‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 38 sur 39 · CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn

Dcpst Je GrcBofalc' — Anme à Pasif.

Je Usais habitncilnMnt le JKprrvfv. La articles de M. de Fontanes snr madame de Staël et sur M. de Ghâteanbriaa^ ieJomrdes morts, les vcr adresses à Illhistre diantre do Martyrs , m'avaient inspiré poar le grand-maitre de ITnivcrsité la pins grande confiance. Je hn écrivis poor loi demander de me donner nne place anprès de hn. Je liû fis ma demande en prose et en ven. Je reçns deux lettres^ M- de Fontanes me donnait qoelqQe espérance. Je pris la résolotion de partir pour Paris, et je disposai tout poor ce Toynge.

J*obtins de mon père et de ma mèie lenr consentement , perce <pilb ne croyaient pas qne j'en «serais sitftt ; mais ma détermination était prbe. Je ne pensais pins qn'à Texécnter. J^avajs on parent a qœlqQes lienes de Lyon; je dev^s m'arréter qadqoes joors cbez loi. Habitoé comme je Tétais par mes herbortsatîoiB à ^re de grandes courses à pied , je me levai on joor à ciu] henres dn matin , c'était an mois de mars t $10; je sortis de ma chambre , et je descendis i^escalier. Je trouvai ma sienr ainee, qui avait compris la Teille ma re^sotntioQ . e!Ie m'attendait. Elle m'embrassa en pleurant . et voulut me donner tout ce qu'elle possédait de plus pr^<wi\ pour me servir en cas que j'enase besoin d^argent

Je n^oublierai jamab son émotion. Je lui dis adieu en pleurant . et me >oilà lon^Kant tes tenn^osesdu jardin de Grenoble

et me dirigeant vers la porte de France, traversant Voreppe, Moîrans, Rives, laissant derrière moi ces montagnies et cette vallée où s'était passée mon enfance, et où j'avais commencé ma jeunesse. Quand l'iiorizon se développa devant moi sans être borné de tous côtés par des rochers , il më sembla qub j'entrais dans un autre monde et une vie nouvelle.

Je me retournai , et fis mes adieux à nos montagnes. Et je me souviens moins de mon regret en les quittant que de ma joie , quand je les revis en 1812 ^

' Je me rappelle encore mon émotion. J'arrivai de nuit au pied des montagnes de Yoreppe, je descendis de la voiture, je courais en avant ; la lune était voilée , je cherchais avidement à reconnaître tous las lieui que j^allais revoir. Les souvenirs de mon enfance passée dans les Alpes sont si vifs, que toutes les circonstances en sont encore présentes à mon esprit. Tout ce qu'on dit de l'amour des Suisses pour leurs montagnes, et du mal du pays qu'ils éprouvent, ne m'étonne pas.

Les souvenirs de mes herborisations ont eu longtemps pour moi un cbarme inexprimable. Toutes les fois que j'ouvrais mon herbier, je me rappelais les lieux où j'avais cueilli telle ou telle plante, les oiseaux que j'entendais chanter en ce moment au-dessus de ma tète, le mouvement de l'air dans les feuilles des arbres, le nuage qui passait dans le ciel, tout m'était présent. Je comprends ce matelot qui , né dans un vaisseau , mourut lorsque ce vaisseau fut hors d'état de se remettre en mer, et que les planches en furent dispersées. Cette anémone me rappelle un soir où je m'étais perdu après avoir cherché des plantes toute la journée : j'avais trouvé cette magnifique fleur près d'un précipice au-dessous d'un rocher qui dominait la Romanche. J'étais descendu dans ce précipice. Le jour tombait, je ne savais de quel côté me diriger. Enfin j'entendis les sonnettes de quelques vaches. Un berger me remit dans mon chemin, et je rentrai dans lechâlet* A la vue de cette gentiane, je suis encore saisi de Taspect d'un chalet de Charousse; je vois encore le rocher qui était auprès , la prairie d'un vert admirable où paissait un beau troupeau. Je revois la Grande-Chartreuse , la prairie qui l'entoure , la chapelle de Saint-Bruno , en jetant les yeux sur ces campanules blanches que i'ai cueillies à la porte du couvent.

Combien de fois je me retournai vers Grenoble ! que de peine j'avais à m'arracher de l'aspect de cette belle yaliéel

De Bourgoing à Lyon je pris les voitures publiques , ainsi que de Lyon à Paris. Le souvenir de ce voyage le plus présent encore pour moi, c'est, près de Fontainebleau , l'aspect de toutes ces petites voitures-dont les cocbers criaient : Paris! Paris / Ce mot était magique. La curiosité me soutenait. Je croyais que j'allais entrer dans une ville d'or et de marbre; tous les bommes que je devais voir m'apparaissaient comme des géants. Quelle fut ma surprise quand on me dit : Voilà Paris, et que je me trouvai dans le faubourg Saint-Marceau I Je ne pouvais revenir de ma surprise. Je descendis dans un bôtel de la cour du Commerce; je pris là une petite cbambre très-modeste, et je me bâtai d'aller rue Daupbine chez un jeune homme avec qui j'avais herborisé dans nos Alpes , et qui depuis deux ans était à Paris. II me conduisit partout. J'étais pressé de voir mon professeur de mathématiques , et je me rendis qaelq[ues jours après mon arrivée au séminaire de Saint-Sulpice. Je trouvai là M. David ; il me reçut très-bien , et me présenta à un ecclésiastique qu'il me dit être notre compatriote. Je n'entreprendrai pas de peindre l'impression que me fit l'abbé Teysseyre; je sentis pour lui un attrait irrésistible. Je promis de le revenir voir souvent, et j'ai tenu ma parole. Je puis dire comme saint Augustin parlant de saint Ambroise:

<c C'était vous, 'Seigneur, qui me meniez invisiblefloent vers lui afin que , m'ouvrant les yeux , il me menât ensuite vers vous. Je commençai aussitôt à l'aimer. J'étais sospeiKdu tout entier aux paroles qui sortaient de sa bouche. i>

Je voulus être présenté aux personnages les plus marquants de cette époque, et vis successivement MM; d^ Cbateaabriand, Bernardin-de- Saint- Pierre, Palissot, 'Anddeux, Saint- Ange, de Talleyrand, de Bonald, MM""*"' de Staéi, de Genlis , de Laval, de Coigny. \

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Paris était alors rempli du mouTement des fêtes du mariage de Napoléon. Nous étions en 1810. Je partageai ma vie entre les cours publics au Collège de France , mes travaux littéraires , le Théâtre-Français , le Théâtre-Italien , le Musée, quelques promenades autour de Paris, à Bellevue, Versailles, Chantilly, Morfontaine, Ermenonville. J'allai aux Français entendre Talma, et je me rappelle encore l'impression profonde que me firent les Horaces, Je pleurai d'admiration en entendant ce vers du vieil Horace à ses enfants :

Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux.

Ce sentiment de Tadmiration a toujours été un des sentiments dominants de ma vie , et ce vers un de ceux que j'ai le plus goûtés.

J*allai passer au Musée, où se trouvaient alors les plus beaux tableaux de Pltalie, des journées entières en eontemplaition. Je recherchais surtout dans la peinture Télégance des poses , la perfection du dessin , Fexpression et la pensée.

La beauté des* formes antiques, la pureté du langage, l'harmonie des sons mettaient mon âme en relation avec un monde idéal dans lequel j*aimais à vivre. L'année où j'arrivais était l'année de Texposition de VAtala de Girodet et de VEndymion. Ces deux tableaux me charmèrent ; mais j'étais toujours ramené aux peintures de l'Italie, à la sainte Famille et au saint Mchel de Raphaël. J'entendis aussi madame Grassini , et plus tard madame Pasta.

La poésie et la musique me révélaient le langage de l'âme dans l'éternité ; aussi jamais je n'ai cru que les arts dussent se borner à une simple imitation de la nature ; ils peuvent servir à nous faire comprendre cette beauté idéale que l'âme perçoit et qui n'ajpas de nom ici-bas. Je n'ai jamais trouvé la moindre beauté dans l'école flamande, qui

tude! ô seule béatitude I II me disait souvent, en faisant allusion aux difilcultés que certains hommes opposent à la religion : « Si les vérités matliématiques obligeaient dans la pratique , il y aurait peu de personnes qui croiraient aux vérités mathématiques. » Le miel découlait de ses lèvres. M II faut s'engager hautement dans le monde , me disait-il sans cesse. Faites profession de vos croyances, vous serez défendu même par ce qui perd les autres , par le respect humain. » Un jour je rencontrai dans sa chambre le duc de Bohan, et il nous dit en nous présentant Tun à Tautre: « Faciem cuntis in Jerusalein^ voici la figure de quelqu'un qui va à Jérusalem. » Depuis la mort de M. Teysbcyre , M. de Rohan et moi nous nous sommes tous deux faits prêtres.

Je racontai toute ma vie. à M. Teysseyre. Il me parla de la nécessité de me confesser et de communier. Je savais tout ce que les protestants et les philosophes opposent à la eoufessiou et à la communion. Mais il m'était impossible , depuis que je reconnaissais l'autorité de Jésus-Christ, de ne pas voir dans ces mots du Christ aux apôtres : « tout ce que vous lierez et délierez sur la terre sera lié et délié dans le ciel, » l'établissement du pouvoir d'absoudre les péchés; et dans ces paroles : « ceci est mon corps , » l'établissement de la communion. L'argument qui m'a le plus frappé en faveur I de la confession auriculaire et de de la transsubstantiation, " c'est (|ue les Grecs , les Nestoriens, et des sectes séparées de rKî4Hse romaine depuis pHis de douze cents ans, pensent sur ei^ point comme les Latins. Je fis tout ce que M. Teysseyre voulut, et je trouvai une grande joie à suivre ses conseils. Il m'a donné cette grande leçon : « Faites toutes vos actions eonnne hI vous deviez mourir après les avoir faites. » L'Esprit nhlnl otnlt en lui , c'était un ange.

Uuiuul 11 est mort, c'était le 23 août 1818, j'étaisàToulouwti... Je l'ai prié... Tous si»s amis ont fait comme moi, et

HISTOIB£ D'UNE àMë. 427

nous lui avoDs tous appliqué ce verset de l'Ecriture : ConsummcUus in brevi explevit tempora multa.

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