‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 39 sur 39 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Ma communion. — Amour de Dieu.

C*èst à la chapelle de la sainte Vierge , à Saint-Sulpice , qUë jfe coînmuniai en 1811, et je puis dire que ce fut là ma première communion. Je me donnai tout entier à Dieu , et féprôttvai la yérité de ce vers du Dante :

Tanto si dà quanto truova d'ardore.

« Dieu se donne à nous d'autant plus quil trouve en nous plus d'ardeur. » La communion me fit connaître Famour divin , je ne songeai plus qu'à servir Dieu et à être utile aux hommes. Tous les biens du monde me parurent de la vanité , je voulus me dévouer à soigner les malades dans les hôpitaux , je désirai entrer au séminaire et passer dans les pays de mission. Je ne pouvais plus comprendre que j'eusse aimé quelque chose en dehors de Dieu. Qu'était-ce que la grandeur des sites , la beauté que j'avais contemplée dans les tableaux de Raphaël et du Guide à côté de la beauté infinie de Dieu ? Qu'étaient la bonté des hommes et leur puissance, en comparaison de Dieu? Dieu m'aime, me disais-je , Dieu a voulu souffrir et mourir pour moi. Ces pensées me ravissaient. Non, je n'oublierai jamais Tatnour qui se répandit dans mon cœur après ma communion de Saint-Sulpice. C'est de là que datent pour moi le désir du martyre, l'amour du séminaire , les vœux ardents pour la vie contemplative. Je me vois encore dans une des rues de Paris où je passais souvent, în'écriant : mon Dieu î je voudrais mourir pour vous I Je me vois encore à la Charité, près dû lit des malades; je me rappelle les délices que j'éprouvais dans mes promenades

à Aulnay an lever du soleil , mes lectures, mon désir desonffrir, tout cela ne venait point de moi, mais de la communion.

Les cérémonies de TEglise avaient jusqu'ici été une lettre morte pour moi.

Ce n'est que lorsque J'en connus toutes les raisons, que je compris leur langage symbolique , qu'elles devinrent une expri'ssion tendre de l'amour qui était dans mon cœur, (kapakdant ce n*est que bien plus tard que j'ai compris la croix, et que j*ai senti que le Calvaire était le plus grand des spectacles pour rbomme , puisqu'il nous révèle la grandeur de Tamour de Dieu pour nous; le prix que nous devons attacher h notre âme , puisque Dieu a tant souffert pour elle ,* rhorr^ur que nous devons avoir pour le péché, puisqu'il n'a pu t^tre efface que par le sang dHm Dieu.

J« ne puis mieux fhire connaître les sentiments qui remplissaient mon cœur qu'en rappelant ce que saint Angostin disait at^rès sa conversion. J'éprouvai tout ce qull a si bien w prime. Vous comprendrez, mon cher ami , que je ne vois (H> cela qu un rapprochement de situation d'esprit et de CQMir^ et non pas un parallèle avec cet homme admirable dont la srioirt» e$t consacrée par les siècles.

* Je v^His aime. Seigneur, et ce n'est point avec doute, ttwis a\ifc Cf rtîtnde • que je sais que je vous aime. Vous ^\t^$ (V^-^jMV nvn cteur par votre pan>!e, et aussitôt je vous ai ai«^<^ ^ et xx^Ià que de towt« parts^ et le del , et la terre, et hmtr^ îff*$ eh^vssc? qu^h? nrnfenr.er.î • me dîsenfde vous ainH>r eî n^ Oc^s^-nt de le dîn:» .i tous te bommcs . afin que, *^ifc^ iw^ >\nr^ ^'.^m^t^t p» • iî$ $i>kr.î sans excuse,

♦ VHt>*n>^>? .Kh^.-' . ^S TrKv:: Dka , K^rsque je voos aime ? <> ^>V<s^ ni vv ^;^t \ j^ .k Sfia:: ij^ns îf monde rfàble , ni ce ^«^ l<* vy'xvNhH^NiK» x!n ^rrr:rui Tfc.xRs ^i^^rtent d.iiST«ible« ce wiM wt l^v^:^! i^e U '5-^wf .1^: ^i^ y^«x »ct diarrocs, ni

RISTOIBë D'UN£ àM£. 4a»

deor suave des fleurs et des parfums ^ ni le miel , ni tout ce qui peut charmer dans les joies du monde.

« Ce n'est rien de tout cela que j'aime lorsque j'aime mon Dieu^ et néanmoins c'est comme une lumière , une voix , un parfum, un aliment, et encore je ne sais quelle volupté que j*aime lorsque j'aime mon Dieu, lumière, voix, parfum, aliment , volupté que je goûte dans cette partie de moi-même tout intérieure et invisible, où brille aux yeux de mon âme une lumière. que ne borne point Tespace; où se fait entendre une mélodie dont le temps ne mesure pas la durée; où s'exhale un parfum qui ne se dissipe point dans l'air; où je me nourris d^un aliment immortel que mon avidité ne peut ni diminuer ni détruire ; où je m'attache étroitement à un objet aimable , sans qu'il y ait jamais satiété dans les délices dont m'enivre sa possession.

« Voilà ce que j'aime lorsque j'aime mon Dieu. Et qu'est> ce que cet objet de mon amour ? Je l'ai demandé à la t^ie, et elle m'a répondu : Ce n'est point moi ; et tout ce qu'elle contient m'a fait la même réponse. Je l'ai depi^andé à la mer, aux abîmes , et à tout ce qu'ils renferment de vivant , et ib m'ont répondu : Nous ne sommes point ton Dieu | cherche au-dessus de nous. J'ai interrogé l'air que nous respirons, et l'air m'a répondu avec tous ses habitants : Je ne suis pas Dieu. J'ai interrogé le soleil, la lune, les étoiles: Nous ne sommes point le Dieu que tu cherches, m'ont* ils répondu» J'ai 4lit ensuite à tous les objets qui m'environnent : Puisque vous n'êtes point mon Dieu , apprenez-moi du moius quelque chose de ce qu'il est, et tous ont élevé la voix et se sont écrié : C'est celui qui nous a faits. J'ai donc demandé atout l'univers quel est mon Dieu, et l'univers m'a répondu : Ce n'est pas moi, mais celui qui m'a fait. »

Je compris alors que l'amour est la fin de tout j que tout est vanité sur la terre, et qu'il faut aimer Dieu et ne servir que lui.

L'image de Dieu est partout. La lumière du soleil nous

présente un certain éclat de sa gloire et de sa mig'esté? La durée du temps, le cours perpétuel des rivières, nous offrent quelque trace de son éternité. Nous voyons quelque rayon de sa beauté dans l'émail des fleurs et dans les couleurs de Taurore. L'instinct des animaux, qui passe notre intelligence, nous retrace quelques vestiges de sa sagesse. La fécondité de la terre , qui produit toujours sans jamais se lasser, nous parle de sa bonté infinie, et la vaste étendue des deux noas montre son immensité. Enfin toutes les créatures portent quelques traits de ses perfections , et nôtre âme comprend toutes ces merveilles, et s'élève jusqu'à lui.

Qu'on ne dise donc plus qu'en aimant Dieu on aime quelque chose d'invisible ; il resplendit dans tout ce que nous aimons , ou plutôt il est ce que nous aimons dans tous les objets créés. Tout ce qu'il y a de beau , d'aimable , de gradeux dans les créatures n'est qu'une goutte d*eau auprès de Tocéan des beautés et des bontés de Dieu. Mais c'est surtout le soin de sa providence qui confond notâre amour. Bonté infinie, il semble que vous n'aimiez que moi seul au monde, et que vous ayez abandonné le reste des hommes pour n'aimer que moi. Tanqvàm omnium sis ohlitus et de me solo sis sollicifus.

Je revois encore par la pensée un crépuscule d'Aulnay, qui me rappelle une des prières les pluâ vives que j'aie adressées au ciel , et une nuit étoilée qui m'a porté pour ainsi dire aux pieds du trône de Dieu.

Ceux qui ont été religieux ou qui le sont ont connu et connaissent un monde inconnu aux autres hommes.

Ma vie peut se diviser en deux parts :

Un premier travail de la lumière pour chasser les ténèbres de mon esprit ;

Un travail de l'amour divin pour chasser les affections terrestres. Le récit de ce second travail sera l'objet de la seconde partie de l'histoire de mon âme. Je ne sais pas encore quand je l'écrirai et si je l'écrirai.

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