‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 104 sur 188 · Journal le Temps, 7 juillet i · texte numérisé non relu

Journal le Temps, 7 juillet i

' On me croira sans peine lorsque je dirai que je n'ai pas à cœur de disputer à M. Renan un peu de ce mérite. Ce que j'ai dit de favorable à ce sujet avant ces citations, je l'ai dit franchement, et sous l'impression des passages pris isolément dans l'extrait que j'en avais fait à Tavance.

Eh bien ! je m'en repens, et je rétracte mes paroles. Relus dans le livre même, et à leur place, ces éloges , m'ont révolté. Il n'y en a pas un, en effet, qui ne soit l'enveloppe de quelque blasphème, et qui n'ait pour but évident de le faire passer. Blasphème, non-seulement à la divinité de Jésus-Christ, mais àcette humanité même qu'ils exaltent, mais à la conscience humaine qu'ils flattent dans son héros.

C'est bien le premier jugement que j'en avais porté : c'est bien, parle miroitement de ce Jésus héroïque, que M. Renan a voulu tromper la religiosité du lecteur frivole, et gagner sa crédulité aux autres Jésus.

Ce qui précède et ce qui suit chacun de ces saints et de ces baisers au Sauveur du monde, c'est un soufflet ou un crachat. Le lecteur particulier que M. Renan a eu en vue, et à la simpUcité duquel il a ajusté son livre, n'est pas plutôt scandalisé par l'outrage, qu'il est édifié par la génuflexion, et, de l'un à l'autre, on fait ainsi passer la Vie de Jésus; <c on édifie le monde en scandacc lisant l'Eglise, on est hardi et religieux, sévère et c( sympathique, on tire même des yeux arides de nos

<( contemporains (M. Schérer en a été témoin) des <c larmes sur le sort du juste opprimé. »

Moi aussi j'ai été témoin de larmes versées à la lecture de ce livre, sur le sort du juste outragé. Ces larmes d'un ange de vingt ans, dont le goût épuré par la sainteté vaut bien celui de nos critiques, je les ai recueillies, et je les réserve pour la fin de ce travail comme un baume de suprême consolation et d'expiation.

Du reste, les lecteurs exercés qui ont le sens du vrai, toujours inséparable du beau et du pur, auront reconnu au style seul de M. Renan, si séduisant qu'il soit dans ces passages, un faux éclat, qui est à la clarté céleste de l'Évangile ce que la lumière électrique est aux rayons du jour. Ce n'est pas cet éclat dont Platon dit si bien : <( La blancheur la plus vraie et la plus belle n'est pas t( celle qui renferme le plus de blanc souvent mélangé, « mais celle qui est la blancheur la plus pure, c'est- « à-du'e qui renferme le moins d'éléments étrangers; » mais c'est cette lumière outrée et équivoque dans laquelle il est dit que l'Ange des ténèbres se transfigure quelquefois.

M. Renan a procédé comme dans les spectacles de fantasmagorie. Il a éteint toutes les lumières du jour, les lumières de l'histoire et de la conscience, et c'est à la lueur phosphorescente de la divination et de la conjecture, à la lueur sinistre, même, du blasphème et de l'immoralité, et en interdisant d'approcher et de dis-

cuter, qu'il a fait apparaître ses Jésus : Le Jésus héroïque d'une manière générale, comme nous venons de le voir ; j

puis, successivement, le Jésus idyllique, le Jésus politi- î

que, et le Jésus frénétique, que nous allons examiner.

Nous demandons pardon à la conscience et à la raison de nos lecteurs, de la douloureuse nécessité d'avoir à leur exposer toutes ces indignités et toutes ces folies.

Commençons par le Jésus idyllique.

M. Renan, à l'imitation de Strauss, affecte d'abord de mutiler le nom du Sauveur. Il ne l'appelle jamais que Jésus, et retranche ce grand nom de Christ, synonyme de Messie, caractéristique de Roi, de Seigneur et de Pontife, qui est écrit à chaque page des deux Testaments, par lequel Jésus s'annonçait et était confessé Fils du Dieu vivant, qui passa le premier sous la plume inexercée encore à l'écrire de Tacite et de Suétone, et qui est devenu et resté le nom patronymique du monde civilisé, du monde Chrétien. — Il le déconsacre.

Quant au nom de Jésus lui-même, « c'était un nom fort commun, » croit devoir ajouter M. Renan ; « mais naturellement, continue-t-il, on y chercha des mystères, » — des mystères dans un nom fort commun ! — a Peut-être, même, Jésus s'exaltait41 à ce propos, »

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et ce nom (tout commun qu'il était) devint-il « Toc- « casion de sa grande vocation ^ »

Il insinue qu'il n'était pas Juif, pour contester plus tard qu'il était fils de David; puis il dit en même temps a qu'il est impossible de soulever une question à ce a sujet ^. »

Il lui donne des frères et des sœurs, — non pas ceux qui sont appelés de ce nom dans l'Évangile, et qui^ d'après le nom indiqué de leur mère, n'étaient que ses cousins, — mais devrais frères, portant une vraie atteinte à la gloire de la maternité divine de Marie. Et ces frères, quels sont-ils? ce Leurs noms sont toujours restés (c obscurs » dit M. Renan. Néanmoins, c'est bien d'eux que parle l'évangéliste: seulement «il aura mis par erreur le nom des cousins à la place ^. »

M. Renan ne veut pas que Jésus soit né à Bethléem, malgré l'histoire évangélique. A-t-il quelque autre document historique qui donne lieu au moindre doute à ce sujet? — Aucun, — mais « ce doit être une supposi- (( tion, conséquence obligée du rôle messianique qu'on a prêtait à Jésus*. >) — Quant à la négation toute

{. Vie de Jésus, p. 21 .

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