I. Vie de Jèsus, introduction, t ). L
LA MÉTHODE. 63 M. Schérer, d'abord, trouve que M. Renan, concédant que le mracle u'est pas impossible, n'a pas pris assez de précautious contre les conséquences de cette concession, en se bornant à dire qu'il n'y a pas eu encorede nffracle constaté. Il attrait dû aller plus loiu, et affirmer qu'il est impossible de constate' rigo«reusemet le vracle, même au moyen de sa com,ffssion. Que résulrefait-il, en effet, de la résurrection bien av-érée d'un mort, de plusieurs morts, même? Uniquement ceci: « qu'on aurait un fait sans exemple, inexplicable, dont « on ne saurait teindre compte par les lois commutes de « la nature. » lIais que ce serait là un fait surnalurel, uu miracle ? Nullement. A u contraire, « c'est à l'opposé « qu'il faudrait conclure, dit M. Sch6rer il faudrait « dire : Tout phénomène a une cause, etjusq«'à l»'euve « du contrab'e, cette cause doit être tenue pour natu- « relie . »
Il faut convenir, cette fois, que M. Schérer a rivé le clou au surnaturel, et que voici Dieu bien empêch6. Peut-être se serait-il déterminé à descendre devant la commission, lIais le moyen, les morts étant ressuscités, de prouver encore que ces résurrections sont des miracles? La résurrection d'un mort ne doit-elle pas être tenue pour chose toute raturelle??? Et 5I. Havet, lui, que dit-il de tout cela ? M. Ilavet, I. Troisième article sur la Vie de Jësus par M. Renan, journal le Temps du 2.8 juille[; 1863.
plus franc ou plus imprudent, en véritable cnfaut terrible de M. Renan, répète ce qu'il a toujours entendu professer à sou maitre, sans paraitre comprendre pourquoi celui-ci y met, dans sa Iïe de Jdsus, quelques ménagemeuts.
« C'est le principe dominat, dit-il, de la vraie his- « toire, comme de toute vraie science, -- et sans le- « quel on peut dire qu'elle n'existe pas, -- que ce qui « n'est pas dms la nature n'est rien, et ne saurait 5tre « comptépo«r rie, si ce n'est pour une idée... « Cejvrincipe, continue M. ]lavet, a mis entre le passé « et l'avenir, dans l'ordre intellectuel, un abime in- « franchissable. Ceux qui refuseraient encore d'ad- « mettre ce principe n'ont rien à faire du livre de « .Xl. lcnan, et M. Renan, de son côté, n'a pas à s'int quiCer de leur opposition et de leur censure, car il ,t n'écrit pas pour eux. )) « 0n c s'étonnera donc pas que je ne confi'onte point « son ouvrge à d'autres travaux faits dans un tout autre « sens. Si je n'entre pas dans cette discussion, c'est par « l'impossibilité d'y entrer, sans accepter par cela même et une supposition inacceptable, celle que le surna- « turel soit sedemeut possible. Le philosophe part de « la raison, le croyant part de la foi. -- L'orthodoxe t( n'a pas besoin de prouver le miracle , il est con-
t..Xous! qui ous poursuivons de cette preuve !
LA TUO0. 65 « teint s'il peut seulement ne pas .tre ftwcé, ou ne pas « se croire fore6 h le nier... Pour lui, l'Ewmgilc est « sacr6, lout doit y tre pr6sun6 wai'. Ces sortes tic « livres (nos démonstrations évang61iques) peuvcnt sa- « tisfidre m lectem" qui a la mëme foi, mais ils ne ré- « pondent pas aux v6rilables libres penscurs. Les deux « critiques sont sans action l'tme sur l'autre. Ce sont des « lignes qui ne penvcnt se rencontrer, quoiqu'cllcs ne « soient pas du tout parallèles, parce qu'elles ne sont « pas dans le mme plan.
« On comprend donc que je ne m'engage pas plus « avant dans cette voie, et que je rentre sur le terrain « philosol,hique. L'bqosgbilitd et le ,@nt esse, riel « du mb'aele, l'ind6fcctibilil6 des lois naturelles, la ha- « tm'e tot@urs pareille à clic-raVine, @ris le mo,d« « moral aussi bie, que dents le monde physique , la « naissance du christianisme et l'opparition de Jésus, « purs phénomèncs historiques, magnitiques phéno- « mènes, à la bonne heure, mais phénomènes comme
l. C'est pom" xus que, l'Éxan.,,ile dtaut sacré, tout doit x ètre |wésmné fau.r: et c'est là le ldXOt de xott'e manoeuvre. nous, re)us n'allons pas du caraclbre au [it: mais du caract6re. Nous alons le voir.
2. Grosse erreur lddlost,lhique : le monde physique, essenliellemenl conlingenl, ne l»rlant l,as eu lui h, cm'acière absolu lu monde moral, essenlicllemenl n6cessaire. Comment. du resle ces messieurs peuvent-ils parler de l'iudét'c[ibililé de l'ordre moral, eux qui lWOlssent. M. Rcnan du mçdus, quï/9 bt sincdritd tdusieurs +e.+vre. ?
66 JÊsus-CilR1STo « les autres, et dont l'étude doit se faire suivant les « mëmes procédés que toute autre étude, voilà le fond solide sur lequel le livre est bâti. Mon examen s'ap- « puie sur les mêmes principes, et j'ai dû les proclamer « d'abord, sans effort et tranquillement, comme cht)scs « toutes simples, mais non sans fierté et sans joie, « puisqu'on peut en mesurer le prix à ce qu'il eu a « codté pour les conqtérir . »
Je permets tout à M. llavet, excepté d'intervertir les situations et de cumuler celles qui s'excluent, commeil le fait dans cette déclaration de principes. Je lui donne le choix : qu'il accepte la discussion, ou qu'il renonce à s'appeler un libre pense«r et à parler de sa fierté et de sa joie. Qu'il ne se permette pas surtout de nous prêter' son r61c, pour mieux s'emparer du nôtre.
Nous acceptons, nous, la discussion; plus que cela, nous la proposons, nous la provoquons. Nous n'avons qu'une crainte, c'est de ne pas être assez discutés, bien que lmUS le soyons depuis dix-huit siècles. Nous reli- Ions et nous attendons au pied du trophée de notre foi que quelque nouveau nlécréant vienne y toucher de sa plume téméraire, pour nous mesurer avec lui et le frapper de nos arguments. Nous ne partons pas de la foi au surnaturel, et nous ne nous abritons pas sous la fin de non-recevoir de son affirmation, quelque préjugé uni-
l. Ievue des Deux Mondes, l aoùt ! 863, 1 ). 50.
LA ll ÉTIIODE. 7 versel qu'elle ait pour elle. Nous la mettons et nous la remettons à chaque instant eu discussion, avec tout jouteur loyal et sincère. Pour cela nous faisons précisémeut ce que vous nous opposez et ce que vous désertez vous-même : nous prenons l'apparition de Jésas et la naissance du cl'istianisme comme de purs phdomènes historiques comme les autres, et dont lëtude doit se faire suiant les nëmes procddds que toute atttre dtude. Nous éprouvons les fifits de la ie de J s u s comme ceux de la vie de César et d'Alcxandre; et si, prouvés qu'ils sont, ces fai[s ont un cat'act@e surnaturel, nous avous bien acquis le droit de nous en prévaloir. Nous procddons par la méthode scientifique, la méthode empirique et expérimentale de l'observation, allant de la constatation du fait h son caractère, du témoiguage à l'aflirnlation, de la phénoménalité h l'idée, du conuu à l'incounu, de la raison à la tbi.
Mais vous, qui vous dites ratioualistes et libres pcnseurs, quelle est votre méthode ? D'où partez-ous? çous partez de ce qui est en question, de l'x du problème, de l'inconnu, du surnaturel uié, de la foi à l'impossibi6td et au ridant essentiel du miracle, et vous l'opposez aux témoignages, aux faits, aux preuves, h l'expérience, à la raison; plus que cela, vous en faites une fin de nonrecevoir dogmatiquc, uue tin de uon-discuter, de nonraisouner; ne pouvant le faire, dites-vous, sans accepter ,par cela n,ême, une svpposition inacceptable,
relie q«e le sm'nat««relsoit seulement possible. Cessez dès lors de dire que vous partez de la raison; aoucz que ous partez du préjugé, du parti pris, de l'incrédulité J priori ; et que vous ue voulez pas entendre, comme dit Tertullien, parce que vous hissez d'a'ance : maltent escire quia ]««m oderunt' Vous ne dites pas comme nous, naturels ou surnaturels, commcuçons par examiuer les faits, les témoignages, les documents, leur existence, leur vérilé, leur authenticité: Crouvons-les, discutons-les. Vous les supprimez par prdjugé : c'est-h-dire que vous supprimez
t. Il est curieux (le trottxer ces (leu\ métl,odes en présence et en action dans l'xangile mème, au sujet d'un miracle dtt SAUx EUn : tant il est st'ai qtlt, l'im'rédulilé ennemie, l'incr&lulilé pharisaïque est touj,,tt,'s la lilèlBC NOtlS x[tllliS parler de ce qui se lmssa aprSs le miracle de la guérison de l'aeugle-né. Les l'harisicns, comme on peut le oir tout au long dans cci a[hniral,lc rdcit, cherchaient Ious les nmvens d'dlmlcr Ië idence de ce miracle : « Ils fioeat enir pour la secomle fois celui qui aait « aeugle, et lui dirent : Rendez gloire h Ilieu, nous savo+s « cet homme est ut pécheur. » oilh la méthode qui part de l'in- «mmu, de ce qui est en question, et qui ql)ose le l)rdjugd à l'ekamen du fait. Que rdpond maintenanl celui qui avail dtd a eugle -- « .le e sais pas, leur dil-il, si c'est un péchc¢«r ; je sais seMe- « meurt que j'étais aveuffle, et qu'd pr«set je vo/s. » oici la Ihode d'ol)sertion qui part du [hit, abstraction thile de ses conséquences. Les l'harisiens moderaes nous disent lmreillemeal : Nmts savons que les miracles sont impossibl«s, à qmd n)us réparedons cmmne l'homme (le l'Éaugile : .Ic ne sais l)«ts si les miraeh' sott ou ne sont pas possibles; je sais seulemc+t q«c Jt's«.s. la vue aax m'cuffles et ressuscité des m¢,r[.s', ci j'en al)pelle h la discussion des preu es qui lëtablisseut.
LA I[T||0DE. 69 tout jugement et toute critique, pour vous renfermer dans le dogme, dans le fétichisme de votre n6gation. Mais quel ridicule vous vons pr6parez ainsi h vousmême[ Car enfin, il ne suffit pas de fertner les yeux pour supprimer le soleil. Pour soi, oui; mais pont les aulres, non. Dans votre fanatique incr6dulit6, x'ous allez jusqu'à ne pas vouloir lire les livres de vos adversaires. Et alors qu'arrive-t-iI? C'est. que vous êtes r6fut6 depuis dix ans, depuis vingt ans, depuis des siècles, et que vous ne vous en doutez pas; c'est que vous allez vons heurter contre des d6monstrations pass6es en force de chose jug6e; c'est que, comme vous le dit trssensCent Moutaigne, « ontre que condamner ainsi ré- « solùment une chose pour faulse et impossible, c'esl « se donner l'advantage d'avoir dans la teste les bornes « et limites de la volont6 de Diet et de la puissance de « notre nature, la plus notahle folie qui soit au monde, « -- apr,s que, salon votre bel entendement, vous avez « cstably les limites de la v6rité et de la mensonge, et « qu'il se trouve qne vous avez nécessairement h croire « des choses off il y a encore plus d'estrangeté qu'en ce « que vous niez, vous estes d6jà obligé de les ahan- « donner . »
Les deux critiq«es, dit M. llavet, sont s«ms action l'une sur l'autre, ce sott de. lignes qti ne pet«vent se
Essais, li. !. ch. 26.
70 JÉSUS-CHItlST.
rencontrer (je crois bien, si vous évitez la nôtre); et bi. Sainte-Beuve, épousant cette tactique, dit aussi : « Entre ceux qui admettent le surnaturel et le miracle « et ceux qui ne l'admettent pas, il n'y a pobt à dis- « curer " c'est à prendre ou à laisser. » Ainsi tranehent ces messieurs. Tout ou rien, et c'est rien qu'ils chfisissent. Mais c'est là du fanatisme, et le fanatisme du néant. C'est le plus parfait éteignoir qu'on puisse poser sur l'esprit humain. C'est mettre le surnaturel et le miracle, et par eouséquent la puissance qui les fait, Dieu, hors la loi, hors la discussion. C'est y mettre par cela même la raison; puisque vous n'avez pas l'évidenee. Cette méthode est, en dialectique, ce que la II,:volution est en politique. C'est la ltéolution passée dans les procédés de l'esprit. La Critique est le tribunal révolutionnaire la lteligion est mise hors la loi; et la loi des suspects est appliquée à la ltaison, comme étant d'intelligence avec la Foi.
Si nous agissions ainsi à l'égard de notre foi, si nous interdisions d'en discuter les bases par cette fin de nonrecevoir d'is4iscutabilitg, que diriez-vous de uolre faiblesse d'esprit? et c'est vous, philosophes, qui vous retranchez derrière elle, qui soufflez sur la discussion ? Mais cette méthode est commode, et elle peut aller loiu. Vous n'avez qu'à dire en toutes choses : « entre ceux « qui admettent l'affirmative et ceux qui admettent la « négative, il n'y a pas de discussion possible : » et alors
LA MITIIODE. " | nous n'avons plus besoin d'encre ni de papier. Et eenx qui n'affirment ni ne nient? et ceux qui se réservent pour le résultat de l'examen consciencieux ? et ceux qui offrent de d6duire les rMsons de leur affirmation et de la soumettre à la discussion : qu'en faites-vous? Pourquoi e peut-on pas discuter philosophiquement la possibilit6 et historiquement l'existence du miracle ? Nous pourrions le dire, nous, qui avons ponr nous la foi universelle du genre humain. Mais nous ne le disons pas. Nous consentons à remettre, pour la millionième fois, en discussion, les tbndements de nos cro)'ances. Nous mettons notre enjeu : et vous, qui nous attaquez, qui engagez la partie, vous ne mettez pas le votre. Elr, encore, si vous vous absteniez, si vous vous défendiez seulement, au moyen de votre négation du surn;tturel à ?»'io:i, vous seriez simplement déraisonnable. Mais vous attaquez; et par lk vous le devenez doublement. De votre bouclier, vous vous faites une arme. De votre impossibilité théorique des miracles, vous rirez argument contre le fait des miracles de J s r s : et c'est là votre argument unique, la raison de toutes vos raisons. Toutes les preuves de la certitude 6vangélique que ous ne pouvez combattre en elles-mëmes, bien plus, que ous avouez, et qui, en bonne logique, de- raient faire coaclm-e l'existence des miracles, et de cette existence leur possibilité, vous les faites céder h l'unique préjugé de l'impossibilité des mit'acles; et lors-
'2 JÉSUS-CH[lST.
que llOllS 'oulo)s discuter ce préjugé, il revit l'inviolabilité dogmalique d'une croyance, ou plutét le fanatisme d'uuc superstition. Vous citez le genre humain à votre tribunal, et vous né ,;oulez pas l'entendre. Cetle méthode est intolérabl', et la démasquer c'est la tlOrir. Libre à vous, finalement, de ne pas croire, comme à nous de croire, aux pét'ils et risques de nolre conscionçe et de notre raison : mais ce que je ne saurais aduetlte, ce contre qu,,i je m'éliwe de toute la force du droit et dt' la logique, c'est que vous ériicz votre incrédulité .n principe lorsqe je mets ma foi en question, et que vous vous abritiez lorsque je me découvre. Que si vous le f:ites, vous tes jugé.
Voici, du reste, comment vous l'avez été par nn des vôtres, par no|re plus franc ennemi, M. Proudhon, qui s'explique ainsi sur nos deux méthodes :
« Daus ces dcruiers temps, une déclaration émanée « du Saint-Si@e, en répmse à l'objection Kmeuse de « l'impossibilité de concilier la raison avec la foi, pot- « tait express6ment qu'il n'était pas vrai que la foi ca- « tholiquc e6t par elic-mme rien d'irrationnel ; que les « dogmes fondamentaux, lels que l'existence de Dieu, « l'immortalité de l'âlne, la nécessité d'une religion, se « démonlraicnt par la raison, en mme temps qu'ils « 6taicnt appuyés par la révélation ; que les dogmes se- « condaires se déduisaient des premiers avec la mme « logique et se confirmaient par les mêmes témoigna-
LA MÉTHODE. 73 « ges; qu'en couséquence le reproche fait à l'És-,lise par « une certaine philosophie, de sacrilier la raison h la foi, « 6tait une franche calomnie.
« Des r6clanations se sont 61ev6es du c6t6 dela phi- « losophie contre cette assertion du Saint-Père. On l'a « accus6 lui-m,me de tergiversalion.ct d'équivoque, « pour ne rien dire de pis. L'incident n'a pas eu d'au/re « suite. A mon lour je p,'ends la parole, et je demande : « Oui trompe-t-on ici, et qui en impose, de la philoso- « phie ou l'Église?
« Au risque de scandaliser les rationalistes et de pas- « ser pour faux frbre, je dirai qu'h mon sentiment c'e»t « le pape qui a raison. Mais il faut s'entendre. » Ici M. l'roudhon, envisageant la question par rapport h la science, dit que lÉglise ne satisfait pas aux conditions de celle-ci, parce que les faits dont elle s'appuie ne sont pas des fi, its constants, mais des faits prod«its l»ar exceltion, aperçus par avent«rG sig««lds per des cela en on lieu : nomme u ehatçe des es. Loin dëluder l'o]@«tion bous çions le leteur d'en gaçder mohe. çu'i[ nous nffise de dve, quan h pçéet, qu'un a «ons« ourrit difeilement tçe un («# mra«deu«; e que nénmins l'Auteur de nore fo tx'ouvé le se«r de nous donner lu e dans l'glise des fits miruleu a'/eut
7 JÉsus-CHnlST.
même, des miracles universelset perpétuels. C'est ce que M. Proudhon lui-.m(:me va reconnaîlre dans ce qui suit. « Que les nouveaux mystiques s'inclinent ici devaut « leur maîtresse et leur mère.
« Plus sage, en effet, que ses impertinents contre- « fact¢.urs, l'l:glisc n'a jamais pr6tendu, comme Fichtc, « llegel, aller de l'hcomu« at connu, de l'en soi des « choses à leur phdnoménalité; expliquer l'observable « par l'invisible, l'ordre de la nature par celui de la « Proid,.nce, l'histoire par la théodicée, et, au rebours « de l'oracle de Delphes et de la méthode de Descartes, « conduire l'homme à la connaissance de lui-raCine par « la connaissance de Dieu.
« L'glise a d'abo'd donn6 à sa foi mystique une « sorte d'empirisme : ce sont ses lires, sa tradition, « ses prophéties, ses miracles, et, jusqu'h un certain « point, la série des révolutions humaines, en un mot, « l'ensemble de la rdveTatzbn.
« La révélation, dans le véritable esprit de l'Église, « n'est pas l'identité du réel et de l'idéal, comme l'en- « seigne la philosophie hégélienne; c'est une portion de « de la phénoménalité, créée tout exprès pour affirmer « ensuite la réalité ultra-sensible et le règne transcen- « dantal de l'absolu.
t. Comme M. Havet va de l'impossibilité et du nëant essentiel (les miracles, c'est@dire de l'en soi «les miracles, contre leur phénoménalité historique et é angélique.
LA MÉTHODE. 7. « E moi aussi j'ai mon expérience, dit l'Église; expé- «rience antérieure et supérieure à toutes les expéri- « mentations incertaines, éternellement su jettes à con- « tfAle, des savants'; expérience décisive qui me vient « de Dieu même, et à laquelle out assisté mes auteurs : « c'est la création dumonde, dont la science ne rendra « jamais compte; c'est la formation de l'homme, que « la physiologie n'explique point; c'est sa première édn- « catiou par les anges; ce sontles révélations, réitét'ées « pendant une longue suite de siècles, d'Adam, d'IlC « noch, de Noé, d'Abraham, de Moïse, des prophètes, « de Jésus-Christ.
« Sur cette expérience vénérable, dont le souvenir « s'est conservé chez tous les peuples, s'appuient ma « théologie et mon enseignement. Ni moi non plus je « ne crois à l'absolu métaphysique destitué de toute « manifestation sensible : je le récuse, je le blâme, « comme la source de toute illusion. Dira-t-on que ma « révélation ne se renouvelant plus n'a d'autre garantie « que des témoignages? Mais j'existe, et mon existence « à elle seule est une révélation incessante, un miracle « perpétuel'. »
Tout ceci revient à ce que nous avons dit, que le
1. Ici M. Proudhon rend un complet holnmage à la dt'ité contre ce qu'il a dit précédemment.
2. De la Justice dans la Becolulion et das l'Ëfflise, t. II, p. 309, 310, 311.
Christianisme est un système de foi revêtu d'un appareil de preuves se.risibles qui constitncnt la lation, et que, conformément à la grande méthode ratimnelle et scienlitique, nous allons h la foi en parlant de la révélalion, en partant des phénomènes historiques et 6vang61ilueS, des faits et de toutes les preuvcs et t6moignages qui les 6tablissent; en partant, en un mot, de la raison ; . alors que nos adversaires partent au conlraire de l'incr6dulit6 id6ale pour aller, sans discussion, contre les faits, contre les preuves, conlre l'exl,,rietcc, et dès lors contre la raison.
Yoilh qui est surabondamment établi'
V. Mais ce qui resle à expliquer, c'est le pourquoi de cette conduite de nos adversaires. Et ici nous abordons le cinquième caractère de la méthode de la Iïe deJés«s : son vrai fond, dans lequel elle se résume. Car, enfin, cette proscription du surnaturel et du mi-
1. Si je secuue longtemps mes adversaires Sl.lr ce procédé de leur ludlhode, c'est moius pour ce qu'ils sont que pour ce qu'ils rCl.'ds'nlent. En e,x s'agite, en eflk, t, l'esprit critique moderne qui, sous ses formes multiples de philosol»hie , d'histoire, de polilique, de litldralnre et de rmnan, pourrait S'alTeler Lé9ion. Seuh'ment, au lieu l,e l'Esprit de ce nmn dans l'vangile était exorcisé 1; la [5i et par la pribre, celui-ci l'est par la raison et par la dis«ussim. L'olllbl'e du raisonnement le lllet eu fuite. Il n'esl hardi qu'à se retrancher derrière (h,s aflirmations seniencieuses, q,i s[ml elles-mèmes aulant de négations fast.euses. J'ai tenu à lui arracher ce masque d'oracle, d'oracle du ridant. Ce qui suit a at'heer de le mellre à
LA ÉTHODE. 7 racle dont ils se font tre 19"'bwipe, aec lequel ils écarteur ott renerscnt tout, te saurait avoir, de soi, ce caractère. 11 n'a pas, cil effet, la propri6té d'un axiome, l'évidem'e; et il ne s'appuie pas ur un priucipe autérieur qui l'aurait. Ce de,rait être une pure tluestioii d'expérience. D'où vient donc qu'ils en font une questiou de philosophie ? Bien plus, d'où ient qu'ils ne veulent pas mme en faire nne question, et qu'ils venleut lemettre au-dessus et à l'al»ri de toute discussion, comme un dogme?
5I. ltenan dit, il est vrai, « ce n'est pas au nom de « telle ou telle philosophie, c'est au nom d'mie cons- « tante expérience, que nous banuissons le miracle de « l'histoire . » 3lais il biaise en disant cela; car dès qu'on en appelle à l'expérieuce et k l'histoire, il le écarte par cette raison d'impossibilit6 des tuiracles qu'il c fait cependant résulter. Et puis faut-il rappeler ce lu'il «« dit ant6rieurement d'une fa:o si philosophiqc «.t si dogmatique " « Les lob de l'ètre te costiOtetil « qt«'un settl o'(b'e de yot«ve'e»et qti est la natt«re. « Qui dit an-dessus et en dehors de la ature, dans ,, l'ordre des faits, dit me «otradiction, comme qui « dirait surdivin dans l'ordre des substances. » Quant h 5I. lla'et, il professc ouverlement ce qu'il :l)l)elle, eu des termes qui se repoussent et qui so»t e I. Vie de Jësus, introduction, p. Ll.
"2. Litres'te de l»CnSe ', I. Ill, p. 43.
cela l'image de la docte'inc, le néant .SSEïEL d« mb'aele; et il en fait bien rSellemcnt un principe lorsqu'il dit : « C'est le principe dominant de la vraie his- « toire comme de toute vraie science, que ce qui n'est « pas d«ms l nature n'est rien, ne saurait trc comptd « pour rien, si ce n'est pour une id(e ; et ce pri- « cipe a mis entre le passé et l'a-tenir, dans l'ordre in- « tellectuel, un abîme infranchissable, etc. » il ) a donc bien évidemment une doctrine là-dessous. Laquelle?
Eh bien, s'il tiret la nommer pour ces messieurs qui n'en out pas le courage, c'est.., l'Athéisme... Et |anommer, c'est cxpliquc" pourquoi ils ne "eulent pas qu'on la discute. C'est là le sanct«m sanctorum qui doit rester 'ilé sous le principe de l'impossibilité du surnaturel, abrité lui-mme sous la fin de non-discussion qu'on nous oppose.
)lis il faut que la lumière se fss e, et que chacun ait le co»'ae de son drapeau.
Du reste, le m),stè'e est assez transparent. IOirc que « ce qui n'est pas dans la nature n'es rie et ne aurait « être compté pour rie, si ce n'est pom' une idde; » c'est dire que Dieu, conçu en dehors de la nau'e, n'est rien ; n'est qu'une idée. Di'e qu'il n'y a qu'u seulord'e de gourérement qui est la a!«re; c'est nier la Providence.
Qui dit Dieu, dit un Ètre supéieur à la nature, sur-
LA 12ÉTHODE. 79 naturel, par conséquent; m Dieu implique ainsi le surnaturel en essence et en puissance. -- Et maiutenaut, de la puissance à l'acte, le lien de possibilité ne peut faire question. Cette question serait impie si elle n'était absurde, comme le dit très-bien Rousseau. Nier la possibilité essentielle du surnaturel, c'est donc nier le surnaturel en puissance : c'est nier Dieu.
En d'autres termes, Dieu est le miracle en puissance; et le miracle est Dieu en acte. Dire, le miracle n'est pas possible, c'est dire Dieu n'est pas. Ainsi la négation th6orique et systématique du surnaturel et du miracle équivaut rigoureusement à la négation théorique etsystématique de Dieu.
Athéisme : voilà donc le mot dont vousposez la chose comme point de départ de toute votre méthode. Et c'est ce que vous appelez partir «le la raison. La raison, pour vous, c'est l'athéisme, qui est anti-raison.
Voilà ce que vous voulez faire passer sans discussion. En cela seul vous avez raison puisque c'est témoigner que vous n'avez pas raison.
M. Ienan, du reste, n'en fait pas toujours mystère, même dans sa Vie de Jésus. N'est-ce pas, en effet, à la façon de L«rèce, qu'il y professe l'inflexibilité du régime général de la nature, cette idde que tout se po- &dt dans le monde par «les lois oU l'intervention persomelle d'êtres supérieurs n'a aucune part ?