Slrauss. Vie de Jdsus, introduction, . t
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par un rapport si intime, qu'on ne peut se dispenser de les recevoir" toutes comme authentiques, ou de les rejet.er toutes comme supposées. Les mmes faits et les mêmes domines se tronvcnt dans toutes. Ainsi le livre des Actes couticnt ce qu'il ¢ a d'essentiel dans les Ëvangilcs. Les Épîtres de saint Paul sont iniulelligilles, si vous n'admettez les Évangiles et les Actes. Les Épîtres de s;dnt Pierre, de saint Jacques et dcsaint .lean, sont ma- ifcsl.emct relatives à celles de saint Paul. Il n'y a pas etdiu iusqn'à celle de saint.lude, (lnoique tr5s-conrte, qui e rappellc tout ce que le Christianisme a de fondamental, soit pour les miracles, soit pour la doctrine. Le choix ici n'est douc pas possible; car ce qui serait excepté ferait r.vivre tout le resle. II faut briser les tables de l'histoire: el encore, chacun de leurs moindres fragments réfléchirait-il la divine iigure de ce CHRIST qui en est la loi, et vous n'atlriez fait qu'en multiplier les létnoignages. Voilà à quoi s'est exposée l'incréddité en sorlant de l« négative, et en se hasardant sur le terrain positif de la science et des faits. Quoi qu'en dise M. Schérer, elle attrait mieux fait de cortbucr à éluder la diffïcMté, et de se tenir dans la brutale uégation off veut la ramener M. Ilavet. Le public, qui n'a pas le temps de remuer ces questions, et qui n'en croit pas toujours les hommes ?péciaux sur parole., aurait pu croire qu'il y avait toujours quelque chose à répondre aux apologistes chrétiens, et que le silence ou la raillerie des esprits forts
LES ÉVANGILES. | 99 cachait quelques hautes raisons de ne pas se rendrc. Mais M. lenan a d6chiré le ,oile : il a mis à nu tout ce que peut l'incrédulité; c'est-à-dire tout ce qu'elle ne peut pas. Il a fait plus : il a compromis à jamais sa cause par des aveux sur lesquels, quoi qu'on fasse, l'incrédulité ne pourra jamais revenir, ct qui entraînent fatalement aux conséquences les plus monstr(leuses pour la raisou et la conscience, s'ils ne ramènent à la foi.
C'est ce qui va apparaitre de plus en plus dans la suite de ce travail.
CIIAPlTRE VIII
LES MIIALES
C'est nm" trislc tâ,'he qne celle que nous accomplissons : trislc pour la foi, mais bien plus triste pour la rais,n. Si la foi est offens6e en effet de l'oeuvre que uons discutons, elle en profite; et c'est sa gloire, comme dit Pascal, d'avoir pour ennemis des gens aussi d6raisonnables; c'est sa d6monstration vengeresse, qne ceux qui l'attaquent perdent ainsi le sens. Mais la raison quel hnmiliant spectacle que celui de cette misère off elle est rdduitc par l'impiét6 Il nous semble que nous faisons ici un conrs de clinique intellecluelle, où nous n'instruisons nos semblables qu'en exposant les infirmit6s de l'esprit humain. L'ironie même que nous sommes trop son'ent condamnd h manier, pour me/tre la d[;raison dans tout son jour, redouble en nous cette tvislesse, pari'opposition de la complaisance qu'elle snppose, avec la piti6 profonde dont nous sommes p6u6tr6. Mais il le faut. Pour mieux accomplir l'op6ration que nous avons entreprise, nous continuerons à refouler l'6motion qu'elle nous cause. Dans la mesure de la s6-
LES hlIRACLES, c)OI rité qui l'exige, nous humilierons pour instruire, nous blesserons même s'il le faut pour guérir.
Nous voici au fort de l'incrédulité, au surnaturel et au miracle. Ici point d'aveu : tonte résistance. Point d'à peu près : éant essetiel, comme dit M. llavct. On se relranche dans le naturel et on nous dit : P-ouvez le contraire. On élève un mur d'imposibilité, d'infiexibilitWscientifique, et ou ne veut pas ml.me parlementer et admettre de discussion : c'est à prcudrc ou à laisser. Eh bien, cette exclusive et inlraitable résistance n'est qu'un témoignage de faiblesse et de désespoir. Jamais il ne fut plus facile d'en avoir raison. Je crois pouvoir dire que nous sommes absolument maître de la situation. Ce fort du miracle est à nous; etl'incrédulité y est prise : tellement prise, que tons ses efforts pour en sortir ne feront que resserrer le cercle de raison qui l'y retient et qui l'y assiége, pat" ses propres argutnenls retournés. Une seule ressource lui restera, comme d'ordinaire, c'est de se précipiter par-dessus la raison et d'aller se briser contre la conscience; M. Renan du moins, qui est toujours hardi dans l'absurde; car M. Schérer et M. Havet auront le bon instinct de ne pas le suivre;mais resteront prisonniers de la vérité. Cette partie de notre travail demande une particulière aitcntion, non par obscurité, mais parce que la clarté en est nouvelle : qu'on veuille bien nous suiwe pas à pas.
c202 JÉSIJS-CiIttIST.
Ce n'est pas trop prétcndrc d'abord, croyons-nous, que de tir,r, «te prodiges certains et avé'és, tre simple pr/..jg6 d'admissibilit6 d'autres prodiges qui sont encore eu qcstion. C'est aller en effet du comm à l'incotmu et procéder par analogie.
Si un Otc extraordinaire, aussi extraordinait que, de l'act de lots, est 3Esus-Ctns, a fait deux (,r(l'es de prodiges dont nous voyons l'un et dont nous ne oyous pas Fa(tire : l'ordre de prodiges que nous voyons devra recommander à notre attention celui que nous n'a'ous pas vu, mais qui repose sur le témoigmtge. Qu'est-ce donc, si entre ces deux ordres de prodiges il n'y a pas seulement rapport d'analogie, mais rapport de pr6supposifion, rapport de moyen h effet Or, c'est ce que nous aons dans J s s et dans son Évangile.
11 est dit dans l'Évangile qu'il commandait à la nature, rendait la vue aux aeugles, Fouïe aux sourds, le mou'ement anx paralytiques, et qu'il ressuscitait les morts. Nous n'avons pas vu cela. Mais il y est rapport6 qu'en mème temps il disait à des bateliers pris dans le limon de la Judée, à un Simon, h un Jacques, à un Jean : Vous serez d6sormais pêcheurs d'hommes : et nous voyons que comme il l'a dit, il l'a f»it. Nous lisons
LES MIRACLES. 203 encore qu'il a dit : Quand je serai élevé «le terre, Cattirerai tout à moi " et nous voyons que comme il l'a dit, il l'a fait. Nous lisons qu'il a dit : Tu es Pierre et sur cette pitre je 5àtirai mon Église, et les portes de l'enfer e prévaudront point contre elle : et nous voyous que comme il l'a dit, il l'a fait. Nous lisons enfin qu'il a dit : Toute puissance m'a étd donnde au ciel et sur la terre, comme 'ai étd envoyd je vous envoie; allez donc, itstruise2 toutes les nations, leur ap]»'enant à observer lotit ce que je vous ai commauld, et assttrezvous que je suis acec vous tou. les jours jusqu'à la fin des siècles : et nous voyons que comme il l'a dit, il l'a fait. Je me borne h ces prodiges entre beaucoup d'antres. Prodiges doubles, prodiges de fait et prodiges de prédietion. Nous les voyons, ils se déroulent et grandissent encore après dix-huit siècles sous nos yeux. Nous sommes nous-mêmes ces prodiges. Il n'est pas besoin d'une commission pour les constater. Le monde était pien et le monde a été fait ehrétien. omment? Par une croix. Le monde est resté chrétien contre tous les soulèvcmcnts de l'enfer, et il est encore conservé chrétien. Par qui ? Par le successeur du premier Pierre. Nous voyons cela; et cela est un prodige. Le Christianisme est un miracle, le phs grand des miracles, comme l'appelle M. Proudhon*.
l. « Ajoulez cet établisscment prodigieux de l'empire, la plus « grande des merveilles, aant que h, christianisme fùt devenu
Or, je dis que ce plus jrand des miracles, que nous voyons, doit prddisposer notre créance aux moindres miracles évang61iques, que nous n'avons pas vus; et IeSLusclte et que le grattd Lazare du genre humain, " " marchant encore dewmt nous, doit nous ëtre un bon gage tht Lazare de Béthanie que nous ne VO'OnS que dans le témoignage de l'Évangile.
Je pourrais dire même que nous voyons celui-ci dans celui-là, et que le moude converti sans miracle serait un plus grand miracle. ]Mais je me borne, et j'aborde plus directemeut la questiou.
Je rencontre d'abord l'objection d'impossibilité, et je commence, avaut tout raisonnemcnt, pal' lui opposer le gros bon sens, ce bon sens gaulois de Montaigne : « (l'est une sotte présomption, dit-il, d'aller dédaignant « et condamnant pour faux ce qui ne nous semble pas « vraisemblable : qui est un vice ordinaire de ceux « qui pensent avoir quelque suffisance oultre la coin- « lnune. Coudalnller ainsi résolflment une chose pour « fansse et impossible, e est se donner I avantage d'a- « voir dans la tête les bornes et limites de la 'olonté « de Dieu et de la puissance de notre uature; et il n'y a
« le plus 9rad (les »ffmcles. ,, (De l« justice dans la 1lécolution et dans l'Eglise, l. III, p. 133.)
« point de plus notable folie au monde que les ramener « à la mesure de notre eapaeité et suffisance. Quand « nous lisons dans Boucher les miracles des reliques « de saint Hilaire, passe; son erCit n'est pas assez grand « pour nous ôter la licence d' contredire : mais de « condamner d'un train de pareilles histoires, me sera- « ble singulière impudence... Cest mie hardiesse dan- « gereuse et de conséquence, oultre l'absurde t6m6rit6 « qu'elle traisne quand et soy, de m6priser ce que nons « ne concevons pas : car aprbs que, selon votre bel en- « tendement vous avez estably les limites de la vérit6 « et de la mensonge, et qu'il se trouve que vous avez « néccssaircment à croire des choses oh il y a encore « plus d'estrangcté qu'eu ce que vous niez, vous vous « êtes d6jà obligé de les abandonner
t. E.qsais, liv. III, ch. xt, Des Boiteux. -- Ce haut ci spirituel bons sens fait plaisir. La traditiou frauqdse en est i)erdue, gràcc aux extravagances de la libre pensée. -- Ce n'est pas lUC Montaigne fùt un esprit fitil)le, tant s'eu faut ¢« Je suis lourd, et me « tiens un peu au massif et au xrayseml»lal)le, dit-il dans ce « mSme chapitre. Je ois I)ien qu'on se courrouce, et me dcffend- « on d'en douter sous peiue d'injures excdcral.)les : nou elle « de persuader! Pour Dieu mercy, ma crdaut'e ne se manie pas « h coups de poing. A tuer les gcnts, il fault une clarld huui- « rieuse et nette : et est. notre vie trop rdelle et essentielle pour « garantir ces accidents supernaturels et fantastiqucs. » -- Pascal, h ce sujet, fait cette rdtlexiou : ,, Que je hais ceux qui font les « douteux des miracles! MouIMgnc en parle comme il tiret dans « le deux endroits : on voit en l'un coml)ion il est prudent, et « ndanmoins il croit en l'hutte, et se moque des incrédulcs. » -- Ainsi feront tous les gens sensds.
$06 ÉSlJS-CIInlST.
Maintenant raisonnons serré.
De quelle in, possibilité ,eut-on parler? 0u'on s'expliqtw. Est-ce une impossibilit de principe, une impossi-. l,ilit( philosophiquc? ou bien est-ce une inpossibilité de fait, nnc impossibilit6 d'cxp6ricnce, le miracle non constaté' line impossibilité philosophique et de principe? M. Rc;m n'ose pas le dit'e ouvertement, et mdme il s'eu défend. Ce serait l'athéi,me. Nous l'avons d6montrd dans notre chapitre 1V. Mais le dirait-on, comme M. llavet, ontre l'absnrdil6 de l'ath6isme, nous poserions le fitit, et nous en appcllerions au t6moignage. Nous r6pondrions comme il fut r@ondu h ce philosophe qui niait le mou,ement : par le fait, pr le miracle attest6. Nous dirions comme l'aveugle-n6, à la gu6rison duquel les pharisiens opposaient que Jss 6tait un p6cheur : « Je ne sais si c'est un « cheur, je sais seulement que j'étais aeugle et qu'à « pr6sent je vois. » Jamais un pr6tendu principe n'a pu fermer la bonche à un fait. Si le fait est vrai, si le miracle est constatd, eh bien le principe est jug6; c'est un prdjug6 dès lors contt'e le pt'incipe que de faire obstacle à la constatation du f«it. Jsçs-Cuts, qui s'amonçait comme L Pntct., se soumettait au fait, en appelait au fait, au grand fifit de ses miracles. ul ne peut, plus que lui, s'autoriser d'un principe pour s'affranchir du fait.
LES MIRACLES, 007 Que si ce n'est pas une impossibilité de pricipc qn'oa nous oppose, mais une simple impossibilité d'expéricnce et de fait, alors la diflicnlté s'aplait et s'efface, il n'y a plus d'impossibilité propremet dites M. Rcnan en conviett : « 1Nous ne disots pas, dit-il, ic « miracle est impossible. Nous disons : il 'y a pas eu « jusqu'ici de miracle constaté. » En ce cas, l'Condons-nous, procédons 'a la constatatiol, à l'enquète, l'aI)préciation des preuves et de tous les 6iémcts de ct)nvictio. Entendons le témoigtmge des Éwmgilcs dt)nt 'ous avez reco'nu le caractère direct d'authenticité et de crédibilité.
1Nullemént, réplique-t-on, ce témoiguage est é,eidcmment faux, quoique vrai d'une manière générale; hux de toute nécessité, par cela seul qu'il y est question de miracle, et qne le miracle a contre lui non pas une impossibilité de principe, mais utm impossibilité d'expérience constante l'irflexibilitd dt« rétime gd, w'rao de la nature. « Ce n'est pas d'tre raisonnement, e « effet, mais de l'ensemble des sciences que sort ce « grand résultat : il n'y a pas de surnaturel. La notion « du surnatu'el, avec ses impossibilités, apparaît et jour oh naît la science expérimentale de la nature. » Chercher à expliquer légendairement les É''augiles, « ce n'est donc pas mutilcl" les faits au nom de « théoliê, c'est partir de l'obser'«ation mëmc des faits,» c'est partir de la graude expérience, partit" du fait, mais
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d'un fait si uniersel, si constant, qu'il s'élève à llt hauteur d'un principe. « Nous maintiendrons donc ce « principe de critique historique, qu'un récit surna- « lurel ne peut lire admis comme tel; qu'il implique « to,çours crédulité ou imposture; que le devoir de « l'historien est de l'interpréter et de rechercher quelle « part de %ritê, quelle part d'erreur il peut recêler*. » ¥oilà l'objection qu'on nous oppose, la fortification derrière laquelle on se retranche. Nous cro'ons l'aoir fidèlcment exposêc. Nous avons tenu, même, à la poser dms tout sou aplomb.
Eh bien, ce Fest là que le plus pauvre des sophismes. il a ne falloir qu'un souffle pour le renverser. Mais auparadant, laissons-le debout un instant, et montrous que, ftt-il aussi wai qu'il est faux, il ne serait pas insurmontable au témoignage des Éangiles.
Pour l'être, ch effet, il faudrait que ce egtme gdnéral de la nature frit absolu. Mais, selon -ous, il n'est que ge$teTal, que constant, n'étant pas de princîpe, mais de simple expérience. Or, si rare, si extraordinaire que soit le miracle par rapport à ce régime général, il n'est 19as inqossib[e, vous l'avez dit, et vous ue pouvez pas ue pas le dire sans ous enfoncer dans des diflicultés bien autrement graes, ffest donc uu [ait à apprécier dans ses témoignages. Or, encore, la %rité d'un thit 'est p,,s en