‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 57 sur 152 · Vie de Jésus, passin · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, passin

raison de sa fréqueuce, mais en raison (le sa réalite: S'il est réel, fUt-il unique, il est aussi croyable que fait le plus multiple et le plus constant. J'ajouterai que sa rareté, loin d'en diminuer la Yraisemblance, en est au contraire une condition lorsqu'il s'agit d'un miracle, qui n'est tel que parce qu'il sort préeisément de l'ordinaire que vous lui opposez, du régime général de la nature. Enfin je dirai que, plus vous êtes fort de ce gime général de la nature, moins vous dewz redouter l'abord de ce fait exceptionnel et particulier qui ne peut, scion vous, que s'y heurter. S'il ne peut être que faux, faux doit en être le témoignage; et alors pourquoi ne pas montrer cette fausseté? pourquoi ne pas la confondre ? Que dis-je? pourquoi fausser vous-même le témoignage et prendre sur vous le tort que vous lui attribuez? Quoi! vous ayez l'avantage de la vérité, et vous vous donnez gratuitement le tort du roman ! Et contre qui contre ce que vous appelez la légende !... Vous vous constituez faux juge d'un prétendu faux témoin! Lorsqu'il faudrait le presser de questions et le confronter, vous lui fermez la bouche et vous évitez de le regarder en face! Que dis-je ? vous altérez sa déposition ! En un mot, vous prenez son rôle, et c'est lui qui devient votre juge et votre accusateur!! !

Convenez-en, à l'aveu de l'authenticité et de la crédibilité des Évangiles, vous ajoutez par là un argument siugulièrement confirmatif. A quel point faut-il que

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l'Évaugiic soit v6ritable et que les faits surnaturels dont il d6pose soient r6els, puisque vous ne pouvez en avoir raison qu'en combinant et en sollicitant les textes ]uqu'à ce qu'ils arrivent à se rapl»'oche" et à ensemble n6atif ?

Vous linissez par le comprendre, et vous fititos nn essai de discussion sur le miracle de Lazare. Où arrivez- ous par là? A 'ous eourir de ridicule ; et à être d6s- ,u6 pa" M. Seh6rcr, et mëme parM. llact. Et quelle autre preuve ous donnez en cela de la 6viI6 des miracles 6vaug61iques • 6rit6 telle, qu'il faut lëviter ou s'y briser  .le 'ous retrouverai tant6t sur ce terrain. Pour le moment je ne saurais ous laissêr plus longtemps en possession de wtre sophisme tiré de linfle«ibilitd du régime qdneS'al de la nature, malgré tous les avantages quïl me donue contre ous.

Qu'est-ee que cette intlexibilit6 du rdgime de la nature, qu'est-ee que cette science eoepdrimettale de la natu'e dout M. Bcnan fait comme une ligne de duane pour empêehêr le miracle de passer? C'est une v6rité fausée d;ms son application.

C'est une v6rit6, en ettt; tellemenl, que je la retiens pour l'invoquer leur h l'heure contre l'auteur de la Vie de Jdsus, qui, après en avoir abusC va la méeonnaitt et la violer.

Il est wai que la nature suit une loi constante, et que

LES MIRACLES, .011 chaque être en lui-m.me, comme dans ses rapports avec les autres, et tous dans ce vaste ensemble que présente la création, offtent une régularité solennelle, un régime invariable dans sa merveillense variété. 11 est vrai que la science expérimentale de la natnre a decouvert un grand nombre des lois qui constituent cet ordre magnifique, et que l'univers apparaît comme nn système ar,'êté et clo, d'oh la nature ne se départ pas. Cela est vrai, très-w'ai.

Mais qu'est-ce que cela fait à la question du surtaturel ?

C'est dans son or&'e , en effet, c'est dans so reime qne la nature est inilexible. La science qui le constate est la science «le la at«re, la science des phénomènes natt«.els. Et alors, que signifie 'otre objection? Elle signifie que la nature est toujours fidèle à elle-,ême, que natz«'ellemet les aveugles ne voient pas, les sourds n'entendent pas, les morts ne ressuscitent pas, les profondeurs de l'avenir sont impénétrables à toute prévision humaine. Sans doute, cela est vrailes lois de la mort et du temps sont inllexibles et inexorables,

Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie.

Mais est-ce de cela qu'il s'agit .9 Prétendons-nous que Lazare soit ressuscité neturelleînent? N'est-ce pas de phénomènes su'naturels qu'il est question, de miracles,

2 ! 2 a qui ne sont tels, et qui ne témoignent de l'intervention d'tre 5tre supérieur, que pr6cis6ment parce que la nature est naturcllement intlexible, et que lorsqu'ellc cbde elle proclame l'action surnaturelle d'un Cr6ateur? Les miracles sont des moditications aux lois de la nature. Pour que ces modifications fussent impossibles, il faudrait que ces lois fussent neessaires; c'est-h-dire qu'il y c6t contradiction pour l'esprit à concevoir qu'elles eussent pu être autres qu'elles ne sont. Or, les lois de la nature sont constantes, mais elles ne sont pas tetessob'es. il n'implique pas contradiction qu'elles cussent pu être diitërentes : par exemple, qu'au lieu d'èlre de cent ans au plus, la ie de l'homme eût été de mille ans, ou que cette ie eùt été immortelle, ou qu'après avoir qnitté le corps elle eùt fait naturellement retour en lui; que la procréation se fit par la femme eule; que les corps ne fussent pas impénétrables ou pcsants, etc. Tout cela aurait pu ëtre, et alors ce sont les choses qui sont actuellement : la petite durée de la vie de l'homme, la lnort, la génération, la pesanteur, l'impénétrabilité, etc., qui, enant accidentellement à se produire, eussent été autant de miracles. Cet état actuel lui-même que nous appelons mt«re, n'a été à l'origine que l'effet d'un miracle, et du plus grand de tons les miracles, celui de la Crdation. Sa conservation n'est encore qu'un miracle continue], n'ayant d'autre principe et d'autre règle que la pnissance et la sagesse de

LES MIIACLES.  13 l'Erre Souverain, qui soutient ce grand ouvrage audessus du néant d'où il l'a tiré. Après cela, tout le monde conçoit qne ce que nous appelons ffracle 11'étant qu'une modification dans la création, c'est-à-dire qu'un moindre miracle dans ce grand miracle, sa possibilit6 ne saurait être mise en question. Il est manifeste que la mme puissance qui a créé, et qui en conservant crée tous les jours, peut modifier.

Que si on nie cette puissance,je dirai que les miracles la prouvent : et que, par cette négation, on fournit la raison mëme des miracles.

Les miracles, en effet, étaient les seuls moyens de notifier aux hommes oublieux et pervertis l'existence et l'iutervention du Créateur. Daus l'état naturel des choses, Dieu ue se révèle à nous que par ses œuvres. La création est son langage. Il était donc conforme à ce premier état de choses, que, voulant se révéler plus particulièrement à sa créature, il agit plus particulièrement comme Créateur. Et comme, o,«tre la ,e«ture déjà existante, il ne pouvait faire acte de créateur que par des actes surat,«rels, par des miracles, ces actes extraordinaircs de création étaielt les seuls moyens de révélation extraordinaire du Créateur. Les faits généraux de la création ne sont assurément indignes, ni de la sagesse, ni de la majesté de Dieu : pourquoi les faits particuliers le seraient-ils? En quoi y aurait-il moins de majesté à dire à nn homme mort : Sors du tombe««u,

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qu'à dire au prenfier homme: Crois et multiplie? Ainsi, la possibilité et la convenance du miracle est rafionnellemcnt démontrée, par rapport à cette infiexibilit6 d régime gén6ral de la nature qu'on lui oppose sophistiqucmcnt.

,le vais pins loin. Je n'admets pas que le miracle soit tenu dans cctw suspicion d'inx'raiscmblance qui résullofait de son opposilion avec les lois de la nature. Je n'accorde pas qu'il ait contre lui l'ordre naturel et humain. Le miracle est au-dessus et en dehors de l'ordre naturel, comme la divine puissance d'où il 6mane; il cst.çm'naturel: mais il n'est pas contre-naturel. L'ordre naturel n'y rSsi,te pas. On peut dire m6me qu'il y aspire comme à un 6rat sup6rieur. Seulement il en est incapable. En ce sens je conviendrai, j'aurai même rappeler bicnt6t à mes adversaires qui l'auront oubli6, que le miracle est non-seulement improbable, mais absolumcnl impossible selon l'ordre naturel.

Mais selon l'ordre surnaturel, le miracle est possible, couenable et mëme probable. Il est das l'ordre; l'ordre surnaturel. Il est même en harmonie sup6rieure avec l'ordre naturel, en tant que cet ordre est pr6ordonn6 pour l'ordre surnaturel et qu'il s'y rapporte. Nous avons dans l'Évangile un 6clair de cette belle rit6. Sur le point d'op6rer le grand miracle de la gu6rison de l'aveugle-n6, le Sauveur dit à ses disciples, qui lui demandaient pourquoi cet homme 6tait n6 aveugle :

LES IIlRACLES.

« Ce n'est point qu'il ait péché, ni ceux qui l'ont mis au « monde, mais c'es! afin que les oeuw'es de lapuissance « de Dieu dchttet e bti . » Ainsi, voici un fait naturel, la cécité de cet homme, dont la raison d'être, dont la cause finale 6tait le miracle de sa guérison. Cela parait encore dans cette parole du Sauvent, sur la maladie de Lazare : « Cette maladie n'est pas h la mort, mais pour « la gloire de Dieu, afi qve le fils de Dieu soit glori- « fid par elle. (Jea, x, .) » Il en est ainsi de tous les miracles; et s'il nous 6tait donné de le voir, tout l'ordre naturel nous apparaltrait g'avitaut ainsi vers l'ordre surnaturel du miracle. Et n'est-ce pas dans l'aveugle-nWl'histoire de tout le genre humain ? Le genre humain était comme un seul homme aveugle, quand le Fils de Dieu est venu le visiter. Pourquoi l'Cait-il devenu à ce degré effrayant d'aveuglement et de corruption que nous présente le monde païen, si ce n'est qve les oeuvres de la puissace de Dieu dclatassent en bd, et non-seulement de la puissance, mais de l'amour? C'est lb comme la loi de l'histoire entièrement incompréhensible sans Jdsus, comme le dit M. Renan, gravitant autonr de la Croix, et du grand miracle de son triomphe. En vue de ce centre qui en régit toute l'économie, l'ordre surnaturel s'est tonjours lnaniïesté dans le

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monde, et toujours par des miracles. L'état de l'homme innocent était tin état soutenu de miracle. Depuis la chute, la "ie pl'ophétique de tout un peuple dans le monde u'a été qu'une succession de miracles, jusqu'au miracle par excellence : l)  :u F A T H 0 » » E, ses «,uvres, sa mort, son triomphe. Ce riomphe est la dilatation de l'ord'e surnaturel, du seul peuple juif à ton! l'univers, et sa perpétuité x'icorieuse et mit'acnleuse d;msl'Église, se prolongeant sous nos yeux dans l'avenir'. 0n le x'oit, l'ordre surnatm'el a son régime général de phénomCncs comme l'ordt'e naturel, et ces deux ordres, loin de se heurter, s'enchaînent en se subordoniront dans la plus magnilique harmonie. Le miracle n'est plus dès lors Line monstruosité contre laquelle il faille se tenir" en garde, encore moins une impossibilité qui aurait contre elle la nature et l'histoire. Il a pour lui, en principe, la puissance et l'amour de I)ieu, incliné à se donner aux hommes; en fait, la suite de la Religion depuis l'origine du monde, dont elle domine les révolutions.

Est-ce à dire que le miracle ne soit pas chose extraordinaire, insolite, ardue, et qu'il faille tout croire gèrement en fait de miracles ? Loin de là, il faut tout éprouver; par respect, je ne dis pas seulement pour la aison, mais pour la foi, qui sauve en cela la raison même de tous les égarements de la crédulité, comme on l'a xu dans tous les siècles. Mais il faut tout Crou-

LES mACLES. 2|7 ver avec propension à croire à l'amonr de Dieu et à ses prodiges. C'est là une prévention, si l'on veut; mais une prévention légitime et bien située; qui ne dispense pas de la critique, mais qui la rend plus conforme à son objet, plus philosophique dans le vrai et bon sens du mot. Ëtre bien prévenu, c'est n'être que juste à l'égard d'un amour qui nous a donné tant de gages.

Nous voici loin de M. Renan : autant qu'il l'est de la vérité. Il ne ,oit dans le miracle que ce qui n'y est pas : une question de chimie et de physique; un prestige de ]Iume, un tour à la Robert lloudin. II n'y voit rien de ce qui y est" un phénomène moral et religieux, un témoignage de l'amour divin à la foi de l'homme, ayant son foyer dans la rencontre de cet amour et de cette foi. Conce,ez-'«ous un témoignage d'alntur donné à l'impiété et à la haine; et le souveraiu Amour s'avilissant jusqu'à se donner-lni-mme en spectacle à ses ennemis? Il n'est pas un miracle du Sauveur qui n'ait été déterminé par la foi de ceux qui en ont été l'objet, et qui n'ait eu pour considérant cette parole : Votre loi voies a sauvé; et il est à remarquer que le Cnss'r ne fit plus de miracle quand il fut aux mains des Scribes et des Pharisiens, et qu'il comparut de,ant Pilate et de-ant Hérode. De-ant celui-ci snrtout, qui espérait lui "oir

2 ! 8 j SUS-CtIST.

faire quelque miracle pour en repaitre sa curiosité, Jsus, aux diverses demandes qui lui furent adressées, ne répondit rien. II n'est personne qui ne senle la dignité de ce divin silence. M. enan, lui, n'y voit qu'un iact de prudence; Jdstts, dit-il, se garda bien de s'earer en u monde irreTigieux; il garda pour les simples (ks moyens bos po«r e«x seuls ' l)e cclte iuiutelligence du miracle est éclose, dans le ccr'eau dc M. Renan, l'idée de sa commission de physit, logisles, de physiciens, de chimistes et de critiques, choisissant lc cadavre, dési$nant la salle oh l'expérience d'un miraclc de résurrcction aurait lieu, et réglant tout le systbme de précautions nécessaires pour ne laisser prise h aucnn doute. Il suppose « un thaumaturge se « prdsentant aec des garanties assez sérieuses pour « 5tre discuté, et s'amoçant comme pouvant ressus- « citer un mort. » Il ne voit pas qu'un thaumaturge qui se prdsente et qui s'anrwtce ne peut Ore qu'un charlata,. Il ne comprend pas que le thaumaturge, n'ayant pas ce pouvoir en lui-même, et ne le rece'ant que de Dieu, par des dispositions et dans un but dignes de la sainteté ct de la sagesse infiuie, ce serait cette sainteté, ce serait cette sagesse qui aurait h faire ses preuves dc'aut cette commission de scribes et de pharisiens h qui les preuves qui ont converti le genre

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