Vie de Jësus, p
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« De bonne heure, son caractère à part se révéla. La « légende se plait à le montrer dès son enfance en « révolte contre l'autorit6 paternelle, et sortant des « voies communes pour suivre sa vocation... Sa famille « ne semble pas l'avoir aire6. Bicnt6t dans sa hardie « r6volte contre la nature, nous le x'errons foulant aux « pieds tout ce qui est de l'homme, le sang, l'amour, « la patrie, ne gardant d'tme et de c«,ur que pour « l'id6e qui se pr6sentait à lui comme la forme absolue « du bien et du 'rai *. »
Bient6t, en effet, « une ardeur dtrage anime tons « ses discours... Dans ses accès de rigueur, il allait « jusqu'à supprimer la chair. Ses exigences n'avaient « plus de borues. M6priant les saim,s limites de la ha- « turc de l'homme, il oulait qu'on n'exislât que pour « lui, qu'on n'aimât que lui seul. » Bemarquons, en passant, que, dans ceci, sauf la manibre de dire, M. Benan est dans la logique; et que Jgsçs serait un frénétique d'égoïsme s'il n'était pas Dieu. Toute inerédulité estdone obligée de suivre M. Benan daus ses imputations de folie, comme dans celle d'imposture. « Quel- « que chose de plus qu'humain et d'étrange se mêlait « alors à ses paroles; c'était comme un feu, dé'orant « la ie à sa racine et réduisant tout à un affreux dé- « sert. Le sentiment gpre et triste de dégofit pour le
t. Vie «le 3ësus, p. 42, 43.
« monde, l'abnégation outrée, qui caractérise la per- « rection chrétienne ' eut pour fondateur, non le fin et « joyeux moraliste des premiers jours, mais le géant « sombre qu'une sorte de pressentiment grandiose « jetait de plus en plus hors de l'humanité . «Entrainé par cette e'ayante progression d'en- « thousiasme, commandé par les nécessités d'une pré- « dication de plus en plus exaltge, Jésus nëtait plus « libre... Parfois on eût dit que sa raison se troublait. « Il avait comme des angoisses et des agitations inté- « rieures. La grande vision du royaume de Dieu, sans « cesse fiamboyante devant ses yeux, lui donnait le « va'tige. Ses disciples par moments le crurent fou... « Son tempérament, excessivement passionné, le por- « tait à chaque instant hors des bornes de la nature « humaine... Pressant, impératif, il ne souffrait au- «cune opposition... Rude et bizarre, ses disciples pal" « molnents ne le comprenaient plus, et 6prouvaient « de'aut lui une espèce de crainte. Quelquefois sa « mauvaise humeur contre toute résistance l'cntrainait
t. Quel malheur que cette courte vue de l'incrédulité qui ne lui permet pas d'aller jusqu'au bout de la raison; qui ne voit dans la perfection chrétienne qu'un sentiment âpre et triste de dégoùt et d'abnégation outrée, et (lui ne voit pas les trésors de tendre charité et d'héroïque dé»ouement pour le monde, dont le détachement même du monde est la source généreuse et le fdcond aliment !