CHAPITRE XII
MOBT DE JËsus-cHIIST
Il faut que nos lecteurs se résignent à une nouvelle dou]enr, celle de voir le supplice de Notre-Seigneur JEst'S-(',tlttST dégradé et aggravé par M. Renan. l:idèle, en effet, à son parti pris d'altération de l'Évangile, au seul gré de son intérët d'impiété, il va suivre le divin récit à la trace, pour éviter, supprimer ou ettacer tout ce qui porte un caractère historique de grandeur divine et de vérité.
Sa méthode est toujours, pour cela, des plussimples. Une circonstance, un trait, quelles que soient ses conditions historiques d'attestation, n'est jamais vrai, ou faux, ou douteux eu lui-mëme : mais il/e devient par rapport à sa portée dans le débat.
Il'où il suit qu'on est toujours sûr avec M. lenan de savoir quels sont les traits qui portent, qui concluent, qui ont une grande valeur de témoignage et de vérité.
Ce sont tous ceux qu'il révoque en doute, qu'il dissimule ou qu'il altère.
SA MORT. 353 Par là, son livre a une utilité rare, je ne saurais top le redire; c'est le criterium à cont'a'io de la vérité de notre foi.
C'est ce que nous avous t,il jusqu'ici; c'est ce que uous allons voir encore jusqu'au bout.
La réflexion que nous avons faite, au début du chapitre précédent, sur le caractère du récit évangélique de la Passion de NOTRE-SEIGNEUR JÉ St: s-C 11R 1 s T, grandit, ce semble, davantage encore à mesure qu'on arrive à son supplice et à sa mort. Ces instants solennels se contractent, en quelque sorte, sous la plume des Évangélistes, en des traits de plus en plus sobres, précis, comptés. Aucun détail oiseux ; aucune réflexion propre; aucun tremblement d'émolion. Tout, jusqu'à un iota, y est dicté par la vérité même et buriné par l'authenticité. C'est un Testament, reçu par les officiers publics de l'histoire. Ce sont les yVovissbna l'erba de l'Amour éternel s'immolant à la Justice infinie pour le salut du monde, recueillis par une piCWfiliale dont le respect gat'antit la fidélité. C'est tout le passé prophétique et tout l'avenir Évangélique témoin et garant de la vérité de ce point éternel où ils se consomment. C'est enfin la loi de grâce ou de r6probation éprouvée à jamais par la vie ou par la mort du monde.
35 JÉSUS-CHBIST.
C'est à cela que vient s'attaquer M. Renan. C'est au pied de cette croix que le serpent de sa critique se replie, exh;fic sou "«cuiu, et Jse ses dents.
Il commence par priver la ¥ictimc de l'intérêt compatissant de cette foule pieuse et de ces saintes femmes qui la suivaient en pleurant sur le chemin de son supplice. Et pom" effacer cette circonstance rapportée par saint Luc, honoi'ablc pour la natm'e humaine, et que tous les bicntaits dont JÉ s u s avait semé la Jndée rendent si vrfiscml)lable, il lui sfffit de cette simple note : «La « circonstance, Luc, xxm, 27-31, est de celles où l'on « sent le travail d'une imagination pieuse et attendrie. « Les paroles qu'on y prête à Jesus n'ont pu êtJ'e écrites « qu'Très le siAge de Jérusalem . »
Ces paroles, on doit se le rappele', sont celles où le Sauveur, reportant (bonté admirable dans un tel moment !) sur ces saintes femmes les pIeurs dont il était l'objet, prédit les horreurs du sac de Jérusalem. C'est le témoignage de divinité résultant de cette prophétie qui nous vaut cette suppression.
0' cette prophétie est rapportée ailleurs par saint Matthie(t et par saint Marc, et finalement avouée par M. Renan lui-mëme, comme nous l'avons vu à la fin de notre chapitre sur les prophéties.
C'est donc gratuitement que M. Renan, pour la nier,
Vie de Jésus, 4 t 8.
s,« ,X[0nT. 355 met sur le compte de l'imagination pieuse et attendrie de saint L(lC (HI épisode dont la vraisemblance ne peut chapper qu'à une imagination prévenue et ennemie.
La grande parole" « PITRE, PARDOIIE-LEUR, CAR ILS (( IE SAVE1NT CE QU'ILS FORT, )) parole si conforme au caractère du SAUVEUR, si applicable aux ennemis de JgstJs-CnllSr, et par cela même si méprisée par eux, devait l'être par M. Rcnan. M. Rouan toutefois reconnait que cette parole dut être dans le coeur de Jsus ; mais il n'admct pas qu'elle ait pu être sur ses lèvres.-- Pourquoi '? Sans doute, parce qu'elle était dans son coeur. -- « Selon une tradition, dit-il, Jésus aurait prononcé « cette parole, qui fut dans son cur, sinon sur ses « lèvres : Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils « font. » -- Puis, comme si ce n'était pas assez de cette suspicion jetée sur l'Écriture qu'il appelle tradition, il dit en note " « En géne'ral, les dernièrcs l)aroles prê- « tées à Jésus, surtout telles que Luc les rTporte, « prêtent au doute. L'intention d'édifier ou de montrer « l'accomplissement des prophéties s'y fait sentir'. )) L'intention d'édifier et de montrer l'accomplissement des prophéties pourrait assurément être avouée, quoiqu'elle ne paraisse pas dans les Évangélistcs, et surtout ici où il n'est pas question de prophétie. Mais que dire de l'intention de sc[ndaliser et de démentir les prophé-
l. Vie d« Jésus, p.
35tj a svs-Crlllsr.
ties et les récits les plus dignes de foi, -de votre critique ?
seule règle
M. Relmn ne peut pas croire qne M, R ., mère de Jsus, ait été au pied de la Croix. 11 admet tout le monde, excepté elle, et il ne la tolère tout au plus qu'à distance. Combien donc rejette-t-il la $rande parole par laquelle son divin Fils la lègue pour Mère à tous les chrétiens !
Nous vengerons cet article du testament divin, dans uu chapitre tinal sur la YtrR(. Mi.. Disons seulement ici que ce n'est pas sur saint Luc, cette fois, mais sur saint Jean, que M. Renan fait paraitre toute la malveillance et toute l'impuissance de sa critique. « S'il « fallait en croire Jean, dit-il, Marie, mère de Jésus, « eût été aussi au pied de la croix, etc. »
Et pourquoi ne faudrait-il pas en croire Jean, à tous les titres, plus que vous, qui ne lui opposez rien que cette offense ?
« Les synoptiques, dit-il, sont d'accord pour placer « le groupe fidèle « loin de la croix. » Jean dit « à « côté, » dominé par le désir qu'il a de s'tre approché « très-près de la croix de Jésus'. »
Il faut plaindre M. Renan de comprendre ainsi le disciple de la charité, de prêter un désir si vain à son