RÉVISION DE SON PROCÈS -- SORT DE SES ENNEMIS
Tout l'Évangile est admirable; mais il l'est, ce semble, p I us en cote d an s le récit de la Passion de 1' Il o t i E- D . U. L'exactitude, la précision, la simplicité, la véracité y deviennent en quelque sorte plus intenses ; le foyer de lumière historique plus concentré. Les quatre secrétaires de la vérité, tout à elle, s'effacent plus que jamais pour la montrer. Ils n'omettent aucun détail, ils ue se permettent aucune réflexion, aucune émotion. Impassibles à force de foi dans le sujet lui-même, ils le laissent agir tout seul sur nous. Ils ont toute la conscience de la majesté avec laquelle la ¥ictime devait nous apparaître, au plus fort de ses humiliations ; des larmes que dans toute la suite des âges elle devait faire couler, au plus fort de la haine qui l'accable; du prix de grâce et de gloire que chaque outrage, que chaque cruauté qu'elle subit, devait valoir dans les destinées du genre humain : et ils nous réservent toutes ces impressions, toutes ces appréciations, jusqu'à ne pas y prendre part,
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ce semble, eux-mêmes. Entre les siècles passës qui avaient prédit ce grand sacrifice, et les siècles futurs qui devaient s'y régénérer, ils se sentent et on sent en eux les historiens du fait central de toute l'histoire, jusqu'aux cxtrémités du temps et aux profondeurs de l'CernirA.
M. Rouan a pris l'absolu contre-pied de tous ces caractères. Tout ce qu'il avait semé de haine et de perlidic dans la ïe de Jésus se ramasse et s'accumule dans le recit de sa Passion et de son supplice; et si dans tout le reste de son a, uvre il se trahir, on peut dire qu'à la liu il se dénonce. On dirait qu'il est jaloux des Juifs et chargé du dossier de Judas. Il n'a que deux soucis, celui de rivaliser avec les ennemis de JÉst; s, et celui de les disculper. Il plaide p'o domo; et toutes les malAdictions dont la conscience unixersclle a stigmatisé le Déicide, toutes les adorations dont elle l'a vengé, lui sont un fait pe'sonnel. Il revise le récit évangélique; et tout ce qui peut être intérêt pour la victime, ou iugement contre les bourreaux devient problématique, iinit par être réformé, et en fin de compte retourné à ce point qu'on ne trouve plus de coupables que.., les Chrétiens. Comment cela? La curiosité du fait en ,aut l'attente. Tous les procédés et tous les expédients auxquels M. lenau a recours à cet effet sont inimaginables : c'est, un chci'-d'oeure, pour lequel il faut créer le mo d'btsidiositE
[NOUVELLE rASSlOr. 329 Mais c'est par cela mme un chef-d'oeuvre d'accusation et de justice contre son auteur, d'aveu et d'hommage pour la vérite. Chaque trait y trahit la main et le c«ur, jusqu'à la naïvcté la plus plaisante. Nous aurions pu ignorer ou oublier la portée prophétique ou significative de chacun des traits de ce grand tableau qui épuisera à iamais la contemplation des "bines M. Rcnan a pris à tâche de les signaler et de les faire ressortir eu y portant la main, par le seul mobile d'un intért d'irapiCe qui accuse cette portée. C'est une vritable contreé]»'euve, off tout ce qui est lnmiueux dans l'original devient sombre, et vice versâ, de telle sorte que si cet original cnait à manquer, on pourrait le retroux'er dans la contre-preuve.
Montrons tout ceci par quelques exemples.
M. Renan, préoccupé à l'avance de l'indignatiou que doit rencontrer l'Cocation de la Passion, et jaloux d'en décharger les vrais coupables, à commencer par Caïphe, cherche à détourner cette indignation sur un personnage auquel il donne, à cet unique effet, une importance que lui refuse le divin récit. (:'est Arme, ou tlanan comme il l'appelle, beau-père de Caïphe. llanan payera donc pour son gend'e, en ,ttendant que luim(hne soit d6chargé. « (;'est sur llanan et les siens que
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« doit pcs,.r la responsabilité des actes qui vont suivre. « dit M. Rcnan... llanan fut l'acteur principal dans ce « drame tc'.rible, et bien plus que Caïphe, bien plus « quc Pilate, il arait d' porter le poids des malédic- « tions de ['humauité '. )) -- Ponrquoi? et sur quoi se l'onde M. Renan pour faire surgir en 1863 ce personnage passif dans l'histoil'e? -- Ne demandez pas d'autre raisol que la sympathie de M. Renan pour Caïphe ; c'cst-à-dil'e sa haine contre Jsts-C IllIST. « C'est dans la bonche de Caïphe, continue-t-il, que « l'Evangélistc tiett à placçr le mot décisif qui .amena « la sentence de mort de Jésus Il est expédiet qu'ut « homme mettre pot«r le pe«ple, phttdt que toute la « taltotpertsse. )) Pourquoi supposer qne l']vangéliste tient, comme vons, à charger plutôt un acteur qu'nn autre'?. Cela n'équivaut-il pas à dire que c'est vous qui tenez à cette partialité?- M. Renan, du reste, consacre deux pages à démontrer que Caïphe, et Arme même, étaient en droit d'agir comme ils ont agi, et qu'ils n'ont été coupables qne de maladresse, parce qne, « laissé libre, « Jésns se fût épuisé dans une lutte désespérée contre « l'impossible, et qu'ainsi, la haine inintelligente de « ses ennemis décida du succès de son oenvre, et mit « le sceau à sa divinité . »