‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 43 sur 152 · Luc, xx · texte numérisé non relu

Luc, xx

LES PROPHÉTIESo 7 mot! Il importe cependant de montrer "à quoi en est réduit sur ce point M. Renan, et en lui l'incrédulité. Il omet, sans les contester, c'est-à-dire il élude les prophéties relatives à la révolution universelle annoncée et opérée par JÉs[s du haut de sa croix; et à la mission donnée aux Apôtres et à l'Église d'taller porter l'Évan- $ile jusqu'aux extrémités de la terre et jusqu'à la fin des temps : et cela dans une vie de JÉscs!

Il avoue les prophéties rehtivcs à la transformation des pcheurs en apôtres; -- à la gloire universelle de Madeleine; -- et à la fondation de D'Église.

Et enfin, il cvnteste et il avoue à la fois la prophétie. relative à la destruction du temple et à la ruine de Jérusalcm.

Mais ce qui fait le poids de ces aveux, c'est l'effortdc M. llenan pour en diminuer l'importance; trahissaut par là jusqu'au ridicule l'embarras qu'il en ressent. Et d'abord, pour la transformation des pcheurs en ap5tres.

« Jésus, dit-il, qui aimait à jouer sur les nots, disait «par/ois qu'il ferait d'eux (Simon et André) des p- « cheurs d'hommes. En eet, parmi tous ses disciples, « il n'en eut pas de plus fidèlement attachés . » ¥oyez«ous déjà cette simple et sublime prophétie réduite à un jeu de mots, et hors de là n'a,ant pas de

l. Vie de Jësus, p. 150.

{ 48 J ÉSUS-CIIB.IST.

raison d'être? .leu de mots, ch effet, mais qni n'appartient qu'à{ Celui qui peut en faire un jeu de choses, comme il apparut lorsque, à sa premibre pr6dication, Simon prit trois mille hommes, h sa seconde, cbq mille', et lorsque ce n,' fut bienl6t plus des homtnes, mais des 'illes, des pro'inees, l'Empire, le monde enlier que ces pècheurs de poissons prirent et ont gardé depuis dans leurs tilets î  l',,flots, dit encore M. llenan, comme pour anloindvir par la fréquenee et par la familiarité du propos cette parole u nique.

E, e//k'l. Qui ne croirait que cet En effèt, se l'appov lanL h ce qui prée6de, ;un6ue cette eoliclusion : ils furelit el citer pëchem's d'holllles? Mais point du tout : parmi to«s ses disci])les, il ,en ez«l pas de plus fidèleme,t attacl«ds. Que c'est joliment escamoté  3I. Renau ne laisse x oir que cela, qui par malheur n'est pas vrai, puisque saint Pierre renia JÉsus. Et de la grande, de la pt'odigieuse mervêille de la pêche é-angélique? Ilien. Oh la belle chose que la critique t. Actes, Il, 31 ; IV, 4.

2. Ce qui sembltq'ail ldul6L ml jeu de mots, ce serait : Tu es ]'i«vre, et su" cette pic''e je bdti,ai mon llise; et c'est salis doute à cela quo lktit allusiou M. ]{ellall, SilllS S'ell expliquer, sachant tr6s-bieu la r6ponse qu'on peut y faire, asus ne prolite pas, en elDt, dans cette mdmorable ptrole, du nom de .P&rr6 qu'aurait eu ddjà Simon. Ce nom, il le lui avait donnd à celle fin, quand il lui dit : « Tu ne t'appelleras plus Simon, mais Pierre, » comme nom symbolique devant ddsigncr la destination.

LES P[tOPHÉTIES.

Iaiutenant pour la pécheresse gloriiiée.

Après une page ignoble, où l'auteur de la t'e de Jé.us transforme eu coup de thé5tre le plus beau mouvement de coeur qui ait relevé l'humanité dans le prosternement de la p6eheresse aux pieds du Sauveur, et en fait une 'éclame pour la réputation de Jésus qui s'y serait prêté pet»Te que les homem's se'vaiet à son but, I. lcnan, iuspirant Jésus d'un sentiment d'ambitiou eontrariée par l'observation des assistants sur la prodigalit6 dont il était l'objet en cette circonstance, dit : « Aussi « quand on lui parla des pauvres, il répondit assez « virement : « Vous aurez toujours des pauvres avec « vous; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » « Et, s'exaltant, il pvomit l'immortalit6 à la femme « qui, en ce moment critique (parce qu'il y allait « de la r6putation de J6sus), lui donnait un gage « d'amour. »

Hp'omit l'immo'talité. On a vn et il faut l'croit dans quels termes. Et de l'accomplissement de cette pr6dietion? lfien encore. Si I. Benan lève la tête, i[ suffit h ma foi indignée qu'il rencoutve du regard le fronton de la Madeleine, où ce temple, fondé pour b« Glob'e par un de ses plus grands favoris, exalte, dans la capitale du inonde civilisé, cette vile p6eheresse dont Jsrs dit il y a dix-huit siècles à ceux qui la repoussaient : « Je « vous le dis en v6rité, partout où sera prêché cet Évan- « gile, et il le sera dans le monde entier, on publiera à

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« la gloire de cette femme ce qu'elle vient de hire en ce « lnoment. »

Quant à la mémorable prophétie, tu es pierre, etc., M. Reuan l'avoue en ces termes : « Il jette avec une rare « sûreté de vues les bases d'une église destinée à durer. » llare en effet, lnais pas si rare encore que la ridicule affectation que vot, s mettez à en effacer le prodige. )t,ant à destide à durer, il est évident que l'Église l'C lait puisque vous e po«vez rien contre elle. Mais de ce qu'elle 6tait dcstinée à durer, il ne s'ensuit pas qu'on prit le prévoir avant qu'elle existât comme nous le voyons après dix-huit siècles, à moins d'ëtre le souverain maître des destinées.

Enfin, pour ce qui est de la prédiction de J  s c s sur J6rusalem et sur la destruction du temple sans qu'il dùt en rester pierre s«r pierre, M. Renan est pris d'une étraugc frayent. Cette prophétie a le privilége de lui paraitre, ainsi qu'à M. llavet, un vrai prodige, qui, s'il ét:it prouvé, ouvrirait la porte au surnaturel dans l'histoire. C'est pour eux un vérilable cauchemar. Et pourqttoi? Un nom, indiscrètcment rappelé par M. Renan, a (..té pour nous le mot de l'éê, ttime. C'est celui d'Amnien Marcellin '. On sait, en effet, comment, au rapport de cet historien, l'empereur Julien, voulant faire mentir la prophétie de Jscs sur le temple, mit en frais

Vie de Jésus, p. 215.

LES PRO1)ttÉTIES. 45 | toute sa puissance impériale et tout le fanatisme des uifs, pour i'emettrepierre sur pierre; et pat" quel prodige cette tentative sacrilége fut confondue à la grande confirmation de la prophétie. « Des contemporains, « dont le témoignage est imposant, dit Gibbon, attes- « tent que des tourbillons de vent et de feu renver- « sèrent et dispersèrent les nouveaux fondements du « temple l. »

M. Renan, animé du m6me esprit que Julien, s'y prend différemment et à moins de frais. Il ne s'attaque pas à l'accomplissement de la prophétie; mais à la prophétie m¢me : à sa date. Elle a été écrite, bien certainement, dit-il, après l'événement; après le siCe de Jérusalem. La léêende l'a prêtée h Jésus. Et quoique tout démontre que saint Luc, qui la rapporte, ait écrit son Évangile bien avant; cependant de cela seul que ce serait un fait surnaturel et sans e demado' davantage, saint Luc a nécessairement écrit après le siége de Jérusalem, M. Renan l'aftirme par quatre fois, et M. Havet, pour plus de sûreté, y ajoute son sceau. Fort bien : donc si, indépendamment de saint Luc, et par des documents dont vous ne contestez pas l'antériorité, nous établissons la prophétie, nous aurons enfin,

1. Histoire de la décadence de l'empire romain, t. IV, p. 399 à 461. -- Gibbon raconte avec détail toutes les circonstances de cet é'«énement.

45 de votre aVetl, bien avéré.

aÉst, s-cnrxsa'.

un prodige, un témoignage surnaturel

Or, saint Matthieu ct salut Marc, dont vous reconlantermdc, rapportent la même prophétie de naissez ' ' " '" ' JÉsus • « Voyez-vous tout cela, dit J¢,sus à ceux qtu « lui faisaient remarquer la structure du temple? En « v6ritd, je vous le dis, il n'y sera pas hdssé pierre sur « pierre'. » Mais (lte nous sommes simples de nons donner tant de mal! M. l)enan en convient. Oui" il couvient de l'antériorit6 de la prédiction; et il en convient, nonseulement sut" le témoignage de saint Matthicu et de saiut Marc, mais sur celui de salut Luc lui-même apr5s 1 avon rejeté par quatre fois Il est donc pris par lui-mëme, direz-vous?- Il est vrai, s'il n'était pas un libre penseur, qdj«ge et n'est point juge', et qui se rit de la discussion et de la raison. Ces -¢ " nle.sleUls ont des priviléges vraiment surnaturels contre le surnaturel.

Vous ne devineriez jamais comment, apr.s avoir nié la prophétie de JÉsus sur le temple coutre toute preuve; apr/?s l'avoir avoude contre sa propre négalion ; ca|actete surnaturel de prodige il l'explique contre le qu'il lui a reconnu d'une lnanière si éclatante -

t. Matth., XXIV, |, 2. -- Marc, XIII 2. Vie de Jësus, p. 339.

LES PROPlIÉTIES. { 5:{

« Plus ckd'voyant que les incrédules et que les fana- « tiqnes, dit-il, Jésus devinai(quc ces superbes cons- « tructions 6talent appelées à une courte dur6e'. » Nous ne gâterons pas ce dernier trait en le commentant. 11 se suffit à lui-mme; et il achève, en ce qui touche les prophéties, la démonstration de la v6rit6 de notre foi, par la déraison de l'impie.

Ontre sa portée générale, cette démnstration a une portée radicale contre tonte l'«uvrc de M. Renan qno nous devons noter en terminant ce chapitre.

Les prophéties attestent l'existence et l'intervention d'un Ètre qui domine lestemps et les 6véncmcnts; pour qui il n'y a pas de temps; qui est éternel. Elles nous obligent à reconn«dtre qu'il est /'ITERrEL, selon la juste expression dont il se caractérise lui-raCine par ses proph6ties.

Or, en cela, il est manifestement surnaturel et il eu fitit acte éclatant : puisqu'il est vrai que la nature humaine est sujette au temps, est inévitablement la proie de ce sphinx assis aux portes de Fvenir et qui en garde les mystères.

Nous avons donc, dans les prophéties, des faits avoués par nos adversaires, et dont le caractère, surnaturel ch

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