Vie de Jésus, p
DÉItOFISTRATION PIÉLIMINAIIE. 07 unique k l'exclusion de tous les dieux, un desseiu surhumain par la saintet6 autant que par la puissacc, l'ex6cution enant le justifier.
Par la saintet6, dont la Croix 6tait comme le dard, ce dessein devait soulever tontes les r6voltes de la nature humaine, que la puissance devait surmonter; mais surmonter encore, chose admirable! sans iolenter cette nature noble jusque dans sa corruption, en respectant et en 6prouvant sa libert6.
Bans ces conditions, l'adorable auteur de cette lnerveille, Jsçs-Crts'r, devait être mis en question, posé en btttte d la cont,'adiction des hommes, pour leur ruine ou leur résurrection par l'Creuve. D'après cela, que la divinit6 de JÉ'sus-Cuss soit en question, c'est ce qui prouve au plus haut point cette divinité; cela l'implique.
Quelle preuve, en effet, d'une puissance vraiment divine en JÉs u s, que de balancer toute la nature humaine soulevée par l'horreur de sa Croix, comme nous venons de voir %'il balançait tout l'idéal de la nature divine ? Comment a-t-il pu tenir tête à cette guerre qu'il est venu d6clarer au monde pour le sauver ? Sa divinité est en question ! mais c'en est 1 le caractère, c'est là ce qui en fait l'évidence : la révolte de la nature humaine contre lui étant incessante, sans pouvoir jamais prévaloir contre sa Croix, qui en domine tous les soulèvements, Elle est e question, conme le roc par les vagues.
98 J,sts-crtnsT.
Cet état de JÉS[/S-CRIST prouve doublement sa divinité : comme témoignage de sa sainteté qui soulève, e comme témoignage de sa puissance qui domine toutes les révoltes du mal.
Voilà ce qui résulte de la question posée.
.luant à la méthode de l'impiété pour résoudre négativcment cette question, elle ne prouve, elle n'implique pas moins l'aftirmative.
Si Jsus n'était pas Dieu, s'il n'était qu'homme, et son uvre un fait humain, rien ne de,'rait ëtre plus facile à établir. Je conçois qu'il soit difficile jusqu'à l'impossible de prouver qu'un homme soit Dieu; mais de prouver qn'un homme est homme, cela devrait être facile iusqu'à l'inutile. Qui s'est jamais mis en frais sérieux, je ne dis pas parmi nous, peuples éclaires, mais chez les peuples même qui ont obéi à ces superstitions, pour démoutrer que Mercure, Apollon, Bacchus, n'étaient pas des dieux véritables? Aucune controverse s'est-elle jamais élevée à ce sujet ? Alexandre a pu se dire le fils de Jupiter; mais toute la Grèce a souri de cette supercherie; et de même, l'apothéose des empereurs romains n'a jamais été une chose sérieuse pour les Romains. lIahomet ne s'est donné que pour un
DÉMONSTRATION PRÉLIMINAIRE. 99 simple agent de la Divinité, et il n'en a donné d'autre preuve que le sabre, sans qu'aucnne plume lui ait jamais fait l'honneur de le discuter.
Comment, pour nous, la divinité de J.SUS-CURIS peut-elle tre chose, non-seulement si sérieuse mais, si insurmontable? Car enfin, voici dix-huit cents ans qu'on l'assiége. Depuis Celse jusqu'à Strauss, que de plumes usCs, que de volumes accumulés, que de travaux entrepris, faits, alAfaits, rcfaits; que d'armes renouvelées dont les débris sont épars ou enterrés au pied de cette Enclume qui a brisé tous les marteaux et où gisent ple-méle, dans une célébrité pire que l'oubli, tous les téméraires agresseurs de cette divinité invincible !
Enfin I. Renan ,dent. Toute soueraineté va plier devant sa critique : il va s'attaquer au Dieu du passé, et regarder en face celui devant qui se sont inclinées des générations d'adorateurs. Écoutons-le :
Dans un tel effort, ue part de divhation et «le coniectu'e doit êlre permise. Et encore, selon M. Sehérer une large part; et de divination romanesque, et de conjecture erronée : au lieu de l'analyse des témoignages, du balancement «les preuves, et des informations authentiques, qui serait le parti le ph«s digne mais qui a l'inconvénient d'être impossible.
Quel aveu I quel hommage !
Ce n'est pas assez. Dans un tel effort, les éternelles
00 JÉsus-cnRs:.
lois du sens moral et du sens commun doivent ;,tre suspendues; plus que cela, rcnvevsées. L'etrel»'ise est impossible, si l'on n'admet autement qu'il y a pour la sincdritd plusieurs nesures , etc., et si, selon les iddes dtroitcs q,ti se sot rdpandues sur la folie, on considère comme n'étant pas sain, un état oh l'on dit des cho.es doigt o n'o pas cosciece, et oh la pes{e se produit sa»s que h« volo»td l'oppelle et ht règle.- Toute critique est faussde si l'on part de ce ]»'incipe que tout pe'somtae historique à qui l'on «ttribue des actes que nous renoues pou" insensés ou ch«rh«tatesques a dtd m fou ou un charlat«. -- Il faut qu'on passe tout cela au critique, pour qu'il puisse se tirer de son eulreprise contre Js vs- Ch n s .
Quel aveu plus éclatant, quelle preu'e plus manifeste que la divinité de JCSçS-CnnST repose sur les fondements de la raison et de la conscience, que de ne pouvoir l'attaquer sans ren'erser ainsi ets fondements de toule critique, de toute certitude, de toute conviction Jamais nos apologétiques furent-elles aussi prohantes, aussi concluantes ?
Ce n'est pas tout encore. Pour pouvoir contester avanlageusement les oeuvres surnalurelles par lesquelles J sçs a manifeslé sa divinité, et les témoignogcs historiques qui les rapportent, il faut présupposer que de telles uvres sont toujours impossibles et que de tels t6moignages sont tonjours faux. Et il faut partir de
DÉMONSTRATION IIIÉLIMINAnlE. O| cette présupposition connue d'un principe qui ne saurait être discuté. A cette condition seulement on aura raison des miracles de Jsçs et des Évangiles. C'esth-dire, h la condition de les nier simplement sans preuve, contre toute preuve; d'aller de l'inconnu au connu, et dëriger en solution ce qui est en question. A la condition, surtout, de ne pas tol6rcr la discussion du grand point de d6part de cette nouvelle dialectique, l'impossibilit6 du surnaturel, et cette id6e de Lucrbce que tout se produit dans le monde par des lois oh l'intervention personnelle d'êtres supérieurs n'a aucune part : l'athéisme.
Ainsi : gloire à notre foi! confirmation la plus 6clatante qu'elle ait jamais reç-ue ! D et JSV s sont tellement li6s ensemble dans l'esprit humain et dans la v6rit6, que, pour nier que Jsvs soit DIEU, il faut snpprimer DEU; et que pour supprimer Dev, il faut l'attaquer en JEsus comme en lui-mme. Il faut attaquer le FiLS dans le PE, et le P dans le FLS : tant est vraie, par la tactique mme de l'erreur, cette grande parole d6jà cit6e de JCsvs : -- « Le Père est en « moi, et moi dans le Père : le Père et moi nous ne « sommes qu'un. )) Jsus-Cns'r est donc Dieu, s'il y a un Dieu; puisque le seul principe d'où on fasse dériver sa négatiou est celle de Dieu même. Il n'y a plus place pour le déisme entre la foi en ffsus-CnsT et la foi en
D1E U, tant Ces deux objets de la foi se pénètrent et se confondent, je ne dis pas dans le culte des croyants, mais dans la guerre des impies.
« Croyez-vous en Dieu? -- dit M. Proudhon, -- si « oui, vous êtes chrétien, catholique.., si non, osez le « dire; car alors ce n'est pas seulement à l'Église qne « vous d6clarcz la guerre, c'est à la foi du geln'e bu- « main. Entre ces deux alternatives, il n'y a de place « que pour l'ignorance ou la mauvaise foi .
« Jamais je n .... eusse contcst(! I autortte de l'Eghse," "- « si j'admettais le surnaturel, je me serais incliné de- « vant une foi si antique, ri'uit de la plus savante et de « la plus longue élaboration dont l'esprit humain ait « donné l'exemple .
« Oh! le Christianisme est sublimei sublime dans la « majesté de son dogme et la chaîne de ses déductions. « Jamais pensée plus haute, système plus vaste, ne fut « conçu, organisé parmi les hommes. Et je fais ici ser- « ment que si l'Église parvient à renverser la thbse (an- « tithéiste)que je lui oppose, j'abjure ma philosophie « et je meurs dans ses bras 3.
« Si vous recommissez un Ètre supreme, à genoux « devant le CnçcriÉ ! »
t. De la Justice dans la Bëvolution et dans " " " 1 Egl«se, t. I«,, p. 38.