ld. xv
348 j Ésus-olllS'.
qui ln'a préservé de cet aveuglement, je ne demande en finissant qu'unc grtce : c'est de le suivre au supplice, de l'aider à porter sa croix au Calvaire, et d'y mourir avec L v .
Voilà ce que j'aurais dit, avec une [ranchise sbple et craie, dans le procès qui se déroula devant Pilate. Voilà ce que je dis dans sa révision.
Mais que fais-je de défendre mon Dieu et d'accuser ses ennemis? J'ai bien plnt5t à me défendre moi-même. Car ce ne sont pas les Juifs, ce n'est pas M. Renan, c'est moi, c'est nous chrétiens, c'est JÉss lui-même qui reste coupable et responsable de l'iniquité qui, en son nom, a continué à verser le sang des justes. C'est ce que 5I. Renan a déjà insinu, c'est à cette moralité qu'il revient et par elle qu'il termine :
« Hélas! il faudra plus de dix-huit CelltS ans pour « que le sang qu'il va verser porte ses fruits. En son « nom, durant des siècles, on infligera des tortures et « la mort à des pênseurs aussi o51es que lui. Au jour- « d'hui encore, dans des pays qui se disent chrétiens, « des pénalités sont prononcées pour des délits reli- « gieux. Jésus n'est pas responsable de ces égarements. « II ne pouvait prévoir que tel peuple à l'imagination « égarée le concert'ait un iour comme un affreux Mo-
NOU ELLE PASS|O. T. 3 lt « loch, avide de chair brSl6c. Si au lieu de poursuivre « les Juifs d'une haine aveugle, le christianisme eùt « aboli le régime qui tua son fondateur, combien il « eût été plus conséquent, combien il eût mieux mé- « rité du genre humain' ! »
Ainsi, ce n'est pas sur Pilate, ce n'est pas sui' Judas, ce n'est pas sur les Juifs, c'est sur le Christianisme et en ce sens sur Jtsus lui-même que retombe l'odieux de tout ceci.
Mais sur qui retombe l'odieux de cet odieux...?
Du reste, pour mieux assurer cette conclusion, M. Renan, eu même temps qu'il charge le Chri»tianisme, s'attache encore une fois à décharger les ennemis de JÉStS-CnRST. Comme si le sang qu'il veut effacer de leurs mains et de leur front reparaissait toujours pour l'accuser de complicité, il ne craint pas, dans un chapitre spécial ayant pour titre SOtT ,S rrtEaltS r,E JÉscs, d'insulter à la conscience humaine, à la Providence et à l'histoire, en présentant Pilate « comme ne « songeant pas un moment, dans sa retraite, à l'Ci- « sode oublié qui devait transmettre sa triste renom- « mée à la postérité la plus lointaine. » ttanan, « passant pour un des hommes les plus heureux de « son siècle, et le vrai coupable de la mort de Jésus
l. ie de Jésus, p. 412, [ 13.
« finissant sa vie au comble des honneurs et de ]a con- « sidératiou; » et eufin de Judas, qui ne parait avoir d'autre tort attx yeux de M. Renan que de s'être repenti de son crime, il dit avec un raffinement d'impiél6 morale - « Pe«t-être, retiré dans son champ de « llakeldama, » (c'est-à-dire champ &« san/, comme il fut appelé par les Juifs eux-mêmes, parce qu'il avait été acheté du prix du déicide') « Judas mena-t-il une « vie douce et obscure, pendant que ses anciens amis « couquéraient le monde et y semaient le bruit de son « iufimie ... »
Si, entrant dans la voie que m'ouvre M. Renan, je voulais me dolmer comme lui la licence des conjectures, je pourrais dire - Pe«t-êt'e que Judas n'est pas morl, et qu'il est resté Yagabond sur la terre... Peut- «:tre que, possédé toujours du ,nëme esprit d'apostasie et de liaine qui l'anima, il cherche en tout temps à trahir le Fts ¢. L'HOIIE par un baiser... Peutêt,'e que M. Iênan n'est que son pseudonyme, et que l'lscariote est le véritable auteur de la lïe «le Jésus... Chimère! direz-vous. J'en conviens. Cependant, chimère pour chimèr% celle-ci n'est pas c6ntre toute Yraisembhmce morale, comme celle de bi. Renan.
Il est certain, en effet, que l'esprit de Judas, cet Esprit qui entra en lui quand il eut commis son sacrit. Actes, i, 18, 19.