I. Vie de Jësus, p
SA PERS01NEo 3|9 étroites. 5lais ce glossaire est font fait : vons n'avez qn'à prendre le Dictionnaire de l'Académie française h contre-sens. Et comme tontes.les langues fraternisent dans un verbe intellectuel colnmnn, il faut renverser toutes les langues, tous les livres, ou plntSt renverser ce verbe commnn de la raison humaine. Alors seulement on comprendra l'incrédulité.
Voilà où en arrive l'incrédnlité dans M. Renan. C'est-à-dire à nnc des plus souveraines, des plus triomphantes et des plus vengereses démonstratious de la foi chrétienne.
Nous a[[ons la dégager en peu de mots.
Je n'ai pas besoin de faire ressortir d'abord tout ce que la manifestation de l'adorable caractère de J su s- E n R I s T, m si adlnirablement fidèle à lui-même dans sou incomparable type d'un bout à l'autre de sa vie : tout à la fois, si humain, si saisissable, si concret; et si divin, si attirant, si céleste, par l'harmonieux accord de sa double nature et la profonde unité de sa personne, -tout ce que la manifestation de Jsus-C tST, dis-je, gagne à cette monstrueuse et incohérente discordance des divers ffCus que l'incrédulité veut lui substituer: un Jésus idyllique, un ffAsus politique, et un Jésus fvénétique; e'est-à-dire un niais, un fourbe et un fou : sans
préiudice du J5sus h6roïque qu'on hit parader sur la façade, ponr faire entrer le lecteur naïf dans ce spectacle de boulevard.
Lecteur qui Ch sortez, qu'en pensez-vous ? Comment pouvez-vous accorder cet ignorant villageois avec cc charmant rabbi; cclui-ci a'cc ce rusé politique, qui devient un anarchiste, qui devient un charlatan et un franc impostcur, puis un géant sombre, et finalement un frSn5tiquc dont le paroxysme croissant le pousse à se faire tuer? Et tont cela, comment conce'cz-vons que ça pnisse Otc à la fois et en mme temps l'honnem' co»mun de ce qui porte un coeur d'homme, -- l'homme inco»patable auquel la conscience uMcerselle a décerné acec jastice le titre de Fils «le Die«, -- un prbcipe inépuisable «le renaissances morales, -- le créateur &« ph«s beau code de la vie parfaite qt'aucun moraliste ait tracé,- le fox,dateur de la religion absolue, nonscdcmet po«r cette terre, mais po«r les autres pinnèt«s si elles ot des habitants douds de raison et de mor«lité? Comment conciliez-vous tout cela enfin cette remarque, que la morale de JÉsus-CnRIST, que la religion de Jsvs-Cnnts, c'est Jlsus-CnRts3 luimme; c'est l'imitation de ses exemples, de sa conduit% de sa vie : c'est-à-dire, dans le héros de M. Renau, de la sottise, de la duplicité, de l'imposture et de folie ?
Lequel de ces deux Jésus vous paraît digne, de votre
SA PERSONNE. 321 raisol et «le voh'c conscience, et par conséquent votre foi ?
Sans doute, direz-vous, cette conception de M. est insensée, est abominable, et je la répudie. Je rougis méme pour mon pays et pour mon temps qu'elle ait oir le jour. Mais ]e la laisse pour le compte de on auteur : ce n'est pas néeessairement la conception de l'inerédulité.
tIonnte illusion !
Je ne répondrai pas seulement que presque tous les organes de l'incrédulit6 ont avoué ce:te couceptiou, l'ont exaltée, et que sa honte est devenue celle du camp tout entier qui réclamera problablement contre l'exécution que j'en fais ici. Je dirai qu'eu cela l'incrédulité a été juste envers M. Renan comme envers elle-méme. Tellement, que je prendrai moi-mmc la défense de M. Renan, ou plut6t de la ,érité, en maintenaut cette solidarité de son OE.uvrc avec l'incrédulité. Saus doute M. Renan y a mis du luxe. Il a traité son sujet a,ec haine. Comme ce peintre de l'antiquité qui, pour faire sa ¥énus, l'avait composée de toutes les beautés de la 6rèce, il compose son J(.sus de toutes les pauvretés et de toutes les laideurs morales qu'il peut ramasser, alors même qu'elles s'excluent. Il uc lui suffit pas du choix entre l'imposture ou la folie, les deux et d'autres ne sont pas de trop. -- Mais, au fond, il est dans les donuées nécessaires de toute iucrédulité.
Comment cela ?
Rien n'est plus simple.
La conscience (mivcrscllc et l'histoire li .lEsvs-Cns'r et de so» t.uvre un type (le gran(lem" et de perfcctiou dont il ne pouvait pas s'écarter. Nous ne sommes plus au dernier siècle : il faut s'incliner au moins aujourd'hui devant Jsvs-CHas; si même il nc faut pas, avec M. Renan, regretter les places où l'],umanitd voudrait venb' baiser l'empreiite de ses pieds : -- première nécessit6 que nous avons reconnue ;tvcc ses conséquences dans le chapitre précédent. MMntenant, pouvait-il se tenir à ce Jésus, l']omze«r commun de tout ce qui porte un cur d'homme Absolument non ; et une seconde nécessité le pressait.
Laquelle? -- Celle de s'élever jusqu'à Js çs-Cn is Dieu, ou de descendre h un Jésus infâme; celle de le mettre au-dessus ou au-dessous de l'homme. Car cet être à part, que l'incrédulité ne ponrra jamais expliquer, est nécessairement plus ou lnoins qu'un homme, et il hnt l'adorer ou le conspuer.
JSUS-ÇnRlST, en effet, nous l'avons vu, a fait et voulu paraitre faire des miracles .en grand nombre, qui seraient d'un jongleur s'ils n'étaient pas d'un Dieu ; et nous avons vu ce dilemme dans lequel nous avons laissé M. Havet et M. Schérer enfermés, pottr ne pas «voir vouln suivl'e M. Renan dans son attenld cotlre
SA PE BSONIE.
conscience. Mais ce mi, me dilemme se repr6senle ici, iudépeudamment des miracles, d;us des t'rnes plus absolus,et qu'ou n'a pas même cssa-é de discnter: ïlms les termes de la pr6tention, de l'aflirmation solennelle de Jsus-Cnas'r qu'il est Du même.
Iaiutenant, ou il a dit rai, ou il a dit faux : si rai, il est Dieu; si faux (Dieu me pardonne ce blasphème, mon cur l'efface à mesure que ma main lëcrit), il est un imposteur ou un fou :je dirai même l'un et l'autre, avec M. Renan.
Si J s u s-C n t s n'est pas Dieu, Il@ode a eu raison de le traiter comme Ull insensé, le grand prOtre comme un blasphémateur. JSUS-CHST, même, ne réclame pas contre ce traitement : il le soufft'e comme un effet de l'aveuglement des Juifs, qui ne veulent pas voir en lui le Fils de Dieu. Sa seule défense a été de dire qu'il l'Cait r6ellement. 0n ne l'a pas cru. Dès lors il va de soi qu'il doit être trait6 comme il le fut dans sa passion et. dans son supplice.
Or, cette situation de Jtsus-Cnss devant II6rodc et devant Caïphe est encore et sera toujours la seule qu'il puisse avoir devant la conscience humaine. Cette conscience, mise en demeure de se prononcer sur sa persolme, devra sëcrier avec Pierre: lZous êtes & CUl,ST, Fs u DIç VVT OU avec le grand prêlre juif- Il a blaahémg, il est tliçe de mo't l Dats ic premier cas, l'adoration et l'am,ur; datts I«
32 J ÉSUS- cInIST.
second, les crachat et les soufilets doivent s'ensuivre Nous avolts COl}sacré vingt pages de nos l,'l«(/es h éprouver cet argument sous toutes ses faces; et plus nous r@rouvions, plus il grandissait; plus les objections d6ployaicnt sa force. Nous croyons avoir épuisé SOli étude et nous osons prier le lecteur d'y recourir . Mais 11. Renan, je l'avoue, a dépassé toutes nos hypothSses par ses énortnités. On dirait même, qu'eu ceci, conlme en d'autres points, il a fait la part du feu en vue de nos démonstrations, et qu'il a posé la résistance en dehors des limites où nous la croyions possible. Ainsi nous avions prévu et discuté l'argument du s«cès de J s J s-E n 1 s T, l'argument du biet[ait, l'argument md, me du d@art qu'on voudrait faire entre son uvre et sa personne; enfin l'argument de l'hypothèse
t. Deux remarquables articles 1)ubliés récemment par M. Caro dans le journal la Frace, se termineut ainsi" « Ou Jésus est le « Fils de Dieu, réellement Dieu, ou il n'est mème pas un homme « supérieur, pas m6me un homme d'une haute moralité... Ou le « christianisme est la xérité religieuse absolue, défiuitive, su- « pr6mc, ou bien il u') faut x oir qu'un long mensonge de vingt ' ) « sicles... M. Reuau semble ne pas s al ercevor que tout ce « qu'il a blé au Dieu dans le Christ diminue d'autant l'homme à « nos )-eux, l'avilit mème dcx aut la conscience humaine. Si vous « éliminez le surnaturel de cette vie, vous en faites moins qu'un « grand homme, moius qu'un honnête homme il a trompé le « monde!... Cette Vie de Jdsus est la mise eu demeure de la « couscience moderne dex ant le christianisme. Pour nous notre « choix est fait.. » 2. Tome IV, chap. tf. De lapersonne de Jésus-Chvist, p. (;0 à 80
SA I,BSONNE.
de sa divifité créée par |ui pour l'exécution de son dessein : et nous n'avons pas eu de peine à montrer que le succès du mensonge en serait le règne; que le biençait du Christianisme en supposait la vérité ; que la séparatiot entre Jsus-CnRsT et son uvre était impossible, puisque cette uvre était rtu-Êm appliqué au monde; enfin que l'hypothèse de sa divinité créée par lui pour donner un fondcment à son système, en aurait tout " la fois usurpé la fin par l'idolâtrie de sa personne, et contrarié cette mëme fin par tous les obstacles que cette idée d'nn Dieu crucifié a sonlevés dans le monde, et dont elle n'a pu triompher que précisément parce qu'elle est la vérité.
Mais dans tous ces raisonnements développés pal' nous, nous avons toujours pris pour point d'appui la conscience et la raison. Il ne nous était pas venu à la pensée qu'on pût les supprimer.
Et cependant, je comprends qu'à moins de se rendre, M. Renan ait été obligé de pousser jusqu'à cet excès la hardiesse du désespoir.
Mais, par là, il n'a fait que poser le comble à la démonstration de la foi chr6tienne.
Il a montré, en effet, qu'on ne pouvait nier JÉsts- Cn IlST sans entreprendre sur la conscience, sans treprendre snr la raison ; qu'il y avait solidarité, Cualions, identité entre le Cn,s et la ¥é'ité, entre le C t R I s 'r et la Raison essentielle, ou le Verbe qui parle
326 SUS-CUtUST.
en nous; et que cette Vérité, cette Raison, ce Verbe, incarnés ch Lu, n'ont fait des lors que s'affirmer, que se proclamer eux-mOrnes lorsqu'il a dit « Je suis la ç6rité.-- Je suis la Lumière du monde. « --Je suis le Principe, lequel vous parle. » E«o su ÇERITAS t --E6o SUM Lux 5lUnDI 2. -- I)IINCll'IUSI QUI EI' LOQUOR VOBIS 8.