Luc, XXli
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Maitre ne leur cùt annoncé, et que c'était après sa mort qu'il avait ajourné la manifestation de sa puissance. Il pouvait ressusciter le troisième jour, comme il l'avait promis. N'importe, cet espoir avait été impuissant pour les tenir ralliés. Qu'e6t-ce dout été si le ChRiST n'eùt pas en effet ressuscité? Non-seulement ce faible sertrimet d'espoir eût achevé de les abandonner, maisencore il se frit nécessairement tourné en tin juste dépit d'avoir été ses dupes.
Par le fitit, nous les avons vus dans les diverses apparitious du CII lST ressuscité encourant cette juste alOSll'ophe : 0 stulti et tardi corde ad credendum / Uu dcvuicr trait vient achever ce tableau de l'incrédulité et du découragement apostolique * il est simple, mais significatif; et c'est Pierre, le chef de la troupe, qui va nous le fournir. Je m'en retourne pêcher, dit-il dans le mme temps à Thomas et à quelques autres disciples. Et nous au.¢si, nous allons avec toi, lui répondirent ceux-ci .
Voilà les apôtres redevenus pêcheurs. Jusque-là ils avaient espéré, quoique faiblement, s]erabamus; mais maintenant voici le chef lui-même qui donne le signal et l'exemple de l'abandon, vado piscari, et qui relourne à ses filets.
Tels étaient les Apôtres, alors même que la présence
!. Va,to pis,',tri... Vcnimus et os tecum. (Joan., xx. 3, 4.)
LA P, ÉSUI1RETIOI. 393 de JÉSUS-C[RIST, OU son souvenir récent, ou cntin l'espoir de ses promesses, pou'«aient enco,'e les é,nouvoir : gens simples, mais grossiers, incapables de dévouement, de courage, de foi, de rien de généreux et d'extraordinaire, et retombant pesam,nent dans leur naturelle condition.
Et cependant, voici qu'à quelques jours de là nous retrouvons ces mêmes hommes réunis tous en un seul projet, qui est de mourir pour JÉsts-Cnttts'r, de prendre sa croix et de la faire adorer dans cette même ville où elle fume encore de son sang, au sein de ce peuple qui a crié naguère : Qtt'on le cruci/ie, et que son sang retombe str nous et su," nos en[atts.t en face de ces mêmes Pharisiens, de ces mêmes ponvoirs qni ont soulevé ce peuple et légalisé sa rage sanguinaire. C'est dans cette même ville, dis-je, au lnilieu de ce mëme peuple, en face de ces mêmes magistrats, que les Ap6tres, si lâches à défendre Jlsus-Cnu ts'r quand il vivait, sont résolus à le faire adorer quand il est mort. Leur zèle pour la gloire de ce supplicié, de ce maudit, ne se borne pas là : c'est toute la Judée, toute la Samarie, l'Asie Mineure, la (;rèce, Rome mëme, qu'ils lent faire tomber à genoux, au pied de l'instrument de son supplice. Ce n'est pas assez pour leurs âmes dévouées, elles convoitent encore davantage, et l'univers tout entier est saisi dans les étreintcs de leur prosélytisme. Eux, si circonspects et si tardifs à croire, si fu-
gitifs et si dispersés; eux redevenus pëcheurs, les voilà tout à coup rcdcvcnusAp6tres. Ils se raffermissent pour ne plus broncher; ils avancent pour ne plus reculer : pas nn trattrc! pas un dissident! Et les moqueries, et les menaces, et les tourmcnts, et la mort, pleurent de tOlS côtés" et JISUS-CHnlST n'est plus là, et il est mort, et il n'a pas tenu sa promesse de ressusciter, et tout est perdu jusqu'à cette fr51e espérance !... .)ui que vous soyez, consultez votre nature humaine, et demandez-vous si tout ceci n'en est pas le d6menti, cent fois plus iuadmissible que la résurrection; parce que la résurrection surpasse la nature Ch l'Cevant, et que ceci la renverse en la heurtant.
D'où a pu venir tout à coup, dans de tels hommes .t dans de telles circonstances, cette confiance? d'où cette opiniâtre énergie? d'où ce zèle et cette assurance qui se rient de tout, et ne craignent pas la mort nonseulement pour elle-mme, mais pour le renversement de leur entreprise ?... S'ils ont vu le C t « s " ressuscité, s'ils l'ont bien vu, s'ils l'ont tous vu, s'ils ont reçu la force invincible de l'Esprit de Dieu, s'ils font euxmmes, à chaque instant, l'expérience de cette assistance surnalurelle en opérant des miracles, s'ils guérissent des boileux de leur ombre seule, s'ils ressuscitent des morts, s'ils font trembler les démons, je con.-ois qu'ils ne tremblent pas, je conçois que le zèle et l'amour de la vérité, dont ils portent en eux tant de gages, les em-
LA RÉSURI{ECTIOI. 395 portent, et qu'ils défient l'univers, sûrs de le régénérer avec le secours de celui qui l'a créé; je conç.ois toute leur vie sainte et apostolique, je conçois leur mort h6roïque et généreuse: je conçois tout et j'admire !... Mais, si tout cela n'est pas; si le ChRiST est resté dans le tombeau, s'il ne leur est pas indubitablcment apparu comme ils le disent; si la pusillanimité et la d6tiance dont ils n'avaient pu se défendre, lui vivant, sont justifiées par une mort sans retour; si rien de nouveau ne s'est passé en eux et atttour d'eux depuis que nous les avons laissés tremblants et fugitifs, n'espérant plus, et rentrant dans leurs bateaux de pëcheurs.., oh! alors,je n'y conçois plus rien, toute ma raison se perd dans un chaos d'impossibilités sans issue ; et au lieu d'un événement que je comprends trèsbien pouvoir ëtre dans l'ordre surnaturel, qui dépasse la nature sans choquer la raison, qui l'élève mëme et la ravit en se nouant à nn vaste ensemble de faits et de xérités qui précèdent et qui suivent, et dont i'enchaînement compose le tout. le plus harmonieux, --je me trouve avoir un événement qui devrait être parfaitement clair et intelligible, puisqu'on le dit naturel, et qui cependant est le renversement de la nature et le désespoir de la raison ..... Je ne saurais hésiter : incrédulité et absurdité, c'est trop! Je me jette du c6té oit m'apparaissent la raison et la foi.
¥oilà ce que je disais dans mes Études; x'oilà ce que
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M. Re|mn n'a pas entamé, ou plutSt ce qu'il a cotlfil'nlé en monlrant qu'il n'y a rien à y opposer.., que la/orte imagiation de Marie de Magdala.
Pour nous convaiucre mieux encore de cette capilale vé|'ité, ap|'ès avoir vu à quel point les Apôtres, si incrédulcs à la résurrectit)n, en devinrent si convaincus, il est bou d'examiner de quelle mani6re et avec que accent cette conviction s'exprimait dans leur témoignage.
C'est eux-mêmes que nous allons entendre dans leurs lctes et leurs Épîtres, documents auxquels les Evangilcs ne le cèdent pas en authcmicité et en ",'éracité, bien certainement; mais qui ont le p|'ivilége dëtre complétement admis par l'incrédulité, sans que dans ses plus aventureuses témérités elle ait jamais tenté de les révoquer en doute, bien qu'ils soient émanés des mêmes sources que les Évangiles et qu'ils fassent corps aVeC eux.
L'événement de la résurrection nous y apparaît, non comme ayant fait sur les Ap5tres cette impression d'exaltation et de délire que, dans leur primitive incrédulité, ils attribuaient à ceux qui venaient le leur annoncer; mais à l'état de conviction raisonn@, calme, en parfaite possession d'elle-même, telle enii que de-
LA RÉSURRECTION. 397 vait 6tre une conviction d'expérience, à l'Creuve de ce premier fonds d'incrédulité sur lequel étaient venus s'asseoir ses éléments.
Ils ne se dissimulent pas, d'abord, et ils ne dissinu,lent pas au monde, que toute la foi qu'ils prêchent, que tous les sacrifices qne cette foi réclame, que tout le Christianisme, en nu mot, est snspendu h la vérité de cet événement. Mon que tous les autres témoignages de la diviuité de JÉSt:S-CnRIST ne soient pas considétables; mais parce que, sans celui-là qui les consomme et les fait aboutit', ils deviendraient vains. « Si le Cntis" n'est point ressuscité, dit sain Paul, « votre foi est vaine. Si dans cette vie seulement noms « espérons dans le CnRs et s'il n'est les prémices des « dormants, nous sommes les plus misérables de tous « les hommes '. »
C'est là le grand argnment apostolique. Et en effet, si J s t: s - C u R s'r est ressuscité, il n'a pn ressnsciter que par la vertu de Dieu, et à cette fin de dégager la prédiction que lui-in,me avait faite de ce prodige, et de donner à ses disciples, en sa personne, un gage éclatant de la résurrection future et de la gloire éternelle qu'il leur a promises. Toutes les autres preuves de la divinité de ,]IS U S-C R IST, tout l'édifice historique et dogmatique du Christianisme vient ainsi aboutir à l'év6nement de 1. 2 « aux Corinth,, xv, t7, 19, 20.
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la résurrection de JÉSUS-CIIRIST comme à une clef de vo6te.--Par contre, si JSus-CnST n'est pas ressuscité, il s'est démenti dans l'acte décisif de sa divinité; loute sa doctrine, qui n'est qu'une prédication de sacrifice, de pénitence, de croix et de mort en ue de la vie et de la félicité éternelle, est une duperie. L'homme est déjà bien misérable dans cette vie, mais les chrétiens qni, à toutes ces miseres nécessaires, vicndraient encore ajouter toutes les misères volontaircs de la discipline évangélique, sans avoir pour garant de la destinée glorieuse qu'ils acquierent à ce prix cette m6me deslinée réalisée dans leur chef JISus-CI{RlST, seraient « les plus misAtables de tous les hommes, » Miserabiliores sums omibus hominib«s.
Voilà donc l'argument apostolique. C'est sur le fondément de la résurrection de Jss-CHRIST, que les Apétres, si personnels, sont devenus si généreux, lls se le disent à eux-mêmes, ils le disent au monde. Leur foi, à cet égard, est des plus raisonnées et des mieux avisCs. :
Elle doit donc être des mieux informées.
Et ainsi, l'é,éllement de la résurrection ayant été le gage sur lequel ils ont sciemment livré leur vie à tous les sacriiices, et leur mort à tous les tourments, cette vie et cette mort héroïques deviennent à leur tour, pour nous, le gage éclatant de l'évéuement de la résurrection.
LA RÉSURRECTION. 399 Aussi saint Paul, dans ce même chapitre où il met ainsi à découvert la raison déterminante de sa foi et de a nôtre, rappelle-t-il les témoignages quila justifient et la placent au-dessus de tout soupçon d'erreur. -- « Le « CIIST ressuscité a dtéw«, dit-il, de Céphas (Pierre), « et après des ouze;ensuite il a é vu par plus de cinq « cents frères ensemble, desquels beaucoup ivent en- « cote, et qnelqnes-uns se sont endormis ;pnis encore « il a été w« de Jacques, puis des douze Ap6tres ; -- et « enfin de moi, après tous les autres et comme un avor- « ton; car je suis le moindre des Ap6tres, et indigne « d'être appelé de ce nom, ayant persécuté l'Église de « Dieu '. )) Quel témoignage quelle confirmation des récits éangéliqucs! quelle comictiou éclairde dans ses éléments autant que raisonnée dans ses conséquences ! quel cachet enfin de sincérité et de force dans l'humilité de ce dernier irait, par lequel le grand Ap5tçc se met au-dessous de tous pour aoir persécuté l'glisc de Dieu, et ajoute par lb mme à tous les autres témoignagcs de la résurrection cchli de son éclatante conversion, résultat immédiat de l'apparition de Jss-CnnST luimême On conçoit après cela que le grand Apbtse écric à Timothée : « Endure la peine comme un bon soldat da . « aux Corinth., xv, 5 à 9.