continuent cependant d'exister, quoique datt
DE JÉaJS-<:»RI$T. S6tf
état de oomiption , et toujours oligets de la colère di- Yiœ. C'est en Yue et soas TioflaeDce du Médiateur que s'opèrenJ; toutes «es choses, parce qu'il est comme le grand mystère, le centre parfait de toutes les voies de Dieu sur ses créatures, auquel servent et aboutissent toutes ses autres œuvres et toutes ses merveilles
« Je er(AH que la mort et le désordre sont entrés dans le noonde, comme une suite du péché de l'homme et un effet de la justice de Dieu ; que Timage de Dieu a été défigurée dans rhomme; que le ciel et la terre, qui avaient été faits pour l'image de Ihomme , ont été , par une suite de son péehé, assujétis eux-mêmes à la corruption; mais qu'aussitôt après que la parole de la loi de Dieu eut été frustrée de l'obéissance qui lui était due par la chute de Thomme , à Fiostant même se fit entendre ta grande parole de la promesse, que l'homme recouvrerait par la foi Tétat de justice dans lequel Dieu l'avait créé.
« Je crois qu'ainsi que la parole de la loi de Dieu durera éternellement , la parole de sa promesse aura aussi une durée éternelle ; mais que l'une et l'autre ont été manifestées en différentes manières, selon Tordre des temps. Car la loi a d'abord été manifestée dans ce reste de lumière naturelle , que la chute de l'homme n'a pas entièrement éteinte , et qui a été suffisante pour accuser les prévaricateurs. Moïse, dans ses écrits , en a donné une plus claire connaissance ; les prophètes ont ajouté encore à la clarté et à l'étendue de cette connaissance. Enfin , le Fils de Dieu , le prophète par excellence et le parfait interprète de la loi , nous l'a manifestée
dans toute sa perfection Cette même promesse, ou, si
Ton veut , cet évangile déjà clairement révélé et développé par les prophètes , l'a été bien plus pleinement encore par le Fils de Dieu lui-même, et enfin par l'Esprit saint, qui, jusqu'à la fin du monde , ne cessera point d'éclairer son Eglise.
â66 LA MVINITÉ
« Je crois qae, dans la plénitode des temps, conformé» ment à la promesse faite par Diea et confirmée avec serment, descendit d'une race choisie Jésas-Qirist, fil» unique de Dlen et sauyeor da monde, qui fut conçu par la puissance et par ropération dn Saint-Esprit , et prit corps dans le sein de la vierge Marie ; que non-seulement le Verbe prit chair ou fat uni à la chair, mais qu*il fut fait chair , quoique sans confusion de substance ou de nature ; qu'ainsi le fils étemel de Dieu et le fils à jamais béni de Marie était une seule personne et tellement une, que la bienheureuse Vierge peut être véritablement et catholiquement appelée Detpan^ mère de Dieu ; tellement une encore , qu'il n*y a pas d'unité dans toute la nature, non pas même celle du corps et de rame dans rhomme , qui soit aussi parfaite , parce que les trois célestes unités , dont celle-ci est la seconde, surpassent toutes les unités naturelles. J'entends par les trois célestes unités, l'unité des trois personnes de Dieu, l'unité de Dieu et de l'homme dans le Christ , Tunité du Christ et de l'ËgHae. La première est céleste sans doute, et j'appelle célestes ces deux dernières, parce que l'Esprit saint en est l'auteur; c'est par son opération que le Christ a été incamé et vivifié dans la chair, et c'est par l'opération du même Esprit que l'honmie a été régénéré et vivifié dans l'Esprit.
« Je crois que le Seigneur Jésus est devenu dans sa chair le prêtre et la victime pour le péché, la satisfaction et la rançon qu'exigeait la justice de Dieu , le vainqueur à qui sont dus la gloire et le royaume, le modèle de la sainteté , le prédicateur de la parole , qui était lui-même le terme qui a rempli le sens et la fin de toutes les cérémonies ; la pierre angulaire de tout l'édifice qui réunit les (rentils et les Juife; le perpétuel intercesseur pour TEglise, le maître de la nature dans ses miracles , le triomphateur de la mort et de la puissance des ténèbres dans sa résurrection. Je crois de plus qu'il a exécuté tous les desseins pris dans le conseil de Dieu,
rempli l*of&ce sacré pour lequel il avait été oint et envoyé sur la terre, accompli Tœuvre de la rédemption dePhomme, rétabli l'homme dans un état supérieur à celui des anges, auxquels il était inférieur dans le premier état de sa création ; je crois enfin qu'il a réconcilié le ciel avec la terre, et établi toutes choses, conformément à réterneile volonté de Bleu.
« Je crois que le Seigneur Jésus, dans le temps, est né sous le règne d'Hérode ; qu'il a souffert sous le gouvernenement de Ponce-Pilate, président pour les Romains dans la Judée , et sous le pontificat de Gaïphe ; qu'il fut trahi par Judas, un de ses douze apôtres, et crucifié à Jérusalem; qu'après une mort véritable, et après que son corps eut été enseveli dans un sépulcre, le troisième jour, il rompit lui-même les liens de la mort, et se leva du tombeau, apparaissant à plusieurs témoins d*élite pendant plusieurs jours ; et qu'à la fin de ces mêmes jours ,en présence de ses apôtres , il monta dans les cieux, où il continue d'intercéder pour nous; et qu'il en redescendra au temps marqué dans les décrets de la Providence, avec tout i'éclat de sa gloire, pour juger l'unîvere.
« Je crois que les souffrances et les mérites de Jésus- Christ, quoique suffisants en eux-mêmes pour effacer les péchés du monde entier, ne sont cependant efficaces que pour ceux seulement qui sont régénérés par l'Esprit saint; Esprit qui souffle où il lui plaît par une pure grâce ; et cette grâce vivifie l'esprit de l'homme , le constitue enfant de Dieu et membre du Christ, en sorte que le Christ étant revêtu de la chair de l'homme, et l'homme étant revêtu de l'esprit de Jésus-Christ, il se forme par là une imputation réciproque en vertu de laquelle la colère et le péché sont transportés de l'homme au Christ, et le mérite et la vie sont transportés du Christ à Thommc. Cette semence de l'Esprit saint, cette grâce trace en nous , par la foi vive, l'image de Jésus-Christ
aS8 LA DIVINITÉ mort et crneiflé , et y rétablit dans limage de Dieo , à laquelle nous avons été créés , les'traits de sainteté et de charité que le péché avait effacés
« Je crois qu'il y a une Eglise de D eu universelle, catholique, répandue sur toute la surface de la terre , qui est Tépouse et le corps du Christ, composée des Pères de Tanden monde, de TEglise des Juifs, des fidèles trépassés et des fidèles vivants »
Bacon a composé plusieurs prières, qui sont consignées dans ses ouvrages. Dans la première on lit ces mots : » Je confesse devant vous que je suis comptable à votre Justice des talents que vous avez bien voulu me confier. Je ne les ai point, il est vrai, cachés, à l'exemple du serviteur paresseux de TEvangile , mais je ne les ai point fait valoir aussi avantageusement que je pouvais et devais le faire ; Je les ai même dépensés en choses qui me convenaient le moins , en sorte que je peux dire avec vérité : « Mon âme a été pour moi une étrangère pendaut mon pèlerinage (p. 119., ch. 6). Seigneur, ayez pitié de moi pour Tamour de votre Fils, mon sauveur; recevez-moi dès à présent dans votre sein ; ou , si vous prolongez mon pèlerinage sur la terre, daignez m'accompagner et me diriger dans toutes mes voies. »
Autre prière de Bacon.
« Dieu éternel , notre très-miséricordieux père en Jésus-Christ, daignez aujourd'hui et toujours accueillir favorablement les paroles de nos bouches et les sentiments de nos cœurs; puissent-ils toujours être agréables à vos yeux
« Seigneur, vous nous avez formés dans le sein de nos mères ; votre providence nous a conservés jusqu'à ce moment ; n'arrêtez pas le cours de vos bontés et de vos miséricordes sur nous. Seigneur, ayez pitié de nous pour l'amour de Jésus-Christ, votre fils bien-aimé, qui est la vaie^ la vérité et la vie (Jean , 14, 6.) ; c'est par lui que nous appelons de votre justice à votre miséricorde
D£ JÉSUS-CHRIST. â69
« Augmentez et affermissez en nous la foi ; faites que dans la suite elle porte chaque Jour les véritables fruits d'un sincère repentir ; que, par les mérites de la mort de notre Seigneur Jésus-Glirist , nous mourions tous les jours au péché, et que, parla grâce de sa résurrection, nous ressuscitions et nous vivions d'une vie nouvelle »
An 1624. — Pélisson.
Félisson , qui joue un rôle assez remarquable dans les affaires de son temps , fut de l'Académie Française. Il a laissé un assez grand nombre d'écrits parmi lesquels on remarque son Traité sur V Eucharistie et ses Réflexions sur les difficultés en, matière de religion.
11 dit, dans le premier de ces deux ouvrages, qui se rattache naturellement à notre sujet de la Divinité de Jésus- Christ : « L'Eglise reconnaît dans TEucharistie plusieurs figures; figures en ce qui parait, réalité en ce qui ne parait pas; figures, qui, bien loin d'exclure la réalité, nous en avertissent et nous en assurent : comm^ si sur Turne d'or où la manne était renfermée , le savant burin de Bézébel eut gravé la manne tombant du ciel , il n'eut pas voulu dire aux Israélites : la manne n'est point ici , mais au contraire y ici se conserve un reste miraculeux de ce pain des anges que vos pères ont mangé. En ce sens , précisément , TEucharistie est au dehors la figure du corps et du sang de notre Seigneur
« Nos cérémonies les plus anciennes dans la célébration de ce mystère nous figurent non-seulement la mort, mais la résurrection et l'ascension de notre Seigneur; la possession, que nous avons pour quelques moments de notre Seigneur lui-même , nous figure cette possession éternelle que nous en aurons un jour dans le Ciel où il sera toutes choses en tous. Voilà qu'elle est au vrai la croyance catholique »
Et plus loin , il dit :
« Foar bien juger de la possibilité oa de Timpostibilitéen choses merveilleuses et extraordinaires, il est boa de faire trois observations importantes :
1^. Croire n'est pas imaginer. Nous croyons en Diea en tous lieux et tout entier , sans qu'il occupe aueon lien; mais nous ne Fimaginons pas, parce que nous n'avons jamais rien vu de semblable. Nous pourrions croire de même des légions d'anges en un très petit espace , sans nous en former aucune image. Ainsi, pour les choses que l'œil n'a point vues, que Toreille n'a point entendues, comme parle l'apôtre, et en tous les mystères de la religion , si nous ne voulons nous tromper, il ne faut pas appeler notre imagination au eimseii^ elles passent sa portée aussi bien que celle de nos sens.
2"" Croire n'est pas comprendre; c'est recevoir par une autorité supérieure ce que l'on ne comprend pas, et se persuader seulement qu'il est possible , tant par cette aotorité supérieure qui nous l'ordonne, que par la comparaison que nous faisons de cette merveille avec d'autres dont nous ne pouvons douter.
3^ Dieu peut faire tout ce qu'il peut vouloir. Vouloir et faire sont pour lui la même chose; comme il a tout créé, il peut tout anéantir et tout changer. Il est vrai seulement qu'y ne saurait se changer lui-même. Mais il nous est toijjours difficile de connaître cette sorte d'impossibilité qui serait une contradiction formelle dans la volonté de Dieu , parce que cela est de l'essence d'une chose qu'il veut, et fait une partie nécessaire de son être »
« Ce que l'Eglise croit de rEucharistie est ce qu'elle en a cru de tout temps : qu'il y a en cet auguste sacrement quelque chose de céleste et de terrestre. Ce qu'il y a de terrestre est ce qui touche nos sens ; ce qu'il y a de céleste est ce que la seule foi y découvre , mais qui ne laisse pas d'y éti^ aussi véritablement et aussi réellement que ce que nos sens y ont
DE ^SUS-CHRIST. STi
trouvé La doctrine de l'Eglise est toujours la même,
soit qu'on l'exprime en <;ertains termes naturels, dont le siens n'est pas douteux , soit qu'on la développe et qu'on retende davantage par d'autres termes non douteux quand l'erreur a voulu élever des doutes sur les premiers »
« Ëutiehius , patriarche de Gonstantinople, que l'histoire nomme une grande lumière de TEglise, se servait pour exprimer cette présence multipliée du corps de Jésus-Christ , de deux comparaisons : l'une, du cachet, un en lui-même et multiplié par une infiuité d'empreintes dont chacune contient autant que lui ; l'autre, de la voix humaine , une en la bouche de celui qui parle, multipliée et toujours la même dans les oreilles d'un peuple infini qui l'écoute. Ces comparaisons sont , à la vérité , imparfaites ; mais , outre que toutes les comparaisons le doivent être , n'étant que comparaisons et non pas exemples et identités , selon le langage de l'école , il faut ajouter que les merveilles de la nature ne peuvent être qu'une image très faible et très imparfaite des merveilles au-dessus de la nature. Les premiers chrétiens n'ont pas laissé d'aider et de soutenir leur fol par des comparaisons aussi imparfaites sur la sainte Trinité, plus utiles à la faiblesse de l'homme, que propres à exprimer la grandeur et la msjestéde Dieu
« Si quelqu'un , comme disait saint Thomas, parlant à un aveugle-né , lui disait : « Le sens de la vue que nous avons et qui vous manque , ne nous découvre pas seulement de fort loin les objets que vous ne pouvez découvrir que de fort près et en les touchant, il nous découvre de plus une merveille qui vous est inconnue : c'est qu'encore que chacun de nous ait une présence unique dans le lieu qu'il occupe , ne pouvant jamais être présent en un autre lieu en même temps et de la même sorte, il a néanmoins ou peut avoir une présence multipliée en cinquante miroirs qu'on pourra lui présenter , et même en cinquante pièces de chacun de ces cinquante mi-
roirs mis en pièees, aussi présent en la plas petite qu'en la pins grande. Ce même sens de la vue nous apprend aossi qae tous les autres corps du monde ont de même, avec leur présence unique , une présence multipliée qni dépend de leur présence unique ; et cette présence multipliée s'appelle corn* munément image, mais n'est pas une imagination eommo celle que vous pouvez vous former dans votre esprit
« L'aveugle-né , à qui on tiendrait pour la^remière IMs ce discours ; n*y comprendrait rien. Nous sommes pis qu'a* veugles-nés dans les mystères du Ciel. Mais, quand Je trouve en moi-même et en tous les aytres corps du monde une don* ble sorte de présence , dont 1 une dépend de l'autre, la première, unique, la seconde, multipliée à Tinfini, d*nne manière véritable, réelle, même corporelle, si claire à nos yeux , si obscure à notre raison , que les pins grands hommes, en ces sortes de cboses, après toutes leurs recherches, ne savent presque pas où ils en sont , aurais-Je i'audaoe de prononcer hardiment qu*il n'est pas possible à celui qui peut tout et qui fait tout, de multiplier d'une manière tonte sa^ naturelle et divine, non le corps unique de Notre-Seigneur, ni la présence unique, corporelle, visible, mais nue autre sorte de présence sacramentelle , spirituelle , etc.
« Le dogme de TEglise catholique a pour lui les paroles littérales de l'Ecriture. La preuve s*en tire : 1^ Du cons^teroent et de Tuniformité de langage des quatre évangélistes à rapprocher les paroles divines de l'institution : ceci est mon corps, sans changement, sans variété, sans commentaire, sans explication, quoique partout ailleurs ils en usent autrement , et qu'ici l'explication fût plus nécessaire que partout ailleurs. Trois évangélistes, saint Matthieu, saint Marc et saint Luc , rapportent les propres paroles de Notre-Seignear en instituant l'Eucharistie : ceci est mon corps. Saint Jean ne les a point données , mais il a rapporté celles de Notre-Seigneur à ses disciples comme pour leur annoncer et leur pro-
mettre ee mystère. Mais ce n'était pas assez do témoignage de ces quatre écrivains; voici an cinquième évangéliste, venu exprès, pour ainsi dire, puisqu'il ne rapporte dans tous ses écrits nuile autre action de notre Seigneur que celle-là ^ c'est saint Paul dont nous parlons. Il ne nous dit point ce que ies apôtres lui ont dit; il va au-devant de cette pensée : « J'ai appris du Seigneur, dit il , ce qu'aussi je vous ai enseigné, c'est que le Seigneur Jésus, ia nuit même qu'il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâce, le rompit, et dit à ses disciples : « Prenez, mangez, ceci est mon corps I... » Serait-ce sans dessein et par hasard que l'institution de i*£ucliaristie n'a pas seulement quatre évangélistes, mais cinq, ce qui n'est arrivé à aucune autre de ses actions? Il faut de nécessité qu'il y ait là-dedans quelque raison divine et importante. C'était un miracle au dessus des sens, qui devait avoir lieu tous les jours dans l'Eglise chrétienne
Mais que dire de cette religieuse exactitude avec laquelle ces historiens rapportent les paroles divines sans en omettre un iota : ceci est mon corps? eux qui , partout ailleurs, varient entre eux , quant aux expressions dont ils se servent.
Dans le sixième chapitre de saint Jean , l'Eucharistie est promise, prédite et annoncée, et le long entretien de Jésus- Christ avec ses disciples , aussi bien que la conclusion , prouvent fortement la présence réelle , surtout si l'on y joint les paroles de la promesse aux paroles de l'accomplissement. Dans cet entretien , l'Eucharistie est promise et annoncée par ces mots : Je donnerai ma chair à manger et mon sang à boire. Dans la réalité elles sont une même chose avec cellesci : Prenez et mangez , ceci est mon sang ; buvez en tous. L'une est le projet, l'autre , l'exécution ; l'une est la promesse, l'autre, son accomplissement
Jésus-Christ le dit en termes exprès ; il le répète à plusieurs reprises : plus on lui oppose d'impossibilités , plus il persiste à dire que la chose est possible et qu'elle sera
iM LA DIVINITÉ
Sahit Paol nom parlera pour tous les antres apdtres; Il s^expliqoera clairemeDt pour le sens littéraj des paroles : ceci est mon corps; car, après les aYoSr rapportées, il y ajoute ce commentaire : « Cest pourquoi quîconqoe mangera ce pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneut. Que lliorome doit s'éprouYcr lui-même , et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de ce vin; car, quiconque en mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation , ne discernant pofait le corps du Seigneur; c'est par cette raison qu*il y en a parmi vous qui sont malades et languissants , et que plusleuis sont comme endormis » Ainsi, pour n^avoir point discerné , plusieurs sont malades ou languissent^ et plusieurs même dorment du sommeil de la mort. Il faut qu*il y ait quelque chose de bien grand , de bien réel , de bien divin en ce sacrement auguste qu'on a violé pour produire, auprès d'un Dieu si miséricordieux et dans son trône de grâce mêmC; un Jugement si terrible. »
An 1627. — BossueL
Nous sommes condamnés, par la nature même dé cet ouvrage , à ne consigner ici que quelques passages de ce célèbre orateur de l'Eglise; autrement, et en parlant de Bossuet,ii faudrait le citer tout entier.
Le chapitre 19 de son ouvrage intitulé : Démonstration de la vérité de la religion chrétienne^ a pour sujet Jésus- Christ et sa doctrine. On y lit cette belle description de la venue de Jésus-Christ sur la terre : « Conçu du Saint-Esprit, saint par sa naissance, seul digne de réparer le vice de la nôtre , il reçoit le nom de Sauveur , parce qu'il devait nous saaver de nos péchés. Aussitôt après sa naissance , une nouvelle étoile , figure de la lumière qu'il devait donner aux Gentils, se fait voir en Orient, et annonce au Sauveur, en»
core enfant, les prémices de la gentilité convertie. Un peu après ^ ce Seigneur tant désiré vient à son saint temple où Siméon le regarde , non-seulement comme la gloire d'Israël, mais eneore comme la lumière des nations infidèles. Quand le temps de prêcher son Evangile arriva, saint Jean-Baptiste, qui lui devait préparer les voies, appela tous les pécheurs à la pénitence , et fit retentir de ses cris tout le désert où il avait vécu dès ses premières années avec autant d'austérité que d'innocence. Le peuple , qui depuis cinq cents ans n'avait point vu de prophètes, reconnut ce nouvel Ëlie, tout prêt à le prendre pour le Sauveur^ tant sa sainteté parut admirable. Mais lui-même il montrait au peuple celui dont il était indigne de délier les sovliers. Enfin Jésus-Christ commence à prêcher son Evangile et à révéler les secrets quil voyait de toute éternité au sein de son père. Il pose les fondements de son Eglise par la vocation de douze pêcheurs , et met saint Pierre à la tête de tout le troupeau avec une prérorogative si manifeste que les évangélistes, qui, dans le dénombrement qu'ils font des apôtres , ne gardent aucun ordre certain , s'accordent à nommer saint Pierre avant tous les autres, comme le premier. Jésus-Christ parcourt toute la Judée qu'il remplit de ses bienfaits ; secourable aux malades, miséricordieux envers les pécheurs dont il se montre le vrai médecin par l'accès qu'il leur donne auprès de lui , faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n'avaient jamais paru qu'en sa. personne. 11 annonce de hauts mystères, mais ii les confirme par de grands miracles,- il commande de grandes vertus , mais il donne en même temps de grandes lumières , de grands exemples et de grandes grâces. C'est par là aussi qu'il paraît plein de grâûe et de vérité; et nous recevons tout de sa plénitude,,...., »
« Ses miracles sont d'un ordre particulier et d'un caractère nouveau. Ce ne sont point des signes dans le Ciel, tels que les Juifs les demandaient; il les fait presque tous sur les
hommes mêmes, et pour gnérir leurs Infirmités. Tous ces miracles tiennent plus de la bonté que de la puissance, et ne surprennent pas tant les spectateurs qu'ils les touchent dans le fond du cœur. Il les fait avec empire; les démons et les maladies obéissent à sa parole, les aveugles-nés reçoivent la vue , les morts sortent des tombeaux et les péchés sont remis. Le principe est en lui-même, il coule de source : « Je sens , dit-il , qu'une vertu est sortie de moi.... »
« Le Juste est condamné à mort ; le plus grand de tous les crimes donne lieu ai la plus parfaite obéissance qui fat jamais. Jésus , maître de sa vie et de toutes choses , s'abandonne volontairement à la fureur des méchants , et offre le sacrifice qui devait être Texpiation du genre humain. A la croix , il regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire; il l'achève et dit : Tout est consommé. A ce mot , tout change dans le monde : la loi cesse, les figures passent, les sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Gela fait, Jésus-Christ expire avec un grand cri : toute la terre s*émeut; le centurion qui le gardait, étonné d'une telle mort, s'écrie qu'il est vraiment le fils de Dieu , et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour il ressuscite; il parait aux siens qui l'avaient abandonné et qui s'obstinaient à ne pas croire sa résurrection. Ils le voient, ils lui parlent , ils le touchent , ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection , il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier et le voient tous ensemble ; il apparaît une fois à plas de cinq cents hommes assemblés
a Les promesses vont être accomplies, les prophéties vont avoir leurs derniers éclaircissements »
« Là sont expliqués les mystères qui étaient enveloppés et comme scellés dans les anciennes Ecritures. Nous entendons le secret de cette parole '.faisons l^ homme à noire
DE JÉSC^-CHRIST. 877
image ^ et la Trinité marquée dans la création de Fhomme est expressément déclarée dans sa régénération.
« Nous apprenons ce que c'est que cette sagesse conçue , selon Saiomon , avant tom les temps dans le sein de Dieu. Nous savons qui est celui que David a vu engendré avant Vaurore; et le nouveau Testament nous enseigne que c'est le Verbe, la parole intérieure de Dieu et la pensée étemelle, qui est toujours dans son sein et par qui toutes choses ont été faites.
« Par là nous répondons à la mystérieuse question qui est proposée dans les proverbes : « Dites-moi le nom de Dieu et le nom de son 'fils, si vous le savez ? » Car nous savons que ce nom de Dieu , si mystérieux et si caché , est le nom de Père , ent^du en ce sens profond qui le fait concevoir dans rétemité Père d'un Fils égal à lui , et que le nom de son Fils est le nom de Verbe ; Verbe qu'il engendre éternellement en se contemplant lui-même, qui est l'expression parfaite de sa vérité, son image, son fils unique, Véclat de sa clarté et ^empreinte de sa substance.
« Ainsi le Père , le Fils et le Saint-Esprit , un seul Dieu en trois personnes, montré plus obscurément à nos Pères, est clairement révélé dans la nouvelle alliance
« C'était au fils unique , qui était dans le sein du Père , et qui , sans en sortir, venait à nous ] c'était à lui à nous découvrir pleinement ces admirables secrets de la nature divine que Moïse et les prophètes n'avaient qu'effleurés. »
An 1632. — Bourdaloue.
Tous les chrétiens de notre siècle connaissent les* écrits de celui qu'on a surnommé à juste titre le père de l'éloquence chrétienne. Voici , sur la Divinité de Jésus-Christ , un passage extrait de son célèbre discours sur Y Accord de la raU êon et de la foi, .1 I. i^
« Quand il n'y aurait, dit Bourdaloae, diantre témoignage ( en faveur de la religion chrétienne ) que celui des miracles de Jésus-Christ, ce serait une preuve plus que suffisante. Ce nouveau législateur parait sur la terre , il y prêche son Evangile, qui est la loi chrétienne, et, pour autoriser sa prédication , il se dit envoyé de Dieu ! Il est évident que si c^est Dleo qui l'envoie , et que ce soit an nom de Dieu qu'il parle, tout ce qu'il enseigne est vrai , et que nous sommes obligés de souscrire à sa doctrine. Car il ne faudrait pas avoir la moindre notion de Dieu pour se persuader qu'il. pût attester le mensonge et le confirmer.
« Ce qui reste donc à Jésus-Christ , c'est de prouver sa mission; mais comment l'entreprend-il? Par les miracles qu'il opère. « Les choses que Je fais , dit-il , rendent témoignage de moi; si vous ne m'en croyez pas sur ma parole, croyez-en mes œuvres; » et il est encore certain qoecesceiivres miraculeuses étant au-dessus des forces delà nature et ne pouvant procéder que de la vertu d'en haut, si Jésus- Christ a fait réellement des miracles, surtout certains miracles, et qu'il les ait faits pour affirmer qu'il est le Messie, on ne peut plus lui contester cette qualité , ni douter qu'il ne soit venu de la part de Dieu. Autrement , Dieu serait Tau* teur de l'imposture , en lui communiquant un pouvoir dont il se serait prévalu pour tromper les peuples et abuser de leur crédulité.
Or , que Jésus-Christ ait fait des miracles, et des miracles de premier ordre , et des miracles en très grand nombre, et des miracles les plus éclatants , et des miracles dont la fin principale était de se faire connaître comme l'envoyé de Dieu ; qu'il ait chassé des corps les démons et délivré les possédés ; qu'il ait exercé sur les éléments un empire absolu et qu'ils aient obéi à sa voix ; qu'il ait commandé à la mer apaisé les flots, calmé les tempêtes; qu'il ait guéri toui sortes de maladies , rendu la vue aux aveugles , l'ouïe
sourds, rasage de la langue aux muets, le sentiment et le moavement aux paralytiques, la vie aux morts ; enfin que par le prodige lé plus singulier et le plus inouï, il se soit ressuscité lui-même après avoir été mis à mort et enfermé dans le tombeau, c'est de quoi une raison éclairée et dégagée de tout préjugé ne peut refuser de convenir.
Il n'y a qu'a considérer mûrement et par ordre toutes les circonstances dont ces faits se trouvent revêtus, leur variété, leur éclat , le temps , les occasions , les lieux , les campagnes, les places publiques où ils se sont passés , la multitude de gens qui en ont été spectateurs , ou qui y sur le récit qu'ils en entendaient, comme de miracles avérés et tout récents, embrassaient la foi et formaient ces troupes de chrétiens si célèbres par leur zèle et leur sainteté ; les qualités irréprochables des témoins qui les ont vus, qui les ont rapportés, qui les ont publiés jusqu'aux extrémités de la terre , qui les ont transmis à la postérité dans leurs évangiles , qui les ont soutenus sans se démentir jamais , et en ont défendu la vérité aux dépens de leur fortune, de leur repos, de leur vie; il n'y a, dis-je, qu'à faire une discussion exacte de chacun de ces points, et d'autres que je n'ajoute pas , il n'y a qu'à les bien peser, et on avouera que de tous les faits historiques, nuls ne sont plus solidement appuyés, ni plus à couvert «de la censure.
La raison a beau se récrier, cette raison également curieuse et présomptueuse, elle a beau demander : mais, qu'es^ ce que le mystère d'un Dieu en trois personnes, et de trois personnes dans un seul Dieu ? Mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu fait homme sans cesser d'être Dieu , mortel et im- ^mortel tout ensemble, passible et impassible, réunissant dans même personne toute la gloire de la divinité et toutes misères de notre humanité ? Mais qu'est-ce que le mystère ^nn Dieu-Homme , réellement présent sous les espèces du
in et du vin dans le sacrement de nos autels ? qu'est-ce que
tout le reste? là-deMUS la foi lai dit ce qae Dieu dit à la mer : ta viendras Josqae-Ià, mais c'est là même qae ta t'arrêteras; c'est là qae ta briseras tes flots, et qae ta abataseras les enflares de ton orgaeii
An 1 638. — Malebranehe.
La grande répatation de Malebranehe est fondée sor son oavrage de la Recherche de la vérité. Il donna de noavelles explications des doctrines contenues dans cet oavrage , par la publication de ses Entretiens sur la métaphysique eila religion; on lui doit de plus le Traité de famour de DieUf les Elévations et les Entretiens sur la mort.
Il parle ainsi de Jésus-Clirist dans une de ses élévations , ( De Vadoration en esprit et en vérité ) : « Je tire du pramier Adam , de i'iiomme terrestre , et ma naissance et cette concupiscence criminelle qui m'attache à la terre ; et Je dois recevoir du second Adam, de l'homme céleste, une nouvelle naissance et une sainte concupiscence qui m'élève vers le ciel : vous laissez en nous la première concupisceooe afin que la seconde la combatte et qu'elle en triomphe pour augmenter le mérite de vos saints et la gloire de votre Fils ; ( Ephes. 1-16) vous voulez que l'homme nouveau ( 2. Cor. 1. 3. 9.) sente toujours sa faiblesse et sa misère intérieure pour l'humilier devant vous , pour le lier plus étroitement à Jésus-Christ, au Sauveur des pécheurs, à celui dont il doit recevoir toiiU sa force et toute sa sainteté. Vous voulez que le Juste Id bas (Gai. 8, il ) vive de sa foi (Rom. â, 2, 18, 13), ooatent de ses espérances , et qu'il vous fasse cet honneur de le fier à vos promesses.... Vous voulez qu'il renonce àtooles choses et à lui-même; qu'il porte sa croix tous les jours 4b sa vie jusqu'à ce qu'il y soit attaché , et qu'il suive Jéso^
Christ , ce parfait modèle que vous lui avez donné
» Jésus, victime sacrifiée pour mes péchés ( Rom. 4, 35)9
■ et maintenant glorifiée peur ma justiHeation , rendez-moi itf léger le poids insupportable à la nature et que je dois porter
■ avec vous...
» Jésus , je ne puis rien sans vous , je mets en vous toute ma confiance 9 je ne puis sans vous rendre à Dieu mes devoirs, ni mériter sa bienveillance et ses faveurs. Ce n'est que par vous que les créatures peuvent avoir avec le créateur h quelque société et quelque rapport. Anathème donc (I. €op rinth. 16, 22) à quiconque n'aime pas le Seigneur Jésus, r mais anatbème éternel; il n*aura jamais de part à Théritage : du Seigneur (I. Jean. 3, 18), point de communion ayec Diea , point d'entrée dans la Jérusalem céleste. Chassé dehors (Jean. 3, 18 ) et précipité dans l'enfer^ il sentira éternellement les effets terribles de la vengeance divine. Jésus , Je me donne à vous. Sauveur des pécheurs (Matth. l» 21), ne m^abandonnez pas. »
An 1639. — Saint'RéaL
Saint-Réal est surtout connu par ses travaux historiques ; : mais il est, en outre, auteur d'une Vie de JésuS" Christ^ et d'un Traité de théologie.
Dans un des chapitres de ce dernier ouvrage intitulé : Méthode courte et aisée pour combattre ies Déistes , il débute ainsi : « Je vous plains, monsieur, d'être malheureusement Déiste. — Malheureusement , comme vous me faites l'honneur de me l'écrire, dans une société de personnes , qui tournent continuellement en ridicule les Saintes Ecritures, principalement tout ce qui concerne Moïse et Jésus- Christ , et qui , se piquant de raison et de bon sens , se moquent sans cesse de ce que nous appelons la révélation. La religion de Jésus-Christ, si on les en croit, n'est pas plus raisonnable que celle de Mahomet , et il n'y a pas plus de motifs pour croire en l'un que pour croire en l'autre. L»&
païens, disent-elles, les juifs , les mahométans, ont lenrs révélations comme les chrétiens ; des hommes fins et habiles onl d'abord imposé à des gens simples et crédules ; la séduction s'est communiquée à d'autres hommes aussi peu jodideux que les premiers.
« Je suppose d*abord , continue saint-Réal , que c'est proaver suffisamment la bonté des dogmes chrétiens , qoe de faire voir que les miracles attribués à Jésus-Christ dans FËvangile sont vrais. Il en est de même de ceux de Moïse : sW a M passer la mer Rouge à tout le peuple d'Israël , et «Il a opéré tous les autres prodiges exprimés dans l'Exode , il s'ensuit nécessairement qu'il a été renvoyé de Dieu. Il n'y a point de déiste qui pe s'y rendit, s'il voyait aujourd'hui tout cela de sei propres yeux. Il s'agit donc uniquement de prouver que eda s'est passé réellement comme il est raconté dans l'Ecriture.* Voici par quelle méthode saint-Réal annonce qa'il démontrera la réalité des faits miraculeux qu'il vient d'indiquer :
« 1^ J'établirai certaines règles, à l'aide desquelles il est impossible que des faits, qui leur sont conformes, puissent jamais être faux ; 2^ je ferai voir que les faits marqués dans l'Ecriture , qui concernent Moïse et Jésus-Christ , sont conformes à ces règles ; ce qui ne se rencontre ni pour les MU attribués à Mahomet, ni pour les fables du paganisme.
« l''^ règle. — Que les faits soient dételle nature, qalis puissent aisément tomber sous les sens , et que les yeux et ki oreilles en puissent être les juges.
« 2^ règle. — Que ces faits soient publics ,ct qu'une grande multitude d'hommes attentifs en soient témoins*
« 3^ règle. — Que non-seulement il se conserve des momh ments publics en mémoire de ces faits, mais encore quil es résulte des devoirs à remplir.
« 4® règle. — Que ces monuments aient été dressés , et que les devoirs aient été imposés et commencés à être necom^ dès le temps même que ces faits sont arrivés...
DE JÉSUS-CHRIST. fi8
» Il 8*agit donc de faire voir que les faits qui conoement Moïse et Jésus-Christ , et qui sont contenus dans FËcriture , sont conformes aux règles que J'ai établies ci-dessus comme des marques infaillibles de la vérité d'un fait; qu'aucune de ces marques ne se trouve dans les faits attribués à Mahomet ou aux dieux du paganisme, et que Jamais aucune imposture ne peut être revêtue des mêmes preuves. »
Après avoir appliqué aux faits qui concernent Moïse les règles4e certitude qu'il vient de poser, saint- Real dit en parlant des faits qui concernent le Christ : « Ce que j'ai dit de Moïse et de ses livres , peut , de toute manière, s'appliquer à Jésus- Christ, notre Sauveur et à son Evangile. »
U y est marqué que ses œuvres et ses miracles ont été faits publiquement et en présence de tout le monde, comme il le dit lui-même à ses accusateurs : « J'ai parlé publiquement à tout le monde , J'ai toujours enseigné dans la synagogue, et dans le temple où tous les Juifs s'assemblent, et Je n'ai rien dit en secret. » Dans les Actes des apôtres , il est marqué que tantôt trois mille hommes et tantôt cinq mille personnes se convertirent , frappés de ce qu'ils avaient vu de leurs propres yeux , et de ce qui s'était passé en public. Voilà donc les deux premières règles observées , puisque les faits dont il s'agit ont été pi]iblics , et que tout le monde en a pu Juger par ses propres yeux.
« Voyons maintenant s'ils ont été conformes aux dernières règles que J'ai encore exigées pour la certitude. Le Baptême et l'Eucharistie sont deux cérémonies qui nous restent , et qui ont été instituées par Jésus-Christ même dans le temps qu'il opérait toutes ses merveilles, et qu'il instruisait les Juifs de sa doctrine. Or, ces deux cérémonies ont été observées , sans aucune interruption , dans tons les siècles écoulés depuis la naissance du christianisme , et parmi toutes les nations chrétiennes. Jésus-Christ a ordonné à ses apôtres et à tous les autres ministres de son Evangile d'en enseigner l'observation.,
d*administrer eux-mêmes ces sacrements , et de prendre en mnin le gouvernement de son Eglise , et cela jusqu'à la fin des siècles. Ils l'ont gouvernée en effet jusqu'à ce Jour, par une succession non interrompue, et la gouverneront ainsi toujours, tant que le monde durera; en sorte que le clergé chrétien est une matière de fait aussi notoire et aussi publie que la tribu de Lévi Tétait chez le peuple Juif. D'ailleurs, l'Kvangiie est la loi des chrétiens , comme les livres de Mo!se étaient la loi des Juifs ; et comme cet ordre d'hommes destinés par Jésus-Christ même à prêcher la foi et à admmistr«r les sacrements Jusqu'à la fin du monde, fait partie des faits contenus dans l'Evangile, il s'ensuit éyidemment que, d l*Evnngile était une fable inventée dans quelque siècle postérieur à celui de Jésus-Christ, il n'y aurait pas en dans le temps de rinyention de cette fable un clergé déjà subsistant et tirant son origine de l'institution de Jésus-Christ ; mais en co cas , Thistoire aurait été aussitôt rg'etée, et l'ETangile aurait été regardé comme un livre rempli de faussetés , puisque, avant la publication de ce livre, il n'y aurait eu ni ministi^ro« ni cérémonies, ni sacrements. Ces monuments de riiistoire do lEvangile prouvent donc que cette histoire est plus ancienne qu eux, c'est-à-dire que les faits sur lesquels ils SH>nt fondes, sont des faits réels, et qu'il y a eu un Jésus- ("hrist qui a prêché une doctrine, a formé des disciples, a otnhii une Kglise^ monument éternel delà vérité des miracles. <v Los faits qui concernent Mahomet on les dieux du paganisme « no $4>nt conformes à aucune des quatre règles que jM donnéos. O^^^^t à Mahomet « il n*a jamais prétendu opéivr aucun miraclo . et il le déclare lui-même dans son Alcor,in « oh,ipitro 6. Ceux qu'on lui attribue passent chez les mnh^M^^otAns même^ pour des fables, et les phis savants <i Vntro ou\ lo$ rejettent « à peu près comme les savants théo- ItV^ions n'^iHitt^t «ocune foi àcertaiiis miracles contenus
« Vous pouves défier tous les déistes du monde de montirer, par rapport à quelque fable que ce soit , l'observation de ces quatre règles ; et pour reprendre en peu de mots ce que j'ai dit, je soutiet^^ que Thistoire de TExode et celle de rËYangile n'auraient jamais eu de cours si elles eussent été fausses : parceque Finstitution du sacerdoce des Juifs et de <5^ui des Qurétiens, du Sabbat, de la Pâque, de la Circoncision, du Baptême et de TEucharistie, y est racontée comme une diose établie dès-lors, laquelle a subsisté depuis sans interruption. Il était absolument impossible de faire accroire à des hommes qu'ils avaient été circoncis et baptisés , qu'ils avaient circoncis et baptisé leurs enfants , qu'ils avaient célébré la Pàque et observé le jour du Sabbat , qu'ils avaient reçu des sacrements par le ministère d'un certain ordre de prêtres, etc. si en effet ils n'avaient jamais rien pratiqué de tout cela. Comment aurait-on pu leur faire croire qu'ils avaient traversé la mer rouge à pied sec ; qu'ils avaient vu un mort ressuscité ? Cependant, sans avoir cru tout cela, il est imposable que les livres de Mo'ise ou que rEvangile aient été reçus comme véritables. »
Il y a un genre de preuves supérieure encore à celle qui se tire du témoignage des sens ; cette preuve d'après les paroles même de l'apôtre saiut Pierre que cite Saint- Real , est . l'accomplissement de toutes les prophéties depuis le commenoemeat du monde.
' « On peut, dit-il , disputer sur les preuves tirées du témoignage des sens , en y soupçonnant de la supercherie ou de l'illusion; mais peut-on suspecter des prédictions faites depuis le commencement du monde par les différents prophètes et en différents siècles ? Les déistes ne peuvent nier que ce livre, que nous appelons l'ancien Testament, ne fût entre les mains des Juifs, longtemps avant la naissance de Jésus- Christ. Or, s'ils veulent comparer les prophéties qui regardent le Messie avec toutes les circonstances de la personne^
de la naissance, de la vie, de la mort, de la résQireistkm el de l'ascension de Jésus-Christ , ils y trouveront cette démonstration que saint Pierre appelle la lampe qui Imi éam un lieu obscur. »
e Ces prophéties sont d'une si grande autorité, que ce sont elles qui , par le faux sens que les Juifis \eat donnent, les empêchent d'embrasser la foi chrétienne. Ils ne peuvent nier que ce que TEvangile raconte de Jésus-Christ ne soltmimenleux , supposé que cela soit vrai ; mais d'un autre côté on les force de convenir qu'aucun de ces faits n'est supposé. Cependant ils ne se rendent point pour cela. Ils attendent un Me»^ sic qui rebâtisse la ville de Jérusalem , et procure à la nation un état florissant et glorieux , dont il est si souTcnt parlé dans les livres de Moïse, dans les psaumes et dans les pro« phètes. Nous prions Dieu pour la conversion de ce peuple; Dieu l'a conservé d*une manière miraculeuse, pour Taccomplissement des prophéties. Comme cette nation est la plus ancienne, lorsqu'elle aura reconnu Jésus-Christ, comme cela doit arriver , alors l'Eglise judaïque deviendra la mère de toutes les Eglises , comme elle l'est dans son origine. »
An 1640. — Fleury.
Parmi les ouvrages de l'abbé Fleury, qui ont obtenu beaucoup de succès , il faut mettre au premier rang son HMoin ecclésiastique.
Dans le Premier discours , ( chap. 1 2 ) servant de Prifate à P Histoire ecclésiastique^ nous trouvons ce passage remarquable au sujet de Jésus-Christ et de son incarnation : « La Trinité, bien prouvée, emporte la preuve de l'incamatioa contre Ebion, Paul de Samosate et les autres, qui ne reconnaissent en Jésus-Christ qu'un pur homme. Pour ceux qui le reconnaissaient homme , étant certain par la doctrine de la Trinité qu'il est Dieu, il n'y avait qu*à montrer que pour
; Être Diea , il n^eii était pas moins homme ; et c*est ce qae les
lères ont prouvé contre Apollinaire , qui voulait que le Verbe
ihin lui tint iieu d'âme raisonnable. En combattant cette
kérésie, Nestorius et quelques autres avaient donné dans
Texcès opposé : Divisant le Dieu d'avec Tliomme, et soute-
liDt que le Fils de Marie n'était que le temple de la divinité
'et uo par homme, ce qui revenait à Terreur de Paul de Sa-
mosate. On a donc montré contre Nestorius , que le même
M Dien et homme ^et que Jésus Christ est une seule personne
BU deux natures, sans confusion, contre Thérésie d'Ëutychès.
ViAlh les deux mystères, sans la foi desquels on ne peut être
idurétien, puisque tout chrétien fait profession d'adorer
lésus-Ghrist, et qu'il n'est permis d'adorer ni une créature,
Bl un antre dieu que le seul Tout-Puissant. Il faut renoncer
à Tadoration de Jésus-Christ , et par conséquent au nom de
chrétien, ou savoir qui est Jésus-Christ, et à quel titre on
-Tadore.
La doctrine de la grâce est une conséquence de celle de nncamation. Le Fils de Dieu s'est fait homme pour notre talut; mais s'il ne Ta procuré que par son exemple, il n'a rien fait que n'ràt pu faire un pur homme, tel que Moïse et les prophètes. Or, Jésus-Christ a fait plus : il nous a mérité, par ion sang, la rémission de nos péchés; il nous a envoyé le Saint-Esprit, pour nous délivrer et nous donner son amour^ (|Qi nous fait accomplir ses commandements , en surmontant la résistance de notre nature corrompue. C'est ce que saint Paul a si bien enseigné, et saint Augustin si bien soutenu eootre les pélagiens, qui donnaient tout aux forces naturelles do libre arbitre...
Tous les Pères ont pensé de la même manière, en ce qui regarde l'importance de la prière, ils en ont usé de même à l'égard de tous les mystères, et ont employé les pratiques innombrables de l'Eglise, commue des preuves sensibles de sa .créance. Ils ont prouvé la Trinité par la forme du baptême,
SM LA DIVORTÉ
où les trois peraofiMS divines sont invoquées égale» ils ont insisté sur les trois immersions qui se pratiq alors comme one preuve de la âistîneti<m des persimi ont tiré de rEucharistie une {Nrenve de rincamation qu'il ne servait à rien de recevoir la chair d'un p«r lu et qu1l ne serait pas permis de l'adorer.
An 1642. — Newton.
On a de ce grand homme des Observations sur A phéties de Daniel; an autre Traité des Preuves ckrw gués et historiques de la vérité des prophéties j où se une Dissertation sur la Date de la Passion de Jésusvérifiée par les preuves astronomiques.
« Des époques exactes, dit Newton dans ce demi vrage, de la Naissance et de la Passion de Jésas-€hrisl que d'autres détails purement chronologiques , furent dérés comme peu importants par les Chrétiens des pr âges. Ceux qui commencèrent à les célébrer les pis dans le calendrier d'après des calculs de mathématicien avec peu de soin. Il n'existe pas non plus de traditio certaine relativement aux premières années du Chris les hommes qui ont d'abord dirigé leurs rech^chesde c tels que Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullieu , l'Africain , Lactance, saint Jérôme, saint Augustin, { Sévère, Prosper et autres , qui placent la mort de Christ en Tannée 15 ou 16 du règne de Tibère, ont i qu'il n'avait prêché qu'un an ou deux tout au plus. A Ëusèbe, d'après quelques passages de TËvangile de Jean, a établi que Jésus-Christ prêcha durant trois demi , et qu'ainsi sa mort dut arriver dans la dix-nei année du règne de Tibère. D'autres ensuite ont ve placer dans la vingt-unième ou vingtième année même règne
ExiimiDODS les rapports dont la fidélité est évidente, et 96 eoncîIieDt entre eux. Ce sont les Evangiles de saint lieu et de saint Jean/ Nous y trouvons toutes choses en ordre, depuis le commencement des prédications de jusqu'à la mort de Jésus-Christ. Les années dont se ^ipose cette période de temps sont distinguées par desca- (ctères si frappants et si essentiels , qu'il est absolument ){K)ssible de les confondre. Ainsi le baptême de Jean ayant
lieu dans la quinzième année du règne de Tibère , lepoe de la passion de Jésus arrive dans la vingtième année
même règne, sous le consulat de Fabius (et de Yitellius , ns Tannée du Sabbat des Juifs , et dans la trente-quaème de l'âge de Jésus-Christ. En voici la preuve : « J'admets , comme résultat de computations astronomies , basées sur les usages des Juifs , que le jour de la Pasen doit être fixé au 14 du mois de Nisan. Ce jour, en Tane 31 de Jésus-Christ , correspond au 'mercredi 28 thon ;
Tannée 82 , au lundi 14 avril ; en Tannée 33 y au vcnedi 3 avril; en Tannée 34, au vendredi 23 avril,- en Binée 35, au mercredi 13 avril; et en Tannée 3G, au saedisimars.
Or, le 14 du mois de Nisnn tombe en pleine lune , et Ton lit que les Juifs employaient les calculs lunaires, comme «yen de déterminer les temps. A la vérité , Epîphane a ntesté la justesse de ce calcul ; mais Epîphane ne parlait ni Dmme astronome , ni comme rabbin ; il était également tranger à Tune et à Tautre science. Son opinion n'a donc Kane force ici. Les Juifs apportaient beaucoup de soin, au >&trairs, à calculer les phases de la lune ; leurs livres font i d'une tradition , suivant laquelle le sanhédrin expédiait r les montagnes ou lieux élevés des émissaires chargés observer le point d'opposition précis des nouvelles lunes ,
d'en faire le rapport
« Les dates historiques s'accordent ici parfaitement avec I. ir
les démonstrations d'astronomie ; car nous Toyons que I bère , au commencement de son règne, nomma Valérios Gn tus gouverneur de la Judée, et, après onze ans, lui substi tua Pontius Piiate , qu'il révoqua dix ans plus tard pou mettre Marcellus à sa place. Par suite de cette révocatioo, Piiate fut mandé à Rome; mais Tibère était mort quand! y arriva. Piiate fut donc révoqué avant l'année 36 , et II Passion de Jésus-Cbrist a eu lieu incontestablement avan cette date.
« Restent les années 33 et 34. J'exclus la première., con me ne pouvant s'accorder avec un calcul attentif des iA sons, et je ne trouve que l'année 34 qui soit parfaitem^t rapport avec les caractères de la Passion , de même qa'i les faits astronomiques et historiques qui eurent lieu à époque (Observ. sur les Prophét. de Daniel, ch. IL)**
Foi de Newton dans le jugement dernier et ravénemenHà
règne de Dieu. ,
Dans ses Observations sur V Apocalypse de saint Jea^ (ch. 2) , Newton s'exprime ainsi :
« L'Apocalypse de saint Jean est écrite dans la mêao^ forme et le même langage que les prophéties de Daniel. Ell( offre avec celles-ci les mêmes rapports que les prophétie ont aussi entre elles, en sorte que le tout n'est qu'une seok prophétie complète. L'Apocalypse se compose également dfl deux parties, Tune servant d'introduction, et l'autre d'explication à celle-ci.
<x L'introduction prophétique se divise en sept parties succossiNCS, représentant l'ouverture des sept sceaux da livre , que Daniel avait reçu ordre de fermer; de là le nom d Api>ealypse, ou Révélation de Jésus-Christ. La durée des sept sceaux se subdivise en sept portions de temps successive s, lesquelles sont marquées par un silence dans le ciel
DE JÉSUS-CHRIST. S9i
demi-heure , et par le bruit de sept trompettes qui se
>Qt entendre l'une après l'autre, jusqu^à la septième trom-
[Jette annonçant le grand jour de la victoire du Tout-Puis-
it; victoire par laquelle les royaumes de ce monde de-
[Yiendront ies royaumes du Seigneur et de son Christ. »
An 1647. — Bayle.
Bayle est un des esprits qui ont écrit le plus le pour et le contre sur toutes les grandes questions qui importent le plus 1 l'homme , mais il a confessé la vérité souvent d'une manière très-forte et très-originale. Il n'a manqué à Bayle , pour être un grand esprit , que d avoir été catholique. Voici ce qu'il dit sur le divin fondateur de l'Evangile :
<c L'Evangile , prêché par des gens sans nom , sans étude, sans éloquence , cruellement persécutés et destitués de tous Mes appuis humains, ne laissa pas de s'établir en peu de temps par toute la terre. C'est un fait que personne ne peut .nier, et qui prouve clairement que c'est l'ouvrage de Dieu. » Sur les miracles de Jésus-Christ Bayle a dit : Les mystères de l'Evangile étant d'un ordre surnaturel ne peuvent \ov(\i et ne doivent point être assujétis aux règles de la raison naturelle; ils ne sont pas faits pour être à Té- (uve des disputes philosophiques ; leur grandeur, leur sulimité ne leur permettent pas de les subir ; ils ne seraient plus des mystères , si la raison en pouvait résoudre toutes les difficultés... »
Ailleurs il dit :
a Ce qui a été dit du pyrronisme dans mon Dictionnaire He peut point préjudicier à la religion. J'établis d'abord , comme base de cet établissement, cette maxime certaine et Incontestable, que « le Christianisme est d'un ordre surnaturel , et que Bon analyse est l'autorité suprême de Dieu , nous proposant des mystères, non pas afin que nous les compre-
nions , mais afin que nous les croyions ayec tonte Ilinniilité qui est dae à l'Etre infini , qui ne peut ni tromper ni être trompé. C'est là l'étoile polaire de toutes les diseossions et de toutes les disputes sur les articles de la religion qne Dieu nous a révélée par Jésus-Christ. »
Et plus loin : « Ce serait , dit-il , une pensée bien fausse que de s'imaginer que Jésus-Christ a eu quelque sorte de dessein de favoriser, directement ou indirectement, une partie des sectes des philosophes, dans les disputes qu'elle avait avec les autres. Son dessein a été plutôt de confondre toote la philosophie et d'en faire voir la vanité. Il a voulu que son Ëvangile choquât, non-seulement la religion des païens, mais aussi les aphorismes de leur sagesse; et que , nonobstant ce contraste entre ses principes et ceux du monde, l'Evangile triomphât des Gentils par le ministère d'un petit nombre d'ignorants , qui n'employaient ni l'éloquence, ni la dialectique, ni aucun des Instruments nécessaires à toutes les autres révolutions. Il a voulu que, comme son Evangile paraissait une folie aux philosophes , la science de ceux-ci parût à son tour une folie aux Chrétiens. Lisez bien ces paroles de saint Paul : « Jésus-Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l'Evangile, et le prêcher sans y employer la sagesse de la parole , pour ne pas anéantir la croix de Jésus» Christ: car la parole de la croix est une folie pour ceux qui se perdent; mais pour ceux qui se sauvent, c'est-à-dire pour nous , elle est une vertu et la puissance de Dieu; c'est pourquoi il est écrit : «Je détruirai la sagesse des sage$, et j'abolirai la science des savants. » Que sont devenus les sages? que sont devenus les docteurs de la loi? que sont devenus ceux qui recherchent avec tant de curiosité les science de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagess< de ce monde?.... »
« Il y a des gens qui croient plus aisément , parce qu'ili ont vu le sépulcre de Jésus-Christ et la mer Rouge ; mais
DE JÉSUS-CHRIST. 2d5
^ur moi , je me félicite ne n'avoir point vu Jésus-Clirist ni ises apôtres, et de n'avoir point vécu au temps des miracles, ^a foi eût été alors involontaire , et je n'aurais point de part % cette bénédiction. « Bienheureux sont ceux qui n'ont point vu et qui ont cru... »
An 1649. — Leibnitz.
Leibnitz est un des plus grands hommes que l'Allemagne ait produits. Parmi ses nombreux écrits, on remarque son ouvrage qui a pour titre : La Théodicée^ ou Essais sur la bonté de Dieu y la liberté de Vhomme et l'origine du mal. On y trouve des pensées profondes sur le caractère de Jésus- Christ.
« De tous les anciens peuples , dit Leibnitz , on ne connaît que les Hébreux qui aient eu des dogmes publics de •leur religion. Les païens avaient des cérémonies dans leur culte, mais ils n'avaient point d'articles de foi. Ils ne savaient point si leurs dieux étaient de vrais personnages ou des symboles de puissances naturelles, comme du soleil, des planètes, des éléments
Abraham et Moïse ont établi la croyance d'un seul Dieu , source de tout bien , auteur de toutes choses. Les Hébreux en parlent d'une manière très-digne du souverain Etre, et Ton est surpris de voir les habitants d'une si petite contrée
de* la terre, plus éclairés que le reste des humains Moïse
n'avait pas placé la doctrine de l'immortalité de l'âme en tête de sa législation; quoiqu'elle s'enseignât de main en main, elle p'était point autorisée d'une manière populaire, jusqu'à ce que Jésus-Christ leva le voile; et, sans avoir la force matérielle dans sa nation , il enseigna, avec toute l'autorité d'un législateur, que les âmes immortelles passent dans une autre vie , où elles doivent recevoir le salaire de leurs actions. Moïse avait déjà donné de belles idées de la gran-
SM LÀ DIVINITÉ deur et de la bonté de Dieu , répandues aujourd'hui chex toutes les nations civilisées; mais Jésus-Christ en établissait toutes les conséquences , et il faisait voir que la bonté et la justice divine éclatent dans ce que Dieu prépare aux âmes. |l^ Jésus-Christ acheva ainsi de faire passer la religion naturelle en loi, et de lui donner Tautorité d'un dogme public. Il fit lui seul ce que tant de philosophes avaient en vain tâché de faire , et les Chrétiens l'ayant enfin emporté dans l'empire romain , maître de la meilleure partie de la terre connue, la religion des sages devint celle des peuples
« On voit que Jésus-Christ, achevant ce que Moïse avait commencé, a voulu que la Divinité fût l'objet, non-seulement de notre crainte et de notre vénération , mais encore de notre amour et de notre tendresse. Cest rendre les hommes bien heureux par avance et leur donner ici-bas un avant-gout de la félicité future ; car il n'y a rien de si doux que d'aimer ce qui est digne d'amour. »
Dans le chapitre où Leibnitz traite de la Conformité de la foi avec la raison , il dit , entre autres choses très-remarquables : « Aucun article de foi ne saurait impliquer contradiction, ni contrevenir aux démonstrations aussi exactes que celles des mathématiques. Il suit de là que certains auteurs ont été trop faciles à accorder que la sainte Trinité est contraire à ce grand principe , qui porte que deux choses , qui sont les mêmes avec une troisième, sont aussi les mêmes entre elles ; c'est-à-dire, A est le même avec B ; et si C est le même avec B, il faut que A et C soient aussi les mêmes entre eux. Ainsi, lorsqu'on dit que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu , que le Saint-Esprit est Dieu , et que cependant U n'y a qu'un Dieu, quoique ces trois personnes diffèrent entre elles, il faut juger que le mot Dieu n'a pas la même signification au commencement qu'à la fin de cette phrase. En effet , il signifie tantôt la substance divine , tantôt une personne de la Divinité » [La Théodicée^ par Leibnitz.)
^ An 1650. — Jacqmlot
Dans sdL Dissertation sur le Messie j Jacqnelot démontre |x Jnifs qu'il n'y a rien dans les écrits de Moïse et des pro- Mtes qui ne soit l'annonce ou comme le tableau de fEvanih ; et qu'en embrassant le Gbristianisme, la Synagogue , de contredire la loi , suit au contraire le chemin qu'elle trace, et ne va qu'où ses propres Ecritures la conduiit. Dans cette vue il parcourt les dogmes fondamentaux de 'pk foi chrétienne, et il se trouve que les semences en étaient l^jà répandues partout dans les livres sacrés. Il passe de là
grandes prophéties , qui visiblement promettent un li- 'ateur, et il articule toutes les circonstances de leur accomiment dans la personne de Jésus-Christ. « Il est ce vainir qui devait briser la tête du serpent ! il est le chef de te postérité bénie j qui devait sanctifier toutes les nations. est le Silo promis par Jacob à la tribu de Juda I il est le )hète semblable à Moïse, et celui dont la mission devait >lir une alliance nouvelle. Il est ce germe de justice desà exercer le jugement et la justice sur la terre. Il est le ^ai Emmanuel donné pour la délivrance de Tunivers ; il est ^ ange de Talliance, qui devait honorer le second temple , fc lui donner plus d'éclat que n'en avait le premier; il est en- II le Christ qui devait être retranché y lorsque les soixante- Ix semaines fatales seraient près de leur fin. » Toutes ces prédictions , quelques autres encore , fondelents inébranlables de la vérité chrétienne , sont traitées vec étendue par Jacquelot , et justifiées principalement con- '6 les rabbins , dont il reproduit et réfute les vaines subtités ou les pitoyables commentaires. Il est vrai que, pour les 3nverser, il ne faut souvent à Fauteur que les opposer l'un l'autre.
Il restait pourtant encore quelques nuages à dissiper , et
M. Jacquelot n'oublie pas de le faire dans une deuxième d) sertation. Par exemple, d'où vient que FEvangile a fi cesser les cérémonies de la loi, que Dieu lui-même avait in tituées? C'est qu'elles n'étaient point immuables de leurn ture, comme le sont les règles de la morale , fondées suri éternelles et inébranlables idées de Tordre; c'est qu'elles n taient établies que pour distinguer d'avec les autres natio la postérité d'Abraham et de Jacob; c'est qu'elles ned voient durer que jusqu'au temps où le Messie appellerait lui , selon la promesse , tous les peuples de la terre.
Tillotson.
Tillotson fut un des plus célèbres théologiens de l'Ang terre. On a de lui , entre autres , plusieurs discours sur Divinité de Jésus-Christ. Nous en ferons connaître la si stance.
Le premier Discours a pour texte ces paroles de sa Jean : « La parole a été fait chair, elle a habité parmi noi nous avons contemplé sa gloire , telle que doit être la gk du Fils unique du Père, pleine de grâce et de vérité. x>
<( Ces paroles nous offrent trois points principaux à exai uer, relativement à notre Seigneur Jésus-Christ , Tauteni le fondateur de notre divine religion :
1"* Son incarnation exprimée dans ces termes : « La ; rôle a été faite , ou est devenue chair. »
« 2^ Sa vie et son séjour ici-bas parmi les hommes ; a habité parmi nous , » ou , comme porte l'original , « j planté son tabernacle , il a posé sa tente parmi nous , » c'( à-dire qu'il a vécu ici-bas dans ce monde, et qu'il a fait p dant quelque temps son séjour et sa résidence au milieu nous.
« 3^ Enfin , les grandes et glorieuses preuves qu'il a d nées de sa divinité dans cet état d'humiliation. Pendant q
(*€St montré comme un homme, et qu'il a vécu parmi nous , 1 a paru de solennels et authentiques témoignages rendus en ta faveur , qui nous prouvent qu'il était le Fils de Dieu, s Nous avons, dit saint Jean, contemplé sa gloire, telle jne doit être la gloire du Fils unique du Père. »
a La parole a été fait chair : » c'est-à-dire que le Christ a ^s notre nature, et qu'il est devenu homme comme nous ; fiar le mot chair se prend très-souvent dans l'Ecriture pour rhomme en général ou la nature humaine. « Dieu , qui Scoutes nos prières , dit le roi-prophète David (Ps. 65 , v. 2) , toute chair viendra à toi. — La gloire de l'Etemel sera manifestée , dit Isaïe (Isaîe, 40 , v. 5 ), et toute chair la verra.» Cest-à-dire, tous les hommes la reconnaîtront et la contempleront. Le même prophète ajoute: « Toute chair est comme jk l'herbe ; » pour marquer la fragilité de la nature hulaîne. Saint Paul dît dans le même sens : « Nulle chair, l'est-à-dire nul homme, ne sera justifié par les œuvres de la li » (Galat. 1 1 , V. 16.)
« Saint Jean a désigné le Christ par le mot de parole , rar se conformer au langage des Ecritures et de la révéla- , ainsi qu'aux usages des Juifs, qui avaient coutume [d'appeler le Messie « la parole du Seigneur. » On en trouve preuve dans la paraphrase caldaïque de l'ancien Testaient , faite par Jonathan , sur les paroles du Psaume 90 , les Juifs appliquent au Messie : « Le Seigneur a dit à flion Seigneur, etc.. » que le paraphraste traduit ainsi : c<*Le iScigneur a dit à sa parole, etc.. » Philon, juif, appelle ■iQssl le Messie « celui par lequel Dieu a fait le monde , la larole de Dieu et le Fils de Dieu. »
« Platon avait probablement pris cette idée des Juifs; ce Qui fit dire à Amilius, philosophe platonicien , quand il lut le BcHnmencement de TEvangile selon saint Jean : « Cet étranger l'accorde avec Platon, en ce qu'il met la parole au rang de les principes , » c'est-à-dire de la cause efficiente du monde. I. VI.
•c Julieu l'Apostat appelle ainsi le Christ ( JuL, Lett. aux |b Alexandrins) ; Mahomet le désigne de la même manière dans son Alcoran (ch. 3.)
a Dans cette description de la parole, révangélisle nous enseigne quatre choses principales :
« 1^ Que la parole était au commencement;
a 2^ Qu'elle était au commencement avec Diea ;
a 3** Qu'elle était Dieu ;
a 4^ Que toutes choses ont été faites par elle.
« Saint Paul , en parlant du Christ , dans TËpi tre aux Co. lossiens (1 , v. 15), l'appelle « l'image de Dieu invisible, le premier-né de toute créature. Car par lui, ajoute-t-il (id. V. 16 ), toutes choses ont été créées, tant celles qui sont aux cieux que celles qui sont sur la terre , visibles et invisibles ; et il est avant toutes choses , et toutes choses subsistent par lui. »
a Le Christ , ou le Verbe, existait donc au commencement de la création de toutes choses; il était avant qu'aucune chose fut faite, et il est ainsi sans aucun commencement de temps.
« Lorsqu'il existait avant la création du monde, il participait à la gloire et à la félicité divine, et la parole était Dieu. » C'est dans ce sens que le Christ a dit eu parlant de lui-môme : a Maintenant, Père, glorifie-moi par devers toi de la gloire dont je jouissais avec toi avant que le monde fut fait ( Jean, 17, v. 5). »
« 11 était Dieu , non pas Dieu le Père, qui est le principe et la source de la divinité; erreur que Tévangéliste prévient, quand, après avoir dit que la parole était Dieu , il ajoute, dans le verset qui suit immédiatement : ce Le même était au commencement avec Dieu. »
a Toutes choses ont été faites par lui... Dieu l'a établi héritier de toutes choses. — Il est tellement au-dessus des anges , que le nom qu'il possède est plus excellent que le
lear : les anges sont seulement les ministres de Dieu , comme les appelle le Psalmiste (Ps. lo4, v. 4)^ dont FapAtre cite les paroles ; mais, pour ce qui est du Christ , Tapôtre lui donne le titre de propre Fils de Dieu, de son Fils premierné; c'est pour cela qu'il est l'héritier de toutes choses (Héb., 1 , V. 6.). »
« Le Christ est donc réellement Dieu, parce qu'il a fait le monde (Héb., 1 , v. 8) ; aussi l'apôtre dit-il en parlant de lui , d'après les paroles du prophète (Ps. 45, y. 6 et 7) : » Ton trône, ô Dieu, est de siècle en siècle. » Paroles qui s'appliquent au Messie. Et pour faire voir qu'ayant créé le monde il est véritablement Dieu , il cite un autre psaume, où il est dit : « C'est toi, Seigneur, qui fondas la terre au commencement , et les cieux sont f ouvrage de tes mains: ils périront, mais toi , tu es permanent dans réternité (Hébr. 1, 10, 11 ,