J ÉSI IS-CII I IST
Voici COlllllle le t]l,.f (le l'école ie Tttlfillgue, le doctqll" K.im, exécute cette partie (le l't.uvre de M. l',e- Ilan.
« C'est dans son second volume que M. lenan trai- « tera de la résurrection de Jésus-Christ. Mais il fait « dçià connaître a pensée sur le caractère de ce gran,1 « év6nemeut. Pour Irai, la t'ésm'rection est toute sit]»- « jective, et s'accomplit tout entibre dans l'esprit des « disciples. Les explications de détail sont a.journées; « mais, en attendant, en insinue que l'imagination « enfiamm6e de la nerveuse Madelei.lejoua tan grand « rôle auprès du tombeau provisoire de Jésus, que la « puissance divine de l'amour et l'empire de l'halluci- « nation ont doté l'hulnanité d'un l)ieu ressuscité. ), « Nous ne oulons point, dit le saant professeur, dis- « curer cette interprétation, en partie renouvelée de « Celsc, qui, lui aussi, récusait le témoignage des « femmes. Selon lenan, le Christ moraliste et révolu- « tionnaire ne deait pas, ne pouvait pas ressusciter! « Nous engageons le critique français à prendre en « considération un témoignage digne de toute con- « fiance, celui de saint Paul, qui, parmi les premiers « témoins de la résmïection de Jésus-Christ, nomme « saint Pierre.- Nous l'engageons, en outre, à se « demander s'il n'y a pas quelque chose de plus dif- « ficile à expliquer que la résurrection du Christ, à « savoir, la fondation et. le caractère de l'Église sans
LA RÉSUiRECTION. 37 I « la résurrection. -- Comment i'lglisc primilive, « dont les paroles et les acles sont empreints de « tant de calme, de s«)gessc et de raison, est-elle « née du sein dn fanalisme et de la folie des isiou- « naires? Les isionuaircs qui entourent le tombeau « de Jdsus-Christ doivent se rCtl'OUer plus tard an « nfilieu des ap6tres et au sein de la communauté « chrétienne de Jérualem; le premier siècle tout « eutier doit tre un foyer d'a'eu$1c fauatismc Croi- « rcz-ous cette énormité, la pcrsuadcrez-ous au « monde '? ), Voilà la scicuce païlant par la bouche du bon sens. Faisons-le voir par un bref commentaire.
Le/'ait de la résurrection de Jesus-Cnts'r est la clef de ofite de tout le Christianisme.
Si stupéfiant qu'il soit pour l'il|ctédulité, il est ce qu'il y a an monde de plus historiquement 1,rou6 et de plus moralement ddmontr6 : deux fimdemeuts de cr6dibilité qu'on ne peut écartçr sans tomber dans quelque ('hose de plus stupéfiant que la résurrection de J es[ s-
I. La Vie tic Jdsus el la crilique allemande, l,al- l'abbé lieignan.
37 J ÉSUS-CIIBIST.
CllRIST; dans le tombeau, pour aiasi dire, de l'histoire et de llt raison.
J'ai présent6 ces dux aspects d, démonstration dans mes Études, en deux parties très-différentes, et sans songer h quel point elles composaient un tout : -- La preuve historique, dans mes .Vo«velles Étues sur la Vierge Marie; la preuve morMe, dans mes premières Rtudes.
La preuve historique, par laquelle je me trouve avoir plus particulièrement réfuté h l'avance M. enan, a cela de singulièrement probant à mes yeux, qu'elle a ce caractère sans que je me le sois proposé, et tout à fait par elle-même.
On va le comprendre et l'apprécier : il y a lb comme nn résultat providentid.
Dans la partie de mes Nowelles Études qui raite de la l%'ge Marie d'apo'ris l'Évangile, je ne songeais pas à prouver la vérité de la résurrection aux lecteurs g6néralement croyants que j'avais en vue. Il s'est trouvé, cepenOaut, que i'ai eu à traiter de la résurrection pour expliquer, d'@'ds l'Évangile, l'absence complète de la Vierge Mère dans les diverses scènes de ce grand dénoûmcnt de la destinée terrestre de son divin Fils. J'ai dal rechercher, à cet effet, quels avaient été les motifs et les effets de ces diverses scènes. Et alors qu'ai-je vu, qu'ai-je montré en serrant de près les textes évangéliques et en en faisant jaillir l'esprit? C'est que les appari-
LA RÉSURREETION. 373 tions de JÉs us-(]uIIST n'avaient eu d'autre objet que de forcer une incrédulité telle, que la participation de la sainte Vierge y eût été injurieuse pour sa foi. Et ainsi, en ne me préoccupant que de ce dernier point de vue, je me suis trouvé avoir fait une véritable démonstration historique de la résurrection par l'incrédulité des Apôtres. Tellement, qu'ayant à fournir aujourd'hui une démonstration pareille pour répondre à l'explication de M. llenan tirée de ce que l'amour fit trouver partout une créance [acile à cet év6ncment, je ne puis nlicux faire que donner ici cette réfutation d'ailleurs comme inédite pour nombre de lecteurs du pr6scnt ouvrage.
Pour répondre à cette question (relative à l'absence de la sainte Vierge), disions-nous donc, il n'y a qu'à rechercher les causes de ces apparitions et leurs effets sur ceux à qui elles s'adressèrent.
Or, ce qui ressort le plus de cette recherche, c'est l'inintelligence, l'incrédulité, la grossièreté et la pesanteur des ap6tres et des disciples de J,sus, aussi ignorants, aussi défiants, aussi confondus de lëvénement de la résurrection que si jamais le divin Maître ne le leur eùt annoncé et ne leur en e6t donné des 8ages. Et c'est eux qui portent contre cux-mëmes cet humiliant témoignage par leurs propres récits, et qui y imprimeur par là le cachet de la plus naïve sincérité.
Et il y a là troc écouomic admirable. Pour être des
374 sÉstls-cnttlsa'.
témoins non suspects auprès de tous les incrédules à venir, il fallait, non-seulement que les Ap6tres fussent sincères, lnais qu'ils ne fussent pas pr6venus par une foi qui aurait domin6 l'6v6nement : il fallait qu'ils fussent dans la mme disposition d'incr6dulit6 que tous ceux que leur t6moignage devait convaincre; qu'ils en fussent comme les repr6scntants; qu'ils vissent la r6surrection comme nous l'aurions vue, afin que nous la vissious nous-mëmcs en eux.
l)al'COurous les diwrscs scènes de ce grand 6v6nement, et assistons-y, eu quelque sorte, pour bien nous conwdncrc du grand t6moignage qui en sort pour la foi.
Ce uc sont pas les ap6tres d'abord, ce sont les femmes qui se rendent les premières an s6pulcre, et Marie- Madeleine la premibrc. Mais elles n'y sont pas couduites lar l'espoir de la r6surrection, bien que le lroisième i,)ur soit arriv6. Elles y vont embaumer le corps du Sauvctu' pour en retarder la corruption. Elles ne le trouvent pas; elles voient la pierre qui le couvrait renvers6e, et la pens6e ne leur vient pas qu'il puisse tre ressuscit6. Madeleine court h Simon-Picrre lui dire ..... Quoi ? il est ressuscit6? Non : Ils ont enlecd & Seigneur du s@ulcre et nous ne savons pas o ils l'ont placd . Les
I. Cucurril et'go.., ci dicil illis- Tulcrun! Dontinum de mnnmcnl% ci nescilnuS ubi losutq'ttl euln. (Joan., xx, 1 2 )
LA RÉSURRECTION. 35 deux antres femmes, Marie et Salomé, pénètrent cependant dans le s6pnlcre elles sont cotstcrncs' de ne pas y trouver le corps de Jsus. Deux Anges dclatarifs leur apparaissent. Pourqtwi cherchez-vous parmi les morts cel«i qui et vivant? leur disent-ils il est ressuscité, comme il l'a dit. Souvenez-vous de quelle manière il vous a pari6... Al&z donc vite dire à ses disciples et h Pierre qn'il est ressuscité... El&s se rcssouvim'ent alors des paroles de Jésus , et encore s'enfairent-clles, tottes tremblantes, saisies de crainte et transportcs de/oie .
Telle est la premirc impression produite par la résui'rection du Sauveur sur Marie-Madeleine et les saintes femmes. Assur61ncnt, il n'y a rien lb, dans cette grossi6rc méprise, dans cet onbli, dans cette inintelligence des paroles de JÉsus, dans ce trouble ct ce désordre d'une foi éclipsée par la uaturc, rien qui ne soit le contraire de cette prédisposition de crédulité à la résurrection que suppose M. Renau. Il y a ceci de particulier morne, que Marie-Madeleine, de laquelle il fait partir l'étincelle électrique de cette crédulité, est la seule des femmes précisémcnt qui, par son empressement h croire au fait naturel dun enldvement du corps de Jsvs et à
t. Dura men,c cons,crnata" essen, (le is,o. (Lut, xxiv, l.) :2. Et recor(lala' sunl erborum ejus. (Ibid., S.) 3. Cure linlore. (Malth., x'vln, 8.)
376 JÉ5US-EHRIST.
l'annoncer, ait 6té étrang(.rc à l'halh«cim«tion de Fapparition des Anges.
Maintenant, est-il vrai que cette étincelle, qui avait rouvé une disposilion si tardive chez les deux autres femmes, ait gagné la troupe apostolique comme un éclair? Reprenons la suite du récit.
Avertis par Marie-Madeleine, Pierre et l'aulre disciple que Jésus aimait vinrcut au sépulcre en contant. Mais cet autre disciple co«r«t plus vite que Pierre et arriva le premier au sépulcre'. Et se baissant, il vit les linges h lerrc, mMs il n'e:tra pas. Sine.on-Pierre viut après lui, et, s'étant baissé pour regarder, il n'aperçut que les linges placés à terre; puis, dta»t entré das le sépMcre , il vit le suaire qu'on avait mis sur la tête de Jéius séparé des linges et pliA dans un endroit à part. Alors cet autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, y entra, et il vit, et il cr«t.- Il crut quoi? qe J::svs était ressnscité? -- Nullement. 11 crut ce qu'il u'avait pas cru sur le rapport de Madeleine, et ce
t. Jean, xx, 3, 4. -- Ce disciph, est celui lnème qui rai)porte le fait. 11 eourut l)lus vite parce qu'il était. plus jeune, et peut-Otc attssi parce qu'il aimait davantage JÉsus, mais. comme Madeleine, d'un alnoUr encore bien «aturel: préCil)ité à voir, pesant à croire.
2. «Etate p'«d«Mior, (lit Grotius, ideoq«e diliffoti.us omnia cxploras. Que de nuances de vérité dans l'Éxangile! Et comme tous ('es delails de curiosité encline à xoir et à vérilier sonl t)pposés à la foi. encore plus à la crédulité sur iarole !
LA RÉSUIHECTION. 3-/7 qu'il 6tait VClltl vérilicr : qu'on avait enlevé le corps du Sauveur; car, dit-il lui-mème, comme historien, ils ne comprenaient pas encore l'Écriture, selon laquelle il fallait que & Christ ressuscitdt d'e»tre les morts . Voilà la première conduite des Apfitres : inintelligente du surnaturel, curieuse, défiante, précipilée à voir, tardive à croire : telle en un mot qu'il convient h des lémoins historiques.
Ces muets tdmoignages ne suffisant pas, il faut que J s s - C it t s r lui-même apparaisc pour couvaincre mie incrédulité si naturelle. Il apparait une premi6rc fois à Madeleine. Les disciples s'en 6tant rctournés chez eux, cette fidèle suivante de Jsus resta près du sépulcre pleurant, et on pleurant elle se pencha et regarda dedans. Elle vit deux anges assis qui lui diront : Ponrquoi pleurez-vous? A quoi elle répondit : Parce qu'ils ont enleg mon Seigneur, et je ne sais off ils l'ont mis. Ayant dit cela, elle se retourna, et vit JÉsus debout : et elle ne savait pas que c'était lui. JÉscs lui dit : Femme, pourquoi pleurez- vous? Elle, pensant que
!. Et. idit, et credidit; nondulll enim sciebant Scripturam. quia oportebat eUln a mortuis resurgere. -- Jean., xx, 8, 9. -- Le sens de ce credidit, COllllll{ s{) rapl»ortant. , non à la résurrection. lnais à l'enlèvement du coq):; du Sauveur, ne saurait ètrc douleux, d'après cette réflexion «le saint Jean, et l'objet mèlne de la venue des disciples au sépulcre, qui 6tait de vérilier le rapporl de Madeleiue. Cre:lidit cerf,; abesse cortms, dit Grotius, qttod MarioE llhtgdalcmv refcrenti no crcdider,tt. -- Annot. ad Jean.
378 JÉSUS-CIIIIIST.
c'était le jardinier, lui dit : Si c'est vous qui l'avez levé, dites-moi oh -tous l'avez mis et je l'emporterai. .lsPs lui dit : Marie. Elle, se retournant, lui dit : Maître. Jsvs lui dit : Ne me louchez point; mais allez à mes frbres, et dites-leur (pour moi) : Je inonte vers mon l'6re et votre Père, mon Dieu et votre Dieu'. Marie- Xlad,.leine viro aux disciples, disant : Qu'elle aurait xu le Seigneur, et qu'il lui a,«rait dit cela a.
I. Quelle tendre expression du Fils de Dieu pour les hommes .lies Frëres, expression dont la force s'accrolt de Féxénement de. sa inort et de sa résurrection, qui l'ont fait nos premisses, le i,remier-d et resst¢scité à'etre ses frëres. Mais, en nous rendant lois, et, en nous faisant fils de Dieu attssi, il ne pent faire qne ce soit au ,n0mo titre que lui : ce ne sera qu'à titre d'adoption. Aussi se distingue-fil de nous par rapport " son Père, en ne discret pas otre l'ère, otre Dieu, mais »on Père et votre P,'re, mou Dieu et votre Dieu. Mon Dien, parce qne je snis homme : mon l'/,re à un attire titre qne le ôtre, parce qneje suis son Fils par gnération, et son Cai par essence, parce que je snis Dieu. Que 1 Eantle, et qne tout «le érités e\primées et ménagées dans " cela est au-dessus des ues rampantes de nos critiqnes! '2. Quand il s'agit d'annoncer Jésus resstscité, elle vint. Préçédemment, qnand il s'est azi d'annoncer Jésus enlevë, selon qtfelle le croyait, elle a couru; dans ce cas-ci, emportée par son amont et par son imagination ; dans l'antre, retardée par ce mème amour et par son hésitation. Toutes ces nuances sont à observer e, à admirer. Ce sont atttant de vestiges de la vérité, qui la rdvèlent ilus que les plus grands traits, et qui sont en sens contraire lc la supposition «le M. Re,mn et (les ues (le lïnc,'édnlité. 3. Le rai texte n'est pas comme d'après la Tulgate, qtda vidi Domitttttlt..l'A, vu LESEIGNEUR. Mais, comme le fait observer Grlit,s, Qu,J,l 'i, lisset l)omitttm, q/cllc AURAIT VU le qu'elle avait u une apparence du Sei.,,,teur. » Car, obser-e
LA IÉSURRECTION. 379 Quel récit! quel tableau! comme la vérité y respire, et que l'art en est loin1! Admirons-y le caractère de Madeleine. Comme il est fidèle à lui-même, tel qu'il s'est révélé la première fois, sous la plume d'un autre Évangéliste , lorsqu'clle vint baiser, arroser de ses larmes et essuyer de ses cheveux les pieds du Sauveur, chez le Pharisien ! Comme c'est bien la même que nous retrouvons ici, et dans cette persistance au tombeau, et dans ces larmes qu'elle ne cesse de verser, et dans ces paroles si naïvelnent tendres : Si c'est vous qui l'avez cMecc; dites-moi où vous l'avez mis, et le l'emporterai.
Que peut-on voir de plus vrai, de plus naturel, de plus touchant; mais aussi de plus éloigné de la prédisposition de foi à la résurrection? Madeleine imagine tout, croit tout, 'oit tout, excepté J s u s ressuscité. Son hallucination consiste à ne pas le reconnaitre, même quand il est là, et à y voir le jardinier.
Voilà comment la passion d'une hallucinée a donné au nonde un Dieu ressuscité!
« Grotius, elle doutait encore si ce n'était, pas une vision incor- « porelle. » -- Voilà la vérité textuelle, de plus en plus contraire au roman (le Madeleine hallucinëe.
1. Et, cependant, chose admirable, c'est ce qui a le plus inspiré l'art. Cela doit erre, l'Évangile dtant dix in, et cela 1o prouve.
2. De saint l,uc, ce qui prouve manifistement la érité du personnage de Madck,ine «1 (le iOll ce qni eu csi raconid par deux Évang51istes si dillërents.
380 JÉsus-crIrs'.
Mais enlin mainlcmnt qu'elle a reconnu leYerbe de vie à sa voix, cette voix si tendre pour elle et pour les Apôtres, portée par elle, va trouver dans ceux-ci un écho sympathique, me cré««nce facile, gr,Sce à la trace que Jt;sus a laissde dans le cur de ses disciples ? Voyons :
llue seconde apparition de J£sus vient s'ajouterà la prcmi;.re, pour multiplier les premiers témoignages de la résnrrection aux Apétres. Cette apparition adint aux aulrcs saintes femmes revenant du sépulcre oh les Anges leur avaient apparu. Le Cnms r se présente à elles sur le chemin, et elles (déjà préparées à cette apparition par celle des A nges) 'approchèrent de lui et l'adorèrent en lui baisant les pieds. Cependant les Apétres, informés p:tr elles et par Marie-Madeleine de ces apparitions de Jss, prirent ces propos pour du délire et ne les crurent point, au rapport de trois Évangélistes'. M. Ftenan n'aurait pas été plus incrédule.
Cette incrédulité des Apôtres qui ne s'est pas laissé entamer par des t6moignages si formels, par des messagers de J s s si exprès, va être enfin dissipée par la vue de JÈsçs lui-même. Mais cotonnent? et que cette troi-
I. Et illi a,]dientes non rredMerunt. )larc, xxv[, t l. -- Et xisa s,mt a»te illos, sieur ,lehvamentm«, erl)a ista : et n,n çrcdider,mt illis. Luc, xv, II.
LA RÉSURRECTION, 381 sième apparition va fidre rcss,rtiï cctle incrédulilé avant de la convaincre !
Ici vient se placer l'apparition de Js:s aux disciples d'EmmaOs, qui est dans tontes les m6moires, et qu'il faut relire tout au long dans le texte . Malheur h qui ne voit pas la v6rit6 sortir de chaque trait de ce vivant r6cit, et qui, sa lecture achev6e, ne ferme pas le livre en disant:Je crois I Quelle absence d'invention, quel charme de naturd dans cet acheminement des deux disciples, s'entretenant de tout ce qni sëtait pass6; dans cette survenance de Jss, les joignant dans la route, et marchant avec eux sous la forme d'un voyageur que leurs yeux retenus ne reconnaissent pas=; dans cette question par laquelle il lie conversatiou avec enx : De quoi vous entretenez-vous ainsi tout tristes en marchant? et dans cette r6ponse de l'un d'eux : Ètesvous seul si dtranger dans Jdrusalem que vous ne sachiez point ce qui s" y est passé ces joars-ei ? Et enfin dans cet étonnement interrogatif de Js u s qui amèue le réeit de tout ce que nous avons vu, mais qui reparaît dans la bouche des disciples avec un accent de déeouragement et d'inerédulité inimitable « Or esp6rions-
t. Luc xxv, 10 32. ° 2. L'incrédulité des Al)ôlrcs était lelle que J sus mème présent, ils lle le oaient pas, par un aeuglement surnaturel, comme si leur incrédulité naturelle ne nous e6t pas offert assez de garantie.
« nous, sperab,mus' que ce [t cehd qui devait d61i- « vrer Isral : n6attmoitts, avec tout cela, c'est art- « j¢,rd'li le troisième jour que ces choses sont adve- « nues. Ft quelques-unes des femmçs d'etre nous « nous ont rtfvay6s, lesquelles ont ét6 avaut le jour au « sépnlcre, et n'ayant pastrouv6 son corps, sout venues et disant que, même elles avaient vu une vision d'anges, « lesquels disent qu'il vit. Et pareillement plusieurs de « nous sont all6s au s6pulcre, et se sont convaincus de « ce que les femmes avaient dit; mais pour lui ils ne « l'ont point trouv6 . » Cest là le plus naïf miroir de l'âme des disciples de J É s ç s, la confession la plus humiliante de leur prostration morale, d'où le [ait seul de la manifestation de Jss pourra les faire revenir, et qui en est par cons6quent le plus parfai de tous les tdoignages. Voyez aussi comme, avant cette manifestation, Jss confond tant d'incr6dulit6 et l'accuse par ces paroles" 0 insensés et coeur tardi[s à croire tout ce qu'ont dit les prophètes, ne fallait-il pas que le Ch'ist soufrait ces choses et entrdt ainsi dans sa g&ire? leur interprétant ensuite, en commençant par Moïse et les Prophètes, tout ce qui le concerne dans les Écri-
l. Vox indicans magnum fidei deliquium', dit très-justement Grotius.
2. Que tout, ce langage des disciples est, appesanti, en quelque sorte, d'incrédulité ! et, quel inlérèt, dramalique lai donne la présence du divin interlocut,eur dont, ils parlent, ainsi à lui-mëmel
LA RÉSURRECTION. 383 turcs! Cependatl, malgré cette CXldicati,»tt , malgré, ce langage qui r&5lcnt le Dien, malgr6 ce qu'ils dirent plus tard : Notre cur n'Cait-il pas tout brMat au dedans de ous, &rsqu'il nous parlait dans le chemin et no«s o«w'ait les Éc'itares ils ne crdent pas, ils ne reconnaissent pas encore ce JÉs s dont la parole les embrasait, et il faut (enseignement profond à ceux qui attendent d'a'oir une foi compl5te pour la puiser aux Sacrements, qui la 'ivifient et la consomment), il faut quelc C nt s se donne en uourriture à leur corps et à leur cur pour apparaître enlin à leur esprit: alors seulement leurs yeux s'ouwqre,t et ils & recon- Je le demande, cette troisième apparition ne confondelle pas encore cette supposition de crdance facile que l'annonce de la r6surrection atmfit trouv6e daus les Ap5tres ?
Cette v6rit6 surabonde encore dans les autres apparitions de JÉss.
La quatrième, à Simon-Pien, e, est menlionnée sans autre détail'; mais nous avons vu déjà quelle avait élé l'inerédulité de ce cher des ApO.res au tombeau dn Sauveur. Ouant aux dix aulres apStccs Tri avaiont connaissance de cette apparition et de celle que