‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 16 sur 39 · II. V · texte numérisé non relu

II. V

existe et a toujours existé. Or, qu'on ouvre Thlstoire sans prévention , et on verra avec un respectueux étonnemetl briller sans interruption, pendant dix-huit siècles, commA un fanal dominant Tuni vers, le magnifique édifice de TEglise catholique , immortelle dépositaire des vérités éternelles. Et que l'on remarque bien que ce que l'antiquité entend par ces mots Eglise catholique^ ce n*est pas ce que les pn^ testants entendent par Eglise chrétienne, monde chrétie^f divisé pour eux et par eux en mille opinions , mille coites, mille constitutions ecclésiastiques, toutes divergentes etM»vent contradictoires. Tandis que l'Eglise catholique , au contraire, seule conservatrice, seule interprète du christianisme primitif, seule aussi entre toutes les religions , se distingua essentiellement par sa triple unité de foi, de culte et de goavernement.

« 4° On ne peut s'empêcher de reconnaître aussi , d'après le témoignage de Thistoire tout entière , qu'une humble foi aux dogmes et une obéissance absolue aux préceptes de TSglise catholique, ont été constamment , depuis dix-huit siècles, la source des plus hautes vertus , la base des connaissances les plus profondes , et le principe générateur de la civilisation la plus parfaite.

« ô"" Il est également certain que nulle autre religion n'offre à ses ministres , s'ils sont pieux et zélés , des moyens si puissants de coopérer, comme pasteurs des âmes et selon toute l'étendue des devoirs qu'impose ce titre sublime, an soulagement des malheureux , à la conversion des pécheurs, en un mot d'atteindre ce but , que les protestants eux-mêmes regardent comme le but principal de toute religion, de. contribuer, autant que possible, au bonheur de l'honune dans le temps, et de l'assurer dans l'éternité.

(c 6"" L'Eglise catholique, en imposant à l'homme Thatoh lité et la mortification, montre une connaissance profonde de la source première de tous les maux qui en tout temps ont

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affligé rhnmaBité , et plus particulièrement aujourd'hui , où, de l'aveu même de la plupart des moralistes protestants , les deux plaies mortelles du siècle sont l'orgueil de l'esprit et h soif inextinguible des jouissances.

« 7® Enfin , le pouvoir théocratique , application natu- Ttlledu catholicisme à la société politique, et qui, une fois d^, et pour son bonheur, a gouverné le monde , est destiné, fldoii toute apparence , à n\ettre un terme aux vaines disputes comme aux vains essais des hommes pour reconstituer la nciété chrétienne, en résolvant enfin , n'importe sous quelle ferme, le grand problème social, insoluble sans lui, d'affranchir à la fois les peuples de l'empire des despotes et du Joog de la démagogie.

« Telles sont les considérations qui, entre beaucoup d'autres, m'ont particulièrement frappé. Maintenant, qu'elles ne m'aient pas aussitôt déterminé à embrasser le catholicisme , ^ eela doit-il étonner ceux qui ont étudié le cœur humain ? ne peut-on pas reconnaître tout ce que j'ai reconnu , et se sentir ■ encore arrêté par de grandes difficultés ? Et parce que l'on

!" admet franchement la connexion intime qui existe entre la certitude d'une révélation et la nécessité d'une autorité char- H gée de la conserver et de la défendre , s'ensuit-il que la rai- I son , ou , si l'on veut , la faiblesse de l'homme, ne reculera : pas devant certains dogmes que cette autorité enseigne , et devant certains préceptes qu'elle lui prescrit ? Car autre chose est d'avouer que, sous peine d'inconséquence, il faut opter entre le catholicisme et le rationalisme, et autre chose est de sacrifier aux préceptes sévères du premier les principes du second , qui sont plus commodes dans la pratique , qui ont de puissants auxiliaires dans le penchant naturel de notre esprit , pour ce qui flatte son orgueil et favorise son indél^dance , enfin qui sont recommandés par l'exemple séduisant et les arguments spécieux de ses nombreux défenseurs. Anasii parmi les protestants, combien n'en voit-on pas qui.

rationalistes prononcés , n'admettent aujourd'hui la réfétation (qu'ils nomment en Allemagne sumaturcUisme) qu'après avoir, ainsi que moi , longtemps hésité entre ces deux doctrines !

« Tels sont les motifs ( auxquels peut- être Je devrais ajouter aussi Tindécision naturelle de mon caractère) qui me retenaient encore à une époque où cependant mon retour an catholicisme n'eût point exigé de moi, comme aujourd'hui, le sacrifice de mes. intérêts temporels...

« Sans doute il est quelquefois difficile d'obéir à la voix de Dieu. Nous vivons dans un temps où quiconque aime et recherche les biens de ce monde ne sera pas tenté de se foiie catholique. Il peut surtout paraître dur, à l'âge que J'ai atteint , à quarante ans passés , de refaire sa vie et de chercher au hasard , parmi des étrangers , un asile et des moyens d'existence. On comprendra aussi tout ce qu'il doit m'en coûter pour rompre les liens qui m'attachaient à l'église , à la noble ville de Zurich , où je compte des amis et des parents si dignes de ma tendresse. Cependant aucune de ces considérations ne peut m'arrêter. Je sens trop que je ne pourrai trouver la paix de l'âme que lorsque j'aurai fait le sacrifice que Dieu me demande, que lorsque je serai entré dans la voie qu'il me montre. Oui , plus je considère ce que la Providence divine a fait pour m'amener au point où Je sirts, plus je sens que désormais je ne puis séparer, dans ma convietion , la vérité de la religion catholique et l'existence même d'une Providence qui conduit celui qui s'abandonne à elle, et exauce la prière qui demande où est la route qui mène au salut...

«J'ajouterai que l'église protestante perdra peu, en perdant un ministre qui sans doute eût rempli consciencieusement les devoirs de son ministère , mais qui ne pouvait plus soutenir avec conviction le principe fondamental du protestantisme , principe définitivement destructeur de la foi chré-

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affligé rhnmaBité , et plus particulièrement aujourd'hui , où, de l'aveu même de la plupart des moralistes protestants, les inmn plaies mortelles du siècle sont Torgueil de l'esprit et h soif inextinguible des jouissances.

« 7® Enfin, le pouvoir théocratique , application naturelle du catholicisme à la société politique, et qui, une fois d^, et pour son bonheur, a gouverné le monde , est destiné, fldon toute apparence , à n\ettre un terme aux vaines disputes comme aux vains essais des hommes pour reconstituer la société chrétienne, en résolvant enfin , n'importe sous quelle forme, le grand problème social, insoluble sans lui, d'affranchir à la fois les peuples de Tempire des despotes et du JOQg de la démagogie.

« Telles sont les considérations qui, entre beaucoup d'autres, m'ont particulièrement frappé. Maintenant, qu'elles ne m'aient pas aussitôt déterminé à embrasser le catholicisme , eda doit-il étonner ceux qui ont étudié le cœur humain ? ne peut-on pas reconnaître tout ce que j'ai reconnu , et se sentir encore arrêté par de grandes difficultés ? Et parce que Ton admet franchement la connexion intime qui existe entre la certitude d'une révélation et la nécessité d'une autorité chargée de la conserver et de la défendre , s'ensuit-il que la raiflm , on , si Ton veut , la faiblesse de l'homme, ne reculera pas devant certains dogmes que cette autorité enseigne , et devant certains préceptes qu'elle lui prescrit ? Car autre chose est d'avouer que, sous peine d'inconséquence , il faut opter entre le catholicisme et le rationalisme, et autre chose est de sacrifier aux préceptes sévères du premier les principes du second , qui sont plus commodes dans la pratique , qui ont de puissants auxiliaires dans le penchant naturel de notre esprit , pour ce qui flatte son orgueil et favorise son indépendance , enfin qui sont recommandés par l'exemple séduisant et les arguments spécieux de ses nombreux défenseurs. Auasi, parmi les protestants, combien n'en voit-on pas qui»

An 1832. -^ Mss Louise-Thérèse Harêwell^ flUe d'un baronnet anglais, capitaine dans la marine royale. Née le 20 juin 1813 , elle perdit son père en 1831 , et resta sente avec sa mère , ses frères et sœurs étant tous morts successi* vement. « Mon attrait pour l'Eglise catholique, dit-elle dans la relation qu'elle a faite elle-même de sa conversion, n'a rien eu que de spontané. Personne ne m*en avait jamais parié, personne ne m'a fait Téloge d'un seul de ses dogmes. Je ne puis considérer ce qui s'est passé en moi que comme Teffet d'une grâce spéciale de Dieu qui m'a guidée d'une manière miraculeuse dans tout le cours de ma vie. Mes doutes relativement à l'orthodoxie de l'église anglicane à laquelle appartenaient mes parents , remontent à mon premier âge. Depuis la première fois que Ton avait commencé à m'apprendre le symbole des apôtres , je n'étais certainement plus protestante. »

Dès son enfance , elle recherchait les cérémonies catholiques , et tout ce qui était catholique faisait sur elle impression. Â quatre ans, elle visita un couvent de carmélites et s'en souvient encore. En Irlande, où elle alla à dix ans, elle eut occasion de voir des catholiques et entra dans une chapelle. Elle trouva dans un livre VAve Maria en italien, et l'apprit par cœur. Cependant ses idées sur la religion étaient fort vagues. Une seale chose la frappait : c'est que l'église anglicane n'était point l'Eglise catholique. C'était un supplice pour elle d'aller au temple protestant et un bonheur au contraire d'entrer dans une chapelle catholique. An milieu des divertissements du monde, elle pensait à la religion catholique. Plus d'une fois elle fut tentée de s'ouvrir à quelque catholique et ne l'osa point. Après la mort de son père, on l'emmena en Allemagne , auprès d'un oncle qui était son tuteur. Elle y eut beaucoup à souffrir, et à ce qu'il paraît , à cause ds son attrait pour la religion catholique , car elle se trouvait dans un pays protestant, et soutenait souvent des

diseassfons sar des matières de religion , parlant toujours en fayenr des catholiques et justifiant leurs pratiques de dévo-* tion. Elle prit la résolution de ne plus aller au temple protestant.

F6u avant son départ d'Allemagne, dans l'automne de 1881, un grave accident la rendit souffrante et percluse; die resta en cet état jusqu'en 1835 , sans avoir un seul jour de santé. « Mais je ne saurais, dit-elle, assez en rendre des actions de grâces à Dieu , car je ne doute pas que ce ne fût nn effet de sa miséricorde. Elle a voulu me détacher plus eomplètement du monde et me faire sentir le besoin de me consacrer à son service. » A Paris, on consulta pour elle le célèbre Dupuytren , qui déclara qu'elle n'avait que quelques Jours à vivre. Pendant sa maladie, son désir d'être catholique augmentait toujours. Elle ne dormait point et lisait des livres relatifs à la religion catholique. Elle aurait voulu se déclarer À Paris , mais il n'y avait pas moyen : elle était entourée de parents très-mal disposés. Enfin, à Londres, le 10 janvier 1883 , elle découvrit que l'évêque catholique s'appelait H. Bramston. Elle venait d'être dans un grand danger et était fort agitée. Le lendemain, elle demande à sa mère d'écrire à M. Bramston, dentelle avait trouvé le nom dans un almanacli. « Il faut ^ dit-elle, que je sois catholique : il n'y a point d'autre église que l'Eglise catholique romaine , j'en suis convaincue. Il faut que je voie un prêtre. Que m'importe ce qu'en dira le monde? Je puis mourir, et si je meurs catholique cela ne fera tort à personne. Mais il n'est pas d'autre moyen de sauver mon âme. Ma chère mère , si vous m'aimez, écrivez à M. Bramston. »

Sa mère la voyant très-malade n'osa refuser d'écrire ; mais elle se promit bien du moins de rester protestante. Le 12 Janvier arriva M. Gradwel , coadjuteur de M. Bramston. Il eut un entretien avec miss Hartwell, la mère présente, et celle-ci elle-même se convainquit bientôt qu'elle avait été

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dans Terrear. Le prélat leur fît de fréquentes visites. La mère Fécoutait avec intérêt, et commença à observer les pratiques extérieures de la retigion catholique , allant à la messe , se conformant aux abstinences. Quant à miss Hartwell , elle était comme soulagée d'un grand poids ; elle était satisfaite et tranquille et Jouissait même de ses souffrances. Le blfime des gens du monde lui devint indifférent. Elle pardonna à ceux qui s*étaient faits ses ennemis sans aucune provocation. Le mercredi de Pâques, 25 avril 1832 , elle fit sa première communion , ainsi que sa mère , dans la chapelle de Bavière, à Londres , et , deux Jours après , elles quittèrent l'Asieterre pour toujours.

L'étonnement et la colère de leurs parents furent extrêmes. On en voulait surtout à miss, et on ne voulait pas entendre sesexpiications. Elle gémit de ces dispositions et pria pour ces pau vres aveugles. Elle avait toujourssenti une grande dévotion pour sainte Thérèse. Elle se mit sous sa protection , et ajouta son nom , en recevant la confirmation, à celui qu*elle portait déjà. Elle avait aussi beaucoup de dévotion pour saint Louis de 6r6nzague , qu'elle regardait comme son patron. Sa mère , qui s'appelait aussi Louise, était née le jour de la fête de ce saint, et miss, la veille.

Le 18 janvier 1833 , M. le cardinal Wèld leur administra à toutes deux le sacrement de confirmation. Miss Hartwell avait toujours eu le désir de se faire carmélite , mais on l'en détournait à cause de sa santé : on ne croyait pas qu'elle pût supporter les austérités du Carmel. Elle s*était donc rabattue sur la Visitation, mais une rechute de sa maladie, peu de mois avant l'époque fixée pour son retour en Angleterre , la força de renoncer au projet de quitter l'Italie. Elle continua à être très malade à Gènes, jusqu'au commencement de septembre 1835. Alors elle prit une nuit la résolution de se faire carmélite , dès qu'elle recouvrerait la santé. Le lendemain , die se sentit délivrée de ses souffrances; son état dé ftd-

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blesse et de langueur avait disparu et n'est plus revenu.

An 1883. — Le docteur H.-S. Eisenbachy professeur à l'université de Tubing. Il raconte ainsi lui-même sa conversion :

« Je suis né le 29 mars 1 795 , à Bietigheim , dans le Wur« tcmberg , où mon père était grand-bailli , et après avoir terminé mes études je vins à Tubing, mon père ayant été transféré au tribunal supérieur de cette ville. Passionné pour les mathématiques dès ma plus tendre enfance, j'abandonnai à la mort de mon père , l'étude du droit , à laquelle il tenait beaucoup , et j'entrepris quelques voyages , pendant lesquels je m'occupai beaucoup de langues modernes. Je revins, et ne trouvant aucune carrière où je pusse exercer mes connaissances mathématiques , je m'engageai à la traduction de quelques livres. Quelques succès que j'obtins dans ces travaux me donnèrent occasion d'étudier de plus près l'histoire , en sorte que plus tard je composai moi-même quelques ouvrages en ce genre.

« L'an 1823 , je devins professeur à l'école d'application de Tubing, et en 1 825 j'entrai dans l'université de cette même ville , pour y enseigner les langues modernes et leur littérature. Mais un mal d'yeux qui dura plusieurs années vint ralentir mes travaux en cette partie , et m'obligea de chercher une autre place, que j'obtins l'an 1830 à l'école d'application et d'industrie de Stuttgard; toutefois je conservai la faculté de pouvoir retourner à l'université. Mon mal empirait; je devins incapable de remplir les devoirs de ma charge, et ayant obtenu une permission, je me retirai à Gmund, dans la Souabe, pour m'y appliquer au rétablissement de ma santé. Xprès un séjour de cinq mois, je reçus un décret qui me privait de ma place à Stuttgard; je II. i7

«M ÎA DIVINITÉ

retournai ensuite à Tabing , où , le premier Jonr de février , je fus admis dans le sein de FEglise catholique romaine, que mes pères avaient abandonnée dans un moment déplorable. — Voilà quant aux événements extérieurs de ma vie.

« Pour donner sur ma vie intérieure les éclaircissements convenables, je suis obligé de dire avant tout que l'orgueil était ma passion dominante. L'orgueil , du moins relativement à moi-même , était le principal mobile de toutes mes actions.

a Ce qui alimentait cette passion , ce fut la lecture des auteurs classiques de l'ancienne Rome , que déjà , dans le temps dé mes premières études, je méditais, non-seulement pour remplir mon devoir, mais comme étant pour moi la plus douce occupation dans mes heures de loisir ; c'est ainsi que la vertu des Romains devint pour moi le beau idéal. Mon cœur brûlait à la pensée qu'un jour, par mes e^orts et mes sacrifices , je pourrais contribuer essentiellement à quelque chose de grand et de noble. Cette chose, je la plaçais tantôt dans la politique , tantôt dans une action morale quelconque. A la vérité , j'ambitionnais les éloges du monde , mais je me contentais aussi de ma propre conscience , quand je pouvais faire du bien en secret ; car avant tout je cherchais le droit de pouvoir m'admirer moi-même. Avec les années, mainte expérience vint refroidir cette passion des grandes choses , mais j'aspirais toujours à la gloire de passer pour un homme utile à la société et d'une probité rigoureuse. Toutefois, quand je crus apercevoir que mes obligations étaient inconciliables entre elles, et que d'autres fois, par faiblesse humaine, je ne pouvais les accomplir, je perdais courage, je murmurais contre Tordre de ce monde , je désespérais de la vertu , ou bien je m'abandonnais à Tindifférenee et à la dissipation. Ces écarts étaient la conséquence du faux principe sur lequel je fondais ma vertu , et qui devait rendre sans mérite tout le bien que j'aurais pu faire, puisque Je ne

plement admettre la révélation , ou la rc^jetcr purement et simplement ; il faut , en matière de foi , attribuer le jugement définitif, soit à la raison individuelle de chaque homme, soit àTautorité de l'Eglise universelle, c'est-à-dire qu'il faut opter entre le rationalisme et le catholicisme.

« Cependant , si , tout en hésitant encore à prendre un parti décisif , je penchais déjà depuis longtemps pour le catholicisme, c'était par les considérations suivantes:

« V D'un côté, le besoin qu'éprouvait mon esprit d'être Conséquent , et, de l'autre, le besoin que mon cœur éprouvait de .continuer à croire les articles de foi qui m'avaient été enseignés dans mon enfance , conformément à nos caté- :Chlsmes et nos livres symboliques.

« 2** Je me disais que le rationaliste , s'il est prédicateur chrétien , ne peut enseigner dans ses sermons tout ce que .croient ses auditeurs, pour ne pas dire plus, ni ce qu'il croit hd-méme, et que, dans les prières publiques qu'il r.e peut ;Changer, il est souvent réduit à proclamer en présence de Dieu , tant en son nom qu'au nom des fidèles , telle vérité ^Di, à ses yeux, a cessé de l'être. Or, une semblable convoite est déclarée déloyale par beaucoup d'hommes d'hon- ^r, bien qu'elle soit défendue ou du moins excusée par des ministres protestants de Suisse et d'Allemagne, qui, moins I consciencieux sur ce point que plusieurs de leurs confrères d'Angleterre, n'ont pas eu , comme eux , le courage de reiDoncer aux émoluments attachés à leurs fonctions ecclésîasftiques.

. « 3** Une fois que l'on a reconnu philosophiquement la tconnexion intime entre la vérité de la révélation et la néces- ^llté d'une autorité visible et perpétuelle qui la conserve touijonrs pure et inaltérable , v i doit croire aussi que Dieu , qui Bc refuse jamais à l'homme de bonne volonté les lumières indispensables au salut , lui fera découvrir, par le témoigïiage des faits , qu'effectivement cette autorité nécessaire II. \fe.

quels je cherchais une solution y ne m^offrfrent que des sophismes ou bien des preuves superficielles, qui tournaient la plupart dans le même cercle : de plus , la forme acerbe avec laquelle on soutenait ordinairement ces propositions, me détourna absolument d'en parler. Pour un homme qai marche dans cette fausse voie , il n'y a qu*un miracle extraordinaire qui puisse lui accorder la grâce de reconnaître la vérité comme telle; mais vouloir un miracle est une témérité pour celui à qui le droit chemin de la vérité est ouvert. Fidesfidelibus , signa infidelibus : la foi pour les fidèles , les miracles pour les Infidèles. Dans ce sens , je reconnais de tout mon cœur que TËglise catholique , étant la voie prescrite par Dieu même, est la seule qui sauve, et que hors d'elle il n*y a point de salut, à moins que la grâce de Tinfinle miséricorde n'opère un miracle encore bien plus extraordinaire que l'Eglise même avec ses institutions. Loin de moi pourtant que Je veuille juger ou même condamner ceux de mes frères qui vivent hors de l'Eglise catholique : je prie, au contraire, le Dieu de toute bonté de les amener à la connaissance de Ja vérité par des voies que lui seul connaît.

« Je fus sauvé d'une manière tout-à-fait extraordinaire de cet état d'incertitude et d'incrédulité , car je reconnais pour telles les circonstances qui me ramenèrent insensiblement à croire un christianisme positif, et à le professer dans le sens de l'Eglise catholique. Obscures sont les voies de la Providence; mais s'il est permis à Thomme borné d'exprimer des conjectures à cet égard, pour son salut et celui de ses semblables , je crois avoir été conduit de telle sorte , que je ne puis me glorifier que de la grâce prévenante du Seigneur, et qu'il ne reste rien que je puisse regarder comme étant mon propre mérite. Evidemment , je devais être préservé par là de me croire meilleur que d'autres , et de donner place à l'orgueil, qui m'eût privé deJa bénédiction qui sauve et que reçoit même Finstrument indigne.

« Ce qai suit fût la première occasion de mon salât. Je désirais une cliose dont je faisais dépendre tout mon bonheur et qui absorbait toute mon âme ; ii me semblait n*avoir plus qu'à étendre la main pour la saisir , lorsqu'elle faillit , dans le moment même , m*écbapper à jamais. Je fis alors ce que fait un malade sans espérance : il méprise le remède du charlatan , et toutefois remploie, dès qu'il ne peut lui nuire. Je savais que, dans des cas semblables, beaucoup de catholiqnes font des vœux , et j'avais entendu dire que plusieurs, du moins à ce qu'ils croyaient , avaient vu par là leurs souhaits accomplis. Sans réellement y croire, je fis vœu , si j'atteignais mon but , de faire un cadeau à la sainte Vierge et à sa mère sainte Anne. Ce qui me décida à choisir ces saintes, ce fut une joyeuse fête de famille où j'avais assisté depuis peu , et qui me rappela leurs noms les premiers. Immédiatement après avoir prononcé mon vœu , j'eus , comme par une inspiration , une de ces pensées heureuses qui , par un secours inattendu , renversa soudain l'obstacle jusqu'alors insurmontable , et m'assura, sans effort et sans opposition, une victoire qui semblait m'étre enlevée pour toujours. Si Jésus-Gbrist accorde bien des fois à la prière un bienfait , mais un bienfait qui n'est pas indispensable, comme aux convives de Gana, pour obtenir par là un but spirituel, on ne peut pas me faire un reproche de ce que ma conversion à été occasionnée par un bienfait temporel. D'ailleurs Je puis syouter avec confiance que ma foi ne repose. point là-dtsius, car le bienfait demandé si témérairement me fut enlevé plus tard, mais seulement alors que ma foi eut été tellement affermie sur des principes plus solides, que je ne regardais plus la perte de ce bienfait cotnme une puni* tion de mon penchant au catholicisme.

a Pour Tintelligence de ce qui suit , je dois obseiTcr que, malgré mes efforts pour avancer dans la foi , les mérites de Jésus-Christ, en ce qu'ils ont d'extraordinaire, étaient restés

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incomiMi^henstbles ^ur moi. Plus d'une fols j'étais tenté d'y voir une espèce de jonglerie, attendu que d'après ma manière de voir , bien des hommes avaient sou^ert autant, et même plus. Ces idées m'accompagnaient encore aux premières stations. Je me tenais devant , parce que les autres personnes s'y arrêtaient aussi , et j'y faisais quelques prières. Mais tout d'un coup je sentis une influence pleine de bénédiction , et j'éprouvai l'accomplissement de ces paroles du Seigneur: « Là où il y a deux ou trois assemblés en mon nom , je sois au milieu d'eux. » L'importance de la passion de Jésus-Christ, aussi bien que ce qu'elle a de terrible , se présenta clairement à mon esprit , du moins avec assez de clarté pour vaincre mes doutes, quoique je ne pusse pas encore expliquer mes idées nettement à d'autres. Nous étions arrivés à la station du couronnement d'épines. A la station suivante, où Pilate présente le Sauveur au peuple , je fus saisi d'un sentiment profond de la faiblesse de mon esprit , de ma folie jusqu'alors et de ma complète indignité. Dans cet humiliant état , j'essayai encore de disputer avec Dieu et de lui opposer pour ma défense cette opiniâtreté même de ma faiblesse. Je fus surtout accablé d'une crainte pusillanime de ne pouvoir jamais atteindre le bien , me figurant quelquefois qu'à chaque pas que Phomme fait vers le bien, il tombait d autant plus profondément dans le mal. Les derniers doutes furent, levés par une grâce qui me lut accordée à la station suivante, où je vis le Sauveur tombé à terre sous le fardeau de la croix , et j'y reconnus un avertissement symbolique de ne pas nous livrer au désespoir après une rechute dans le péché. Lorsque , plein de dévotion et avec un amour pour Jésus, qui ne s^éveilla qu'alors, j'eus parcpuru touteâ les stations et quitté la montagne, il me vint cette pensée : IVfais l'honneur que jusqu'à présent j'ai rendu aux saints n'est-ce pas une idolâtrie que Dieu a permise, comme il permet bien du mal, pour conduire l'homme au bien? Je recherchai seulement alors si cette doctrine était

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fondée sur TEeritare sainte et sur la raison; mais aassi vite je sentis mes doutes éclaircis et moi-même confirmé dans mes idées. Je me rappelai que, dans la prière même que Jésufr^ Girist nous a enseignée , nous sommes obligés de prier pour nos semUables , et que certainement cette obligation ne nous aurait pas été imposée , si Dieu ne savait faire tourner à leur salut Teffet de nos prières , soit d'une manière y soit d'une autre. Or , si la prière d'un homme pécheur a une vertu si grande, combien plus la prière des saints? Un nouveau doute, si les saints, quoiqu'ils ne connaissent pas tout, ont cependant connaissance de nos prières, fut levé par cette considération, que chaque homme a son ange gardien, et qu'en tout cas, si l'intercession des saints nous est utile. Dieu aura certainement pris les dispositions nécessaires pour leur faire connaître notre invocation. Une nouvelle difficulté ; les saints , pour prier pour nous, devaient-ils être invoqués auparavant? La réponse est que Dieu môme, qui nous aime infiniment et qui nous donne de lui-même chaque bien , veut cependant en être prié : pourquoi donc Tintercession des saints ne deviendrait-elle pas plus efficace par cette condition extérieure , en ce que nous y reconnaissons notre indigence , et que nous y remplissons les devoirs de l'amour, de la vénération et de la reconnaissance? Par ces principes et d'autres , je parvins à me convaincre de la légitimité du culte des saints. Par 1^ et par les autres effets des moyens de sanctification observés dans l'Eglise catholique, je me sentis pénétrer d'un vif désir d'appartenir à une Eglise qui n'avait pas rejeté ces moyens de salut.

« A la fête de Pâques qui suivit , je visitai de nouveau relise catholique de Stuttgard. Elle était remplie de curieux et de dévots. Pendant la grand'messe, un paysan qui se tenait debout non loin de moi , s'agenouilla tout au milieu de l'allée. Vue par derrière, son attitude avait pour moi quelque chose de grotesque , et , dans mon cœur , je me mo-

quais de sa naïve dévotion ; mais Je m'en repentis à llnstant : Je souhaitai pouvoir être dévot d'une manière aussi parfaite ; Je m'agenouillai dans mon bane, et priai Dieu de m*aocord«r une part à la fervente prière du paysan. C'était après la consécration. La grAoe plus particulièrement présente, m'Inonda et me toucha de telle sorte que je ne rougis point de verser des larmes devant tout le monde , ce qui , à la vérité , n'était pas un très-grand sacrifice; attendu que la foule qui me pressait me dérobait aux yeux du plus grand nombre.

« Ma foi était plus appuyée sur des expériences intérieures que sur des preuves rationnelles ; mais depuis longtemps , et dans la prospérité , et dans Tadversité, et dans les tentations victorieuses, elle s'était conservée inébranlable, m'aidant, me relevant et me consolant ; elle avait produit de si bonnes résolutions, elle m'avait si bien aidé à les accomplir, elle avait si bien amélioré mon cœur et mon esprit, que je ne pouvais plus les regarder comme une illusion de mon imagination , et que je considérai comme un devoir d'en faire une profession publique. Je fis part de ma résolution aux pro- .fesseurs de notre faculté de théologie, qui , m*ayant sérieusement averti de ne rien faire avec précipitation et voyant ma résolution inébranlable , me présentèrent encore en peu de mots plusieurs preuves importantes pour me convaincre de plus en plus.

« Instruit sur la manière de faire mon abjuration , j'allai chez M. Pressel , premier diacre , qui jusqu'alors avait été mon père spirituel. AvecTestime que j'avais et que j'ai encore pour ce ministre vénérable et vraiment pieux , c'était pour moi une démarche pénible. La manière calme et approfondie dont il combattit mes nouvelles idées, la sincère amitié avec laquelle il me souhaita la bénédiction de Dieu à mon départ, ont tellement augmenté ma vénération et mon amour pour lui, que je ne puis m'empécher de lui en donner cette preuve publique après notre séparation. Un nouvel et sérieux exa-

D£ JfiSU^-CHRiST. m

J0(i£fi, auquel il m'avait provoqué, ne put ébranler ma çonvictipn , et je remplis lea autres formalités de cette importante démarche.

, « La première chose fut une instruction religieuse près du curé catholique de la ville, M. Schœnv^eiller , directeur de ^'institut Guillaume. Je Testimais en général , mais Je ne i^onnaissaispas encore ses idées ; je ne savais si j'entendrais ^es opinions superstitieuses et outrées, ou bien des opinions nouvelles qui tendraient au moins à une séparation d^avec J'unité, Toutefois , je voulus pousser l'épreuve jusqu'au bout et .pojir cela entendre son opinion sans déguisement, et non pas juae opinion qui se serait accommodée à mes désirs. Dans cette intention , je lui parlai aussi peu que possible de mes opinions jusqu'alors et de mon histoire. Mais celui qui voulait tourner pour mol tout çn bien m'avait conduit à un homme qui, sous aucun rapport , ne laissait rien à désirer* Clair et solide, il me donna partout les idées les plus nettes et les plus dis- .Unctes des plus importantes vérités \ il me les exposa avec une sévère orthodoxie, s'appuyant toiyours des textes de l'Ecriture sainte, dés Pères de l'Eglise et des conciles. Cette admirable doctrine de la justification , qui laisse à l'homme des actions méritoires sans nourrir son orgueil ou le laisser conune indépendant de la grâce, et sans le rendre , d'un autre côté, pusillanime et inactif, ce magnifique trésor de la seule Eglise véritable , il me l'exposa presque tout entier dims les paroles du concile de Trente. Je me souviens tonjours avec ravissement et édification de cette amabilité céleste et transfigurée de son regard et de son visage, quand il parlait de l'amour de Dieu; de sa gravité sombre, de son austérité menaçante, mais douce , quand il dépeignait le péché.

a Lorsque mon instruction fut achevée, je fis publiquement ma profession de foi lé 1*'^ février 1633 , et je fus formellement autorisé à participer à l'inappréciable bienfait des 11. ir.

moyens de salut qa'a reeos TEglise. A la 'vérité , eelle jnfewfon de foi ne fat pas annoncée d'avance, poifr ne point mortifier ceux qui jusqu'alors avaient été mes coreligtonnaires ; cependant elle ne se fit pas non plus j comme le bmit en oounit aussitôt, à^minnit et les portes fermées , mais le matin , à huit lieores, immédiatement après la première messe, dans une église ouverte à tout le monde et en présence d'environ cinquante spectateurs. Je n*anatiiématisai pas non plus, comme on Ta dit, mes pères et mères ou mes frères et scenrs; Je ne Jugeai ni ne condamnai personne , pas même les auteurs des erreurs ; mais Je déclarai que toutes les doctrines que TËglIse rejette, aoathématise et condamne, Je les rqette, les anathémaUse et les condamne de même.

» Si Je promis en outre de croire toutes les décisions de i'Ëglise et de suivre ses commandements , Je pouvais le faire en toute sûreté , attendu que l'on m'avait démontré rigeoreusement, par des textes indubitables de la sainte Ecriture, que TËglise catholique ne pouvait jamais tomber dans des erreurs nuisibles au salut. Si précédemment je ne croyais pas à rEcriturc sainte , parce que je n'avais pas la convie^ tion que ce fût réellement la parole de Dieu , maintenant Je T(ris clairement la nécessité d'une obéissance ainolue a la parole de Dieu , même non écrite , puisque je la reconnais pour telle. Cette ol)éissance absolue n'est pas une oliéissance servile, mais filiale ; car elle a pour principe non la crainte de la punition, mais la reconnaissance pour tant de bienfaits qui nous sont offerts dans les moyens de salut , ainsi que rhumbleaveu de la faiblesse et de l'insuffisance de notre esprit quand il s'agit d'apprédier des vérités si hautes, et enfin la confiance filiale que Dieu acc(»nplira sa parole et qu'il fera faire à son église tout ce qui est nécessaire pour notre salut. Une telle obéissance n'est point une obéissance aveugle , et n'ex<;lut pas la recherche des raisons et des motifs ; seulement nous devons les chercher comme un enfant docile qoi

DE JÉSUS-CRRIST. 999

demande modestement à ses père et mère les motifs de leurs ordres, non pour en faire dépendre son obéissaoce, mais poor accomplir leur volonté selon le vrai sens , qu'il pourrait manquer , s'il s'en tenait à la lettre seule.

' « L« soir du l*' février, je fis encore une confession de toute ma vie. J'avais à confesser des fautes graves et nombreuses , je ne savais si la parole ne m^expirerait pas sur les lèvres ; mais je priai auparavant le Christ présent dans la sainte Eucharistie , j'invoquai la très-sainte-Vierge Marie , saint Joseph , sainte Anne , les saints apôtres Pierre et Paul , tous les saints et mon ange gardien , que je n'eusse point le malheur de commettre aucun péché dans cette heure , ni de rien cacher volontairement. D'un pas mal assuré, mais avec une filiale confiance en la bonté de Dieu, je m'approchai du eonfessionnal, et là j'éprouvai de nouveau la vertu la plus efficace de la grâce. Sans me sentir retenu par la honte, et en général sans aucun effort, je confessai tout ce que je regardais comme essentiel , et , après avoir reçu l'absolution , je rentrai chez moi avec la ferme confiance que tous mes péchés étaient pardonnes. Le lendemain matin , j'eus le bonheur d'être incorporé à la société réelle de Jésus-Christ et de son Eglise, par la réception de la très sainte Eucharistie, et je sentis s'éveiller en moi, pour la pratique des vertus, une énergie après laquelle j'avais vainement soupiré jusque-là. »

An 1837. — A Ne vers, madame Wagner^ épouse de feu M. Wagner, président du tribunal civil à Mayenne, et sœur de M. Inther , professeur de langues étrangères à la cour de Napoléon, abjura les erreurs protestantes. Née dans le centre du protestantisme , madame Wagner avait pour père un ministre de la secte , qui ne négligea rien , dans l'éducation de

fille , pour la prémunir contre les lumières de la foi ca-

SOD U DIVINITÉ .

thoiiqoe. Aussi résista-t-elle longtemps à la Téritéqoi i^élait manifestée plus d'une fois à son intelligence , dès nnstani qu'elle désira connaître par elle-même la base inâ>ranlibli sur laquelle repose la religion catholique. Enfin, pieineoMni. désabusée de ses préjugés et pleinement convaincue de la vérité de la foi catholique , elle reçut le baptôme et fit sa profession de foi au mois de février 1837.

An 1 838. — Conversion d'une famille Druse. — « On Ut dans une lettre écrite en 1838 par Févêque de Tlpasa Içs détails suivants :

« J'admis à mon audience les nouveaux convertis, qui demandaient le baptême : c'étaient le père, âgé de quarante-six ans , la mère de quarante , le second fils de dix, le troisièioe de huit, et le dernier de cinq. Et lorsqu'ils m'eurent témoigné, selon l'usage, leur pieux dévouement, ils m'exprimèrent aiuii leur douleur : le fils aîné , absent depuis plusieurs jours , poovait ne pas arriver le lendemain , et manquer ainsi au bain sa^ lutaire où la famille devait être régénérée. Je les consolai en leur promettant de l'admettre plus tard , s'il persistait dans sa vocation. « Et maintenant, leurdis-je, répondez sincèrement aux questions qui vous seront faites en présence de Dieu et des témoins ici rassemblés. » Le père fut interrogé d'abord. — « 2>. Dans quel but embrassez-vous la religion chrétienne? — R, Dans le seul but de répondre a l'appel de Dieu , qui m'a fait connaître , par son prêtre , que hors de la religion catholique il n'y -a point de salut. — /). Mais n'avez-vous pas quelque autre motif, par exemple des avantages temporels à recueillir, des dangers à détourner?-' B. Seigneur, ne craignez rien de pareil , car, si un motif temporel avait suffi à me déterminer, je n'aurais pas attende si tard pour devenir chrétien ; je me serais empressé alors gue^ requis de servir dans les armées du gouvernement,

DE JËSUS^IHRIST. 301

j'avais ses émissaires à ma poursuite. Aujourdliui ce temps du péril est passé. Voici trois ans que je lis le petit livre de la doctrine de Jésas-Ghrist : les vérités qu il renferme m'avaient convaincu ; mais le courage me manquait encore pour abandonner la religion de mes pères. Enfin , Dieu m'a fait triompher de toutes les considérations humaines, et maintenant je vous supplie de m'admettre dans votre Ëglise où m'a conduit la seule lumière d'en haut , et non le désir d'aucun avantage ici-bas , car la Providence m'a donné le nécessaire pour vivre selon ma condition. — D. S'il en est ainsi, je vous recevrai au baptême ; sinon , je ne puis ni ne veux vous admettre au sein d'une Eglise qui professe le dédain des choses terrestres et la seule recherche du ciei.«— R. Et c'est aussi lé ciel que je cherche, car pour les biens de la terre, j'en pourrais jouir bien plus à l'aise en restant hors du chris* tianisme. — 2>. Et quel nom désirez- vous prendre? — i?. Je voudrais, sauf votre bon plaisir, prendre le nom d'Antoine, et conservant mon nom de famille, je me nommerai désormais Antoine Elmassari. »

« Alors , m'adressant à la femme , qui était agenouillée avec tous les autres : « I>. Et vous, lui dis-je, vous proposezvous les mêmes fins ? n'est-ce point l'obéissance conjugale qui vous faitdevenfr chrétienne? — R. Seigneur, je confesse mon ignorante opiniâtreté. Loin de céder à l'influence de mon mari , lorsqu'en famille il nous parlait de la doctrine de Jésus-Christ , je ne cessais de le dissuader et de le combattre. Puis , il y a peu de mois , j'ai senti mon cœur changé; aujourd'hui j'aime ce que je haïssais, je sollicite ce que je repoussais avec horreur, et je passe des nuits inquiètes dans la crainte de mourir avant le baptême. Assurément ce sont là les effets de la miséricorde divine qui me veut sauver. Je vous conjure donc de me recevoir au sacrement et de purifier mon âme. » En parlant de cette façon , elle versait beaudé larmes. — «/>. S'il en est ainsi, je vous baptiserai; et

quel sera votre nom?— < if. Si tous le permettez Je dioimrai le beau nom de Marie , qui est celoi de la bienhearease Mère de notre iS^igneur Jésus-Christ »

« Enfin Je fis aux trois enfants les mêmes intonogati^MiB; et le plus âgé répondit : c Seigneur, c'est nous qai avons son* vent dit à notre père et à notre mère : Voyez, les autres Bruses 9 nos parents et nos amis , se sont faits chrétiens, fit nous, qu'attendons-nous encore? pourquoi ne demandons-nous pas le baptême ? pourquoi ne cherchons-nous pas aussi à sav^ ver notre âme ? — Est-il vrai , demandâi-je aux parents , que ces enfants vous parlaient de la sorte? — C*est la vérité même , » répliquèrent-ils ; et la mère ajouta : « Souvent ces chers fils pressaient mon cœur de leurs prières : Mère, ne voos opposez plus à notre envie, faisons-nous chrétiens nous aussi. A ces innocentes sollicitations , j^étais émue comme si j'avais entendu la voix des anges. Les fils avalent plus de sens que la mère, ou du moins Dieu les appelait avant moi, parée qu^ils étaient plus dignes. »

a Après m'être assuré de leur ferme volonté et des iafentions droites qui les dirigeaient , je les fis examiner sur les vérités qu'il est nécessaire de connaître, et sur les prières qu'il faut savoir. Le P. François continua de les interroger, et nous les trouvâmes suffisamment instruits sur les points essentiels. Enfin, le chef de cette heureuse famlHe conclut en ces termes : « Seigneur, je vois que nous ne savons pas en» eore bien toutes choses ; mais nous continuerons de nous instruire. Moi-même, à la maison, je donnerai des leçons à mes enfants , et toujours nous viendrons recevoir les instme* tiens du Père missionnaire qui nous a donné tant de soins ai pleins d'amour.

« Enfin, voici poindre le jour solennel de la PenteoMe, marqué de Dieu pour la régénération spirituelle de nos excellents Dmses. De grand matin , je me rendis à l'église oà tout était préparé, où déjà m'attendait une foule de peuple.

Bevètu des insignes pontificaux y assiste des PP. François, lean et Vincent, qui remplissaient les fonctions de diacre, de sons-diacre et de mattre des cérémonies , je m'avançai Jusqu'au senii de la porte où se trouvaient les néopliytes assistés de leurs parrains, MM. les comtes Louis et François Miniscalchi et le comte Burri. En ce moment , tous les visafS^ exprimaient une douce émotion , si vif était le contentemont générai à la vue des grandes choses qui allaient s'opérer poar cette famille exemplaire. La cérémonie commença. Je 4b en latin les interpellations requises, afin qu'elle fussent «Dtecdues des parrains. Le Père François les traduisait en lurabe, pour les faire comprendre aux néophytes. Jamais Je ne vis tant de joie et de componction réunies , que dans les traits de ces heureux enfants d*Adam qui s'approchaient du bain sacré où, lavés de leurs souillures, ils allaient recouvrer la blancheur de Tinnocence. Leur ferveur se fit remarquer davantage qnand on les vit franchir le seuil , baiser le parvis , mais surtout lorsque , invités à dire ce qu'ils demandaient, on les entendit répondre: «Le baptême! » Cette réponse fut prononcée avec un si pieux accent de contrition et d'amour, qu'elle fit verser à toute rassemblée des larmes d'attendrissement. Je leur fis ensuite exprimer de nouveau la détestation de leurs péchés et de ieui'S erreurs ; je .pris Teau , bénite exprès pour cette occasion , et au nom de la très-sainte Trinité je baptisai d'abord le mari , puis la femme, et après eux leurs trois fils, en suivant Tordre des âges. — Les voilà donc, me disais-je en terminant Tadministratiofi du sacrement, ceux qui naguère étaient immondes aux yenx de Bien , devenus ses enfants aujourd'hui. Que leur pureté est chère à ce Dieu pur l que les anges et les saints la contemplent avec allégresse ! Innocence immaculée , heureux qui vous conserve ! heureux aussi celui-là même qui vous perdit, s'il répare cette perte par la pénitence I Innocence, pénitence , vous êtes les deux seuls chemins gui mènent au ciel !

•^ Encore tont ému de ces pensées , Je oonfénd le sacremaïkt de confirmation aux nouveaux baptisés, et aux autres dont le baptême ayait eu lieu quelque temps plus tôt. Je célébrai is sainte messe , et tous je les admis à la table sacrée , à Tes* ception de Tenfant de cinq ans , incapable d'apprécier eetti grande action. Les deux époux reçurent encore un autre ncrement, celui de mariage ; et l'offîce s'étant terminé par il bénédiction solennelle , tous les assistants se retirèrent , knnU le Seigneur des bienfaits quil venait d'accomplir au mlfiM d*eux.

» Un nouvel événement vint ajouter aux consolations de ce beau Jour. A une heure après midi , on vit arriver à il maison paternelle le fils aîné des nouveaux convertis, qd, sur ravis de ses parents , était parti des environs de Balbeck, voyageant nuit et Jour pour se trouver au baptême. A pdie entré , ses parents et ses frères Tentourèrent : « Nous voici chrétiens, lui dirent- ils; notre seigneur le délégat apostolique nous a baptisés ce matin même, car il partira demain* — Et moi , répondit le Jeune homme, resterai-Je donc seul infidèle au milieu de vous? Allons, mon père et ma mère) allons prier le déiégat de me baptiser demain , avant smi départ. » Us vinrent en effet me présenter leur fils, qui m'adressa ses timides mais confiantes prières : « Sdgneur, MUSr moi aussi la grâce que vous avez accordée à ma famille, faites-moi chrétien. » A cette demande, expressicm dune mainte impatience , je ne sus pas résister. J'éprouvai cependant la résolution du jeune homme, en lui opposant quelques difficultés qu'il écarta. Il fut ensuite interrogé sur les dogmes qu'il est nécessaire de savoir, et durant ce rapide examen je remarquai deux choses. — Premièrement, tandis qu'on expliquait la création de l'homme , sa chute , la nécessité de la rédemption, la venue, la passion et la mort do Messie , etc. ; la mère , attentive, émue , retenant à peine ses pleurs, s'écriait:. M Voilà, mon fils, la véritable religioDl

vois comme elle explique toutes choses! que saTions-noos dans notre religion d'autrefois ? Rendons grâces à celui qui nous a fait miséricorde.» Ainsi, la foi donnait à une humble femme les connaissances que les plus s^ges philosophes ont Tainemeut cherchées aux lueurs incertaines de la raison; €lle les donnait entourées d'une éclatante certitude , qui dissipait toutes les obscurités et tous les doutes. Quelle science hamalne, quel système, quelle méthode peut opérer ce prodige et susciter dans une intelligence faible et vacillante une conviction énergique qui exclut le soupçon de Terreur, et qui ne s'ébranle pas , même en présence de la mort ? — Ensuite, lorsqu'on eut exposé au jeune cathécumène le mystère de la très-sainte Trinité , on lui demanda sll comprenait un seul Dieu en trois personnes : « Je ne le comprends^ point , répliqua-t-il , mais je le crois. — • Oui , mon fils , inter* rompit le père, tu dis bien , nous ne pouvons comprendre, parce que c'est là une croyance et non pas une connaissance. » Cette réflexion d'un chrétien novice me frappa , je le pressai d'expliquer sa pensée , et sans hésiter il répondit : « Il est dans la religion des choses que nous devons connaître , et d'autres que nous devons croire. Nous en devons connaître la doctrine et les préceptes , nous en devons croire les mystères. Les mystères qui se croient ne se comprennent point , et c'est pour cela même qu'on y croit ; car ce qui est au-dessus de notre intelligence émane de Fintelligence divine , dont l'immensité embrasse toutes choses et dont l'infaillibilité nous garantit de toute erreur. » Ainsi s'exprimait , par la bouche d'un homme simple et sans études , la plus haute sagesse qui fut jamais , celle qui consiste à reconnaître sa propre impuissance? Et, en effet , ô mon Dieu I dans quels ténébreux abîmes les hommes ne vont-ils pas s'égarer quand vous les laissez marcher seuls I Ceux qui n'ont pas voulu de votre parole pour guide ont couru à la suite de leur imagination insensée , pour aller se perdre parmi les plus stupides.et les

plus honteuses doctriiies ^ faites que nmu ne tai imitkns pis; augmentez en nous la foi par laquelle vous retenez les âmn dans la sphère de votre éternelle vérité I

« Le lendemain ^u point du jour je retournai à l'Oise, et , ratant les cérémonies de la veille , je baptisai le fortnné jeune homme. Il reçut le nom de Joseph; le comte Burri M son parrain. Après le baptême, je lui conférai le sacraneiit de confirmation , et , à la messe que je célébrai aussitôt aprèi, il reçut la sainte eucharistie. On ne saurait eoncevdr la joie du néophyte , dont tous les désirs étaient satisfaits. yint me présenter avec ses remerciments ses vœnx pour mon bonheur; ses parents et ses frères raccompagnaient, et 11 famille reconnaissante voulut tout entière me baiser lei mains. — Puissent les bénédictions du ciel descendre sur on nouveaux disciples d^ FEvangile, et les conserver dans leur innocence et leur ferveur I

« Et vous, Monsieur, veuillez agréer avec oe récit que

je remets en vos mains , pour en user dans l'intérêt de la

piété publique, l'assurance de ma haute considération y

etc.

« Frère Joseph-Ange n^ Fazio,

« Evéqiie de Tipaza, vie. et délégat apostolique. »

An 1838-1839. — En 1838, ving^quatre abjurations de protestants ont eu lieu dans le diocèse de la Rochelle, sa* voir: treize hommes et onze femmes. En 1839, vingt-neaf abjurations, dont treize hommes et seize femmes dans le même diocèse. Au mois de février de la même année , abjuration de sept protestants au séminaire de Grenoble.

— Le dimanche 3 mars 1839, à sept heures du matin, un ouvrier allemand , né et élevé dans le protestantisme , a fait à Marseille son abjuration et a reçu le baptême conditionnel dans la chapelle dite de l'œuvre de la jeunesse pour la classe

OQTrière. La eonversion de cet homme présente des circoDS"» tances où il est impossible de ne pas reconnaître la main de Dieu. Intimement lié avec un compatriote , protestant comme lui, mais qui avait épousé une femme catholique, celui que notre Eglise compte aujourd'hui au nombre de ses enfants montrait toute l'inflexibilité d'un sectaire profondément convaincu. Son ami , étant devenu père , consentit à faire baptiser son enfant par un prêtre catholique. A cette nouvelle, Tautre devint furieux ; il ne se borna pas aux reproches les pli)s sanglants, il alla jusqu'aux voies de fait contre la mère. Pitis tard , et à la sollicitation de sa femme , son ami embrassa notre religion ; nouveau redoublement de colère et jBcène violente sur la voie publique. Le fougueux protestant déclara au néophyte qu'il était un misérable , un renégat , et qu'il serait malheureux toute sa vie. A ces mots , l'autre tire un chapelet, et le présentant à celui qui l'insulte : Avec cela , dit-il , je ne puis plus être malheureux. Le protestant se tait et s'éloigne. Deux jours après , il vient chez son ami , et , se jetant à ses genoux, lui déclare qu'il a résolu d'être catholique , se fait instruire , persévère , et obtient la grâce qu'il sollicitait avec toute l'ardeur de son caractère. On assure qu'étonné d'un si prompt changement , son ami lui en demanda la cause. Voici toute la réponse qu'il obtint : En voyant ton chapelet , j'ai senti tomber ma colère , j'ai été désarmé , et j'ai senti que je voulais être catholique.

— Dans le diocèse de Cambrai , M. Gorelmont , curé de Saulzoir, a ramené dix-huit protestants à l'Eglise, en moins de trois ans.

An 1839. — ' Plusieurs conversions éclatantes eurent lieu en Allemagne. Le comte Frédéric-Guillaume de GœrtZy seigneur ds Schlitz , fit sa profession de foi le 30 septembre , entre les mains de l'évêque de Mayence. Le lendemain , il

reçut la oommnnion pendant la messe épiscc^ale. Ce retour à TEglise catholiqae , de la part d'un protestant aussi distingué par sa naissance que par son savoir, fut le résultat d'une étude de plusieurs années , et de la connaissance approfondie des ouvrages de controverse et des points de divergence qui séparent les deux Eglises. Le noble comte a rendu des services sigpalés à l'instruction primaire , et s'est acquis, par ses vertus domestiques et publiques , l'amour de ses sujets.

An 1839. — Deux dames protestantes, madame la &Ironne d'Ordre et Vùdiàdime de Bresson ^ sa sœur, toutes deux d'origine suisse, abjurèrent le protestantisme à Boulognc-sur« Mer. En la même année , le colonel de Lentulus, protestant suisse , après avoir été instruit dans la religion catholique, a fait abjuration et est rentré dans le sein deVEglise. Impliqué dans le procès réactionnaire de Berne^ en 1832, il avait été contraint d'abandonner sa patrie, et depuis il a été fait commandant de l'artillerie suisse au service du gouvernement pontifical.

An 1839. Le 3 novembre a eu lieu à Bruges une céréroonie des plus imposantes. M. /.-Jlf.-X-CA. Biden, fils de sir Christophe Biden, intendant maritime de la ville d^ Madras, aux Indes, aujourd'hui âgé d'environ vingt-deux ans, né et élevé dans rangiicanisme, s'était d'abord livré à l'étude des lois. Il avait ensuite résolu d'embrasser la cléricature, et s'était rendu, le 3 novembre 1839 , à Bruges, pour s'y préparer, sous la direction do ministre anglican qui habite cette ville. Bientôt s'élevèrent des discussions entre le maître et l'élève au sujet de la tradition et de quelques pratiques religieuses. M. Biden commença à fréquenter les églises catholiques; la majesté des cérémonies toucha son cœur; alors il se mit^à faire des recherches avec une prudence au-

desms de son Age , et s'occupa pendant qnatre mois , avec un professeur du séminaire, à parcourir, dans les originaux grecs et latins , les témoignages des Pères. Muni de ces do- .eoments , il retourna en Angleterre , soumit le tout à la réfutation d'un ministre érudit qui avait été son premier instituteur, revint à Bruges plus catholique qu*il n'en était parti , et se prépara dès-lors au baptême.

Après quatre jours de retraite passés au séminaire pour sa préparation prochaine, il se présenta à Téglise, où se trou- Talent déjà M. i*évéque de Bruges, M. Gorsélis , le supérieur, les professeurs et les élèves du séminaire, ceux du collège épiscopal , et les familles anglaises les plus distinguées de la ville. A cette vue, des larmes échappèrent au néophyte. II songeait certainement à sa famille , à ses amis d'autrefois, à son avenir encore incertain... mais bientôt la grâce l'emporta sur la nature.

Les exorcismes d'usage terminés , M. le professeur Faict rappela les progrès admirables de la religion catholique dans Tunivers, et surtout en Angleterre, jadis si féconde en saints. Le néophyte prononça ensuite son abjuration d'une voix. ferme. Le baptême lui fut administré par Tévêque luimême, M. Berington et madame Thompson remplissant les fonctions de parrain et de marraine. L'évêque lui administra aussi le sacrement de confirmation , puis il commença le saint sacrifice , pendant lequel M. Biden fit sa première communion. La sérénité de son visage annonçait alors le calme et les douceurs que goûtait son âme. Cette belle fête se termina par le chant majestueux du Te Deum , et les assistants demandèrent à Dieu de leur faire voir souvent de pareils Jours de miséricorde.

An 1839. — Un Américain disimgué ^ Alexandre Mit* eheUy a publié, Tan 1839, dans une suite de lettres, une

esqniftn de sa vie ayec les motifs de sa conversion an eatiiolieisme. « Né, dit-il, de parents pieox , favorisé d'ane religieuse éducation , je ne puis me rappeler on temps où Je n'eus pas de pieuses affections. Je suçai , pour ainsi dire, avec le lait de ma pieuse mère, les premiers principes de la religion chrétienne. Les principaux faits du Christianisme furent ineffaçablement imprimés dans mon enfantine mémoire avant que Je fusse capable de les lire dans les saintes Ecritures , quoiqu*on m'apprit à lire de bonne heure. On m^ensei' gna la chute de l'homme dans Adam , et la grande rédemption en Jésus-Christ. J'appris que Dieu était mon créateur , son Fils unique mon rédempteur, et le Saint-Esprit le sanc-* tificateur des pauvres pécheurs. La prière du Seigneur > le symbole des apôtres et le décalogue furent confiés de bonne heure à ma mémoire. Dans ces tenilres années , le culte divin , les solennités de la religion , firent souvent de profondes impressions sur mon esprit. C'est ainsi que la semence de la grâce divine fut Jetée dans mon cœur, et les commandements de Dieu imprimés d'une manière ineffaçable dans mon esprit d'enfant. Dans ces heureux jours de foi implicite et de filiale obéissance. Je n'avais ni crainte ni soupçon que Dieu ne bénit pas les moyens de grâce qu'il a institués pour le salut du genre humain. J'étais virtuellement un bon catholique, quoiqu'on m'enseignât à haïr PEglise catholique comme la mère des abominations. Ce que j'apprenais dans le catéchisme sur la prédestination des uns et la réprobation des autres, ne me donnait point alors d'inquiétudes. Je croyais avec simplicité que si J'aimais et Je servais le Seigneur, sa douce Providence* me protégerait à travers les vicissitudes de la vie, et qu'il m'accorderait des grâces sufQsantés et la gloire éternelle. Or, c'était là substantiellement la bonne et antique foi catholique. Et, après bien des circuits et des égarements , m'y voici revenu. » Vers l'âge de treize ou quatorze ans , Mitebell entendit

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parler pour la première fois de la nécessité d'un ebangement soadaîn , on d*one seconde naissance spiritoelle. I! vit d*hon- Bétes protestants s'inquiéter beaucoup de n'avoir point encore ressenti ce changement instantané. A force d'en enten* dre parler les autres , il conçut lui-même des inquiétudes sur rétat de son âme. C'était vers 1800. Ces nouvelles idées ga^ gnèrent comme une épidémie. La nécessité d'être régénéré par un changement subit et surnaturel, devint à la longue le thème populaire de tous les prédicateurs. On en parlait au peuple comme d'une condition Indispensable du salut , et par tout le pays on invoqua la damnation sur tous ceux qui n'avaient pas conscience de cette grande opération. Ce n'étaient pas seulement les illettrés prédicants des méthodistes et des baptistes qui, respiraient ainsi l'enthousiasme, mais encore bien de savants ministres presbytériens. C'était comme Taurore de la grande régénération , ou plutôt comme un tonnerre sourd qui précédait la tempête. Les perturbations mentales du peuple commencèrent bientôt d'affecter les corps. Dans certaines occasions, il en tombait souvent à terre, comme il en tombe dans une bataille. Et quand ils revi-* valent , supposant qu'ils avaient subi la grande opération , ils témoignaient une joie indicible. Ces agonies convulsives ressemblaient aux douleurs d'une femme en travail, et paraissaient vraiment comme les angoisses d'une seconde naissance. Maints vieux professeurs de religion , distingués par leur vertu et leur piété, déclarèrent n'avoir jamais rien compris à la régénération, jusqu'à ce qtf'ils eussent expérimenté ces exercices temporels. Un entre autres , en sortant de ses convulsions , et paraissant encore dans la ferveur de l'inspiration > s'écria: « Le passage à travers la régénéra- • tion est comme le passage à travers le trou d'une petite a tarière. » Et tous devaient être poussés à travers cet étroit passage de la régénération , ou bien être perdus à Jamais. Telle était la manie dominante de ces temps I

M« LA MYOriTÉ

If. Mftebell était entré dans la seete de M. Slone, et y resta, quoique ses parents s*en fassent retirés de bomie heure. Stone était un homme agréable et insinuant , qui s'était attaché le jeune homme , lorsqu'il était encore son mi* nfstre presbytérien. Quand il était pressé dans la dispute , jl reeulait Jusqu'aux dernières extrémités du sodnianisme, jusqu'à nier la sainte Trinité. La pieuse édoeation que M. Bfitehell avait reçu le retint au bord de ce précipice. Une vive crainte d'être dans une mauvaise vole s'éleva dans son eq^rit. Son âme soupira après le pur et primitif christianisme. Il avait soif du fleuve limpide de la fontaine originelle. Il chercha dès-lors avec une grande soliicltu4^ la bonne et ancienne route, la route sur laquelle avaient marché les anciens pères. De plus , au jpilieu de l'anarchie dont il était témoin , il avait remarqué que le peuple suivait près» que toujours la direction de son ministre, ce qui le ramena Insensiblement au principe si naturel de l'autorité.

Vers ce temps , dit M. Mitchell , j'entendis parler d'on caractère extraordinaire, M. Hill, prêtre catholique de Cincinnati. Il était d'une noble famille d'Angleterre, et avait reçu l'éducation la plus soignée ; il avait servi longtemps dans les armées britanniques sous lord Wellington , et s'était trouvé comme capitaine à la terrible bataille de Waterloo. Mais il avait renoncé à tous les honneurs du siècle et à tous les avantages auxquels son caractère élevé etses services pu* biles loi donnaient droit , et était devenu un humble ministre dans TEglise catholique romaine. En entendant tracer Tesquisse de son caractère et de son histoire, je fus rempli d'étonnement sur les motifs qui pouvaient l'avoir déterminé à faire un choix si étrange. ïlt une pensée me frappa , qu'il pouvait bien avoir eu Foccasion d'explorer les anciennes histoires de l'Eglise , et me donner ninsi les renseignements qui me manquaient sur les temps primitif. Et après quelques réflexions, Je m'aventurai à loi écrire une

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lettre^ le qoestionnnait sur les andennes mcears et les doetriaes de la chrétienté* 11 me répondit bientôt de la manière la pins franche et la plus amicale , me donnant nn court ré^ samé des formes da calte chrétien dans les anciens temps , avec des extraits fort intéressants des premiers pères. Et il m'invita, si Jamais j'allais à Cincinnati, de venir le voir. Il ne se passa guère de temps avant de m*y rendre, et J'eus l'avantage de lui foire une visite» J'en fus bien récompensé , car je trouvai en lui tout à la fois un gentilhomme spirituel et accompli , et un humble et fervent chrétien. Il était aisé et agréable dans ses manières , très-condescendaïkt et communieatif. Je l'estimai un de mes meilleurs amis jusqu'à sa mort.

M. HIH me montra que les cérémonies étaient nécessaires pour l'ordre du culte divin ; que celles de l'Eglise catholique exprimaient et excitaient de pieuses affections; qu'enfin elles remontaient jusqu'aux premiers âges de TEglise. Sur robservation que je lui fis que les baptistes invoquaient aussi l'antiquité pour leur usage de baptiser par immersion , il répondit qu'à la vérité tel était l'usage commun dans les premiers temps , mais que ce mode était en soi une chose indifférente, la substance du baptême ne se trouvant pas moins dans le mode contraire. Il cgouta que les baptistes, dans leur zèle tracassier pour le mode, avaient perdu de vue la substance , et paraissaient absolument ignorer la vertu et refficace du baptême chrétien. Dans les premiers temps , suivant Tordre de Dieu, le peuple était baptisé pour la rémission de ses péchés , et voilà ce qu'on appelait proprement régénération. Mais maintenant ii faut qu'on professe être né de nouveau et qu'on sente que ses péchés sont pardonnes, avant de pouvoir être btiptisé I A l'instant même, dit M. Mitchell , je vis et je sentis la force de cette observation. Plus j'y pensais , plus elle faisait d'impression sur mou esprit. Mille fois j'avais lu et entendu la proclamation de l'apôtre

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