II
Pierre le jour de la Pentecôte , et tontcfoîs le sens qol en est si clair et si naturel était en quelque sorte caché à mes yeux. Faites pénitence et recevez le baptême au nom de Jésus pour la rémission des péchés. Cette expression si simple et si claire fut le principal moyen d'un changement radical dans mes idées religieuses. En y réfléchissant , je fus conduit à de nouvelles recherches ; et , en explorant cet important objet , je demeurai convaincu que les angoisses d'esprit que j'avais éprouvées , moi et tant d'autres, venaient la plupart de ce que nous ne connaissions point ou ne croyions point assez Vefficace du baptême chraien.
Après avoir étudié à fond l'article du baptême, M. Mitcbell étudia de même les autres articles , comme la transsubstantiation et la sainte messe, la prière pour les morts, etc. Et toujours il trouva que les protestants, même la plupart des ministres, n'ont aucune idée de la doctrine catholique; qu'elle est tout autre qu'ils se l'imaginent; que ceux des points qui semblent d'abord absurdes, se trouvent fondés en vérité et en raison , et que tous remontent à la plus haute antiquité. Voici comme Mitchell résume l'histoire et le dernier résultat de ses recherches.
« On dit du célèbre Pope , qu'un ami le pressa de lire les livres de controverse entre la religion catholique et la religion protestante , dans l'espérance qu'il embrasserait celte dernière. Il répondit que c'était une chose faite; que depuis longtemps il avait lu et examiné ce qu'on avait écrit de côté et d'autre, et que , pendant quelque temps , il avait été tourà-tour catholique et protestant , selon le dernier livre qu'il venait de lire. Et il me semble que c'est le cas de quiconque cherche sincèrement et candidement la vérité. Il pèse soîgneusement les faits et les preuves des deux côtés, pendant que les bassins de la balance montent et descendent alternativement. Enfin , par le poids supérieur de l'évidence , un des bassins l'emporte de manière à ne plus remonter. Une impar-
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tiale décision a lieu , et un jugement consciencieux se forme. Tel nous parait avoir été le cas de ce grand poète et philosophe chrétien. Avec les meilleurs moyens d'investigation , et après avoir employé toute Ténergie de son puissant génie dans le plus important de tous les objets y il préféra la bonne antique foi catholique ; et il le fit contrairement à tous les intérêts de ce monde. Par sa profession de la foi catholique , il renonçait a tous les honneurs et émoluments publics de son pays , auxquels son talent et ses vertus lui donnaient de justes titres^ et il vécut et mourut humble et pieux catholique romain^ dans la grande cité protestante de Londres. Et quand nous considérons la sévérité des lois anglaises contre le» catholiques, on peut bien dire qull préféra souffrir af« flietion avec le peuple de Dieu.
« Bien des fois j'avais lu ses œuvres avec le plus grand plaisir, particulièrement son Messie^ et je n*avais point pensé qu'il était catholique. Lorsque, dans ses églogues sacrées, il invoquait la divine inspiration qui purifia par le feu les lèvres bénies dlsaïe , jamais il ne me vint à Tesprit que c'é- . taient les gloires et les triomphes de l'Eglise romaine qull chantait dans ces stances si ravissantes : « Lève-toi ^ cou- «c ronnée de lumière! lève-toi, royale Jérusalem! » Oui, quoiqu'elle fût vêtue de ses habits de deuil , supplantée par une église protestante de nouvelle fabrique , opprimée par le pouvoir temporel , et persécutée par mille des plus grossières calomnies , c'est cette Sion qu'il aimait , c'est elle qull regardait comme l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et la ba&e de la vérité, où était fixée sa foi et son espérance, et pour la paix et la prospérité de laquelle il soupirait et priait. Quoiqu'elle parût en ruine, lui , prenait encore plaisir à ses pierres> et sa poussière môme lui était chère. Et il était rempli de la douce espérance que Dieu apparaîtrait dans sa^ gloire , qu'il rebâtirait Sion , qu'il rendrait Jérusalem l'honneur de tonte la terre , que tous les peuples et les royaumes
86 réuniraient pour servir le Stâgneor^ lorsctafl n'y aura cpi'on bercail , une grande commonîon eatholiqiie, et qae le Selgneor sera-roi sur tonte la terre, et qu'il n'j aura de nom qne le sien. Tel était Tagréable thème qni inspirait sa pi^ise muse. Sa suMime piété s*est répandue en bien des efiîiâoDs poétiques, particulièrement en deux petites hymnes : Le Chrétien mourant à son âme et la Prière universeile.
a II peut paraître présomptueux , continue M. Mitchel, qu'un hoihme de si humbles talents se d<mne pour Timitateur d'un si illustre caractère. Mais , suivant ma capacité et mes faibles moyens, j'ai soigneusement examiné la même io^rtante controverse, et j*ai été am<»ié à la même conolusion. Je n'ai épargné ni peines ni dépenses pour me procurer toutes les informations possibles. Je crois avoir lu et examiné tous les principaux arguments qu'on peut avancer de part et d'autre. Et, dans mes difficiles recherches , sentant ma faiblesse, J'implorai humblement le Père des lumières de m'envoyer la sagesse d'en haut pour éclairer mon intelligenoe et diriger mon esprit inquiet dans la voie de la vérité et de la vie étemelle. Et j'ai été bien attentif à ce qu'aucun préjugé, aucun sentiment peu charitable ne fit pencher mon e^it dans cette importante décision, ni qu'aucune mauvaise considération ou aucun avantage temporel n'influençât mon choix. Et j'ai agi dans la solennelle conviction que dans pea il me faudrait rendre compte au juste juge de l'univers des motifs qoi m'ont porté à choisir et à professer l'ancienne religion catholique, dans laquelle le grand univers chrétien était harmonieusement uni, jusqu'aux malheureuses divisions des temps modernes. »
An 1840. — M. Kolb^ président du consistoire protestant de Lille , a fait, le 3 Juin 1840 , son abjuration daus
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^"4i chapelle du Sacré-Cœur, entre les mains de M. le doyen ^le la Madelaine. On a été attendri quand on a entendu ce Mton vieillard dire anathème aux erreurs protestantes ; quand *iii l'a vu s'incliner pour recevoir l'eau de la régénération , ^^goand on Ta vu surtout humilier son front devant la sainte ^Boeharistie , qu'il avait si longtemps eu le malheur de blasphémer. On ne saurait peindre sa joie et celle de sa ver- Naense épouse, au moment surtout où , toute baignée de doubles larmes , elle s'avança pour communier avec lui ; on ne twarait dire la joie de ses enfants , dont Tune, professe au I^Baeré-Cœur, était sans cesse aux pieds du Sauveur pour lui ^4eniander la conversion d'un père , pendant qu'une autre , ^Semeurée auprès de lui , était comme son bon ange , épiant ^ moment où sonnerait pour'ce père Theure du salut. -' M. Kolb avait longtemps combattu : sa qualité de prési- MSent du consistoire , les obsessions des ministres , les égards ^es protestants, tout continuait à le retenir, matériellement ^da moins, dans le sein de l'erreur, que son cœur, au reste , ^commençait depuis quelques années à désavouer en secret. ^U n'a fallu rien moins que la plénitude de la lumière pour ^Je déterminer enfin. Ce moment vint, il ne résista plus; sa ^Tie même ne fut plus qu'une longue impatience de voir ar- '' river enfin le jour où il pourrait rentrer dans le bercail de Jésus-Christ.
An 1840, a eu lieu l'abjuration de M. Richard-Henry 'Keysy professeur au collège d'Aubusson (Creuse) , entre les mains de M. l'évéque de Limoges.
An 1840. — Le dimanche 15 mars, Féglise Sainte-Marie, h New-Yorck , était remplie de fidèles. Ils y étaient témoins
de l'abjuration d'un ministre protestant , Jf. OerUL M. QfUtfter, pasteur de l'Eglise , a fait connattre la position et kl titres du ministre, qui a fait ensuite lui-même eo chaire sa profession de foi catholique , et a présenté au pasteur on manuscrit où il exposait ses raiscms pour se faire caUiolique. M. Quarter a lu ce manuscrit , dont nous âonneroM la substance.
M. Jean-Jacques-Maximilien Oertel est né à Ansbac, ai Bavière, en 1811. Il fut envoyé de lx>nne heure au collège, et à dix -neuf ans il étadia à Funiversité d'Eriangen, où il demeura cinq ans. Il y reçut les ordres dans l'église luthérienne, et sur rinvitation de la société des missionnaires évangélistes de Barmen , en Prusse, il quitta son pays pour aller diriger les protestants allemands dans FAmérique di Nord. Il y a environ deux ans et demi , il arriva à New- Yorek , et y remplit ses fonctions pendant dix-huit mois. Da là. il alla joindre des protestants allemands émigrés dans le Missouri , et il les desservit jusqu'en novembre dernier, qall revint dans sa première congrégation.
Une remarque l'inquiétait depuis longtemps : c'étaient les divisions des luthériens d'Allemagne, divisions telles qu'à peine trouverait-on deux ministres d'accord sur les points de doctrines. Aussi un habile professeur soutenait que l'église luthérienne primitive n'existait plus. M. Oertel se flatta de trouver moins de discordance parmi les luthériens d'Amérique, exposés à moins de corruption \ mais il fut bientôt détrompé. La division était encore plus grande , et son propre troupeau luthérien n'avait pas la même croyance que loi. Quand il arriva au Missouri, l'évéque luthérien venait d'être excommunié comme hérétique. Cela affligeait profondément M. Oertel , quand la Providence lui fit connaître M. Quarter, auquel il exposa l'état de son âme. Il lui déclara franchement que sll trouvait que lu doctrine enseignée aojourd'hui était la même que les apôtres ont enseignée, iln'hé
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siteratt poiat à se faire catholique. M. Quarter lui mit entre les maios les livres intitalés la Foi des catholiques et la Fin de la controverse y par M. Miloer. La lecture de ces livres et quelques entretiens avec M. Quarter le couvainquirent de la vérité de notre doctrine et calmèrent un peu son esprit
Il exposa ensuite quelqnes-unei^ des raisons qui lui prouvaient cpie l'Eglise luthérienne ne peut être TËglise du Christ. La doctrine primitive ne peut se trouver que dans les anciens pères y et comparant la doctrine de Luther avec la leur, il voyait les différences. Longtemps il se flatta que quelque auteur luthérien lui fournirait la solution de ses doutes, il n'en trouva aucun. Il interrogeait ses amis pour éciaircir ses difficultés , aucun ne fat en état de le faire. Il chercha à ai^iiquer à TËglise luthérienne les caractères de la véritable Eglise; mais où étaient son unité, sa sainteté, sa catholicité et son apostolicité ? Il n'en trouvait point chez elle de vestiges. Il la quitta donc, et découvrant les caractères de la vraie religion dans TËgiise catholique seule , il embrassa cette foi , et il espère y mourir.
M. Oertel , après cette lecture, reçut le baptême sous condition. On dit qu'il se propose de publier un grand ouvrage sur sa conversion , et qu'il, développera ce que nous venons d'exposer très en abrégé.
An 1841. — Progrès du catholicisme en Angleterre. '
Il existe en Angleterre , depuis plus de cent ans, une société puissante, qui , mieux qu'aucune autre société religieuse de ce pays , représente [^esprit de la majorité du clergé anglican ; c'est la Société pour la propagation de la connaissance chrétienne ( Society for promoting Christian know-
iedçé). Placée sons k patronage da trône , elle est présidée par rsurcbevêqne de Cantoiiiéry ; les antres archevêques et les évêqnessont memlNres de son comité; sauf ces dignitaires ecclésiastiqQes et les membres de la famille royale , pour qoi Ton n'a exigé ancmie garantie , parce qu'on a pensé sans doute qu'il serait irréyérentieux et superflu d*en demander une, nul n'est admis à en faire partie sll n'est présenté par un associé qui affirme par écrit « (pi*il croit sincèrement que le candidat est un membre bien affectionné [a well affected member) de l'Elise unie d'Angleterre et d'Irlande établie par la loi. »
Il y a dans son sein une Yéritable prédisposition au puséysme , qui assure aux doctrines d^Oxford de nouveaux , de continuels progrès.
En indiquant ailleurs les autres traits caractéristiques de la nouvelle école , nous avons montré l'importance qu'elle attache à la constitution hiérarchique de l'Eglise et à l'ordination cléricale, qui ne lui parait valable que dans l'Eglise anglicane et dans l'Eglise romaine, parce qu'elle y remonte , à l'en croire, par une succession non-interrompue jusqu'aux apôtres. Mais encore là, si le puséysme se rapproche do catholicisme et lui tend la main , n'est-ce pas ranglicanisme qui lui a frayé la voie et qui Ta fait entrer dans le chemin où il s'avance si hardiment? L'exagération d'un principe n'est, à vrai dire, que son développement naturel poursuivi par un esprit conséquent; c'est au principe lui-même , et non à celui qui en abuse , qu'il faut s'en prendre de ce qui advient.
Au reste , le catholicisme s'aperçoit si bien de la tendance du puséysme à se confondre peu à peu avec lui, qu'il nTiésite pas à s'en expliquer nettement. Voici comment s'exprimait, il y a deux ans , la Revue de Dublin y en parlant des publications qui , sous le titre de Tract for tlie Urnes (Traités pour le temps actuel ) , ont servi de premier manifeste au parti :
« Ces traités o&t été eomposés par ane société bien connue de théologiens d'Oxford , ennemis jurés de ia dissidence, ad- Yersaires inconséquents du catliolicismeet admirateurs aveugles de l'Eglise anglicane ; en un mot , ils ont pour auteurs de robustes défenseurs de la haute Eglise. Réussiront-ils dans leur entreprise? Nous le croyons fermement, et, ce qui pourra paraître étrange , nous le désirons. Cest que nous pensons qu'il est au-dessus du pouvoir humain de replâtrer encore l'édifice vermoulu de la pauvre vieille Eglise anglicane ; c'est que nous sommes Convaincus qu'ils s'apercevront enfin que, malgré leurs soins, il est impossible que Babylone soit guérie. Curavimus Babylonèm^ et non est sanota. (Jér. LI. 9.)
« Gomment donc réussiront-ils? Non par les efforts qu'ils feront pour opérer la guérison , mais par les coups qu'ils porteront pour blesser. Ils ne montrent nulle pitié pour ceux qui, au sein de ^^Eglise, rompent l'unité , et , comme à tous les juges sans miséricorde, il ne leur sera pas fait misérieorde. Et vous , pourquoi demeurez-vous réparés de l'Eglise de Rome? Voilà ce que chaque lecteur de leurs écrits leur demandera vingt fois. Il y trouvera, il est vrai, vingt prétendues réponses à cette question ; mais, pour qu'il en fût satisfait, il faudrait qu'il se contentât à bon marché. » (Duhùn RevieWy année 1839, p. 307.)
Le Magasin catholique tient un langage tout semblable :
« Les puséystes , dit-il , paraissent avoir trouvé le fil conducteur qui , s'ils ont la persévérance de le suivre, doit les conduire sûrement , à travers le labyrinthe de l'erreur, Jusqu'à la clarté resplendissante de la vérité. Quelques-uns des plus illustres membres de leur Eglise ont plaidé la cause de la réunion avec TËglise de tous les lieux et de tous les siècles; et, si nous comprenons bien les signes des temps, ce dessein mûrit rapidement. Les bras de l'Eglise universelle sont toujours ouverts pour recevoir des fils repentants ; et
comme , lorsque Tenfant prodigue retourna à la maiflon de son père , on tua le veau gras et on prépara un Joyeux festin, ainsi la chrétienté tout entière se réjouira quand im corps aussi nombreux que celui des pieux et savants auteurs des Traités pour le temps actuel sera rentré dans le sanctuaire où il faut qu'ils se retirent pour être à Tabri des sables mouvants qui menacent de les engloutir. Il est inévitable qu'ils n'en viennent bientôt à réfléchir sérieusement à une telle démarche, et c'est avec la plus parfaite eonfianee que nous prédisons le retour dans nos rangs de toute cette école. » (Catholic Magazine ; mars 1889, page 165.)
M. Nicolas Wiseman , aujourd'hui évêque de Mellipotamos, qui s'est acquis une juste réputation par un ouvrage d'apologétique , et qui plus récemment a publié des écrits de controverse , paraît tout particulièrement chargé d'observer et de seconder en Angleterre les tendances catholiques des puséystes. Dans une lettre adressée récemment à M. Newman, qui est le coryphée de la secte , bien qu'il ne lui ait pas donné son nom , il a f&it ressortir avec soin les progrès de récole vers le catholicisme ; en effet , les premiers puséystes rejetaient les doctrines du concile de Trente, et désignaient les catholiques romains sous le nom de wretched Tridentines (misérables sectateurs de ce concile), Il n'en est plus ainsi : maintenant les puséystes reprochent aux catholiques d'avoir abandonné les doctrines de Trente, et ils prétendent interpréter les trente-neuf articles de manière à mettre d'accord ces articles et le concile:
<i S'il y a eu un temps , dit à ce sujet l'évéque au docteur, où , dans votre conduite et dans vos sentiments , vous éties plus éloignés de nous que vos écrits ne montrent que vous l'êtes aujourd'hui , pourquoi ne pas supposer qu'un rapprochement plus grand doit encore avoir lieu ? »
Mais c'est surtout dans des lettres adressées à lord Shrewsbury que M. Wiseman donne carrière à ses espérances^ elles
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n'aboutissent à rien moins qu'à loi faire prévoir, dans un avenir peu éloigné , le moment où des empêchements politiques s'éièveront seuls entre l'Eglise anglicane et TEglise de Rome :
« Il n'est personne , dit-il , qui ne doive désirer qu'on puisse changer la condition des choses et rétablir l'unité religieuse des anciens temps. Tant que FEglise établie a gardé le silence sur ce sujet , tant qu'aucune voix ne s'est élevée pour déclarer qu'il était temps d'essayer un retour à l'unité rdigieuse, l'homme d'état n'avait point à s'occuper de la question. Mais quand la question s'élève dans l'Eglise ellemême, quand elle excite l'intérêt des plus vertueux de ses membres et de personnages considérables , quand elle commence à émouvoir et à ébranler les peuples , quand on s'aperçoit (et ce sera bientôt le cas) que l'autorité ecclésiastique ^ impuissante à calmer l'agitation qu'elle fait naître , alors Thomme politique doit prendre un parti.
« Il faut qu'il admette ou que Jésus-Christ a fondé des Eglises isolées , qu'il a défendu toute communion active entre ce qu'il appelle lui-même les branches d'un même arbre et les membres d'un même corps, et que l'état étant supérieur à l'Eglise peut à volonté fouler aux pieds ses œuvres et anéantir ses décisions; ou bien il doit examiner si son devoir envers Dieu et envers la société , qu'il considère comme l'Eglise de Dieu , ne lui impose point l'obligation solennelle de décharger sa conscience du crime de placer des obstacles audevant de la société, qui aspire à l'union entre l'Eglise nationale et l'Eglise catholique... Le devoir évident de l'état est de laisser à l'Eglise une liberté sans limite dans ses efforts pour effectuer l'union. »
On le voit, ce n'est pas des abjurations indiviJuelles qu'on demande ici ; c'est l'Eglise qui est invitée à abjurer comme Eglise.
Le catholique qui lit dans les Traités pour le temps ac*
tueiy qne« l'Eglise est libre , si elle le trouve eanvenaHe^ dimposer à son clergé Tobligatiou da mariage oq dn céiibit (Traité n. 90 ) ; que Tunion des sièges et des églises, que le système métropolitain , le système patriarchal et le système papal , ne résultent que des convenances on de certains devoirs naturels ( Ibid. ) ; r le catholique qui entend dire par M. Palmer que , « s'il ne croit pas au purgatoire admis par l'Eglise romaine , il croit cependant à un purgatoire» mA^ vant les termes exprès du concile de Trente (Tracts ùg4dn$t Romanisem, n. 6 ); » par M. Newman , que « TEcrittre' sainte n'a Jamais été destinée à enseigner une doetrine à h' multitude (Romanism and popuiar Protesianiism) , et qie, si Rome se réforme (on sait de quelle réforme incomplète il s'agit ici), alors 11 sera du devoir de l'Eglise anglicane d'entrer en communion avec les Eglises continentales^ qooiqve ' puissent dire les hommes d'état , quoi que puisse faire lepoi- ' voir civil (British critic) ; » le catholique enfin qui volt dâi'^ membres du parlement, comme, par exemple, M. Glads-'' tone, représentant de Nev^ark, se faire les champions di '" puséysme , et des ministres puséystes , plus pressés ou plas conséquents que d'autres, se réunir à TËglise romaine et même recevoir d'elle les ordres, ne doit-U pas attacher, à moins qu'on ne lui suppose un sens rassis dont peu d'hommes sont * capables , une extrême importance à de telles manifestations?
Les puséystes eux-mêmes ne paraissent nullement effrayée des avances qu'on leur fait. Ils cherchent de plus en plus à s'emparer des chaires de l'Université d'Oxford, certains que, s'ils se rendent maîtres de l'enseignement, ils seront bientdt maîtres des Eglises y l'Université d'Oxford fournissant à l'Eglise établie près de la moitié de ses pasteurs. En ce moment même , les deux partis se disputent vivement la chaire de poésie d'Oxford : il s'agit moins des deux côtés d'y appeler un littérateur distingué , que de l'ouvrir ou de ia fermer à
D£ JÉSOMailUST SâS
on paséyste, Uo membre de TEgliae anglicane, M. Goiightiy , vient de déclarer, dans une lettre adressée au Standard, que dix membres de l'Université d*Oxford , qui occupent des postes et reçoivent des émoluments de l'Eglise établie , pro^ pagent le catholicisme romain , et , A la suite de cette accu* sation , des noms propres ont été prononcés et livrés au pQ« blic«
Indépendamment de Tinfluence universlfaire el de fin^ flaence ecclésiastique , les puséystes en ezerrent une très* étendue au moyen de la presse. Us disposent du Times ^ da Moming-Post , du Church intelligeneer, de 17mA ecek^ siasiical Journal, du BfiUsh Critie, ûnBrilishAiaffaziHf^ du Quarterly Review, de VAngl(hCatholi€ Ubrary et d'tm« très revues et journaux encore; et ce qu'on ne saurait tri>p faire remarquer, c'est que plusieurs Journaux puséystes soiil surtout soutenus par des membres du clergé anglican. L'A rish ecclesiasHc Journal publie les noms de ses souseripteurs,et, sur 779 abonnés, il en est 573 qui appartienneirt à ce cler^, savoir : 1 évéques irlandais , 14 doyens , 9t ar^ chidiacres, 428 autres ministres irlandais el 09 mlnislret anglais.
Une société de théologiens a opposé aux TraMs pour te temps actuel , de Técole d'Oxford , des Traités pour tes temps difficiles {Platn Tracts for criiical times) ; mats , quelque pieuse qu'en soit l'intention , ils sont très-faibiemenl écrits. Ce n'est pas ainsi quil faut s*y prendre pour lutter avec le puséysme. Le pieux Bickersteth s'est élevé contre les puséystes en déclarant que « leur tendance lui parait si d«i* gereuse et qu'elle conduit si directement au cathoIietsnM ^ qa'il y reconnaît l'une des erreurs contre lesquelles l'esprit de Dieu nous met expressément en garde. « H. Thqrie^ Smith a protesté contre Tesprlt d'orgueil qui porte Téeoto d'Oxford à parler hautement des dissidents , « eomme n'é* tant pas, soqs le rapport des bénédictions partieviièrss II. i9
986 Lk DIVINITÉ
sa christianisme, dans une condition meilleare que Im paîete. »
Le célèbre Isaac Taylor, Tan des écrivains rellgieiiz k$ plus éloquents et les plus profonds de TAngleterre , Yient aussi d'élever la voix; au-delà des mers, Daniel Wllson, h respectable évêque de Calcutta , effrayé de voir le puséysme atteindre le clergé anglican de l'Inde , a attaqué la nouvelle doctrine avec plus de force qu'on ne l'avait fiiit encore. Mais tout cela est impuissant contre Terreur ; déjà ses progrès sont tels qu'un membre distingué du collège d'Exeter a osé dire qu'il pensait qu'en moins de sept ans TEglise es? glicane et TEglise de Rome seraient unies.
A la vue de cette transformation intérieure que rienn'B^ réte , qui se poursuit de jour en jour sans résistance qui ee vaille la peine ou qui puisse avoir la moindre efficacité, qee ne faut-il pas penser d'un établissement ecclésiastique qd prétendait jusqu'ici être nécessaire à l'état pour assurer b maintien des institutions libres de la nation, et quiprépm aujourd'hui la destruction de la religion anglicane, pour b soutien de laquelle il avait été fondé.
C'est là une grande leçon qui se prépare. Ailleurs, e'ol le rationalisme qui a miné les Eglises établies, comme ici c'est le puséysme. Ces faits sont trop instructifs pour que nous ni leur accordions pas désormais une attention sérieuse ; noai devons à nos lecteurs de les faire assister aux divers actes de cette vaste transformation.
L'article qui précède est d'autant plus digne de foi que bi détails que nous y avons puisés sont donnes par des personnes séparées de l'unité catholique.
Voici d'autres détails plus nouveaux encore, et qu'on psnt lire dans le Limerich Reporter^ l'un des journaux calho* liques les mieux rédigés de llrlaude :
<t La conversion du révérend M. Sibthorp (et nouspoo* vons clouter celle du révérend M. Wackerbatli , dont nov
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nous occuperons bientôt ) vient d'être suivie de celle de beaucoup d'autres ministres de FËglise établie. Les collèges caftoUques du Lancashire , du Gbeshire et du Staffordshire , contiennent en ce moment beaucoup de candidats soumis à un temps d'épreuve avant d'être reçus au sein de i'Ëglise catholique , et le plus grand nombre de ces candidats sont des «eciésiastiques qui ont reçu les ordres conformément au rituel protestant.
« La confession auriculaire parait avoir été introduite à Oxford ; et les différences qui séparent de Rome la communion anglicane disparaissent de jour en jour, à la surprise des uns, à Feffroi des autres. Mais pourquoi s'étonner ? pourquoi ft'émir ? Comment cette révolution pourrait-elle être arlêtée dans ses progrès? Est-ce autre cbose qu'un retour «dans le cbemin ancien , dans ces voies vénérables où se rentoitrent , avec la paix et la charité , les sentiments les plus Slevés de la pure philantropie et de la vraie religion? Les feadiants ont eu à Oxford toutes les occasions possibles de ie souvenir des temps antérieurs à la prétendue réformation, fis ne pouvaient faire un pas sans rencontrer quelque chose lloi leur rappelât le passé. Les voûtes sous lesquelles ils se taBsemblent ont été faites par des mains catholiques ; leurs jNNirses proviennent des fondations de la munificence cathollgue; leur vaisselle même porte l'incription des noms des donateurs catholiques avec cette recommandation si catholique aussi : « Priez pour les âmes de ceux de qui vous avez ieça ce don. »
Nous ne sommes pas surpris des progrès qui ont eu lieu à Oxford; nous ne le serions pas même si , d'ici à peu d'anîiées , les doctrines de la réformation s'étaient retirées devant celles qu'elles ont supplantées en recourant à la violence, à la confiscation, à la spoliation et à l'effusion du sang.
Le grand événement qui cause en ce moment ( lo dé-
cembre 1S41 ) sortont une prodigieuse sensation dans le monde protestant, c'est la conversion do révérend M. Sib« thorp. Pas nn Journal ici qui ne s'en empare , le commentant à sa manière et en tirant des conséquences plus ou moins justes. Les uns y voient le préiode de bien d*autres défections qu'ils appellent de tous leurs vœux , parce qu'elles vont épurer l'Eglise. Ils s'élèvent avec force contre les principes de l'école d*Oxford et prêchent la nécessité de lui porter le dernier coop. Les autres, plus modérés en apparence, ou plus rusés, se bornent à exprimer leurs regrets sincères et respectueux , à jeter un blâme indirect sur la déser-^ tion de M. Sibthorp, qu*ils veulent surtout faire prendre pour un fait isolé et rattacher à une raison politique ou sans portée. Mais, hélas ! que dire de M. Sibthorp? Il est d'une famille distinguée et d'une conduite exemplaire ; il est éloquent, savant, pieux et charitable, et en embrassant la religion catholique il fait généreusement le sacrifice de deux riches bénéfices avidement recueillis par d'autres ministres. Comment entamer sa réputation et faire prendre le change sur une conduite si noble et si désintéressée? Gela est embarrassant. Aussi on se promet bien de ne rien négliger pour empêcher le retour de pareils scandales. Déjà on cite d'étranges contraintes morales et physiques exercées contre des jeunes gens avides de s^éclairer. Attendons I La vérité pénètre aussi bien dans les maisons où l'on enferme la folie que dans les universités où l'on vient apprendre la sagesse. Que de mystères dans ce pays de liberté qu'on n*oseraitpas
même soupçonner en France! Ils ont beau faire, le
mouvement est donné, et quoique l'Angleterre soit loin d'être catholique encore, l'Angleterre se couvre de couver* tis.
Voici ce que racontait la femme d'un ministre protestant ^ convertie du vivant même de son mari :
Il avait suffi h une de ses filles en tout bas-âge de respirer
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quelque temps l'air d'un coavent , en France , pour aimer la religion catholique, et, comme les enfants ne savent pas cacher leurs sentiments, pour en parler souvent à sa mère. On le sut, le père retira sa fille, les livres les plus in^* fâmes , qu on ose à peine nommer , mais dont on se sert sans scrupule , lui furent mis entre les mains. Dieu arracha cette sainte enfant à une corruption inévitable en Tap* pelant à lui. La voix de l*innocence est bien puissante I A son insu elle avait fait nattre dans sa mère le désir de connaître la religion catholique. Elle voyait son mari très-tourmenté , jusque dans Texercice de son ministère , et elle* même commençait à douter que la religion protestante fût la bonne religion. Une circonstance acheva de Téclairer.
Un jour que plusieurs ministres distingués étaient réunis au presbytère , elle les entendit parler entre eux d'une manière horrible des sacrements et en particulier du baptême. Elle demanda ensuite des explications à son mari. « Vous voilà toujours avec vos prétentions, lui dit-il, vous voulez toujours savoir des choses qui sont au-dessus de votre portée. — Mais je ne sais que croire. — Cest la punition de votre orgueil. — Soit, mais quedois-je penser des sacrements?— Vous avez votre Bible. — Mais la Bible ne me dit rien de bien clair là-dessus. — Prenez votre Bible, lisez votre Bible. » Cette triste et sotte réponse la détermina à s'instruire tout de bon ; elle vit la vérité , et malgré toutes les persécutions qu'on lui fît souffrir pour la détourner, elle se déclara généreusement catholique. — Son mari , qui est mort protestant, avait un très-riche bénéfice provenant d*une cure d'une église où il ne s'est pas montré une fois dans Tespace de dix ans. Il donnait lOO liv. sterl. (2,500 fr.)à un modeste suppléant, et allait manger le menu reste de ses revenus ecclésiastiques en pays étranger.
^ Il est facile d'imaginer combien l'éducation et l'instruction doivent souffrir de cette négligence , de cet état d*aban-
SSO LÀ DIVINITÉ
don dans lesquels on clergé opulent laisse les classes pauvra en particnlier.
Ainsi le travail des idées , l'élan catholique que nous avoni signalé et caractérisé dans nos Lettres sur P Angleterre, publiées l'année dernière , se poursuit et grandit sans cesse.